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L'Ecclésiaste : Tu as le temps ?

L'Ecclésiaste : Tu as le temps ?

"Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux" (Ecclésiaste 3:1 à 9).

Pressé ?... Ou pressuré ?

Après la phrase "vanité des vanités, tout est vanité", "il y a un temps pour tout" est probablement le verset le plus connu du livre de l'Ecclésiaste. Et là, on se dit : "L'Ecclésiaste ! Non seulement il est plutôt du genre pessimiste blasé mais, en plus, il ne connaît rien à la vie moderne. Surtout à la mienne. C'est certainement pas ça qui va m'aider !". Et on passe à autre chose. "Comment ? De la sagesse ? Oui, enfin, j'aurais plutôt besoin d'un coach pour mieux gérer mon emploi du temps ! Ah, si j'avais plus de temps !". Sauf que le temps, quand on en a, soit on s'écroule de fatigue, soit, s'il reste encore un peu d'énergie, on le remplit avec autre chose. Et ça recommence !

"Il y a un temps pour tout... un temps pour... et un temps pour...". J'ai entendu récemment une femme pasteur dire, en s'adressant à d'autres dames : "On a toutes vingt-quatre heures dans une journée". Oui, ça vaut pour les hommes aussi ! Mon épouse m'a dit un jour : "L'homme, c'est un dossier à la fois ! Il ouvre un dossier, il traite un dossier, il ferme le dossier, il rouvre un nouveau dossier" (il faut entendre "dossier" dans le sens d'une tâche quelconque). Et elle a ajouté : "La femme, elle a cinq dossiers ouverts en même temps !". J'ai souri et j'ai reconnu qu'elle avait raison ! Dans un monde multi-tâches, où l'on est sollicité en permanence à droite et à gauche et où être pressé est devenu un mode de vie, les mots de l'Ecclésiaste paraissent un peu désuets. "Oui, je sais, c'est dans la Bible ! Mais là, j'ai juste pas le temps !". Oui, mais il y a "juste" un temps pour tout. 

Et puis, vient le dimanche matin. Les enfants ne sont pas prêts. Le premier a être habillé se plaint qu'il a trop chaud pendant que le deuxième... "Et on est déjà en retard ! On va finir par croire qu'on le fait exprès !". Ouf ! Demain, c'est lundi ! Et ça recommence. 

Vous faites quoi dans la vie ?

Et si le livre de l'Ecclésiaste avait pourtant quelque chose à nous apprendre sur la gestion du temps ? Les aprioris que l'on a généralement sur ce livre ne le rende pas vraiment attractif. C'est pourquoi, avant de poursuivre, j'aimerais lui permettre d'ôter ce manteau sombre de l'Ecclésiaste dont on l'a affublé pour lui permettre de revêtir son véritable nom : "Qoéleth, l'Assembleur". Non, ce n'est pas son métier, mais c'est une fonction, ou plutôt une occupation à laquelle il s'est attelée à la fin d'une existence pendant laquelle il occupa de hautes fonctions nationales et administratives. Il était roi. Et si, comme on le croit généralement, il s'agit bien du roi Salomon, il fut marié plusieurs fois et eut un grand nombre d'enfants. Et pour celui ou celle qui "en aura le temps", j'invite le lecteur à lire l'article "L'Ecclésiaste : regards d'un homme avisé", qui présente ce personnage sous un jour peut-être méconnu, un homme avec qui, peut-être, on aimerait passer un peu de temps. Le regard qu'il pose sur la frénésie du quotidien, sur la quête insatiable du sens de la vie, et surtout sur la finalité de ces choses, peut donner envie de prendre un peu de recul, de relativiser et de recentrer ses priorités. Vous aviez dit "coach"

Ainsi donc, dans la suite de cet article, je n'utiliserai plus le nom de l'Ecclésiaste qui est en réalité une traduction d'une traduction de sa fonction. Imaginez que l'on traduise le nom de votre métier dans une autre langue, avec un autre alphabet, et qu'on le retraduise ensuite dans une autre langue avec encore un autre alphabet. Qu'est-ce que cela donnerait ? C'est comme ça que Qoéleth est devenu l'Ecclésiaste, avec cette réputation de vieil épicurien blasé, revenu de tout et pessimiste. Il n'est, en réalité, rien de tout cela. 

Si j'ai bien compris...

"Il y a une saison pour tout, et il y a un temps pour toute affaire..." (Qo. 3:1, version Darby). Ou comme le dit la version Semeur : "Il y a un temps pour tout et un moment pour toute chose...". Oui, vous avez bien lu, et ce n'est pas une figure de style. Il est bien fait mention de deux choses différentes. Mais, peut-être êtes-vous pressé ?... Ou si vous avez un peu de temps, nous pourrions nous arrêter sur ce que dit l'Eccl... pardon, le Qoéleth.

