Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Daniel : la folie de Nabucadnetsar, roi de Babylone (chapitre 4)

Daniel : la folie de Nabucadnetsar, roi de Babylone (chapitre 4)

Si Nabucadnetsar fut un grand monarque, il n'en connut pas moins, dans son existence, un épisode peu glorieux. Cet épisode, qui est relaté au chapitre 4 du livre de Daniel s'est fort heureusement bien terminé. Le roi de Babylone, maître d'un immense empire, fut frappé d'une maladie mentale que l'on nomme aujourd'hui boanthropie. L'orgueilleux monarque, représenté dans son palais par des sculptures de taureau ailé, va soudain se comporter comme un bœuf servile en mangeant de l'herbe. Le nom de Nabucadnetsar signifie "que (le dieu) Nébo protège la couronne". Cet épisode de la vie du roi tendait à lui démontrer, dans un premier temps, la totale incompétence de ce dieu, auquel il identifiait son règne, à le protéger de quelque façon que ce soit. Dans un deuxième temps, à lui révéler le seul et unique vrai Dieu, le Dieu des Cieux. Cieux vers lesquels il s'était élevé trop orgueilleusement. Après avoir été ainsi abaissé, le roi retrouva une raison saine et rendit gloire au "Roi des cieux" (lèmèlek shèmay yah") qui, après l'avoir ainsi humilié, lui rendit la raison. Le roi reprit ses fonctions au palais et rédigea un compte-rendu de ces événements et de comment il fut guéri (Daniel 4:1, 2, Segond*). Celui-ci fut lu et proclamé dans tout son empire, jusqu'à ses plus lointaines extrémités, afin que tous connaissent le Dieu des cieux. J'avais déjà abordé ce thème dans un précédent article (La folie de Nabucadnetsar, roi de Babylone). 

Un songe effrayant

Le roi introduit donc sa déclaration par ces mots : "Moi, Nabucadnetsar, je vivais tranquille dans ma maison et heureux dans mon palais. J'eus un songe qui m'a effrayé. Les pensées dont j'étais poursuivi sur ma couche et les visions de mon esprit me remplissaient d'épouvante" (Daniel 4:4, 5). Il fait ensuite le récit de son songe, qui peut être divisé en deux parties. La première fait mention d'un "arbre haut et fort qui s'élevait jusqu'aux cieux" et dont le tronc va être coupé. L'arbre sera abattu, ainsi que ses branches (Daniel 4:10 à 15). Je reviens ici à l'introduction de sa proclamation : "Je vivais tranquille dans ma maison et heureux dans mon palais". Le roi jouissait ainsi du bonheur, tant dans sa vie privée que dans sa vie publique. Il va bientôt être touché dans l'un et l'autre domaine de son existence.

"Et heureux dans mon palais". Le texte araméen (langue dans laquelle est rédigée la proclamation du roi) mentionne le mot "ra'aman" (heureux). Mais il est intéressant de noter qu'en hébreu (l'autre langue dans laquelle est rédigé le livre de Daniel), le mot "ra'aman" signifie "arbre vert, feuillage verdoyant" (Étonnante coïncidence !). Le roi était encore un homme "vigoureux"tout comme cet arbre dont il fait le songe. Tout comme cet arbre, il va être "jeté à terre". Rappelons au passage que, dans la Bible, l'arbre symbolise l'être humain (Psaume 1:1 à 3). 

Après avoir été restauré dans ses fonctions royales, et en introduction de sa proclamation, il dit : "J'ai eu un songe…". Ce mot "songe" se dit en araméen "chelem". Son équivalent hébreu, "chalam", signifie "rêver, songer" mais également "être sain, être fort, restaurer la santé". Ainsi, le prophète Esaïe écrira : "Seigneur, c'est par tes bontés qu'on jouit de la vie, c'est par elles que je respire encore. Tu me rétabliras (chalam), tu me rendras la vie. Voici, mes souffrances mêmes sont devenues mon salut" (Esaïe 38:16, 17). Le roi aurait tout aussi bien pu s'approprier ces paroles. Après avoir expérimenté ce qu'annonçait le songe, la santé mentale du roi lui revint. Il fut, tout à nouveau, en pleine possession de ses moyens. 

