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Dieu a-t-il voulu faire mourir Moïse ?

Dieu a-t-il voulu faire mourir Moïse ?

Nombre de textes de l'Écriture ont laissé perplexe plus d'un lecteur avertit, notamment ce verset : "Pendant le voyage, en un lieu où Moshè passa la nuit, l’Éternel l'attaqua et voulut le faire mourir" (Exode 4:24). Serait-il possible que Dieu ait voulu faire mourir son serviteur après l'avoir mandaté pour aller délivrer son peuple en Égypte ? Une telle question pourrait apparaître bien incongrue pour qui ne connaît le récit mentionné au chapitre quatre du livre de l'Exode, qui s'inscrit dans la période madianite de l'histoire du grand homme de Dieu. 

L'appel

Moïse, obéissant à l'appel que Dieu lui a adressé lors de sa rencontre au Buisson Ardent, reprend le chemin de cette Égypte qu'il a quittée quarante années plus tôt, dans des circonstances qui lui sont probablement difficiles à oublier. Dieu dira à Moïse en terre de Madian : "Va, retourne en Égypte car tous ceux qui en voulaient à ta vie sont morts" (Exode 4:19). Ceci laisse supposer qu'ils étaient plusieurs à désirer la mort de Moïse. Ils mourront sans avoir pu assouvir leur désir de vengeance. Moïse s'étant, en effet, rendu coupable du meurtre d'un contremaître égyptien, s'enfuit alors et se réfugia dans une tribu madianite où il épousa la fille de l'un des chefs de clan. Quarante années passèrent avant que Dieu ne le rappelle à son service. Quarante années pendant lesquelles Moïse va adopter le mode de vie d'un berger madianite. Il épousera Séphora, la fille de Jethro, sacrificateur de Madian, dont il aura deux fils. Dans les récits bibliques, lorsqu'une femme souffrait d'infertilité et ne pouvait avoir d'enfants, le texte le mentionne généralement. Or, il n'en est pas fait mention ici, dans le cas de Séphora. On peut donc supposer qu'elle eut ses enfants tout au plus quelques années après leur mariage. Moïse ne devait donc pas avoir plus d'une quarantaine d'années. Séphora, bien qu'elle soit l'aînée de sept filles, devait être plus jeune que lui puisqu'elle était encore en âge d'avoir des enfants. Mais lorsque Dieu appelle Moïse à se rendre en Egypte, celui-ci est en pays de Madian depuis quarante ans. Ses fils ne sont donc probablement plus des adolescents mais de jeunes hommes.

Le premier-né

Le texte biblique relate le dialogue entre Dieu et Moïse "comme un homme parle à son ami". Rien ne semble laisser supposer ce qui va se produire un peu plus loin. Alors que Dieu s'entretient avec Moïse sur ce qu'il aura à dire au Pharaon, le Seigneur va aborder le thème de la "dixième plaie d'Égypte", la mort des premiers-nés, et notamment celle du propre fils de Pharaon, en évoquant le fait qu'Israël, le peuple hébreu, est son "fils premier-né". Le thème de la mort est ici fortement lié à l'Égypte, ce qui n'est pas étonnant quand on connait l'importance que les Égyptiens accordaient à celle-ci et à ses rites funéraires. A cet instant, Moïse ne peut que se remémorer cet événement survenu quatre-vingt ans plus tôt, lorsque le Pharaon alors au pouvoir fit mourir tous les premiers-nés des Hébreux. Moïse échappa à cet infanticide grâce à sa mère Yokébed et à sa soeur Myriam. Il est maintenant lui-même père de deux garçons. L'un est circoncis, l'autre pas. La tradition rabbinique dit que Gershom, le premier-né de Moïse, étant le petit-fils de Jethro, sacrificateur de Madian, était destiné à devenir son successeur et donc ne devait pas être circoncis le huitième jour. L'incirconcision de son fils premier-né est la clé pour comprendre la raison pour laquelle Dieu va "chercher à faire mourir" Moïse. 
 


Époux de sangs

Moïse et Séphora vont donc prendre la route de l'Égypte en famille, accompagnés de leurs deux fils. Il se peut fort qu'ils n'aient pas voyagé seuls. Très probablement s'étaient-ils joints à une caravane qui se rendait en Égypte. La version Darby mentionne que l'épisode de la circoncision de leur fils aîné s'est produite dans un "caravansérail". C'est alors que "pendant le voyage, en un lieu où Moshè passa la nuit, l’Éternel l'attaqua et voulut le faire mourir" (Exode 4:24). Le texte biblique ne spécifie pas, tout au moins pas explicitement, la nature de cette attaque ni même sa raison. Pour Godet (Bible Annotée), Moïse aurait contracté une maladie qui devait le conduire à la mort. Toujours est-il que Séphora comprend la raison pour laquelle son époux est agonisant. Gershom, leur fils aîné, n'est pas circoncis. Elle va donc pratiquer elle-même la circoncision sur leur fils, mais à contre-cœur. Elle va alors littéralement "toucher les pieds" (vataga leraglaw) de son mari avec le prépuce de son fils en lui disant "tu es pour moi un époux de sangs (hatan damîm)" (Exode 4:25, 26). Le mot "sang" est ici au Pluriel (damîm). L'utilisation du Pluriel lorsqu'il s'agit de "sang" a une signification particulière. Cela désigne un acte d'une extrême violence, un massacre, une tuerie. Le Pluriel revêt un sens très fort. Il est utilisé par exemple lorsqu'il est fait mention, dans la Genèse, du meurtre d'Abel par son frère Caïn. Le fait que Séphora utilise ce mot démontre la répugnance qu'elle éprouve envers la circoncision. Qui plus est, celle de son propre fils. Comme si Séphora disait à Moïse : "Tu m'a forcée à pratiquer une boucherie sur mon fils. Tiens !... Le voilà le prépuce de ton fils ** !"

Les mots "vataga leraglaw" ("toucha les pieds") présentent également une information sur l'attitude de Séphora à l'égard de Moïse. "Taga" signifie "toucher, frapper, étendre vers, venir vers (quelqu'un)" mais peut également être traduit par "être frappé par la maladie", et encore par "être battu, être vaincu, être maltraité". A la lumière de ces différentes définitions, on peut avoir une idée plus précise de ce qui s'est produit alors entre le mari agonisant (taga) et son épouse offusquée. Après avoir agi, avec répulsion mais détermination, Séphora s'approche de Moïse, tenant dans sa main ensanglantée, le prépuce de son fils. Elle va alors "toucher les pieds" de Moïse dans un geste que l'on peut imaginer emprunt d'une certaine vigueur colérique tout en se sentant "vaincue" (taga). Elle, la femme forte, au caractère bien trempé, s'est soumise à cet homme. Dans ce qui a dû être un conflit conjugal virulent, elle en ressort "battue, vaincue" (taga). A ses yeux, elle a été forcée de commettre une "maltraitance" (taga) envers son propre fils, la chair de sa chair. Opérer une action de cet ordre envers son propre fils, chair de sa chair, c'est pire encore que de se l'infliger à elle-même. Lorsque Séphora "touche les pieds" de Moïse, elle le fait avec toute la virulence que cet acte lui a causé en son for intérieur. 

On peut supposer que, pour que Moïse puisse accomplir pleinement sa mission en Égypte, il fallait que lui et ses fils soient circoncis selon l'Alliance abrahamique à laquelle se référait le futur libérateur du peuple hébreu, postérité du Patriarche. Il se peut qu'une vive discussion ait opposé Moïse et Séphora à ce propos. Moïse comprenant l'enjeu que revêtait l'obéissance à un commandement de Dieu et Séphora éprouvant une pleine répugnance à ce que son fils soit circoncis. Il se peut que, voyant son mari à l'agonie, elle ait finalement cédé à sa demande de circoncire leur fils premier-né. Leurs relations vont ensuite se dégrader, mais Moïse va recouvrer la santé et reprendre le chemin de l'Égypte. Mais si toutefois l'hypothèse que Moïse avait réellement contracté une maladie qui pouvait avoir une issue fatale est exacte, cela n'explique pas pourquoi le texte semble dire que Dieu voulait le faire mourir. Je dis bien "semble dire", même si de nombreuses traductions le traduisent ainsi. 
 


Dieu va à la rencontre de Moïse

"Pendant le voyage, en un lieu où Moshè passa la nuit, l’Éternel l'attaqua et voulut le faire mourir" (Exode 4:24). Si le texte ne semble pas vouloir en dire plus, peut-être que les mots eux-mêmes pourraient être plus explicites. "L’Éternel l'attaqua (Pagash)". "Pagash" : "rencontrer, se joindre, se réunir, attaquer". Ce mot est utilisé trois versets plus loin pour parler de la rencontre entre Aaron et Moïse lorsqu'il est dit que "Aaron rencontra (Pagash) Moïse" (Exode 4:27). On peut facilement supposer que leur rencontre fut des plus heureuses après toutes ces années de séparation. D'autres textes (le mot apparaît quatorze fois dans les Écritures) le mentionnent comme une rencontre face à face de deux belligérants, mais ce n'est pas le seul sens. On peut supposer que Dieu "alla à la rencontre de Moïse" sans qu'il y ait de sa part une attitude belliqueuse. 

"Pendant le voyage, en un lieu où Moshè passa la nuit, l’Éternel l'attaqua et voulut (BaQash) le faire mourir" (Exode 4:24). Malgré la similitude phonétique, les deux mots hébreux ne s'écrivent pas de la même façon, il n'y a donc probablement pas de racine commune entre les deux. "BaQash" signifie "chercher la face de quelqu'un, demander, interroger". On pourrait donc également lire : "l’Éternel le rencontra, se joignit à lui, se tint devant lui face à face et l'interrogea"Le sens en est légèrement différent. Dieu se tient au chevet de Moïse qui est en train de mourir. On retrouve ici le Dieu qui parle à son serviteur. On trouve un exemple similaire dans l’Évangile de Luc (Luc 7:2) où il est fait mention d'un centurion qui avait un serviteur malade pour qui il éprouvait de la compassion et que Jésus guérit à distance. On peut imaginer que Dieu parla ainsi à son serviteur Moïse : "Il y a une chose que tu n'as pas encore faite et qui doit impérativement l'être avant que tu n'atteignes l'Egypte. Il faut que ton fils soit circoncis". Peut-être Moïse a-t-il répondu : "Séphora s'y oppose avec virulence. C'est une cause de dispute entre nous depuis longtemps déjà. Je n'arrive pas à lui faire entendre raison". Moïse, affaibli, fait part de sa rencontre avec son Dieu à sa femme. Elle comprend alors que si Ghershom n'est pas circoncis, Moïse mourra des suites de sa maladie. Elle consent alors et s'attelle à la difficile tâche de circoncire son propre fils. C'est les mains pleines de sang qu'elle va alors toucher les pieds de Moïse avec le prépuce de son fils, comme pour lui dire : "Maintenant que tu as ce que tu voulais, debout ! Tu n'a plus de raison d'être malade ! Mets-toi sur tes pieds". Par cela, Séphora montre qu'elle est une vraie madianite. Le mot "Madian" signifiant "querelle", on imagine facilement que Séphora avait un caractère bien trempé, et qu'elle ne reculait pas devant la confrontation. Elle était, de plus, fille de chef de clan et l'aînée de sept sœurs. Séphora était une femme de tempérament. Elle diffère en cela de Rebecca, son aïeule par alliance qui, pour obtenir ce qu'elle voulait de son mari, Isaac, va plutôt utiliser le subterfuge.

Un moment favorable 

J'en reviens à cette rencontre entre Dieu et Moïse. Si je reprends la définition du mot "BaQash"voici la façon dont on pourrait le plus justement le traduire : "chercher, exiger, faire une requête, chercher pour trouver, chercher à rassurer, chercher la face, désirer, demander, prier, interroger". Voyons maintenant, à partir de cette définition, comment l'on pourrait comprendre le sens de cette phrase, en partant du postulat que, loin de vouloir "faire mourir Moïse", Dieu cherche au contraire à entrer en dialogue avec lui sur un sujet qui Lui tient à cœur : la circoncision de Gershom.

Moïse est malade et le mal dont il est atteint risque de lui coûter la vie. Une forte fièvre, ou quelque autre chose. Le texte ne le dit pas. On peut cependant imaginer que ce mal dont souffrait Moïse a été permis par Dieu. Il est la résultante de la volonté permissive de Dieu (tout comme ce fut le cas avec Job). Cette "maladie" devient alors un contexte favorable à la réalisation de ce qui va suivre. Dieu aurait ainsi été à l'origine d'une maladie mortelle dont Moïse était appelé à guérir. Dieu s'approche de cet homme qu'il a appelé à son service et qu'il destine à une tâche énorme. Lui seul sait que Moïse ne mourra pas. Mais la faiblesse extrême de Moïse le dispose à ce dialogue que, peut-être, il n'a cessé de fuir jusqu'à présent. Il se peut fort bien que Dieu lui ait déjà parlé de la circoncision de son fils, à de nombreuses reprises. Mais Moïse est pris en étau entre sa fidélité à son clan familial, son épouse qui s'oppose farouchement à la circoncision, et l'appel que Dieu lui adresse. Peut-être s'est-il engagé envers son beau-père, Jethro. Son fils aîné devra lui succéder comme chef de clan madianite et en cela, il ne peut être circoncis. Le désert, la solitude, l'isolement, loin du clan familial et des pressions éventuelles qu'il pourrait subir, favorise ce qui va suivre. Et Dieu dit alors à Moïse : "Maintenant, on va être tranquille pour parler ! Là, tu ne va pas pouvoir aller plus loin comme ça ! Il va falloir que tu m'écoutes, Moïse !"

Afin de mieux comprendre le dialogue qui s'instaure entre Moïse et son Dieu, reprenons tout d'abord l'une des définition de ce mot "baqash" : "chercher à rassurer". Dieu s'approche de Moïse pour le "rassurer". "Tu ne mourras pas, sauf si vraiment tu t'obstines à ne pas vouloir entendre ce que j'ai à te dire". Dieu "cherche la face" de Moïse. Il cherche le tête à tête. Mais il se peut fort bien que déjà, Moïse lui-même, en proie à la maladie et voyant sa fin approcher, ait cherché la face de Dieu. Il a "prié, interrogé, cherché pour trouver" la raison, la cause de son mal, et surtout son issue. Et Dieu vient vers lui pour lui parler. Non pour le tuer, mais afin de trouver son serviteur dans de bonnes dispositions pour un dialogue de qualité. Lorsque Dieu se retire, Moïse est probablement encore agonisant. Mais il est maintenant devant un choix. Ou bien il obéit, ou bien il mourra. Séphora, en s'approchant de Moïse, comprend qu'il s'est passé quelque chose. Moïse rassemble ses dernières forces pour lui susurrer à l'oreille la dernière chose qu'elle a envie d'entendre. Mais, en son fort intérieur, elle sait que ce que Moïse lui demande est la solution. Si Moïse meurt, elle se retrouvera seule, dans cette caravane qui se dirige vers l'Egypte où elle n'a aucune raison de se rendre. Elle ne peut qu'obtempérer. A contre-cœur. Avec dégoût. Mais elle va circoncire son fils. Horrifiée par ce qu'elle vient de faire, Séphora "touche les pieds" de Moïse avec le prépuce de son fils. Il a gagné. Il a obtenu ce qu'il voulait. Mais désormais, il ne sera plus pour elle qu'un "époux de sangs". L'utilisation du Pluriel signifiant toute l'abjection qu'elle éprouve pour cet acte auquel elle s'est sentie contrainte. Ce prépuce restera toujours, entre Moïse et Séphora, comme une souillure sanglante que rien ne pourra effacer. Et Moïse va guérir. Après que Guershom ait cicatrisé et que Moïse ait repris des forces, la famille va reprendre la route. Probablement seule. La caravane à laquelle elle s'était intégrée a repris le chemin depuis plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Moïse a failli mourir une première fois à la naissance, avec tous les autres mâles nouveau-nés. Il a failli mourir une deuxième fois lorsque, après avoir tué l’égyptien, on en voulait à sa vie. Maintenant que ses ennemis sont morts, il manque à nouveau de mourir, là, dans le désert. Moïse a quatre-vingt ans. Il n'en est qu'aux deux tiers de sa vie. Mais ça, il l'ignore encore. 
 


Alliance de sang 

Circoncision ? Mais quelle circoncision ? Ce n'est pas celle promulguée par la Thora, Moïse ne l'a pas encore reçue. Alors, d'où vient ce rituel ? Mais d'Abraham ! "C'est ici mon alliance (dit Dieu à Abraham) que vous garderez entre moi et vous, et ta postérité après toi : tout mâle parmi vous sera circoncis" (Genèse 17:10). "A l'âge de huit jours, tout mâle parmi vous sera circoncis selon vos générations (Genèse 17:12). "Un mâle incirconcis qui n'aura pas été circoncis dans sa chair sera exterminé du milieu de son peuple, il aura violé mon alliance" (Genèse 17:14). La sévérité du ton pourrait facilement faire penser que l'on est dans un des textes mosaïques, mais pas du tout ! C'est bien à Abraham, le père des croyants, que Dieu s'adresse. Cette alliance est en réalité tripartite. Il y a tout d'abord Dieu lui-même. C'est Lui qui en définit les termes et il en est l'initiateur. Ensuite, Abraham, et troisièmement, le peuple issu de ses reins ("entre vous"). Jésus dit : "Moïse vous a donné la circoncision, non qu'elle vienne de Moïse car elle vient des Patriarches" (Jean 7:22). Etienne, dans son discours, dit également : "Dieu donna à Abraham l'alliance de la circoncision et ainsi Abraham, ayant engendré Isaac, le circoncit le huitième jour, Isaac engendra et circoncit Jacob et Jacob, les douze patriarches" (Actes 7:8). Ainsi, la circoncision de Gershom n'était pas selon le rite mosaïque mais bien selon l'alliance traitée entre Dieu et Abraham, ainsi qu'avec la postérité de celui-ci. Moïse et Gershom, en tant que descendants d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, étaient au bénéfice de cette alliance, à condition d'avoir été circoncis selon le rituel imposé à Abraham dans le cadre de cette dite alliance. 

Et Séphora ? Séphora était une Madianite. Les Madianites étaient les descendants d'Abraham et de Kétura, sa seconde épouse. Mais ils n'étaient pas au bénéfice de cette alliance abrahamique car celle-ci n'avait été traitée qu'avec la descendance d'Abraham par le "fils de la promesse" : Isaac ! La circoncision était pratiquée depuis des siècles par les Égyptiens mais elle n'était pas courante parmi les peuples de l'Orient. Ainsi, bien que les Madianites soient de la descendance d'Abraham, ils n'étaient pas au bénéfice de l'alliance abrahamique. 

Moïse et Aaron 

"L’Éternel dit à Aaron : Va dans le désert au devant de Moïse. Aaron partit . Il rencontra (pagash) Moïse à la montagne de Dieu..." (Exode 4:27). Le mot "pagash" apparaît ici dans un sens tout différent que tel qu'il est traduit généralement dans le verset précédent. La rencontre fut probablement chargée d'émotions. Les deux frères ne se sont plus vus depuis quarante ans. Probablement tombent-ils dans les bras l'un de l'autre. Mais la présence de ce mot dans ces deux épisodes peut laisser supposer qu'il y a là une clef pour la compréhension de ce texte. Il se peut que la rencontre de Dieu avec Moïse ait préparé celle d'avec Aaron. La circoncision de Gershom était une condition sine qua non au bon déroulement de la suite des événements.
 


La rencontre des deux frères ne se déroule pas n'importe où. Elle a lieu "à la montagne de Dieu", le Mont Horeb, là où plus tard, Moïse va recevoir la Thora. Ce "pagash" a lieu en un endroit précis. Un lieu qui va, plus tard, occuper une place prépondérante dans la vie de ces deux frères, mais aussi de tout le peuple hébreu que Moïse est appelé à libérer. Ainsi, lorsque Dieu "rencontre" (pagash) Moïse, il y a déjà, dans la perspective future de cette rencontre, bien plus que l'événement lui-même. Il y a là, en substance, tout l'accomplissement du plan de délivrance, de "rachat", du peuple hébreu. Le texte ne révèle pas la chronologie exacte des événements, mais on peut imaginer que, alors que Moïse est mourant, Dieu appelle déjà Aaron pour aller à la rencontre de son frère.

Ces événements sont intrinsèquement liés l'un à l'autre. De même que les éléments disparates du Tabernacle étaient assemblés pour constituer le Lieu de la Rencontre avec Dieu, de même, les événements s'ajustent l'un à l'autre pour "former un tout" (Exode 26:6, 11 / 36:13,18)

Un autre regard 

Alors, Dieu a-t-il vraiment voulu faire mourir Moïse ? Une question qui en appelle une autre : qu'en serait-il advenu du peuple hébreu si Séphora n'avait circoncis Gershom ? Moïse serait-il mort des suites de sa maladie ? Dans ce cas, le récit biblique aurait pris fin et rien de ce qui va suivre n'aurait eu lieu. Ce qui me laisse penser que non, Dieu ne voulait pas faire mourir Moïse. Mais il se peut que c'est ce qu'ont pu croire Moïse et Séphora, alors que le futur libérateur d'Israël était alité, agonisant peut-être. La version de la TOB rend : "Le Seigneur l'aborda et chercha à le faire mourir", et la version Français Courant donne : "Le Seigneur s'approcha de Moïse et chercha à le faire mourir". Soit dit en passant, si Dieu avait vraiment voulu faire mourir Moïse, cela lui aurait été aussi aisé que de faire descendre le feu du ciel comme ce fut le cas pour Nadab et Abihu (Nombres 26:61), Uzza (1 Chroniques 13:10), et les troupes de cinquante hommes (2 Rois 1:10, 12). Dieu aurait-il eu besoin de "chercher à faire", comme si cela n'avait pas vraiment été totalement en son pouvoir ? Le texte biblique nous dit clairement que Dieu fit mourir Er et Onan, les fils de Juda (Genèse 38:7, 10). Dieu fit mourir également Saül (1 Chroniques 10:14). 

La concordance de nombreuses versions laisse supposer que cette rencontre entre Dieu et Moïse fut décisive. cela n'est pas sans rappeler cet épisode de la vie d'Abraham où celui-ci, alors qu'il fait un songe, se voit entouré d'épaisses ténèbres. "... Un profond sommeil tomba sur Abram et voici, une frayeur et une grande obscurité vinrent l'assaillir. Et Dieu dit à Abram : Tes descendants seront étrangers dans un pays qui ne sera pas à eux et ils y seront asservis et on les opprimera pendant quatre cents ans mais je jugerai la nation à laquelle ils seront asservis et ils sortiront... (Genèse 15:12 à 14)". Effectivement, quatre cents ans plus tard, Dieu appela Moïse à devenir l'instrument de libération de ce peuple, issu des reins de celui qui allait devenir Abraham, "le père d'une multitude". Si son couple eut à en souffrir, Moïse entra cependant dans le plan de Dieu pour lui. Il devint ainsi ce grand libérateur que l'on connaît, accomplissant la promesse que Dieu avait faite, quatre siècles plus tôt, à son ancêtre Abram après que "une frayeur et une grande obscurité" soient venues l'assaillir. 
 

JiDé

 

Notes 

* Le thème du buisson ardent est abordé dans l'article "Le buisson ardent ou la compassion de Dieu"

** Ce thème est abordé plus en détail dans l'article "La femme querelleuse et l'esprit de Madian"

 

Dieu a-t-il voulu faire mourir Moïse ?
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