Chaque fois que je m'approche d'un texte de la Bible, je me pose cette question : "Que dit-il ? Que dit-il vraiment ?". On le fait sans même s'en rendre compte, mais lorsqu'on lit la Bible, on peut facilement avoir un apriori (encore un !) sur le texte, sur son auteur, ou même sur les deux. Certains pensent qu'ils vont s'ennuyer avant même d'avoir commencé à lire. J'exagère ? Peut-être pas tant que ça ! On peut facilement "trouver" dans le texte ce que l'on veut y trouver ! Mais on peut également ne pas y voir ce que l'on ne veut pas y trouver. Le problème, c'est que ce style de lecture va très vite lasser le lecteur insatisfait, frustré, et mécontent. "Seigneur, tu ne me parles pas !". Mais il faudrait peut-être plutôt dire : "Seigneur, tu ne me dis pas ce que j'ai envie d'entendre !". Ou pire : "Je n'ai pas envie d'entendre ce que tu me dis !". Ce fut la réaction des Athéniens en réponse au discours de Paul à l'Agora d'Athènes : "Nous t'écouterons là-dessus une autre fois" (Actes 17:32). 

Le pasteur qui m'a amené au Seigneur m' a dit un jour, alors que j'en étais à mes premiers pas dans la vie chrétienne : "Le Seigneur peut te répondre de trois façons : oui, non, ou attends !". Mais dans notre grille à réponses multiples, le mot "attends" ne figure pas toujours. Il arrive même que cette grille par laquelle Dieu est sensé nous répondre ne comporte en réalité qu'une seule case. Je vous laisse deviner laquelle. 

Mais alors, que dit-il vraiment, ce texte ? Il dit : "la kôl zèman ve èth lekal hefets". "Bon, ben c'est encore moins clair comme ça !" me direz-vous. Mais, encore une fois, tout est question de temps ! "Zèman" est un mot qui n'est pas beaucoup utilisé dans les Écritures. Néhémie l'utilise pour assurer le roi de Perse de son retour à une date fixée. Il reviendra comme prévu, à la date fixée. Mais plusieurs années plus tard. Cela nous laisse de la marge ! Deux autres mentions sont faites dans le livre d'Esther pour désigner les deux jours pendant lesquels se célébrerait la fête de Pourim. Ces dates furent fixées par Esther et Mardochée. La période des fêtes, c'est l'occasion de faire les boutiques... mais avez-vous déjà calculé le temps que vous passez à faire les magasins, mesdames ? On dirait que le temps s'est arrêté ! Vous ne courez plus, vous laissez parler en vous votre imagination et votre créativité ! N'est-il pas vrai ?...

Laisser une place à l'imprévu

La quatrième et dernière mention est celle du livre de Qoéleth. Cela nous donne une information. Le "zeman" est un temps, une date fixée. C'est écrit dans l'agenda. La date du rendez-vous est fixée à l'avance. C'est "calé". Il y a donc un temps, un moment, une saison, pour toutes choses "sous les cieux" (entendez "sur la terre"). Dans un agenda surchargé, c'est parfois difficile. Mais c'est ici que le Qoéleth nous propose un challenge. D'une part, chercher à savoir dans quelle "temps", dans quelle "saison" je suis, mais surtout, et c'est peut-être le plus difficile, se demander "pourquoi" je fais ces choses. 

Il y a le "zeman" et il y a le "eth". Ce dernier est le plus courant. Il désigne une époque de l'année, un moment donné, une occasion, mais il peut également signifier "une destinée". De ces choses qui arrivent et qu'on n'attendait pas. De ces choses qui viennent parfois brutalement briser un rythme, certes soutenu, mais prévisible. Mais ce peut être également la façon dont la vie nous fait d'agréables surprises. Des revirements de situations. Toutes ces choses qui font que la vie ne manquera jamais de venir s'immiscer dans nos programmes surchargés. Mieux vaut s'y attendre, ça ne prévient pas toujours. Même les bonnes choses semblent arriver au mauvais moment. "Ah zut ! J'avais pas prévu ça ! Pas comme ça, pas maintenant, pas ici, pas...".