Dans son songe, le roi voit "un arbre d'une grande hauteur" (Daniel 4:10). Si, en araméen, le mot "iylan" signifie bien "arbre", son équivalent, en hébreu, peut recouvrir d'autres significations. "Ayil" désigne bien un arbre, mais également "bélier, vestibule, un homme fort, grand et vaillant". Il n'y a donc pas d'équivoque. L'arbre du songe représente bien le roi, fort et vaillant. Mais il signifie également "vestibule". Le vestibule étant généralement un hall, un couloir d'entrée qui donne accès aux autres pièces de la maison. Or, que dit le texte ? "Moi, Nabucadnetsar, je vivais tranquille dans ma maison…" (Daniel 4:4). Et où était-il lorsqu'il fut frappé de démence ? "... Comme il se promenait dans le palais royal de Babylone". Le roi était dans un de ces couloirs du palais. Le rêve qu'avait fait le roi, douze mois plus tôt, contenait déjà les éléments constituants de sa réalisation. "L'arbre" désignait "l'homme fort et vaillant", mais également "le lieu" où commencerait à se réaliser ce qui lui avait été annoncé. En réalité, ce songe contient bien plus que ce que l'on peut y lire d'un premier abord. 
 


Fort comme un chêne 

Le roi se promenait dans son palais. Deux mots désignent cette action : "hawa" et "malak". Cette promenade du roi donne également des indications sur ce qui s'est produit alors. "Hawa" signifie "venir, devenir, être, venir à passer, amener à savoir". Cette promenade allait sceller son destin. Mais le roi était "amené à savoir" que Dieu est souverain au dessus des hommes, quelle que soit leur grandeur. L'autre mot désignant la promenade du roi est "malak". Ce mot s'écrit avec les lettres "mêm, lamed, kaph". Les mêmes lettres qui composent le mot "melek" (roi). Ainsi, cette "promenade" était destinée à révéler ce qui allait advenir du roi et de son royaume. Comme je l'ai dit plus haut, si le mot araméen  "Iylan" signifie "arbre", son équivalent hébreu (ayil) peut désigner un "bélier" que Daniel identifiera plus tard comme étant l'empire qui devait succéder à celui de Babylone, celui des Mèdes et des Perses (Daniel 8:20). Bélier qui enfoncera les portes du palais dans lequel Belshatsar, petit-fils de Nabucadnetsar, s'était réfugié. 

Le roi dit avoir vu "un arbre d'une grande hauteur (ruwm)". Un mot qui signifie également "s'élever, être élevé". "Mais lorsque son cœur s'éleva (ruwm) et que son esprit s'endurcit jusqu'à l'arrogance, il fut précipité de son trône royal et dépouillé de sa gloire". Une fois rétabli, le roi exaltera (ruwm) le roi des Cieux. De même, si le songe révèle la démesure de son orgueil par l'opinion qu'il a de lui-même, il contient déjà, en germe, la révélation de Celui qui la lui fait connaître. Après s'être lui-même élevé, il élèvera Celui qui l'a abaissé. Il est écrit : "C'est la bénédiction de l'Eternel qui enrichit et il ne la fait suivre d'aucun chagrin" (Proverbes 10:22).

"Cet arbre était devenu grand et fort teqeph)" (Daniel 4:11). L'araméen "Teqeph" signifie "grandir en force, être endurci, croître en arrogance"alors que son équivalent hébreu (taqaph) signifie "prévaloir, vaincre, subjuguer, accabler"et se retrouve dans un passage du livre de Job où il est écrit : "La détresse et l'angoisse l'épouvantent. Elles l'assaillent (taqaph) comme un roi prêt à combattre" (Job 15:24). Le roi de Babylone dira : "Le songe m'a effrayé, les pensées dont j'étais poursuivi sur ma couche et les visions de mon esprit me remplissaient d'épouvante" (Daniel 4:5). La dureté de cœur du roi l'a empêché d'entendre l'avertissement que le Seigneur lui avait adressé. Son arrogance (teqeph) causera sa chute. Il sera "subjugué, accablé" par le songe. 

