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Ézéchiel et la vision du Temple : chapitres 40 à 48

Ézéchiel et la vision du Temple : chapitres 40 à 48

Un livre difficile à lire ?

Pour beaucoup, le livre du prophète Ézéchiel demeure difficile à lire, voire incompréhensible. Il est vrai qu'il débute presque immédiatement par ce que l'on appelle communément "une vision" qui semble, il faut le reconnaître, des plus insolite. Ce que le judaïsme appelle la "Merkaba", le char de la Gloire de Dieu. J'ai pourtant la prétention de croire que ce livre est moins inaccessible qu'il ne peut paraître. Un article paru sur ce blog raconte l'histoire d’Ézéchiel, ce lévite sans sacrificature qui, pendant vingt années, va chercher à prouver aux exilés que Dieu demeure au milieu de son peuple. La vision de ce Temple, qui clôture le livre, en est la preuve irréfutable.   

Le livre d’Ézéchiel contient en réalité deux visions particulièrement grandioses. La première, nous l'avons vu, est celle du char de la Gloire de Dieu. La seconde clôture ce livre dont les neuf derniers chapitres sont consacrés à décrire cette vision qui est celle d'un Temple. Mais de quel Temple s'agit-il ? Est-ce celui qui est appelé à être reconstruit ? Est-ce la vision d'un Temple céleste ? Cette vision s'est-elle réalisée lors de la reconstruction du Temple par Néhémie ou sera-t-il construit lorsque le règne du Seigneur sera établi sur la Terre ? Doit-on prendre cette description à la lettre ou faut-il y voir, dans ses dimensions et ses descriptions, un souci de manifester l'harmonie et la sainteté de ce lieu ? Beaucoup de questions sur lesquelles les avis divergent. Il serait peut-être présomptueux d'affirmer telle ou telle réponse au détriment d'une autre possibilité potentiellement tout aussi crédible, pour peu qu'elle soit défendue par une argumentation tout aussi solide que la précédente. Nous nous contenterons ici de chercher à mieux comprendre l'ensemble de cette vision sans nous arrêter à une interprétation particulière, ce qui laissera, au lecteur, la liberté d'aborder ce thème sans que ses convictions personnelles, s'il en a, ne soient remises en question. 

Un lévite et un visionnaire

Je propose d'aborder cette partie du livre de façon progressive, tout d'abord dans une vue globale, pour ensuite nous en approcher afin de mieux en comprendre les particularités. Nous verrons également pourquoi Ézéchiel reçoit cette vision et à qui cette vision est destinée. Car cela a un but et un public précis, et nous verrons lesquels. Avant cela, je ne peux qu'encourager mon lecteur à lire l'article sur ce blog intitulé "Ézéchiel, prophète ou sacrificateur ?" pour mieux connaître le personnage principal de ce livre et le récepteur de cette vision. 

En résumé, Ézéchiel commence son ministère prophétique à l'âge de trente ans, âge auquel il aurait dû entrer en fonction comme sacrificateur s'il n'avait été déporté de Jérusalem en Chaldée. Lorsqu'il reçoit la vision de ce Temple, il a cinquante ans. Il a derrière lui un ministère prophétique reconnu qu'il exerce depuis vingt ans parmi les exilés de Judée déportés par le roi de Babylone en 586 avant notre ère. Cinquante ans est l'âge auquel un sacrificateur quittait ses fonctions au Temple. Ézéchiel, qui toute sa vie est resté un lévite sans sacrificature, atteint cet âge butoir auquel il lui aurait fallu en quitter l'exercice, si toutefois il avait pu l'exercer. Ézéchiel, fils de sacrificateur, était né pour servir au Temple. Et c'est à cet âge, où il lui faut faire le constat douloureux que jamais de son existence il ne pourra exercer un tant soi peu sa vocation, qu'il reçoit la vision d'un Temple céleste. 

Mais avant d'entrer, à proprement parler, dans ce Temple, essayons d'abord de situer cette vision dans le temps. Nous le ferons de deux façons. La première, en nous intéressant à la date de rédaction. La deuxième, en situant la position de cette vision dans le livre lui-même. L'une et l'autre ont leur importance quant à la compréhension de cette vision et la symbolique de celle-ci.

