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Noé et la nouvelle génération

Noé et la nouvelle génération

Le Déluge : un récit universel

S'il est un récit de la Bible qui ait connu bien des controverses et dont l'authenticité ait été autant remise en cause, c'est bien celui du Déluge. Pour certains, c'est une légende. Pour d'autres, le souvenir d'une inondation particulièrement destructrice qui laissa de profondes traces dans les mémoires mais dont le récit s'est enrichi, au fil du temps, de sévères exagérations. Qu'en est-il réellement ? Les eaux ont-elles réellement recouvert la totalité de la surface habitée ? Toute la terre a-t-elle été recouverte par les eaux ? Et qu'en est-il de ces nombres exorbitants indiquant l'âge des patriarches ? Ont-ils vraiment vécu si longtemps ?  

Le récit du Déluge a laissé des traces dans la plupart des civilisations antiques. Tous les récits présentent des variantes plus ou moins importantes, mais globalement, on retrouve dans chacun d'eux des éléments similaires. On peut donc envisager qu'un événement hors du commun est survenu à une époque très reculée de notre histoire dont toutes les civilisations ayant accès à l'écriture ont gardé une trace écrite. L’Évangile de Matthieu nous rapporte les paroles mêmes du Seigneur Jésus, comparant le Déluge à l'heure de son Avènement (Matt. 24:37 à 39). L'auteur de l’Épître aux Hébreux mentionne Noé parmi les "héros de la foi" (Héb. 11:7). Et enfin, l'apôtre Pierre fait allusion à trois reprises, dans ses Épîtres, à Noé et au Déluge (1 Pierre. 3:20 / 2 Pierre 2:5 - 3:6). Partant du principe énoncé par l'apôtre Paul que "toute Ecriture est inspirée de Dieu", le récit du Déluge mentionné dans le livre de la Genèse faisant partie de ces Écritures, il entre donc dans cette catégorie de récits et d'écrits que l'on peut reconnaître comme "inspirés de Dieu". Cela étant dit, nous pouvons maintenant nous approcher du texte avec confiance, celui-ci faisant partie intégrante des Écrits inspirés par l'Esprit de Dieu "pour notre instruction" (Romains 15:4). 

Le récit du Déluge, s'il est une histoire en soi, s'inscrit en réalité dans un cadre plus large, celui de la vie d'un homme et de ses fils : Noé (de son vrai nom "Noah"). La vie de Noé peut aussi se voir comme un maillon d'une chaîne, comme la vie d'un homme de sa génération parmi d'autres hommes d'autres générations. La vie de Noé, c'est aussi une filiation qui remonte à Adam et qui traverse une phase décisive pour l'histoire de l'humanité. L'histoire de Noé se prolonge après lui au travers de ses trois fils : Sem, Cham et Japhet. Trois hommes accompagnés de leurs épouses respectives à qui il est confié la mission de repeupler la Terre. Trois hommes à l'origine d'une humanité nouvelle. Et pourtant, les germes de ce qui avait provoqué le Déluge était encore présent dans l'un d'entre eux. Mais avant d'aller plus loin, voyons d'abord qui était Noé. Dans la Bible, lorsque l'on veut identifier quelqu'un, on se demande toujours de qui il est le fils. L'identité d'un homme se réfère toujours à celle de son père et de ceux qui l'ont précédé. Adam engendra Seth, Seth enendra Enosh... Métusélah engendra Lémec, et au verset vingt-huit, il est écrit : "Lémec, âgé de cent quatre vingt deux ans engendra un fils. Il lui donna le nom de Noah" (Gen. 5:28). Cette phrase vient faire écho à la première de la généalogie : "Adam, âgé de 130 ans, engendra un fils, il lui donna le nom de Seth" (Gen. 5:3). Le mot "fils" (ben) a pour racine le mot "banah" qui veut dire "bâtir, construire". Noah va avoir comme tâche de construire, comme Adam avant lui, une "nouvelle humanité", une humanité qui a traversé le Déluge. Mais outre cette lourde tâche, il lui sera tout d'abord confié la mission de construire la Téva, l'arche. Lorsque Lémec a engendré Noah, il ignorait encore que celui-ci serait un constructeur d'une telle renommée. 

Après la mort d'Abel, assassiné par son frère Caïn, Adam et Hava (Ève) eurent un troisième fils, Seth, de qui descendent tous les aïeux de Noé. Et par voie de conséquence, toute l'humanité que nous connaissons aujourd'hui. Quant à la génération de Caïn, elle disparut avec le Déluge. De nos jours, la plupart d'entre nous ont connu leurs grands-parents. Mes petits-enfants ont la chance de connaître leurs arrières-grands-parents, mais c'est déjà plus rare. Du temps de Noé, la durée de vie, beaucoup plus longue que celle que nous connaissons aujourd'hui, permettait de connaître ses ancêtres jusqu'à la dixième génération. Ce que nous allons voir maintenant peut paraître surprenant, et pourtant, les chiffres sont là, dans ces textes sur lesquels il faut savoir s'arrêter pour les comprendre, s'en approcher doucement pour en saisir  tout le sens. 

Pour simplifier les choses, j'ai reproduit ci-dessous, sous forme de tableau, les âges des  patriarches ainsi que leur âge respectif lors de la naissance de l'un d'entre eux. Par exemple, le 0 représente la naissance de celui dont le nom est en haut de la colonne. les chiffres qui précèdent ce 0 sur la ligne horizontale, ce sont les âges de ses pères à sa naissance. Le chiffre en caractère gras en bas de la colonne indique l'âge auquel le patriarche est décédé et la référence dans le chapitre cinq de la Genèse. Par exemple, Adam avait 130 ans à la naissance de Seth et il en avait 235 à la naissance d'Enosh. Lémec, père de Noé, avait 182 ans à la naissance de celui-ci, etc... Le trait indique que la personne était déjà décédée lors de la naissance du dernier. Par exemple, Adam et Seth étaient décédés à la naissance de Noé. Par contre, nous voyons que son grand-père Métusélah (plus connu sous le nom de Mathusalem) n'avait alors que 369 ans et Lémec, père de Noé, fut contemporain de tous les Patriarches jusqu'à Adam.