Alors que je suis en train d'écrire ces lignes, l'aube vient de se lever. Les quelques nuages dans le ciel sont teintés d'orangé par le soleil levant. Je m'arrête d'écrire et je contemple ce magnifique spectacle. Je sais qu'il ne durera que quelques minutes et je me dis que si tout ce que l'on fait "sous les cieux", au lieu de le faire "la tête dans le guidon", on pouvait, au moment opportun, lever les yeux ne fut-ce qu'un instant, on pourrait capter ces instants furtifs qui ne sont là que pour un moment de pur bonheur qui ne coûte rien, si ce n'est de prendre le temps d'en jouir. Après, il est trop tard ! C'est un "rendez-vous fixé", on peut y être... ou pas ! C'est comme le match que doit disputer le plus grand des garçons, on peut y être... ou pas ! Mais la place vide laissera des traces qui ne seront peut-être pas prêtes de s’effacer. Ce "rendez-vous fixé" devient un "rendez-vous manqué". Les priorités des uns ne sont pas celles des autres. Mais un jour, avec le Qoéleth, on pourrait bien se rendre compte que l'on a manqué plusieurs de ces "rendez-vous". Il ne restera plus alors qu'à faire ce constat : "C'est vraiment dommage ! ... Mais c'est trop tard !". "Il y a un temps pour chaque chose..." oui, mais laquelle ? Et c'est là que se pose le difficile problème de "choisir". Car on le sait, "choisir, c'est renoncer". Et là, on est bien obligé de reconnaître que ce n'est plus vraiment un problème de "temps", mais un problème de "choix". Et si c'est un problème de "choix", alors cela touche une autre dimension : celle des "priorités". Bien sûr, il y a des impératifs. Mais il y a tout le reste, tout ce que l'on s'impose. Ou que l'on nous impose, parce que l'on ne sait pas dire non. 

"Il y a un temps (zeman) pour toute chose...". Mais que se passe-t-il quand on est à contre-temps ? Si cela se produisait dans un orchestre philharmonique, cela produirait une drôle de cacophonie ! Notre monde moderne ne produit-il pas une gigantesque cacophonie ? Mais comme on baigne dedans tous les jours, on ne l'entend plus. On joue sa partition, et ici et là, elle s'accorde avec celle de quelqu'un d'autre, jusqu'à ce qu'on... change "d'orchestre", suivant un emploi du temps qui nous conduit ici ou là. Les années passent, l'énergie n'est plus tout à fait au top, on dort moins bien, on récupère moins vite, ou plus lentement. 

Ce qui est import-temps

"Il y a une saison pour tout... un temps pour naître et un temps pour mourir...". Déjà, les limites sont posées. Tout ça aura une fin, mais on n'y pense pas, on n'a pas le temps de penser. A la naissance du premier, on s'est dit : on va planter un arbre chaque fois qu'un enfant naîtra. Ils ont grandi et les arbres aussi. Il faut aussi arracher les mauvaises herbes. "Il y a un temps pour planter et un temps pour arracher". On travaille sur la maison pour la rénover. On abat un mur pour agrandir le salon. "Il y a un temps pour démolir et un temps pour construire, un temps pour jeter des pierres et un temps pour en ramasser". Il y a tous ces "temps" de l'existence. "Il y a un temps pour chercher et un temps pour perdre". "Mais où est-ce que j'ai bien pu le mettre ?". On oublie parfois qu'il y a aussi "un temps pour conserver et un temps pour jeter". Il vaut mieux ne pas se tromper de "temps". Et puis surtout, très important (très import-temps ?), "un temps pour parler et un temps pour se taire". Mais là aussi, je crois que l'on est souvent à la même enseigne, on n'est pas dans le bon timing. "J'ai pas pu lui dire... j'aurais mieux fait de me taire... tu ne m'écoutes jamais... pas maintenant !...". Ce sont des phrases entre deux portes, quand ce ne sont pas des portes qui claquent... parce qu'on ne s'écoute plus ! Je ne crois pas qu'il y ait "un temps pour bouder". Ni "un temps pour se faire la tête". Mais il y a un temps pour se parler, pour écouter l'autre dans son ressenti, dans son vécu, dans son histoire. Il y a un temps juste pour être là, où tout notre être dit : "Vas-y, je t'écoute, je suis entièrement disponible pour toi". 

Donner de la place et du temps à l'essentiel

Mais il est un temps qui me semble primordial. Il est à la fois "zeman" et "eth". Ce peut être un "rendez-vous quotidien" ou un moment fortuit, improvisé. Ce temps-là, c'est celui que nous consacrons à notre Dieu. Je ne parle pas ici de réunions auxquelles ont assiste de façon régulière (ou pas !), non ! Je parle de moments d'intimité. Ceux que nous avons avec nos proches, nos amis, notre famille. Ceux que nous avons avec notre Dieu. "Il y a un temps pour toute chose", surtout pour l’essentiel. Ne négligeons pas l'essentiel, c'est tout ce qui restera quand la frénésie de cette vie que l'on aura voulu "active" (et c'est parfois un euphémisme) aura disparu. Alors, peut-être que les mots du Qoéleth résonneront autrement dans nos cœurs. Peut-être nous dirons-nous alors : "Il avait raison, si seulement je l'avais écouté !". Mais ce serait vraiment dommage de faire ce constat : "Il avait raison... mais maintenant c'est trop tard" !

Merci de m'avoir accordé un peu de votre temps.

JiDé

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