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Le livre d'Abdias : une prophétie pour notre temps

Le livre d'Abdias : une prophétie pour notre temps

Edom et Pétra

Le livre d'Abdias, avec ses vingt et un versets, est le plus petit livre de la Bible. Le plus petit en ce qui concerne la taille, mais non en ce qui concerne le contenu car, même si ce livre est peut-être aussi peu lu que connu, il n'en demeure pas moins un livre actuel et un message pour notre temps. On sait, en réalité, peu de choses sur son auteur. Contrairement aux autres prophètes bibliques qui ont généralement prophétisé sur plusieurs des nations voisines d'Israël, Abdias, lui, centre sa prophétie sur une seule nation : Edom. La tradition rabbinique dit de lui (son vrai nom est Obadyah, ce qui signifie "serviteur de Dieu") qu'il aurait été un "guer", c'est à dire un converti au judaïsme, originaire du peuple édomite. Si cela est exact, cela donne à ses paroles un ton et un relief tout particuliers.

Cette prophétie est prioritairement adressée à un peuple "qui habite le creux des rochers" (Ab. vs. 3*). Ces "rochers", qui ont accueilli en leur sein cette civilisation autrefois prospère mais néanmoins aujourd'hui disparue, ont été redécouverts en 1812 dans ce qui est actuellement la Jordanie, voisine d'Israël, par un jeune orientaliste suisse, Johann Burckhardt. Il a alors vingt-huit ans.

Qui ne connait la très célèbre cité de Pétra, creusée à flanc de rochers et dont la façade monumentale s'offre à la vue de ses visiteurs, après que ceux-ci aient progressé à travers un long corridor de pierre ? La cité nabatéenne, construite au huitième siècle avant notre ère, servit autrefois de capitale au royaume d'Edom. Sous l'empire romain d'Orient, cette région prit le nom d'Idumée, d'où est originaire le roi Hérode mentionné dans les Évangiles. Cette cité tomba longtemps dans l'oubli, connue seulement par les quelques tribus bédouines qui gardaient jalousement le secret de son emplacement comme de son existence. L'antique cité édomite ne sortit des sables de l'oubli qu'au tout début du dix-neuvième siècle, venant ainsi, une fois de plus, confirmer ce que disent les Écritures et redonner aux paroles du prophète tout le crédit qu'on lui avait si longtemps contesté. 

Esaü c'est Edom

Si Edom est connu comme l'un des ennemis frontaliers du petit état de Judée, sa rivalité avec le peuple d'Israël trouve son origine, comme pour plusieurs de ces peuples d'Orient, dans un antique conflit familial. Un conflit qui opposa autrefois deux frères, dont, fort heureusement, les descendants entretiennent aujourd'hui des relations cordiales. Jacob et Esaü, fils de Rebecca, étaient frères, et comme le dit l'Ecriture, "Esaü c'est Edom" (Gen. 36:8, 19). Un texte de la Genèse nous relate un événement qui se produisit sous la tente de Jacob où, pour un plat de lentilles, Esaü vendit son droit d’aînesse à son frère, "c'est pour cela qu'on a donné à Esaü le nom d'Edom" (Gen. 25:30). Après le retour de Jacob dans sa terre natale, Esaü, qui était demeuré auprès de leur père Isaac, quitta pour toujours le lieu qui l'avait vu naître et partit pour la montagne de Séïr où il alla s'établir. "Esaü s'établit dans la montagne de Séïr. Esaü c'est Edom" (Gen. 36:8). A sept reprises, dans les Écritures, il est dit d'Esaü qu'il est Edom. Six occurrences le mentionnent explicitement dans le livre de la Genèse, et une dans le livre d'Abdias. Nous verrons plus loin que la mention qu'en fait Abdias recouvre une dimension très particulière car elle concerne "les temps de la fin".
 

