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Psaume 139 : la création d'une oeuvre d'exception

Psaume 139 : la création d'une oeuvre d'exception

Depuis l'aube de l'humanité, un miracle se produit chaque jour sur la planète Terre. Une femme porte un enfant dans son ventre. La première à être la dépositaire de ce cadeau précieux, ce fut Hava (Ève), dont le nom signifie "la vie", ou "la mère de tous les vivants" (Genèse 3:1 / 4:1). Ce miracle s'est reproduit de génération en génération et ce, depuis l'aube de l'humanité. Un tournant important eut cependant lieu dans l'Histoire de celle-ci. Ce fut le jour où l'une des belle-filles de Noé accoucha d'un enfant. Ce fut le premier à naître après le Déluge. Le premier d'une nouvelle humanité. Une génération post-diluvienne était née. 

Etre né quelque part

Etre né dans un siècle mais être le contemporain d'un autre. Etre d'une génération et côtoyer la précédente. A peine une génération est-elle née qu'une autre survient. Conçue, enfantée, engendrée. Désirée ? Quelle regard la Bible porte-t-elle sur la procréation ? Pourquoi fut-il dit à Hava que les douleurs de l'enfantement seraient augmentées ? Est-elle seule à porter cela, ou l'homme y a-t-il sa part ? Bien des épouses, dans les Écritures, ne pouvaient, dans un premier temps, avoir d'enfant. Puis vint l'annonce de leur maternité. Et le texte poursuit : "et l'enfant grandit". Que s'est-il passé entre-temps ? 

Le Psaume 139 présente la première échographie de l'Histoire. En 1958, Tom Brown et Ian Donald inventèrent la première sonde échographique. La technologie n'a cessé depuis de faire des progrès. Cependant, il y a plus de trois mille ans, un auteur biblique donnait déjà une description détaillée de la croissance du fœtus dans le ventre de sa mère. "C'est toi qui a formé mes reins, qui m'a tissé dans le ventre de ma mère. Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse" (le fœtus a conscience d'être une créature de Dieu). "Tes œuvres sont admirables et mon âme le reconnait bien. Mon corps n'était point caché devant toi lorsque j'ai été fait dans un lieu secret, tissé dans les profondeurs de la terre. Quand je n'étais qu'une masse informe, tes yeux me voyait. Et sur ton livre étaient tous inscrits les jours qui m'étaient destinés avant qu'aucun d'eux n'existe. Que tes pensées, ô Dieu, me semblent impénétrables, que le nombre en est grand" (Psaume 139, versets 13 à 17).

Ce texte, au demeurant fort poétique, décrit de façon imagée la conception d'un enfant dans le ventre de sa mère. Il est, en réalité, bien plus que cela. La traduction de Darby apporte une autre dimension au texte : "Car tu as possédé mes reins, tu m'as tissé dans le ventre de ma mère. Je te célébrerai de ce que j'ai été fait d'une étrange et admirable manière. Tes œuvres sont merveilleuses et mon âme le sait très bien. Mes os ne t'ont point été cachés lorsque j'ai été fait dans le secret, façonné comme une broderie dans les lieux bas de la terre. Tes yeux ont vu ma substance informe et dans ton livre mes membres étaient écrits, de jour en jour ils se formaient lorsqu'il n'y en avait encore aucun" (Psaume 139:13 à 16, version Darby). Un texte sublime qui ne cesse de m'émerveiller. Mais au delà du miracle qu'il décrit, celui de la vie naissante, au cœur des mots, il y a une histoire. Celle d'une humanité qui ne cesse de répondre à cet appel initial : "Soyez féconds". 

Au cœur des mots

Lorsque l'on tend l'oreille, les mots semblent susurrer quelque chose : "C'est toi qui as formé (qanah) mes reins...". Ce mot "qanah" signifie principalement "acheter, acquérir (quelque chose ou quelqu'un)". On le trouve pour la première fois dans un texte qui parle également d'enfantement. "Adam connut Hava, sa femme, elle conçut et enfanta Caïn et elle dit : j'ai formé (acquis selon d'autres traductions) un homme avec l'aide de l’Éternel" (Genèse 4:1). Ce verbe est donc étroitement lié à l'engendrement. Ce mot "qanah" est également utilisé pour parler de la Sagesse de Dieu. "L’Éternel m'a possédée au commencement de sa voie  avant ses œuvres d'ancienneté" (Proverbes 8:22, Darby). La formation d'un fœtus dans le ventre de sa mère est l'une des nombreuses façons par lesquelles s'exprime la Sagesse de Dieu. C'est un aspect, parmi d'autres, de la beauté de celle-ci. 

"C'est toi qui as formé mes reins (kilyah)...". "Kilyah" désigne l'organe physique, mais de façon figurée, il désigne également "le siège de l'affection, des émotions, l'âme, le cœur, les entrailles". Ce que l'homme a de plus profond en lui, son être intime. Un enfant dans le ventre de sa mère est déjà "corps, âme et esprit" (1 Thessaloniciens 5:23). C'est un don de Dieu, potentiellement doté de la capacité d'éprouver des émotions, des sentiments. C'est un être possédant, en lui-même, un cœur et une âme, un homme ou une femme qui reproduira plus tard le même miracle de la procréation. Job dira, quant à lui : "Tes mains m'ont formé (atsab) et m'ont façonné (asah) tout à l'entour en un tout" (Job 10:8, version Darby). Le mot "atsab" signifie "faire du mal, faire de la peine, affliger, chagriner, déplaire, vexer, forcer". Job n'est visiblement pas heureux que Dieu l'ait créé. Au contraire ! Le mot "atsab" n'est traduit qu'ici dans le sens de "former". Partout ailleurs, il est synonyme d'affliction, de tristesse et de regret. On touche ainsi ici à un sujet délicat : la non-acceptation de sa propre existence. C'est cet "atsab" qui pousse un homme, une femme à se donner la mort. Mais en cela, on se rapproche très fort de ce "siège des émotions" ("kilyah"), de "l'âme, du cœur, des entrailles". Un enfant qui n'est pas désiré par sa mère le ressentira. Il s'en suivra peut-être, plus tard, une détestation de sa propre personne. 