Quand Ézéchiel a-t-il rédigé la description de cette vision ? 

"La vingt-cinquième année de notre captivité, au commencement de l'année, le dixième jour du mois, en ce même jour..." (40:1). 

Soit vingt-cinq ans après qu'il ait été déporté de Jérusalem en Babylonie. Mais pour pouvoir nous situer dans le temps, il nous faut revenir au début de son livre. Voici comment Ézéchiel introduit son récit : 

"La trentième année, le cinquième jour du quatrième mois, comme j'étais parmi les captifs du fleuve  Kébar, les cieux s'ouvrirent et j'eu des visions divines. Le cinquième jour du mois, c'était la cinquième année de la captivité du roi Jojakin. La parole de l’Éternel fut adressée à Ézéchiel, fils de Buzi le sacrificateur, dans le pays des Chaldéens, près du fleuve Kébar et c'est là que la main de l’Éternel fut sur lui" (1:1, 2).

A ce propos, il est intéressant de noter la similarité entre les mots hébreux "galout" (exil, éloignement) et "itgalout" (révélation). Ézéchiel a vingt-cinq ans lorsqu'il est déporté en Babylonie. Il recevra sa première vision "la cinquième année de la captivité". Il a alors trente ans. Ézéchiel, parmi d'autres exilés, arrive en un lieu appelé Tel Abib, près d'un fleuve nommé Kébar dont le nom signifie "ce qui est passé". Le mot "kébar" étant un mot hébreu, on peut supposer que le fleuve dont il est question a été rebaptisé par les exilés eux-mêmes. Un nom qui ne peut qu'inciter à la mélancolie en repensant à sa vie passée en Judée. Ce fleuve occupe une place particulière dans les visions d’Ézéchiel car il est toujours en arrière-plan, comme pour rappeler au prophète que, malgré la glorieuse révélation dont il est dépositaire, il n'en demeure pas moins un exilé. 

La dernière vision qui nous soit parvenue par ces écrits est datée de "La vingt-cinquième année de notre captivité". Ézéchiel a cinquante ans. "Au commencement de l'année, le dixième jour....". Le premier mois de l'année religieuse est le mois de Nissan qui correspond, selon notre calendrier, à Mars/Avril. Nous sommes donc le dixième jour du mois de Nissan, c'est à dire dans la seconde moitié du mois de Mars selon notre calendrier. Deux ans plus tard, le même mois, le premier jour du mois, la parole sera adressée de nouveau à Ézéchiel (29:17). C'est le dernier message dont il est fait mention dans son livre. Il a alors cinquante-deux ans. Il se peut que le prophète ait poursuivi son ministère auprès des exilés sans que le compte-rendu écrit ne nous soit parvenu.

L'expression "en ce même jour" peut laisser supposer qu'Ézéchiel reçoit cette vision le jour anniversaire de sa déportation. Mais le dixième jour du mois de Nissan n'est pas un jour comme un autre. Le 10 Nissan est le jour où l'on choisissait l'agneau qui devait être sacrifié dans le Temple le Jour de Pessah (la Pâque juive, Exode 12:3). Mais le 10 Nissan est également le Jour où le peuple d'Israël franchit le Jourdain pour la première fois, sous la conduite de Josué (Jos. 4:19). Cette date était donc évocatrice d'espoir pour le peuple exilé dont le Temple avait été détruit quatorze ans auparavant. Si le prophète reçoit cette vision quatre jours avant la fête de Pessah (Pâque), il y est fait mention au chapitre quarante-cinq : 

"Le quatorzième jour du premier mois, vous aurez la Pâque. La fête durera sept jours, on mangera des pains sans levain" (Ézéchiel 45:21).

Kébar, un fleuve évoquant le passé 

Ce fleuve, auprès duquel Ézéchiel va voir les cieux s'ouvrir, restera pour lui un souvenir inoubliable, étroitement lié à la révélation glorieuse qu'il a reçue au début de son ministère. Il y fera plusieurs fois référence par la suite. L'Ecclésiaste avait, à plusieurs reprises, fait mention dans son livre de cette notion de "ce qui est passé". Il dira : "ce qui a été (kébar) et ce qui sera a déjà été( kébar)" (Eccl. 3:15). Ou "cette chose existait déjà (kébar) dans les siècles qui nous ont précédés" (Eccl. 1:10), ou encore "ce qui existe a déjà (kébar) été appelé par son nom" (Eccl. 6:10). 

