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La folie de Nabuchodonosor (Nebukadnetsar), roi de Babylone

"Leurs chefs tomberont... à cause de l'insolence de leurs langues" (Osée 7:16)

Nombre de récits, dans la Bible, peuvent surprendre par la tournure que prennent parfois les événements qu'ils relatent. L'un d'eux se trouve au chapitre 4 du livre de Daniel. L'histoire dont nous allons parler nous est contée par le sujet principal de ce récit, le roi Nabuchodonosor lui-même. Nous verrons que le texte nous apprend beaucoup plus de choses sur ce qui s'est produit que l'on pourrait penser. Une fois encore, le texte original va venir enrichir notre compréhension de ce récit pour le moins étrange. 

Huit années auparavant, le roi de Babel (Babylone) eut un songe qui l'effraya. Daniel, appelé à la cour Beltschatsar, en donna l'interprétation au roi et invita celui-ci à tenir compte de ce qui semble fort bien être un avertissement divin. "Mets un terme à tes péchés et pratique la justice" lui conseilla Daniel (verset 27). Mais, au bout de douze mois, n'ayant pas tenu compte de ces avertissements, "toutes ces choses se sont accomplies sur le roi" (vs. 28, 29). Le roi Nabuchodonosor va se retrouver brutalement frappé par une folie soudaine. Ce que l'on pourrait considérer aujourd'hui comme une sorte de maladie mentale est en fait la résultante de son ivresse orgueilleuse (ce type de comportement est appelé "boanthropie"). Fort heureusement, au bout de sept années, la raison lui revint. Le roi reconnut que le Dieu des cieux l'avait abaissé mais il lui était reconnaissant de lui avoir rendu la raison. Il reprit ses fonctions royales et rédigea un écrit dans lequel il se mit à conter dans le détail ce qui lui était arrivé. 

Alors qu'il se targuait d'avoir bâti cette ville, Babylone, dont il était si fier, une voix se fit entendre du ciel, prononçant la sentence qui condamnait sa folie orgueilleuse. Une année s'était écoulée depuis qu'il avait fait ce rêve qui l'avait tant effrayé. Mais le temps passant, le roi oublia le songe. Il avait négligé le fait que ce délai lui avait été donné pour se repentir et pour agir en conséquence. Il n'en fit rien. "Au même instant", est-il dit, "la parole s'accomplit sur Nabuchodonosor... il mangea de l'herbe comme les bœufs...".  

Babel eut, pendant sept années, un roi malade qui avait totalement perdu la raison. Babel, ville de la confusion des langues, mais aussi de la raison. Babel est un mot qui tire sa racine du mot "balal"qui veut dire "mélanger, confondre", mais aussi "donner du fourrage à un animal". Cette voix qui s'était faite entendre lui avait dit ce qui lui avait déjà été annoncé par Daniel un an plus tôt : "tu auras ta demeure avec les bêtes des champs, on te donnera comme aux bœufs de l'herbe à manger". Il est intéressant de voir que, dans le Psaume 106, au verset 20, il est écrit : "ils échangèrent leur gloire contre la figure d'un bœuf qui mange de l'herbe". Le psalmiste fait ici référence au peuple d'Israël qui s'était livré à l'adoration du veau d'or dans le désert. Le mot "Herbe" dont le roi s'est nourri pendant ces sept années est, dans le texte, le mot "ash"ce qui peut se traduire par "herbe" ou "teigne". Le mot "ash" a pour racine le mot "ashesh", qui veut dire "être usé, dépérir, manquer". Effectivement, une passion peut ronger comme la teigne celui qui s'y soumet, jusqu'à ce que vienne la souffrance dévorante du manque. Nabuchodonosor devait avoir une bien pitoyable allure. C'est alors que "la parole était encore dans la bouche du roi..." que la sentence tomba. Cette bouche qui venait de prononcer son propre éloge serait bientôt pleine de ce fourrage que l'on réserve généralement pour les bêtes de somme. Le roi de "Babel", qui signifie "confusion du langage", avait-il également perdu l'usage de la parole ? On peut le penser. Son comportement était, en tout point, celui d'un animal. "On l'appela du nom de Babel car c'est là que l’Éternel confondit (balal) le langage de toute la terre" (Gen.11:9).  