Et le Psaume dit encore : "Tu m'as tissé (sawkawk) dans le ventre de ma mère...". "Sawkawk" signifie "couvrir, protéger, masquer". Le ventre de la mère abrite le fœtus qui est en train de se former, celui-ci n'étant pas seulement un petit tas de chair, mais un être doté, comme je l'ai dit plus haut, d'une âme et d'un esprit, capable de ressentir, d'avoir des émotions. Mais plus encore, le fait de le porter dans son ventre donne à la femme une relation privilégiée avec son enfant, avec cet être à la fois semblable et différent. Un être unique et personnel avec lequel elle peut éprouver cette osmose que seule la maternité consentie, voulue, désirée, peut créer. 
 


"Tu m'as tissé dans le ventre (beten) de ma mère...". "Beten", c'est à la fois "l'abdomen", "les entrailles". Pour la femme qui porte un enfant, c'est en effet tout cela à la fois. "Le ventre" s'arrondit, change la physionomie, la silhouette. Tout en étant pleinement femme, elle devient mère. Elle porte cet enfant avec son corps qui change, qui se métamorphose, de l'intérieur et de l'extérieur. Elle le porte dans sa matrice qui l'a reçu, qui le contient tout entier. Ce sont aussi "ses entrailles", car un enfant, son enfant, c'est "la chair de sa chair", c'est "le fruit de ses entrailles", comme le dit Esaïe : "Une femme oublie-t-elle l'enfant qu'elle allaite ? N'a t-elle pas pitié du fruit de ses entrailles ?" (Esaïe 49:15). "Beten", c'est le lieu de l'intimité avec ce petit être qui vit en elle. En enfantant, une femme devient pleinement une "bath Hava" (fille d’Ève, celle qui donne la vie - Genèse 3:20). A peine a-t-elle enfanté que la mère oublie les souffrances de l'enfantement lorsqu'elle voit ce petit être, criant, pleurant, vivant, expulsé de cet "Eden" dont est sorti, comme tout autre avant lui, l'humanité. Plus tard, cet enfant pourra se tourner vers son Créateur pour lui dire : "Tu m'as tissé dans le ventre de ma mère (em)...". "Em" peut également se traduire par "naissance", ou encore "carrefour"A partir du moment où un enfant naît, il devient un être à part qui, un jour, fera ses propres choix, pas forcément ceux que sa mère aurait fait. Un "carrefour" est un lieu où l'on peut prendre des directions différentes, mais également un endroit où l'on peut se retrouver, se croiser et se recroiser. 

"Je te loue de ce que je suis une créature (yare) si merveilleuse (palah)" (version Segond)". "Je te célébrerai de ce que j'ai été fait d'une étrange et admirable manière" (version Darby). La première version parle de ce qu'il est, la seconde de la façon dont il a été fait. Les deux version se complètent.

"Yare" signifie "craindre, révérer, honorer, redoutable, respecter, être digne". Le psalmiste exprime sa crainte respectueuse devant le Créateur. Si Hava est "la mère de tous les vivants", Dieu est le Créateur, Celui qui donne la vie. "Palah" se traduit par "être distingué, remarqué, séparé, merveilleux". Pour une mère, son enfant est différent de tous les autres. Il sera admiré, remarqué par ceux qui viendront vers cette jeune maman, fière et heureuse de son enfant. Mais "palah" veut dire également "séparé", car si la naissance est une joie, l'aboutissement d'un long processus auquel la maman aspire, elle n'en demeure pas moins une séparation. La naissance met fin à ce temps particulier pendant lequel la mère et l'enfant vivaient une osmose que seule la maternité peut produire. "Séparé" également quand est coupé ce cordon qui, l'instant d'avant, reliait encore le nouveau-né à sa mère. "Séparé" toujours, quand l'enfant est pris dans les mains de la sage-femme pour être lavé, et afin qu'il reçoive les tout premiers soins. La croissance de cet enfant, son premier jour d'école, ses premiers pas vers l'indépendance seront, pour la mère, à chaque fois, un acte de séparation. Séparations nécessaires mais parfois vécues comme autant de petites "déchirures". Petit à petit, un autre cordon, invisible celui-là, va fondre doucement dans la vie sociétale. "Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse", dira l'enfant à son Créateur lorsqu'il sera en mesure de prendre conscience de cette réalité : "Je suis une créature et Dieu est mon Créateur"

Les mots "yare" et "palah" donnent donc cette idée d'une crainte respectueuse envers le Créateur en contemplant cet être "mis à part, distingué, merveilleux". La vision de l'être humain et de la façon dont il est conçu inspire au psalmiste un sentiment d'adoration envers son Dieu. Job dira : "Tes mains m'ont formé et m'ont façonné tout à l'entour en un tout... Souviens-toi, je te prie, que tu m'as façonné comme de l'argile et que tu me feras retourner à la poussière... tu m'as revêtu de peau et de chair, tu m'as tissé d'os et de nerfs. Tu m'as donné la vie et tu as usé de bonté envers moi, et tes soins ont gardé mon esprit" (Job 10:8 à 12). Il est également écrit : "Comme tu ne sais pas quel est le chemin de l'esprit ni comment se forment les os dans le ventre de celle qui est enceinte, ainsi tu ne connais pas l'oeuvre de Dieu qui fait tout" (Ecclésiaste 11:5,  Darby). La conception de ce chef-d'oeuvre garde malgré tout une part de mystère. Mais, à l'instar du Créateur, tous les grands artistes n'en possèdent-ils pas une ? Les progrès techniques ont permis d'obtenir de meilleurs résultats depuis les travaux de Tom Brown et Ian Donald. C'est ce que, semble-t-il, avait annoncé le prophète Daniel. Celui-ci n'avait-il pas écrit : "Dans les derniers temps, la connaissance augmentera (rabah)" ? Les enfants d'aujourd'hui ont accès à une connaissance du corps humain que bien des générations qui les ont précédées n'ont pas connue. Mais le mystère de l'existence reste entier pour tous ceux qui ne reconnaissent pas, dans le Créateur, l'Auteur de la Vie. 

