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Jésus et la femme samaritaine

Jésus et la femme samaritaine

La rencontre

Alors que Jésus se rendait en Galilée, il advint qu'il passa par la région de Samarie. Ses disciples se rendirent à la ville pour y acheter des vivres. Jésus, fatigué par une longue marche, s'assit sur la margelle d'un puits. Ce puits était celui que Jacob avait autrefois acheté aux habitants de la ville de Sichem toute proche. Et alors que Jésus se reposait, assis sur la margelle du puits, une femme samaritaine vint pour puiser de l'eau. Jésus lui demanda alors à boire. La samaritaine s'étonna qu'un homme, Juif de surcroît, puisse lui adresser la parole. Il n'était pas convenable à cette époque, en cette contrée de l'Orient, qu'un homme s'adresse ainsi à une femme, et encore moins à une femme samaritaine car, comme il est écrit : "Les Juifs n'ont pas de relations avec les Samaritains" (Jean 4:9). Je reviendrai plus en détail sur cette phrase un peu plus loin. 

Après que la glace eut été brisée, un dialogue va s'instaurer entre Jésus et cette femme, qui ne mérite peut-être pas cette réputation de "mauvaise vie" dont on l'a si facilement affublée. Jésus répond à son argumentation, mais il amène la conversation sur l’essentiel : la Vie Éternelle. Il va ensuite aborder le sujet de sa vie conjugale. Bien que la Samaritaine s'en tire par une pirouette ("Je n'ai pas de mari"), Jésus va dans son sens ("Tu as dit vrai, tu n'as pas de mari. Tu as eu cinq maris et celui avec qui tu vis n'est pas ton mari"). La femme reconnait alors, en Jésus, un prophète, mais elle défend sa foi en tant que Samaritaine. Car cette femme a des valeurs, des croyances et des convictions. Elle revendique la légitimité de ses croyances et de sa foi, Histoire à l'appui. Un temple avait été autrefois construit sur la montagne de Garizim, qui surplombe la ville de Sichem, pour faire concurrence à celui de Jérusalem. D'où sa réflexion : "Nos pères ont adoré sur cette montagne, et vous, vous dites que c'est à Jérusalem qu'il faut adorer" (Jn. 4:20). Les Samaritains ne reconnaissent comme Écritures inspirées que le Pentateuque (encore que la version samaritaine comporte de nombreuses modifications quant au texte original et n'est donc pas conforme au texte hébraïque). De plus, le Mont Garizim était, pour les Samaritains, le lieu choisi par Dieu pour qu'y soit bâti son temple. 

Elle parle aussi de son "ancêtre Jacob" (alors que les Samaritains sont issus de peuplades importées par les Babyloniens, les dix tribus d'Israël ayant été déportées en Babylonie). Elle reconnait aussi croire au Messie annoncé. Ce à quoi Jésus répond en affirmant être ce Messie qu'elle attend. Sur ce fait, les disciples de Jésus revinrent de la ville avec les victuailles qu'ils étaient allés chercher. Ils s'étonnèrent de voir leur maître en conversation avec une femme samaritaine mais n'osèrent pas poser de question. Cela laisse sous-entendre que la Samaritaine était encore présente lorsque les disciples arrivent auprès du puits où était assis Jésus. Il est dit qu'elle "laissa sa cruche" (qui devait être pleine) pour courir à la ville. L'expression "ne serait-ce pas le Christ ?" (vs. 29) est très probablement un hébraïsme. La forme interrogative est en réalité une affirmation. L'attitude convaincue de la population montre que la Samaritaine avait cru aux paroles de Jésus et l'avait reconnu comme étant effectivement le Messie qu'il prétendait être. 

Ce texte, d'une grande richesse, aborde plusieurs thèmes différents. Le principal étant peut-être celui de la Vie Éternelle, à moins que ce ne soit la reconnaissance de la messianité de Jésus. Mais il en aborde également d'autres qui ne sont pas dénués d'intérêts.

La cruche de la Samaritaine

La femme samaritaine dit à Jésus qui lui demandait de l'eau : "Les juifs n'ont pas de relations avec les Samaritains" (Jean 4:9). Non pas qu'elle refuse de lui donner à boire, mais elle s'étonne qu'un Juif le lui demande. Pour comprendre sa réaction, il faut s'arrêter un instant sur le mot "relations" pour bien en comprendre le sens. 

"N'ont pas de relations...". Cette expression traduit le mot grec (la langue dans laquelle a été rédigée le récit) "sugchraomai", qui signifie "utiliser conjointement, s'associer avec, avoir des relations avec". Ce mot vient de "chraomai" qui signifie, quant à lui, "recevoir en prêt, emprunter, prendre pour usage, utiliser". Ici, en l'occurrence, il s'agit d'une cruche dont se sert la Samaritaine pour puiser de l'eau. On pourrait donc lire "Les Juifs n'ont pas de relations avec le Samaritains", ou "n'utilisent pas la même vaisselle que les Samaritains". Les Juifs considéraient les Samaritains comme impurs et donc ne pouvaient utiliser les mêmes ustensiles ou récipients. La réflexion de la Samaritaine étant : "Toi qui est Juif, tu boirais de l'eau d'une cruche qui appartient à une Samaritaine ? Tu utiliserais un récipient qui, d'un point de vue halakhite (ce qui est permis ou interdit par la Loi juive), est impur ?". Dans ce contexte précis, la Samaritaine dit, en substance, à Jésus : "Les Juifs n'utilisent pas la même vaisselle que les Samaritains et toi, tu voudrais utiliser ma cruche ? Tu boirais de l'eau qui vient d'une cruche de Samaritain ?"
 


Elle est Samaritaine, et en plus c'est une femme. Deux raisons pour lesquelles Jésus n'aurait pas dû, selon les règles en vigueur, lui adresser la parole. Jésus fait donc une double entorse aux "règles de bienséance". Il parle à une femme, qui plus est, Samaritaine. Et en plus, il veut boire de l'eau de sa cruche alors que celle-ci est censée être considérée comme "impure" selon la "Halakha" (les usages en vigueur énoncés par la Loi mosaïque). On peut comprendre l'étonnement de cette femme. De plus, Jésus porte probablement un habit distinctif qui permet de l'identifier, du premier coup d’œil, comme un "rabbi" (un enseignant, un maître). Elle aura ainsi d'autant plus de facilité à voir en lui "un prophète" (Jean 4:19). Un autre prophète va faire, bien plus tôt, une rencontre similaire. Lorsque Elie se rendit à Sarepta, il fit la rencontre d'une veuve à qui il demanda à boire (1 Rois 17:10). Il n'aura, lui non plus, aucun scrupule à boire dans un récipient appartenant à une sidonienne. 

Le puits de Sichem et l'ivresse de Sychar

A l'époque de notre récit, la ville portait alors le nom de Sychar, ce qui signifie "ivresse", et se situait au bas de la montagne de Garizim, montagne sur laquelle avaient été prononcées les bénédictions sur le peuple d'Israël, à l'époque de la conquête du pays par Josué. Elle est plus connue aujourd'hui sous le nom de Naplouse. Jacob avait autrefois résidé en ce lieu avec son fils Joseph. C'est à Sichem que les os de Joseph furent enterrés après avoir été ramenés d'Egypte par Moïse et Josué (Josué 24:32). La ville portait le nom du fils de Manassé, fils de Joseph. Plus tard, les Hébreux donnèrent à la ville le nom de Sychar, ce qui signifie "ivrognerie". Ainsi, on peut lire dans le livre du prophète Esaïe : "Malheur à la couronne superbe des ivrognes d'Ephraïm, à la fleur fanée qui fait l'éclat de sa parure, sur la cime de la fertile vallée de ceux qui s’enivrent" (Es. 28:1). On peut donc en conclure que les habitants de cette ville avaient, depuis bien des générations, la réputation de souffrir d'alcoolisme. 

Le mot "sichem" quant à lui,  vient de l'hébreu "shekem" qui signifie "épaule". Or, ce mot est très tôt associé au fait d'être enivré puisque on le retrouve déjà dans un récit de la Genèse. "Alors Sem et Japhet (fils de Noé) prirent le manteau, le mirent sur leurs épaules (Shekhem), marchèrent à reculon et couvrirent la nudité de leur père (Noé)" (Gen. 9:23). Le verset 21 nous dit en effet que Noé, ayant bu du vin, s'était enivré et était couché nu dans sa tente. Le thème de l'ivrognerie étant ici lié, dans ce contexte, à l'impudicité. Paul dira plus tard : "Ne vous enivrez pas de vin, c'est de la débauche. Soyez plutôt rempli du Saint-Esprit" (Eph. 5:18). Mais le mot "shekem" (épaule) se retrouve également dans un autre texte de la Genèse, un récit qui relate la rencontre entre Eliezer, le serviteur d'Abraham, et Rebecca qui va devenir l'épouse d'Isaac et la mère de Jacob. Ce même Jacob dont la Samaritaine se revendiquait être, à juste titre ou non, la descendante. 

"Voici, je me tiens près de la source d'eau (le puits) et les filles des gens de la ville vont sortir pour puiser de l'eau. Que la jeune fille à qui je dirai : penche ta cruche, je te prie, et donne-moi à boire... Mais il (Eliezer) n'avait pas  fini de parler que sortit, sa cruche sur l'épaule (shekem), Rebecca..." (Gen. 24:13, 15). Or, que se passe-t-il dans ce texte ? Eliezer, serviteur d'Abraham, se tient au bord d'un puits et est train de prier pour rencontrer une femme qui puisse devenir l'épouse d'Isaac, le fils de son maître, lorsque surgit Rebecca. Et Eliezer lui demande à boire de sa cruche. Étonnante similitude entre ce récit de la Genèse et la rencontre qui a lieu au bord du puits de Jacob (fils de Rebecca). Mais ce texte nous donne un détail intéressant sur la façon de porter une cruche d'eau. Celle-ci était posée sur l'épaule et tenue par les anses.  Il y a donc un rapport étroit entre le nom de la ville d'où vient la femme samaritaine et la cruche dont il est question dans le récit. 
 

Sichem, aujourd'hui, entre le Mont Garizim (à gauche) et le Mont Ebal (à droite)


Ici ou là ?

A l'époque où les Grecs envahirent la terre d'Israël, le nom de Sychar fut changé en Suchar. Aujourd'hui, le "puits de Jacob" est situé à mille cinq cents mètres du petit village d'Askar, dans un enclos, au débouché du défilé de Naplouse. D'autres le situent plutôt à proximité du village moderne de Belata. 

Lors de l'entretien qui va se dérouler entre Jésus et la femme samaritaine, celle-ci va entamer une sorte de "débat théologique" avec Jésus quant au lieu où il faut adorer Dieu (Jean 4:20 à 26). Jacob avait érigé un autel à l’Éternel dans le champ qu'il avait acheté aux fils de Sichem (Gen. 33:18, 19). Il l'avait appelé "El Elohé Israël" (Dieu, le Dieu d'Israël). Mais suite à la scission entre le royaume du Nord et celui du Sud, le nom "Israël" fut attribué aux dix tribus du Nord, tandis que le sud du pays prit le nom de Royaume de Judée. Après que les dix tribus aient été déportées, ces régions dépourvues de leurs habitants furent repeuplées par des populations soumises aux Babyloniens, qui n'étaient pas d'origine israélite. Mais ces peuples, qui gardaient malgré tout une certaine foi dans le Dieu d'Israël, se revendiquaient eux aussi de la descendance de Jacob. C'est pourquoi elle parle de "notre père Jacob qui nous a donné ce puits" (Jean 4:12). Elle fait, en cela, référence à ce texte  de la Genèse où il est écrit : "Israël (Jacob) dit à (son fils) Joseph... je te donne une part de plus qu'à tes frères, Sichem, que j'ai prise aux Amoréens" (Gen. 48:21, 22). 

La ville de Sichem était sur le territoire autrefois attribué à la tribu de Manassé, fils de Joseph, fils de Jacob. Dans la tradition rabbinique, Manassé représente symboliquement les païens qui se sont tournés vers le Dieu d'Israël. Or, cette femme samaritaine adore visiblement le Dieu d'Israël, mais elle conteste le lieu où Dieu devrait être adoré en se référant probablement à l'autel dressé par celui qu'elle considère comme étant son ancêtre. La réponse de Jésus est que le temps vient où ce ne sera plus ni ici, ni là, que l'on adorera l’Éternel, mais "en esprit et en vérité", c'est à dire en tout lieu. Parce que, lorsque l’Évangile sera prêché aux païens et que ceux-ci seront entrés dans l'Alliance d'Abraham, le Saint-Esprit étant répandu dans les cœurs, il n'y aura plus de lieu précis, si ce n'est là où se trouve celui qui désire l'adorer. 

Eau-de-vie et eau de la Vie 

La Samaritaine dit à Jésus : "Es-tu plus grand (prétends-tu l'être) que notre père Jacob qui nous a donné ce puits ?... Jésus lui répondit : quiconque boit de cette eau aura encore soif mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif..." (Jean 4:12 à 14). Ce que Jésus cherche à faire comprendre à son interlocutrice, c'est que celui qui ne se réfère qu'aux Patriarches ne pourra avoir la Vie Véritable. Il devra continuellement retourner à "la source" et ne sera jamais totalement désaltéré. Mais celui qui viendra boire à la source d'eau vive de la Vie Éternelle, celui-là sera pleinement désaltéré et trouvera le sens véritable de la foi, cette même foi qui était celle des Patriarches. Ce message est universel. 

Mais le message de Jésus, s'il s'adresse à tout homme en tout lieu, s'adresse ici, premièrement à une femme samaritaine qui demeure à Sychar, la ville de l'ivrognerie. Pourquoi s'enivre-t-on si ce n'est pour combler un vide ? Or, Jésus dit à la samaritaine : "Si vous buvez, vous aurez encore soif". Autrement dit : "Le fait de vous enivrer ne remplira pas le vide de votre cœur, mais moi je vous donnerai une eau qui le remplira. Vous pourrez boire en abondance de cette eau de la vie". L'eau de la Vie remplacera "l'eau-de-vie". Ainsi, que l'on cherche à combler le vide intérieur par la religion ou par les "plaisirs de la vie", ce vide demeurera puisque seule la Vie Véritable peut combler ce que Blaise Pascal appelait "un vide en forme de Dieu". Il est écrit dans le livre des Proverbes : "Ce n'est pas aux rois, Lemuel, ce n'est pas aux rois de boire du vin, ni aux princes de rechercher les liqueurs fortes, de peur qu'en buvant ils en oublient la loi et méconnaissent les droits de tous les malheureux. Donnez des liqueurs fortes à celui qui périt, et du vin à celui qui a de l'amertume dans l'âme, qu'il boive et oublie sa pauvreté et qu'il ne se souvienne plus de ses peines" (Proverbes 31:5 à 7). 

"La femme lui dit : Je sais que le messie doit venir, celui que l'on appelle Christ (Oint). Quand il sera venu, il nous annoncera toutes choses. Jésus lui dit : Je le suis, moi qui te parle" (Jean 4:25, 26). Dans la conversation, Jésus va faire une affirmation fracassante : "Le Salut vient des Juifs", ce qui, en grec, se dit : "Sotéria ek tôn loudaion". Cette parole vient de la bouche même du Seigneur (bien que prononcée en hébreu, elle fut retranscrite ensuite en grec). "Sotéria ek tôn loudaion". Ce petit mot "ek" signifie "le point à partir duquel l'action débute". Il est souvent utilisé en rapport avec le mot "achèvement"On pourrait donc paraphraser en disant : "le salut provient et est achevé dans et par le peuple juif". Mais pour comprendre toute la portée de cette affirmation, il faut tenir compte d'un détail important. Le nom de Yeshoua (qui est le véritable nom de Jésus, celui qu'il a porté pendant les trente-trois années qu'il a vécues sur la terre) signifie "Sauveur, Celui qui apporte le Salut". Il est le Messie, celui qui apporte le Salut. Ainsi l'avait dit le prophète Esaïe : "et vous puiserez avec joie aux fontaines du Salut" (Es. 12:3, Darby). Jésus est à la fois "le point à partir duquel l'action débute" et "l'achèvement" de l'action entamée, ainsi qu'il le dit de lui-même : "Moi, je suis l'Alpha et l'Oméga, le commencement et la fin. A celui qui a soif, je donnerai, moi, gratuitement de la fontaine de l'eau de la vie" (Apoc. 21:6, Darby). En cela, Jésus fait directement allusion aux textes prophétiques tels que Esaïe ou Jérémie. "Et vous puiserez de l'eau avec joie aux fontaines du salut" (Es. 12:3, Darby). Bien qu'à l'inverse, Dieu reproche parfois à son peuple de l'avoir abandonné, Lui, la Source de la Vie (Jér. 2:13, 17:13).
 


Je n'ai pas de mari 

Va, lui dit Jésus, appelle ton mari et viens ici. La femme répondit : Je n'ai pas de mari. Jésus lui dit : Tu as raison de dire : je n'ai pas de mari, car tu as eu cinq maris et celui avec qui tu es maintenant n'est pas ton mari. En cela tu as dit vrai" (Jean 4:16). L'interprétation que l'on a fait de ce texte a souvent servi à cataloguer la samaritaine comme une femme de mauvaise vie. C'est oublier un détail. Ce texte ne parle pas des hommes de sa vie comme étant ses "amants", mais bien comme ses "maris". Combien de femmes, à travers le monde et les siècles, ne se sont-elles pas reconnues, par quelque aspect de son histoire ?

Je me suis pris à imaginer la vie de cette femme et ce qu'avait pu être son parcours. Mariée très jeune, à treize ou quatorze ans, à un homme beaucoup plus âgé. Peut-être battue pour n'avoir pu répondre aux exigences malsaines d'un homme déjà mûr. Les coups portés au ventre ne lui permettront pas d'avoir d'enfant. Un deuxième mari, un homme bon mais désireux d'une progéniture, la répudie. Un troisième qui a peut-être su l'aimer mais qui meurt, trop tôt, trop jeune. Un quatrième... Un cinquième... Dans une ville dont la population a, depuis longtemps, la réputation d'ivrognerie, un fléau souvent responsable de violences conjugales. Trop de souffrances pour une seule vie, pour une seule âme. Mais au travers de toutes ces vicissitudes, sa foi en Dieu est restée vivante. Elle a ses convictions. Elle croit au Dieu d'Israël et elle attend le Messie. Elle sait qu'il va venir. Et c'est ce qui l'a peut-être sauvée. Mais se marier encore ? Non, elle ne le veut plus. Cet homme avec qui elle vit maintenant, elle ne l'épousera pas. Lorsque Jésus lui parle de ses maris, elle ne s'en étonne ni ne s'en offusque. Elle assume pleinement.  Mais cette rencontre avec Jésus va être décisive pour son avenir. Elle voyait en lui un prophète, elle discerne maintenant qu'il est bien celui qu'il prétend être : le Messie. Celui qu'elle attendait. C'est lui. Elle court alors le proclamer dans la ville.  

"La femme, ayant laissé sa cruche, s'en alla..." (Jean 4:28). En grec, l'expression "Ayant laissé" se dit "aphiemi". Ce mot "aphiemi" peut vouloir dire : "s'en aller, renvoyer, répudier, un mari qui divorce de sa femme, quitter, laisser quelqu'un, partir de chez quelqu'un, partir en laissant quelqu'un derrière soi, ne pas prendre quelqu'un comme compagnon". Mais aussi : "permettre, accorder, quitter, laisser aller, laisser dire, ne pas tenir compte, ne pas discuter, ne pas garder plus longtemps". 

Ce geste de la samaritaine, qui court à la ville en laissant derrière elle sa cruche, est fortement évocateur. Elle a rencontré le Messie. Elle sait que c'est lui. Il lui a dit "tout ce qu'elle avait fait". Ces mots résonnent dans son cœur : "Tu n'as pas de mari et celui avec qui tu vis n'est pas ton mari". On peut donc imaginer que lorsque la Samaritaine retourne à la ville en laissant sa cruche, elle a déjà pris sa décision quant à l'homme qui vit avec elle. Est-ce lui qui voulait partir et elle comprend maintenant qu'elle ne doit pas chercher à le retenir, mais au contraire le laisser partir? Est-ce elle qui, soudainement, comprend qu'il lui faut quitter cet homme avec qui elle vit ? Va-t-elle quitter le domicile de cet homme ou va-t-elle lui demander de s'en aller ? Toujours est-il que lorsqu'elle se dirige vers la ville, elle "laissa sa cruche", c'est à dire qu'elle partit avec une conviction ferme dans son cœur quant à l'attitude qu'elle devra désormais adopter. 

Dans la pensée juive, comme dans la pensée grecque, un récipient en terre (comme une cruche ou un vase) symbolise l'être humain. La fragilité du vase illustrant celle du corps, et son contenant représentant ce qui lui donne la vie et la subsistance. L'eau de la vie avait été répandue en abondance dans le cœur de cette femme. Elle n'aurait désormais "plus jamais soif". La parole de Jésus, le Sauveur, avait été déversée en elle. Elle avait fait ce choix décisif de "laisser sa cruche". Après quoi, elle s'en alla.

 

JiDé

Jésus et la femme samaritaine
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