En faisant allusion au Kébar, Ézéchiel fait un rapprochement entre ce qu'il voit et ce qu'il a déjà vu. Le fleuve est son horizon journalier, mais il est devenu le cadre de la révélation glorieuse. Il souligne ainsi le contraste entre la vision proprement dite (ce qui lui est révélé) avec la symbolique de ce fleuve (ce qui est passé), en arrière-plan de ces visions. Chaque nouvelle révélation vient se poser sur un cadre familier, le Kébar incarne un "déjà vu" sur lequel vient se poser la vision comme sur une toile de fond. 

Où se situe le récit de cette vision dans le livre ?

Comme je l'ai dit plus haut, il est important de positionner la vision dans le temps pour mieux en comprendre le sens, mais il est également important de la situer dans le livre même. Bien que le livre d’Ézéchiel n'ait pas de suivi chronologique, il possède néanmoins une structure dans sa construction. Ce que voit Ézéchiel, dans la vision qui nous occupe, est quelque chose qui, pour lui, appartient à un temps éloigné dans le futur. Si l'on remonte quelques chapitres en arrière, on peut voir se profiler une certaine continuité dans les événements qui, à son époque, étaient encore liés à une période éloignée. Pour nous qui vivons au vingt et unième siècle, nous en avons déjà vu la réalisation partielle. Au chapitre 36 de son livre, nous voyons le rétablissement du peuple hébreu (aujourd'hui le peuple juif) dans sa terre, en Eretz Israël. Au chapitre 37, nous voyons un peuple décharné, sans vie (comme celui qui est sorti des camps d'extermination nazis), renaître et reprendre vie comme par une résurrection nationale. Les deux pièces de bois, symbolisant Israël et Juda, réunies ensemble pour ne former qu'un seul peuple. Les chapitre 38 et 39 relatent une guerre que l'on qualifie, dans la tradition rabbinique comme dans une partie du monde évangélique, de "Guerre de Gog" ou "Guerre de Gog et Magog". Une guerre qui viendra en son temps mais dont nous voyons peut-être déjà aujourd'hui les prémices. Les chapitres 40 à 48 viennent comme pour clôturer cette page de l'Histoire. En cela, d'aucuns considèrent ce Temple comme étant messianique par essence. Celui qui verra affluer dans ses murs les délégations du monde entier lorsque le règne du Messie aura été établi sur la Terre.

Mais si cette interprétation est exacte, cela laisse en suspens une interrogation de poids dont il faut tenir compte : qu'en est-il des sacrifices d'animaux dont le texte fait mention ? Seront-ils rétablis ? Selon Scofield, qui adoptait plutôt la perspective d'un Temple érigé lors du règne messianique du Seigneur sur la Terre, ces sacrifices auraient un but commémoratif. Mais est-il raisonnablement envisageable de considérer une ré-instauration du système sacrificiel ? Ne faut-il pas plutôt situer celle-ci lors de la reconstruction du Temple par Néhémie ? Néanmoins, la redistribution des territoires aux douze tribus d'Israël dans le chapitre 47 nécessite de se projeter plus loin dans le temps, lorsque le Messie aura établi son règne sur la Terre. Observée dans une perspective prophétique, cette vision du Temple aurait alors son plein accomplissement dans le futur.

La prise en compte de tous les éléments de cette vision ne peut que nous laisser dubitatifs. Ils semblent difficilement conciliables en une même époque. Sauf si, bien évidemment, on envisage, comme Scofield, que le système sacrificiel soit réintroduit dans la pratique cultuelle durant la période du règne messianique. Peut-être faut-il alors envisager de voir ce Temple comme une pure allégorie. Mais dans ce cas, la redistribution des territoires aux tribus d'Israël, mentionnée aux chapitres quarante-sept et quarante-huit, ne serait que pure imagerie, affaiblissant l'espoir des exilés de revoir un jour cette terre dont ils ont été dépossédés.  