Tu enfanteras dans la douleur

Il est un verset, dans l'Ecriture, qui a pu paraître dur à toutes les mères et à toutes celles qui désiraient enfanter. "(Dieu) dit à la femme : J'augmenterai les souffrances de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur" (Genèse 3:16). Ces mots, adressés à Hava (Ève, "celle qui donne la vie") peuvent sembler comme une "punition" infligée pour sa faute. Mais est-ce vraiment ainsi qu'il faut le comprendre ? Certes, le fait que le péché ait été introduit dans la race humaine devait immanquablement changer quelque chose dans son rapport au corps. L'être humain (homme et femme) avait perdu de ce que Dieu lui avait accordé au départ, lorsqu'il fut créé. Cela allait forcément avoir une incidence sur la procréation. Mais alors, pourquoi la gente féminine, dans son entièreté, devrait-elle porter ce poids de douleurs en enfantant ? Il y a peut-être là un "mystère", mais le texte peut nous en dire déjà beaucoup si on prend le temps de s'y attarder un moment. Il faut donc reprendre les mots un à un. Tout d'abord : "(Dieu) dit à la femme (ishsha)..." (Genèse 3:16). Il y a ici une référence à un jeu de mots entre "ishsha" (la femme) et "ish (l'homme). Ainsi, l'apôtre Paul écrit : "Car de même que la femme (ishsha) a été tirée de l'homme (ish), de même l'homme (ish) existe par la femme (ishsha) et tout vient de Dieu" (1 Corinthiens 11:12). C'est pourquoi l'Ecriture dit : "Il les créa zakar  ounekeba (mâle et femelle)" (Genèse 1:27). 

"(Dieu) dit à la femme : j'augmenterai les souffrances de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur (otseb)" (Genèse 3:16). "Otseb" peut signifier "douleur, les douleurs du travail", mais également "vase, création, objet". La matrice peut ainsi être comparée à un "vase", le réceptacle de quelque chose, ici en l’occurrence, "l'objet d'une création". A la lumière de cette définition, on pourrait donc lire : "Tu enfanteras de quelque chose qui est de l'ordre de la création". Le mot "vase" se dit également "keliy". "Keliy" vient de "kalah"qui signifie "accomplir, être complet (comme le nombre de jours de la grossesse), arriver à la fin, faire cesser". A peine le bébé est-il sorti du ventre de sa mère qu'elle oublie ses souffrances, toute à la joie de découvrir son enfant. Les paroles de Job pourraient alors prendre un sens tout nouveau. "Tu seras ferme et sans crainte, tu oublieras tes souffrances, tu t'en souviendras comme des eaux écoulées. Tes jours auront plus d'éclat que le soleil à son midi". Combien est rayonnant le visage d'un jeune maman contemplant son enfant. Dans ce moment, à la fois unique et toujours répété, on peut y trouver également la tendresse d'un père pour son enfant mêlée à l'amour qu'il porte pour son épouse. Les mots de Job prennent alors tout leur sens : oui, "plusieurs caresseront ton visage" (Job 11:15 à 19). 

 


Ainsi, lorsqu'on lit : "J'augmenterai les souffrances de tes grossesses", cela paraît comme un décret inéluctable, une "punition" qui touchera désormais toutes les femmes qui deviendraient mères. Mais est-ce vraiment de cela qu'il s'agit ? Dieu aurait-il condamné d'avance toutes les mères de l'humanité à souffrir des douleurs de l'enfantement, plus grandement que cela n'avait été prévu initialement ? Peut-être y a-t-il là quelque chose de plus subtil. Une fois encore, ce sont les mots qui vont parler. "Dieu dit à "ishsha" (un mot qui signifie également "épouse") : J'augmenterai (rabah rabah )...". "Rabah" signifie "être, devenir grand, devenir nombreux, se multiplier, croître, s'accroître, élargir, augmenter" (Genèse 1:28). On peut tout d'abord y voir une allusion aux contractions qui se rapprochent l'une de l'autre et dont la douleur va en augmentant. Pris dans le sens de "élargir", on peut y voir une allusion à l'élargissement du col. Mais de façon plus littérale, ce mot est directement lié à la multiplication des êtres humains sur la Terre.  Il est écrit : "Dieu les bénit (ish et ishsha) et leur dit : Soyez féconds, multipliez (rabah) et remplissez la Terre". Ceci se déroule avant la chute. Dieu ordonne donc à l'homme et la femme de procréer et d'avoir une nombreuse postérité. Cette parole sera réitérée à Noé et à ses fils : "Soyez féconds, multipliez (rabah), et remplissez la terre" (Genèse 9:1, 7). Plus tard, alors que Dieu s'adresse à Abraham, il lui fait une promesse et lui dit : "Ta récompense sera très grande (rabah)", et il ajoute "Je multiplierai (rabah) ta postérité" (Genèse 16: 20). Il lui dira aussi : "Je te multiplierai (rabah) à l'infini" (Genèse 17:2). Plus tard, Dieu rappellera sa promesse à Abraham, mais il va le faire d'une façon un peu particulière, en redoublant le mot, comme il le fit pour Hava : "Je te bénirai (barak barak) et je multiplierai (rabah rabah) ta postérité comme les étoiles du ciel et comme le sable qui est au bord de la mer" (Genèse 22:17). Ce qui ressort de cela, c'est que ce qui pouvait paraître, de prime abord, comme une sorte de "malédiction", s'avère être au final une "bénédiction" liée à la procréation. Bien plus, car en enfantant, Hava (la mère de tous les vivants selon la définition de son nom) engendre ce qui va devenir des peuples, des nations, mais surtout "le père des croyants", Abraham. Et par Abraham, le peuple d'Israël de qui sera issu le Massiah, ainsi qu'il est écrit : "et les patriarches de qui est issu, selon la chair, le Christ (le Massiah)" (Romains 9:5) et, "si vous êtes à Christ (au Massiah), vous êtes de la postérité d'Abraham" (Galates 3:29). Le Massiah, celui qui sera "pendu au bois" et qui endurera les pires et les plus atroces souffrances qu'aucun être humain n'a pu endurer ni avant, ni après lui. 