Montagnes d'Edom

 

Un peuple "qui habite le creux des rochers"


Edom, d'hier et de demain

La montagne de Séïr appartenait autrefois au peuple des Horites, mais ces montagnes furent données à Esaü par Dieu lui-même (Josué 24:4), et ses descendants y vécurent après lui selon qu'il est écrit : "Voici la postérité (en hébr. "toldoth") d'Esaü dans la montagne de Séïr" (Gen. 36:9). Le mot "toldoth" (le mot est au Pluriel) signifie à la fois "engendrements, postérité, descendances, listes généalogiques, mais aussi... le cours de l'Histoire !". Ce "cours de l'Histoire" trouve son origine dans un conflit fraternel entre Jacob et son frère jumeaux Esaü mais il se prolonge à travers les siècles jusqu'à aujourd'hui, selon qu'il est écrit : "N'est-ce pas en ce jour, dit l’Éternel, que je ferai disparaître d'Edom les sages, et de la montagne d'Esaü l'intelligence ?" (Abd. vs. 8). Cette expression "ce jour" désigne une période de temps appelée le "Jour de l’Éternel" (appelé également "Jour du Seigneur" dans le Nouveau Testament), thème développé par Abdias dans les versets 15 à 21 de son livre. En effet, il est écrit : "Et la maison de Jacob sera un feu, et la maison de Joseph, une flamme, et la maison d'Esaü, du chaume... et il n'y aura pas de reste de la maison d'Esaü, car l’Éternel a parlé" (Abd. vs. 18). Ce texte, qui traite donc du "Jour de l’Éternel", fait mention de la destruction d'Edom. Or, comment une nation disparue depuis plus de deux mille ans pourrait-elle disparaître à nouveau ? Le dernier verset du livre nous donne un indice : "Et des sauveurs monteront sur la montagne de Sion pour juger la montagne d'Esaü. Et le royaume sera à l’Éternel" (vs. 21). Il est clair ici que le texte fait mention d'un "Futur eschatologique" précédant le temps où le Royaume de Dieu sera établi sur la Terre ("le royaume sera à l’Éternel"). Et si Abdias concentre son message sur une seule nation, celui-ci couvre deux mille cinq cents ans d'Histoire, depuis son époque jusqu'à la fin des temps. 

Mais comment une nation qui a disparu à l'époque du second Temple de Jérusalem pourrait-elle resurgir à la fin des temps ? Pour comprendre cela, il nous faut nous en référer au Prophète Jérémie. Il se fait qu'une curieuse analogie rapproche les deux prophètes. Il est dit dans le premier verset du livre d'Abdias : "La vision d'Abdias. Ainsi dit le Seigneur l’Éternel, touchant Edom. nous avons entendu une rumeur de par l’Éternel, et un ambassadeur a été envoyé parmi les nations : levez-vous ! et levons-nous contre lui pour la guerre" (Abd. 1:1). Jérémie dit également : "J'ai entendu une rumeur de par l’Éternel et un ambassadeur a été envoyé parmi les nations : assemblez-vous et venez contre lui, et levez-vous pour la guerre" (Jér. 49:14). 

Jérémie va prophétiser la chute de nations comme Moab, Ammon et Elam, mais il annonce également leur relèvement. Par contre, lorsque Jérémie prophétise le malheur sur Edom (Jér. 49:7 à 22), il ne lui reconnait aucun rétablissement. "Toutes ses villes seront des déserts perpétuels" (vs. 13). Esaü ne se relèvera pas, contrairement à ses voisins pour qui la clémence de Dieu s'est montrée favorable. Le prophète Malachie dira de lui : "On les appellera pays de la méchanceté, peuple contre lequel l’Éternel est irrité pour toujours". Mais alors, comment Edom peut-il être détruit à la fin des temps s'il n'existe plus ? 
 


Rome est Edom 

Comme je l'ai dit un peu plus haut, la nation nabatéenne (l'Edom de l'époque du second Temple) a disparu à l'époque de la domination romaine. Or, il se fait que l'un des surnoms donnés à Rome et à ses légions était "Edom", jeu de mots avec "adom" qui, en hébreu, signifie "rouge". Rouge comme la couleur des tuniques des légionnaires romains. Ce même empire romain dont la venue fut prophétisée par Daniel. Empire qui devait, tel le phœnix, renaître de ces cendres "à la fin des siècles".  Or, où l'empire romain avait-il son siège ? A Rome. Et lorsque l'Empire s'effondra, un autre empire s'édifia sur ses ruines encore fumantes : le Saint Empire Romain Germanique, qui est à l'origine de ce que nous appelons aujourd'hui l'Europe. Une Europe Unie qui centralise aujourd'hui son pouvoir à Bruxelles. L'Empire romain s'est effondré, victime de sa propre décadence et de ses querelles intestines. Mais Daniel avait également annoncé que ce dernier empire devait réapparaître à la fin des temps. Un Nouvel Empire Romain. Un nouvel Edom ! Les mots du livre de la Genèse trouvent alors ici un écho, à travers les âges. "Voici la postérité (toldoth : l'Histoire) d'Esaü qui est Edom" (36:1), "ce sont là les chefs d'Edom selon leurs habitations dans le pays qu'ils possédaient. C'est là Esaü père d' Edom" (36:43), "ce sont là les fils d'Esaü et ce sont là leurs chefs de tribus. Esaü c'est Edom" (Gen. 36:19).

Il est intéressant de noter que les mots "Adam" (être humain), "Adom" (rouge) et "Edom" (roux) s'écrivent tous trois, en hébreu, de la même façon : avec les lettres aleph, daleth, mêm. Adam, le premier être humain, aurait été créé avec de la terre argileuse de couleur rougeâtre. Les pieds de la statue qui représentent les quatre empires successifs (Daniel 2) ne sont-ils pas constitués d'un amalgame incertain de fer et d'argile ? Le fer symbolisant la force et la rigidité de l'Empire, et l'argile d'où est issue cette humanité qui se réalise dans l'édification des ces civilisations successives et de ces empires décadents. Or, s'il est une chose qui caractérise ce "nouvel empire romain", c'est particulièrement sa philosophie humaniste d'où Dieu est exclu et où l'être humain est un dieu. "Esaü est Edom... Esaü père d'Edom". Nous avons là, dans ces mots, "l'homme auto-engendré". Un homme, profondément humaniste, athée et sûr de lui, un "self-made-man". Un homme "qui s'est fait tout seul"... et sans Dieu, mais qui a engendré des "fils". Des fils spirituels qui ont adopté ses valeurs, ses croyances... et ses ambitions. Mais alors, quelle est cette "sagesse", quelle est donc cette "intelligence" que Dieu va faire disparaître (Abd. vs. 8) si ce n'est cette philosophie orgueilleuse qui fait de l'homme un dieu à ses propres yeux ? Ces"chefs d'Edom" ne sont-ils pas les "fils" de ceux qui gouvernaient alors sur cet immense empire, et dont Edom est le père ? "Ce pays qu'ils possédaient" autrefois, c'était la montagne de Séïr. Mais "leurs fils" possédèrent un territoire bien plus étendu encore, celui que couvrirent les légions de Rome à l'heure de sa gloire la plus éclatante. Serait-ce alors de cet empire dont aurait parlé le prophète Abdias ? Sa prophétie, nous l'avons vu, court de l'époque d'Esaü, frère de Jacob, à celle des Iduméens en passant par l'époque nabatéenne et s'achève, au verset 21, jusqu'à ce que des sauveurs montent "sur la montagne de Sion pour juger la montagne d'Esaü", alors "le royaume sera à l’Éternel". 

Un message pour les nations 

"Car le Jour de l’Éternel est proche pour toute les nations..." et Abdias s'adresse ensuite directement à Edom : "il te sera fait comme tu as fait, tes œuvres retomberont sur ta tête" (Abd. vs.15). 

Même si un récit biblique s'inscrit dans un cadre historique à une époque donnée, ce dit-récit n'en garde pas moins une dimension prophétique, et en cela, il demeure toujours un message pour notre temps. Il en est de même pour Abdias. La prophétie d'Abdias parle d'un peuple qui a aujourd'hui disparu, et cependant d'autres prophètes comme, entre autres, Esaïe et Jérémie, ont annoncé que ce peuple aurait un rôle à jouer à la fin des temps. Le propre du texte prophétique est que, même s'il s'inscrit toujours prioritairement dans un contexte qui est contemporain du prophète, il n'en préserve pas moins une dimension qui va bien au delà de la période à laquelle vécut celui-ci. La portée de son message transcende les temps et les époques. Ayant déjà parlé aux générations passées, il s'adresse encore aujourd'hui à nous qui sommes parvenus "à la fin des siècles" et qui formons "la génération dernière". Edom a un rôle à jouer "au jour de l’Éternel", cela a été annoncé dès les temps anciens, mais pour le Seigneur, "un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour".