Quelle est la vision ?

La vision du prophète est ce que l'on pourrait qualifier de "vision ouverte". Cette vision n'est pas quelque chose qu'il voit tout en disposant d'un certain recul. Il est directement impliqué, presque physiquement, puisqu'il se sentira enlevé par une main qui va le déposer en terre d'Israël avant de pouvoir contempler la vision proprement dite. Ce qu'il voit, c'est "une montagne très élevée où se trouvait comme une ville construite". Le fait qu'il ait cru voir une ville est compréhensible étant donné les dimensions du mur extérieur. 

Il est invité à pénétrer dans ce temple, à le visiter et même à le mesurer. Sa vision se rapproche plus d'un plan d'architecte que d'une vision extatique et eschatologique à laquelle on serait plus familier. Bien que très précises dans les dimensions, les mesures seraient incomplètes pour reconstituer les bâtiments dans leurs dispositions. Néanmoins, elles semblent pleinement suffisantes pour remplir le rôle qui leur est attribué et que nous allons découvrir. 

Le but de la vision

A ce stade, nous avons vu qui est Ézéchiel, quand il a reçu cette vision et ce que cela implique. Nous avons vu que cette vision était destinée prioritairement aux exilés afin de ranimer en eux l'espoir du Retour. Nous avons situé la vision dans le temps chronologique et prophétique et enfin, nous avons abordé la façon dont le prophète a "reçu" cette vision. Je pense qu'avant d'aller plus loin, il est peut-être bon de définir le but de cette vision. Car si cette vision se voulait un encouragement pour les exilés, elle a également un but précis. Pour en saisir le sens, il nous faut donc aller directement à ce qui est le paradigme de cette portion de son livre : les versets 10 et 11 du chapitre 43. 

"Toi, fils de l'homme, montre ce temple à la maison d'Israël, qu'ils en mesurent le plan, et qu'ils rougissent de leurs iniquités. S'ils rougissent de toute leur conduite, fais-leur connaître la forme de cette maison, sa disposition, ses issues et ses entrées, tous ses dessins et toutes ses ordonnances... mets-en la description sous leurs yeux afin qu'ils gardent tous ses dessins et toutes ses ordonnances et qu'ils s'y conforment dans l'exécution. Telle est la thora de la maison". 

La vision de ce Temple offre donc une espérance, mais il y a une condition à la concrétisation de cet espoir renaissant. Cette condition s'appelle la repentance. 

Cette description détaillée est censée amener les exilés, auxquels ce plan est destiné, à prendre conscience de leurs péchés et à s'en détourner. Mais ce processus de repentance est en deux étapes puisque la deuxième partie est conditionnelle. Le prophète ne doit révéler la suite que si le peuple se repent. Après avoir pris connaissance de la deuxième partie de la révélation, ils sont censés se "conformer à l'exécution". Formule qui pourrait laisser supposer qu'il leur faudra édifier ce temple, selon les instructions qui leur ont été fournies. Encore une fois, faut-il voir là les prémices de ce qui se produira lorsque Néhémie reviendra d'Exil pour rebâtir le Temple ? Ou bien faut-il plutôt y voir une métaphore de "la maison d'Israël", qui doit se "reconstruire" dans sa vie spirituelle ? On ne peut en réalité exclure aucune de ces possibilités. L'apôtre Paul utilisera plus tard cette même métaphore en parlant des disciples de Jésus comme des "pierres vivantes". Métaphore qu'il emprunte volontiers à ce judaïsme qui fut le terreau de sa formation religieuse. Mais si le prophète s'adresse à "la maison d'Israël", c'est pour lui parler d'une autre maison, celle du Dieu d'Israël.

Si pour nous aujourd'hui, la lecture de ce descriptif peut sembler quelque peu rébarbatif, il devait être suffisamment explicite pour les auditeurs du prophète, au point de provoquer un mouvement de repentance général, comme le fut la prédication de Jonas pour la population de Ninive. 

