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Jézabel

Jézabel

Le nom de Jézabel symbolise généralement la méchanceté perverse. Le personnage biblique qui porte ce nom est bien plus que cela. Jézabel, la simple évocation de son nom rappelle immédiatement cette reine cruelle qui régna avec son mari Achab sur le royaume d'Israël. Sa froideur, sa dureté, sa cruauté et son idolâtrie sont légendaires. Il ne fallut pas longtemps à cette princesse cananéenne (elle était fille d'Ethbaal, roi de Sidon) pour étendre son pouvoir autant sur son mari que sur le royaume dont il était le souverain. Rencontre avec une personnalité complexe doublée d'un féroce appétit de pouvoir. Mais pour mieux comprendre qui était cette femme, et l'influence qu'elle exerça sur le royaume de son mari, il nous faut tout d'abord nous intéresser à la ville dont elle est originaire : Sidon. 

Sidon

Située au Sud du Liban, la ville s'appelle aujourd'hui Saïda. Elle subsiste depuis l'Antiquité. Homère en parle comme d'une ville portuaire phénicienne importante. Elle était, à l'époque de la conquête de Josué, une ville cananéenne située à l’extrémité Nord du territoire. Le texte biblique nous dit que les Hébreux battirent les Cananéens jusqu'à la ville de Sidon (Josué 11:8). Cela explique sa proximité avec la frontière du territoire de Zabulon (Genèse 49:13b) et de celui d'Aser (Josué 19:28). A l'époque des Juges, les membres de la tribu d'Aser tentèrent de s'emparer de Sidon, mais sans y parvenir (Juges 1:31). On peut donc imaginer l'aversion que Jézabel éprouvait pour le peuple hébreu. Etant à la fois cananéenne et fille de roi, la proximité de ce peuple considéré comme envahisseur ne put que renforcer son animosité à l'égard des Hébreux dont elle était devenue (probablement contre son gré) la reine. Le texte biblique nous dit également que, à l'époque des Juges, les Sidoniens les opprimèrent (Juges 10:12). Sidon s'était alors alliée, pour cela, à l'ennemi juré du peuple d'Israël : Amalek. 
 


Plus tard, lorsque le peuple sera en captivité à Babylone, Dieu dira par la bouche du prophète Ézéchiel : "Fils de l'homme, tourne ta face contre Sidon et prophétise contre elle… elle ne sera plus pour la maison d'Israël, une épine qui blesse, une ronce qui déchire…" (Ézéchiel 28:24). Ceci montre que, à l'époque de l'exil babylonien, Sidon demeurait, pour le peuple d'Israël, comme une "épine dans le pied". Ézéchiel, en tant que sacrificateur, utilise ici un terme issu du vocabulaire lévitique. Lorsqu'il parle d'une épine qui blesse (ma'ar), il fait usage d'un terme spécifique qui désigne une plaie de lèpre incurable. Quelque chose qui perdure depuis longtemps. Ce mot est utilisé en l'occurrence pour parler d'une "lèpre de maison" (Lévitique 14:44). Il y a là probablement de sa part une allusion à la signification du mot "Zabulon" qui veut dire "habitation", et dont, à l'époque de Josué, le territoire était contigu à celui de la ville de Sidon. La ville cananéenne était, depuis plusieurs siècles, comme une "lèpre de maison" pour le territoire de Zabulon et ses "habitants". Lorsque Dieu dit, par la bouche de son prophète : "Elle ne sera plus pour la maison d'Israël, une épine qui blesse"ces mots s'éclairent alors d'une lumière particulière. Surtout si l'on tient compte du fait que le nom même de "Jézabel" (Iyzebel) est composé des mots "hi" (coupable) et "zeboul" (habitation élevée, résidence luxueuse). Le nom "Jézebel" signifie donc "la résidence du coupable". Nous verrons qu'après l'épisode de la vigne de Naboth, ces mots prendront tout leur sens. 

Ce n'est pas seulement le territoire de Zabulon (habitation) qui est touché par cette "lèpre de maison", mais toute la maison d'Israël. Et cette "lèpre" qu'était l'idolâtrie s'était communiquée "de maison à maison". Mais plus loin, Ézéchiel prophétise également le rétablissement. "Ainsi parle le Seigneur, l'Eternel : Lorsque je rassemblerai la maison d'Israël du milieu des peuples où elle est dispersée… ils habiteront en sécurité, et ils bâtiront des maisons… ils y habiteront en sécurité quand j'exercerai mes jugements contre tous ceux qui les entourent et qui les méprisent" (Ézéchiel 28:25, 26). Si cette plaie récurrente (en l’occurrence l'idolâtrie) fut longtemps attachée à la "maison d'Israël", celle-ci en sera délivrée. Cette parole de Dieu, prophétisée par Ézéchiel, devait avoir son accomplissement bien des siècles plus tard. Il y a quelques décennies, la guerre du Liban devait causer encore bien des ravages et des quartiers entiers seraient rasés par les bombardements. Samarie dut subir les conséquences de son idolâtrie. De cette forme d'idolâtrie que l'on trouve parfois accrochée aux murs, comme un champignon qui ronge ses pierres. S'il est écrit que "les méchants sont comme des épines" (2 Samuel 23:6), le  prophète Ésaïe dit à ce propos : "Sur la terre de mon peuple croissent les épines et les ronces. Même dans les maisons de plaisance de la cité joyeuse" (Ésaïe 32:13). De ces lieux où se sont érigés des autels à des dieux étrangers. Osée dira : "L'épine et la ronce croîtront sur leurs autels" (Osée 10:8).  

Sidon, fondateur de la ville qui porte son nom, était le fils aîné de Canaan (Genèse 10:15), que Noé avait maudit (Genèse 9:25). La malédiction de Canaan reposerait désormais sur ses descendants. Ensuite, les clans de Cananéens se dispersèrent sur un large territoire qui s'étendait "depuis Sidon… jusqu'à Gaza et du côté de  Sodome et Gomorrhe" (Genèse 10:18, 19). Et le texte se poursuit en disant : "Ce sont là les fils de Cham selon leurs familles, selon leurs langues, selon leurs pays, selon leurs nations" (Genèse 10:20). Il est également écrit que "Canaan engendra Sidon, son premier né… et les Jébuséens" (Genèse 10:15, 16). La ville de Jébus fut prise par David et devint sa capitale. Elle fut renommée Jérusalem et devint la capitale du royaume d'Israël, à l'époque d'avant le schisme (1 Chroniques 11:4). A l'époque de Jézabel, Jérusalem n'était plus que la capitale du royaume de Juda. Pour les Sidoniens, cette ville avait été prise à leurs cousins. Il leur était donc difficile d'en reconnaître la légitimité. Comme dit l'Ecclésiaste, "il n'y a rien de nouveau sous le soleil" (Ecclésiaste 1:9)