Cet arbre grand et orgueilleux "dont la hauteur s'élevait (meta) jusqu'aux cieux" (4:11). Ce qui n'est pas sans rappeler la tour de Babel dont "le sommet touchait aux cieux" (Genèse 11:4). L'arrogance du roi est "montée" jusqu'au trône de Dieu alors qu'il "s'élevait" orgueilleusement. Cette arrogance outrancière va provoquer la réaction du Très-Haut, ce qui fait dire à Daniel : "Voici l'explication, ô roi, le décret du Très-Haut, qui s'accomplira (meta) sur mon seigneur le roi" (4:24). Et plus loin : "Toutes ces choses se sont accomplies (meta) sur le roi" (4:28). Cet "arbre" portait "une nourriture abondante pour toutes les bêtes des champs" (4:12). Comme "s'il couvait un aspic dans son sein", l'une de ces bêtes qu'il couvrait de son ombre protectrice allait bientôt lui ravir le trône (Daniel 2:39 - 7:5). 

La Bête humaine  

Le chapitre 2 du livre de Daniel présente le monarque comme régnant sur les hommes et les bêtes des champs. "Il t'a fait dominer sur eux tous, c'est toi qui est la tête d'or"  (Daniel 2:38). Mais au chapitre 4, l'arbre fort et majestueux est tombé. "Mais laissez le tronc… parmi l'herbe des champs… qu'il ait comme les bêtes (cheyva) l'herbe pour partage" (Daniel 4:15). Le verdict tombe : "et un cœur de bête lui sera donné" (4:16). Son comportement devient bestial : "son cœur devient semblable à celui des bêtes… tu auras ta demeure avec les bêtes des champs" (4:21, 25, 32). Ce texte préfigure déjà les songes que fera, plus tard, Daniel, ceux des quatre bêtes qui représentent quatre empires. Dans le songe du roi, il était la tête d'or, symbolisée par la tiare qu'il porte majestueusement sur la tête. Si les différents composants de la statue représentent la puissance de ces quatre empires, leur représentation animale (Daniel 7) en démontre la bestialité. Ces "bêtes" furent finalement dépouillées de leur puissance (Daniel 7:12). "Ces quatre bêtes, ce sont quatre rois qui s'élèveront de la terre" (Daniel 7:17). "Le quatrième animal est un quatrième royaume" (Daniel 7:23). Comme je l'ai dit plus haut, "l'arbre" (en hébreu ayil) peut également désigner un bélier. Bélier qui, dans le chapitre 8 du livre de Daniel, est identifié comme étant l'empire des Mèdes et des Perses, ce même empire qui devait succéder à celui de Babylone (Daniel 8:3). L'arbre babylonien sera déraciné, mais sur sa souche, demeurée en terre, s'élèvera un autre royaume. C'est ce que dira Daniel au roi lorsqu'il lui donnera l'explication du songe de la statue : "Après toi, il s'élèvera un autre royaume, moindre que le tien, puis un troisième royaume qui sera d'airain et qui dominera toute la terre" (Daniel 2:39). Plus tard, Daniel reprendra cette chronologie : "Puis un autre s'élèvera après eux" (Daniel 7:24).