èth : l'Aleph et le Tav

Au verset 10 du chapitre 43, comme dans de très nombreux passages de l'Écriture, un petit mot, "èth", apparaît à trois reprises. Ce mot est formé de deux lettres : Aleph et Tav, respectivement la première et la dernière lettre de l'Alphabet hébreu (l'AlephBeth). Les rabbins en ont conclu que ce mot symbolisait les Écritures dans leur totalité. D'autres ont cru reconnaître en ce Aleph Tav le Messie en personne. On peut aisément reconnaître que dans un cadre aussi glorieux, la présence du Messie soit plus qu'évidente, lui qui incarne la révélation parfaite de Dieu, rédigée dans les Écritures. Mais ce petit mot "èth" pourrait également être comme un rappel incitant le peuple d'Israël à consulter ces Écritures. Car si cette portion du livre d’Ézéchiel est  complète quant à sa description, elle ne peut être observée et comprise que si elle s'inscrit dans un cadre plus large. Celui de l'exil du peuple hébreu d'une part, comme de celui d'un historique à la fois national et religieux auquel le prophète se réfère, d'autre part. Ce cadre étant largement décrit dans les pages de ces Écritures où le livre d’Ézéchiel a pleinement sa place.  

Après avoir vu la raison pour laquelle cette vision avait été transmise au prophète, nous pouvons aborder plus en détails la teneur de cette révélation censée conduire les exilés à la repentance, but ultime de cette révélation. 

Un plan d'architecte

"Toi, fils de l'homme, montre ce temple à la maison d'Israël, qu'ils en mesurent le plan, et qu'ils rougissent de leurs iniquités. s'ils rougissent de toute leur conduite, fais-leur connaître la forme (tsuwrah) de cette maison, sa disposition, ses issues (mowtsa) et ses entrées (mowba), tous ses dessins (tsuwrah) et toutes ses ordonnances (chuqqah)... mets-en la description sous leurs yeux afin qu'ils gardent tous ses dessins (tsuwrah) et toutes ses ordonnances (chuqqah) et qu'ils s'y conforment dans l'exécution" (43:11). 

"Fais-leur connaître la forme (hébreu : "tsuwrah") de cette maison"

"La forme" peut également être traduit par "le dessin". Ce mot "tsuwrah" n'apparaît que dans ce verset et nul part ailleurs dans la Bible, mais il y apparaît quatre fois, ce qui souligne son aspect particulier propre à ce que veut décrire le prophète. La racine du mot "tsuwrah" (tsuwr) signifie  "le rocher". Or, "le rocher" est l'un des Noms du Messie. Ce temple repose sur un Rocher et en épouse les formes, et ce Rocher, c'est le Messie. L'apôtre Paul fera une analogie similaire lorsqu'il parle du rocher qui accompagnait le peuple juif dans le désert et qui leur permettait de s'abreuver. "Car ils buvaient à un rocher spirituel et ce rocher, c'était Christ" (1 Corinthiens 10:4). 

Le Tsuwr (le Rocher) est à la fois un Lieu près de Dieu (Ex. 17:6; 33:21, 22) et Dieu lui-même (Deut. 32:4, 13, 15, 18). D'ailleurs, selon les Sages d'Israël, "Le Lieu" est également l'un des noms de Dieu. Le Messie est "Celui qui bâtit la maison" mais il est également le Rocher sur lequel la Maison est bâtie. Le prophète Habacuc, pour sa part, dira : "mon Dieu, mon rocher... tu ne peux regarder l'iniquité" (Hab. 1:12). Ainsi, le message d’Ézéchiel est de faire connaître au peuple cette iniquité que Dieu ne peut voir. Celle-ci se définit par ce qui est tordu, tortueux, déformé, ce qui contraste outrageusement avec les formes parfaites du Temple qu'il a été amené à contempler et qui expriment toute la beauté et l'harmonie de ses dimensions.

"... Ses dispositions, ses issues (mowtsah)..."

