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Au-delà des Proverbes : Un temps pour parler et un temps pour se taire

Au-delà des Proverbes : Un temps pour parler et un temps pour se taire

"Ne réponds pas à l'insensé selon sa folie, de peur que tu ne lui ressembles, réponds à l'insensé selon sa folie afin qu'il ne se regarde pas comme sage" (Proverbes 26:4, 5). 

"Il y a un temps pour tout, un temps pour toutes choses sous les cieux... un temps pour se taire et un temps pour parler" (Ecclésiaste 3:1, 7). 

Il y a manifestement une antinomie dans ce passage des Proverbes. Faut-il se taire ? Faut-il parler ? Il n'est jamais facile de répondre à cette question. "On éprouve de la joie à donner une réponse de sa bouche, et combien est agréable une parole dite à propos" (Prov. 15:23). 

Un artiste disparu récemment chantait : "je donnais mon avis sur tout, que je croyais le bon, et précédais de "moi" toute conversation".

"J'aurais mieux fait de me taire... j'aurais dû lui dire...". Si l'on répond à l'insensé selon sa folie, on court le risque de lui être semblable, mais si l'on ne lui répond pas, selon cette même folie, il pourrait s'imaginer que ses propos sont sages. Alors que faire ? Il y a des silences qui sont plus éloquents que bien des arguments. Il est des paroles inutiles qui meublent le silence mais qui ne trouvent aucun écho dans le cœur de celui qui les entend. Mais quel est cet insensé ? Quelle est cette folie qui s'attache à lui ? Les langues de la Bible utilisent pas moins de dix-huit mots différents pour parler de la "folie". C'est dire si ce sujet est vaste ! Pour bien comprendre le sens véritable de ce texte, il nous faut nous arrêter sur le véritable sens des mots. La clef de ce passage est là, accessible mais "cachée dans le sable".

Le "Keciyl" dont il est question ici dans ce passage des Proverbes, est un insensé, un sot, un niais. Il est stupide, irraisonné, insolent, arrogant, indocile. Voici le portrait que brosse le livre des Proverbes pour définir ce triste personnage : "son cœur proclame sa folie (12:23) et sa bouche la répand (15:2). Il se plaît à la manifestation de ses propres pensées (il dit tout ce qui lui passe par la tête) (18:2). Il est expansif et ne sait pas contenir ses émotions (29:11). Il parle de façon irréfléchie (29:20) et il a des lèvres perverses (19:1). Il est trompeur (14:8) et arrogant (14:16). Il fait étalage de sa folie (13:16) et sa bouche se plaît à la proclamer (15:14). Ses paroles causent sa ruine et ses lèvres sont un piège pour son âme (18:7). Il se mêle à toutes les querelles et ses paroles provoquent les coups (18:6). De lourdes punitions sont, sur lui, inefficaces (17:10) car il considère le crime comme un jeu (10:23). Son cœur n'est pas droit (15:7) et il est dépourvu de toute forme d'intelligence (8:5). Il fait honte (3:35), il fait le chagrin de ses parents (10:1) qu'il m'éprise (15:20). Il a la sagesse de Dieu en horreur" (1:22). Et l'auteur des Proverbes de conclure : "ne parle pas aux oreilles de l'insensé car il méprise la sagesse de tes discours" (23:9).

On comprends mieux maintenant pourquoi l'auteur des Proverbes conseille de ne pas répondre à l'insensé "selon sa folie". Il n'écoutera pas. Il est imperméable aux bons conseils, à la sagesse, au bon sens, et à toute forme de savoir-vivre. 

Est-ce à ce genre de personnages, comme le "keciyl", que le Seigneur Jésus s'adresse lorsqu'il dit : "Race de vipères, comment pourriez-vous dire de bonnes choses, méchants comme vous l'êtes ? Car c'est de l'abondance du cœur que la bouche parle" (Matthieu 12:24) ?

Selon sa folie

Le mot utilisé ici pour parler de cette forme particulière de folie est "Ivveleth". Voyons maintenant ce que nous dit le livre des Proverbes sur cette forme de folie. "Elle s'attache au cœur de l'homme dès son enfance (22:15). Elle méprise l'intelligence mais parle sans réfléchir (15:14) et elle est proclamée par un cœur insensé (12:23) mais elle est fière de son impertinence (15:21). Elle se manifeste par la moquerie mais finit par s'attirer le mépris (24:9). Elle est parfois incohérente dans ses propos (15:2) mais l'insensé en fait étalage (13:16). La femme insensée cause la ruine de sa maison, et de sa famille par sa folie (14:1). Elle est prompte à se mettre en colère (14:17 / 14:29). Elle est trompeuse (14:8). Elle agit de façon insensée et s'irrite contre Dieu en le rendant responsable de ses mésaventures (19:3). Elle fait partie de la nature de l'insensé, elle est tissée dans la trame de son être (27:22). Elle sera finalement sa propre punition" (16:22). 

