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Samson et Dalila : un homme sous influence

Samson et Dalila : un homme sous influence

Samson et Dalila. Le récit tragique d'un homme de Dieu qui, s'étant laissé séduire par une courtisane, va perdre tout d'abord sa liberté, ensuite sa vue et finalement, sa propre vie. Ce récit, peint, entre autres, par Rubens, Delacroix, Le Caravage, a été interprété au théâtre et au cinéma. Il ne cesse, encore aujourd'hui, d'incarner ces "liaisons dangereuses" contre lesquelles la Bible nous met en garde.

Cet article fait suite aux deux précédents qui abordent, chacun pour sa part, un aspect de la vie de Samson. Dans l'article "Samson et la période des Juges", j'ai survolé le contexte général de cette période biblique, et de ce récit en particulier. J'y ai abordé sa naissance, son naziréat, son appel, son mariage ainsi que le sens de l'énigme qu'il pose aux invités de ses noces. Les épisodes des renards et de la mâchoire d'âne. Et enfin, sa rencontre avec Dalila et sa fin tragique. 

Dans le deuxième, "Samson, une enfance, une vie, une destinée", je reprends certains de ces thèmes. J'y aborde son enfance, sa jeunesse, sa formation à la guerre, ainsi que la formation de son caractère. J'ai voulu m'attarder également sur ses relations avec ses parents et l'impact de celles-ci sur son devenir. La stérilité de celle qui va devenir sa mère. Et enfin, sa rencontre avec le lion et la dimension spirituelle du combat qu'il va mener avec lui. 

Dans celui-ci, "Samson et Dalila, un homme sous influence", j'ai choisi de m'attarder tout particulièrement sur sa rencontre et sa relation avec celle qu'il aime et qui, cependant, va le mener à sa perte. Fondamentalement, le récit de Samson et Dalila, c'est la rencontre d'un homme et d'une femme. Quoi de plus banal. Mais lorsque c'est le récit biblique qui nous conte cette rencontre, tout prend tout de suite un sens beaucoup plus tragique. Celle-ci sera décisive. L'amour qu'il lui porte lui sera fatal. J'ai choisi d'illustrer ce récit de la vie de ce personnage haut en couleurs aux moyens d'extraits du livre des Proverbes. En lisant certains passages de ce livre magnifique, je me suis d'ailleurs demandé si ses auteurs ne s'étaient pas en partie inspiré de ce récit biblique, tant certaines correspondances sont frappantes. Le titre de cet article (Samson… un homme sous influence) me semble bien représentatif de ce que décrivent ces Proverbes. Une autre façon d'aborder le récit de la vie de cet homme hors du commun. 

Force et faiblesse

"J'étais à la fenêtre de ma maison et je regardais à travers le treillis. J'aperçus parmi les stupides, je remarquai parmi les jeunes gens, un garçon dépourvu de sens. Il passait dans la rue, près de l'angle où se tenait une de ces étrangères et il se dirigeait lentement du côté de sa demeure. C'était au crépuscule, pendant la soirée, au milieu de la nuit et de l'obscurité" (Proverbes 7:6 à 9).

Avant de poursuivre, faisons un petit retour en arrière. Samson vient d'imposer une défaite cuisante aux Philistins. Seulement armé d'une mâchoire d'âne, et avec la force que lui prodigua l'Esprit de Dieu, il vint à bout de toute une troupe armée venue l'intercepter (Juges 15:14 à 17). Le récit de ce combat s'achève ainsi : "Samson fut juge en Israël pendant vingt ans" (15:20). L'auteur clôture  son récit par une victoire éclatante. Mais il omet volontairement de mentionner la suite de son histoire. A-t-il achevé la rédaction de son livre ultérieurement, ou est-ce un autre auteur qui s'en est chargé ? La question reste ouverte. Le texte biblique se poursuit au chapitre suivant par ces mots : "Samson partit pour Gaza, il y vit une femme prostituée" (16:1). Ce chapitre seize ressemble donc étrangement à un appendice que l'on aurait ajouté ultérieurement au récit initial. L'auteur des chapitres précédent ne semble pas avoir désiré mentionner l'épisode de la rencontre avec Dalila, ni même de sa visite chez la prostituée. Il veut délibérément donner de Samson une image lisse de vainqueur. Samson se serait éteint paisiblement, auréolé de ses victoires sur l'ennemi qu'il était appelé à combattre depuis sa naissance. Mais il n'en est pas tout à fait ainsi. Les récits de la Bible ne font pas l'économie des faiblesses de ceux dont elle magnifie les exploits. Le récit de la vie de Samson ne serait pas complet sans ces épisodes. Il fallait donc combler ce manque. Cependant, cela n'enlève rien à l'inspiration plénière de cette portion de l'Ecriture. La suite ne vient que pour la compléter. 