Dieu dit, dans le Psaume 89 : "Je ne changerai pas ce qui est sorti (mowtsah) de mes lèvres". Pour le prophète Daniel, "mowtsah", c'est la Parole de Dieu proclamant la reconstruction de Jérusalem (Dan. 9:25), alors que pour Osée, il s'agit de la Venue (mowtsah) du Messie qui est aussi certaine que la venue de l'aurore (Osée 6:3). Les "issues" mentionnées par Ézéchiel symbolisent donc la future venue du Seigneur dans son Temple. Cette venue est attestée et absolument certaine. Un aspect essentiel si l'on garde en mémoire la raison pour laquelle le prophète a reçu cette vision de Temple : le peuple doit se repentir de ses iniquités, et ce d'autant plus que sa Venue est annoncée et est donc imminente. Un dernier point est que "mowtsah" désigne également la direction de l'Orient. 

"... et ses entrées (mowba)..."

La racine du mot est "mabow", qui signifie "entrée, venue, soleil couchant, l'Ouest, l'Occident".

Nous avons donc un axe qui définit les lieux d'entrées (mowbah) et de sorties (mowsah), respectivement de l'Occident et de l'Orient. C'est en Orient, faut-il le rappeler, qu'ont été rédigées les Écritures saintes qui nous ont permis d'avoir accès à la révélation de l’Évangile et à la connaissance du Dieu unique. Ce Temple a donc quelque chose de fédérateur. Il nous ramène à la source de toutes choses. Il nous rappelle que ces textes sont nés dans les plaines fertiles de la Babylonie, de la Judée, dans les déserts du Sinaï ou du Néguev. Ce message de vie s'est propagé de l'Orient vers l'Occident. Certains aimeraient pouvoir se convaincre du contraire, voire nier tout simplement le substrat dans lequel s'est développée, pendant des siècles, la révélation que Dieu a accordée aux hommes. Mais en nier l'origine c'est en renier la substance, lui ôtant ainsi tout sens véritable. Occulter l'identité sémitique des Écritures en les "occidentalisant", c'est leur ôter toute leur vigueur et leur sens. Si la révélation divine est, par essence, spirituelle, le cadre dans lequel elle s'inscrit et se révèle n'en demeure pas moins historique et géographique. Le message d’Ézéchiel, s'il s'adresse premièrement aux exilés de Judée, est aussi pour le monde Occidental dont nous sommes.

Et si le but de cette vision est de conduire les exilés à la repentance, il ne peut qu'avoir pour nous le même sens. Mais, dans le contexte que nous venons d'évoquer, quel sens donnera-t-on à ce mot de "repentance" si ce n'est peut-être celui de "réorienter" notre position vis à vis des Écritures et le regard occidentalisé que nous posons sur elles. De même que Dieu ramène le prophète en Israël, il nous faut également remettre dans leur contexte historique et géographique ces textes que nous nous sommes si bien appropriés que nous en avons oublié l'origine et la véritable identité. C'est alors, et alors seulement, que nous pourrons redécouvrir la dimension universelle et intemporelle de ces textes qui nous font connaître les clauses de l'Alliance dans laquelle le Créateur nous invite à entrer, comme nous le montre le mot suivant.

"... tous ses dessins (tsuwrah) et toutes ses ordonnances (chuqqah)..."

"Chuqqah" vient de "choq", un statut, un commandement, mais avec l'idée de quelque chose d'universel, d'intemporel. Les fêtes de Pessah (Pâque) et des "pains sans levain" sont appelées des "chuqqoth"Dieu demandera à Job s'il connait les lois (chuqqoth) qui régissent l'univers (Job 38:33). Confondu par l'argumentation de son Créateur, Job reconnaîtra sa méconnaissance de cet ordre du monde qui, au sein de son épreuve, lui semblait ébranlé. Ici encore, l'idée de repentance vient se frayer un chemin. La Chuqqah, c'est à la fois le respect des fêtes instituées par Dieu pour son peuple et des lois qui régissent l'Univers. Ces lois ont été instituées de façon perpétuelle et éternelle. Il se peut que, loin de Jérusalem (dont nous avons vu plus haut que sa restauration était certaine), le peuple ait délaissé les "fêtes de l’Éternel". Le peuple est donc appelé à s'en repentir et à en restaurer la pratique. Il est intéressant de noter que "chuqqah" ne relève pas de la Loi Mosaïque puisque Abraham les pratiquait déjà. "Parce que Abraham... a observé... mes statuts (Chuqqah)" (Gen. 26:5).

"...et qu'ils s'y conforment dans l'exécution."