Par delà sa dimension historique, Sidon, comme toute ville biblique, revêt également une dimension prophétique. Elle demeure une maison "léprosée", susceptible de communiquer quelque chose à celui qui demeurerait à ses côtés, voire en ses murs. Le nom de Sidon (Tsiydon : "pêche abondante") vient de "tsuwd" qui signifie : "chasser, poursuivre, entraîner, tendre un piège, épier, surprendre". Car les "Sidoniens" d'aujourd'hui, serviteurs de la Jézabel dont fait mention le livre de l'Apocalypse (Apocalypse 2:20), "épient, guettent, tendent des pièges pour surprendre et entraîner" leurs ennemis, membres du peuple de Dieu. Ils sont nombreux, aujourd'hui, ceux qui tombent dans ses filets, ceux qui, tels les responsables de l'Eglise de Thyatire, "laissent la femme Jézabel, qui se dit prophétesse, enseigner et séduire mes serviteurs pour qu'ils se livrent à la débauche et qu'ils mangent des viandes sacrifiées aux idoles" (Apocalypse 2:20), comme le leur reprochera le Seigneur. La lèpre de l'idolâtrie et de la débauche a déjà contaminé bien des "maisons" et des "habitations" du peuple de Dieu. Et cela, suite à un mariage. Une alliance entre le roi du royaume du Nord avec la fille d'un Cananéen. En réalité, l'origine de cette "lèpre" a débuté à l'époque de Salomon, lorsque celui-ci épousa des princesses sidoniennes (1 Rois 11:1). Le vers était déjà dans le fruit. 

Un mariage de raison 

L'époque salomonienne fut une période de paix et de prospérité au Proche-Orient. Le territoire occupé par Israël n'a jamais été aussi étendu qu'à cette époque. Salomon avait établi des relations diplomatiques durables avec ses voisins par le truchement d'accords commerciaux et diplomatiques. Ses mariages successifs avec des princesses de hauts rangs avaient solidement établi son règne au sein des nations voisines. Salomon entretint, avec ses voisins immédiats comme avec ses partenaires commerciaux, des relations cordiales. Il consolida ses relations politiques et commerciales avec ce peuple de marchands que l'on appellera plus tard Phéniciens.

A l'époque du schisme, les choses sont bien différentes. Le royaume de Salomon est coupé en deux. Ce sont maintenant deux petits royaumes dont l'influence et le prestige n'ont plus rien de la magnificence d'autrefois. Les anciennes rancunes cananéennes refont surface. Après le décès d'Omri, son fils Achab monta sur le trône. Et "Achab, fils d'Omri… prit pour femme Jézabel, fille d'Ethbaal, roi des Sidoniens, il alla vers Baal…" (1 Rois 16:31). C'est un mariage de raison. Une alliance entre un royaume et une cité-Etat. Les sentiments n'ont rien à faire dans les affaires de politique internationale. Le mariage engage l'un et l'autre dans un pacte de non-agression. Cette alliance leur permet également de se prémunir contre leur ennemi commun : la Syrie. Mais il y a également des accords commerciaux en vue. La fille du roi de Sidon est, en quelque sorte, "vendue" à un monarque dont Sidon veut s'acquérir les bonnes grâces. Jézabel s'installe donc au palais de Samarie, dans la plaine de Jizreel. Le caractère et la personnalité des deux époux ne va pas tarder à se confronter. Tous deux auront cependant une forte influence sur la destinée de ce royaume. Pour les Cananéens, peuple dont est issue Jézabel, les Hébreux sont des envahisseurs. Pour la population de Sidon, ville sur laquelle règne son père, les Hébreux sont des partenaires commerciaux. La ville veut pouvoir poursuivre son activité marchande en bénéficiant d'un voisin allié militairement à même de le défendre en cas de besoin. Cela n'enlève rien aux sentiments de Jézabel à l'égard de ce peuple qu'elle déteste. Mais les intérêts de l'Etat passent avant les sentiments personnels. Elle est fille de roi, reine et épouse d'un monarque. Il lui faut tenir son rang. Mais elle n'a pas l'intention de rester dans l'ombre. Elle va donc utiliser ses charmes et son autorité naturelle pour manipuler ce mari faible et influençable.

Tyr et Sidon ont étendu leurs réseaux commerciaux sur tout le pourtour méditerranéen. Leurs navires marchands se rendent partout, jusqu'aux côtes d'Afrique. Israël n'est pas en reste. La tribu de Zabulon, dont l'emblème représente un navire, dispose d'une flotte importante. Ses armateurs possèdent des comptoirs sur toutes les côtes de méditerranée. Le commerce de la religion est fructueux. La vente de statuettes de divinités est lucratif. Elle le restera longtemps (Actes 19:24 à 27). L'apôtre Paul y sera confronté lorsque, à Éphèse, il cherchera à démontrer combien il est vain de mettre une quelconque espérance dans des dieux faits de main d'homme (Actes 19:20 à 23), provoquant la colère de toute une corporation d'orfèvres, artisans de petits temples d'argent de la déesse Diane, adorée dans tout l'Orient. Selon les dires mêmes de leur leader, ce commerce prodiguait à ses ouvriers un salaire confortable et leur assurait un train de vie appréciable. Il en était déjà de même à l'époque de Jézabel. Une tradition juive dit même que, à Ur en Chaldée, le père d'Abraham tenait une boutique d'idoles. Le jour où Dieu se révéla à lui, il détruisit toutes les statuettes dans le magasin de son père. Ceci démontre combien cette pratique était répandue dans le monde antique. Et pas seulement en Orient. Il l'est encore aujourd'hui dans les Sidon de notre Monde Moderne. 
 


Le mariage d'Achab avec Jézabel a permis d'ouvrir, en Israël, un marché lucratif, tant pour les Sidoniens que pour Achab lui-même qui y voit un moyen de s'enrichir. Les marchés de Samarie seront bientôt envahis par les produits dérivés "made in Sidon". Jézabel joue son rôle d'agent commercial. Elle s'investit. elle est devenue reine d'un royaume dont les sujets ne voient en elle qu'une "Sidonienne", comme on appela autrefois "l'Autrichienne" l'épouse de Louis XVI. Mais elle a su flatter la fibre religieuse du peuple qui s'est détourné du Dieu d'Israël, le Dieu d'Abraham, leur père. Elle est devenue l'ambassadrice d'une cité-Etat qui est en mesure de fournir à sa population un choix de dieux, une pléthore de modèles en tous genres et de divinités venues de partout en Orient et ailleurs. Elle va donc jouer son rôle et promouvoir la consommation de ce qui fait la richesse de sa cité. Achab est un homme faible. Il ne peut rien lui refuser. Il est devenu actionnaire dans l'entreprise familiale de sa femme. Mais derrière tout cela, Jézabel poursuit un autre but. Insidieusement, elle s'attaque à ce qui faisait autrefois la force du peuple d'Israël lorsqu'il craignait encore l'Eternel. Elle cherche à saper définitivement la foi de ce peuple en ce qui, à ses yeux, représente un danger pour le commerce : la foi monothéiste. 

