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La révolte de Koré

La révolte de Koré

Le récit de la révolte dite "de Koré" relate un événement survenu alors que le peuple d'Israël était dans le désert (Nombres 16). A la tête de deux cent cinquante hommes, Koré, l'un des cousins de Moïse et Aaron (Exode 6:16, 18, 20, 21*) mais également l'un des principaux chefs du peuple, se présenta devant eux pour contester leur autorité. En tant que "fils de Lévi", Koré et ses fils officiaient au Tabernacle comme servants, mais ils ne pouvaient prétendre à la sacrificature, celle-ci étant strictement réservée à Aaron et à ses fils (et plus tard, à ses descendants directs). Bien qu'il ne l'ait pas avoué ouvertement, Koré convoite la fonction sacrificielle (Nombres 16:10). Mais Moïse n'est pas dupe et proclame, devant tout le peuple, ses véritables intentions. Koré s'est aussi adjoint des chefs de la tribu de Ruben : Dathan, Abiram et On (Nombres 16:1). En tant que chefs du peuple et descendants du fils aîné de Jacob (bien que Ruben ait perdu son droit d'aînesse pour avoir couché avec la concubine de son père - Genèse 49:3, 4), ceux-ci contestent le leadership de Moïse, prétextant qu'il ne les a pas conduits dans le Pays promis (Nombres 16:12 à 14). Moïse et Aaron sont donc attaqués sur deux fronts en même temps (le leadership et le sacerdoce). Leur autorité est remise en question. Mais derrière cette rébellion contre l'autorité établie, c'est contre Dieu lui-même qu'ils se révoltent. Koré et tous ceux qui l'avaient suivis dans la rébellion périrent le lendemain avec "quatorze mille sept cent personnes" du peuple d'Israël (Nombres 16:49). Cet événement, un parmi d'autres, survenu lors des pérégrinations du peuple hébreu dans le désert, fut suffisamment emblématique pour que l'un des principaux protagonistes donne ainsi son nom à une Parasha, la "Parasha Korah"*. Mais qui est ce Koré ? 

Familles de rebelles

"Koré, fils de Jitsear, fils de Qehath, fils de Lévi, se révolta" (Nombres 16:1). La première information que nous donne le texte est que Koré était un lévite "employé au service du Tabernacle" (Nombres 16:8, 9). Koré est également le cousin de Moïse et d'Aaron. Leur père Amram était le frère de Jitséar, père de Koré (Exode 6:18, 21 / 1 Chroniques 6:1, 2). Dans la Bible, l'identité d'une personne se définit par son ascendance. Mais lorsque une faute est commise, c'est toute la lignée qui est entachée. Aujourd'hui encore, la famille d'un assassin ou d'un voleur notoire peut être montrée du doigt, même si celle-ci n'a rien à se reprocher et n'est nullement responsable des actes commis par l'un des siens. Le texte nous dit ensuite que Koré et ses acolytes se "soulevèrent contre Moïse avec deux cent cinquante hommes des enfants d'Israël, des principaux de l'assemblée de ceux que l'on convoquait à l'assemblée et qui étaient des gens de renom. Ils s'assemblèrent contre Moïse et Aaron et leur dirent : C'en est assez !" (Nombres 16:2, 3). C'est une foule composée des principaux chefs de tribus et de clans qui s'approche de Moïse pour contester son autorité. Mais voyant cela, et ne craignant nullement la vindicte de la foule, Aaron s'approche de Moïse pour se tenir à ses côtés. Le peuple reste en retrait, mais déjà les ferments de la révolte se répandent parmi les tribus.

