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L'Ecclésiaste : J'ai cherché à comprendre

L'Ecclésiaste : J'ai cherché à comprendre

"Moi, l'Ecclésiaste... j'ai appliqué mon cœur à rechercher et à sonder par la sagesse tout ce qui se fait sous les cieux" (Eccl. 1:12, 13). 

Dans un précédent article (Les paraboles du Bonheur), j'avais évoqué l'idée d'aborder les différentes facettes de la Sagesse de Dieu par lesquels Il a créé ce Monde. Le livre de l'Ecclésiaste me donne l'occasion d'en aborder un aspect. Cet article est le deuxième d'une série consacrée à ce livre que beaucoup considèrent comme pessimiste. Pour beaucoup, le livre de l'Ecclésiaste est le constat désabusé d'un homme ayant joui de tous les plaisirs de la vie et qui est revenu de tout. Cette réputation lui colle aux pages et à la peau. Si tel avait été le cas, ce livre aurait-il sa place dans le Canon des Écritures ? A cause de cet a-priori, certains commentateurs en ont même autrefois douté. Pourtant, loin d'être un regard désabusé sur un Monde dont il a consommé tous les plaisirs, le livre de l'Ecclésiaste est le fruit d'une longue recherche minutieuse, d'une réflexion profonde et d'une démarche entreprise avec l'aide de la Sagesse de Dieu. "Moi, l'Ecclésiaste... j'ai appliqué mon cœur à rechercher et à sonder par la sagesse". 

"Moi, l'Ecclésiaste...". Mais avant de poursuivre, j'aimerais, comme je l'ai fait dans l'article précédent, rendre à l'auteur de ce livre le nom qui est le sien. "Ecclésiaste" étant une forme francisée du grec "ekklesia", lui-même traduit de l'hébreu, je lui préfère son vrai nom : "Qoéleth". C'est ce nom que j'utiliserai donc, dépouillant du même coup l'auteur de ce manteau sombre dont on l'a si injustement affublé. 

"J'ai appliqué mon cœur..." : à six reprises, le Qoéleth va utiliser cette expression "j'ai appliqué mon cœur à". Cette expression révèle sa motivation. Loin d'être un constat désabusé, le Qoéleth s'est impliqué dans une démarche personnelle qu'il voulait honnête et sans compromis. 

"J'ai appliqué mon cœur à rechercher et à sonder par la sagesse". Qoéleth s'est impliqué dans ses recherches parce qu'il avait véritablement le désir de comprendre. Selon différentes versions, Qoéleth s'est évertué à "chercher, rechercher, comprendre, connaître, sonder, examiner, étudier, explorer... par la sagesse". Son livre est le fruit d'une longue investigation minutieuse, patiente, réfléchie, organisée. Il s'est appliqué à chercher en profondeur et de façon méthodique avec l'aide de la Sagesse de Dieu. Tout au moins, par l'un des aspects de la Sagesse de Dieu. En effet, l'hébreu biblique n'utilise pas moins de sept mots différents pour aborder le vaste sujet de la Sagesse du Créateur. Selon les Sages d'Israël, Dieu a créé le Monde au moyen de trois formes de Sagesse : Hohmah, Binah et Da'ath (Prov. 3:19). Mais le Qoéleth a entamé sa démarche par un de ces aspect en particulier, la Hohmah. Plusieurs hommes de la Bible ont été revêtus de cette forme particulière de Sagesse : Betsaleel, le maître d'oeuvre qui a confectionné le Tabernacle, Josué, Salomon, Hiram... et d'autres encore. Le Qoéleth est l'un de ces hommes. Par cela, on peut constater combien le Qoéleth s'éloigne considérablement de l'image négative que l'on pourrait avoir... de l'Ecclésiaste !

On a malheureusement souvent le réflexe de lire les Écritures au travers du prisme de nos préjugés. On y lit ce que l'on veut bien y lire. On y comprend ce que l'on nous a appris. On interprète selon sa propre compréhension. Et avec le temps, il est de plus en plus difficile de sortir des ornières des mauvaises habitudes. "Chercher, rechercher, comprendre, connaître, sonder, examiner, étudier, explorer... par la sagesse". Et si, tout comme le Qoéleth, nous faisions nôtre cette démarche ? Et si, nous aussi, nous entrions dans cette "exploration " des textes ? Non plus pour se conforter dans des opinions déjà fondées d'avance, mais pour confronter ces mêmes opinions à ce que le texte dit vraiment ! Et si, après avoir lu ainsi le livre de Qoéleth, nous étendions cette pratique à toutes les autres lectures de l'Ecriture ? En laissant un moment de côté ce que je crois savoir, ce que je crois avoir compris, pour "Chercher, rechercher, comprendre, connaître, sonder, examiner, étudier, explorer... par la sagesse". Cette démarche, pour peu qu'elle puisse être vécue en y appliquant son cœur, nous ouvrira très certainement de nouveaux horizons de la compréhension des Écritures. Quel est le contexte ? Que dit l'auteur ? A qui s'adresse-t-il ? Que sont-ils censés comprendre ? Quel parallèle puis-je faire avec le monde moderne du vingt-et-unième Siècle ? Se poser les bonnes questions multiplie les chances de trouver de bonnes réponses. A condition de le faire "avec sagesse" et "avec son cœur".

J'ai parlé plus haut d'hommes comme Betslaleel, Josué, Salomon, Hiram, mais il y a un autre nom que l'on pourrait ajouter à cette liste, c'est celui d'Ezra le scribe, que l'on connaît mieux sous le nom d'Esdras (Esdras étant la forme hellénisée de son vrai nom).

Et l'on pourrait associer le nom d'Ezra à celui de Qoéleth, car tous deux ont entamé une démarche similaire. Si Qoéleth a "appliqué son cœur à rechercher et à sonder par la sagesse tout ce qui se fait sous les cieux (Qo. 1:13) et "sous le soleil" (Qo. 8:9), et à "considérer les choses qui se passent sur la terre" (Qo. 8:16),  Ezra, quant à lui, "avait appliqué son cœur à étudier et à mettre en pratique la loi de l’Éternel et à enseigner au milieu d'Israël les lois et les ordonnances" (Esdras 7:10). 

Si l'un "s'est appliqué à sonder, chercher tout ce qui se fait, à considérer les choses qui se passent", l'autre "s'est appliqué à étudier et à (comprendre comment) mettre en pratique la loi de l’Éternel et à enseigner au milieu d'Israël les lois et les ordonnances". Tous deux ont eu une démarche identique : "ils se sont appliqués à chercher, à comprendre", pour ensuite transmettre. Si le mot "qoéleth" peut se traduire par "le rassembleur", Ezra (Esdras), lui, a enseigné "au milieu d'Israël". Il semblerait qu'une démarche identique puisse produire un résultat similaire. 

Si Qoéleth s'est appliqué à chercher et à comprendre "ce qui se fait sous les cieux", il s'est également penché sur "la raison des choses" et il a tenté de comprendre "la folie et la méchanceté, la stupidité et la sottise" (Qo. 7:25). S'il s'est appliqué à "considérer les choses qui se passent sur la terre", il conclut en disant : "oui, j'ai appliqué mon cœur à tout cela, j'ai fait de tout cela l'objet de mon examen et j'ai vu..." (Qo. 9:1). Les recherches  entamées précédemment se sont révélées fructueuses. Il en retire des conclusions. Celles-ci ne sont pas forcément réjouissantes, mais ayant entamé cette prospection en conformité avec la voix de sa conscience, il accepte d'en assumer les résultats, fussent-ils décevants. C'est le fruit de cet "examen" qu'il nous soumet. Le Qoéleth ne porte pas sur lui le manteau sombre de l'Ecclésiaste, il ne fait que l'exhiber. Mais c'est afin que nous puissions bénéficier de son travail d'investigation. Ce qu'il nous dépeint est le fruit de ce long travail d'observation et de recherches. C'est aussi le produit de sa propre expérience et de son vécu. Tel un chercheur dans son laboratoire qui, ne trouvant personne pour tester son nouveau vaccin, s'inocule le mal qu'il veut combattre pour prouver l'efficacité de son remède. Ce à quoi il ajoute : "c'est là une occupation pénible à laquelle Dieu soumet les fils de l'homme" (Qo. 1:13). "Aux fils de l'homme" ? Est-ce à dire que nous sommes tous concernés ? Mais si nous avons affublé le Qoéleth du manteau sombre de l'Ecclésiaste, ne serait-ce pas parce que nous en sommes, nous mêmes, un peu revêtus ? Pour répondre à cette question avec la même attitude de cœur que le Qoéleth, il nous faudra, à notre tour, "chercher, comprendre, connaître, sonder, examiner, étudier, explorer... par la sagesse". 


JiDé

 

 

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