AdamSethEnoshKenanMahalalelGéredHénokMétusélahLémecNoé
1300--------
2351050-------
325195900------
395265160700-----
460330225135650----
6224923872972271620---
687557452362292227650--
8747446395494794142521870-
--821731661596-3691820
-------869682500
-------969-600
          
930912905910895962365969777950
          

Gen. 

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Le nom de Mathusalem (Métusélah) annonce le jugement

Concernant cette généalogie, certains commentateurs ont avancé l'hypothèse que les noms qui sont mentionnés dans la généalogie d'Adam à Noé ne sont que des maillons intermédiaires, et que d’autres, qui ne sont pas cités explicitement dans la généalogie viendraient s'y intercaler. Cependant, cette hypothèse est contredite par un verset de l’Épître de Jude (Jude 14) où il est fait mention de "Hénoch le septième depuis Adam". Effectivement, Hénoch est bien le septième a être nommé dans la généalogie d'Adam. Si il y avait eu trace de génération intermédiaire, Jude n'aurait pas fait mention, dans son Épître, d'Hénoch comme "le septième". Bien au contraire, cette précision que nous apporte le Nouveau Testament nous conforte dans l'idée que la généalogie qui nous est fournie ici, dans le cinquième chapitre de la Genèse, est bien complète. 

A l'âge respectable de cent quatre-vint-sept ans, Mathusalem (Metusélah), le huitième patriarche, engendra un fils qu'il appela Lémec. A la naissance de celui-ci, tous les patriarches jusqu'à Adam sont encore en vie. Adam ne mourra que quelques cinquante-six années plus tard. Seth disparaîtra à son tour alors que Lémec n'a "que" cent soixante-huit ans. A l'âge de cent quatre-vingt deux ans, Lémec engendra un fils à son tour qu'il appela Noah (Noé, qui veut dire "repos"). Ce fils devait être pour lui une consolation dans un monde de plus en plus agité et en proie à la violence (en hébreu "hamas"). Mais Lémec avait compris que son fils avait en lui quelque chose de particulier. Noé incarnait l'achèvement d'une ère et l'accomplissement d'un projet divin. Sa vie sera une charnière entre deux époques, entre deux humanités. Lorsque son père dit "celui-ci nous consolera", cette parole a une portée bien plus lointaine qu'il ne le pense, c'est pourquoi la vie de Noé porte un message prophétique fort qui annonce un ère nouvelle, celle d'une nouvelle humanité. Lorsque Lémec engendre Noé, il donne vie à une humanité qui sera appelée Post-diluvienne. Lémec mourra à l'âge de sept cent soixante-dix sept ans (777). Sa mort marque l'achèvement d'une ère et la fin d'un cycle. Mais le père de Lémec, Mathusalem, assistera très probablement, lui, à la construction de l'arche (nous parlerons plus loin en détail de celle-ci). Le nom de Métusélah signifie "quand il mourra, le jugement viendra", ou bien "à sa mort, il enverra". Hénoch, le père de Métusélah, était prophète, et il avait donné ce nom à son fils en sachant d'avance que l'année où son fils décéderait, le jugement viendrait sur la terre. Mathusalem vécut neuf cent soixante-neuf ans, et effectivement le Déluge eut lieu l'année de sa mort. A mesure que les travaux de construction de l'arche avançaient, Mathusalem voyait s'approcher le temps de son départ mais surtout le jour où le jugement de Dieu s'abattrait sur cette humanité condamnée à disparaître. Tout comme Noé, Mathusalem était un témoin vivant de ce que Dieu avait annoncé d'avance. Noé devait connaître la signification du nom de son grand-père et ce que cela impliquait. On pourrait dire, dans une forme de pensée plus hébraïsante : Il connaissait son nom. Noé avait une particularité qui sera celle de tous les prophètes de Dieu, il avait la connaissance des temps. Cette connaissance sera plus tard l'apanage d'Issacar, l'une des douze tribus d'Israël (1 Chroniques 12:32 - Un article de ce blog est consacré à ce sujet). Cette connaissance des temps leur venait d'une étude assidue des Écritures dont ne disposaient bien évidemment ni Noé, ni Mathusalem, bien que ceux-ci aient pu connaître deux autres ouvrages dont s'est inspiré Moïse pour rédiger la Thora. Mais ça, c'est une autre histoire.

Depuis qu'Hénoch avait donné un nom à son fils, neuf cent soixante neuf années s'étaient écoulées. Mais la longévité particulière de Mathusalem manifestait également la patience de Dieu qui retardait un jugement devenu pourtant inévitable. A sa naissance, un compte à rebours s'était enclenché. Sa vie fut un constant rappel de cette inéluctable finalité. "Et le Déluge vint" 726 années après la mort d'Adam et 1656 années après que Dieu ait créé le premier homme (Adam avait 874 ans à la naissance de Lémec, qui en avait lui-même 182 à la naissance de Noé. Le  déluge ayant eu lieu la six centième année de Noé, cela fait 1656 ans). 