Quatre versets mentionnent le sort du monarque et les conditions dans lesquelles il va vivre durant ces "sept temps" (Sept saisons? Sept années ?). Quatre textes, au demeurant fort semblables, mais qui mentionnent ou non certaines particularités. A peine le roi avait-il prononcé ces paroles arrogantes qu'une voix se fit entendre : "on te chassera du milieu des hommes, tu auras ta demeure avec les bêtes des champs, on te donnera comme aux bœufs, de l'herbe à manger, et sept temps passeront sur toi jusqu'à ce que tu saches que le Très-Haut domine sur le règne des hommes et qu'il le donne à qui il lui plaît" (Daniel 4:25, 32). Lorsque la parole qui avait été proclamée sur le roi fut accomplie et qu'il fut "chassé du milieu des hommes", il eut effectivement sa demeure "avec les bêtes des champs" (celles qui venaient autrefois s'abriter sous son "feuillage"). On lui donna "de l'herbe à manger". "Sept temps passèrent " sur lui et il fut "trempé de la rosée du ciel" (Daniel 4:25, 33 / 5:21) jusqu'à ce qu'il reconnusse "que le Très-Haut domine sur le règne des hommes et qu'il le donne à qui il lui plaît" (Daniel 4:25, 32 / 5:21). L'un de ces quatre passages mentionne un détail particulier. "Son corps fut trempé de la rosée du ciel jusqu'à ce que ses cheveux crussent comme les plumes des aigles et ses ongles comme ceux des oiseaux" (de ces mêmes oiseaux qui venaient se réfugier dans les branches de l'arbre). Pour comprendre ce texte, il faut se rappeler que le palais du roi était orné de lions portant sur leurs flancs des ailes d'aigles. Les pattes de cet animal hybride portaient de redoutables griffes. Celle d'un lion dominant. Leurs têtes étant, elles, à l'effigie du roi portant une tiare que l'on savait d'or. La chevelure et la barbe étaient soigneusement bouclées. Ces sculptures, monumentales pour certaines, valorisaient à la fois la force, la grandeur et le raffinement de la personne du roi. La description de cet épisode et dont le roi lui-même est l'auteur (Daniel 4:1, 2) est comme une parodie, une caricature de cette glorieuse représentation. Ses cheveux ont poussés. Ils sont sales et pas entretenus. Plus de barbe ni de chevelure bouclées et soignées. "Que ses cheveux crussent comme les plumes des aigles" (Daniel 4:33). De ces mêmes plumes d'aigles dont les flancs des statues étaient ornés. Ce "corps de lion", ce "roi des animaux", était maintenant lui aussi à quatre pattes, mangeant non plus de la chair de sa chasse, mais du fourrage dont se nourrissait le bétail de ses sujets. De même, ces griffes puissantes symbolisant sa force prédatrice n'étaient plus que des ongles longs et sales. Le roi n'était plus que l'ombre de lui-même. "... Et ses ongles comme ceux des oiseaux" (Daniel 4:33). De ces mêmes oiseaux qui venaient autrefois se réfugier dans les branches de cet arbre, aujourd'hui brisé, abattu, couché (Daniel 4:12, 14). Ces "oiseaux", c'étaient les peuples soumis qui constituaient son empire. Lui qui, autrefois, couvrait par son vol d'aigle les vastes territoires de ses conquêtes, en était rendu à ne régner que sur un carré de prairie dont il broutait l'herbe rare. 
 


Abattez l'arbre  

Le texte dit : "Abattez (gedad) l'arbre…" (Daniel 4:14, 23). "Gedad" : mot araméen qui signifie "couper, abattre". Son équivalent en hébreu, "Gadad", signifie : "pénétrer, attaquer, envahir". Le mot "gadad" vient de "guwd", "assaillir, poursuivre, oppresseur", utilisé, lui, dans un contexte plus littéral. Lorsqu'il est fait mention de Gad, la tribu d'Israël, il est dit : "Gad sera assailli par des bandes armées, mais il les assaillira à son tour" (Genèse 49:19). Il y a ici un jeu de mots. "Gad gedoud vegoudenou we hou yogoud aqeb". Littéralement : "Gad, une troupe lui tombera dessus et lui il leur tombera sur les talons" (Genèse 49:19, version Darby). On peut le comprendre dans le sens de : "Il lui sera fait selon ce qu'il aura fait lui-même". C'est ce qui va se produire au fil des siècles. Le royaume des Mèdes et des Perses passera lui-même à un autre royaume (la Grèce), qui lui-même passera à un autre (Rome), qui lui-même cédera la place au Royaume du Massiah, qui lui ne passera jamais. Le mot "guwd" n’apparaît que dans deux versets. Ces mots du prophète Habacuc pourraient être ceux de Nabucadnetsar lorsqu'il fit le récit de son songe. Habacuc s'exprima ainsi : "J'ai entendu… et mes entrailles sont émues. A cette voix, mes lèvres frémissent, mes os se consument et mes genoux chancellent. En silence, je dois attendre le jour de la détresse. Le jour où l'oppresseur (guwd) marchera contre le peuple" (Habacuc 3:16). Le roi de Babylone dit, lui  : "J'eus un songe qui m'a effrayé. Les pensées dont j'étais poursuivi sur ma couche et les visions de mon esprit me remplissaient d'épouvante" (Daniel 4:5). Le roi de Babylone vit en songe un arbre abattu, et ce songe le terrifia. Le songe comprenait, en réalité, deux choses distinctes. Deux événements qui devaient s'accomplir tous deux, mais avec un intervalle de temps.