Vivre au vingt-et-unième siècle donne un privilège unique : celui de pouvoir jeter sur le Passé un regard panoramique. Ézéchiel, Esaïe, Joël, Sophonie et Abdias affirment tous que "le Jour de l’Éternel est proche" (Ez. 30:3 / Esaïe 13:6, 9 / Joël 4:14 / Ab.1:15). Amos nous dit que ce "Jour" sera "ténèbres et non lumière, obscur et sans éclat" (Am. 5:18, 20). "Il arrive", nous disent Esaïe et Sophonie (Es. 13:9 / Soph. 1:14). Ce sera "un jour cruel, jour de colère et d'ardente fureur (Esaïe 13:9). Malachie parle d'un jour "grand et terrible" (Mal. 3:23). Jusqu'à ce que soit établit ce royaume "qui ne sera jamais détruit" (Dan. 2:44), "car à l’Éternel appartient le règne" (Ab. vs. 21). 

Mais pourquoi la colère de Dieu est-elle tournée vers cet Edom qui nous est contemporain ? Parce qu'Edom a voulu s'approprier le pays d'Israël comme sa possession (Ézéchiel 36:5), et parce qu'il a projeté la destruction de sa capitale : Jérusalem (Ps. 137:7). Le prophète Amos dit d'Edom : "Edom a poursuivi ses frères (les descendants de Jacob/Israël) avec l'épée en étouffant sa compassion (il a laissé faire pendant la Shoah), il garde éternellement sa fureur (la haine du peuple juif perdure). 
 

 

 


Lorsque Jérémie avait annoncé la destruction de nations comme Elam, Ammon et Moab, il en avait également annoncé le relèvement. Jérémie avait aussi annoncé la destruction d'Edom, mais contrairement aux trois autres nations, Edom ne devait pas se relever. "Ainsi parle l’Éternel, à cause de trois crimes d'Edom, même de quatre, je ne révoque pas mon arrêt" dit Amos (Am. 1:11). Pourtant, aujourd'hui, Elam, Ammon et Moab ont disparu, et cela depuis bien longtemps ! Mais Edom subsiste pour son châtiment.

Comment un peuple peut-il avoir disparu tout en subsistant encore aujourd'hui ? Pour répondre à cette question, il est un principe qui, s'il s'applique à une nation, peut également s'appliquer à un individu. Le livre de la Genèse nous parle d'un sinistre personnage nommé Nimrod dont il est dit : "comme Nimrod, vaillant chasseur devant l’Éternel" (Gen. 10:9). Or, le texte hébreu original rend les mots "comme Nimrod" en ajoutant simplement la lettre kaph devant son nom (knimrod). La lettre kaph, sous forme de préfixe, joue ainsi le rôle de comparatif. Les Sages d'Israël ont dit : "cela veut dire qu'un nouveau Nimrod devra apparaître, semblable au premier". Il sera "comme Nimrod", il en aura les caractéristiques. Il en sera de même pour Edom. On pourrait ainsi dire qu'il sera "comme Edom" (kEdom). Mais qui sait si ce nouveau Nimrod ne sera pas à la tête de cet Edom du vingt et unième Siècle ? 

Le "Jour" de la destruction 

La prophétie d'Abdias s'échelonne sur plusieurs siècles. Elle couvre une très longue période pendant laquelle des événements majeurs de l'Histoire vont trouver écho. "Tous tes alliés t'ont chassés jusqu'à la frontière, tes amis t'ont joué, t'ont dominé. Ceux qui mangeaient ton pain t'ont dressé des pièges et tu n'as pas su t'en apercevoir. N'est-ce pas en ce jour, dit l’Éternel, que je ferai disparaître d'Edom les sages, et de la montagne d'Esaü, l'intelligence ?" (Abd. vs. 7, 8). 

A la fin de la deuxième guerre mondiale, l'empire ottoman fut définitivement démantelé et ce qui est aujourd'hui la Syrie, la Jordanie, l'Arabie Saoudite et Israël se trouvèrent sous Protectorat britannique. Les grandes nations victorieuses (URSS, Etats-Unis, Angleterre, France) cherchaient à étendre leur influence dans cette redistribution des pouvoirs. Une nouvelle géo-politique prenait forme. L'empire britannique, lui, était sur son déclin. Ses colonies réclamaient, l'une après l'autre, l'indépendance. En 1947, des troubles éclatèrent dans ce qui était encore cette ancienne province de l'empire ottoman appelée Palestine ("Tes alliés t'ont chassés jusqu'à la frontière").