La Bible dit que "l’Éternel vit que la méchanceté des hommes était grande sur la terre, et que toutes les pensées de leur cœur se portaient chaque jour uniquement vers le mal. L’Éternel se repentit (vayinahem) d'avoir fait l'homme" (Gen. 6:5, 6). En lisant cela, on pourrait penser que Dieu a soudainement regretté d'avoir créé cette humanité qu'il s'apprêtait à détruire. Or, il n'en est rien. La racine de ce mot, "nahem", peut signifier "se repentir", mais aussi "être désolé, se consoler, être rempli de compassion, souffrir de chagrin". A la lumière de cette définition, on peut penser que Dieu a eu pitié de l'humanité et en a éprouvé de la compassion mais aussi de la tristesse devant l'ampleur du désastre, car "la terre était pleine de violence (hamas)" (Gen. 6:11). Toute ressemblance avec des événements actuels serait purement fortuite.

Noé, un homme juste et intègre

Mais revenons à Noé. Le texte nous dit : "Voici la postérité de Noé. Noé était un homme juste et intègre dans son temps. Noé marchait avec Dieu" (Gen. 6:9). "Voici la postérité de Noé. Noé était un homme juste et intègre...". Voilà encore de ces très nombreuses particularités du texte originel en hébreu (langue dans laquelle ce récit a été rédigé), car dans celui-ci, il n'y a pas de point entre "noah" et "noah". Il est écrit : "elèh toldoth noah noah...". Les Sages d'Israël se sont demandé pourquoi le texte semblait nous dire que la postérité de Noé était Noé lui-même. Bien évidemment, le verset suivant nous donne les noms de ses trois fils, Shem, Cham et Yaphet, mais comme je l'ai dit, la vie de Noé est une charnière entre deux époques de l'histoire de l'humanité, mais aussi entre deux humanités. Il est le dernier de l'humanité pré-diluvienne et le premier de l'humanité post-diluvienne. Tout recommence avec lui. Il devient le père d'une nouvelle humanité. Mais cette simple phrase nous livre ainsi un principe unique mais combien essentiel pour une juste compréhension du récit du Déluge. Le texte biblique nous dit que "Noé était un homme juste et intègre (tamiym)", mais si le mot "tamiym" signifie "intègre", il désigne également l'achèvement d'un temps.

"Noah ish Tsadik tamiym haiyah bedorataw" ce qui veut dire : "Noé était un homme juste et intègre dans ses générations" (Gen.6:9). "Tamiym" nous parle de l'achèvement d'un temps, et "bedorotaw" de la génération dans laquelle vivait Noé. Ce qui signifie que la génération dans laquelle vivait Noé allait mettre fin à une période de temps, celle de l'histoire de l'humanité ayant vécu avant le Déluge. Mais la racine du mot "bedorotaw" (dor) signifie aussi "temps à venir". Noé incarne donc à la fois "l'achèvement d'un temps" et "les temps à venir". C'est pourquoi il est écrit plus haut : "Voici la postérité de Noé. Noé...". 

Quelques siècles plus tôt, dans un autre lieu, un temps était sur le point de s'achever. Celui du séjour de l'homme dans le Jardin d'Eden. Après la Chute d'Adam, Dieu vint dans le jardin, et l’appela en lui disant : "Vayièkha ? Où es-tu ?". Ou, plus exactement : "où en es-tu ?" car cette question comportait un sens moral. Dieu savait bien évidemment où était Adam. Il savait qu'Adam se cachait loin de sa face, et il savait pourquoi. Mais la question que Dieu posait à Adam était : "qu'as-tu fait ? As-tu conscience des conséquences de ton acte ?"  La construction de l'arche par Noé et la signification du nom de Mathusalem étaient tous deux des témoignages dans cette "génération perverse" qui était la leur (Actes 2:40 - Philippiens 2:15). L'intégrité  ("tamiym") de Noé témoigne de "l'achèvement de cette génération". Cette génération perverse de Noé n'a pas voulu se repentir, elle devra donc assumer pleinement les conséquences de ses actes, et "après quoi vient le jugement" (Hébreux 9:27).

L'arche

"Asèh lèkha tèvat atsè gofer... fais pour toi une arche en bois résineux" (Gen. 6:14). Des dessins enfantins de l'école du dimanche aux vidéos montrant l'emplacement supposé où l'arche reposerait sur les monts Ararat, en Arménie, cette arche a fait beaucoup parler d'elle. Certains l'ont même reconstituée dans ses proportions à l'échelle. Le mot "tèvat" désigne en fait un coffre ou une boîte. Outre sa taille et sa fonction, ce "coffre" contient bien des richesses qu'il nous incombe de découvrir. Notre Dieu, qui en a donné les plans à Noé, a glissé dans ceux-ci des détails et des particularités dont le but est d'attirer notre attention à la fois sur sa parfaite symétrie mais également sur les trésors qu'elle contient. 

"Fais-toi une arche". Littéralement : "Asèh lèkha... fais pour toi...". Cette expression particulière n'est pas sans rappeler un autre commandement qui sera donné à l'un de ses descendants, Abram (qui n'est pas encore Abraham). Ce commandement, c'est "lèh lèkha"  que l'on traduit par "va pour toi" ou "va vers toi". Il est évident que de cette arche, Noé en sera l'un des principaux usagers. Il est donc normal que Dieu lui dise : "fais pour toi". Mais le sens de ces mots va bien plus loin que son sens littéral. Car de même qu'il est demandé à Abram de "quitter son pays", Dieu demande à Noé de se préparer à "quitter" tout ce qu'il connait et qui va, en son temps, disparaître sous les eaux du Déluge.