Lorsque le texte dit : "Je te multiplierai (rabah rabah)", ce doublement a un sens, car la postérité d'Abraham comporte deux branches principales : celle qui donnera le peuple d'Israël, et celle qui donnera la postérité d'Ishmaël. Car ce doublement s'adresse également à Agar, la mère d'Ishmaël. En effet, lorsque Agar se retrouve au désert, l'ange qui lui apparaît lui dit : "Je multiplierai (rabah rabah) ta postérité et elle sera si nombreuse que tu ne pourras la compter" (Genèse 16:10). Et puis, il y a "la postérité d'Abraham par la foi", qui sera composée de tous ceux qui ont reconnu en Yeshoua le Massiah. Quelle que soit la nation dont il est issu. Ainsi, dans cette phrase "J'augmenterai les souffrances de tes grossesses", il y a bien plus que ce que l'on a cru y voir. Il y a d'une part la promesse d'une postérité nombreuse, et d'autre part, la postérité d'un homme, choisi et aimé de Dieu, qui fut le père de nombreuses générations de croyants. A Jacob, petit-fils d'Abraham, Dieu dira : "Sois fécond et multiplie, une nation et une multitude de nations naîtront de toi et des rois sortiront de tes reins (chalats)" (Genèse 35:11). "Chalats", c'est à la fois "l'organe, le signe de la virilité, les entrailles"mais c'est également, métaphoriquement, "le siège de la douleur dans l'enfantement""Chalats" représente donc le maillon de cette chaîne de la procréation qui associe l'organe reproducteur de l'homme à la naissance de celui qu'il a engendré, et qui lui est semblable. 

Ainsi, Dieu dit, par la bouche du prophète Jérémie : "Ainsi parle l’Éternel : Nous entendons des cris d'effroi. C'est l'épouvante. Ce n'est pas la paix. Informez-vous et regardez si un mâle enfante. Pourquoi vois-je tous les hommes les mains sur leurs reins (chalats) comme une femme en travail ? Pourquoi tous les visages sont-ils devenus pâles ? Malheur ! Car ce jour est grand, il n'y en a point eu de semblable, c'est un temps d'angoisse pour Jacob. Mais il sera délivré (yasha)" (Jérémie 30:5 à 7). "Chalats", c'est donc à la fois "le siège de la virilité", et aussi de "la douleur de l'enfantement". Mais ce mot peut avoir également un tout autre sens. Il peut aussi signifier "équiper pour la guerre, être armé", et peut encore être utilisé pour désigner des "actes de violence liés à la guerre". Certains groupes armés para-militaires utilisent, dans certaines contrées du Monde, le viol collectif comme "arme de guerre" (selon l'expression usitée). Des enfants naissent de ces actes de barbarie. Dans ce contexte, le mot "chalats" prend tout son sens. Une pratique qui se répète, malheureusement, depuis l'Antiquité, et peut-être plus loin encore. Dans l’Évangile de Matthieu, le Seigneur Jésus, prophétisant le siège de Jérusalem par les légions romaines, dira : "Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres, gardez-vous d'être troublés car il faut que ces choses arrivent mais ce ne sera pas encore la fin... tout cela ne sera que le commencement des douleurs... malheur aux femmes qui seront enceintes et à celles qui allaiteront en ces jours-là" (Matthieu 24:6, 7, 8, 19). Dans ce contexte, on ne peut qu'y voir une relation de cause à effet. La brutalité des légionnaires romains n'étant plus à prouver, il semblerait que Jésus fasse ici allusion à ces éléments de l'Ecriture. Déjà, les Assyriens et les Babyloniens ouvraient à l'épée le ventre des mères pour en arracher l'enfant. Il y a bien évidemment une portée eschatologique à ce texte qui nous renvoie en des temps futurs. "Yasha" signifie "être sauvé, être délivré, être libéré, être secouru dans un combat". C'est du mot "yasha" que vient le nom de Yeshoua (Jésus). Ces "douleurs de l'enfantement" annonceront le Retour du Seigneur en gloire. 

Mais j'en reviens à la Genèse de l'humanité. A celle qui, la première, connut ces "douleurs de l'enfantement", Hava. 

J'augmenterai les douleurs

Mais il y a encore quelque chose d'étonnant dans cette parole que Dieu adresse à "la mère de tous les vivants". Et il se peut fort que cela soit étroitement lié à ce qui précède. Il est dit ensuite : "J'augmenterai les souffrances (itstsabown) de tes grossesses". "Itstsabown" signifie "douleur, peine, pénibilité". Ce mot apparaît trois fois dans les Écritures. La deuxième occurrence se trouve au verset suivant où Dieu parle, cette fois-ci, à Adam  : "Le sol sera maudit à cause de toi, c'est à force de peine (itstsabown) que tu en tireras ta nourriture" (Genèse 3:17). Ainsi, les "souffrances" qui seront désormais le lot de Hava (Ève) sont également attribuées à Adam, mais sous une autre forme. La troisième occurrence se trouve un peu plus loin, toujours dans le livre de la Genèse. C'est Lémec, le père de Noé, qui parle. Il dit : "Celui-ci (Noé) nous consolera de nos fatigues et du travail pénible (itstsabown) de nos mains provenant de cette terre que l’Éternel a maudite" (Genèse 5:29). Ces trois passages donnent toute la dimension de ce mot. Ainsi, il était prévu que les souffrances de la femme lors de son accouchement seraient également portées par l'homme, mais de façon différente.

Mais il y a plus. Le mot "itstsabown" vient de "atsab", dont j'ai parlé plus haut et qui signifie "faire du mal, faire de la peine, chagriner, déplaire" (Job 10:8). Job, exprimant son mal de vivre, souhaitait n'avoir jamais vu le jour. Et l'on touche ici à un autre aspect de l'enfantement : celui d'une grossesse non désirée. Plus haut, j'avais souligné que pour Job, sa propre conception lui causait de la peine car il aurait préféré ne pas exister. Ici, c'est la mère qui ne désire pas l'enfant qu'elle porte. Les raisons de cette non-acceptation peuvent être multiples. Loin de moi l'idée de juger de quelconque façon que ce soit. Nous avons un Père aimant qui connait les cœurs de chacun et chacune. Jésus n'a-t-il pas dit : "Tous ceux que le Père me donne viendront à moi, et je ne mettrai pas dehors celui (ou celle) qui vient à moi" (Jean 6:37) ? Des portes se sont parfois refermées sur un aveu. Celui d'une grossesse survenue subitement. Non désirée parce que non espérée. Non attendue. Des portes qui se refermaient sur un refus. Un rejet de la jeune femme, la jeune fille, et de l'enfant qu'elle portait. Les larmes, les regrets n'y ont rien changé. La porte est demeurée fermée. Mais pour eux, pour elles, Jésus a prononcé ces mots : "Je Suis la Porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé. Il entrera et il sortira" (Jean 10:9). Esaïe écrit : "L’Éternel te rappelle comme une femme délaissée au cœur attristé, comme une épouse de la jeunesse qui a été répudiée, dit ton Dieu" (Esaïe 54:6). Combien de femmes, de jeunes filles, ont-elles été abandonnées, rejetées, bannies après avoir été mises enceintes par un homme qui ne voulait pas entendre parler d'un enfant ? Maupassant traite ce sujet dans l'un de ses romans, en parlant d'une domestique, licenciée par son maître parce qu'elle porte l'enfant qu'il a lui-même engendré. J'ai abordé ce sujet dans l'article "David... Né dans l'iniquité".

