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Au-delà des Proverbes : Tes greniers seront remplis d'abondance

Au-delà des Proverbes : Tes greniers seront remplis d'abondance

"Honore l’Éternel avec tes biens et avec les prémices de tout ton revenu, alors tes greniers seront remplis d'abondance" (Prov. 3:9). 

Comprendre ou interpréter 

Lorsqu'on lit ce texte, on le comprend généralement comme ceci : "donne de tes revenus financiers à Dieu (ou à ton église) et il te donnera en retour". Lorsque je dis que c'est ainsi qu'on le comprend, c'est parce que c'est ainsi qu'on l'interprète. Mais est-ce vraiment ce que dit le texte ? Une interprétation n'est pas une vérité qui fait loi. Mais alors, si c'est une interprétation, qu'est-ce que cela signifie vraiment ? Pour le comprendre, il nous faut remonter le temps, à l'époque de celui qui l'a écrit, Salomon. Si nous comprenons ce que l'auteur a voulu dire, nous comprendrons alors le sens véritable du texte, et cela vaut pour n'importe quel autre texte de l'Ecriture auquel on a prédéterminé le sens sur la base d'une interprétation, il faut le reconnaître, parfois erronée. Tout d'abord, il faut tenir compte du fait que lorsque ce Proverbe a été rédigé, l'Eglise, telle que nous la connaissons aujourd'hui, n'existe pas encore. Ce ne peut donc pas être prioritairement le sens de ce texte. Texte qui fut rédigé a une époque où la vie économique de la nation est particulièrement prospère. Voyons maintenant ce que veulent dire les mots de cette phrase, ou ce que, peut-être, ils voudraient nous dire.

"Honore l’Éternel" : en hébreu (la langue dans laquelle ce texte a été rédigé par son auteur), "kabad" signifie "donner du poids, glorifier, honorer, rendre riche". Donner du poids, c'est attribuer de la valeur, c'est avoir de la considération pour une parole ou une personne. Et même, l'enrichir. Ce qui ne signifie pas forcément un enrichissement financier, bien que le contexte peut sembler s'y prêter. Pourrait-on enrichir financièrement Celui qui possède déjà tout ? Dans le cas présent, l'auteur invite à honorer Dieu en le glorifiant.

"Honore l’Éternel". Il est important de s'interroger sur le sujet qui va être honoré car pour certains, le fait de "donner" est considéré comme un "revenu sur investissement". "Donne et il te sera donné encore plus". Le but étant alors de donner pour recevoir plus en retour. Il faut reconnaître que de telles dispositions de cœur éloignent considérablement le "généreux" donateur du but préalablement défini qui est d'honorer Dieu. Je reviendrai sur cette notion d'honorer Dieu en conclusion de cet article.

"Honore l’Éternel avec tes biens"Et là déjà, on peut se retrouver en porte-à-faux avec l'interprétation généralement admise, car celle-ci considère en général la deuxième partie ("et avec les prémices de tout ton revenu") mais elle omet la première, bien qu'il y ait eu des situations où des personnes se sont vues être invitées à vendre ou à mettre en hypothèque leur maison pour en apporter le produit à leur dirigeant religieux. Mais dans ce cas, était-ce Dieu qui était honoré ? Lui qui enseigne la Sagesse tout au long du livre des Proverbes, aurait-il commandité une telle imprudence ? Son but aurait-il été de déposséder l'un de ses enfants pour en enrichir un autre ? Serait-ce là l'esprit de l’Évangile ? Et la question subsidiaire est : "Dieu en est-il honoré ? Sinon, qui ?"