Au mois de Février 1947, le Royaume-Uni annonçait qu'il allait mettre fin à son mandat sur la Palestine. Au mois de Mai, les forces britanniques se retirèrent sur la pointe des pieds après avoir promis la Judée-Samarie à la fois aux Juifs et aux arabes, avec lesquels ils étaient pourtant alliés, livrant ainsi cette terre du Proche-Orient à un conflit fratricide ("tes amis t'ont joué, t'ont dominé, ceux qui mangeaient ton pain" - et exploitaient ton pétrole - "t'ont dressé des pièges et tu n'as pas su t'en apercevoir"). Le lendemain de la proclamation de l'existence de l'Etat d'Israël par Ben Gourion, le 15 Mai 1948 commençait la première guerre d'une malheureuse liste de conflits. Des hommes et des femmes qui venaient juste d'échapper à la Shoah et qui venaient, pour la plupart, de débarquer depuis peu en Israël, se retrouvèrent avec un fusil dans les mains pour défendre leur vie une fois de plus menacée. Parmi ces rescapés, ceux qui purent lire les antiques écrits du prophète Obadyah y trouvèrent un singulier écho à ce qu'ils venaient de traverser. 

"Et tes hommes forts seront terrifiés, afin que chacun soit retranché de la montagne d'Esaü par le carnage. A cause de la violence faite à ton frère Jacob, la honte te couvrira, et tu seras retranché pour toujours. Au jour où tu te tins vis-à vis, au jour où des étrangers emportaient ses richesses, et où des forains entraient dans ses portes et jetaient le sort sur Jérusalem, toi aussi, tu étais comme l'un d'eux. Mais tu n'aurais pas dû regarder le jour de ton frère, le jour de son désastre; et tu n'aurais pas dû te réjouir au sujet des fils de Juda, au jour de leur destruction, et tu n'aurais pas dû ouvrir ta bouche toute grande au jour de la détresse. Tu n'aurais pas dû entrer dans la porte de mon peuple, au jour de leur calamité, ni regarder toi non plus sa misère, au jour de sa calamité, et tu n'aurais pas dû porter la main sur ses richesses au jour de sa calamité, et tu n'aurais pas dû te tenir au carrefour pour exterminer ses réchappés, et tu n'aurais pas dû livrer ceux des siens qui étaient demeurés de reste au jour de la détresse" (Abd. vs. 9 à 14). Non, Edom... tu n'aurais pas dû ! 

"Le jour du désastre... de la destruction... de la détresse... de la calamité...". Ce "Jour"-là fut le "Jour de la Shoah" ! Un "jour""les hommes forts", des jeunes gens vigoureux, travailleurs, courageux, talentueux, furent emmenés de force vers un destin qu'ils pressentaient funeste. "Et tes hommes forts seront terrifiés"

"Afin que chacun soit retranché de la montagne d'Esaü par le carnage". Ils furent "retranchés" de cet Edom qui conspiraient leur destruction. 

"Et tu n'aurais pas dû te tenir au carrefour pour exterminer ses réchappés, et tu n'aurais pas dû livrer ceux des siens qui étaient demeurés de reste au jour de la détresse". Ces "réchappés" qui tentaient de fuir ou de se cacher furent honteusement dénoncés et livrés à leurs bourreaux. 

"A cause de la violence faite à ton frère Jacob, la honte te couvrira, et tu seras retranché pour toujours". Abdias avait avertit ce peuple qui lui était contemporain que ce mal dont il s'était rendu coupable envers le peuple d'Israël causerait sa perte et sa disparition. "A cause de la violence (en hébreu "hamas") faite à ton frère Jacob...". Edom devait pourtant réapparaître sur la scène de l'Histoire pour que puisse se jouer le dernier acte de cette tragédie. 

 "Au jour où tu te tins vis-à vis, au jour où des étrangers emportaient ses richesses, et où des forains entraient dans ses portes et jetaient le sort sur Jérusalem toi aussi, tu étais comme l'un d'eux". Alors que des trains entiers "de fils et de filles" de Jacob roulaient vers les camps d'extermination, en Allemagne ou en Pologne, l'on pillait leurs biens, on volait leurs patrimoines. Bijoux, or, tableaux de maîtres, étaient légalement saisis par ceux qui les avaient condamnés à disparaître ("et tu n'aurais pas dû porter la main sur ses richesses au jour de sa calamité"). Le bruit des bottes de ces "étrangers" résonnaient sur les planchers de ces lieux vidés de leurs propriétaires. 

La révolte d'Edom

"En ces jours (durant le règne de Joram, roi de Juda), Edom se révolta de dessous la main de Juda, et ils établirent un roi sur eux... Mais Edom se révolta de dessous la main de Juda,  jusqu'à ce jour, alors, dans ce même temps, Libna se révolta de dessous sa main car il avait abandonné l’Éternel, le Dieu de ses pères..." (2 Chroniques 21:8). 

A cette époque, Juda avait assujetti le peuple d'Edom, mais Juda tomba dans l'idolâtrie à cause de son roi impie. Et Edom se révolta contre la domination de Juda. "Dans ce même temps", une petite ville lévitique de Juda, Libna (blancheur) se révolta également contre le pouvoir de Joram, roi de Juda, car ses habitants étaient demeurés fidèle à ce Dieu dont Juda s'était détourné. L'Edom d'aujourd'hui s'est, elle aussi, révoltée contre l'autorité de Dieu. Elle a rejeté le christianisme qui était à la base de sa fondation ainsi que  ses principes, elle s'est volontairement déchristianisée. Elle a rejeté ses fondements bibliques et "s'est donnée un roi". Elle s'est donnée une autorité pour régner sur elle, une autorité qui ne veut ni de Dieu ni de ses lois divines. Mais une petite ville, une sorte de "village d'irréductibles gaulois", Libna (blancheur), resta fidèle au Dieu d'Israël.

Tout comme le royaume de Juda, l'Europe déchristianisée a perdu sa dimension, sa spiritualité, et les valeurs sur lesquelles elle s'était édifiée se sont effondrées. Mais de tout temps, il y a eu une "Libna", un peuple qui demeurait fidèle à son Dieu, continuant à porter un "vêtement blanc". Ce peuple-là est resté fidèle au Dieu de "leurs ancêtres". De tout temps, il y a eu "un reste" fidèle au Seigneur. Depuis lors, "Edom" est en révolte contre ce peuple choisi par Dieu pour être porteur de Ses principes divins. L'Edom d'aujourd'hui a rejeté l'autorité divine, elle a rejeté le peuple de Dieu et s'affiche encore et toujours comme son ennemie héréditaire. Mais cette vieille rivalité plonge ses racines dans un autre conflit. Celui qui opposa autrefois Esaü à Jacob. Ainsi, il est écrit : "Esaü a conçu de la haine contre Jacob à cause de la bénédiction dont son père l'avait béni, et Esaü disait en son cœur : je tuerai Jacob, mon frère" (Gen. 27:41).
 

 


Cette rivalité s'est à nouveau incarnée lorsque, le 15 Mai 1948, l'Etat d'Israël vint à l'existence. Plusieurs pays arabes se liguèrent alors pour détruire le nouvel Etat et, selon leur expression : "rejeter sa population à la mer". Les mots d'Esaü résonnèrent à nouveau aux oreilles des fils de Jacob : "je tuerai Jacob, mon frère" (Gen. 27:41). 

Le "Jour" du rétablissement 

"Au jour où tu te tins vis-à-vis... et où des forains entraient dans ses portes et jetaient le sort sur Jérusalem, toi aussi tu étais comme l'un d'eux...". 

Ce jour-là, la population était massée dans les rues de Tel-Aviv et de Jérusalem où l'on avait fait installer des haut-parleurs, ainsi qu'en tout lieu où l'on possédait un poste de radio. Le 29 Novembre 1947, l'ONU fit connaître les résultats du vote qui devait permettre, ou pas, au peuple juif de fonder un Etat indépendant. 33 voix "oui", 13 voix "non", et 10 abstentions. Partout, dans les rues et les maisons, les kibboutzîm et les villages, des cris de joie s'élevèrent en même temps que d'ardentes prières. L'Etat d'Israël allait devenir une réalité. Et toi aussi, Edom, "tu étais comme l'un d'eux". Combien de pays d'Europe pourraient figurer parmi ces "trente-trois"? Le message d'Abdias demeure un message actuel par lequel le peuple juif fait connaître à cet Edom des temps de la fin ce qu'il a souffert et enduré. 

"Mais tu n'aurais pas dû regarder le jour de ton frère, le jour de son désastre; et tu n'aurais pas dû te réjouir au sujet des fils de Juda, au jour de leur destruction et tu n'aurais pas dû ouvrir ta bouche toute grande au jour de la détresse. Tu n'aurais pas dû entrer dans la porte de mon peuple, au jour de leur calamité, ni regarder toi non plus sa misère, au jour de sa calamité, et tu n'aurais pas dû porter la main sur ses richesses au jour de sa calamité, et tu n'aurais pas dû te tenir au carrefour pour exterminer ses réchappés, et tu n'aurais pas dû livrer ceux des siens qui étaient demeurés de reste au jour de la détresse". 

"Et sur la montagne de Sion, il y aura délivrance, et elle sera sainte et la maison de Jacob possédera ses possessions" (vs. 17). Haïm Ouizmann traduit ainsi ce texte : "mais sur la montagne de Sion, un survivant subsistera et sera une chose sainte, et la maison de Jacob rentrera en possession de son patrimoine". "Un survivant subsistera". Ils ne sont plus très nombreux, aujourd'hui, ceux qui peuvent encore soulever leur manche pour que l'on puisse voir, tatoué sur l'avant-bras, un numéro matricule, trace indélébile du passage dans les camps d'extermination. Dans le texte hébreu, le mot est au pluriel. Il est fait mention de "rescapés". Mais Haïm Ouizmann le traduit volontairement au Singulier pour souligner le fait que ce "survivant", c'est  le peuple d'Israël, et celui-ci est associé à un homme. Et lorsqu'il est dit que "la maison de Jacob rentrera en possession de son patrimoine", ce patrimoine, c'est à la fois sa langue (l'hébreu) et sa terre (eretz Israël). 

"Et les captifs de cette armée des fils d'Israël posséderont ce qui appartenait aux Cananéens jusqu'à Sarepta (Tsarfat), et les captifs de Jérusalem qui avaient été à Sepharad, posséderont les villes du midi (en hébreu : "néguev", vs. 20)".  Les fils et les filles de ces "captifs" sont devenus des soldats de Tsahal (à moins qu'il ne s'agisse de ces "rescapés" qui s'engagèrent dans la Haganah). Ces "captifs", ce sont ces "survivants", ces "rescapés" dont je parlais plus haut. Ils "posséderont le pays... jusqu'à Tsarfat" tout au Nord du pays. "Et les captifs de Jérusalem qui sont à Sepharad posséderont les villes du midi (Néguev)". Le texte parle ici des "captifs de Jérusalem", de ces Juifs qui vivaient là, sur une terre dont on les avait dépossédés. Ils étaient, en quelque sorte, captifs dans leur propre pays. Mais peut-être peut-on également y voir ces communautés sépharades qui vivaient en terre d'Islam et qui, pour sauver leur vie, ont dû tout quitter précipitamment lorsque l'Etat d'Israël a été proclamé. 
 

14 mai 1948, naissance de l'Etat d'Israël

 

Naissance de l'Etat d'Israël


Le verset 21 clôture le livre d'Obadyah. Il y est dit que "des libérateurs monteront sur la montagne de Sion, pour juger la montagne d'Esaü". "La montagne de Sion" (à ne pas confondre avec le Mont Sion qui est en face), c'est ce que l'on appelle également "le Mont du Temple", la montagne de Morijah.  Depuis 1967, Jérusalem est réunifiée. Elle est et elle demeure la capitale de l'Etat d'Israël. Ainsi, le livre d'Abdias relate cette tranche de l'Histoire, de la Shoah à la réunification de la capitale éternelle du peuple Hébreu. Mais la deuxième partie du verset présente également un certain intérêt : "des libérateurs monteront sur la montagne de Sion, pour juger la montagne d'Esaü". Le fait que l'auteur mentionne spécifiquement le nom du frère de Jacob, Esaü, a une signification toute particulière. En effet, ce n'est pas, ici, à Edom que l'auteur s'adresse, à cet "Edom" des temps de la fin. Non, mais à Esaü, le frère de Jacob. Si ces "libérateurs" sont montés sur la montagne de Morijah, la montagne du Temple, c'est pour porter un dernier jugement sur celle d'Esaü, pour mettre enfin un point final à cette antique lutte fratricide entre deux "frères ennemis".

Et le livre se termine par une promesse divine, celle de la venue du règne du Massiah : "Et à l’Éternel appartiendra le règne". Il y a, dans ce verset de clôture, deux parties distinctes, séparées dans le temps mais qui seront bientôt réunies dans l'Histoire. 

 

Notes

*Tous les versets de cet article sont tirés de la version Darby


JiDé

Un jour... réconciliés !

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Comme Esaü et Jacob

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