"Asèh lèkha tevat atsè gofer... fais pour toi un coffre de bois résineux" (Gen. 6:14). Le mot "arche" est en effet impropre à désigner ce que Noé est en train de construire puisque ce mot est également utilisé pour désigner le panier en osier dans lequel se trouvait le bébé nommé Moïse. La mention "tevat" n'est en réalité utilisée qu'une seule fois dans le récit du Déluge, de même que dans le livre de l'Exode lorsqu'il est dit que la mère de Moïse "prit une caisse (tevat) de jonc, l'enduisit de bitume et de poix et y mit l'enfant, et le déposa... sur le bord du fleuve" (Exode 2:3). Dans tous les autres passages de la Genèse ainsi que dans le deuxième passage du livre de l'Exode, ce n'est plus le mot "tevat" qui est utilisé mais "teva". Cela peut paraître un détail insignifiant mais, dans les Écritures, aucun détail ne l'est.

La racine du mot "tevat" est "kotev" qui signifie "écriture, inscrire, marquer". Or, en hébreu, la lettre tav est synonyme de "signe" ou de "marque". Il y avait donc écrit, sur l'arche de Noé, comme "une marque distinctive".

 "Tevat"  est donc une caisse ou un coffre, mais cela signifie également "mot", et "mikhtav" une lettre, en l’occurrence la lettre tav. Justement, à ce propos, il y a dans le texte hébreu un petit mot qui apparaît tout au long du récit mais qui ne se traduit pas. Ce mot, c'est le mot "èth". Ce mot s'écrit en hébreu avec la première et la dernière lettre de l'Alphabet : aleph et tav. Les Sages d'Israël se sont interrogés sur la présence de ce mot dans les Écritures et ils en ont conclu qu'il signifiait "ce qui est écrit", et ils ont ajouté : "ce mot, c'est la présence du Messie dans les Écritures". C'est en quelque sorte la signature de Dieu en filigrane dans les Écritures (je développe cela dans l'article "Jésus est l'Alpha et l'Oméga"). Comme il est écrit en Exode 32:16 : "Ve ha mikhtav mikhtav Elohim - et l'Ecriture était l'Ecriture de Dieu" (Exode 32:16).

En hébreu, les chiffres et les nombres s'écrivent avec des lettres et chaque lettre correspond à un chiffre. Or, au Moyen-Âge, un rabbin italien a découvert que si l'on prenait les trois lettres correspondant aux dimensions de la tèva ("trois cents coudées de longueur, cinquante de largeur et trente de hauteur"), on pouvait composer le mot "lachon" qui veut dire "langage". Ainsi, les dimensions de la "tèvat" (que l'on peut traduire par "mot") forment un "langage". Nous avons vu que la racine du mot "tèvat" est "kotev" qui veut dire "écriture".  Ainsi, ce petit mot "èth" (aleph tav) qui signifie "ce qui est écrit" est-il tissé en filigrane dans les Écritures. Lorsque vient le temps du Déluge, une page de l'histoire de l'humanité est en train de s'achever et "ce qui est écrit" (èth) arrive à sa fin, c'est à dire à la lettre Tav, la dernière lettre de l'Alphabet hébreu. 

Cette lettre "Tav" représente également "un signe". Cette même lettre "tav" ajoutée au mot "tèva" serait comme un "signe" inscrit sur l'arche par Dieu lui-même. 

Cette lettre tav est également la dernière de l'Alphabet hébreu. Elle achève donc l'alphabet hébreu. Mais elle est aussi la première lettre du mot "tamiym" qui signifie "l'achèvement d'un temps", celui de la génération de Noé. Tamiym, la fin d'un temps ou la fin des temps. "Il en sera comme de la génération de Noé" a dit Jésus, lui qui est l'Alpha et l'Oméga, l'Aleph et le Tav. 

Pour Jacques Colant, la tévat est céleste alors que la téva est terrestre". Selon lui, la "tévat" est le modèle que Noé a vu dans le monde spirituel et dont il s'est inspiré pour construire la "téva" qu'est le vaisseau construit de ses propres mains. Il en sera ainsi lorsque Moïse fera construire le Tabernacle (Mishkan) "selon le modèle qui lui a été montré sur la montagne" (Ex. 25:40 - Héb. 8:5). Il en est de même pour Salomon lorsqu'il bâtit le Temple dont David avait reçu les plans par révélation, selon qu'il est écrit : " il lui donna le plan de tout ce qui lui avait été révélé par l'Esprit" (1 Chroniques 28:12). Littéralement : "vè tavnit kol asher hayah barouah" - "et le modèle tout ce qui était dans l'esprit" (rouah étant l'Esprit de Dieu). David avait donc transmis les plans du Temple qu'il avait reçu par révélation de Dieu à Salomon son fils, pour que celui-ci puisse le bâtir. On peut donc en conclure qu'il en fut de même pour Noé, d'autant que des indications précises lui sont données par Dieu pour l'élaboration de ce "navire" (Gen. 6:14 à 16). Ses dimensions nous sont données par le texte : approximativement cent cinquante mètres de long, vingt-cinq de large et quinze de haut. Pour donner un ordre de grandeur, le navire bétailler "Ocean Shearer était long de cent quatre-vingt dix mètres (190 m) et large de trente et un mètres (31 m) et pouvait recevoir, à son bord, vingt mille bovins. Mais dès l'Antiquité, des navires géants furent construits. Ainsi, Plutarque nous rapporte que les Ptolémée d'Egypte disposaient d'un navire de guerre de cent vingt-quatre mètres de long, dix-sept de large et de plus de vingt mètres de haut. Un navire gigantesque à cette époque mais parfaitement opérationnel.

"Fais pour toi un coffre de bois résineux - Atsèh lekha tevat atsè gofer... et tu couvriras elle ... avec l'enduit - vekafarta otah mibaït oumikhouts bakofer" (Gen. 6:14). Ce passage mérite qu'on s'y arrête parce qu'il contient beaucoup de choses intéressantes. La première est la similarité entre les mots "bois résineux" (gofer) et "enduit" (kofer). On ignore exactement ce qu'était cette essence de bois mais il se peut que la résine de ce même bois ait servi à la fabrication de l'enduit qui devait recouvrir la tèva pour l'étanchéifier. Les mots "kafarta" (recouvrir) et "kofer" (poix, bitume) ont, en hébreu, la même racine et s'écrivent avec les mêmes lettres "kaf, fé, resh". Par cette similitude, le texte attire notre attention sur le fait que l'action de recouvrir la tèva est étroitement liée à la matière dont elle est recouverte.  

Le mot "kafarta" a plusieurs signification. Il signifie "enduire", mais aussi "recouvrir, réconcilier, faire expiation". Dans la quasi majorité des textes où ce mot apparaît, il a le sens d'expiation, de pardon. Et nous abordons ici un autre aspect de la tèva (l'arche). Car le mot "arche" (de Noé) dans nos traductions, fait également indirectement référence à "l'arche de l'Alliance", ce qui n'est cependant pas sans rapport avec ce qui précède. Exode 25:17 nous dit : "tu feras un propitiatoire d'or pur - Vè asita kaporet zahav tahowr" selon qu'il est écrit : "et il posa le propitiatoire au dessus de l'arche" (Exode 40:20). Ce "propitiatoire" étant une sorte de "couvercle" en or qui recouvrait l'arche sur lequel le sang de l'agneau immolé était versé  le jour du Yom Kippour (le Grand Pardon). Or, en hébreu, "kaporet" (propitiatoire) s'écrit exactement comme le mot "kafarta" (enduire) dont il est parlé plus haut. Les deux mots sont écrits, dans le texte hébreu, avec les lettres kaf, fé, resh, tav. Lettres que l'on retrouve également dans le mot "kipourim" (de Yom Kippour, le Jour du Grand Pardon - Lévitique 23:26), jour étroitement lié à la notion de propitiatoire puisque ce jour particulier, le Grand Sacrificateur entrait dans le lieu très saint où se trouvait l'arche de l'alliance. Il faut juste spécifier que le mot "arche", sur laquelle était posé le propitiatoire, se dit "ha'aron". Là aussi, le texte joue sur les mots puisque le premier grand-prêtre à officier dans le Tabernacle sera Aaron (en hébreu "aharon"), le frère de Moïse. Ces similitudes donnent matière à réflexion qu'il serait trop long de développer ici. 

Lorsque l'arche fut terminée, ce fut le temps pour Noé et sa famille d'y pénétrer pour y attendre l'accomplissement de ce que Dieu avait annoncé par son serviteur Noé.

Et le Déluge vint

7:1 "L’Éternel dit à Noé : entre dans l'arche toi et ta maison car je t'ai vu juste devant moi parmi cette génération (...) 4 Car encore sept jours et je ferai pleuvoir sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits 5 Noé exécuta tout ce que l’Éternel lui avait ordonné 6 Noé avait six cent ans lorsque le déluge d'eaux fut sur la terre 7 et Noé entra dans l'arche avec ses fils, sa femme et les femme de ses fils, pour échapper au déluge. (...) 10 Sept jours après, les eaux du déluge furent sur la terre 11 L'an six cent de la vie de Noé, le second mois, le dix-septième jour du mois en ce jour là toutes les sources du grand abîme jaillirent et les écluses des cieux s'ouvrirent 12 La pluie tomba quarante jours et quarante nuits 13 Ce même jour entrèrent dans l'arche Noé, Sem Cham et Japhet, fils de Noé, la femme de Noé et les trois femmes de ses fils avec eux (...) puis l’Éternel ferma la porte sur lui 17 Le déluge fut quarante jours sur la terre les eaux crûrent et soulevèrent l'arche et elle s'éleva au dessus de la terre 18 Les eaux grossirent et s'accrurent beaucoup sur la terre et l'arche flotta sur la surface des eaux 19 les eaux grossirent de plus en plus et toutes les hautes montagnes qui sont sous le ciel entier furent couvertes 20 Les eaux s'élevèrent de quinze coudées au dessus des montagnes qui furent couvertes (...) 24 Les eaux furent grosses sur la terre pendant cent cinquante jours".

Noé est entré dans l'arche en premier car il était l'instigateur de ce projet dont Dieu était l'auteur. Ses fils le suivirent, car ils avaient cru en ce que leur avait dit leur père. La femme de Noé entra à son tour. Ce qu'il y avait de plus précieux pour elle était déjà dans l'arche. Elle les savait à l'abri, elle pouvait y entrer sereine. Les belles-filles y entrèrent en dernier. Probablement à la grande satisfaction de tous car sans elles il n'aurait pas été possible de repeupler la terre. Celles-ci laissaient derrière elles leurs familles, parents, frères, sœurs, amies... Elles avaient cru à ce qu'avait dit Noé, elles y entrèrent donc "pour échapper au déluge". Ils demeurèrent ainsi pendant sept jours dans l'arche. Mais la porte demeurait ouverte. Il était encore possible pour tous ceux qui avaient entendu le message de Noé d'être sauvés, mais personne ne vint. 

"Noé avait six cents ans lorsque le déluge vint sur la terre" (Gen. 7:6).

Noé et la nouvelle génération

Noé et ses pères

"Noé trouva grâce aux yeux de Dieu". Le récit du déluge est avant tout l'histoire d'un homme qui trouva grâce aux yeux de Dieu dans une génération pervertie. Matusélah (Mathusalem), son grand-père, était décédé dans l'année, et son père Lémec, cinq ans auparavant. La longévité exceptionnelle des hommes de cette époque permit à Noé de connaître ses pères jusqu'à Enosh, le petit-fils d'Adam lui-même. Mais tous étaient cependant décédés depuis de nombreuses années et le récit biblique nous dit que "Noé était âgé six cents ans lorsque le déluge vint sur la terre", littéralement : "Ve noah ben shesh mè'ot shanah". Le mot "ben" se traduisant généralement par "fils", on peut donc le lire également : "Noé fils de six cents ans". Bien qu'il soit un homme "d'âge mûr"(!), il n'en demeurait pas moins le fils de Lémec, mais aussi de ceux qui l'avaient précédé. Après la disparition de ceux-ci, il était devenu le dépositaire de l'héritage que ses pères lui avaient transmis : celui de la crainte de Dieu. Leurs visages devaient occuper son esprit, et leurs voix résonner encore dans son cœur. Noé était un fils de six cents ans et en entrant dans l'arche, il laissait derrière lui toute son histoire et celle de ses pères. Le déluge ne viendrait pas seulement sur cette génération perverse, mais aussi sur la terre de ses ancêtres, là même où ils avaient vécu et où ils étaient morts. Leurs sépultures allaient disparaître à jamais. Le déluge qui allait venir effacerait toutes traces de ce qui fut leur vie passé. Pour Noé, c'était laisser derrière lui tout ce qui avait été sa vie jusqu'à ce jour si particulier. Mais parce qu'il savait ce qui allait advenir, "Noé entra dans l'arche".

L'auteur du récit utilise d'ailleurs une expression particulière pour parler de ce jour particulier. Il dit "Be ètsèm ha yom", que l'on a traduit par "en ce jour-là". Mais "ètsèm", c'est "la substance", l'essence même de quelque chose, et c'est aussi "les os". C'est pourquoi, si je ne me trompe, Chouraki traduit : "l'os de ce jour". Avant que Dieu ne ferme la porte de l'arche, Noé jeta un dernier regard sur cette terre où reposaient ses ancêtres et dont les sépultures seraient bientôt recouvertes par les eaux. Celle de son père Lémec, de son grand-père Matusalem, dont la terre était peut-être encore fraîche. Et celles de tous les autres... Toutes témoignaient silencieusement de l'accomplissement de la parole que Dieu avait adressée autrefois à Adam : "Le jour où tu en mangeras, tu mourras". Bientôt, toute cette génération allait périr, noyée, "car dans les jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient, buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche. Le déluge vint et les fit tous périr" (Luc 17:27). 

La date du déluge

Mais quel est ce jour si particulier ? "Le second mois, le dix-septième jour du mois, en ce jour là". Pour bien comprendre la datation utilisée ici, il nous faut nous référer au calendrier hébraïque utilisé par l'auteur du récit qu'est Moïse. L'année civile commence au mois de Tishri. L'année religieuse, qui commence au mois de Nissan, ne sera instituée que lorsque le peuple d'Israël sera sorti d'Egypte. Pour la datation des événements antérieurs à cette période, il nous faut donc utiliser le calendrier civil. "Le second mois" dont il est fait mention dans le texte est donc le mois d'Heshvan (Octobre / Novembre) qui suit directement le mois de Tishri. "Le dix-septième jour du mois", nous sommes donc dans la seconde quinzaine, c'est à dire au mois de novembre selon notre propre calendrier. Les eaux vont se répandre sur la terre pendant quarante jours. Nous voilà donc à la fin du troisième mois, le mois de Chisleu. Pour nous aujourd'hui, cela correspondrait approximativement à la mi-Décembre. "Le septième mois, le dix-septième jour du mois, l'arche s'arrêta sur les montagnes d'Ararat" (Gen. 8:4). Cette chaîne de montagne dont le plus haut sommet culmine à plus de cinq mille mètres, est à la frontière de l'Arménie et de la Turquie. 
 
Recouvert par les eaux

"Les eaux allèrent en diminuant jusqu'au dixième mois, le premier jour du mois apparurent les sommets des montagnes" (Gen. 8:5), ce qui équivaut approximativement à la mi-Juin. La grande question qui divise est : les eaux ont-elles recouvert toute la surface de la terre ? Dans ce cas, comment ont-elles pu recouvrir les plus hauts sommets ? Si la plus haute montagne de l'Ararat culmine à plus de cinq mille mètres (et ce n'est pas la plus haute), comment les eaux ont-elles pu la recouvrir ? Certains avancent l'hypothèse que des mouvements géologiques importants se sont produits lors du déluge, et que donc certaines montagnes auraient pu apparaître alors que d'autres auraient disparu. Mais, géologiquement, cette hypothèse est fort improbable. Imaginons un instant un bateau naviguant sur un océan par mer calme. La vue qu'il peut avoir autour de lui n'est rien d'autre que celle de l'océan, où que puisse se porter son regard. Un observateur posté sur ce bateau, même muni de bonnes jumelles, ne pourra pas voir plus loin que la ligne d'horizon. Cela n'empêche que les plus hautes montagnes sont toujours visibles, pourvu que l'on soit dans un champ de vision favorable. Il dut en être de même pour Noé. De son point de vue, il ne subsistait rien qui n'ait été submergé. 

"Le septième mois, le dix-septième jour du mois, l'arche s'arrêta sur les montagnes d'Ararat" (Gen. 8:4). L'historien Flavius Josèphe, du premier siècle de notre ère, commente ce passage de l'Ecriture en disant : "L'arche s'arrêta sur la cime d'une montagne en Arménie. Les arméniens donnent à cet endroit le nom d'"embarcadère". C'est là que l'arche s'est échouée et que les indigènes en montrent encore les débris". Si l'on en croit ce que nous dit Flavius Josèphe dans ses "Antiquités", les débris de l'arche de Noé étaient encore visibles au premier siècle de notre ère et les gens du lieu en montraient les débris à qui voulait les voir. Citant un autre historien et auteur de son temps, Nicolas de Damas, Flavius Josèphe parle aussi d'une montagne qui se serait appelée "Baris" et il ajoute que "les épaves se seraient conservées longtemps". De plus il ajoute que "à l'époque d'avant le déluge, les hommes vivaient mille ans". Son témoignage vient ainsi corroborer ce qu'affirme la Bible. 

"L'an six cent un, le premier mois, le premier jours du mois, les eaux avaient séché sur la terre" (Gen.8:13). Le Premier Tishri, ce qui correspond à la mi-Septembre. "Le second mois, le vingt-septième jour du mois, la terre fut sèche" (Gen. 8:14). Le 27 Heshvan, qui correspond à la mi-Novembre. "Alors Dieu parla à Noé en disant : sors de l'arche" (8:15). 


Cham père de Canaan

"Les fils de Noé, qui sortirent de l'arche, étaient Sem, Cham et Japhet. Cham fut le père de Canaan. Ce sont là les trois fils de Noé, et c'est leur postérité qui peupla toute la terre" (Gen. 9:18, 19). Il est intéressant de noter que Canaan est le premier peuple à être nommé après la sortie de l'arche. Comme si Canaan était déjà dans les reins de Cham (pour utiliser une expression biblique hébraïque - comparer Hébreux. 7:9, 10). On retrouve cette expression un peu plus loin, au verset 22 : "Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père...". Mais à peine sorti de l'arche, Dieu les met en garde : "Je demanderai l'âme de l'homme à l'homme, à l'homme qui est son frère. Si quelqu'un verse le sang de l'homme, par l'homme son sang sera versé car Dieu a fait l'homme à son image" (Gen. 9:5, 6). Avant le Déluge, "la terre était corrompue devant Dieu, la terre était pleine de violence (en Hébreu : hamas) "(Gen. 6:11). Malheureusement, "L'esprit de Caïn avait  franchi le déluge"L'homme ne tarderait pas à faire à nouveau couler le sang de son frère, tout comme Caïn avait répandu le sang de son frère Abel. Les germes de l'ancien monde étaient entrés dans l'arche. Le déluge avait lavé le sang de la terre, mais l'homme portait toujours en lui la semence de la violence et du meurtre. Mais à ce stade du récit, il n'y a sur cette terre dépeuplée que huit personnes, quatre hommes et quatre femmes. Quatre femmes dont les noms ne sont d'ailleurs même pas mentionnés. 

Les hommes se dispersent  sur la terre

Gen. 9:19 : "Ce sont là les trois fils de Noé (Sem, Cham et Japhet), et c'est leur postérité qui peupla toute la terre". La Bible nous dit que c'est de la postérité de ces trois hommes que va démarrer le repeuplement de la terre. Le chapitre suivant, le chapitre 10 de la Genèse, appelé "la table des nations", mentionne les soixante-dix nations qui sont issues des trois fils de Noé. Mais il est intéressant de s'arrêter sur le mot "naphats",  lorsqu'il est dit que leur postérité "peupla" toute la terre. Il a, comme beaucoup de mots hébreux, plusieurs significations. Il signifie "disperser", mais également "briser, rompre, mettre en morceaux, pulvériser, réduire en poussière". Divers textes bibliques utilisent le terme "naphats" pour parler d'un vase brisé avec l'idée d'un acte violent. Ce mot a donc une connotation très forte. Il semblerait qu'il ne s'agisse pas d'une extension géographique naturelle qui se serait produite de façon fluide et progressive. Le mot "naphats" peut laisser supposer qu'après que les hommes aient commencé à se multiplier, des désaccords survinrent entre différents groupes ou familles et qu'il y ait eu divisions, séparations, ruptures, voire peut-être même des guerres. Des clans familiaux se seraient ainsi formés, désireux de s'éloigner les uns des autres. 

En réalité, la semence de ce qui allait devenir un conflit fratricide qui ne cesserait de se développer à travers les siècles jusqu'à nos jours, commença très tôt, après que Noé se soit enivré et que son fils Cham eut découvert sa nudité. Gen. 10:6 nous apprend que Cham eut quatre fils : Cusch, Mitsraïm, Puth et Canaan. Canaan est donc le quatrième fils de Cham. Ceux-ci n'étant pas présents dans l'arche, ils sont donc nés après que la famille de Noé soit sortie de l'Arche. Quatre années au moins viennent donc de s'écouler depuis le déluge.

L'ivresse de Noé et la malédiction de Canaan

Il est intéressant de noter que l'on apprend, au verset 24, que Cham était son fils cadet. Revenu de son vin, la colère de Noé éclata, non contre Cham mais contre... Canaan ! "Maudit soit Canaan... que Canaan soit leur esclave... que Canaan soit leur esclave..." (Gen. 25 à 27). Pourquoi  la colère de Noé éclata-t-elle contre Canaan ? Selon la Bible Annotée, ce serait le quatrième fils de Cham, Canaan, qui fut le premier à voir la nudité de Noé, il en parla à son père Cham qui, après l'avoir constatée lui-même en parla à ses frères. Canaan se serait moqué de la nudité de son grand-père. Noé, l'ayant appris, maudit Canaan, son petit-fils. Cette explication me semble la plus plausible pour expliquer que la colère de Noé se soit tournée vers Canaan et non vers Cham. Mais chronologiquement, cela nous oblige à nous projeter bien plus loin dans le temps. On ignore l'âge de Canaan à ce moment-là, mais on peut supposer qu'il était tout au moins un adolescent. La gravité de la sentence prononcée par Noé contre son petit-fils n'aurait probablement pas été aussi sévère si Canaan avait été un petit enfant. De plus, Canaan étant le fils cadet, quatrième fils de Cham, une vingtaine d'années pouvaient s'être écoulées depuis le déluge, et peut-être même beaucoup plus. 