"Avec tes biens (en Hébreux, "Hown")". "Hown" signifie "richesses, bien-être, fortune, trésors". On parle de richesses, de fortune et de trésors. Il ne semble pas être fait mention de faibles moyens de subsistance. L'argumentation traditionnelle cite généralement ce texte de l’Évangile où Jésus prend  l'exemple de la veuve qui apporte ses deux pièces, seule richesse qu'elle possède. On met en avant son abnégation et l'on interprète parfois même son geste comme étant un acte d'obéissance à une ordonnance religieuse, incitant par là même à la prendre comme exemple. Mais est-ce vraiment de cela que Jésus parlait ? Il a juste observé et il a conclu en prenant pour exemple sa foi. Autre exemple d'interprétation.

Quels revenus ?

"Et avec les prémices de tout ton revenu". Le mot "prémices" étant généralement interprété comme "un dixième", et par extension, un dixième des revenus financiers (ce sujet à été développé dans un article de ce blog intitulé "La dîme ? Mais de quoi ?"). Mais est-ce vraiment ce que ce mot veut dire ? Pour bien comprendre cette expression "prémices de tout ton revenu", voyons tout d'abord la signification exacte de ces mots. Nous verrons alors si notre compréhension de ce texte est conforme à ce que dit l'Ecriture. 

Le mot "reshit", traduit par "prémices", revêt en réalité plusieurs sens. Ce mot "reshit" apparaît pour la première fois dans le tout premier verset de la Bible : "Au commencement (reshit) Dieu créa..." (Gen. 1:1). Il est également fait mention de Ruben qui était "les prémices" de la vigueur de son père Jacob (Gen. 49:3), ou plus généralement du premier-né mâle, prémices de la vigueur de son géniteur (Deut. 21:17), mais surtout et principalement des "prémices" de la moisson, du blé, de l'huile, des fruits (Ex. 23:19, Lév. 23:10, Deut. 18:4). Le sens en est clair, les "prémices" sont ce qui vient en premier. Le prophète Jérémie considère même Israël comme "consacré à l’Éternel, prémices de son revenu" (Jér. 2:3). Étonnamment, il n'est fait nulle part mention, de quelque façon que ce soit, de finances, d'argent ou d'une quelconque valeur monétaire dans les quarante-neuf versets où le mot "reshit" (traduit ici par "prémices") apparaît ! La Bible se serait-elle trompée ? Ou bien est-ce l'interprétation que l'on fait de ce texte qui serait erronée ? Par contre, la Bible dit très clairement qu'un fils aîné est les prémices de son père. C'est une affirmation claire. Elle mérite peut-être d'être considérée en tant que telle. 

"De tout ton revenu (kol tebuw'ah)". Contrairement à une idée fort répandue, le mot "revenus" (tebuw'ah) ne concerne pas vraiment une valeur monétaire, mais c'est un terme qui signifie plutôt "fourrage" ou "récolte". Il s'inscrit parfois dans le contexte d'une joie festive (les réjouissances après des récoltes abondantes). Le livre des Proverbes nous dit même que "le profit ("tebuw'ah") vaut mieux que l'or" et qu'il est "préférable à l'argent" (Prov. 3:14 / 8:19). L'idée étant qu'une bonne récolte est meilleure qu'une bourse pleine. C'est là l'idée qui ressort de ces deux passages des Proverbes. Bien évidemment, pour bien comprendre le sens de cette idée, il faut se rappeler que la société de l'époque est principalement agricole et artisanale, même si l'usage de monnaies est chose courante. Les prémices des récoltes devaient être engrangées pour les lévites qui servaient au Temple et qui enseignaient le peuple jusque dans les parties les plus éloignées du royaume. Mais de mauvaises récoltes signifiaient manque de nourriture, de fourrage pour le bétail et de graines à semer pour l'année suivante.

Les années de "vaches grasses"

La sagesse de Joseph (Gen. 41) permit aux nations alentours, touchées par la famine, d'acheter de la nourriture pendant les sept années de pénurie, mais cela provoqua un bouleversement complet dans l'économie de l'Egypte. Les champs, les biens et les capitaux furent tous absorbés dans cette famine et revinrent en quasi totalité à la maison de Pharaon qui, de ce fait, s'enrichit considérablement. On comprend alors que de bonnes récoltes préservaient les populations, assuraient une plus ou moins juste répartition des biens et des terres, et maintenaient une économie saine au sein du pays. Et on comprend mieux la suite de ce passage : "alors tes greniers (le lieu où l'on entreposait les récoltes) seront remplis d'abondance".