Jézabel et Elie 

Son véritable nom est Iyzebel (d'où vient le prénom d'Isabelle). Il signifie "Baal est l'époux". Dès sa naissance, Iyzebel a été "mariée à Baal". Son mariage avec Achab n'est qu'un accord de principe. Mais Jézabel est fidèle à son "époux" qu'elle vénère et qu'elle sert avec passion et ardeur. Elle s'investit et répand le culte de Baal dans tout le royaume sur lequel elle ne règne pas vraiment, si ce n'est par l'intermédiaire de celui à qui on l'a mariée, probablement sans son consentement. Mais à force de manigances et d'intrigues, elle étend progressivement son influence. Notamment, par l'intermédiaire de ses "prophètes de Baal". Elle a réussi à imposer à la cour comme partout dans le pays, un clergé à sa botte. En enrôlant des "autochtones", elle s'assure une plus grande crédibilité. Par eux, elle étend son pouvoir et fait remonter au palais l'écho de la rue. Mais un jour, Achab lui annonce qu'un prophète de l'Eternel a massacré tous ses agents (1 Rois 19:1). Il les a tous passés par le fil de l'épée (1 Rois 18:40) et a fait de même avec ceux du roi. Elle est furieuse. Hors d'elle. Elie devient l'homme à abattre. Elle met en branle ses réseaux d'espions. Plus un  hameau, plus un village, plus une ferme isolée ne pourra assurer à Elie la moindre sécurité. Les pires atrocités sont promises à celui qui oserait cacher l'homme de Dieu. Elie devient un homme traqué. Probablement écœuré par tout ce sang qui a coulé, Elie s'enfuit. Il a beau être un grand prophète, il n'est pas l'un de ces Juges comme Samson, Barak, ou Gédéon. C'est un homme de foi, ce n'est pas un homme de guerre. Il peut faire descendre le feu du ciel, prier pour que vienne la pluie, mais il n'est pas un homme du glaive, même si sa parole est tranchante comme une épée. Il descend à Beer-Schéba, en Judée. Son projet est de se rendre à Horeb, là où Dieu s'est révélé à Moïse. Il trouvera finalement refuge dans le lit d'un torrent qui s'assèche peu à peu. Il lui faudra ensuite remonter jusqu'à Tsarfat (plus connue sous son nom grec de Sarepta - Luc 4:26)
 


Dieu dit à Elie : "Lève-toi, va à Tsarfat, qui appartient à Sidon, et demeure là" (1 Rois 17:9). Et le texte se poursuit en disant : "Et il se leva et il alla à Tsarfat" (1 Rois 17:10). Dieu ordonna donc à son prophète, dont la tête était mise à prix : "Va dans le pays dont est originaire celle qui veut te faire mourir". Il est intéressant de noter ici que le nom de Tsarfat (Sarepta) est un mot Féminin. Tsarfat est en effet désigné comme "Nom Propre Féminin Singulier", c'est à dire de la même catégorie que celui de Jézabel. Mais pourquoi Elie doit-il aller à Tsarfat, dans le pays de Sidon ? Peut-être parce que, dans l'esprit du prophète, Sidon est un nid de vipères dont est sortie la plus dangereuse d'entre elles. Mais ce qu'Elie ignore, c'est que les habitants de cette région souffrent tout autant du despotisme que les fils d'Israël. Sidon a beau être une cité prospère, ce n'est pas pour autant que ses richesses sont redistribuées équitablement. Loin de là. La "femme veuve" vers laquelle Elie est envoyé a foi dans le Dieu d'Israël, cependant, elle se prépare à mourir de faim, elle et son fils, ainsi qu'il est écrit : "Et elle répondit : L'Eternel ton Dieu est vivant ! … Nous mangerons, après quoi nous mourrons". Mais Elie, prenant soudain conscience de la raison de sa présence en ce lieu si insolite au vu de sa situation, va la rassurer et lui assurer nourriture et sécurité (1 Rois 17:8 à 16). La sécheresse sévit alors et la famine menace les populations qui dépendent des récoltes pour survivre (1 Rois 17:1, 7). Assez étonnamment, depuis le treizième siècle, le mot "tsarfat", en hébreu, désigne le pays de France. Initiative que l'on doit au Rabbi Chlomo Itzhak ha Tzarfati, plus connu sous le nom de Rachi de Troyes. 

Cela peut paraître anodin qu'Elie se soit rendu chez une cananéenne mais, en réalité, ce que Dieu demande à son prophète va complètement à l'encontre de ce qu'un Hébreux respectant la Thora, et qui plus est un prophète de Dieu, peut faire. On se souvient de la réticence de l'apôtre Pierre à se rendre dans la maison du centurion Corneille (Actes 10:24 à 29). On peut aisément imaginer la même réticence de la part d'Elie envers cette veuve cananéenne. Mais, tout comme Corneille, cette femme craignait le Dieu d'Israël (1 Rois 17:12 / Actes 10:22, 23). Lorsqu'il est dit que "Pierre réfléchissait au sens de cette vision" (Actes 10:19), pensait-il à cet épisode de la vie d'Elie ? Cela se peut. Mais il y a autre chose. Il y a un détail dans le texte qui peut facilement passer inaperçu pour le lecteur, c'est lorsqu'Elie demande à cette femme cananéenne de lui donner à boire (ce qui rappelle l'épisode de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine dans Jean 4:9). Or, les Hébreux ne prenaient ni nourriture ni boisson dans des ustensiles utilisés par les peuples autres que le leur (Jean 4:9), ces récipients étant susceptibles d'avoir été utilisés comme offrandes à des idoles (Daniel 1:8). Sur ordre même de Dieu, Elie va transgresser un protocole thoraïque sur les lois de l'alimentation. La foi de cette sidonienne avait attiré la compassion de Dieu sur sa condition misérable. L'homme traqué qu'est Elie devient alors le pourvoyeur de cette femme de foi. Par son intermédiaire, le prophète réintègre son rôle. Elie trouve ainsi refuge au pays de Sidon pendant que Jézabel le cherche encore en Samarie. Lors d'un ouragan, le lieu le plus sûr est encore au cœur du cyclone. 

