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Et ils deviendront une seule chair

Et ils deviendront une seule chair

"C'est pourquoi, l'homme quittera son père et sa mère et il s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair" (Genèse 2:24).

C'est l'un des versets les plus connus de la Bible. Il est cité lors de bénédictions de mariage. On y fait référence dans toutes les études bibliques ayant le couple pour thème. Il est l'un des piliers fondateurs de la préparation au Grand Jour pour tous les fiancés qui veulent construire leur vie de couple sur les principes divins. Le sens de ce texte semble aussi clair que de l'eau de roche, et pourtant…

Quelqu'un a dit un jour, très justement, que c'est ce "ils deviendront" qui, une fois mariés, se révèle vite un problème. On aimerait que ce fait, établi comme vérité par la Parole de Dieu, soit comme une évidence, comme quelque chose allant de soi. Mais il n'en est rien. D'où, peut-être, le "ils deviendront", ce qui sous-entend une transformation progressive et non une métamorphose immédiate. Quelle représentation Adam et sa femme eurent-ils de cette Parole du Créateur, eux qui n'eurent ni père, ni mère ? Il est possible que ces choses leur furent enseignées lors de leur séjour dans le Jardin d'Eden. Mais il faut reconnaître que bien des générations qui nous ont précédées n'en savaient pas plus sur la façon de faire des enfants, en arrivant dans le lit conjugal, que nos illustres ancêtres à la genèse de leur existence. Bien des jeunes femmes, au début du vingtième siècle, découvrait cette réalité en n'ayant pour seule bagage d'instruction que ces mots prudes de leur mère : "Fais tout ce que ton mari te dira". Certaines s'encouraient, fuyant la chambre nuptiale, persuadée d'avoir épousé un fou ou un satyre. C'était un temps où "l'on allait choisir un bébé à l’hôpital", où les cigognes d'Alsace se chargeaient de la livraison de nourrissons dans les berceaux, où les petits garçons naissaient dans les choux et les petites filles dans les roses. C'était le "temps béni" de l'ignorance. Et que dire d'une époque que l'on appelait pourtant "des Lumières", durant laquelle on retirait une jeune fille à peine pubère du couvent, pour lui faire épouser un veuf, de trente ou quarante ans son aîné, pour une bonne fortune ou un nom "respectable". Mais les choses ont bien changé.

Une opinion erronée

Ce texte de Genèse 2, que l'on interprète volontiers de telle ou telle façon a, en réalité, bien plus de choses à nous dire qu'il n'y paraît de prime abord. Comme tout texte de l'Ecriture, le texte original est infiniment plus riche de sens que sa meilleure traduction. Avant d'aborder celui-ci, je m'attarderai tout d'abord sur la traduction. Mais pour lui donner tout son sens, il nous faut le replacer dans l'écrin de son contexte. 

Lorsque Dieu vit qu'il "n'était pas bon que l'homme soit seul", il projeta de lui faire "une aide semblable à lui". Alors Dieu prit une côte de l'homme, referma la chair et, de cette côte, il en fit la femme. "L'Eternel Dieu forma une femme de la côte qu'il avait prise de l'homme, et il l'amena vers l'homme. Et l'homme dit : voici, cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair. On l'appellera femme (ishsha) parce qu'elle a été prise de l'homme (ish), c'est pourquoi, l'homme (ish) quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme et ils deviendront une seule chair" (Genèse 2:22 à 25). Malheureusement, pour nombre de nos contemporains, et pour bien d'autres avant eux, ce récit biblique est aussi crédible que le rôle des cigognes dans la naissance des enfants. Cependant, l'incrédulité n'enlève rien à la véracité des récits bibliques. Encore faut-il en saisir le sens véritable. Une profonde conviction ne crée pas pour autant une vérité. Ainsi, quelques interprétations se sont répandues, trouvant un public favorable, prêt à les adopter sans trop chercher à en vérifier le bien-fondé. Avant d'essayer de comprendre ce que ce texte peut bien signifier, il me semblait nécessaire d'écarter d'éventuelles interprétations erronées. L'une d'entre elles est que c'est le mariage, en tant que tel, qui unit l'homme et la femme en une seule chair. Or, l'apôtre Paul ne dit-il pas qu'un homme qui s'unit à une prostituée devient avec elle "une seule chair" ? (1 Corinthiens 6:16). Paul parle bien d'une relation physique entre un homme et une femme entre qui il n'existe aucun lien affectif et encore moins marital. Le mot "porne", en grec, désigne à la fois une femme qui fait commerce de son corps, mais également une personne qui a une vie dissolue. L'apôtre, en utilisant ce terme fort, vient souligner le fait que d'avoir des relations intimes avec cette personne amène à s'unir avec son mode de vie. Ce qui est souligné ici n'est pas tant l'impudicité de cette union que la conséquence pour celui qui y participe, ainsi que les implications que celles-ci peuvent avoir sur sa propre vie. 