Il faut également tenir compte du fait que le verset 19 (qui précède l'incident de l'ivresse de Noé) nous dit que "ce sont là les trois fils de Noé; et c'est leur postérité qui peupla toute la terre". Le récit biblique n'est pas toujours chronologique dans la façon dont il relate les événements, mais la construction littéraire hébraïque biblique n'obéit pas aux critères qui nous sont familiers. Toutefois, Cham est bien "le cadet", ce qui veut dire que s'il a déjà eu quatre fils, dont Canaan qui serait déjà un adolescent, ses frères aînés, Sem et Japhet, ont eu également leurs propres enfants. 

Mais quel âge avaient-ils ? Gen.11:10 nous dit : "Voici la postérité de Sem. Sem âgé de cent ans, engendra Arpacschad, deux ans après le déluge". Ce verset nous donne une information. Sem avait donc quatre-vingt-dix-huit ans lors du déluge. Arpacshad est peut-être le premier enfant né après le déluge. Gen. 10:21 nous apprend que Japhet était l'aîné. La postérité de celui-ci couvrit un large territoire puisque ses descendants se retrouvent de l'Iran aux extrémités de l'Europe, en passant par la Turquie et les Balkans. L'Europe étendra ses possessions sur les Iles Britanniques, les Amériques, l'Océanie... Genèse 9:27 dit : "que Dieu étende les possessions de Japhet...", littéralement : "yafet Elohim lè yifèt", mais on retrouve dans ces deux mots la même racine avec les lettres "youd, fé, tav". Les généalogies des trois frères dont sont issues "les familles de la terre" sont décrites dans les chapitres dix et onze. Les descendants de Japhet l'aîné (Gen. 10:2 à 5). Les descendants de Cham le cadet (Gen. 10:6 à 19). Et les fils de Sem (Gen. 21 à 31). Ces trois généalogies sont une source d'informations pour ce qui est de l'origine des peuples que nous connaissons aujourd'hui. Le petit-fils de Noé, Canaan, tiendra une place importante dans le récit biblique. Ses frères occuperont la côte africaine de la Méditerranée : Egypte (Mitsraïm), Libye (Puth), Érythrée, Nubie, Ethiopie, jusqu'au Golfe d'Aden et le Yémen (Cush). Canaan sera le père des peuples qui occuperont la terre du même nom, jusqu'en Phénicie (actuel Liban). Mais le récit biblique va surtout se concentrer sur la descendance de Sem jusqu'à Abram qui deviendra Abraham, père de la nation d'Israël sur lequel se centre principalement le récit biblique dans son ensemble.  

Afin de pouvoir bénéficier d'une vue globale de la généalogie de l'ancêtre des peuples sémites (dont font d'ailleurs partie les Jordaniens, les Saoudiens et les Israéliens), je reproduis, ci-dessous, le tableau généalogique de Noé à Ismaël. 

Noé et la nouvelle génération

Noé "fils" de Lémec, de Mathusalem, d'Hénoc, de Seth fils d'Adam. Toute sa vie, Noé a été le dépositaire de l'héritage que lui avaient transmis ses pères. Il se peut qu'il lui ait fallu toutes ces années pour appréhender la dimension de sa filiation, et la portée de cet héritage. Chacun de ses aïeux en avait été dépositaire et l'avait enrichi de sa propre expérience. Lorsque Noé entra dans l'arche, il le fit, enrichi de cette filiation arrivée à maturité. Il sait maintenant qui il est. Il est le père d'une nouvelle humanité. Ce potentiel qu'il a acquis pendant toutes ces années, il le transmettra à ses fils, plus particulièrement à Sem qui va devenir, à son tour, dépositaire de cet héritage familial. Sem le transmettra à sa descendance jusqu'à Abraham, et Abraham, par l'intermédiaire de son fils Isaac, jusqu'au Massiah, le Seigneur Jésus-Christ. En lisant ce tableau, on peut voir qu'Abram fut contemporain de Noé. Le vieux patriarche décède à l'âge de 950 ans alors qu'Abram est un jeune homme de 59 ans. Sem est toujours en vie à la naissance d'Ismaël. Selon la tradition juive, qui, rappelons-le, est le fruit de longues études des textes bibliques originaux, le personnage énigmatique de Melkisédek, que va rencontrer Abraham, serait en fait le patriarche Sem lui-même. 

"Espérant contre toute espérance, Abraham crut en sorte qu'il devint père d'un grand nombre de nations selon ce qui lui avait été dit : telle sera ta postérité" (Romains 4:18). Cette "postérité d'Abraham par la foi" sera celle qui aura cru au Fils par excellence, celui qui est né de la postérité d'Abraham et qui est appelé "fils d'Adam". Et ainsi que le précise l’Évangéliste Luc, dans sa généalogie du Seigneur Jésus : "Jésus étant, fils de Joseph, ...fils de Sem, fils de Noé, fils de Lamech, fils de Mathusélah, fils d'Enoch, ...fils de Seth, fils d'Adam, fils de Dieu" (Luc 3:23 à 38). 

JiDé
Noé et la nouvelle génération
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