Achab, fils d'Omri   

Il m'a paru judicieux, pour cerner la personnalité de la femme Jézabel, de m'intéresser à celle de son complice de mari, Achab. On ne peut en effet véritablement comprendre le rôle que joua cette princesse sidonienne, devenue reine du royaume de Samarie, sans tenir compte de celui de son royal mari. La Bible nous dit, à trois reprises, que Achab était "fils d'Omri", ce qui souligne l'influence du père sur le fils. Déjà, l'arrivée au pouvoir du père d'Achab est le fruit non pas d'une filiation royale dynastique, mais d'une rivalité entre deux prétendants au trône (1 Rois 16:16, 21, 22). Omri demeura, en tout, dix-huit années au pouvoir (1 Rois 16:23). Ce fut un roi impie et idolâtre, plus encore que ces prédécesseurs (1 Rois 16:25). A la mort d'Omri, son fils Achab monta à son tour sur le trône (1 Rois 16:28). Il y resta vingt-deux ans (1 Rois 16:29) et régna sur le royaume de Samarie, dont le nom même vient d'une divinité païenne. Mais, comme le souligne le texte par trois fois, l'ombre d'Omri hantait les couloirs du palais, démontrant combien l'influence de ce père planait encore sur Achab et continuait à l'influencer. Le couple eut une fille, Athalie, dont il est dit qu'elle fut "la fille d'Omri", ce qui en dit long sur le rôle que joua le grand-père sur sa petite-filleLorsqu'il y a un manque de père, il y a également un manque de repères. Athalie va chercher ceux-ci auprès de celui qui incarne, à ses yeux, à la fois la paternité et la virilité, Omri. L'ombre d'Omri continuait de couvrir sa descendance de son influence. Athalie épousera Joram, roi de Juda, de qui elle eut un fils, Achazia, dont il est écrit que "sa mère s'appelait Athalie, fille d'Omri, roi d'Israël" (2 Rois 8:26). Désormais, l'ombre d'Omri ne planerait plus seulement dans les couloirs du palais de Samarie. Il hanterait également ceux de la demeure royale de Juda. Achab, lui aussi, demeurerait encore longtemps "le fils d'Omri". A ses propres yeux, tout d'abord, aux yeux de sa cour également. Depuis leur palais de Jizréel, en Samarie, le couple conduisit le royaume de Samarie dans les abîmes de l'idolâtrie la plus abjecte, perpétuant l'œuvre de ce roi qui ne cessa d'irriter l'Eternel par ses actes et sa façon de gouverner. La plaie de lèpre de maison avait maintenant contaminé le palais, à Jérusalem. Athalie se chargerait d'en léproser les murs. 

L'Ecriture nous dit que : "Omri (régna) sur Israël, douze années à Tirtsa (sa capitale) et il régna six années et il acheta la montagne Shomron (Samarie, ce qui s'écrit en hébreu avec les lettres shin même resh vav noun) d'auprès de Shémer (shin même resh)... et il bâtit la montagne et il appela le nom de la ville qu'il avait bâtie d'après le nom de Shemer le seigneur de la montagne, shomron" (1 rois 16:23, 24). "Shemer"c'est "la lie du vin". Ceci permet de voir combien l'édification  ainsi que l'identité de cette cité était étroitement liée à une principauté spirituelle (le seigneur de la montagne). Chose que ne manquera pas de rappeler la Samaritaine de Sichem lorsqu'elle s'adresse au Seigneur Jésus (Jean 4:5, 20). L'expression "il bâtit la montagne" peut laisser supposer qu'il fit édifier sur celle-ci de multiples hauts-lieux, temples d'idoles, et autres lieux de sacrifices. Il est fort probable que certains d'entre eux étaient directement destinés à cette divinité locale dont la ville tirait son nom. La ville lui était donc consacrée toute entière. Activités, commerces, et jusqu'à sa population, lui étaient entièrement dédiés. La méchanceté de ces deux rois, Achab et Omri, est prise en exemple et condamnée par le prophète Michée (Michée 6:16). L'Ecriture nous donne ainsi des indices pour bien comprendre la véritable identité de cette capitale auquel le royaume du Nord fut identifié, jusqu'à porter son nom. Il y eut donc, durant les règne d'Omri et de son fils Achab, une aggravation de la perversion idolâtre ainsi que dans le rejet du Dieu d'Israël (1 Rois 16:25, 26). Plus encore que ne l'avaient fait leurs prédécesseurs (1 rois 16:25, 30, 33).
 


Pour "couronner" le tout, Achab prit pour femme une princesse sidonienne. Le royaume de Sidon jouxtant celui d'Israël, cette alliance réunissait deux peuples autrefois ennemis. Par cela, Achab désobéit au commandement de Dieu de ne pas épouser de femmes étrangères au peuple d'Israël. Celles-ci auraient tôt fait d'éloigner leur cœur du Dieu que servaient autrefois leurs pères (Deutéronome 7:2 à 4). Cette pratique, qui provoqua le déclin spirituel de la nation, datait d'avant le schisme, de l'époque même de Salomon qui l'introduisit (1 Rois 11:1 à 4). Salomon, à la fin de sa vie, se mit à adorer une déesse sidonienne (1 Rois 11:5). Achab, suivant son exemple, en épousera une princesse (1 Rois 16:31). Tout comme Salomon, il dressa un autel à Baal et une idole à Astarté (1 Rois 16:32, 33). Le roi de Syrie monta alors contre Samarie et réclama de son roi ses plus belles femmes (dont faisait partie Jézabel), ainsi que ses enfants. Achab était prêt à les lui fournir mais ses proches lui conseillèrent de ne pas céder à de telles exigences (1 Rois 20:3 à 7). Néanmoins, un tel détachement de la part du roi fit certainement écho aux oreilles de Jézabel. Ce qui dut renforcer plus encore le mépris que cette femme de caractère devait éprouver pour la faiblesse de son mari.

Les Syriens attribuaient les victoires du royaume d'Israël à Shemer, la divinité locale mentionnée plus haut, censée protéger Samarie en échange du culte qui lui était rendu. Mais un prophète de Dieu, dont le nom n'est pas mentionné, vint dire à Achab que l'Eternel, le Dieu d'Israël, lui donnerait la victoire. La menace syrienne laissait ainsi, à Achab, l'opportunité de se repentir, et de reconnaître que le seul Dieu capable de protéger son royaume n'était autre que l'Eternel, le Dieu unique. Mais Achab ne sut pas tirer profit de la grâce qui se présentait à lui. Après qu'il fut rentré chez lui à Samarie, son cœur était "triste et irrité" (1 Rois 20:43). Cette langueur est-elle à l'origine de "l'épisode de la vigne de Naboth" (1 Rois 21:1 à 16) ? Peut-être. Celui-ci serait en tout cas décisif pour la suite de son existence. Il devait également démontrer toute la froide perversité de Jézabel. Celle-ci n'avait pas oublié que son mari était prêt à la livrer au roi de Syrie, sans aucun scrupule, pour sauvegarder sa propre vie et son royaume (1 Rois 20:3 à 7). Dans l'épisode de la vigne de Naboth, elle allait cependant feindre de se préoccuper de lui (1 Rois 21:5), mais c'était afin de mieux asseoir son propre pouvoir, car elle savait qu'elle ne pouvait désormais compter que sur elle-même pour assurer sa protection. Elle ne pouvait compter aucunement sur son mari pour la protéger, mais elle avait le pouvoir de se servir de lui. 

