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L'Ecclésiaste : Nebucadnedtsar ou la chute du roi

"Paroles de l'Ecclésiaste, fils de David, roi de Jérusalem" (Ecc. 1:1).

"Nebucadnedtsar, roi, à tous les peuples, aux nations, aux hommes de toutes langues qui habitent sur toute la terre" (Dan. 4:1). 

"leurs chefs tomberont par l'épée à cause de l'insolence de leur langue" (Osée 7: 16).

Deux rois et un prophète

Le Qoéleth (l'Ecclésiaste) fut roi à Jérusalem tout comme Nebucadnedtsar le fut à Babylone. Et s'il est écrit que "de Sion sortira la Thora et de Jérusalem la parole de l’Éternel" (Esaïe 2:3), c'est un prophète hébreu qui donnera au monarque babylonien l'interprétation de ces songes que le Dieu des cieux lui avait inspirés. L'un de ces songes devait trouver son accomplissement dans la vie du monarque une année plus tard. Le livre de Daniel relate, en effet, un événement pour le moins étrange. Alors que le roi de Babylone s'enorgueillissait de cette ville somptueuse qu'il avait bâtie, il fut frappé de folie soudaine. Le récit de cet événement et son issue sont relatés dans le quatrième chapitre du livre de Daniel. Il est également commenté dans l'article "La folie de Nabuchodonosor, roi de Babylone"Mais, en lisant le chapitre 3 du livre de Qoéleth (l'Ecclésiaste), il m'est apparu une étonnante similitude avec le récit de ce roi babylonien. 

Un temps pour tout

Le troisième chapitre du livre de Qoéleth débute par ces mots : "Il y a un temps pour tout, un moment pour toute chose sous les cieux". Le mot "temps", (en hébreu "zeman"), désigne, entre autres, "un temps fixé, un rendez-vous, une convocation". Or, il semble que le roi de Babylone ait reçu une invitation divine, mais il la négligea. Au bout de douze mois, le roi reçut "un rappel" (Daniel 4:29). Mais, n'ayant pas tenu compte de l'avertissement divin donné une année auparavant, ce qui lui avait été annoncé devait alors s'accomplir sur le champ. "Au même instant, la parole s'accomplit" (4:3). Le roi fera, par la suite, le récit de ses mésaventures : celles-ci sont relatées en détail dans ce quatrième chapitre du livre de Daniel. C'est ce récit que je me propose de "calquer" sur le texte du chapitre trois du livre de Qoéleth. Car s'il y a un temps pour toute chose, il y a un temps pour introduire le récit et un temps pour conter le récit.

Un temps pour l'accomplissement

Le roi débute donc le récit de son histoire par ces mots : "Il m'a semblé bon de faire connaître les signes et les prodiges que le Dieu suprême a opérés à mon égard" (4:2). Le roi de Babylone relate alors dans le détail un songe qu'il fît quelques huit années auparavant. Dans ce songe, il était question d'un arbre. "Il y avait au milieu de la terre, un arbre d'une grande hauteur... il (l'ange) cria avec force : abattez l'arbre... mais laissez en terre le tronc où se trouvent les racines" (4:14, 23). Or, dans la pensée hébraïque, l'arbre symbolise l'être humain (Ps. 1:2). Lorsque Daniel donnera l'interprétation du songe, il dira, en résumé : "Cet arbre... c'est toi, ô roi" (4:21, 22). Et il ajoute : "Voici l'explication, ô roi, voici le décret du Très-Haut qui s'accomplira sur mon seigneur le roi... l'ordre de laisser le tronc où se trouvent les racines de l'arbre signifie que ton royaume te sera rendu quand tu reconnaîtras que celui qui domine est dans les cieux" (4:24, 25). Le temps pour arracher ce qui avait été planté était venu. L'arbre majestueux de la royauté devait être abattu. Le Qoéleth, quant à lui, s'est fait des jardins d'agrément : "Je me plantai des vignes, je me fis des jardins et des vergers, et j'y plantai des arbres fruitiers de toute espèce, je me créai des étangs pour arroser la forêt où croissaient les arbres... Il y a un temps pour planter et un temps pour arracher ce qui a été planté" (Qo. 2:4 à 6, 3:2).