Dieu est un Père aimant. Il accueille, sans jugement, celle qui se tourne sincèrement vers Lui pour trouver secours. Agar s'étant perdue dans le désert, s'éloigna de son fils pour ne pas le voir mourir. Mais Dieu lui parla et lui indiqua le lieu où se trouvait un puits. Elle fut sauvée. Dieu avait entendu "les cris de l'enfant". Il est écrit : "L'ange de Dieu appela du ciel Agar et lui dit : Ne crains pas car Dieu a entendu la voix de l'enfant dans le lieu où tu es" (Genèse 21:17). Agar se trouvait "à une portée d'arc" de son fils (verset 16). Or, le texte dit : "Dieu a entendu la voix de l'enfant dans le lieu où tu es". Qu'est-ce à dire ? Que Dieu a entendu les cris de l'enfant dans le cœur même d'Agar. Et, oserais-je le dire ? Dieu entend les cris de "l'enfant" qui est en nous. De même aujourd'hui, Dieu entend "les cris de l'enfant" de celle qui, comme Agar, a été renvoyée, abandonnée, expulsée. Comme le dit Esaïe : "L’Éternel te rappelle comme une femme délaissée au cœur attristé". Et comme dit l'auteur de l’Épître aux Hébreux : "Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas votre cœur" (Hébreux 4:7). Dieu est un sûr Refuge.
 


Comme le dit le Psalmiste : "Dieu est pour nous un refuge, un appui, un secours qui ne manque pas dans la détresse" (Psaume 46:2). Dieu peut être un Père pour la mère en détresse comme pour son enfant qui en est désormais privé. "Voici, j'établis mon alliance avec vous, et avec votre semence après vous... Dieu dit : C'est ici le signe de l'alliance que je mets entre moi et vous, et tout être vivant qui est avec vous pour les générations à toujours" (Genèse 9:9, 12). Combien de mères ne se sont-elles pas confiées en Lui ? Et pour combien d'entre elles Dieu n'est-il pas devenu le Dieu de leur postérité ? Aujourd'hui encore, la descendance d'Ishmaël, fils d'Agar, se reconnait comme étant de la postérité d'Abraham.

Mais j'en reviens au texte du Psaume.

Une oeuvre admirable 

"Tes œuvres (ma'aseh) sont admirables et mon âme le reconnait bien" (Psaume 139:14). "Ma'aseh" signifie "action, travail, labeur, occupation"On retrouve ce mot dans un passage cité plus haut : "Celui-ci (Noé) nous consolera de nos fatigues et du travail pénible (itstsabown) de nos mains provenant de cette terre que l’Éternel a maudite" (Genèse 5:29). Ces "œuvres admirables" de Dieu dont parle le Psalmiste sont donc étroitement liées au "travail pénible, aux souffrances, à la douleur et à la peine" de l'accouchement tout comme au travail de la terre auquel Adam fut astreint. Cette même "peine" à laquelle fait allusion Lémec, père de Noé. Un lien étroit relie ainsi les "œuvres admirables" du Créateur du fœtus et ces "douleurs de l'enfantement" de la femme qui donne la vie à un enfant.

Et le texte poursuit :

"Mon corps (otsem) n'était point caché devant toi" (Psaume 139:15). "Otsem" apparaît trois fois dans les Écritures. En Deutéronome 8:17, il désigne "la puissance"alors qu'en Job 30:21, il est traduit par "force". En cela, ce verset est dans la continuité du précédent puisque celui-ci se termine par ces mots : "et mon âme le reconnaît bien (méod)". Or, "méod" signifie "beaucoup, fortement, force, abondance, puissance". En substance, le Psalmiste dit : "De toute ma force et de tout mon être, je reconnais que ce que tu as fait de moi, lorsque j'étais encore dans le ventre de ma mère, est vraiment une oeuvre admirable". Tout à l'inverse du mot "atsab" mentionné plus haut, reprenant les paroles de Job qui considérait sa conception comme une souffrance qui lui était imposée. 

"Mon corps n'était pas caché (kachad) devant toi". "Kachad" signifie "cacher, dissimuler" mais aussi "être désolé(e), détruire, exterminer, effacer, anéantir". "Mon corps n'a pas été détruit, effacé, anéanti". Ce pourrait être la voix de celui qui a échappé au sort qui lui était réservé. Mû par une détresse extrême, le geste qui aurait dû lui être fatal n'a pu achever son oeuvre. C'est cette même voix qui s'élève "avec force" pour dire : "Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse". Ainsi, lorsque le Psalmiste dit : "C'est toi qui a formé mes reins (kiliyah)", il reconnait en substance que "C'est toi qui m'a donné la capacité d'avoir des émotions, d'éprouver des sentiments, c'est toi qui m'a donné une âme, un cœur pour t'aimer et te louer"

"Lorsque j'ai été fait dans un lieu secret (cether)". Le "cether" c'est un refuge, un lieu dissimulé. Le psalmiste l'associe ici à la matrice. Le Cantique des Cantiques en donne une image fort poétique : "Ma colombe qui te tiens dans la fente du rocher, qui te caches dans les parois (cether) escarpées" (Cantique des cantiques 2:14). L'auteur souligne ici le fait que sa bien-aimée ne se laisse pas facilement atteindre dans son intimité. elle se niche dans les parois escarpées, difficiles d'accès. Mais c'est également là, dans le nid nuptial, que la "douce colombe" pondra ses œufs. Jolie allégorie du thème central du Psaume. 

"Tissé (raqam) dans les profondeurs de la terre". "Raqam" signifie "varier, diversifier, mêler les couleurs" mais aussi "broderie, un ouvrage habilement travaillé". C'est pour cela que Darby traduit : "façonné comme une broderie dans les lieux bas de la terre". Un oeuvre d'art. Un chef-d'oeuvre. Chaque organe, chaque membre étant "tissé" de façon habile par un talentueux artisan. Ce mot "raqam" est généralement utilisé pour la confection des tissus du Tabernacle ou la confection des vêtements sacerdotaux. Les textes mentionnent les noms de Betsaleel et de Oholiab, les maîtres-artisans de cette oeuvre sainte. ll est également fait mention de Huram-Abi, "fils d'une femme d'entre les filles de Dan et d'un père (ab) tyrien... habile pour les ouvrages..." (2 Chroniques 2:13, 14). Celui-ci fut dépêché par le roi de Tyr auprès de Salomon pour la construction du Temple. Son nom, Huram Abi, est évocateur. Il peut également être prononcé "Hiram", du nom du roi qui l'avait mandaté. "Huram" signifie "noble de naissance" et vient du mot "chuwr" qui désigne une "étoffe blanche, des matériaux blancs" (comme par exemple le marbre). L'étoffe blanche étant un symbole de royauté et/ou de prestige (Esther 1:6, 8:15). Quant à "Abi", ce mot signifie "père, chef de famille, prince". En résumé, Huram-Abi était un noble, peut-être de sang royal, vêtu de blanc, signe de son rang, et habile de ses mains "pour toutes sortes d'ouvrages". Un polytechnicien et maître d’œuvres. Un homme élégant, distingué, compétent, et doté de talents créatifs et artistiques. Et qui plus est, père et patriarche de son clan familial. Cet homme, "fils d'une femme d'entre les filles de Dan", avait été, lui aussi, "tissé dans les profondeurs de la terre (aqam)", qui "varie, diversifie, mêle les couleurs". Lui aussi fut "tissé comme une broderie, comme un ouvrage habilement travaillé". Et lorsqu'il était encore dans les entrailles de la "femme d'entre les filles de Dan", il était déjà destiné à travailler à l'édification du Temple de Jérusalem. Tout le monde ne peut être un Huram-Abi, mais nous qui avons reconnu en Jésus-Christ notre Seigneur, "nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres, afin que nous les pratiquions" (Éphésiens 2:10). Il est écrit que "notre seul refuge a été de saisir l'espérance qui nous était proposée" (Hébreux 6:18). Et l'auteur ajoute : "Cette espérance, nous la possédons comme une ancre de l'âme, sûre et solide, elle pénètre au delà du voile" (verset 19). L'auteur de l'Épître fait ici allusion au voile du Temple.

Si j'ai évoqué Betsaleel et Oholiab, c'est parce que ceux-ci furent les maîtres-artisans de la fabrication des éléments du Tabernacle. Les textes font mention des "voiles" de la Tente. "On fit pour l'entrée de la tente un rideau de fil bleu, pourpre et cramoisi. C'était un ouvrage de broderie" (Exode 36:37). Le Lieu Saint, et à fortiori, le Lieu très Saint, étaient des lieux "inviolables". Mais ces "voiles" peuvent, d'un point de vue métaphorique, protéger ces "lieux secrets", ces "parois escarpées". De ces lieux qui n'ont encore connu aucune semence. Hymen protecteur de ces "profondeurs de la terre". Mais un jour, un miracle se produisit. "Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils" (Matthieu 1:23). Derrière ce "voile", il y eut le miracle de la vie, "Emmanuel, Dieu avec nous". Dieu se tenait là, à nouveau derrière un voile. Un voile qui ne serait pas déchiré par l'époux de Marie, mais par Jésus lui-même, à sa naissance. Un autre voile devait se déchirer, une trentaine d'années plus tard. Se déchirer en deux, "du haut jusqu'en bas", lorsque le Seigneur Jésus, sur la Croix, rendit l'esprit (Marc 15:37, 38). Sa mère était là, au pied de ce bois où était crucifié son fils (Jean 19:25), avec celui qui allait devenir, selon la volonté même de Jésus, son fils adoptif, celui qui désormais allait prendre soin d'elle, l'apôtre Jean (Jean 19:25 à 27).
 
  

 

Dans les profondeurs de la terre 

"Tissé dans les profondeurs (tachtiy) de la terre". "Tachtiy" veut dire "ce qui est en bas, les parties intérieures". Ce mot vient de "Tachath" qui signifie "la partie du dessous, qui est sous quelqu'un, le lieu où l'on se tient, au lieu, en place de" mais aussi "douceur, soumission". Ce passage a donc un double sens. Il parle à la fois de la "Genèse" de cette conception, de la façon dont il a été conçu, mais également du lieu intérieur où il va se développer, les entrailles maternelles. 

"Dans les profondeurs de la terre (eretz)". "Eretz" désigne souvent la terre d'Israël, mais il peut signifier également "territoire, sol, contrée, région, pays, peuple indigène...". Ces diverses définitions permettent de mieux comprendre cette expression. Nous sommes tous nés quelque part. Dans un pays, une région, un lieu qui avaient chacun leurs particularités. Tous les hommes sont nés d'une mère, et tous parlent une langue que l'on appelle "maternelle". La naissance va définir l'origine ethnique, la couleur de la peau, les traits caractéristiques physiques liés à l'appartenance à telle ou telle nation. Le milieu culturel va définir les valeurs, éventuellement la religion, les habitudes alimentaires, vestimentaires, etc... En cela, l'enfant va grandir, "tissé" dans un système de codes, culturels et cultuels, propres à la population dont il est issu. Ainsi, tout en partageant cette humanité commune à ses contemporains partout sur la Terre, il aura des caractéristiques qui seront propres à son milieu ambiant. Et ce cadre dans lequel il va grandir subsiste peut-être depuis des siècles, des millénaires, avec bien évidemment quelques variantes, mais somme toute fort semblables. Il devient dépositaire, malgré lui, d'un héritage provenant des ses ancêtres lointains. Il aura été "tissé dans les profondeurs de la terre" quand il n'était encore "qu'une masse informe...". 