La vigne de Naboth   

L'épisode de la vigne de Naboth (1 Rois 21) est un exemple frappant de la façon dont la princesse sidonienne règne sur le royaume de Samarie. La reine a un puissant ascendant sur son mari. Ascendant qui est d'ailleurs renforcé par la faiblesse de caractère de celui-ci. Jézabel feint de se préoccuper de la prétendue autorité royale de son souverain de mari pour porter un coup de plus à sa réputation déjà fort entachée. Que cherche réellement Jézabel ? Pas tant la désagrégation morale de ce pays conquérant qu'est Israël, que sa propre ascension au pouvoir. Ce pouvoir, elle l'exerce déjà par l'intermédiaire de son roitelet de mari. Mais son ambition la pousse plus loin. Son accession à l'autorité royale lui assurerait les pleins pouvoirs sur ce royaume qui fut autrefois une sérieuse menace pour son peuple. Peut-être envisage-t-elle même, une fois la royauté entre ses mains, une annexion pure et simple du royaume de Samarie à Sidon. Cette annexion procurerait, à sa ville natale dont elle demeure princesse, une sécurité frontalière et une puissance accrue. Jézabel incarne généralement la méchanceté la plus perverse, mais elle n'est pas seulement cela. C'est aussi une diplomate avisée. A une époque où les puissances s'affrontent pour préserver ou développer leurs pouvoirs économiques et politiques, les petits états cherchent à maintenir leur autonomie. Néanmoins, Jézabel sait que, en tant que femme, elle a peu de chances d'exercer directement le pouvoir, tout au moins de façon officielle. Quelques femmes de l'Antiquité, dont des reines égyptiennes telle Cléopâtre, ont eu ce privilège. Mais elle a, elle, peu de chances de pouvoir réellement exercer la royauté. C'est pourquoi elle va utiliser son fantoche de mari et se servir de lui comme d'un paravent à ses ambitions politiques. Elle a besoin d'un homme faible pour régner. Pour cela, Achab est le mari idéal. En cela, elle incarne d'autres figures féminines qui régnèrent, elles aussi, par l'intermédiaire de leur royal mari. Leur autorité pouvait même être d'autant plus efficace qu'elle était officieuse. Mais revenons à Jézabel et à la vigne de Naboth. 
 


Mais de quoi s'agit-il ? Un certain Naboth possédait une vigne à proximité du palais d'Achab. Celui-ci la convoita pour un faire un jardin d'agrément à proximité de son palais. Il proposa aimablement à Naboth de lui céder sa vigne contre un bien similaire ou contre une somme d'argent équivalente, mais Naboth refusa de céder ce qui était, pour lui, un "héritage de ses pères". Pour Naboth, la valeur de cette vigne n'était pas négociable. Elle constituait un héritage familial dont il était dépositaire et dont il se devait d'être le gardien. Achab, comme un enfant capricieux à qui on a refusé un jouet convoité, s'enferma dans sa chambre pour bouder. Lorsque Jézabel entra, elle le trouva prostré. S'enquérant de la raison de son état, Achab lui fit part de son désir avorté. Mais il n'en retint que le refus définitif de Naboth, occultant totalement son argumentaire. Jézabel comprit immédiatement le profit qu'elle pouvait tirer de ce qui lui parut soudain  comme une opportunité. Feignant de défendre l'autorité royale de son mari, elle l'encouragea et lui promit de lui donner la vigne convoitée. Jézabel fit accuser faussement Naboth de blasphème contre Dieu (c'est un comble !) et de parjure sur la personne du roi. Jézabel écrivit des lettres aux notables et scella celles-ci du sceau royal. Les notables de la ville firent ce que leur avait ordonné la reine. Lorsque Naboth fut mort après avoir été exécuté à la suite d'un semblant de procès monté de toutes pièces, ils le firent savoir à Jézabel. Celle-ci en informa Achab qui s'empressa d'aller s'approprier l'objet convoité sans s'intéresser aucunement du sort de Naboth. Peu lui importait le moyen par lequel Jézabel avait pu s'en emparer. Le prophète Elie se rendit alors auprès d'Achab et lui annonça la sentence que Dieu avait prononcée sur lui à cause de ce qu'avait fait Jézabel. Un verset démontre la perversité de ce couple maléfique. Il est écrit : "Il n'y eut personne qui se soit vendu comme Achab pour faire ce qui est mal aux yeux de l'Eternel, et Jézabel l'y excitait. Il agit de la façon la plus abominable" (1 Rois 21:25, 26). Achab mourra au combat contre les Syriens, frappé par une flèche perdue (1 Rois 22:34, 35). Son sang coula dans son char. Il mourut sans avoir pu quitter le champ de bataille. Achab fut enterré à Samarie (1 Rois 22:37). Les chiens errants léchèrent son sang qui coulait du char que ses serviteurs étaient en train de laver (1 Rois 22:38). Ainsi s'accomplit ce que le prophète Elie avait prophétisé : "Au lieu même où les chiens ont léché le sang de Naboth, les chiens lécheront aussi ton propre sang" (1 Rois 21:19). Outre le fait que ce récit révèle la perversité macabre de Jézabel, il nous livre également des indications sur sa façon de gérer la politique du pays sur lequel elle règne. Le texte biblique nous fournit des indications, des détails parlants sur ce qui se cache derrière ce qui pourrait paraître, au demeurant, un épisode de la vie de ce couple maléfique et la façon dont ils agissaient au vu et au su de tout le monde.   

Le nom de Naboth signifie "fruits" et celui de Jizreel, "Dieu sème". Ainsi, la façon dont ce personnage est présenté dans le texte signifie en réalité "Dieu a semé du fruit". Mais de quel fruit parle-t-on ? "Naboth de Jizreel avait une vigne" (1 Rois 21:1). Or, la vigne est un symbole qui représente le peuple d'Israël (le peuple issu de Jacob par ses douze fils). Cette "vigne" était, selon les dires de Naboth, "un héritage de ses pères". Achab, en tant que roi, pouvait étendre son autorité sur le territoire dont il avait hérité de son père Omri, mais il ne lui était pas possible de régner sur le peuple de Dieu. Il avait convoité ce qui était, en soi, une réelle autorité, une royauté digne de ce nom (telle celle de David), mais cela ne lui était pas accessible.  
 


Quant à Jézabel, elle a agi avec fourberie pour s'accaparer un bien non négociable. Elle s'est servie de l'autorité royale de son mari pour faire assassiner légalement un homme qui était, en quelque sorte, dépositaire d'un héritage. Et pas n'importe lequel. La "vigne de Dieu". Une vigne dont les fruits ne pouvaient être consommés par des êtres aussi cupides que malfaisants. En réalité, ce n'est pas la vigne que convoitait Achab. C'était le terrain contigu à son palais. Il envisageait d'arracher les plants de vigne pour faire de ce lieu un potager (1 Rois 21:2), Achab ne faisant aucun cas des "fruits de la vigne de Dieu". Il ne voyait qu'un terrain proche de son palais et dont quelqu'un d'autre que lui jouissait. Ésaïe dira : "Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison, et qui joignent champ à champ jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de place, et qu'ils habitent seuls au milieu du pays" (Ésaïe 5:8). Peut-être pourrait-on voir, dans cette démarche de Jézabel, une tentative de s'approprier des territoires à des fins personnelles. Il se peut que la princesse sidonienne voyait là l'opportunité de s'approprier des territoires par le truchement de la reine du royaume d'Israël. "L'affaire Naboth" était peut-être un "coup d'essai". Après s'être appropriée un champ, il lui aurait été loisible de s'emparer de territoires entiers. Une fois ceux-ci en sa possession, il lui aurait été facile de les annexer au territoire de Sidon. Ce n'est là qu'une conjecture, mais elle me semble plausible. Son accession au pouvoir lui a procuré une position diplomatique dans un pays autrefois ennemi de son peuple. L’annexion de territoires frontaliers assurerait à sa ville natale, dont elle demeurait une princesse par le cœur, une sécurité supplémentaire et un pouvoir accru. Si Jézabel incarne la méchanceté la plus perverse, elle n'en demeure pas moins une diplomate avisée. A une époque ou les grandes puissances s'affrontent pour préserver leur pouvoir ou l'affermir, les petits états cherchent à maintenir leur autonomie et leurs intérêts politiques et commerciaux. Mais au delà de la dimension politico-économique, il y a également un aspect spirituel non négligeable. Cet aspect là se trouve au cœur de cette vigne si convoitée. Au cœur des mots. Le nom même de la vigne. "Yzre'el" est composé des mots "zara" (semer, éparpiller de la semence) et "el", un mot qui désigne à la fois le "Dieu puissant, un homme puissant ou de haut rang, la force vivifiante de la nature", ou de façon plus générale, "la force et la puissance". La vigne de Naboth symbolisait la force et la puissance du véritable peuple de Dieu. Conformément à son projet, Achab ordonna que l'on arrache les plants de vigne du terrain nouvellement acquis. Jézabel ne put que s'en réjouir. Sa victoire était totale. Chaque cep arraché à la terre était un coup porté aux serviteurs de l'Eternel. Pendant ce temps, les chiens qui mangeraient la chair de Jézabel erraient dans les rues de Samarie.

Une fin peu glorieuse  

Si Achab mourut sur le champ de bataille, frappé par une flèche tirée "au hasard" (1 Rois 22:34), la fin de Jézabel fut, de loin, beaucoup plus sordide. Elle ne survint cependant que bien plus tard, dans des conditions pour le moins inhabituelles. A la mort d'Achab, son fils Achazia monta sur le trône du royaume d'Israël (1 Rois 22:40). Son règne fut court puisqu'il ne dura que deux années, mais durant celui-ci, il perpétua l'œuvre de ses parents (1 Rois 22:52 à 54). "Il marcha dans la voie de son père et dans la voie de sa mère" (1 Rois 22:53). Comme une préfiguration de ce qui devait survenir plus tard à Jézabel, sa mère, Achazia se défenestra à travers le grillage de sa chambre (2 Rois 1:2). Il mourut peu après, comme le lui avait prédit Elie, et Joram, autre fils d'Achab, monta sur le trône. Il régna douze ans. Joram ne suivit cependant pas les voies de ses parents, Achab et Jézabel (2 Rois 3:2), mais il fit pourtant "ce qui déplaît à l'Eternel". Son corps sera jeté dans le champ de Naboth après qu'une flèche, tirée par Jéhu, lui ait traversé la poitrine de part en part (2 Rois 9:21, 24). Son corps sera abandonné là, sur ce sol qu'avait tant convoité son père, Achab (2 Rois 9:25, 26). Achab s'étant repenti, le Seigneur avait annoncé que le malheur ne viendrait pas durant sa propre vie mais durant celle de son fils (1 Rois 21:29). C'est ce qui se produisit. Cette terre dépouillée aurait pu être renommée, tout comme celle où se pendra un jour un autre malfaiteur, le "champ du sang" (Matthieu 27:7, 8 / Actes 1:19). La vigne de Naboth, tout comme le champ qu'acheta Judas avec le prix de sa trahison, avait été acquis par un moyen sordide. C'était le prix de l'ignominie et de la trahison. 

Mort de Jézabel   

Achab et ses fils étaient morts. Jéhu avait été oint comme roi par un "fils des prophètes", que lui avait envoyé le prophète Élisée (2 Rois 9:1 à 13). L'envoyé avait annoncé à Jéhu qu'il "frapperait la maison d'Achab" (2 Rois 9:7). Par lui, Dieu punirait Jézabel pour le meurtre des prophètes de Dieu qu'elle avait fait assassiner. Et le jeune envoyé avait achevé sa prophétie par ce qui dut lui être le plus difficile à dire : "Les chiens mangeront Jézabel, et il n'y aura personne pour l'enterrer". Puis, il s'enfuit (2 Rois 9:10). Cette prophétie devait s'accomplir à la lettre. L'horrible fin de Jézabel est à l'image de la façon dont elle vécut. Défenestrée par ses serviteurs, son corps sans vie sera mangé par les chiens errants de la ville après avoir été foulé par les chevaux du char de Jéhu (1 Rois 21:23 / 2 Rois 9:30 à 37). Jézabel mourut quelque onze années après son mari. Sa fille Athalie épousa Joram, roi de Juda. Si l'Ecriture la nomme "Athalie, fille d'Omri" (2 Rois 8:18, 26) c'est qu'elle devait très certainement tenir beaucoup de son grand-père. Son sort ne sera pas moins funeste. Elle finira assassinée par l'épée devant les écuries du palais. Il dut en être, à la mort de Jézabel, comme il en sera de sa fille Athalie. "Tout le peuple du pays se réjouissait et la ville était tranquille. On avait fait mourir Athalie par l'épée" (2 Chroniques 23:21). Achab et l'un de ses fils moururent dans leur char, frappé par une flèche. Son autre fils, tout comme la mère de celui-ci, d'une défenestration. 

Jéhu méprisait Jézabel et il abandonna son corps aux pieds des remparts, à l'endroit même où les chevaux de son char l'avaient piétinée. Il voulut cependant donner une sépulture à celle qui fut reine. Mais comme il avait été prophétisé sur elle, son corps fut dévoré par les chiens errants. De façon figurée, le mot "keleb" (chien) désigne quelque chose de méprisable, d'avilissant. Le mot "chien" est d'ailleurs, en arabe, une insulte particulièrement méprisante. Moïse avait écrit : "Vous serez pour moi des hommes saints. Vous ne mangerez pas de chair déchirée dans les champs (la carcasse d'un animal mort) vous la jetterez aux chiens" (Exode 22:31). Voilà à quoi pouvait être comparée la dépouille de la défunte reine, à la carcasse d'un animal mort livrée aux charognards de la rue. Elle venait, juste avant, de se farder les yeux pour, peut-être, une dernière tentative de séduction sur la personne de Jéhu. Lorsqu'elle vit la détermination de celui-ci, elle comprit rapidement qu'il ne lui restait que peu de temps à vivre. Mais elle était loin de se douter que ce serait par les mains de ses propres serviteurs. On peut imaginer ce moment, très rapide mais oh combien terrifiant, où ceux-ci se saisirent d'elle. En un instant, elle comprend ce qui va se produire. Elle voit le vide. Elle se débat, supplie, crie. Rien n'y fait. Elle hurle. Son corps bascule dans le vide et tombe, pour s'écraser aux pieds du char de Jéhu. Le sang gicle sur la muraille et sur les chevaux qui prennent peur. Ils s'emballent. Leurs sabots piétinent le corps (2 Rois 9:30 à 37). C'en est fini de Jézabel. 
 


La voix d'un autre prophète s'était élevée autrefois, celle du prophète Ézéchiel. Ce message est adressé au "roi de Tyr" (Tyr étant une ville voisine de Sidon, d'où était originaire Jézabel). Le contenu de cette complainte a laissé supposer à bien des commentateurs que ce message était en fait adressé à la puissance spirituelle qui dominait cette ville, Satan lui-même. Mais ce message d'Ézéchiel pourrait, en partie, s'adresser également à Jézabel. "Ton cœur s'est élevé à cause de ta beauté, tu as corrompu ta sagesse par ton éclat, je te jette à terre, je te livre en spectacle aux rois. Par la multitude de tes iniquités, par l'injustice de ton commerce, tu as profané tes sanctuaires, je ferai sortir de toi un feu qui te dévore… aux yeux de tous ceux qui te regardent, tous ceux qui te connaissent parmi les peuples sont dans la stupeur à cause de toi. Tu es réduit(e) à rien, tu ne seras plus, à jamais" (Ézéchiel 28:17 à 19). Après cela, Ézéchiel se tourne vers Sidon, la cité dont Jézabel était autrefois fille de roi, et Dieu lui dit : "Fils de l'homme, tourne ta face vers Sidon, et prophétise contre elle ! Tu diras : Voici, j'en veux à toi, Sidon !... Et ils sauront que je suis l'Eternel quand j'exercerai mes jugements contre elle, j'enverrai la peste en son sein, je ferai couler son sang dans ses rues, les morts tomberont aux milieu d'elle… alors elle ne sera plus une épine qui blesse, une ronce qui déchire, parmi tous ceux qui l'entourent et qui la méprisent. Et ils sauront que je suis l'Eternel" (Ézéchiel 28:20 à 24). En lisant ce texte d'Ézéchiel à travers la grille de lecture "Jézabel", la conclusion du verset 25 prend soudain un relief différent. 

J'avais parlé plus haut de cette "épine qui blesse", cette "plaie qui ne guérit pas", de cette "lèpre de maison". Effectivement, la méchanceté de Jézabel suintait des murs de son palais. Après sa mort, son ombre planait encore dans les couloirs, telle celle de son beau-père, Omri, dont l'influence maléfique était encore tangible dans ce palais de Samarie, par chaque acte de son fils Achab. Jéhu prit place sur le trône, mais son cœur ne fut pas entier à l'Eternel (2 Rois 10:30, 31)

Un texte du prophète Jérémie illustre également assez bien cet épisode, bien que le message dont il est porteur soit destiné à Jérusalem en Juda. "Et toi, dévastée, que vas-tu faire ? Tu te revêtiras de cramoisi, tu te pareras d'ornements d'or, tu mettras du fard à tes yeux, mais c'est en vain que tu t'embelliras, tes amants te méprisent, ils en veulent à ta vie" (Jérémie 4:30). La pratique du pouvoir lui avait certainement suscité beaucoup d'ennemis, mais sa méchanceté castratrice causa irrémédiablement sa perte. "Malheureuse que je suis ! Je succombe sous les meurtriers" (Jérémie 4:31). Les serviteurs qui la jetèrent par la fenêtre de son palais devaient entretenir, à son égard, une haine longtemps contenue. Il a suffi d'un mot de Jéhu pour les libérer du joug écrasant qu'elle faisait peser sur eux. Jézabel n'était plus. Cependant, l'œuvre maléfique de son existence lui survivra encore longtemps. On retrouvera son influence dans l'Eglise de Thyatire, sévissant sous les traits d'une prophétesse (Apocalypse 2:20), séduisant, par ses charmes envoûtants, ceux qui se nourrissent de son enseignement. En ombre chinoise, se profile, derrière elle, "les coutumes d'Omri et toute la manière d'agir de la maison d'Achab" (Michée 6:16). Si Jézabel a péri par la main de ses serviteurs, il en est d'autres pour boire ses paroles.   

Jézabel à Thyatire

Neuf siècles se sont écoulés. Sous l'inspiration de l'Esprit, l'apôtre Jean rédige une lettre qu'il destine à l'assemblée de Thyatire. Une assemblée qui est sous sa responsabilité. L'apôtre s'adresse à des personnes qui connaissent les Ecritures. Les récits du livre des Roissont familiers de ses lecteurs. C'est l'histoire du peuple hébreu. Ils sont membres de ce que l'on nomme déjà alors la Diaspora (Jacques 1:1 / 1 Pierre 1:1), mais ils ont reconnu en Yeshoua le Mashiah qui avait été promis, le Seigneur Jésus-Christ. C'est donc à une assemblée de disciples que Jean adresse sa lettre. Mais il y a, au sein de cette assemblée, une femme qui se dit prophétesse et qui incite les membres de la communauté à se livrer à l'impudicité et à consommer des viandes sacrifiées aux idoles (Apocalypse 2:20 à 23), choses qui avaient été proscrites de façon explicite lors du conseil des apôtres à Jérusalem (Actes 15:19 à 21). L'apôtre va jusqu'à comparer cette femme au personnage du livre des Rois appelé Jézabel, de sinistre mémoire. 

Pour bien comprendre ce texte de l'Ecriture, qui va devenir un composant de ce que l'on appellera plus tard "l'Apocalypse" ou "le livre de l'Apocalypse", il nous faut nous arrêter quelques instants sur les informations que nous donne le texte. Tout d'abord, nous voyons ici que l'apôtre a une sérieuse connaissance des Ecritures (ce que l'on appelle aujourd'hui "l'Ancien Testament"). Il lui est donc loisible d'y faire référence pour pointer du doigt une situation qui lui est contemporaine. Mais il le mentionne sans plus de commentaires. Ce qui prouve que les destinataires de sa lettre connaissaient également le récit auquel il fait référence. Ils sont en mesure de le situer dans le livre des Rois et en connaissent le contenu. Jean ne juge pas nécessaire de commenter son illustration. Il considère donc que ses lecteurs ont connaissance de la vie de Jézabel, reine de Samarie. Et donc, qu'ils sont également en mesure de faire le parallèle entre la personne désignée, membre de leur assemblée, et le personnage du récit biblique. Ce n'est malheureusement plus le cas aujourd'hui. Dans bien des assemblées, beaucoup de membres ne connaissent pas le contenu des Ecritures. Ils se réfèrent à la Bible en général, mais en méconnaissent les récits. Beaucoup se fient aux pasteurs et écoutent des "enseignements", mais une méconnaissance des Ecritures, de la Parole de Dieu, est plus qu'une sérieuse lacune. C'est un véritable danger. Car, comment être sûr que ces enseignements, certes forts persuasifs quant à la forme, sont bien conformes à la Parole de Dieu si l'on ne dispose pas, soi-même, d'une profonde connaissance de celle-ci ? 

"Mais ce que j'ai contre toi (assemblée de Thyatire), c'est que tu laisses la femme Jézabel qui se dit prophétesse, enseigner" (Apocalypse 2:20). La lettre est adressée "à l'ange de l'Eglise de Thyatire" (verset 18). Le mot "ange" (aggelos en grec) ne désigne pas un être céleste comme on l'entend habituellement. La structure du mot désigne le gardien, le conducteur d'un troupeau. Il faut donc y voir plutôt le leader d'une assemblée. Son rôle n'étant pas défini, on peut supposer qu'il occupe une des cinq fonctions définies par les apôtres (1 Corinthiens 12:28, Éphésiens 4:11). C'est à cette personne en fonction d'autorité que l'apôtre Jean s'adresse. Il lui reproche de laisser cette fausse prophétesse enseigner des choses contraires à l'enseignement apostolique. L'identité de cette "prophétesse" n'est pas clairement définie. Certains y voient une personne nommément désignée. Son nom serait véritablement "Jézabel". Mais de façon générale, les commentateurs de ce texte de l'Apocalypse y voient plutôt une allusion de l'apôtre au personnage du livre des Rois, l'épouse du roi Achab. Dans les deux cas, on ne peut s'empêcher d'y faire référence. Après avoir lu le récit de la vie de cette reine et de sa famille, on comprend mieux à quoi l'apôtre Jean fait allusion lorsqu'il écrit : "je ferai mourir ses enfants" (littéralement "je tuerai de mort"). Effectivement, le texte biblique nous conte dans le détail la mort de chacun de ses trois enfants, ses deux fils et sa fille. Faut-il voir, dans ces mots, un sens littéral ? L'expression "ses enfants" désigne-t-elle plutôt ceux qui adhèrent à son enseignement ? Toujours est-il que le reproche est sévère, tant pour cette "Jézabel" elle-même que pour la personne en charge de l'assemblée. 

Si l'apôtre Jean, neuf siècles après que ces événements se soient produits, y fait référence en les comparant à une situation qui lui est contemporaine, pourrait-on faire de même à notre époque, deux mille ans plus tard ? Subsisterait-il encore aujourd'hui une "église de Thyatire" où des leaders religieux laisseraient leurs ouailles consommer des choses "offertes à des idoles" ? Lorsque la Bible parle d'idoles, elle entend bien évidemment des statues qu'elle qualifie de "faux dieux". Se pourrait-il que ce texte ancien trouve encore écho aujourd'hui ? C'est bien à une église que l'apôtre s'adresse. Inutile, donc, de chercher une application dans les religions autres que celle du christianisme. Il serait vain de chercher une paille dans l’œil du voisin lorsque l'on a une poutre dans le sien (Matthieu 7:3 à 5). A une époque où l'on voit se multiplier, de façon exponentielle, le nombre de "prophètes" et de "prophétesses", se pourrait-il qu'une Jézabel se soit glissée subrepticement parmi eux ? A l'époque d'Achab, quatre cents prophètes officiaient à la cour royale (1 Rois 22:6 à 28). Et puis, il y avait Michée, le quatre cent unième. Le seul authentique prophète. Un authentique prophète de Dieu pour quatre cents. Cela fait un ratio non négligeable de "Jézabel" potentielles. Michée va tout d'abord répondre ironiquement aux rois de Juda et d'Israël (1 rois 22:13 à 28) car il sait qu'Achab ne veut rien entendre de la Parole de l'Eternel. Mais ensuite, il délivre son véritable message, ce qui ne plait pas du tout à Achab qui n'y voit qu'un discours fataliste (verset 18). Michée fut jeté en prison pour avoir dit la vérité (verset 27). Et alors que les gardes du palais l'emmènent, Michée s'écrie : "Vous tous, peuples, entendez !" (verset 28). Le son de sa voix a retenti dans la salle du palais. Son écho se fait encore entendre aujourd'hui. "Vous tous, peuples, entendez !". Combien de "Michée" font-ils entendre leur voix dans le Landerneau évangélique quand la voix doucereuse de Jézabel continue de bercer d'illusions trompeuses ses auditeurs séduits ?

Combien de "prophétesses" ont-elles souri à cette Thyatire étatique ? Il y en a de plus en plus qui, se reconnaissant des accointances "dans l'Esprit", s'allient à cette Jézabel des temps modernes. Une Jézabel dont le pouvoir s'exerce, en réalité, depuis plus de seize siècles. Combien d'authentiques prophètes ont-ils été tués, persécutés par elle ? Combien de ces authentiques prophètes ont-ils courageusement dénoncé ses œuvres criminelles et idolâtres pour être ensuite mis à mort ? Beaucoup ! Combien de ces "prophètes et prophétesses", dont les voix résonnent aujourd'hui en chœur, condamnent-ils encore cette Thyatire qui laisse Jézabel enseigner en son sein ? Il en subsiste encore quelques-uns, ici et là, qui osent s'élever pour en condamner les agissements. Lorsque ceux-ci auront disparu, restera-t-il encore une voix pour dénoncer ses enchantements ? 

Notes

* Les livres des Rois 1 et 2 ne formaient, initialement, qu'un seul livre mais qui était composé de plusieurs rouleaux. 

 

JiDé

Jézabel
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