A la fin de son livre, Daniel écrira, parlant d'autres événements  : "Car cela n'arrivera qu'au temps marqué" (Daniel 11:35), et "ce qui est arrêté s'accomplira" (Daniel 11:36). Les choses étaient arrêtées, leur accomplissement était certain. Les temps étaient marqués et déterminés d'avance. Nul ne pouvait aller contre cela. Ainsi, Dieu dira par la bouche du prophète Ezéchiel : "Ce que je dirai s'accomplira et ne sera plus différé" (Ezéchiel 12:25). C'est ce qui se produisit pour le roi de Babylone lorsqu'il vit, dans son songe, un ange paraître et proclamer la sentence : "Un de ceux qui veillent et qui sont saints descendit des cieux. Il cria avec force et parla ainsi : Abattez l'arbre" (Daniel 4:13, 14). "Cette sentence est un décret de ceux qui veillent, cette résolution est un ordre des saints afin que les vivants (chay) sachent que le Très-Haut domine sur le règne des hommes et qu'il le donne à qui il lui plait" (Daniel 4:17). C'est ici une information importante. Ce qui arrive au roi de Babylone n'est pas seulement pour le ramener, lui, à une attitude plus humble et à reconnaître le règne du Très-Haut. C'est un message "pour tous les vivants". Déjà, lorsque Daniel avait donné au roi l'interprétation du songe de la statue, il lui avait dit : "Si ce secret m'a été révélé, ce n'est point parce qu'il y a en moi une sagesse supérieure à celle de tous les vivants (chay), mais c'est afin que l'explication soit donnée au roi et que tu connaisses les pensées de ton cœur" (Daniel 2:30).

"Abattez l'arbre". Ce décret divin allait s'accomplir "en son temps" (Ecclésiaste 3:11), lorsque les Mèdes et les Perses pénétrèrent dans la ville de Babylone. Belschatsar, petit-fils de Nabucadnetsar, était alors roi, corégent de l'empire avec son père Nabonide, mari de la fille de Nabucadnetsar. Belschatsar mourut cette nuit même où les guerriers de Darius pénétrèrent dans le palais. Un royaume venait de passer de main en main. Et ce, jusqu'à ce que le nouveau maître des lieu ne soit lui-même obligé de céder la place à son successeur. L'abattage de "l'arbre" représentait symboliquement la fin du règne babylonien en même temps qu'il annonçait "la chute" de Nabucadnetsar dans un état de folie. Celle-ci sera limitée dans le temps : "Sept temps passeront sur toi" (Daniel 4:32), mais la chute de Babylone, elle, sera irrévocable. Tout au moins sous cette forme, car si l'empire babylonien a disparu, englobé dans celui des Mèdes et des Perses, il subsistera cependant, de même que ses successeurs, car si "la pierre qui se détache sans le secours d'aucune main" (Daniel 2:34, 45) doit détruire la statue et les quatre empires qui la constituent, c'est que ceux-ci sont encore présents (mais sous une autre forme) à la "fin des temps", juste avant que le royaume messianique ("la montagne qui s'élève", Daniel 2:35) ne paraisse. Mais par la force des choses, si ces quatre empires seront encore présents à la fin de cette ère, c'est qu'ils sont encore existants aujourd'hui. Ils subsistent encore, mais sous une autre forme. Ils n'en sont cependant pas moins présents et leur influence est indéniable bien que discrète. Tous les quatre ont disparu de la scène de l'Histoire, leur implications dans les affaires des hommes sera cependant révélée une dernière fois avant qu'ils ne soient définitivement détruits de façon irrémédiable par "la pierre qui se détache sans le secours d'aucune main" et que le Seigneur vienne établir Son règne sur la Terre, Lui qui est "Le Rocher des siècles" (Esaïe 26:4).
 