Pour bien comprendre toute la portée de ce texte, il est nécessaire de s'arrêter sur les mots car ils sont porteurs d'information. Il est donc fait mention de "deux cent cinquante hommes des enfants d'Israël". Cette expression "enfants d'Israël" a toujours un double sens. Ici, il s'agit bien premièrement de membres du peuple hébreu. Le sens en est clair. Mais "Israël", c'est également l'autre nom de Jacob le Patriarche. Cette troupe qui s'avance vers Moïse et Aaron n'est pas seulement composée de membres du peuple hébreu. Ces hommes sont également les descendants de Jacob/Israël. La postérité que Dieu avait promise à Abraham et à ses descendants. Tout comme la faute de Koré entache son ascendance jusqu'à Lévi, la rébellion de ces "fils d'Israël" remonte jusqu'à Jacob, le Patriarche. Cela peut paraître étrange pour un occidental de notre monde moderne, mais pour un oriental de cette époque, c'est loin d'être anodin. Ce conflit oppose des descendants de Jacob par la famille de Lévi. De plus, les fomentateurs de cette rébellion ne sont pas n'importe qui. Ils sont mentionnés sous quatre appellations différentes. Ces rebelles sont tout d'abord des membres de l'assemblée du peuple d'Israël, comme je l'ai dit, tous issus des reins de leur ancêtre commun, Jacob. Ils sont également des "princes (nasié) de l'assemblée (edah), de ceux que l'on convoquait à l'assemblée (mowed) et qui étaient des gens de renom" (Nombres 16:2). Ce sont des gens influents, des "personnalités", le "Who's Who" d'Israël. La classe dirigeante qui, aujourd'hui, siégerait à la Knesset. Mais si ceux-ci sont des "nasié", des princes, leur statut ne leur donne pas pour cela le droit de s'ériger contre une autorité instituée par Dieu lui-même. Si "nasiy" peut se traduire par "quelqu'un d'élevé, un chef, un prince", ce mot désigne également "une vapeur, une fumée qui s'élève", tout comme celle des encensoirs qu'ils avaient présentés devant la tente du Tabernacle. Tous disparurent, engloutis pour toujours. Ils "descendirent vivants dans le séjour des morts" (Nombres 16:33).

L'Ecclésiaste écrira plus tard : "Vanité des vanités, tout est vanité" (Ecclésiaste 1:2). Mais en réalité, le mot "vanité" (evel) signifie "vide, néant, fumée", symbolisant la vaniteuse attitude de celui qui cherche à s'élever au dessus de l'autre. La renommée de ces hommes, leur prestige, n'aura servi que leur orgueil hautain. Insoumis à l'ordre divin, ils périrent en un instant. Leur existence ne fut qu'une fumée qui disparaît. Quant aux deux cent cinquante hommes qui offraient du parfum devant la tente du Tabernacle, ils furent consumés par un feu divin. Par orgueil, ils crurent que Dieu cautionnerait leurs revendications, mais il n'en fut rien. Jamais ils n'auraient accepté de faire ce que leur demandait Moïse s'ils n'avaient été convaincus que, par ce moyen, Dieu leur donnerait raison. Dans leur folie orgueilleuse, ils ne voyaient en Aaron que l'usurpateur d'une fonction qui leur revenait de droit. C'était oublier que deux des fils de celui-ci avaient offert du feu étranger devant Dieu. Ils périrent de la même manière (Lévitique 10:1, 2 - Nombres 16:35 à 37). "Nasiy" vient de "nasa" qui signifie "supporter, élever, pardonner, suffire, accorder une grâce". Leur rôle aurait été de soutenir le peuple, pourvoir à ses besoins, manifester de l'empathie tout en assumant les responsabilités dues à leur rang. Telle aurait dû être leur attitude envers le peuple. Etre des chefs au vrai sens du terme, tel que l'était Moïse. Ils convoitaient sa position, mais ils ne possédaient pas son caractère. Ils voulurent s'élever, tout comme s'éleva la fumée (evel) de leurs encensoirs. Ils furent consumés, tout comme le parfum dont ils les avaient remplis. Leur acte fut emprunt de vanité (evel), vide de toute véritable adoration. 

Ce récit nous fait part de deux événements distincts qui, cependant, sont étroitement liés. D'une part, la terre s'est ouverte pour engloutir une partie des rebelles (Nombres 16:30 à 34), de l'autre, un feu venu du ciel consuma les deux cent cinquante lévites qui agitaient leur cassolettes de parfum devant le Tabernacle (Nombres 16:35). Ces deux manifestations surnaturelles furent probablement simultanées. Pourquoi ces lévites n'ont-ils pas été engloutis comme les benjamites rebelles ? Il y a justement là une nuance qui a toute son importance pour une bonne compréhension de ce texte. Tous contestaient l'autorité de Moïse et Aaron. Tous étaient appelés à disparaître selon le décret divin (verset 21). Tous s'étaient "assemblés contre l'Eternel" (verset 11) et l'avaient méprisé (verset 30)Le projet de Dieu était de détruire cette coalition (versets 20, 21) mais Moïse et Aaron intercédèrent en leur faveur (verset 22). Les rebelles finirent cependant par périr. Mais pourquoi les lévites furent-ils frappés par le feu alors que d'autres furent engloutis par la terre ? Parce que la faute commise par ces lévites était d'un tout autre ordre et nécessitait une sanction différente. Ils avaient convoité une fonction qui ne pouvait être remplie que par les sacrificateurs. Celui de présenter le parfum odoriférant devant le Tabernacle. De plus, leurs motivations étaient mauvaises. Ils s'étaient ligués "contre l'Eternel" (Nombres 16:11). Ils avaient pourtant agi conformément à ce que leur avait dit Moïse. Mais celui-ci ne pouvait leur avoir donné une telle directive qu'en l'ayant préalablement reçue de Dieu lui-même. Jamais il n'en aurait pris l'initiative. Ces rebelles se devaient d'être confrontés aux conséquences de leur arrogante revendication. Ils avaient méprisé l'Eternel. Ils ne pouvaient échapper à la sanction qui leur était destinée. Le texte dit que "Koré convoqua toute l'assemblée contre Moïse et Aaron" (Nombres 16:19). Ils furent consumés par un feu venu de l'Eternel et leurs cendres se mêlèrent à celles de leurs encensoirs. 

L'assemblée d'hier et de demain  

Ils se soulevèrent contre Moïse avec deux cent cinquante hommes des enfants d’Israël, des principaux de l'assemblée (edah), de ceux que l'on convoquait à l'assemblée (mowed) et qui étaient des gens de renom. Ils s'assemblèrent (qahal) contre Moïse et Aaron et leur dirent : C'est assez ! Car toute l'assemblée (edah), tous sont sains, et l'Eternel est au milieu d'eux. Pourquoi vous élevez-vous (nasa) contre l'assemblée (qahal) de l'Eternel ?" (Nombres 16:2, 3). 

"Avec deux cent cinquante hommes des enfants d'Israël"Pour bien comprendre l'action qui est en train de se produire dans ce récit, il faut tenir compte du fait que ces rebelles sont avant tout, comme je l'ai dit, des "fils d'Israël". Ils sont tous des descendants de Jacob le Patriarche. Ils sont du même clan familial, de la même souche. Ils ont une racine commune. Au sein de ce "clan familial", il y a différentes "assemblées". La première mentionnée, "edah", et à laquelle s'identifient les chefs de la rébellion, est celle du peuple tout entier. Pour eux, tous ses membres sont "saints, et l'Eternel est au milieu d'eux". Ils seraient donc autosuffisants. Ils n'ont nullement besoin de leaders comme Moïse et Aaron qui se sont prétendument "élevés (nasa)" au rang de "nasiy" au dessus d'eux. Ces "principaux de l'assemblée" étaient de ceux que l'on convoquait à l'assemblée (mowed). Les "mowadîm", ce sont les fêtes religieuses, les assemblées solennelles, les nouvelles lunes, les saisons, tous les événements qui marquent l'année. C'est à ces événements marqués que ces "gens de renom" issus de cette "assemblée" (edah) étaient conviés. Ils sont, à leurs propres yeux, les dignes représentants du peuple dont ils sont issus. Ils se considèrent comme en étant l'élite. A ce titre, c'est donc à eux que revient le leadership, et non à Moïse et Aaron. Ce qui suit révèle véritablement le "cœur" de la rébellion. Ce qui en est la vraie motivation. 
 


"Ils s'assemblèrent (qahal) contre Moïse et Aaron et leur dirent : … Pourquoi vous élevez-vous contre l'assemblée (qahal) de l'Eternel ?". Le texte, par le choix du vocabulaire, fait ressortir ici un conflit qui oppose deux camps. Le mot "qahal" porte l'idée de "rendre un jugement". Comme dans un tribunal. C'est "l'affaire des princes d'Israël contre Moïse et Aaron". Le chef d'accusation est : "se sont élevés comme chefs de la communauté d'Israël". C'est l'accusation que l'on a porté contre le Seigneur Jésus lors de son procès, et dont la mention fut inscrite au dessus de sa croix : "Jésus de Nazareth roi des Juifs". Sur quelle "assemblée" leur reproche-t-on de s'être élevés ? Celle du peuple (edah). Mais ce qui leur est réellement reproché, c'est de s'être élevés au dessus de ces "chefs de renom", de ces "représentants du peuple". Il y a là une subtilité. Il leur est reproché de s'être élevés au dessus de l'assemblée (edah), mais en réalité, ce qui leur est réellement reproché c'est de s'être prétendument érigés en autorités au dessus de ces notables, de cette classe dirigeante (qahal). Le vrai discours de ces rebelles est : "De quel droit vous prétendez-vous les chefs de ce peuple alors que c'est nous qui en sommes les véritables représentants, dignes de siéger à sa tête ?".  Mais un aspect de ce qui est, à leurs yeux, un acte légitime, leur échappe complètement. C'est Dieu qui a choisi Moïse et Aaron. En contestant l'autorité de Moïse et d'Aaron, c'est le choix de Dieu qui est remis en question. Et par cela, l'autorité divine elle-même. Moïse dira : "Vous vous assemblez contre l'Eternel" (Nombres 16:11). Cette rébellion contre l'autorité établie de droit divin étant une rébellion contre Dieu lui-même, cela ne pouvait rester impuni. Ils étaient cependant persuadés que Dieu était de leur côté et qu'Il cautionnerait leur démarche. C'est pourquoi ils n'eurent aucune crainte à se présenter devant le Tabernacle avec des encensoirs (machtah). 

Ce mot "machtah" signifie "brasier, encensoir, cendrier, cendres". Ce mot a pour origine "machittah" qui  peut se traduire par "destruction, ruine, terreur, rupture, consternation". Le fait de présenter ce brasier devant Dieu pouvait tout à la fois éloigner "la destruction" (Nombres 16:47, 48) ou la provoquer (Nombres 16:35). Le feu peut descendre du Ciel pour accréditer et valider une action humaine (2 Chroniques 7:1) ou, à l'inverse, pour manifester sa colère et sa désapprobation (2 Rois 1:12 - Apocalypse 20:9). Soit dit en passant, la similitude entre les événements relatés dans le chapitre 16 du livre des Nombres et le chapitre 20 de l'Apocalypse est intéressante. Un feu descend du Ciel pour consumer un peuple qui s'érige contre l'autorité divine. Car, de fait, Jérusalem est le centre spirituel mondial par excellence. Le lieu où fut érigé le Temple et le lieu d'où le Seigneur régnera sur la Terre lorsque il viendra établir son règne. En cela, la coalition de Gog et Magog (dont il est fait mention dans le chapitre 20 du livre de l'Apocalypse) est en quelque sorte une réitération de la rébellion de Koré et de ses acolytes. Gog et Magog, même s'ils sont dans une démarche militaire et conquérante, se dirigent vers un lieu hautement spirituel. La motivation première ne peut donc que revêtir une dimension de la même nature. Il est en effet écrit : "Heureux et saints sont ceux qui ont part à la première résurrection… ils seront sacrificateurs de Dieu et de Christ, et ils régneront avec lui... Satan sera relâché de sa prison et il sortira pour séduire les nations… Gog et Magog, afin de les rassembler pour la guerre… ils investirent le camp des saints et la ville bien-aimée (Jérusalem) mais un feu descendit du ciel et les dévora" (Apocalypse 20:7 à 9). Une coalition s'étant arrogée une certaine autorité, ou tout au moins un certain pouvoir, s'élève contre l'autorité instituée par Dieu lui-même en prétendant la destituer au nom d'un droit humain, quoique cependant purement diabolique de par son origine. L'Histoire se répète, et c'est en cela que le mot "demain" (Nombres 16:5, 7) prend tout son sens. 

"Il (Moïse) parla à Koré et à toute sa troupe en disant : Demain, l'Eternel fera connaître qui est à lui et qui est saint, et il fera approcher de lui celui qu'il choisira… Demain…" (Nombres 16:5, 7). Ce mot prend ainsi un sens prophétique. Il présente cependant une petite nuance qui a toute son importance.

"Demain", un temps prophétique  

"Il (Moïse) parla à Koré et à toute sa troupe en disant : Demain (boker), l'Eternel fera connaître qui est à lui et qui est saint et il fera approcher de lui celui qu'il choisira. Faites ceci : prenez des cassolettes (des brasiers) …", et Moïse ajoute, plus loin : "Demain (machar), mettez-y du feu et posez-y du parfum devant l'Eternel, celui que l'Eternel choisira, c'est celui qui sera saint" (Nombres 16:5 à 7). Moïse parle ici de deux "temps" différents. "Demain" se dit ici "boker" qui désigne "le matin, l'aurore, le point du jour" et tire son origine de "baqar" qui signifie "chercher, s'enquérir, considérer, examiner, réfléchir". Les esprits sont échauffés. La tension monte. Ce n'est pas le bon moment pour parler. Moïse agit avec sagesse et propose de remettre le débat au lendemain. Pour reprendre l'idée de "Cour de Justice" (qahal) mentionnée plus haut, on dirait : "la séance est levée". "La nuit porte conseil" dit le Proverbe. Comme si Moïse disait : "Demain, on réfléchira à cela à tête reposée". Mais il y a plus que cela. Ce "demain" invite le lecteur d'aujourd'hui à "chercher, à s'enquérir, à considérer, à examiner, à réfléchir" sur ces textes et sur la présence de ces deux mots, "boker" et "machar"

"Machar" peut se traduire par "demain, le jour suivant, dans le temps à venir, dans le futur". Ce mot vient peut-être, lui-même, de "achar" qui signifie : "tarder, différer, s'accomplir". Moïse propose donc, dans un premier temps, de remettre le débat au lendemain et dans un deuxième temps, de mettre du feu dans les cassolettes de parfum pour les présenter devant Dieu. Cet étalement de l'action dans le temps donne à celle-ci une dimension prophétique. Il y a, à la fois, "un temps proche" et "un temps éloigné"

Pour illustrer cette nuance, je citerai ce verset du livre d'Esther qui dit : "Esther répondit au roi : si le roi le trouve bon, qu'il soit permis aux Juifs qui sont à Suse d'agir encore demain (machar) selon le décret d'aujourd'hui" (Esther 9:13). Ce texte est reconnu par les rabbins et divers commentateurs pour contenir une dimension prophétique qui contient un double accomplissement. Un premier à l'époque d'Esther et un second à la fin de la seconde Guerre Mondiale, au procès de Nuremberg. Ce sujet est développé dans un article de ce blog (Esther et le destin caché). L'utilisation de deux locutions différentes pour désigner un même temps (le lendemain) peut laisser supposer que ces paroles, prononcées par ce grand prophète que fut Moïse, revêtent indubitablement un sens caché, porteur d'une dimension prophétique.  

Un autre texte de l'Ecriture s'avère être susceptible d'apporter une lumière nouvelle sur ce "temps futur" (machar). Il est écrit : "Ce sera un signe pour demain" (Exode 8:19), et : "lorsque ton fils te demandera un jour (machar) que signifie cela (le repas de Pessah, institué le jour de la sortie d'Egypte et perpétué depuis lors par toute famille religieuse juive), tu lui répondras : l'Eternel nous a fait sortir du pays d'Egypte, de la maison de servitude" (Exode 13:14). Ce "jour" est devenu un "mowed" (dont j'ai parlé plus haut). Le "mowed" étant une des formes "d'assemblées" dont parle Moïse. Des "temps fixés" pour les fêtes, les saisons, les dates et événements récurrents. Mais, selon la tradition rabbinique, Dieu ne cesse, en tous temps, de "faire sortir" son peuple d'une forme ou d'une autre de l'Egypte. Le peuple juif est continuellement en train de "sortir" d'une situation, d'un lieu ou d'une zone de danger pour sa subsistance. C'est aussi l'une des significations du mot "Pessah" (passage). Il y a donc là un rapport étroit entre les différentes "assemblées" (dont les "mowadîm"), les "saisons" et les "temps prophétiques". La révolte de Koré n'est pas seulement un événement dont le récit intègre le canon biblique. Il est plus que cela. Il constitue une issue par laquelle s'introduit le cours de l'histoire du peuple hébreu, et ce, en vue de l'accomplissement global du plan de Dieu pour la nation d'Israël. Ce "temps futur" (machar) peut cependant être différé si des événements contraires venaient à en retarder l'accomplissement. 

Deux des fils d'Aaron, Nadab et Abihou, avaient en leur temps apporté du "feu étranger" devant l'autel. Ils périrent suite à cette infraction (Lévitique 10:1, 2). Et si le "demain" dont avait parlé Moïse concernait également notre époque, nous qui sommes arrivés "à la fin des siècles". Se pourrait-il qu'une révolte soit fomentée pour ravir au peuple de Dieu la fonction de "sacrificateur" ? Quel est ce "feu étranger" qui est apporté aujourd'hui devant Dieu ? Quelles sont ces cassolettes d'encens ? Quelle est l'adoration qui lui est rendue et par quels moyens lui sont-elles apportées ? La méthode peut être bonne, recommandée par des leaders spirituels et conformes, mais la disposition du cœur peut être tout autre. Et plus important encore, cela correspond-t-il aux exigences divines ? 
 


Y-a-t-il, aujourd'hui, des "Koré" dans le peuple de Dieu ?  

La première réflexion que m'inspira ce texte du livre des Nombres concernait le principe d'autorité. Comment celle-ci est-elle exercée au sein du peuple de Dieu et par qui ? Par des hommes que Dieu a choisi et établi ? Ou par des personnes qui, usant de leurs prérogatives, se seraient imposées comme possédant légitimement le droit d'occuper ces fonctions ? Ma deuxième réflexion concerne l'adoration présentée au Seigneur. Quelle est la "nature" de ce "parfum" que l'on agite devant Dieu avec, parfois, force moyens techniques sophistiqués ? Quelle est la motivation réelle de celui qui l'apporte ? Les lévites qui suivirent Koré avaient, dans le cœur, de la rébellion contre l'autorité que Dieu avait, lui-même, instituée. Mais plus encore, la démarche de ces rebelles n'était pas motivée par le désir d'adorer Dieu. Bien au contraire. Ils s'attendaient à ce que Dieu cautionne leur prétendue légitimité à exercer le service sacerdotal. Ils voulaient être reconnus en tant qu'autorité légale, convoitant ce qu'ils considéraient comme leur étant dû de droit. L'odeur qui montait de ces encensoirs ne pouvait Lui être agréable. La démarche était pourtant conforme aux directives de Moïse qui dut, certainement, la recevoir de Dieu lui-même. On ne peut imaginer Moïse prenant une telle initiative. Celui-ci n'ayant, pour sa part, que transmis ce qui était, à l'origine, une directive divine. Le but de celle-ci étant, au final, de confirmer le choix divin sur la personne d'Aaron ainsi que de confondre ses détracteurs. Cette fumée qui montait vers le Ciel n'était pas "d'agréable odeur à l'Eternel". Ce n'était que "evel". De la fumée, expression visible de la vanité orgueilleuse de leur cœur. Un mot, prononcé par Moïse, nous relie aujourd'hui, à cette "révolte de Koré". Ce mot c'est "demain". Ce "demain" qui, de façon prophétique, jetait un pont jusque dans le Futur. Ce qui était "leur" Futur, et dont nous sommes aujourd'hui les contemporains. Car l'Histoire se répète, et le cœur de l'homme est toujours "tortueux et méchant". Alors peut-être nous faut-il, nous aussi, nous interroger sur la nature de ce "parfum" qui monte aujourd'hui vers le Ciel. Dieu prend-t-il plaisir à ce qui peut porter le nom "d'adoration" quand celle-ci monte de cœurs remplis de convoitise, de revendications arrogantes et de rébellion ? 

Jude, le frère du Seigneur (Matthieu 13:55), écrit : "Il s'est glissé parmi vous certains hommes dont la condamnation est écrite depuis longtemps, des impies qui changent la grâce de notre Dieu en dérèglement et qui renient notre seul maître et Seigneur Jésus-Christ. Je veux vous rappelez, à vous qui savez fort bien ces choses, que le Seigneur, après avoir sauvé le peuple... fit ensuite périr les incrédules... malgré, cela, ces hommes aussi, entraînés par leurs rêveries, souillent pareillement leur chair, méprisent l'autorité... ils parlent de manière injurieuse de ce qu'ils ignorent et ils se corrompent... Malheur à eux ! Car ils ont suivi la voie de Caïn, ils se sont jetés pour un salaire, dans l'égarement de Balaam, ils se sont perdus par la révolte de Koré… Ce sont des gens qui murmurent, qui se plaignent de leur sort, qui marchent selon leurs convoitises, qui ont  à la bouche des paroles hautaines, qui admirent les personnes par motif d’intérêt... souvenez-vous des choses annoncées d'avance (ce fameux "demain"), que dans les derniers temps, il y aurait des moqueurs, marchant selon leurs convoitises impies, ce sont ceux qui provoquent des divisions, hommes sensuels, n'ayant pas l'Esprit". Et Jude conclut par ces mots : "A Dieu seul, notre Seigneur, soient gloire, majesté, force, puissance, dès avant tous les temps, et maintenant, et dans tous les siècles. Amen" (Jude versets 1 à 25). Si Jude, dans son épître, fait mention de disciples ayant emprunté l'attitude de Koré, se pourrait-il qu'il en subsiste encore aujourd'hui dans les assemblées ? 

La véritable autorité  

Par la bouche du prophète Samuel, l'Ecriture introduit une réflexion riche de sens : "L'Eternel trouve-t-il du plaisir dans les holocaustes et les sacrifices comme dans l'obéissance à la voix de l'Eternel ? Voici, l'obéissance vaux mieux que les sacrifices et l'observation de sa parole vaux mieux que la graisse des béliers" (1 Samuel 15:22). Et pourtant, combien de ce que l'on nomme aujourd'hui "louange" et "adoration" ne sont que "feu étranger" ? Combien de "Koré" ne se sont-ils pas érigés en "princes" sur le peuple de Dieu ? Mais, dans sa Sagesse, Dieu a établi cinq ministères dans son Assemblée (edah). Des apôtres, des prophètes, des docteurs, des évangélistes et des pasteurs (Éphésiens 4:11). Mais il est aussi écrit : "Et Dieu a établi dans son Eglise, premièrement des apôtres, secondement des prophètes, troisièmement des docteurs, ensuite ceux qui ont les dons de guérir, de secourir, de gouverner…" (1 Corinthiens 12:28). Quelqu'un a écrit un jour : "quelle est la différence entre un chef et un leader ? Un chef dit ce qu'il faut faire, un leader montre comment le faire". Il est intéressant de voir que le mot "gouverner" dans ce texte, est associé  à "guérir" et "secourir". Paul semble vouloir donner à ce mot une dimension empathique, pleine de compassion et d'amour. La langue française introduit même, involontairement, un jeu de mots dans sa traduction puisqu'elle dit : "... troisièmement des docteurs, ensuite ceux qui ont le don de guérir, de secourir...". Le rôle du "docteur" étant bien évidemment d'enseigner. Mais cela souligne combien, dans la pensée de Paul, le ministère se doit d'être pratiqué en vue du bien-être du peuple dont il a la charge. J'ai eu le bonheur de suivre des cours avec des enseignants qui étaient à la fois d'une grande érudition mais également emprunts de bonté, et riches de l'amour du Seigneur. Ainsi il est écrit : "Celui qui est sage de cœur manifeste la sagesse par sa bouche, et l'accroissement de son savoir paraît sur ses lèvres" (Proverbes 16:23). Les écouter était un réel plaisir. Apprendre auprès d'eux était une enrichissement sans égal. J'ai également entendu des prédicateurs dont la suffisance était à la mesure de leur ignorance, traitant de sujets qu'ils ne maîtrisaient pas et dont ils ignoraient presque tout. "Même le sot passe pour sage lorsqu'il se tait", dit le Proverbe (Proverbes 17:28), mais lorsqu'il ouvre la bouche… "la bouche de l'insensé répand la folie" (Proverbes 15:2), mais il y a dans celle-ci "un bâton pour son orgueil" (Proverbes 14:3). Koré convoitait une fonction qui ne lui avait pas été attribuée. Son comportement a démontré qu'il n'en était même pas digne. Il en est encore de même aujourd'hui. La véritable autorité ne peut se fonder sur un titre mais sur un caractère. Elle se construit peu à peu dans le service et dans la Présence de Dieu. Mais de quelle autorité parle-t-on ?

L'Ecriture dit également : "Et il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs" (Éphésiens 4:11). Cinq ministères unis comme les cinq doigts d'une main. Les apôtres et les prophètes sont souvent cités ensemble. La fibre prophétique est imprégnée, imbibée de l'essence même des Ecritures dont le docteur se fait, lui, le vulgarisateur. Mais "si ces choses ont été écrites pour nous servir d'exemples" (1 Corinthiens 10:6, 11), l'apôtre Pierre met ses lecteurs en garde en écrivant : "Il y a parmi le peuple, de faux prophètes, et il y aura parmi vous  de faux docteurs qui introduiront des sectes pernicieuses (apoleia) et qui, reniant le maître qui les as rachetés, attireront sur eux une ruine (apoleia) soudaine" (2 Pierre 2:1). "De faux prophètes et de faux docteurs". Les faussaires ne font généralement des copies que de ce qui a de la valeur. Comme l'a dit un jour quelqu'un : "on n'a jamais vu de faux sacs poubelles". Pourtant ces "faux docteurs" ont autrefois été aux pieds du "maître qui les a rachetés". Ceux-ci se reconnaissent cependant en ce qu'ils "introduisent des sectes pernicieuses (des divisions)" (2 Pierre 2:1). Le mot grec "apoleia" (pernicieuses) signifie "ruine, destruction, perdition éternelle"Or, n'est-ce pas en partie ce que cherchèrent à faire Koré et ses acolytes ? A introduire la division au sein du peuple de Dieu ? Il y a, en hébreu, un mot similaire, "mechittah", qui signifie "destruction, ruine, terreur, rupture, consternation, effroi". C'est là une description fidèle de ce que dut provoquer la disparition soudaine des deux cent cinquante hommes consumés par le feu. David, décrivant une vision de Dieu, dit qu'un "feu dévorant sortait de sa bouche… de la splendeur qui le précédait s'élançaient des charbons de feu" (2 Samuel 22:9, 13). Et de ces ennemis, il dira : "Que sur la tête de ceux qui m'environnent retombe l'iniquité de leurs lèvres. Que des charbons ardents soient jetés sur eux. Qu'il les précipite dans le feu, dans les abîmes d'où ils ne se relèveront plus" (Psaume 140:10, 11). Ce fut effectivement le sort que subirent les rebelles qui suivirent Koré dans sa folie orgueilleuse. Ce fut pour lui le prix à payer pour avoir contesté l'autorité instituée par Dieu et avoir fomenté une révolte contre Moïse et Aaron, provoquant ainsi une division au sein du peuple d'Israël. 

Sans parti pris  

Les Koré d'aujourd'hui pourraient fort bien, eux aussi, créer des divisions, contester les authentiques serviteurs de Dieu afin de tenter de leur ravir leur ministère. Ce que l'on appelle communément "secte" est facilement reconnaissable aujourd'hui. Mais quel est le sens que l'apôtre donne à ce mot ? Le mot "hairesis" (qui a donné le mot "hérésie") signifie : "action de prendre (le pouvoir), de capturer, choix" mais aussi "ensemble de personnes suivant leurs propres principes". Il est donc fait ici mention de personnes ayant fait le choix de se séparer pour suivre leurs propres principes de fonctionnement. Ils font donc le choix de se désolidariser de ceux établis par l'autorité en place. Ce fut l'attitude de Koré face à Moïse et Aaron. Généralement, on nomme cette attitude de la rébellion. Pour ce qui est des "sectes", l'Ecriture ne considère pas forcément les choses comme nous les voyons aujourd'hui, mais plutôt comme ce que nous appellerions aujourd'hui des "dénominations". L'Ecriture fait ainsi mention du "parti" (hairesis) des Pharisiens (Actes 15:5), du "parti" (hairesis) des Sadducéens (Actes 5:17), et même celui des "Nazaréens" (premiers noms des chrétiens), "parti" (hairesis) dont l'apôtre Paul se revendique (Actes 24:5). Certaines de ces "hairesis" peuvent adopter des règles de conduite bien plus rigides que celles imposées par le Seigneur. Paul dira : "J'ai vécu en Pharisien, selon la secte (hairesis) la plus stricte de notre religion" (Actes 26:5), alors que le fardeau que le Seigneur nous donne (et celui qu'avaient choisis alors les Nazaréens) est "doux et léger". Mais c'est là l'effet "pernicieux"(apoleia) dont parle l'apôtre Pierre. C'est que cette forme de rébellion contre l'autorité divine paraît être justifiable. Elle semble préconiser une plus juste application de la "loi divine", de la "Parole de Dieu". Ceux qui s'érigent ainsi sont déjà des autorités établies, des "princes du peuple". Ceux qui se liguent à leurs côtés leur reconnaissent une certaine autorité. Ainsi, Paul dira : "Car il faut qu'il y ait aussi des sectes (hairesis) parmi vous afin que ceux qui sont approuvés soient reconnus comme tels au milieu de vous" (1 Corinthiens 11:19). Dans son Épître aux Galates, Paul associe cependant le mot "secte" (hairaisis) avec "l'idolâtrie, la magie, les inimitiés, les querelles, les jalousies, les animosités, les disputes et les divisions" (Galates 5:20). Ceux qui, tout comme Koré et ses acolytes, prôneront la pratique de ces choses "attireront sur eux une ruine (apoleia) soudaine" (2 Pierre 2:1). Avec le temps, le mot "hérésie" désigna ce qui s'éloignait des dogmes communément reconnus pour vrais par l'Eglise. En fait, cela se justifie totalement à partir du moment où, justement, une Eglise institutionnalisée, quelle que soit sa dénomination, s'écarte de ce qui est le fondement de la foi : l'enseignement apostolique. Dans ce cas, un positionnement contre les autorités religieuses de cette "dénomination" instituée, quelle qu'elle soit, s'avère justifiable. Paul écrira : "Ces choses (ce qui est relaté dans les Ecritures) sont arrivées pour nous servir d'exemples" (2 Timothée 3:16). Jude utilise des mots durs pour décrire de prétendus disciples dont il fustige le comportement dans son Épître en parlant de ceux qui "ont suivi la voie de Caïn, se sont jetés dans l'égarement de Balaam, se sont perdus par la révolte de Koré" (Jude 11). Si de tels personnes étaient à l'œuvre au sein du peuple de Dieu à l'époque apostolique, à combien plus forte raison le sont-elles encore aujourd'hui. Saurons-nous les reconnaître et en discerner les actions ? 

JiDé

 

Notes 

* Exode 6:16,18,20,21. "Voici les noms des fils de Lévi avec leur postérité : Guerschon, Kéhath et Mérari…fils de Kéhath : Amram, Jitséar… Amram prit pour femme Yokébed, sa tante, et elle lui enfanta Aaron et Moïse… Fils de Jitséar : Koré…".  Kéhath fut le père d'Amram (qui engendra Moïse et Aaron) et de Jitséar (qui engendra Koré). 

** Une Parasha est une subdivision de la Thora, une portion du Pentateuque, qui est lue chaque semaine afin que la Thora soit lue en entier sur une année. 

 

La révolte de Koré
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