Samson se rendit donc chez une prostituée à Gaza (ce qui signifie "lieu fortifié"), dans le territoire des Philistins. Sa présence ayant été connue des gens de la ville, Samson quitta Gaza de nuit, non sans avoir emporté avec lui les battants et les montants des portes de la ville. Une façon de dire aux gazaouis ("azzathîm" dans le texte) : "ne vous y frottez pas, je ne suis pas d'humeur !". "Le lieu fortifié" se voyait soudain dénué de protection. En effet, son beau-père, ayant donné l'épouse de Samson à un autre, lui refusa tout bonnement l'accès au lit conjugal. D'où, probablement, sa visite chez une prostituée dans le territoire des Philistins. Tout cela peut paraître choquant pour un homme de Dieu cité dans l'Épître aux Hébreux (11:32) parmi les héros de la foi. Mais comme le rappelle le livre des Juges, à cette époque, "chacun faisait ce qui lui semblait bon" (Juges 17:6). Même parmi les israélites, les mœurs dépravées étaient devenues monnaie courante (ce sujet est abordé dans l'article "Le lévite d'Ephraïm"). Une note de romantisme ressort cependant de ce récit. "Il aima une femme dans la ville de Sorek. Elle s'appelait Dalila" (Juges 16:4). Peut-être lui tint-elle le même discours que cette autre femme du livre des Proverbes : "Enivrons-nous d'amour jusqu'au matin, livrons-nous à la volupté" (Proverbes 7:18). Il semblerait que Samson lui ait ouvertement déclaré son amour puisque celle-ci lui rétorquera, alors qu'il manifestait de la réticence à lui livrer le secret de sa force : "Comment peux-tu dire 'je t'aime' puisque ton cœur n'est pas avec moi ?" (Juges 16:15). Cet amour était cependant loin d'être partagé. 

Château Sorek

Après cela, il aima une femme dans la vallée de Sorek. Elle se nommait Dalila" (Juges 16:4). Sorek. Ce mot désigne un vin blanc de qualité supérieur. Un grand cru classé. Et voilà ce nazir de Samson en région viticole. Lui à qui il était interdit de consommer du vin ou toute autre boisson enivrante. Dieu dira plus tard, par la bouche du prophète Jérémie : "Tu as dès longtemps brisé ton joug, rompu tes liens, et tu as dit : Je ne veux plus être dans la servitude ! … Tu t'es courbée comme une prostituée" (Jérémie 2:20, 21). Se pourrait-il que Samson aie rompu son vœu de naziréat ? Quelqu'un écrira bien plus tard : "Observe mes préceptes et tu vivras. Garde mes enseignements comme la prunelle de tes yeux. Lie-les sur tes doigts. Écris-les sur la table de ton cœur. Dis à la sagesse 'tu es ma sœur', et appelle l'intelligence 'ton amie', pour qu'elles te préservent de la femme étrangère qui emploie des paroles doucereuses" (Proverbes 7:2 à 5). Si Samson avait pu avoir connaissance de ces recommandations, celles-ci lui auraient été bien utiles. Elles ne seront rédigées, malheureusement pour lui, que bien plus tard.

La vallée de Sorek. Probablement le "Ouadi es Sarar". Une ruine porte encore le nom de Surïk, au Nord de la vallée, à un peu plus de trois kilomètres de Tsoréa, le village natal de Samson. Ce mot s'écrit avec les lettres "sin resh koph" et tire son origine de Sharaq (qui s'écrit "shin resh koph"). Aujourd'hui, il y a à Sorek la plus grande usine de dessalement d'eau de mer qui fournit à Israël une grande partie de son eau potable.

Sharaq signifie "siffler (en guise de signal de rassemblement)", mais aussi "étonnement". Ce mot pourrait avoir un rapport avec la capture de Samson. Je reviendrai plus loin là-dessus. Lorsqu'il s'était attardé dans les vignes de Thimna (Juges 14:5), Samson y avait rencontré un lion. Cette rencontre-ci promettait d'être bien plus dangereuse, car sa route croisait maintenant une tigresse, à moins qu'il ne s'agisse d'un couguar*"Elle se nommait Dalila", ce qui signifie "faible, coquette". Elle n'en était pas moins vénale, trompeuse et terriblement redoutable.

"Car le précepte est une lampe et l'enseignement une lumière. Et les avertissements de la correction sont le chemin de la vie. Ils te préserveront de la femme corrompue, de la langue doucereuse de l'étrangère. Ne la convoite pas dans ton cœur pour sa beauté et ne te laisse pas séduire par ses paupières car pour la femme prostituée, on se réduit à un morceau de pain. Et la femme mariée tend un piège à la vie précieuse. Quelqu'un mettra-t-il du feu dans son sein sans que ses vêtements s'enflamment ? Quelqu'un marchera-t-il sur des charbons ardents sans que ses pieds soient brûlés ?" (Proverbes 6:23 à 28). 

Samson aimait Dalila, mais cet amour le conduisait à sa perte. 

A force de paroles

"Car les lèvres de l'étrangère distillent le miel et son palais est plus doux que l'huile, mais à la fin, elle est amère comme l'absinthe, aiguë comme un glaive à deux tranchants. Ses pieds descendent vers la mort. Ses pas atteignent le séjour des morts…." (Proverbes 5:3 à 5). Telle une Mata-Hari de l'Antiquité, Dalila est chargée par les princes Philistins de percer le secret de l'invincible Samson. Quel est le mystère de sa force ? Il lui faut le découvrir. Telle est sa mission.

Dalila est une courtisane, peu lui importe le sort de Samson. Elle est payée pour une besogne, elle s'y astreindra. Dalila va donc user de stratagèmes pour arriver à ses fins, pressant son amant de questions. Par trois fois, celui-ci va lui fournir une explication "bidon". Par trois fois, Dalila va s'en servir pour lier Samson. Ne se rend-il pas compte de son manège ? "Les Philistins sont sur toi, Samson !". A chaque fois tiré de son sommeil, Samson réussit cependant à se détacher avec aisance et sans aucune difficulté. Il n'y a, bien évidemment, aucun Philistin. Ils se tiennent cachés dans une chambre adjacente, prêts à intervenir au moment favorable. 

Dalila se joue de Samson et Samson se joue de Dalila. Mais pour lui, il ne s'agit que d'un jeu entre elle et lui. Il ne prend pas la mesure réelle de ce qui est en train de se passer. Samson aime "jouer avec le feu". Il aime frôler les limites du danger. Toujours en quête de l'extrême, jusqu'au faux pas. Dalila le teste. Samson le sait. Il aime les rapports de force. Or, le nom de Dalila signifie à la fois "faible" et "coquette". Elle sait le séduire en lui assurant que, elle, faible femme, se sent tellement en sécurité auprès d'un homme aussi fort. "Mais d'où donc te vient cette force hors du commun ? Ne veux tu pas me le dire ? Ah ! Tu dis que tu m'aimes ! Et tu ne veux même pas me le dire, à moi ! Non, tu ne m'aimes pas, Samson" (Juges 16:15). Quel culot ! Le trompeur trompé se vexe d'être pris à son propre jeu. Mais la méthode a, depuis longtemps, fait ses preuves. 

"L'âge ne nous aide pas seulement à nous plaire au milieu des vivants, à nous esbaudir des raseurs, à nous émerveiller des idiotes" écrit François Mauriac. Mais Dalila est loin d'être une idiote ! "Elle le séduisit à force de paroles, elle l'entraîna par ses lèvres doucereuses. Il se mit tout à coup à la suivre comme le bœuf qui va à la boucherie, comme un fou qu'on lie pour le châtier… sans savoir que c'est au prix de sa vie" (Proverbes 7:21, 23). 

Le jeu se répète, et Dalila se lasse. 

Consciente que son amant lui a menti déjà par trois fois, elle décide de changer de stratégie. Elle joue le chantage affectif. Elle va toucher la "corde" sensible de son amant. "Comment peux-tu dire 'je t'aime' puisque ton cœur n'est pas avec moi ?" (Juges 16:15). "Tu me dis que tu m'aimes, mais c'est faux ! Si tu m'aimais vraiment comme tu le prétends, tu me dirais la vérité !" lui dit-elle d'un ton larmoyant. Samson, soudain piqué au vif, sait que le jeu est fini. Il est en train de la perdre. Il doit céder. Il veut lui prouver la sincérité de son amour. Sait-il que celui-ci n'est pas partagé ? 

Le livre des Proverbes met en garde l'imprudent : "Observe mes préceptes et tu vivras. Garde mes enseignements comme la prunelle de tes yeux. Lie-les sur tes doigts. Écris-les sur la table de ton cœur. Dis à la sagesse 'tu es ma sœur', et appelle l'intelligence, ton amie, pour qu'elles te préservent de la femme étrangère qui emploie des paroles doucereuses" (Proverbes 7:2 à 5). 

"Garde mes enseignements comme la prunelle de tes yeux". Samson n'a pas voulu garder les uns, il en perdra les autres. 

"Écris-les sur les tables de ton cœur", mais le cœur de Samson est désormais tout dévoué à Dalila. 

Il va donc lui livrer le secret de sa force. Samson est un homme de secret. Il aime cacher et taire. Mais une fois encore, Dalila va réussir à "l'endormir sur ses genoux""Comme elle était chaque jour à le tourmenter par ses instances, son âme s'impatienta à la mort, il lui ouvrit tout son cœur, et lui dit..." (Juges 16:16, 17). 

"Et la femme mariée tend un piège à la vie précieuse. Quelqu'un mettra-t-il du feu dans son sein (son cœur) sans que ses vêtements s'enflamment ? Quelqu'un marchera-t-il sur des charbons ardents sans que ses pieds soient brûlés ? (Proverbes 6:23 à 28). Ce pas décisif va le précipiter dans la chute. Cette fois, elle en est sûre, elle est enfin arrivée à ses fins. Samson est irrité et Dalila jubile. A cette heure, il est déjà vaincu. La courtisane va en faire part à ses employeurs, les princes philistins. En bonne professionnelle, elle a rempli son contrat. Jusqu'à présent, aucun homme n'avait réussi à lui résister. Samson lui a quand même donné "du fil à retordre". Son indiscrétion lui aura été fatale. Sa perte est arrêtée. Il l'ignore encore, mais l'Esprit de Dieu s'est retiré de lui. 

"Elle le séduisit à force de paroles, elle l'entraîna par ses lèvres doucereuses. Il se mit tout à coup à la suivre comme le bœuf qui va à la boucherie, comme un fou qu'on lie pour le châtier. Jusqu'à ce qu'une flèche lui perce le foie (il ignorait que l'Esprit de Dieu s'était retiré de lui) comme l'oiseau qui se précipite dans le filet sans savoir que c'est au prix de sa vie" (Proverbes 7:21 à 23).

Le piège se referme

Une fois encore, la voix de Dalila retentit dans la nuit : "Les Philistins sont sur toi, Samson !". Ayant eu ce qu'elle convoitait, Dalila est redevenue telle qu'il l'avait connue : aimante, doucereuse. Samson croit que leurs jeux ont repris comme avant. "Il ne savait pas que le Saint-Esprit s'était retiré de lui". Samson, trop sûr de lui, se dit : "Je m'en sortirai cette fois encore !". Quoi ?... Qu'a-t-il dit ? "JE m'en sortirai". Samson s'attribuait ses délivrances successives. "Et l'on ne connut pas d'où lui venait sa force" (Juges 16:9). Mais Samson semble, lui, l'avoir oublié.

C'est à Sorek que le sort de Samson est définitivement tracé. 

"Après cela (sa visite chez la prostituée de Gaza), il aima une femme dans la vallée de Sorek. Elle s'appelait Dalila" (Juges 16:4). Le nom de cette ville viendrait du mot "Sharaq", dont j'ai parlé plus haut. "Sharaq" : "siffler (en guise de signal de rassemblement)", mais aussi "étonnement"

Le piège se referme sur Samson. Il ne peut désormais plus se libérer de ses liens. Sa force l'a quitté. Il n'est plus, selon ses propres dires, qu'un "homme comme les autres" (Juges 16:7). Dalila "donne le signal" et les Philistins, tapis dans l'ombre, surgissent sur lui. Au grand "étonnement" de Samson qui ne comprend rien à ce qui lui arrive. Consternation de Samson. Jubilation de Dalila. Samson pensait être l'homme de la maison. Il n'était qu'une bête traquée. Le piège s'est refermé sur lui. Il en ignorait totalement la présence. Et pour s'assurer qu'il ne pourrait plus leur nuire, désormais, "les Philistins lui crevèrent les yeux, ils le firent descendre à Gaza et le lièrent de chaînes d'airain" (Juges 16:21). Il est traîné sans ménagement par ceux qu'il a si souvent humiliés. Sous les huées de ses habitants, Samson est repassé par cette porte de la ville dont il avait arraché les montants et les battants. Si l'armée l'avait livré à la foule, il se serait probablement fait lyncher. Le désir de vengeance est palpable. Samson est seul, désespérément seul, car "le Saint Esprit s'était retiré de lui"

Il tournait la meule dans la prison" (Juges 16:21). Pendant ce temps, Samson eut le temps de méditer sur son attitude et les conséquences de ses choix. "Éloigne-toi du chemin qui conduit chez elle et ne t'approche pas de la porte de sa maison de peur que tu ne livres ta vigueur à d'autres et tes années à un homme cruel, de peur que des étrangers ne se rassasient de ton bien et du produit de ton travail dans la maison d'autrui, de peur que... tu ne dises : comment ai-je pu haïr la correction et comment mon cœur a-t-il dédaigné la réprimande ? (Proverbes 5:8 à 12). Samson était maintenant enchaîné à la pierre d'une meule de moulin, forcé à la tourner inlassablement sous les coups de fouet qui lui lacéraient le dos. Peut-être Samson se remémora-t-il alors les paroles de son père et de sa mère  : "N'y a-t-il pas de femme parmi les filles de tes frères et dans tout notre peuple que tu ailles chercher une femme chez les Philistins ?" (Juges 14:4).

Ses ennemis venaient maintenant se gausser de lui pendant que la lanière de cuir du fouet de son gardien lui lacérait le dos. "Alors Samson, où es ta force ? Eh Samson, regarde où tu mets les pieds !". Après avoir vécu à Château-Sorek, avoir goûté à la table d'une courtisane, il lui fallait maintenant se contenter d'un morceau de pain sec, car : "Pour la femme prostituée, on se réduit à un morceau de pain" (Proverbes 6:26). 

Le jeune homme qui avait appris à se battre parmi les guerriers de Dan était maintenant en bien mauvaise posture. Le vainqueur de Lèchi n'était maintenant plus qu'un esclave. Celui qui avait arraché les montants et les battants de portes de la ville de Gaza était maintenant attaché à une meule de moulin. Celui qui avait déchiré le lion était maintenant vaincu par les "abeilles" philistines. Celui qui avait ridiculisé les convives de son mariage par une énigme indéchiffrable avait livré son secret à celle qui causa sa perte.

Mais lentement, ses cheveux repoussaient.

Il lui avait dit : "Tu n'as qu'à tisser les sept tresses de ma tête sur la chaîne de tissu, et elle les fixa par la cheville… et il se réveilla de son sommeil et il arracha la cheville du tissu et le tissu" (16:13, 14). Alors que Dalila le pressait encore de lui livrer le secret de sa force, Samson avait déjà commencé à en révéler des bribes. Il avait fait mention de sa chevelure. Déjà, dans son cœur, était né le désir de lui avouer son secret. Samson "tissait" déjà les liens qui allaient bientôt l'emprisonner.  

Un secret bien gardé  

Dalila avait su "l'endormir sur ses genoux". Elle lui disait : "Les Philistins sont sur toi, Samson !", et "il se réveillait de son sommeil (shehah)". Le mot est féminin. Ce qui souligne bien l'effet hypnotique que Dalila exerçait sur Samson. L'ennemi l'avait vaincu dans son sommeil. Sa vie allait bientôt tourner au cauchemar. Et Samson lui livra le secret de sa force. "Il lui dit : Le rasoir n'a pas passé sur ma tête parce que je suis consacré à Dieu dès le ventre de ma mère. Si j'étais rasé, ma force m'abandonnerait, je deviendrais faible et je serais comme tout autre homme" (Juges 16:17). Le feu brûlait alors dans le cœur de Samson. Il ignorait encore que cette "femme corrompue à la langue doucereuse" était en réalité achetée par les Philistins. Ceux-ci lui avaient dit : "Persuade-le et vois en quoi consiste sa grande force et comment nous pourrions le vaincre et le lier pour l'humilier… et Dalila dit à Samson : déclare-moi, je te prie, en quoi consiste ta grande force et avec quoi tu pourrais être lié pour t'humilier" (Juges 16:5, 6, Darby). La question paraissait anodine. Elle se glissait subrepticement dans la conversation : "Non mais, vraiment !... Il n'y a rien avec quoi tu pourrais être lié et dont tu ne pourrais te détacher ?...". Dalila savait y faire pour obtenir des confidences. Dans un moment de douce intimité, alors qu'il était en train de "s'endormir sur ses genoux", Dalila tentait de lui "tirer les vers du nez". Plus tard, après que Samson lui ait dévoilé le secret de sa force, "elle l'endormit sur ses genoux et appela un homme et rasa les sept tresses de sa tête, et elle commença à l'humilier, et sa force se retira de lui" (16:19, Darby).  

Ici, deux possibilités s'offrent au lecteur quant à l'interprétation des sentiments de Dalila. La première est que, en bonne philistine, elle partageait le désir de vengeance des princes. Dès le départ, sa motivation, outre l'aspect pécunier, aurait été de venger son peuple en cherchant le moyen d'humilier Samson. La deuxième possibilité est que Dalila, en bonne courtisane, ait rempli les clauses de son contrat avec les princes philistins sans aucune arrière-pensée que d'être payée pour un travail achevé. Mais elle avait été vexée par l'attitude de Samson qui, par trois fois, lui avait menti ouvertement avant de lui livrer enfin son secret. Elle en avait été humiliée. Elle fit donc sienne le désir des princes philistins d'humilier Samson. Son amant ayant perdu sa force, Dalila lui livra alors les véritables sentiments de son cœur. Samson avait tout perdu. Le Saint-Esprit s'était retiré de lui, sa force l'avait quitté, sa maîtresse le trahissait. il était désormais seul aux mains de ses ennemis. 

"Que ton cœur ne se détourne pas vers les voies d'une telle femme. Ne t'égare pas dans ses sentiers car elle a fait tomber beaucoup de victimes, et ils sont nombreux tous ceux qu'elle a tués. Sa maison, c'est le chemin du séjour des morts, il descend vers les demeures de la mort" (Proverbes 7:25 à 27). Samson venait d'en faire l'amère expérience. 

Les cheveux de sa tête

Attaché à la meule du moulin dans la "maison des prisonniers", Samson avait tout le loisir de repasser dans son cœur les moments passés auprès de celle qui, dès le départ de leur relation, avait juré sa perte. Mais, lorsque l'ange était apparu à la femme de Manoach, celui-ci lui avait dit : Le rasoir ne passera pas sur sa tête, parce que cet enfant sera consacré à Dieu dès le ventre de sa mère". Elle répéta ces choses à son mari en disant : "Cet enfant sera consacré à Dieu dès le ventre de sa mère jusqu'au jour de sa mort" (Juges 13:5, 6). La future mère de Samson ne pouvait imaginer alors combien ces mots seraient chargés de sens. 

Et les cheveux de Samson continuaient à repousser. 

Pour bien comprendre ce qui va suivre, il nous faut nous replonger dans le texte du livre des Nombres qui nous parle de ce naziréat auquel Samson fut consacré dès sa naissance : "Pendant tout le temps de son naziréat, le rasoir ne passera pas sur sa tête jusqu'à l'accomplissement des jours pour lesquels il s'est consacré à l’Éternel. Il sera saint. Il laissera croître librement ses cheveux. Pendant tout le temps qu'il a voué à l'Eternel, il ne s'approchera pas d'une personne morte… il porte sur sa tête la consécration de son Dieu. Pendant tout le temps de son naziréat, il sera consacré à l'Eternel.  Si quelqu'un meurt subitement près de lui et que sa tête consacrée devienne ainsi souillée, il se rasera la tête le jour de sa purification, il se la rasera le septième jour et il fera l'expiation de son péché à l'occasion du mort. Le naziréen sanctifiera ainsi sa tête ce jour-là. Il consacrera de nouveau à l'Eternel les jours de son naziréat… les jours précédents ne seront point comptés, parce que son naziréat a été souillé" (Nombres 6:5 à 12). Ce texte est important pour bien comprendre ce qui va se passer dans la vie de Samson. Une clause particulière permettait d'interrompre le naziréat pour un temps. Cette clause allait permettre à Samson de se "reconsacrer". Enchaîné à sa pierre, Samson allait vivre un temps de profonde repentance. Celle-ci allait permettre au Seigneur de répondre à sa dernière et ultime requête.