On comprends maintenant pourquoi il est inutile de répondre "selon sa folie", c'est à dire en argumentant sur ce qu'il dit et proclame, car il y croit à peine lui-même et changera bientôt d'avis pour être convaincu du contraire. 

Un peu d'ironie

Les Écritures ont été rédigées avec différents styles littéraires. L'un d'eux est appelé "ironie". Dans cet excellent ouvrage rédigé par Lund et Nelson : "Herméneutique", il est écrit : "on utilise cette figure lorsque on exprime le contraire de ce que l'on veut dire, mais toujours de manière telle que le vrai sens est clairement démontré". Ils donnent l'exemple de Paul qui écrit aux Corinthiens et appelle de faux docteurs "des apôtres par excellence" (2 Cor. 1:5).  Et Paul ajoute : "si vous supportez de ma part un peu de folie..." (2 Cor. 11:1). Il dit plus loin : "j'ai été un insensé, vous m'y avez contraint..." (2 Cor. 12:11).

Les auteurs donnent également l'exemple de Job qui réplique à ses amis de façon ironique en disant : "on dirait, en vérité, que le genre humain c'est vous et qu'avec vous doit mourir la sagesse". Job fait ici comprendre de façon ironique à ses amis, qu'ils étaient loin de cette sagesse qu'ils professaient pourtant.

Un dernier exemple est celui de Samson (cf. Samson et la période des Juges, sur ce blog). Après que son énigme ait été éludée par les subterfuges de sa jeune épouse, il répond aux Philistins qui se moquent de lui : "Si vous n'aviez pas labouré avec ma génisse, vous n'auriez pas découvert mon énigme" (Juges 14:18). Il y a ici un jeu de mots intraduisible. Le mot "labourer" se dit, en hébreu : "sharash". Mais "sharash" signifie également "être silencieux, garder le silence" ou encore "comploter le mal". A sa jeune épouse qui vient de lui faire une "vacherie" (et de fait il l'appelle "génisse"), il lui reproche de n'avoir pas gardé le silence, de n'avoir pas su se taire, mais également d'avoir comploté avec ses ennemis. 

Nous avons vu plus haut que le "keciyl" (l'insensé dont il est question dans le texte des Proverbes) est un insensé, un sot, un niais. Il est stupide, irraisonné, insolent, arrogant, indocile. On l'appelle parfois (ce n'est pas très gentil pour cet animal) un âne. Or justement, le récit de Samson se poursuit sur un conflit qui va l'opposer aux Philistins, qu'il va vaincre, armé seulement d'une mâchoire d'âne. Samson a choisi pour cela un endroit particulier qui s'appelle en hébreu Lekhi (Mâchoire) parce que le rocher avait une forme de mâchoire d'âne. Et après sa victoire sur les Philistins, Samson s'exclame : "Avec la mâchoire de l'âne, un âne, deux ânes, avec la mâchoire de l'âne*, j'ai frappé mille hommes" (Juges 15:16). Ce que Samson est en train de dire aux Philistins qui se sont joués de lui, c'est : "Vous m'avez pris pour un âne, et c'est par cette bouche d'âne que je vous réponds". "Un âne (Samson), deux ânes (les Philistins)...". "Vous m'avez pris pour un âne mais vous en êtes aussi ! Et puisque vous m'avez pris pour un âne, c'est avec une mâchoire d'âne que je vous réponds !". Samson associe sa propre bouche par laquelle il leur répond à la mâchoire de l'âne.  

"Ne réponds pas à l'insensé selon sa folie, de peur que tu ne lui ressembles, réponds à l'insensé selon sa folie afin qu'il ne se regarde pas comme sage". 

Job répond à ses amis par ironie pour leur démontrer l'inanité de leurs raisonnements. L'apôtre Paul s'adresse aux Corinthiens afin de leur démontrer combien est insensée leur opinion. Samson, humilié, trahi, va se venger de ses ennemis, mais il va le faire avec beaucoup d'humour et d'esprit. Ils n'ont pas répondu "au fou selon sa folie", mais ils ont quand même répondu "au fou selon sa folie". 

"Il y a un temps pour se taire et un temps pour parler". La vraie sagesse est de savoir discerner quand il faut s'exprimer par le silence, et quand il faut ouvrir la bouche pour faire taire les propos insensés.

"Que votre parole soit toujours accompagnée de grâce, assaisonnée de sel, afin que vous sachiez comment il faut répondre à chacun" (Colossiens 4:6).


JiDé


*Ce texte est généralement traduit : "avec la mâchoire d'âne, un monceaux, deux monceaux" mais le texte dit littéralement : "bilehi ha  hamor hamor hamorataîm bilehi ha hamor" ("avec la mâchoire de l'âne un âne deux ânes avec la mâchoire de l'âne...").

Au-delà des Proverbes : Un temps pour parler et un temps pour se taire
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