Le Rav Zamir Cohen souligne la similitude entre les mots "tsour" (la forme) et "tsiour" (le dessin) ainsi qu'entre les mots "tsour" et "maatsor" (la contrainte). Des mots issus de la même racine.

Il pose alors la question : "quelle est la différence entre un gribouillis et un dessin ?". Il répond : "pour faire une oeuvre d'art, il faut respecter certaines règles et obéir à certaines contraintes. Celui qui fait un gribouillis fait ce qu'il veut". Il conclut en disant : "Notre vie peut être un gribouillis ou une oeuvre d'art selon que l'on choisit de se conformer aux règles et d'accepter les contraintes". Dieu nous a donné "un mode d'emploi", c'est à nous de nous y "conformer dans l'exécution". 

Un fleuve coulant du Temple

"De l'eau sortait sous le seuil de la maison, à l'Orient..." (Ez. 47:1).

S'il est un passage de ce livre qui lui soit emblématique, c'est bien le chapitre quarante-sept et sa description du torrent qui coule du Temple. Un torrent qui a fait couler beaucoup d'encre. Treize versets qui ont le mérite d'avoir sorti cette vision de l'oubli dans lequel, pour beaucoup de lecteurs de la Bible, elle semblait condamnée à demeurer. Ici, le Kébar, fleuve témoin d'un temps désormais révolu, laisse la place à un torrent qui produit la vie et dont les rives sont bordées d'arbres portant du fruit. L'apôtre Jean, imprégné de ces Écritures qu'il chérit et dont il a nourri son âme durant toute sa vie, enrichit sa vision de ce "fleuve d'eau de la vie" sortant, cette fois-ci, non plus du Temple mais du trône de Dieu. 

Le prophète Zacharie entrevoit également ce Jour lorsqu'il écrit : "En ce jour-là, des eaux vives sortiront de Jérusalem et couleront moitié vers la mer orientale, moitié vers la mer occidentale... l’Éternel sera roi de toute la terre, en ce jour-là, l’Éternel sera le seul Éternel et son nom sera le seul nom" (Zacharie 14:8, 9). 

Cette expression, "en ce jour-là", a toujours une connotation eschatologique. La dimension messianique de ce passage est soulignée par l'affirmation du règne du Seigneur "sur toute la terre". 

"Et il me montra un fleuve d'eau de la vie, limpide comme du cristal, qui sortait du trône de Dieu et de l'Agneau. Au milieu de la place de la ville et sur les deux bords du fleuve, il y avait un arbre de vie, produisant douze fois des fruits, rendant son fruit chaque mois et dont les feuilles servaient à la guérison des nations" (Apoc. 22:1,2).

En cela, l'apôtre Jean reprend également une affirmation de son maître bien-aimé, notre Seigneur Jésus, qui affirme : "Celui qui croit en moi, des fleuves d'eau vive couleront de son sein, comme dit l'Ecriture" (Évangile de Jean 7:38). Bien évidemment, ces fleuves d'eau vive ne pourront couler du cœur de l'un de ses disciples (celui qui croit véritablement en lui) que si le Seigneur est véritablement assis sur le trône de sa vie. Pour Tidiman, "la vision d’Ézéchiel est à la base de la promesse de Dieu en Jean 7:38 où Jésus se présente comme le nouveau Temple" (Brian Tidiman : Le Livre d’Ézéchiel, vol. 2). 

Pour Zacharie, le fleuve coule de Jérusalem et pour Ézéchiel, les eaux sortent du Temple. L'apôtre Jean, lui, nous décrit "un fleuve d'eau vive qui coule du trône de Dieu et de l'Agneau" alors que pour le Seigneur Jésus, ces eaux vives couleront du sein même de ses véritables disciples. 

La description de la vision s'achève par une répartition du territoire selon les tribus d'Israël dont les noms sont inscrits sur les portes de la ville.

Et pour toute éternité, le nom de ce lieu sera "IHVH shamah - l’Éternel est ici". Et Jean de conclure : "voici le Tabernacle de Dieu avec les hommes. Il habitera avec eux et ils seront son peuple et Dieu lui-même sera avec eux"  (Apoc. 21:3).

JiDé

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