"Pendant tout le temps de son naziréat, le rasoir ne passera pas sur sa tête jusqu'à l'accomplissement des jours pour lesquels il s'est consacré à l’Éternel". Le naziréat pouvait être une période définie, limitée dans le temps. Cette forme de naziréat était volontaire, ce qui n'était pas le cas de Samson. Il avait été consacré avant même sa conception. Son naziréat n'était pas le produit de sa propre volonté. Il lui avait été, en quelque sorte, imposé. Cela n'enlève toutefois rien à sa responsabilité quant à ses choix et à ses actes.

"Pendant tout le temps de son naziréat, le rasoir ne passera pas sur sa tête jusqu'à l'accomplissement des jours pour lesquels il s'est consacré à l’Éternel. Il sera saint. Il laissera croître librement ses cheveux. Pendant tout le temps qu'il a voué à l'Eternel". Samson n'était et n'a jamais été maître de sa chevelure. Un nazir pouvait déterminer lui-même son temps de consécration. Samson, lui, était consacré de sa naissance jusqu'à sa mort

"Il porte sur sa tête la consécration de son Dieu. Pendant tout le temps de son naziréat, il sera consacré à l'Eternel…. que sa tête consacrée devienne ainsi souillée, il se rasera la tête le jour de sa purification, il se la rasera le septième jour… et il fera l'expiation de son péché à l'occasion d'un mort. Le naziréen sanctifiera ainsi sa tête ce jour-là. Il consacrera de nouveau à l'Eternel les jours de son naziréat… les jours précédents ne seront point comptés, parce que son naziréat a été souillé". Selon les clauses prévues en cas de contact avec un mort, il était prévu que le nazir se rase la tête. "Il fera l'expiation de son péché à l'occasion du mort". Cela aurait dû être le cas lorsqu'il dépouilla les trente philistins de leurs tuniques (Juges 14:19). Lorsque, à Léchi, il tua toute une troupe armée avec une mâchoire d'âne, il aurait également dû faire de même (Juges 15:14, 15). Il avait eu des relations intimes avec des femmes philistines et, qui plus est, avec une prostituée. Son comportement était loin d'être conforme à l'appel qui avait été posé sur sa vie. Pourtant, l'Esprit de Dieu était encore sur lui, et ses cheveux ne cessaient de pousser. C'était un temps où "chacun faisait ce qui lui semblait bon"

La chevelure du nazir était le signe de sa consécration. Elle authentifiait celle-ci, mais devait être rasée lorsque le nazir se rendait impur. Nous savons que ce ne fut pas le cas puisqu'il avouera à Dalila que "le rasoir n'a point passé sur ma tête" (16:17). Mais pour Samson, il y avait une dérogation spéciale puisqu'il ajoute : "Si j'étais rasé, ma force m'abandonnerait" (verset 17). Cet aveu allait cependant provoquer sa fin et son emprisonnement. 

Enchaîné, humilié, moqué, rabaissé, fouetté, Samson tournait encore la pierre du moulin de sa prison. Mais, pendant ce temps, "il fit l'expiation de son péché". Et "les cheveux de sa tête recommencèrent à croître depuis qu'il avait été rasé (Juges 16:22)". La clause d'interruption étant remplie, le nazir pouvait à nouveau se consacrer à Dieu. "Il consacrera de nouveau à l'Eternel les jours de son naziréat… les jours précédents ne seront point comptés, parce que son naziréat a été souillé". Le naziréat de Samson "avait été souillé". Il fallait donc que sa chevelure soit rasée pour que son naziréat puisse reprendre son cours, celui-ci ne prenant fin qu'à sa mort. Il est dit ensuite qu'il "ferait l'expiation de son péché". Puis "il consacrera à nouveau à l'Eternel les jours de son naziréat". Samson, après avoir vécu une authentique repentance, se consacra tout à nouveau à son Dieu. Cela allait changer le cours de l'histoire. 

Mais avant d'aborder le sujet suivant, il nous faut tout d'abord reprendre la lecture du récit.

Le temple de Dagon  

"Les princes des Philistins s'assemblèrent pour offrir un grand sacrifice à Dagon, leur dieu, et pour se réjouir. Ils disaient : Notre dieu a livré entre nos mains Samson, notre ennemi. Quand le peuple le vit, ils célébrèrent leur dieu en disant : Notre dieu a livré entre nos mains notre ennemi, celui qui ravageait notre pays et qui multipliait nos morts. Dans la joie de leur cœur, ils dirent : Qu'on appelle Samson et qu'il nous divertisse ! Ils firent sortir Samson de la prison et il joua devant eux. Ils le placèrent entre deux colonnes... La maison était remplie d'hommes et de femmes (Dalila était peut-être parmi elles). Tous les princes des philistins (qui avaient payés pour sa capture) étaient là, et il y avait sur le toit environ trois mille personnes, hommes et femmes qui regardaient Samson jouer" (ce qui laisse supposer que l'édifice était d'une taille assez considérable et imposante. Mais était-il prévu pour y accueillir une telle foule ?) (Juges 16:23 à 27). 

Forts de leur victoire sur leur ennemi, les Philistins s'étaient réunis dans le grand temple de Dagon, leur dieu, pour célébrer festivement l'événement. Une foule s'y amassait. On fit venir Samson et on l'attacha au milieu de deux colonnes (de récentes découvertes ont révélé que certains temples étaient ainsi construits que l'infrastructure du bâtiment était parfois soutenue par deux piliers relativement proches l'un de l'autre). La foule se pressait pour voir le fameux Samson dont la renommée s'était répandue parmi le peuple philistin. Il se peut fort bien que Dalila était dans cette foule. Elle ignorait alors qu'après avoir provoqué l'emprisonnement de son amant, elle l'accompagnerait bientôt dans sa mort. Toute à sa joie, la foule réclama la présence de l'adversaire vaincu. Mais même aveugle, même totalement dépourvu de force, Samson inspirait encore de la crainte. 

"Ils dirent : Qu'on appelle Samson et qu'il nous divertisse (sachaq)... Ils firent sortir Samson de sa prison et il joua (sachaq) devant eux". Le mot "sachaq" est généralement traduit par : "divertir, jouer, chanter, rire danser", mais il peut également vouloir dire "se moquer, plaisanter, rire par dérision ou par mépris". Les Philistins se moquèrent de Samson, l'observant avec amusement. "Et Samson dit au jeune homme qui le tenait (le guidait, le soutenait) par la main : Laisse-moi afin que je puisse toucher les colonnes sur lesquelles repose la maison et m'appuyer contre elles" (16:26). Celles-ci soutenaient tout l'édifice du temple du dieu Dagon. 

Et ici encore, il me faut faire une petite digression. Il me faut revenir sur un sujet évoqué dans l'article précédent (Samson, une enfance, une vie, une destinée). J'y avais abordé ce temps de la vie de Samson où "l'Esprit de Dieu commençait (chalal) à l'agiter" (Juges 13:25). J'y avais souligné que ce mot pouvait se traduire, entre autres, par "commencer, blesser, tuer", mais aussi par "profaner". Je voudrais m'arrêter ici sur ce mot "profaner", que l'on pourrait définir comme le fait de "violer le caractère sacré d'un lieu ou d'un objet de culte, dégrader ce lieu"Samson avait donc, entre autres, pour mission de "profaner" quelque chose. J'avais également souligné, dans ce même article, que son combat contre le lion revêtait une dimension symbolique en ce qu'il incarnait le combat contre une divinité vénérée par les peuples environnants, dont les Philistins. Or, Samson se trouvait justement dans le temple de l'une de ces divinités. Ce que l'Esprit de Dieu avait alors commencé en lui allait connaître son apogée, mais de façon funeste. 

Une fin tragique

C'est accompagné d'un jeune homme que Samson va pénétrer dans la salle bondée du temple de Dagon. Point n'est besoin de garde, ce qui révèle la profonde faiblesse de Samson. Aveugle, affaibli, le héros danite n'est plus qu'un homme brisé. On peut imaginer Dalila, au premier rang de cette foule qui s'écarte pour laisser passer son amant, celui qui lui avait ouvert son cœur. On l'enchaîne aux colonnes. Samson inspire encore, malgré tout, autant de crainte que de haine. Il demande alors au jeune homme de l'aider à s'approcher des colonnes pour s'y appuyer. Se sent-il défaillir ? Brisant le silence qu'avait imposée son entrée, les quolibets, les insultes commencent à fuser. La haine déferle comme un cheval au galop. 

"Les philistins sont sur toi, Samson !". Ces mots ont dû, longtemps, résonner à ses oreilles. Dalila. Elle ignorait alors qu'en livrant son amant à ses bourreaux, elle se condamnait, elle-même, à brève échéance. Son nom serait désormais associé à celui qui l'avait aimée et qu'elle avait trahi. L'apôtre Pierre dira, bien plus tard : "Chacun est esclave de ce qui a triomphé de lui" (2 Pierre 2:19). Mais Samson n'est plus le même homme que celui qu'il a été. Non parce qu'il a perdu sa force, mais parce qu'il en a gagné. Samson, attaché à la pierre du moulin, a eu le temps de méditer sur ses actes et son inconséquence. Il a eu également le temps de s'en repentir profondément. L'homme qui se tient là, enchaîné et prêt à mourir, est un homme nouveau. Un homme qui, à la fin de sa vie, a véritablement rencontré son Dieu. "Et Samson dit au jeune homme qui le tenait par la main : Laisse-moi afin que je puisse toucher les colonnes sur lesquelles repose la maison et m'appuyer contre elles" (16:16). 

"Appuyer""Sha'an", signifie "s'appuyer sur, se confier, supporter, prendre appui". Dans un sens figuratif, il signifie "s'appuyer sur Dieu" (2 Chroniques 13:18 ; 14:10). Le prophète Ésaïe écrira plus tard, dans son style inimitable : "Quiconque craint l'Eternel, qu'il écoute la voix de son serviteur ! Quiconque marche dans l'obscurité et manque de lumière, qu'il se confie dans le Nom de l'Eternel et qu'il s'appuie (sha'an) sur son Dieu" (Ésaïe 50:10).  

Alors qu'il est sur le point de commettre l'acte fatal qui va entraîner avec lui, dans la mort, les Philistins présents dans le temple, Samson émet la seule prière dont le texte biblique fasse mention. C'est la toute première fois (et la dernière) que l'on voit Samson s'adresser à son Dieu. Cette prière reflète un acte réfléchi, prémédité, déterminé. "Alors Samson invoqua l'Eternel et dit : Seigneur, Éternel, souviens-toi de moi, je te prie, ô Dieu, donne-moi de la force seulement cette fois et que d'un seul coup, je tire vengeance des Philistins pour mes deux yeux" (16:28). Il quémande cette force qui l'avait quittée jusqu'à cet instant. Elle va lui être donnée une dernière fois. "Et Samson embrassa les deux colonnes du milieu sur lesquelles reposait la maison et il s'appuya contre elles, l'une à sa droite, l'autre à sa gauche. Samson dit : Que je meure avec les Philistins ! Il se pencha fortement et la maison tomba sur les princes et sur tout le peuple qui y était" (16:29, 30). 

Ainsi périt Samson le danite. Il emmena avec lui plus de Philistins qu'il n'en avait jamais occis durant toute sa vie (Juges 16:30). Tsophar de Naama, l'ami de Job, avait dit autrefois : "Le triomphe des méchants a été court, et la joie de l'impie, momentanée" (Job 20:5). Le temple de Dagon s'effondra, écrasant les philistins sous ses pierres, faisant ainsi écho à ces mots de Bildad de Schuach, autre ami de Job : "Il s'appuie sur sa maison, elle n'est pas ferme, il s'y cramponne, et elle ne résiste pas" (Job 8:15). Leur dieu ne leur fut d'aucun secours. Et lorsque l'on exhuma les corps sans vie de leur sépulture de pierre, on eut pu dire : "L'arrache-t-on du lieu qu'il occupe, ce lieu le renie. Je ne t'ai point connu" (Job 8:18). 

Un souvenir inoubliable

Lorsque la femme de Manoach était allée trouver son mari pour lui annoncer qu'elle allait être enceinte, elle lui dit : "Cet enfant sera consacré à Dieu dès le ventre de sa mère jusqu'au jour de sa mort" (13:17). Ce jour-là était venu. Elle ne l'avait certainement pas imaginé ainsi. "Ses frères et toute la maison de son père descendirent et l'emportèrent. Lorsqu'ils furent remontés, ils l'enterrèrent entre Tsoréa et Eschtaol, dans le sépulcre de Manoach, son père" (16:31). 

Lors de fouilles archéologiques à Askalon, on découvrit un tesson de poterie portant une inscription en hébreu et mentionnant les noms de Dalila et de Samson. Il y est fait mention de "la tête de Samson qui est attaché à Dalila" et qui fut apportée à des rois philistins. Cela pourrait signifier que la dépouille de Samson fut décapitée après que l'on eut extrait son cadavre des décombres du palais où il périt. Sa tête fut apportée à ces princes Philistins qu'il n'avait cessé de combattre de son vivant. Ils purent constater que ses cheveux avaient repoussés. Ils étaient maculés de son sang, mais ils témoignaient encore de cette force qu'ils n'avaient pu véritablement dompter. 

Si l'auteur de l’Épître aux Hébreux mentionne Samson parmi les héros de la foi (Hébreux 11:32 à 34), c'est parce que celui-ci y a pleinement sa place. Le récit de sa vie témoigne des faiblesses d'un homme consacré, de sa chute et de son relèvement. C'est au plus profond de l'abaissement que son cœur s'est élevé. Non vers la nostalgie d'un temps révolu où il se croyait invulnérable ("Je m'en sortirai encore cette fois-ci"), mais vers le Dieu qui avait toujours soutenu son bras. Samson aimait autrefois à dire, comme plus tard le psalmiste : "Ô ma force, c'est toi que je célébrerai" (Psaume 59:18). Mais il lui faudra reconnaître, après l'avoir perdue, que : "La force est à Dieu" (Psaume 62:12), pour finalement conclure : "Car je suis honoré aux yeux de l'Eternel et mon Dieu est ma force" (Ésaïe 49:5). 

Samson "avait été juge en Israël pendant vingt ans" (16:31), mais ce n'est véritablement qu'à la fin de sa vie qu'il comprit enfin qui était ce Dieu qu'il avait été appelé à servir. 

JiDé

Notes

* Cougar : désigne généralement une femme d'un certain âge attirée par des hommes plus jeunes. 

Samson et Dalila : un homme sous influence
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