L'armée perse aux portes de Babylone


Tu es homme et non dieu  

Le roi de la ville de Tyr, en Phénicie, n'était, semble-t-il, pas moins orgueilleux que le roi de Babylone. Le Très-Haut s'adressa ainsi à lui par la bouche du prophète Ezéchiel : "Ainsi parle le Seigneur, l'Eternel : Ton cœur s'est élevé et tu as dit : Je suis Dieu. Je suis assis sur le siège de Dieu, au sein des mers ! Toi tu es homme et non Dieu, et tu prends ta volonté pour la volonté de Dieu… en face de ton meurtrier, diras-tu : Je suis Dieu ? Tu seras homme et non Dieu sous la main de celui qui te tuera" (Ezéchiel 28:2, 9). Bien des monarques, qui se croyaient invulnérables, ont péri assassinés. Bien des rois, des Pharaons, des empereurs crurent avoir atteint un niveau de divinité. Ils n'en demeuraient pas moins mortels. Le peuple dont Daniel et Ezéchiel sont issus sera un jour accusé de déicide alors que celui qui s'était rendu coupable d'un tel mensonge, le "Vicaire du Christ", s'est lui-même auto-proclamé investi de la pleine autorité divine sur Terre. 

Les récits antiques sont peuplés de créatures mi animales, mi humaines. Centaures, Minotaure, dieux égyptiens à tête de chacal ou de faucon. Les peuples antiques aiment à attribuer à un demi-dieu les qualités de tel ou tel animal. Ainsi, il n'est pas étonnant de trouver de tels rapprochements dans les Écrits bibliques. La Grèce antique fait état de cas de cynanthropie (un être humain se transformant en chien) et de thérianthropie (mélange d'humain et d'animal). La folie orgueilleuse de Nabucadnetsar l'a poussé à s'élever au rang d'un demi-dieu (jusqu'au cieux), mais la maladie l'a ramené au rang de l'animal, manifestant ainsi la bestialité dont un être humain peut faire preuve. Pour mémoire, les Pharaons étaient divinisés et se considéraient comme des incarnations des dieux sur terre. Antiochus Epiphane fit dresser une statue de Jupiter à son effigie dans le Temple de Jérusalem, s'identifiant ainsi à la divinité païenne dont il exigeait le culte. Une quatrième bête, plus terrible encore, devait venir après lui. Ainsi, l'expérience de Nabucadnetsar manifeste-t-elle une des caractéristiques principales des quatre empires qui devaient se succéder dans l'Histoire. Quatre empires qui, l'un après l'autre, allaient connaître la décadence et la ruine. Mais c'est sur les décombres de son prédécesseur qu'un autre s'élevait. Le vingtième Siècle vit la chute des empires coloniaux. Avec l'industrialisation, une nouvelle ère était née. Les quatre empires prophétisés par Daniel devaient demeurer debout jusqu'à ce "qu'une pierre qui se détache sans le secours d'aucune main" ne vienne leur "casser les pieds" (Daniel 2:34). Cette statuaire, symbolisant la succession des empires sur la Terre, n'aura été qu'orgueil et suffisance du sommet de sa tête jusqu'à la pointe de ses orteils. En portant atteinte à la dignité et à la fierté du plus grand de tous ses monarques, le Très-Haut manifestait Sa grandeur et donnait à chacun d'entre eux une leçon de perspective. En effet, aussi haut qu'ils puissent s'élever, ils n'en demeureront cependant que bien insignifiants devant la grandeur de Celui qui demeure aux siècles des siècles, tel le roi de Babylone au pieds de la statue de son rêve (Daniel 2:31). Car, aussi long que put être le règne de ces monarques, ils eurent cependant une fin, et pour certains peu glorieuse. Cette succession d'empires, dont certains se voulaient éternels, devra un jour céder la place à un règne qui n'aura pas de fin, celui du Roi des rois. A plus petite échelle, bien des hommes se sont élevés dans les sphères du pouvoir, écrasant au passage adversaires et concurrents. Combien y eut-il de compagnons de route laissés sur le bord du chemin ? De collaborateurs évincés par l'intrigue ? Combien de conciliabules dans les couloirs (vestibules) du palais ? Pour Nabucadnetsar, un songe vint mettre fin à ces rêves de grandeur. Tous ceux qui venaient s'abriter à l'ombre de ses branches, et tous ceux qui faisaient leur demeure dans celles-ci. Tous ceux qui bénéficiaient de sa protection et ceux qui profitaient de son opulence ont été dispersés. Comme le dit le livre des Nombres : "Ils n'ont plus d'ombrage pour les couvrir" (Nombres 14:9).  