Le psalmiste, lui, est un israélite ayant vécu il y a environ trois mille ans dans un Proche-Orient qui, par certains aspects, est demeuré semblable à ce que l'on peut connaître encore aujourd'hui. Et par d'autres, totalement différent. Cependant, il partagea l'expérience intra-utérine de tout être humain, celui d'être formé dans le ventre de sa mère. Il fut le produit d'un processus déterminé par son ADN. De la postérité d'Abraham, il naquit au sein de son peuple. "Hébreu né d'Hébreux" dit l'apôtre Paul (Philippiens 3:5). Il fut, comme chaque auteur des Écrits bibliques, "tissé dans les profondeurs de la terre (eretz)" d'Israël. C'est le contexte historico-religieux dans lequel il a grandi qui a déterminé ses orientations et fait de lui l'auteur du Psaume 139. 

"Quand je n'étais qu'une masse informe (golem), tes yeux me voyaient". "Golem" signifie "embryon, foetus"Ce mot est à l'origine d'une légende, celle d'un être d'argile à qui son créateur avait donné vie, et qui s'était révolté contre lui. Néanmoins, la description que le Psalmiste donne de la conception démontre une véritable révélation divine quant à la façon dont un être humain est formé. 

Cefer hayomîm : Le Livre des Jours 

"Et sur ton livre (cepher) étaient tous inscrits les jours qui m'étaient destinés". "Cepher" c'est, entre autres, "un livre, un document, un rouleau de livre, un registre généalogique". Mais ce livre-là est "le livre de Dieu". Ce même livre dont Moïse demandera d'être effacé, "le livre que tu as écrit" (Exode 32:32). Dans ce livre sont inscrits les noms de tous les êtres humains qui ont paru sur la Terre depuis Adam jusqu'à cet instant précis où vous lisez ces lignes. "Voici le livre de la postérité d'Adam..." (Genèse 5:1). Mais "cepher" vient aussi du mot "saphar". "Saphar" signifie "dénombrer, compter, relater, faire le récit, précisément...". Tous les jours de l'homme sont inscrits dans un livre et seul Dieu en connait le nombre total. Aujourd'hui pourrait être le dernier, ou peut-être demain. "Insensé, cette nuit même, ton âme te sera redemandée" (Luc 12:20). Il m'est destiné un certain nombre de jours et je ne peux en ajouter aucun. "qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie ?" (Luc 12: 25). 

"L’Éternel dit à Moïse : Ecris (kathab) cela dans le livre pour que le souvenir s'en conserve" (Exode 17:14). "Ecris (kathab) ces paroles, car c'est conformément à ces paroles que je traite alliance avec toi et avec Israël" (Exode 34:27). Dieu a fait alliance avec son peuple et cela a été rédigé dans un livre qui s'appelle la Bible. Ce livre recèle nombre de généalogies qui contiennent les noms des pères des soixante-dix nations fondatrices de l'humanité. Chaque être humain sur la Terre, qu'il soit d'hier, d'aujourd'hui ou de demain, peut lire, dans ce livre, les noms de ses plus anciens ancêtres. "Livre de la postérité d'Adam...". Mais la généalogie de Caïn s'est éteinte avec le Déluge. Abel n'a eu aucune descendance. Nous sommes tous issus de Shet, le troisième fils d'Adam. Et toutes les nations qui couvrirent la terre après le Déluge sont issues de Japhet, de Cham et de Sem, les trois fils de Noé. 

"... Les jours qui m'étaient destinés (yatsar)". Il me faut ici, pour me rapprocher du texte, reprendre la version Darby qui est est beaucoup plus fidèle au texte original. "Mes os ne t'ont point été cachés lorsque j'ai été fait dans le secret, façonné comme une broderie dans les lieux bas de la terre. Tes yeux ont vu ma substance informe et dans ton livre mes membres étaient écrits, de jour en jour ils se formaient lorsqu'il n'y en avaient encore aucun" (Psaume 139:13 à 16, version Darby). L'expression "yiamîm youtsrou" se traduit littéralement par "les jours qui ont été façonnés". On peut donc y voir, comme le souligne Segond, une notion de destinée, avec l'idée que, avant même d'être conçu, les jours de cet être vivant sont déjà comptés et mesurés. Darby, lui, souligne la notion de "plan pré-établi", notion que l'on retrouve ailleurs dans ce Psaume. La constitution du corps humain est génétiquement défini. Sa constitution progressive obéit à un processus précis. Alors que les principes de la génétique ne seront découverts qu'au vingtième Siècle de notre ère, le Psalmiste brosse un portrait précis de la conception intra utero. Pour Segond, le durée de l'existence de l'enfant est déterminée in-utéro. Pour Darby, c'est le nombre de ses membres qui sont comptés, avant même que le premier jour de la conception soit passé. Ces deux approches donnent, l'une et l'autre, un aspect différent d'une réalité si riche que les mots peinent à en rendre toute la dimension. 

Le mot "Yatsar"  peut revêtir deux sens différents. Premièrement : "former, façonner, structurer, être formé, être prédestiné, originale, conception (de l'être humain), structurer, pré-établir". Le deuxième sens pourrait être traduit par : "nouer, être déprimé, dans la détresse, à l'étroit, souffrir d'angoisse". Et l'on touche ici à un domaine sensible qu'il n'est pourtant pas possible d'éviter si l'on parle de grossesse et d'enfantement. Car une grossesse peut apporter un grand bonheur, mais si elle n'est pas désirée, elle peut être "yatsar", un sujet "de dépression, de détresse et d'angoisse". Elle peut également être plus que cela, si cette grossesse est le produit d'un viol. J'ai conscience de toucher ici à un domaine extrêmement délicat, et c'est avec beaucoup de respect et de tact que j'essaye de m'en approcher, tout en ne pouvant pas ne pas l'aborder. Les textes bibliques utilisent le mot "shakol" pour désigner à la fois "le fait d'être privé d'enfant (par la stérilité), une fausse couche ou un avortement" (Exode 23:26, Esaïe 49:21). Ces trois choses peuvent apporter, chacune pour leur part, un lot de tristesse, de souffrance et de douleurs et provoquer "dépression, détresse et angoisse". Mais fort heureusement, "yatsar" désigne également des moments heureux comme les premiers pas d'un jeune enfant. Il est écrit, dans le livre de Job : "Ses pas assurés seront à l'étroit (yatsar), malgré ses efforts, il tombera" (Job 18:7). Le contexte dans lequel s'insère ce texte n'a rien à voir avec le sujet présent. Mais à la lecture de ce verset, je n'ai pu m'empêcher de penser aux premiers pas d'un enfant qui apprend à marcher. Tout à la joie de pouvoir marcher seul, l'enfant tombe et se relève aussitôt. Il repart de plus belle. "Si tu marches", dit le livre des proverbes, "ton pas ne sera pas gêné (yatsar), et si tu cours, tu ne chancelleras pas" (Proverbes 4:12). 

Lorsque l'enfant prend de l'assurance dans sa marche, il s'élance et ses pas deviennent fermes. Il peut alors s'avancer vers cette existence qui lui ouvre les bras, comme le ferait un père ou une mère, heureux d'assister à cet élan vital, ces premiers pas dont ils sont si fers.
 

 

Un dernier point

Il est un aspect qui n'a pas encore été abordé et sans lequel cet article ne serait pas tout à fait complet, c'est sa dimension prophétique. Dans l'Apocalypse, l'apôtre Jean fait référence à une femme sur le point d'accoucher. "Elle était enceinte et elle criait, étant en travail dans les douleurs de l'enfantement (Apocalypse 12:2). Qui est cette femme ? D'aucuns y ont vu l'Eglise. Pour d'autres, il s'agit d'Israël. Les avis divergent à ce propos. Je ne m'attarderai ici que sur les points directement en lien avec le sujet de cet article. Ainsi, le mot "femme" (en grec "gynê) pourrait avoir pour origine le mot "ginomai" qui signifie "venir à l'existence, commencer à être". Ce mot peut également désigner "des événements se produisant dans l'Histoire", ou encore "un homme apparaissant en public". Pour désigner une période de temps, il peut également signifier "quelque chose de fait, de terminé". La femme dont il est question dans ce passage a donc permis à quelque chose (ou quelqu'un) de "venir à l'existence", à "des événements de se produire dans l'Histoire". Ce qui a "commencé à être" a été "achevé, terminé". Ce qui n'est pas sans rappeler ces mots du Seigneur sur la Croix : "Tout est accompli". Jésus, né d'une vierge (Luc 1:31), est venu en son temps, sa vie et son oeuvre ont marqué à jamais l'humanité toute entière. Pour une grande partie de l'humanité, ce qui s'est déroulé dans l'Histoire des hommes se situe d'ailleurs "avant" ou "après" Jésus-Christ. Et bien que nous soyons dans "les temps de la fin", il est possible que ce que nous connaissons aujourd'hui ne soit que "le commencement des douleurs" (Marc 13:8 - Matthieu 24:8). Reprenant cette métaphore, l'apôtre Paul écrira : "Quand les hommes diront : paix et sûreté ! Alors, une ruine soudaine les surprendra, comme les douleurs de l'enfantement surprennent la femme enceinte, et ils n'échapperont pas" (1 Thessaloniciens 5:3). Si Jérémie s'étonne en disant : "Pourquoi vois-je tous les hommes les mains sur leurs reins comme une femme en travail ?" (Jérémie 30:6), l'apôtre Paul avoue souffrir tout à nouveau "les douleurs de l'enfantement" pour ses chers Galates (Galates 4:19). 

"Paix et sûreté". N'est-ce pas à cela que le monde d'aujourd'hui aspire ? Ne sommes-nous pas justement dans ce temps où l'on recherche avidement ces choses ? "Quand les hommes diront (aspireront de tout leur cœur)... alors une ruine soudaine les surprendra". Et l'apôtre Paul compare cette "ruine soudaine" aux "douleurs de l'enfantement", c'est à dire de plus en plus fortes et de plus en plus rapprochées. "Une ruine soudaine"... Comme celle de Wall Street en 1929 ? Ou comme celle de 2008 ? Ou celle de 20... ? "Comme les douleurs de l'enfantement". Le Seigneur nous a prévenus : "Prenez garde ! Veillez et priez car vous ne savez pas quand ce temps viendra" (Marc 13:33). 

Conclusion

Le psaume 139, comme tous les autres Psaumes, était initialement destiné à être chanté avec accompagnement musical. Plusieurs d'entres eux débutent d'ailleurs par ces mots : "Au chef des chantres, avec instruments à cordes" (Psaumes 4, 6, 55, 61, etc...). La musique est un vecteur universel porteur d'un message. Le Psaume 139 trouve sa place dans un contexte historique, religieux, spirituel, celui d'un peuple nourri de sa propre histoire et de sa destinée. Cependant, sa phraséologie reflète son caractère. On y retrouve une dimension culturelle inhérente à un peuple, une culture. Sa dimension spirituelle, quant à elle, transcende les mots, elle les porte, les sublime, les exalte. Leur portée déborde du cadre initial pour revêtir un sens universel qui, dans toutes les langues dans lesquelles ce psaume a été traduit, offre à ses lecteurs un message toujours vivant, actuel et intemporel. Ce Psaume n'a pas de frontières. Il parle à l'humain. Il est pour Israël et il est pour les nations. C'est un message du Créateur à sa créature. 

Le Psalmiste introduit son Psaume en disant : "Éternel, tu me sondes (chaqar) et tu me connais..." et il conclut en disant : "Sonde-moi, ô Dieu et connais mon cœur" (Psaume 139:1, 23). "Chaqar" signifie "sonder, rechercher, examiner, faire des recherches, explorer, examiner en détail". C'est ce que j'ai entrepris de faire avec ce Psaume, comme je le fais avec d'autres textes bibliques pour rédiger les articles de ce blog. Mais, à chaque fois, je dois faire le constat que je n'ai fait qu'effleurer le texte. Je n'ai pu en retirer que quelques éléments. Ainsi, il est écrit : "Comme tu ne connais pas quel est le chemin du vent, ni comment se forment les os dans le ventre de la femme enceinte, tu ne connais pas non plus l'oeuvre de Dieu qui fait tout" (Ecclésiaste 11:5). Tout reste encore à découvrir.

JiDé

Psaume 139 : la création d'une oeuvre d'exception
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