Un temps pour être humble

Le roi de Babylone, grand bâtisseur, s'était enorgueilli de son oeuvre. "Le roi prit la parole et dit : n'est-ce pas ici Babylone la grande ville que j'ai bâtie comme résidence royale par la puissance de ma force ?" (4:30). Le Qoéleth dira, quant à lui : "J'exécutai de grands ouvrages, je me bâtis des maisons.... Il y a... Un temps pour démolir et un temps pour construire" (Qo. 2:4, 3:3). Et si, comme le dit si bien Qoéleth : "Il y a un temps pour se taire et un temps pour parler" (conseil que l'on oublie parfois bien facilement !), il semble que le roi de Babylone ait, comme le dit l'expression, "raté une occasion de se taire". Daniel, lui, va écouter attentivement le récit du roi avant de répondre. 

Un temps pour réaliser de grands projets

"Quel avantage celui qui travaille retire-t-il de la peine qu'il se donne ?" (Qo. 3:9) s'interroge le Qoéleth, alors que le roi de Babylone s'extasie devant la cité magnifique dont il est le bâtisseur. "N'est-ce pas ici Babylone la grande que j'ai bâtie ?". Le Qoéleth eut des ambitions plus modestes : "J'ai entrepris de grands travaux, je me suis bâti des maisons...". Mais quels efforts ont-ils vraiment fourni, à part donner leur assentiment aux propositions que leur firent leurs architectes ? Le silence est complet sur les centaines, les milliers d'esclaves qui trimèrent sous les coups de fouet pour bâtir les projets fous de ce monarque babylonien. "Quel avantage" ont-ils retiré des peines qu'ils se sont données ? Eut égard au Qoéleth, je dirais que la question est presque déplacée. 

Un temps pour être heureux

"Moi, Nebucadnedtsar, je vivais tranquille dans ma maison et heureux dans mon palais" (4:4). A quoi, le Qoéleth répond en écho :  "Aussi, je conclus qu'il n'y a rien d'autre qui soit bon pour lui que de jouir du bonheur et se donner du bon temps durant sa vie" (Qo. 3:12). C'est ce qu'il affirme déjà lorsqu'il dit en introduction : "Il y a un temps pour toutes choses (kaifets)" (Qo.3:1). Kaifets signifie "plaisir, désir, avoir du plaisir à faire quelque chose"Une vie paisible et tranquille, vécue sous le regard de notre Dieu est une source de bonheur. Comme le dit l'apôtre Paul à son fils spirituel Timothée : "La véritable foi en Dieu est, en effet, une source de richesse quand on sait être content avec ce qu'on a" (1 Tim. 6:6, Semeur). Si le roi de Babylone avait écouté l'avertissement qui lui avait été donné au travers de ce songe, il aurait pu continuer à jouir paisiblement de son palais fastueux. Il lui aurait été de beaucoup préférable de tenir compte de l'avertissement que lui avait adressé le Dieu des cieux. Une parole orgueilleuse dans sa bouche lui coûta tout, mais heureusement, pour un temps seulement.

Un temps pour parler et un autre pour écouter

"Un temps pour parler, un temps pour se taire".

"Daniel se présenta devant moi", dit le roi, "je lui dis le songe... alors Daniel fut un moment stupéfait, ses pensées le troublèrent. Le roi reprit et dit : Belshatsar, que le songe et l'explication ne te troublent pas... et Belshatsar répondit au roi..." (Daniel 4:8 à 19).
"L
e roi prit la parole et dit : N'est-ce pas ici Babylone la grande, que j'ai bâtie, comme résidence royale, par la puissance de ma force et pour la gloire de ma magnificence ? La parole était encore dans la bouche du roi, qu'une voix descendit du ciel... Au même moment, la parole s'accomplit..." (4:30 à 33). 
"Maintenant, moi Nebucadnedsar, je loue, j'exalte, et je glorifie le Dieu des Cieux..." (4:37). 

Ces textes relatent le dialogue qui s'instaure entre un roi tout-puissant et Daniel, son vassal, chargé d'interpréter le songe. Daniel comprend de quoi il s'agit. Mais il lui faut en informer le roi. Ce "temps de parole" pouvait être lourd de conséquence pour la vie de Daniel, mais il l'était tout autant, si pas plus encore, pour le futur du monarque. 