Une autre opinion est que cette expression "une seule chair" désignerait la procréation et la naissance d'un enfant. Encore une fois, le texte de l'Epître aux Corinthiens démontre qu'il n'en est rien puisque, à part quelques rares occasions, la relation d'un homme avec une prostituée ne donne pas naissance à un enfant. Le récit de la vie du prophète Osée présente cependant une situation inverse. Dieu ayant conduit celui-ci a épouser une prostituée dont il eut des enfants. Cependant, l'exemple pris par Paul démontre clairement qu'il s'agit bien d'une relation physique entre un homme et une femme. Mais alors, si ce texte ne parle ni du mariage proprement dit, ni de l'enfantement, de quoi parle-t-il ? En réalité, d'un "mystère"
 


Je vous dis un mystère

"C'est pourquoi," dit Paul, "l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme et les deux deviendront une seule chair. Ce mystère est grand. Je dis cela par rapport à christ et à l'Eglise. Du reste, que chacun aime sa femme comme lui-même et que la femme respecte son mari" (Éphésiens 5:31 à 33). Le Nouveau Testament fait mention de pas moins de quinze mystères différents. Celui du Royaume (Matthieu 13:11), de l'endurcissement d'Israël (Romains 11:25), de l'Evangile (Romains 16:25), de la Sagesse de Dieu (1 Corinthiens 2:7), de l'Eglise (Éphésiens 5:32), de l'iniquité (2 Thessaloniciens 2:7), de la foi (1 Timothée 3:9) etc... La liste est bien trop longue pour les énumérer tous, ce n'est d'ailleurs pas ici le propos. Lorsque le texte biblique fait mention d'un mystère (mystérion en grec), cela signifie que l'on ne pourra en saisir pleinement le sens car celui-ci est volontairement caché par le Créateur. C'est ce que l'Ecriture appelle, en hébreu, un "cether", ou encore un "sod". Cependant, bien que nous ne puissions pas en percer le sens profond, le Créateur nous invite malgré tout à chercher à comprendre, à sonder, à creuser pour mieux en appréhender le sens caché et la perfection qui se cache derrière celui-ci (Proverbes 25:2).  

Dans la phrase qui nous occupe ici, une expression joue un rôle important : "C'est pourquoi". Cette locution impose un causatif. Ce qui suit cette expression est la résultante de ce qui la précède. Or, qu'est-il dit précédemment ? "L'Eternel Dieu forma une femme de la côte qu'il avait prise de l'homme, et il l'amena vers l'homme. Et l'homme dit : voici, cette fois, celle qui est os de mes os et chair de ma chair. On l'appellera femme (ishsha) parce qu'elle a été prise de l'homme (ish)". Le texte biblique nous dit que la femme (ishsha) a été tirée de l'homme (ish). Ce qui suit découle de cette affirmation. Si l'homme et la femme sont appelés à s'unir en une seule chair, c'est parce que, initialement, ils ne formaient effectivement qu'une seule et même créature. Lorsqu'un homme et une femme s'unissent dans l'intimité physique, ils recréent, pour leur part, quelque chose qui est de l'ordre de la Création initiale de l'être humain. Cet être humain, appelé adam, qui portait, potentiellement en lui-même, ce binôme qui allait être à l'origine de toute l'humanité. Cette réalité nous renvoie immanquablement à un Passé très lointain où il n'existait encore, sur la Terre, qu'un "genre" unique. Si je souligne volontairement ce mot, c'est parce qu'il va avoir son importance par la suite. Mais pour cela, il nous faut nous approcher du texte original. 

"Wehayou lebasar ehad" (Genèse 2:24), ce que l'on traduit généralement par : "et ils deviendront une seule chair". L'exemple donné par Paul en 1 Corinthiens 6 montre qu'une union physique furtive suffit à unir deux personnes en une seule chair. La relation qui unit les membres d'un couple sont toutefois d'un tout autre ordre. Il s'agit là de l'union "corps, âme et esprit" même si, physiquement, ils ne font plus, effectivement, "qu'une seule chair". On conçoit, de manière ordinaire, si l'on veut se conformer aux directives divines, que les relations intimes entre un homme et une femme se doivent d'être intégrées dans la vie d'un couple marié. Cependant, le fait de s'être intégré volontairement dans le cadre d'une "alliance maritale" ne conduit pas automatiquement les deux conjoints à ce fusionnement auquel ils sont en droit d'espérer. Celui-ci ne pourra s'atteindre qu'avec le temps et beaucoup d'amour, de patience, de pardons réciproques, de renoncements, de conciliations, de respect, de… ce que chacun y apportera de beau, de bon, de constructif et surtout de ce que chacun pourra puiser dans sa relation personnelle avec le Seigneur. Sur ce point, justement, il faut s'arrêter sur le mot "ehad" (unique). Il y a là plus qu'une simple osmose entre deux êtres qui s'aiment. "Ehad" est un aspect de la Nature de Dieu. Ainsi, cette unicité de la chair de deux êtres n'est qu'un aspect d'une même réalité. Cette "unité" ne sera complète que lorsque le corps, l'âme et l'esprit des deux conjoints seront véritablement unis. Leur union devenue complète donnera à "l'alliance" entre époux tout son sens. Mais cette "unité", vécue ou recherchée, ne peut être effective que si les conditions énoncées préalablement sont respectées. Quelles sont-elles ? "L'homme (ish) quittera son père et sa mère…". Un couple ne peut vraiment tendre à connaître l'unité "ehad" si l'un des conjoints permet une ingérence parentale au sein de leur union. Cependant, cette recommandation ne concerne pas que l'homme. C'est aux conjoints de savoir créer une juste "distanciation" entre eux et leurs parents tout en respectant ceux-ci selon qu'il est écrit : "Honore ton père et ta mère". Il y a là un juste et sage équilibre à trouver. 

"L'homme quittera… et…". Ce petit mot est important. Il souligne le fait que le plein accomplissement de ce projet divin pour le couple passe par une sorte de protocole auquel on ne peut déroger. Ce "et" souligne le début d'une nouvelle étape qui ne peut survenir qu'après que soit pleinement réalisée l'étape précédente. Mais pour que cette nouvelle page de leur existence puisse se remplir de leur histoire, il faut qu'ils aient tous deux, au préalable, bien réalisé la première étape. "Ils deviendront une seule chair", cela signifie un changement, une transformation radicale. Cela entend le passage d'un état à un autre ! Cela, ils le traverseront ensemble. 

Il ne faut cependant pas perdre de vue ici que l'on parle d'un mystère. "Ils deviendront". La conjugaison plurielle souligne le fait que l'un et l'autre garderont chacun leur individualité tout en allant progressivement vers une forme d'osmose qui les réunira, l'un comme l'autre, dans une pleine réalisation de soi. A ce propos, l’évangéliste Marc fait un midrash (un commentaire) de ce texte. Il dit : "Les deux deviendront une seule chair. Ainsi, ils ne seront plus deux mais ils seront une seule chair" (Marc 10:8). Ce qui signifie un renoncement à une certaine forme d'individualité pour aller vers un état duel. D'une part, Paul semble dire que l'union physique fait des deux une seule chair, et d'autre part, cet état semble être le résultat d'un processus progressif. Alors, qu'en est-il ? Peut-être est-ce justement là les deux facettes d'une même réalité. Malheureusement, l'unité peut également avoir des conséquences funestes. Lorsque la femme (ishsha) fut séduite, elle induisit Adam dans le même processus qui les conduisit à la Chute.

Le poète Aragon ne disait-il pas que "la femme est l'avenir de l'homme" ? Elle est, assurément, bien plus que cela. L'un comme l'autre sont appelés à rechercher, à s'identifier à celui qui est "le Fils de l'homme". 

 

JiDé

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