Comme nous l'avons vu, le mot "ash" peut se traduire par "herbe" ou par "teigne". La teigne est une sorte de mycose qui touche le cuir chevelu, elle est contractée, en général, au contact des animaux. Le Psaume 39:12 nous dit : "tu châties l'homme en le punissant de son iniquité, tu détruis comme la teigne ce qu'il a de plus cher". Il est évident que le roi fut touché dans ce qu'il devait avoir de plus cher, sa dignité. Mais tout comme peut l'être un animal, il fut peut-être couvert de teigne. Il s'est "nourri" de ce qui le dévorait. Lorsqu'il avait encore toute sa raison, c'était son orgueil qui le dévorait. Son arrogance bestiale était symbolisée, sur les murs de son palais, par ces taureaux ailés coiffés d'une tiare d'or. Mais ce "taureau ailé" qu'était le roi de Babel fut abaissé à manger le fourrage des bœufs serviles. "L'arrogance précède la ruine, et l'orgueil précède la chute" (Proverbes 16:18). Il reconnaîtra lui-même que : "Dieu peut abaisser ceux qui marchent (halak) avec orgueil" (Dan. 4:37). Le roi, revenu à la raison et ayant rendu gloire au Dieu des cieux, se souvint que sept ans plus tôt, "comme il se promenait (halak) dans le palais de Babylone...". Le roi se remémora la façon dont il arpentait fièrement les couloirs de son palais en contemplant cette ville qu'il avait bâtie. Ville orgueilleuse à la dimension de sa propre mégalomanie.

Lorsque Daniel avait donné l'interprétation du songe, il avait prédit le temps que durerait l'épreuve, mais il avait également parlé du terrain sur lequel devait s'opérer le châtiment : le cœur du roi. "Son cœur d'homme lui sera ôté et un cœur de bête (cheyva) lui sera donné, et sept temps passeront sur lui" (Dan. 4:16). "Car c'est du cœur que viennent les mauvaises pensées" (Matth. 15:19). Le mot "bête" (cheyva) a pour racine "chaya"qui veut dire "garder la vie". Si la main du Tout-Puissant s'est abaissée sur lui, c'est avec mesure, car il en a perdu la raison mais pas la vie. 

*L'hébreu aime jouer avec les mots et les lettres. Ainsi, le mot "Babel" s'écrira avec les lettres "BBL" (beth, beth, lamed). Le mot "balal", quant à lui, s'écrira "BLL" (beth, lamed, lamed). 

La lettre "beth" se met également devant un mot pour signifier "dans, à l'intérieur", alors que la lettre "lamed" peut symboliser "le ciel" mais se met également devant un mot pour signifier "vers, dans la direction de". Nous avons donc les propositions : "dans la maison" et "vers le ciel". Le mot "Babel" pourrait donc également se lire : "dans sa maison, sa maison il éleva vers le ciel" (BBL). Le roi de Babylone se flatte de la ville et du palais qu'il a bâti. Le mot "balal", quant à lui, pourrait se lire : "dans sa maison, le ciel il éleva vers le ciel". Lorsque le roi revint à sa raison, il revint dans son palais et il éleva et glorifia "le Dieu des Cieux".

Ainsi, la finalité était déjà inscrite en filigrane au cœur même de l'épreuve. L'élévation du roi était déjà présente, en germe, au sein de son abaissement. 

L'auteur du livre de l'Ecclésiaste, qui fut "roi à Jérusalem", a rédigé ces mots qui me semblent tout à fait appropriés à Nabuchodonosor. Ils auraient pu être prononcés par le roi de Babylone : "Je me suis dit en moi-même : Dieu jugera le juste et l'injuste, car pour chaque chose et pour chaque acte, il y a un temps pour le jugement. Je me suis dit en moi-même que Dieu éprouve les hommes afin de leur montrer qu'il ne valent guère mieux que les bêtes, car après tout, le sort des humains est identique à celui des bêtes. Ils meurent les uns comme les autres. Un même souffle les anime tous. L'homme n'a aucun avantage sur l'animal, car tout passe. Qui peut dire ce qu'est l'esprit de l'homme, celui qui se dirige vers le haut, et ce qu'est le souffle de la bête, celui qui descend en dessous de la terre ? J'ai compris qu'il n'y a pour l'homme rien de bon si ce n'est de jouir de ses œuvres car telle est la part qui lui revient. En effet, qui donc le fera revenir pour qu'il voie ce qui sera après lui ?" (Eccl. 3:17 à 22, Semeur). 

Le texte biblique ne cesse de jouer avec les mots, toujours dans le but d'en enrichir le sens et d'inciter le lecteur à chercher plus loin et plus profond. Pour Nabuchodonosor, sa repentance fut son salut. La raison lui revint et il reprit ses fonctions au palais, mais il ne sera jamais plus le même homme. Daniel, devenu un vieil homme, témoignera d'ailleurs à son successeur Belshatsar l'estime qu'il avait gardé pour le vieux roi. Belshatsar n'aura pas la chance de son prédécesseur, une main inscrivant son destin sur le mur du palais annonçait la fin toute proche de son règne. Les Perses étaient déjà aux portes de la ville. Mais ça, c'est une autre histoire...

JiDé

 

 

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