Un temps de probation

"Il y a un temps pour tout, et un moment favorable pour toute chose sous le soleil" (Qo. 3:1, 9 à 22).
"Au bout de douze mois..." (Dan. 4:29). 
Un délai de douze mois lui avait été accordé pour se repentir mais il n'en a pas tenu compte. Une nouvelle "saison" va commencer pour le roi de la cité somptueuse. Il y a quelques années encore, il se serait vu enfermer dans un asile psychiatrique. Le moindre de ses sujets aurait été jeté dans un cachot humide. Et commence pour lui une longue période de temps, "car sept temps passeront sur lui" (sept longues années, Daniel 4:16, 25, 26), "jusqu'à ce que sept temps soient passés sur lui... jusqu'à ce que tu saches" (4:25, 32), "la parole était encore dans la bouche du roi qu'une voix descendit du ciel" (4:31), "au même instant, la parole s'accomplit sur Nebucadnedtsar..." (Daniel 4:33). "Il y a un temps pour tout et un moment favorable pour toute chose...". Tout ce qui avait été annoncé et qui devait s'accomplir s'était accompli. "Après le temps marqué... en ce temps-là, la raison lui revint..." (4:34, 36). Et le roi rendit gloire à Dieu.

Un temps de prise de conscience

Cet épisode de la vie du monarque lui permit de prendre conscience de sa petitesse devant le Dieu Très-Haut. Et si le Qoéleth reconnaît que Dieu a "implanté au tréfonds de l'être humain le sens de l'éternité" (Qo. 3:11), le roi de Babylone loue et glorifie "celui qui vit éternellement, celui dont la domination est une domination éternelle" (Daniel 4:34). Le Qoéleth s'avoue "incapable de saisir l'oeuvre que Dieu accomplit du commencement à la fin" (Qo. 3:11), alors qu'il semble bon au roi babylonien "de faire connaître les signes et les prodiges que le Dieu suprême a opéré à son égard" (4:2). Il reconnaît que "ses signes sont grands et ses prodiges sont puissants, son règne est un règne éternel et sa domination subsiste de génération en génération" (Dan. 4:2, 3).

Un temps pour s'humilier 

"Je me suis dit en moi-même : Dieu jugera le juste et l'injuste, car pour chaque chose et chaque acte, il y a un temps de jugement... Car après tout, le sort des humains est identique à celui des bêtes. Ils meurent les uns comme les autres. Un même souffle les anime tous" (Qo. 3 :17, 19). Ce à quoi l'auteur de l’Épître aux Hébreux répond : "Il est donné aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement" (Héb. 9:27).

Le Qoéleth reconnaît que "Dieu éprouve les hommes afin de leur montrer qu'ils ne valent guère mieux que les bêtes" (Qo. 3:18), alors que le roi de Babylone s'entend dire dans son rêve : "Son cœur d'homme lui sera ôté et un cœur de bête lui sera donné, et sept temps passeront sur lui" (Dan. 4:16).

Et comme le Qoéleth en conclut que : "après tout, le sort des humains est identique à celui des bêtes" (Qo. 3:19), la sentence tombe sur l'orgueilleux monarque : "Que son partage soit avec les bêtes des champs" (Dan. 4:23). "Et l'on te donnera, comme aux bœufs, de l'herbe à manger" (Dan. 4:25). 

"Qui peut dire ce qu'est l'esprit de l'homme, celui qui se dirige vers le haut et ce qu'est le souffle de la bête...?" (Qo. 3:21) s'interroge le Qoéleth, alors que le roi babylonien, une fois guéri, retrouve une raison saine : "Après le temps marqué, moi Nabucadnetsar, , je levai les yeux vers le ciel et la raison me revint" (Dan. 4:34).

Un temps sur la Terre

"Il y a un temps pour naître... et un temps pour mourir". Ce grand roi, monarque orgueilleux et grand bâtisseur, avait été un nouveau-né comme les autres. Il fut enseveli après un long règne. Les fonctions vitales ne portent pas d'habits et un cœur qui cesse de battre ne se revêt pas d'artifice. Mais sa repentance avait métamorphosé le cœur dur du vieux roi. Daniel témoignera au roi Belshatsar, petit-fils de Nebucadnetsar, de la transformation qui se produisit dans le cœur de son grand-père après qu'il eut été humilié. Daniel, parlant de Nebucadnetsar, dira : "la vie et la mort de chacun dépendait de son bon vouloir. Il élevait et abaissait qui il voulait... il fut chassé de la société des humains, sa raison devint semblable à celle des bêtes et il se mit à vivre en compagnie des ânes sauvages, il se nourrissait d'herbe comme les bœufs... cela dura jusqu'à ce qu'il reconnut que Dieu est maître de toute royauté (ce que n'a pas manqué de faire Qoéleth en tant que roi à Jérusalem)" (Dan. 5:18 à 21). 

Alors que le Qoéleth fait la part des choses entre le futile et le nécessaire : "J'ai compris qu'il n'y a pour l'homme rien de bon sinon de jouir de ses œuvres, car telle est la part qui lui revient (Qo. 3:22), le grand et fier monarque réintégra ses fonctions royales : "En ce temps là, la raison me revint, la gloire de mon royaume, ma magnificence et ma splendeur me furent rendues et je fus rétabli dans mon royaume... maintenant, moi, Nabucadnetsar, je loue , j’exalte et je glorifie le Dieu des cieux qui peut abaisser ceux qui marchent avec orgueil" (Dan. 4:36). 

Un temps... et puis vient l’Éternité

Le Qoéleth constate que Dieu "a mis, dans leur cœur, la pensée de l'éternité bien que l'homme ne puisse pas saisir l'oeuvre que Dieu fait, du commencement à la fin" (Qo. 3:11). Le roi de Babylone reconnaîtra, quant à lui, que "son règne est un règne éternel et sa domination subsiste de génération en génération". Il se souvient qu' "un de ceux qui veillent et qui sont saints descendit des cieux" (4:13). L'ange qui proclama le verdict sur sa vie "cria avec force et parla ainsi : abattez l'arbre..." (4:14). Cette sentence fut décrétée par "un de ceux qui veillent afin que les vivants sachent que le Très-Haut domine sur le règne des hommes, qu'il le donne à qui il lui plaît et qu'il élève le plus vil des hommes" (Dan. 4:17). L'orgueilleux monarque en fit la désagréable, mais salutaire, expérience.

Conclusion

"Nebucadnetsar, roi, à tous les peuples, aux nations, aux hommes de toutes langues qui habitent sur toute la terre" (Dan. 4:1). 

On ne peut rêver message plus universel ! Il est adressé à tout homme, toute femme, de tous peuples, toutes nations, de toutes langues et de tous temps. Ce plaidoyer, écrit par le roi de Babylone, est un message intemporel, tout comme l'est la totalité du contenu de la Bible. Il est adressé à tous les êtres humains de toutes les époques, de tous les âges. "Sache que le Très-Haut domine sur le règne des hommes, qu'il le donne à qui il lui plaît et qu'il élève le plus vil des hommes" (Dan. 4:17). Quel que soit le statut où le degré d'élévation que l'on puisse atteindre, il est bon de se souvenir que "l’Éternel règne". 

L'auteur de l’épître aux Hébreux écrit : "Quelqu'un a rendu quelque part ce témoignage : qu'est-ce que l'homme pour que tu te souviennes de lui, ou le fils de l'homme pour que tu prennes soin de lui* ? Tu l'as abaissé pour un peu de temps au-dessous des anges, tu l'as couronné de gloire et d'honneur. Tu as mis toutes choses sous ses pieds. En effet, en lui soumettant toutes choses, Dieu n'a rien laissé qui ne lui soit soumis... mais celui qui a été abaissé pour un peu de temps au-dessous des anges, Jésus, nous le voyons couronné de gloire et d'honneur à cause de la mort qu'il a soufferte afin que, par la grâce de Dieu, il souffrît la mort pour tous. Il convenait en effet que celui pour qui et par qui sont toutes choses et qui voulait conduire à la gloire beaucoup de fils, éleva à la perfection, par les souffrances, le Prince de leur Salut" (Hébreux 2:6 à 10). Effectivement le pouvoir éphémère d'un roi de Babylone, ou d'ailleurs, ne pèse pas lourd devant la Gloire, la Puissance et la Sagesse de notre Roi, le Prince de notre Salut, Jésus-Christ, qui règne éternellement. A Lui seul soit la Gloire. 

"Que votre cœur ne se trouble pas, croyez en Dieu et croyez en moi" a dit le Seigneur Jésus. Il tient dans sa main le souffle de tout ce qui vit, y compris le nôtre. 

 

JiDé

 

Notes

*Paul cite de mémoire une idée que l'on retrouve à la fois dans les Psaumes 8 et 144 ainsi que dans Job 7:17. 

 

 

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