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Les fils et les filles de Job : jeunesse d'hier et d'aujourd'hui


(Suite de "Job, portrait d'un homme de notre temps")

Dans la première partie de cet article, j'ai tenté de situer le pays dont Job était originaire, "le pays d'Uts", et décrire l'impact de celui-ci sur les nations d'aujourd'hui. Dans cette deuxième partie, je tente de brosser un rapide portrait de la seconde moitié de ce vingtième Siècle dont nous fûmes contemporains. "Les fils et les filles de Job" du pays d'Uts sont en réalité de proches cousins de cette jeunesse qui connut quelques uns des plus grands bouleversements de notre Histoire. Tout comme Abel, ils "parlent encore bien que morts" (Hébreux 11:4).

"Il parlait encore, lorsqu'un autre vint et dit : tes fils et tes filles mangeaient et buvaient du vin dans la maison de leur frère aîné et voici, un grand vent est venu de l'autre côté du désert et a frappé contre les quatre coins de la maison, elle s'est écroulée sur les jeunes gens, et ils sont morts. Et je me suis échappé moi seul, pour t'en apporter la nouvelle (Job 1:18, 19). 

Toujours dans l'optique d'une perspective élargie du récit de Job, j'en reviens à la définition des mots "fils" et "filles" (ben et bath). "Ben" (banîm au pluriel) se traduit généralement par "fils", mais il peut également signifier "peuple de nations". "Bath" (banowt au pluriel) se traduit, lui, par "filles", mais peut également signifier "villes, villages, lieux", et parfois "dispersés". Nous avons donc, dans une perspective plus élargie du texte, des peuples et des nations (des générations issues de celles qui furent contemporaines de Job), des villes, des lieux dispersés. Globalement, un territoire couvrant le Proche et le Moyen-Orient. Sept "peuples" et trois "villes" éloignées l'une de l'autre. Toujours dans cette perspective élargie, ces trois villes, ce pourrait être Jérusalem, Damas et Babylone, ou toute autre ville au sein d'un conflit quelconque. Mais ce pourrait être également New York, Moscou et Berlin. "Le mot "ennemi" prend alors un sens plus stratégique. Les mots du récits prennent alors un tout autre sens. "Les fils et les filles de Job" deviennent alors "des villes et des villages en des lieux dispersés, des peuples et des nations ennemis qui se haïssent". Le nom de Job (Iyowb en hébreu) signifiant "haï, ennemi". Un mot qui viendrait de "ayiab" (traiter en ennemi, être hostile"). 

Un vent a soufflé 

Au tout début de la deuxième partie du vingtième Siècle, un "vent nouveau" a soufflé sur l'Europe de l'Ouest. Un vent de nouveauté. Un vent de renouveau qui redonnait le goût de vivre à cette jeunesse qui avait vécu son enfance sous l'oppression de l'envahisseur. Un vent nouveau avait balayé l'Europe et la joie était revenue avec des sons venus d'Amérique. Le monde était en train de changer. Au Vietnam, les photographes-reporters se tiennent aux côté des G.I.'s dans le feu des combats. C'est à celui qui ramènera le meilleur cliché à sa rédaction. Une photo va faire le tour du Monde. Celle d'une petite fille brûlée par le napalm, qui court en pleurant. "Le feu est tombé du ciel, a embrasé les brebis et les serviteurs et les a consumés. Et je me suis échappé moi seul pour t'en apporter la nouvelle" (Job 1:16). Le napalm incendie des hectares de forêt pour débusquer le viet-kong. A la fin des "sixties", l'Amérique tente de se retirer dignement de cette guerre du Vietnam dans laquelle elle s'est embourbée. Au mois de Mai de l'année 1968, d'autres incendies se sont allumés, mais cette fois dans la ville-lumière. Le brasier s'est allumé dans les amphithéâtres de la Sorbonne. Les murs sont couverts de graffitis. On arrache les pavés des rues. La jeunesse est en colère. elle se rassemble dans "la maison du frère aîné", Elle "boit" les discours de ses leaders qui leur apportent "la bonne parole". Les slogans fusent. "Il est interdit d'interdire". Le "Peace Movement" déferle sur les Etats-Unis. La jeunesse s'insurge contre ce conflit qui n'en finit pas et qui coûte la vie à de nombreux jeunes américains. Des jeunes comme eux sont envoyés à l'autre bout du monde pour lutter contre ce vent de communisme dont on craint, à Washington, qu'il ne souffle un peu trop près de ses côtes atlantiques.

Viennent les "seventies" et tout un courant d'idéologies qui déferle comme un ouragan. En Amérique Centrale et en Amérique du Sud, la jeunesse s'insurge contre les dictatures. Des murs vont tomber sous le coup des bombes artisanales. "La maison s'est écroulée sur les jeunes gens et ils sont morts". Les idéologies font autant de victimes que les causes qu'elles défendent. D'autres murs serviront de lieu d'exécution. Mais bien vite, ces idéologies séduisantes vont montrer leur vrai visage. Celui de l'obscurantisme de pouvoirs dictatoriaux. Le "Vent de l'Est" qui avait soufflé sur l'Asie avait enflammé le Cambodge, le Vietnam, la Chine. "L'étoile rouge" n'apportait pas la lumière qu'elle promettait autrefois lors de ses jours de gloire. Des rumeurs de plus en plus grandissantes et nombreuses arrivaient en Occident. De l'autre côté du "Rideau de Fer", le "vent de l'Est" soufflait vers le Nord, vers les goulag de Sibérie. "Les fils et les filles" de la Révolution étaient envoyés mourir de froid dans des baraquements de bois, soumis à des travaux forcés dans le froid et la neige. Pour ceux qui osaient s'opposer au Régime, et même pour ceux qui n'osaient pas, le froid glacial avait raison de leur détermination. Pour les autres, les larmes leur gelaient au coin des yeux. Jusqu'à des enfants qui furent envoyés vers "l'enfer blanc". Mais il arrivait que quelqu'un s'en évade. "Je me suis échappé moi seul pour t'en apporter la nouvelle". Il fallait que le Monde sache. 1973, la crise du pétrole. L'Europe est sommée de se positionner sur le conflit au Proche-Orient. Contrainte de s'aligner sous peine de se voir couper les robinets du pétrole, elle obtempère. Le retrait de l'Empire britannique de ses colonies modifie l'espace géopolitique du Monde. Le pétrole est roi. Le Dollar est fort. La jeunesse manifeste. Le chômage creuse son sillon. Le monde change. Et une nouvelle génération se lève.

Les années "seventies", c'est aussi un "Vent d'Orient" qui souffle sur les Etats-Unis, tout d'abord, puis sur l'Europe. Celle-ci avait encensé "l'Orientalisme" au début de son Siècle, elle adoptait maintenant ses croyances. Le bouddhisme et les religions indiennes arrivent en Occident, véhiculées par une caste d'intellectuels, de philosophes, et d'anciens soixante-huitards. Après avoir eu leur heure de gloire, ces feux s'éteignent les uns après les autres, ayant révélé leurs faiblesses et leur incapacité à apporter à l'homme ce bonheur qu'il croyait trouver en rebâtissant les fondations d'un "monde meilleur". Charles Aznavour chante "Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître". Depuis l'aube de l'humanité, "Le vent souffle où il veut et (l'homme) en entends le bruit" (Evangile de Jean 3:8). 
 

La chute du mur de Berlin


Un grand bruit va également se faire entendre aux oreilles incrédules. Celui de la chute du "mur de la honte". Construit en 1961, le Mur de Berlin va tomber sous le coup des pioches en 1989. Ce mur a coupé la capitale allemande en deux pendant près de trente ans. Mais plus encore, c'est l'Europe qui s'en trouvait divisée. Des familles se retrouvent de part et d'autre de cette frontière désormais infranchissable. Il arrivait qu'un audacieux "passe à l'Ouest" mais ils étaient fort peu nombreux. Les balles russes étaient plus rapides. Ceux qui réussirent furent aussi les "messagers de mauvaises nouvelles". "Je me suis échappé moi seul", disait-il.  parce que le compagnon d'évasion n'avait pas eu la même chance. Son corps était resté là, inanimé, au pied de ce mur, à quelques pas de la liberté. Ce soir-là, des hommes et des femmes allaient pleurer leur enfant après que la police secrète soit venue leur annoncer froidement la nouvelle, les accusant d'être les parents d'un "opposant au Régime". Un vent a soufflé et le Mur est tombé. Selon certaines sources, cet événement serait le produit de concertations secrètes entre un pape polonais et un président russe, soucieux de relancer l'économie de son pays en favorisant les échanges commerciaux avec "l'Ouest". Le Monde Occidental prend soudain un nouveau visage. Les cabinets ministériels sont en ébullition. Un vent de liberté souffle sur un pays qui doit encore se reconstruire. En quelques décennies, il redeviendra une puissance économique. Le peuple allemand retrousse ses manches et le Deutsch Mark devient "la" monnaie forte.

Et le vent continue de souffler. "La Maison" s'était effondrée sur ses fils et sur ses filles, mais elle va se relever et se reconstruire. Début des années quatre-vingt, une nouvelle MST commence à faire des ravages. Après que certaines communautés aient été stigmatisées, la population se rend compte que le virus ne fait pas acceptation de personne. Il frappe aveuglément. La jeunesse est touchée. Un slogan, inconnu à la Sorbonne en '68, apparaît : "Sortez couverts". On ne parle pas encore de masques. Le Monde découvre l'une des conséquences de cet "amour libre" prôné dans les années soixante-dix. Et le vent tourne encore. Les idéologies se sont tues et la jeunesse ne s'y reconnaît plus. Elle veut consommer. Ce n'es pas un besoin, ce n'est plus une opportunité nouvelle, c'est un mode de vie. Le monde évangélique ne représente qu'une petite minorité de la population. Quelques figures émergent. Billy Graham, David Wilkerson… "Le vent souffle où il veut et tu en entends le bruit" mais tu ne l'écoutes pas. Pour l'entendre, il faut l'écouter. Mais pour beaucoup de jeunes, le silence est assourdissant. Il faut le faire taire. La musique bat son plein. L'apparition des premières "chaînes Hi-Fi" fait fureur.

"... Et après le tremblement de terre, un feu. Et l'Eternel n'était pas dans le feu. Et après le feu, un murmure doux et léger (ou selon une autre traduction : "le doux murmure du silence")" (1 Rois 19:12).  Un proverbe dit bien que "si la parole est d'argent, le silence est d'or". La musique s'impose partout. Elle cloisonne les générations. Les idoles sont maintenant de chair et d'os. Pour la jeunesse, pas de statues mais des "posters", ces photos d'artistes sur papier glacé que l'on épingle sur les murs de sa chambre.  "Tremblez et ne péchez pas. Parlez en vos cœurs sur votre couche, puis taisez-vous" (Psaume 4:5). Mais si la jeunesse s'allonge sur son lit, c'est pour écouter la voix de ces artistes auxquels elle s'identifie. Coupes de cheveux, vêtements, vocabulaire, tout est bon pour se démarquer des parents, de leurs valeurs, de leur mode de vie. Il faut être "dans le vent" comme on dit alors. La jeunesse "tremble", mais sous l'effet de l'émotion. Elle "parle sur sa couche", mais pour chantonner les paroles de ces chansons contestataires qu'elle connaît par cœur. "C'est dans la tranquillité et le repos que sera votre salut, c'est dans le calme et la confiance que sera votre force mais vous ne l'avez pas voulu" (Ésaïe 30:15).

Un autre "vent" va souffler sur cette jeunesse. Un "appel de sirènes". Elle s'appelle "la Dame blanche" et ce n'est pas une coupe de glace. Héroïne, cocaïne, LSD. Les "stupéfiants" arrivent comme un raz-de-marée. Plusieurs de ces "idoles des jeunes" en seront victimes. Certains avaient moins de trente ans, d'autres, à peine plus. "Le vent a soufflé sur les quatre coins de la maison. Elle s'est écroulée et ils sont morts" (Job 1:19). Le vent a soufflé sur cette maison où s'étaient réunis "les fils et les filles" de cette société industrialisée, sur cette jeunesse qui s'était réunie pour "faire un festin". "Mangeons et buvons car demain nous mourrons" (Ésaïe 22:13 / 1 Corinthiens 15:32). Car ces générations du vingtième Siècle ont connu le nihilisme sous ses différents aspects, avec toutes ses variantes, ses échappatoires, sa folie et ses victimes. "La maison est tombée". Et comme un leitmotiv, chaque fois qu'une mauvaise nouvelle tombe, il y a un "serviteur", quelqu'un de bienveillant, de bien intentionné pour venir lui dire : "Je me suis échappé moi seul". Car il y a toujours quelqu'un qui passe à travers les mailles du filet. Il pérore : "Je m'en sortirai encore cette fois et je me dégagerai" (Juges 16:20). "Çà ne m'arrivera pas à moi, je me suis échappé ! Moi tout seul". Ils sont cependant nombreux à le croire. Comme pour se prouver à eux-mêmes qu'ils sont les plus forts, qu'ils ont plus de chance, qu'ils n'ont pas peur de la mort. Qu'ils peuvent la braver impunément. Le vent a soufflé, comme un vent de folie. "Je me dégagerai (na'ar)". Il y a, dans ce mot, l'idée de se secouer, se débarrasser de quelque chose comme cette génération qui veut se débarrasser de ces hardes poussiéreuses, de ces valeurs désuètes de la génération précédente. Ce mot soutient aussi l'image du lion qui secoue sa crinière. Tel Samson qui vainquit le lion mais qui fut vaincu par une courtisane. 

"Toute cette génération fut recueillie auprès de ses pères, et il s'éleva après elle une autre génération qui ne connaissait pas l'Eternel ni ce qu'il avait fait en faveur d'Israël" (Juges 2:10). Ce mouvement de contestation bravait les interdits, rejetait les valeurs de la génération précédente. La spiritualité se voulait libre de contraintes, ce qui ne fut pas sans conséquences. "Car l'Eternel rejette et repousse la génération qui a provoqué sa fureur" (Jérémie 7:29). Ces mots que Dieu adressa alors à Jérémie auraient tout aussi bien pu s'adresser à cette génération : "Coupe ta chevelure, jette-la au loin" (Jérémie 7:29). Avoir vingt ans en 1970 ! Que reste-t-il de tout cela cinquante ans plus tard ? Une, deux, trois générations. "Une génération s'en va, une autre s'en vient", "puis sur le même sol d'autres s'élèvent après lui" (Ecclésiaste 1:4 / Job 8:19). 

Un Nouveau-Monde 

Tout avait commencé en ce début de vingtième siècle, en ce "mardi noir" du 29 Octobre 1929, à New York. En quelques heures, la place-forte la plus importante de l'économie américaine va s'effondrer sur elle-même. Le marché boursier va connaître une chute vertigineuse. "La maison est tombée". Wall Street s’effondre et le monde avec lui. Aux coins de Manhattan et de East River, et partout dans le Financial District, les vendeurs de journaux crient "Chute de la Bourse" et "Wall Street est à terre""Je m'en suis échappé moi seul pour t'apporter la nouvelle". Quelques uns vont malgré tout tirer leur épingle du jeu. Sentant quelque chose venir, ils ont pris les devants. Mais leur "action" n'est pas passée inaperçue. Sentant le danger, d'autres vont les suivre, enclenchant un mouvement irrépressible qui provoquera "la chute du Mur". L'onde de choc provoquée par ce cataclysme économique va se répercuter jusqu'aux Bourses de Londres et de Paris. Elle va bouleverser l'économie américaine, plongeant cette superpuissance dans un chaos sans précédent. De nombreux spécialistes économiques du "Jeudi noir" de 1929 ont démontré combien ce crash boursier avait déstabilisé les politiques économiques allemandes, permettant au Parti National-Socialiste d'accéder au pouvoir à la suite du retrait d'Allemagne des capitaux américains . "Un grand vent est venu de l'autre côté (de l'Atlantique) et a frappé contre les quatre coins de la maison. Elle s'est écroulée sur les jeunes gens et ils sont morts". L'Allemagne va en effet payer un lourd tribut en vies humaines et en jeunes soldats pour avoir soutenu la montée au pouvoir de ce parti. S'en suivra la destruction par les bombardements de nombreuses villes d'Europe. "La maison est tombée sur les jeunes gens" et plusieurs dizaines de millions de victimes resteront sous les "décombres" de cette guerre monstrueuse. Le "Furieux", ce petit caporal autrichien, "ne songe qu'à détruire, qu'à exterminer les nations en foule, car il dit : mes princes ne sont-ils pas autant de rois ? " (Ésaïe 10:7,8). 
 

Après les bombardements - Ici, à Caen


De cet amas de ruine va naître une Europe nouvelle, une Europe Unie. "Tu as un habit précieux, sois notre chef ! Prends ces ruines sous ta main !" (Ésaïe 3:6). Monet et Schumann vont en poser les fondations. D'abord dix, puis douze, puis vingt six… "Les tiens rebâtiront sur d'anciennes ruines, tu relèveras des fondements antiques (ceux de la Vieille Europe, le nom 'Europe' étant celui d'une divinité grecque). On t'appellera réparateur de brèches, celui qui restaure les chemins, qui rend le pays habitable" (Ésaïe 58:12). Tout est à refaire. Les routes, les usines, les maisons. Tout est à reconstruire pour faire de cette Europe meurtrie et défigurée, un "pays habitable". Des fondations au faîte des toits, de nouveaux édifices vont s'élever sur une terre ensanglantée, labourée par les bombardements. "Ils rebâtiront sur d'anciennes ruines, ils relèveront d'antiques décombres. Ils renouvelleront des villes ravagées, dévastées depuis longtemps" (Ésaïe 61:4). Ces "fondements antiques", ces "antiques décombres" étaient "en ruine" depuis fort longtemps. Car il y a là plus que le relèvement d'un pays. C'est la volonté et le courage d'un peuple (qui ne se sait pas encore européen) de relever la tête et de retrousser ses manches. Unis, solidaires, jeunes et moins jeunes travaillèrent ensemble dans un effort commun. Les pères et les fils regardaient alors ensemble vers le même horizon : celui d'un avenir meilleur. Un avenir de Liberté qu'ils voulaient prospère. Ils ignoraient alors quel serait le Monde de Demain.

Du mythe à la réalité  

Keynes va poser les fondations du néo-capitalisme. L'argent est roi et la jeunesse est "dorée". Un pays naît  "en un jour" de 1948 (Ésaïe 66:8). La désagrégation progressive du "bloc de l'Est" va donner une nouvelle vie et un nouveau souffle à de petits Etats qui vont rejoindre le Marché Economique de l'Europe de l'Ouest. Celui-ci va se constituer en Parlement Européen. L'Europe se dote d'une monnaie. Rivalisant avec les Etats Unis d'Amérique, la constitution de cette nouvelle alliance politico-économique devient "Les Etats-Unis d'Europe". L'économie mondiale devra désormais compter avec elle. Elle joue désormais dans "la cour des grands". Et en hommage au personnage mythologique dont elle porte fièrement le nom, le Parlement Européen a fait poser, devant ses portes, la statue d'une femme assise sur un taureau, se référant ainsi  au mythe de l'enlèvement de la jeune fille Europe par le dieu Zeus déguisé en taureau blanc dont les cornes sont rehaussées d'un croissant de lune. Une fois la jeune fille assise sur son dos, le taureau se leva et fonça vers la mer, emportant avec lui la jeune femme sur l'île de Crète pour s'unir à elle. Mais l'Ecriture ne dit-elle pas : "Une femme ne se tiendra pas devant une bête pour se prostituer avec elle, c'est une confusion" (Lévitique 18:23) ? Ce mythe sera représenté également sur la pièce de monnaie grecque de deux euros. Comment ne pas penser à ce verset de l'Apocalypse qui dit : "Et je vis une femme  assise sur une bête écarlate, pleine de noms de blasphème, ayant sept têtes et dix cornes" (Apocalypse 17:3) ?

Qui est cette "femme  assise sur une bête écarlate, pleine de noms de blasphème, ayant sept têtes et dix cornes" ? Nombre de commentaires ont été faits, et nombre d'hypothèses ont été avancées sur la nature de ces "têtes" et de ces "cornes". Globalement, tout le monde s'accorde pour reconnaître que l'on retrouve ici deux formes de pouvoir. Si l'on se réfère à la symbolique biblique, la "tête" représente une autorité, un chef, un décideur. La "corne", quant à elle, représente un pouvoir orgueilleux, une puissance destructrice. Quels peuvent être ces formes de pouvoir ? Quelles peuvent être ces "sept têtes" ? Pour tenter de répondre à cette question, tout en gardant à l'esprit que les "sept fils" de Job sont porteurs d'une symbolique forte, j'aimerais m'attarder ici sur ces jeunes gens. J'avais évoqué, en introduction de la première partie de cet article, que le mot "fils" (banîm au pluriel) peut signifier "peuples de nations" et que le mot "filles" (banowt au pluriel) pouvait également signifier "villes, lieux dispersés". De génération en génération, il y eut encore "des fils et des filles" dispersés. De siècles en siècles, il y eut des lieux de pouvoir.

Si le mot "Ben" signifie "fils, petit-fils, descendant, jeune homme, membre d'un groupe", Il peut également désigner "un peuple" au sens large qui serait issu d'un homme. Ce mot "ben" s'apparente également à "Banah" (construire, édifier, bâtir), qui se traduit également par "assurer une suite, former une maison, fonder une famille, avoir des enfants, une descendance. Le texte du livre de Job associe les fils et les filles et les réunit dans la même "maison". Il y a donc cette double notion de parenté et d'unité. Il était courant autrefois que frères et sœurs habitent des maison mitoyennes dans lesquelles vivaient plusieurs générations ensembles. Ainsi, il est dit de Caïn, fils d'adam, qu'il "connut sa femme. Elle conçut et enfanta Henoc. Il bâtit (banah) ensuite une ville et il donna à cette ville le nom de son fils Henoc". Ou plus littéralement : "Il donna à cette ville le nom d'Henoc, du nom de son fils" (Genèse 4:17). Il était également courant, alors, que ces familles soient sous l'autorité d'un Patriarche. Le plus âgé, le plus autoritaire, le plus valeureux, c'était selon. Il était à la "tête" du clan familial. Celui-ci multipliant le nombre de ses membres, il était nécessaire de "bâtir" des maisons autour de celles existantes. Les dynasties Rockefeller, Rothschild et autres ont fondées, elles aussi, des empires. Leurs "maisons" se sont multipliées. Et, de ville en ville, "de ce pays-là sortit Assur. Il (Nimrod) bâtit (banah) Ninive, Rehoboth, Hir, Calach" (Genèse 10:11). En Genèse 10, on est au cœur de la "Table des Nations", le fondement de ce qui allait devenir "les Nations Unies". "De ce pays-là sortit Assur (Ashshuwr, la nation assyrienne). Il bâtit (banah) Ninive (que Dieu appelle "la grande ville" - Jonas 1:2), Rehoboth (les larges espaces, probablement construite dans une vaste plaine), Hir ("agitation, angoisse, terreur", mais aussi "ville, cité"). "Hir", c'est un "lieu qui reste éveillé, qui est gardé". Et enfin "calach" (vigueur, force). On retrouve ici l'idée de villes fortifiées. Ces "fils" et ces "filles" se bâtirent ainsi des villes dans de larges plaines afin de pouvoir étendre leurs limites. De ces villes où règnent "l'agitation, l'angoisse et la terreur". Des villes qui ne dorment jamais, qui "restent éveillées" toute la nuit. Des lieux où il faut jouer des coudes, où seuls les plus forts et les plus vigoureux s'en sortent.

Au travers des siècles, "les fils et les filles de Job" ont bâtit des Ninive, des Rehoboth, des Hir et des Calach. Celles-ci furent bâties sur le modèle de ces cités antiques. "Ils bâtirent sur d'antiques ruines". De ces "ruines" qui leur servirent cependant de modèles et sur lesquelles devait s'édifier le Monde Moderne. Un homme est à l'origine de ces villes : Nimrod, qui "commença à être puissant sur la Terre" (Genèse 10:8). Celui-ci "régna d'abord sur Babel, Accad et Calné" (Genèse 10:10). Le texte de la Genèse poursuit en disant : "De ce pays-là (le pays de Schinéar, où fut bâtie Babel), sortit Assur, il bâtit Ninive, Rehoboth, Hir, Calach et Résen, entre Ninive et Calach, c'est la grande ville" (Genèse 10:11, 12). "Ninive, la grande ville", dont les agglomérations sont citées à sa suite. Ces agglomérations étaient autrefois appelées "les filles" puisqu'elles en étaient issues. Nous sommes ici à la période patriarcale, période qui correspond à celle de Job. La dernière citée est Résen. Elle pourrait passer inaperçue mais elle présente cependant un certain intérêt de par la signification de son nom. Ce mot est apparenté à "Recen", qui désigne "quelque chose qui contient un cheval : un licol, une bride, une longe, un frein de mâchoire". Le Psalmiste écrit : "Ne soyez pas comme un cheval ou un mulet sans intelligence. On les bride avec un frein et un mors (recen) dont on les pare" (Psaume 32:9). Il est donc fait mention ici d'un caractère dénué d'intelligence dont le comportement a besoin d'être "freiné, bridé". C'est également ce que dit Job, qui se tenait autrefois "à la porte de la ville" (Job 29:7) : "Ils n'ont plus de retenue, ils m'humilient, ils rejettent tout frein (recen) devant moi" (Job 30:11).
 


Mais dans une perspective plus large, celle adoptée dans cet article, on peut y voir également la manifestation de la colère de Dieu contre les nations. Ainsi, voici ce qu'écrit le prophète Ésaïe : "Son souffle est comme un torrent débordé qui atteint jusqu'au cou pour cribler les nations avec le crible de la destruction, et comme un mors (recen) trompeur entre les mâchoires des peuples" (Ésaïe 30:28). De ces peuples sans retenue qui livrèrent leurs forces vives à une illusoire liberté après avoir connu "le crible de la destruction". De cette "liberté" qu'ils crurent trouver tant dans les idéologies politiques ou les croyances mystiques diverses, que dans les plaisirs artificiels. Ils furent "sans frein", mais les "murs" sur lesquels étaient collées les affiches de leurs revendications s'effondrèrent l'un après l'autre. Ils revendiquaient le droit de se départir des valeurs de cette société dont ils voulaient se désolidariser. Cependant, aucune de ces idéologies, dont ils se faisaient les porte-paroles, ne put durablement la rénover. L'esprit révolutionnaire se mua bientôt en utopie, tant aux yeux de ses plus fervents adeptes que de ses détracteurs. "Une génération s'en va, une autre s'en vient" (Ecclésiaste 1:4). Une génération s'en était allée. Sa jeunesse revendicatrice était rentrée dans le rang d'un certain conformisme. Elle se voulait pourtant libre-penseuse et anticonformiste. La génération suivante sera consumériste. Les "murs" sont devenus virtuels et l'on s'y affiche sur le web. "Les fils et les filles de Job" s'enferment entre les quatre murs de leurs chambres. L'on s'y invite encore, mais par technologies interposées. 

De villes en villes  

"Il y avait dans le pays d'Uts (le Pays du Conseil des Nations) un homme qui s'appelait Job (Yiowb : haï, ennemi)…". En quoi cet homme pouvait-il être un "ennemi" ? "Cet homme était intègre et droit, il craignait Dieu et se détournait du mal" (Job 1:1). De par son comportement, et sans pour cela "faire la morale", il était, pour ses contemporains, le témoignage d'une intégrité et d'une crainte de Dieu qui leur manquaient considérablement. "Et cet homme était le plus considérable, le plus éminent (gadowl : grand) de tous les fils de l'Orient" (Job 1:3). Qui étaient ces "fils de l'Orient" ? Ésaïe nous dit qu'il s'agit de "Moab et Edom, et tous les fils d'Ammon" (Ésaïe 11:14). "Ses fils allaient les uns chez les autres (en visite officielle) et donnaient, tour à tour, des festins, et ils invitaient les trois sœurs à manger et à boire avec eux (ils les entraînaient dans leurs fêtes) et quand les jours de festin étaient passés, Job appelait et sanctifiait ses fils… et offrait pour chacun d'eux un holocauste, car Job disait : Peut-être mes fils ont-ils péché et ont-ils offensé Dieu dans leur cœur. C'est ainsi que Job avait coutume de faire" (Job 1:1 à 5).

Job fut, comme Noé en son temps, "un Juste parmi les nations". De l'une de ces nations, de "ce pays-là, sortit Assur. Il bâtit Ninive, la grande ville" (Genèse 10:11, 12). "De ce pays là" et de tant d'autres, sont sorties des villes, de plus en plus grandes, qui demandaient de plus en plus d'infrastructures, différentes autorités en des domaines de plus en plus variés. De villes en villages, de cités en mégalopoles, une immense toile s'étendit aux quatre coins de l'horizon. Durant les deux dernières décennies, cette "toile" (appelée aussi "web") allait bientôt recouvrir toute la planète. Ésaïe ne parle-t-il pas, dans son style inimitable, d'un "voile qui voile tous les peuples, d'une couverture qui couvre toutes les nations" (Ésaïe 25:7) ? Dans ces villes où l'on ne cesse de "bâtir" des gratte-ciels toujours plus hauts, toujours plus beaux… A côté de ces tours qui touchent le ciel (Genèse 11:4), la ziggourat de Babel aurait été bien discrète. Elle n'en demeure pas moins emblématique.

Ninive, Rehoboth, Hir et Calach. Quatre aspects de ces mégapoles qui s'élèvent aujourd'hui orgueilleusement. La renommée de Ninive la grande, l'étendue de Rehoboth (d'une banlieue à l'autre, la ville de Los Angeles s'étend sur plus de cent kilomètres). L'agitation, l'angoisse et la terreur sévissant à Hir, comme dans certaines grandes villes sur la planète (Il y a quelques décennies, Mexico était l'une des villes les plus dangereuses du Monde). Les grandes mégapoles sont illuminées jour et nuit. elles ne dorment jamais. D'autres se démarquent par leur activisme, leur productivité, leurs centres financiers, comme "Calach". Elles ont des ports marchands immenses qui brassent des millions de tonnes de marchandises, comme Singapour ou Shangaï. D'autres encore, plus petites, sont connues pour leurs centres militaires et stratégiques. Washington, bien sûr, et sa célèbre "Maison blanche". New York et le bâtiment des Nations Unies, Bruxelles et le Parlement Européen. La petite ville de Mons, en Belgique, et le centre de l'OTAN. Et d'autres encore… Sans parler des Grandes Ecoles où se forme la jeune intelligentsia qui gouvernera le Monde de demain. La "tête" dont parle l'Ecriture. Ou plutôt "les têtes". Sept pour être précis. Sept, chiffre de la perfection, de ce qui est complet, entier, suffisant. Mais quelles pourraient être celles-ci ? Quels sont les sept "organes" sur lesquels reposent le fonctionnement d'une "grande ville" ? La politique. Le commerce. Les médias. Les Forces Armées. La Justice. Les banques. Je serais tenté d'y ajouter l'économie (qui se rapproche autant de la politique que du commerce) et la presse  (l'info par le Web, les journaux télévisés). Ce n'est pas le seul schéma possible mais il me semble, à mon sens, cohérent. Mais globalement, on retrouve là les sept "têtes" de "la grande ville". On retrouve ici les "sept fils de Job" dans ce que l'être humain peut développer dans sa quête de réussite et de grandeur. Mais comme le dit l'Ecclésiaste : "Il est un mal sous le soleil, comme une erreur de celui qui gouverne. La folie occupe des postes élevés" (Ecclésiaste 10:6). De leurs bureaux, au cinquantième étage d'une tour immense, les décideurs de ce siècle jettent, sur la ville à leurs pieds, un regard de prédateur. Tel un rapace repérant sa proie en plein vol. 

Et ses filles ? Au nombre de trois. Là aussi, ce n'est qu'une façon d'envisager l'allégorie. La première, l'aînée, c'est "la plus grande". Celle qui s'étend le plus loin, qui a les plus hauts édifices. La deuxième, "la plus influente". Celle où se prennent les décisions au niveau mondial. Le lieu stratégique par excellence. Et la troisième, "la plus réputée", la plus connue, la plus remarquée. Si l'on reporte cette symbolique aux Etats-Unis d'Amérique, on parlerait par exemple de New-York, de Washington, et de Hollywood à Los Angeles. En tenant compte du fait que ces rôles sont interchangeables et que la distribution (pour parler dans un langage cinématographique) n'est pas immuable. "Il n'y a rien de nouveau sous le soleil" (Ecclésiaste 1:9). Babel et Ninive ont disparu toutes deux. Tout au moins géographiquement. Leurs ruines témoignent cependant d'un passé prestigieux. Elles n'en demeurent pas moins toujours actives, mais sous une autre forme, en d'autres lieux, sous d'autres aspects. "Le vent a soufflé sur les quatre coins de la maison et la maison est tombée". Elles n'en sont cependant pas moins présentes encore aujourd'hui, de par leur influence sur notre Monde Moderne. Les "fondations antiques" de ces cités disparues témoignent encore de leur gloire passée. Leurs ruines nous parlent de leur faste et de leur dissolution, dans tous les sens du terme. 

Job aura, à nouveau, "sept fils et trois filles" (Job 42:13). De nouvelles générations, de nouvelles architectures se sont levées "sur d'antiques ruines" (Ésaïe 61:4). "Toute cette génération fut recueillie auprès de ses pères et il s'éleva après elle une autre génération qui ne connaissait pas l'Eternel ni ce qu'il avait fait en faveur d'Israël" (Juges 2:10). "Il s'éleva après elle une autre génération (dowr)". Le mot "dowr" peut se traduire de diverses manières. Ce peut être une période de temps pendant laquelle vivent une ou plusieurs générations, ainsi que la qualité de vie de celles-ci. Ce peut être également un lieu de séjour, un lieu de vie, une habitation, une demeure dans laquelle se sont succédées plusieurs générations. "Toute cette génération fut recueillie auprès de ses pères et il s'éleva après elle une autre génération". Il en est ainsi depuis Noé. Et l'Eternel dit à Noé (le père de l'Humanité postdiluvienne) : "C'est ici le signe de l'alliance que j'établis entre moi et vous et tous les êtres vivants qui sont avec vous pour les générations (dowr) à toujours. Voici, j'ai placé mon arc dans la nue et il servira de signe d'alliance entre moi et la terre" (Genèse 9:12, 13).

Même si une certaine "communauté" se l'est approprié comme symbole de son mode de vie, l'arc-en-ciel demeure, pour Dieu, le signe d'une alliance qu'Il a traitée autrefois avec cette humanité dont nous sommes, nous, encore aujourd'hui, "les fils et les filles". 

 

JiDé

Les fils et les filles de Job : jeunesse d'hier et d'aujourd'hui
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