Le mot "Saba", traduit par "abondance", apparaît huit fois dans le texte biblique, dont six dans le chapitre 41 de la Genèse, pour désigner les récoltes abondantes des "sept années de vaches grasses". Cette abondance devait pallier à la pénurie qui ne manquerait pas de venir. Il y a donc ici l'idée de bonne gestion des récoltes afin d'assurer le ravitaillement de populations affamées. On peut donc constater que l'interprétation que l'on fait généralement de ce texte des Proverbes s'éloigne considérablement de son sens initial. Effectivement, si l'on s'attend à un "retour sur investissement" en se basant sur l'interprétation de ce verset, cela peut donner lieu à de sévères frustrations si l'on n'obtient pas le résultat escompté. Si l'on voulait voir dans ce texte des Proverbes un quelconque parallèle financier, il faudrait plutôt l'envisager comme une saine épargne en vue d'une éventuelle pénurie. Ce parallèle serait alors plus en conformité avec l'esprit du texte.

Conclusion

Les choses ont bien changé depuis que ces textes ont été rédigés. En deux siècles, la population agricole a migré en grande majorité vers les centres urbains. Ce phénomène s'est reproduit partout sur la planète. Le principe énoncé dans ce texte des Proverbes s'est mué en un "deal" financier : "donne et tu recevras". Afin d'actualiser le texte biblique et de le moderniser, il fut interprété au détriment de son sens initial. Or, on ne peut, en toute honnêteté, accepter comme "argent comptant" une interprétation d'un texte biblique, surtout si cette dite interprétation s'érige en règle immuable après en avoir  préalablement modifié le sens.  

Maintenant que nous avons cerné le sens littéral de ce passage des Proverbes, nous pouvons mieux en comprendre le sens exact et ainsi nous rapprocher au mieux de ce que le texte nous dit vraiment. Mais le monde de la Bible est principalement formé de cultivateurs, d'éleveurs et d'artisans. Un monde économiquement très différent du nôtre. Alors comment ce texte des Proverbes peut-il encore nous être utile à nous, aujourd'hui, citadins du vingt-et-unième siècle ? Peut-être en revenant à ces deux premiers mots de notre Proverbe : "honore l’Éternel". Car si la Bible s'inscrit dans un contexte en grande majorité agricole, on peut y lire des prescriptions très précises quant à la gestion des cultures et du traitement des sols, de la gestion du patrimoine, de la répartition des richesses agraires etc... chacun peut, à son niveau, agir de façon responsable en tant qu'hôte résident sur cette terre qui l'accueille le temps de son séjour ici-bas. 

Il est bon et juste de vouloir obéir à la Parole de Dieu, mais encore faut-il comprendre le sens de ce qui est demandé. Qui ne s'est jamais entendu faire ce reproche : "mais ce n'est pas ce que je t'ai demandé de faire !". Mais alors, qu'en est-il ? Même si l'économie agricole de notre Monde a considérablement évolué depuis l'époque où ce texte fut rédigé, les principes bibliques n'en demeurent pas moins toujours valables. Mais il se peut fort bien que ce texte ait encore de bons conseils à prodiguer pour une pratique plus juste et plus équitable de l'économie agricole de notre Monde. Ainsi, le sens scripturaire de l'Ecriture sera respecté, et les conseils qu'elle prodigue seront appliqués pour le profit du plus grand nombre (Gen. 41:29 à 57). Puissions-nous bien comprendre ce que le Seigneur nous demande, alors notre obéissance sera en conformité avec ce qu'il attend de nous. 

JiDé

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