Le roi nu

Un conte d'Andersen, "Les habits neufs de l'empereur", raconte l'histoire d'un roi qui, "ne régnant que dans sa garde-robe", se fit un jour couper, par deux escrocs de couturiers, un habit "invisible aux sots". Le roi et son entourage, ne voulant reconnaître qu'ils ne voyaient pas l'habit, en vantèrent la splendeur. Lors d'une procession royale à laquelle le roi pensait porter les somptueux vêtements des dits couturiers, un enfant s'exclama : "Mais il n'a pas d'habits !". Tous reconnurent alors le fait, pour la plus grande honte du roi nu. Ce conte illustre bien ce récit du livre de Daniel. Le roi de Babylone se croyait revêtu d'une gloire quasi céleste. Mais l'épreuve qu'il dut subir lui en démontra l'inanité. Son humiliation révéla la nature bestiale de son cœur (Daniel 2:30). Ce n'est pas qu'il y ait eu, dans cet enfant, "une sagesse supérieure à tous les vivants (les sujets du roi nu), mais c'est afin que l'explication soit donnée au roi et que tu connaisses les pensées de ton cœur"

Fort heureusement, cet épisode connut une fin heureuse. Le roi de Babylone rendit gloire à Dieu et recouvrit la raison. Il fit, par le détail, le récit de son aventure et le fit publier dans tout son empire afin que l'on rende gloire au Dieu Très-Haut qui s'était fait connaître à lui. 

D'un empire à l'autre

L'Empire ne connut plus de monarque de cette envergure jusqu'à l'arrivée de Cyrus le Perse. Daniel était toujours là. "Ainsi fut Daniel jusqu'à la première année du roi Cyrus" (Daniel 1:21). Et "Daniel prospéra sous le règne de Darius et sous le règne de Cyrus le Perse" (Daniel 6:28). Esdras appellera celui-ci "roi de Babylone". "La première année de Cyrus, roi de Babylone, le roi Cyrus donna l'ordre de rebâtir cette maison de Dieu" (le Temple de Jérusalem - Esdras 5:13). "La première année de Cyrus, roi de Perse, afin que s'accomplit la parole de l'Eternel prononcée par la bouche de Jérémie, l'Eternel réveilla l'esprit de Cyrus, roi de Perse, qui fit faire de vive voix et par écrit cette publication dans tout son royaume" (Esdras 1:1).

Un premier édit rédigé par le roi Nabucadnetsar invitait les peuples de son empire à reconnaître "le Dieu de Daniel" comme le Dieu des dieux. Un édit ce Cyrus redonnait toute sa légitimité au peuple d'Israël sur sa terre, son Temple et sa foi (Esdras 1:2  /  6:3). Le Dieu des cieux dira, par la bouche du prophète Esaïe : "Je dis de Cyrus : il est mon berger, et il accomplira toute ma volonté. Il dira de Jérusalem : qu'elle soit rebâtie ! Et du Temple : qu'il soit reconstruit !" (Esaïe 44:28). Pendant cette époque bénie, le Nom de l'Eternel fut honoré à la cour. Mais un troisième empire devait bientôt déployer ses armées sur ces terres d'Orient. Les phalanges d'Alexandre fondirent bientôt sur ces vastes territoires à la vitesse d'un léopard (Daniel 7:6). La foi du peuple hébreu allait, à nouveau, être mise à mal. Le vent de l'Histoire avait encore tourné. 
 

JiDé

 

Notes 

Daniel 4:22, 24, 25, 28 - Daniel dit au roi : "C'est toi, ô roi, qui est devenu grand et fort, et dont la grandeur s'est accrue et s'est élevée jusqu'aux cieux, et dont la domination s'étend jusqu'aux extrémités de la terre… voici l'explication, ô roi, voici le décret du Très-Haut qui s'accomplira sur mon seigneur le roi. On te chassera du milieu des hommes, tu auras ta demeure avec les bêtes des champs, et on te donnera comme aux bœufs de l'herbe à manger. Tu seras trempé de la rosée du ciel, et sept temps passeront sur toi… Toutes ces choses se sont accomplies sur le roi Nabucadnetsar, au bout de douze mois…". 

*Version Segond. La numérotation peut s'avérer différente dans d'autres versions. 

Phalanges mécédoniennes
Phalanges mécédoniennes

Phalanges mécédoniennes

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :