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Pur et impur (première partie)

Pur et impur (première partie)

Bien des thèmes sont abordés dans les Écritures, et celui de la pureté et de l'impureté n'est pas des moindres, même s'il est moins souvent commenté que d'autres. Comprendre l'importance de ce sujet dans les Écrits vétérotestamentaires et néotestamentaires permet cependant de mieux concevoir le sens de ceux-ci. Aborder les textes sous cet angle n'est pas chose aisée, mais cette approche permet de mieux saisir à la fois la pensée, la mentalité et les valeurs de leurs acteurs principaux. Les notions de pureté et d'impureté, qu'elles soient morales ou rituelles, ont joué un rôle important dans la conduite quotidienne des personnages bibliques, même si leur application n'est pas toujours forcément mentionnée explicitement. Le "ça va de soi" justifie le silence des rédacteurs pour qui ces notions étaient connues de leurs lecteurs et ne nécessitaient pas d'être mentionnées. Cependant, on peut en deviner la présence derrière les mots, les gestes, les attitudes. Ces détails risquent cependant de passer inaperçus aux yeux du lecteur non averti. La présence, ou l'absence, de celles-ci détermine parfois considérablement la posture de ceux qui en ont été à la fois les acteurs et les rédacteurs. Ces derniers, en rédigeant leurs ouvrages, ont joué la carte de la transparence. Ils n'ont pas cherché à dissimuler quoi que ce soit. On ne peut jamais vraiment comprendre une nation si on n'en connait pas les mœurs et coutumes. J'espère que ces deux articles apporteront aux lecteurs une compréhension plus claire des valeurs intrinsèques de ce peuple dont la Bible nous conte l'histoire. 

Une notion désuète ?

Quelle notion a-t-on aujourd'hui de la pureté ? On parle de la pureté de l'air, de la pureté de l'eau, de l'atmosphère. Ce mot peut également faire référence à une notion morale. Le concept de pureté peut donc revêtir, dans notre monde moderne, des notions très différentes, voire opposées. A l'inverse, lorsque l'on parle d'impureté, on imagine un dépôt qui se serait progressivement formé, à une eau trouble, à quelque chose d'étranger à une texture quelconque. Cela peut également, comme pour la pureté, revêtir un sens moral que l'on considère parfois comme désuet. Les mots sont riches de sens, mais ils ne signifient pas toujours la même chose pour tout le monde. Combien plus, alors, des mots utilisés par des Orientaux ayant vécu il y a plus de trente siècles, dans une autre langue, une autre culture, avec une écriture différente, peuvent être éloignés de la notion qui est la nôtre. Cependant, la Parole de Dieu est universelle et intemporelle. Elle n'en demeure pas moins incarnée dans une société très éloignée de celle que nous connaissons. Ainsi, pour comprendre, ce que ces mots pouvaient signifier, ce qu'ils pouvaient avoir comme sens à leurs yeux, il nous faut faire un saut gigantesque dans le temps pour pouvoir les réécouter, tout à nouveau, avec une oreille nouvelle. C'est ce que nous allons essayer de faire tout au long de cet article. 

Il ne s'agit pas ici d'une démarche qui chercherait à justifier, texte à l'appui, un légalisme étroit. Fidèle à l'esprit des "trésors cachés dans le sable", ma démarche est celle d'une prospection. Ce thème est traité dans plus de quatre cent cinquante versets de la Bible, Ancien et Nouveau Testament confondus. On ne peut donc raisonnablement occulter ce sujet si l'on prétend se revendiquer des Ecritures Saintes. Ce sujet est très certainement loin d'être l'un des plus populaires, mais il me semblait judicieux, vu la place qu'il occupe dans les Ecritures, de l'aborder de la façon la plus exhaustive possible en tentant de rester sur cette question primordiale : que dit le texte ? Que dit-il vraiment ? Suis-je enclin, de quelconque façon que ce soit, à le comprendre par l'intermédiaire d'une opinion personnelle ? Mon approche est-elle totalement détachée de toute influence quelconque ? Nous ne pouvons raisonnablement répondre à ces questions par l'affirmative. Il y aura toujours une partie de nous qui interférera dans la juste compréhension du sujet abordé, quel qu’il soit. C'est donc avec la plus grande humilité que j'aborde ce sujet, conscient que ce que je risque d'y découvrir pourrait être, pour certains, dérangeant, voire choquant, et peut-être même inacceptable (des sujets comme les menstruations, les pertes séminales ou les maladies vénériennes y sont abordés). Je prends cependant le risque. A l'heure où j'écris ces lignes, j'ignore où me conduira ce voyage au cœur des textes que je désire entreprendre. Je débute cet article avec le désir profond et sincère de chercher à comprendre, non pas ce que j'aimerais y trouver et occulter ce qui pourrait m’embarrasser, mais ce que les textes ont à nous dire. Au risque de déplaire, conscient de ma faillibilité, il me semble entreprendre une descente en eaux profondes. Non pas en apnée, cependant, mais avec "le souffle" que donne le Saint-Esprit de Dieu. Puisse Celui-ci me conduire dans toute la vérité. 

Quelques notions

En allant à la rencontre des textes et des mots, j'ai progressivement pris conscience de la difficulté de rendre au mieux les différentes notions qui y sont abordées. Pour comprendre les Ecritures, il nous faut nous replonger dans le contexte dans lequel évoluent les apôtres de Jésus. Il nous faut, l'espace d'un instant, voir les choses avec leurs yeux et tenter de les appréhender avec leur façon de penser, leurs valeurs, leurs convictions. Celles-là même qui leur furent enseignées par leurs pères et les pères de leurs pères, et cela depuis Moïse. Certains me diront : "A quoi bon puisque nous avons l'Esprit pour nous enseigner ?". A cela je répondrai que les apôtres l'avaient également, il me semble. Ils n'en étaient cependant pas moins respectueux de ces valeurs qui furent les leurs et celles de leurs pères avant eux. Ils durent cependant apprendre à en tenir compte. Si les apôtres ont été amenés à faire cet exercice de foi, il n'y a, je pense, aucune raison suffisamment valable qui puisse nous en dispenser. A l'inverse, cette démarche ne pourra qu'enrichir notre compréhension des textes bibliques. Non pas à travers les "filtres de lecture" qui opacifient généralement notre compréhension plus qu'ils ne l'éclairent, mais tels qu'ils ont été rédigés et pensés par leurs auteurs. Tels qu'ils doivent être lus et compris afin que soit respecté "l'esprit" dans lequel ils ont été rédigés. 

Une autre difficulté vient s'ajouter à cela. Les textes dans lesquels nous désirons "plonger les regards" (Jacques 1:25) ont été, pour la plupart, préalablement écris en hébreu puis traduits en grec (certains ont été directement rédigés dans cette langue), pour être retraduits ensuite dans les langues des diverses nations. Mais la pensée initiale est, elle, typiquement juive. Les acteurs sont tous respectueux de la loi mosaïque qui fait, à cette époque en Judée, autorité pour tout ce qui concerne la vie quotidienne. Il est nécessaire de garder cette notion à l'esprit pour bien comprendre la façon dont pensent et agissent les disciples de Jésus. Les valeurs, les principes de vie énoncés dans les Ecritures faisaient partie intégrante de leur quotidien. Certains de ces principes qui pourraient nous paraître à nous, occidentaux du vingt-et-unième Siècle, austères, voire rébarbatifs, faisaient, pour les apôtres comme pour la grande majorité des disciples qui ont suivi le Seigneur, autorité. Pour pouvoir s'approcher au plus près de la façon de penser des disciples et de la manière dont ils recevaient son message, il nous faut tenter de comprendre quelles étaient leurs valeurs, leurs convictions, leurs attentes. Nous pourrons alors mieux saisir ce que pouvait signifier les paroles de Jésus lorsqu'il disait, par exemple, à un lépreux qu'il était purifié. Nous aurons alors une plus juste compréhension de l'impact qu'eut l'Evangile lorsqu'il fut annoncé, au tout début, dans les villages de Judée. Nous comprendrons alors mieux la réticence initiale que pouvaient avoir les apôtres de Christ à intégrer des païens issus des nations au sein de l'Assemblée des croyants. 

Pour commencer, j'aborderai tout d'abord les notions de pureté et d'impureté dans les Écrits du Nouveau Testament. Quelle notion, quelle compréhension en avaient les contemporains de Jésus ? Dans quelle mesure cela influençait-il leur façon d'agir et de penser ? Quels sont les mots utilisés pour en signifier les différents aspects ? Après cela, j'aborderai ces mêmes notions, mais dans l'Ancien Testament (le Tanach). J'aborderai la même démarche, mais avec un vocabulaire hébraïque plus fourni, plus spécifique. Avec les différentes nuances que ces différents termes peuvent revêtir. Les textes du Tanach seront vus parallèlement avec ceux du Nouveau Testament (la Nouvelle Alliance) afin de tenter de démontrer combien ces notions séculaires ont fortement influencé la pensée apostolique ainsi que celle des premiers disciples de Jésus.  Nous verrons également que, dans la bouche de prophètes comme Ezéchiel ou Zacharie, ces notions prenaient une dimension eschatologique, allant parfois se projeter jusque dans les temps messianiques. Voyage au cœur des textes. La parole est à l'Ecriture.
 


En quelques mots 

Sept mots grecs peuvent être traduits par "pur" ou "impur". Il n'en faut pas moins d'une vingtaine, en hébreu, pour traiter le même sujet. Le mot "koinos", en grec, désigne une forme d'impureté considérée comme "profane" (Hébreux 10:29), ce qui n'est par "pur" selon une notion rituelle. Aux yeux des scribes et des Pharisiens, les disciples de Yeshoua mangeaient avec des mains "impures" (koinos) parce qu'ils ne pratiquaient pas le rituel du lavage des mains (Marc 7:2). Cependant, Pierre reconnait n'avoir jamais mangé rien de souillé (koinos) ni d'impur (akathartos)(Actes 10:14). Aucune nourriture non conforme aux exigences mosaïques n'a franchi le seuil de ses lèvres. Il en était de même pour tous les disciples de Yeshoua qui, à cette époque encore, étaient tous juifs, respectueux de la loi mosaïque et de ses exigences en matière de pureté. Mais cependant, quelque chose était en train de changer. Le mode de vie des disciples était communautaire. Les biens comme la nourriture étaient "mis en commun" (koinos). On en retrouve des exemples en Actes 2:44 et Actes 4:32. Paul parle de sa foi commune (koinos) avec Tite, son collaborateur et ami (Tite 1:4). Jude, quant à lui, parle d'un "salut commun" (Jude 1:3). Paul démontre que la notion de pureté et d'impureté peut être quelque chose de personnel (Romains 14:14). La recommandation de l'apôtre est de toujours agir en tenant compte, en prenant en considération les valeurs de l'autre afin de ne pas le blesser dans ses convictions. La foi nouvelle des disciples avait introduit, dans la société qui était la leur, une forme d'abolition des discriminations sociales, la visite de Jésus dans la maison de Zachée en est un exemple (Luc 19:1 à 10). Libérés des exigences de la tradition, ils pouvaient enfin aller au delà de ce qui les différenciait pour "mettre en commun" ce qui les unissait. 

Un autre mot grec désigne "ce qui est impur", c'est le mot "akathartos", dont j'ai fait mention plus haut. Matthieu, Marc et Luc le désignent tous trois comme un "esprit impur". Dans les Évangiles, "akathartos" désigne des démons. On retrouve cette même notion en Apocalypse 16:13 et 18:2. Jean étant l'auteur du livre de l'Apocalypse, ceci démontre que l'apôtre partage cette même notion avec les autres évangélistes. L'apôtre Pierre, quant  à lui, reconnait "n'avoir jamais rient mangé de souillé ni d'impur" (Actes 10:14). Mais "l'épisode de la nappe" (Actes 10) a forcé Pierre à revoir sa copie. Il va lui falloir reconsidérer son attitude envers les païens qu'il considérait auparavant comme tels, car c'est à lui qu'incombe le privilège d'introduire, dans l'assemblée des croyants, la première personne ne faisant pas partie du peuple d'Israël (Actes 10:28). Nous verrons plus loin, en abordant le vocabulaire hébraïque, les raisons et les motivations de cette réticence. Et enfin, l'apôtre Paul, lui, associe cette forme "d'impureté" à l'impudicité, à la cupidité et à l’idolâtrie (Éphésiens 5:5). Par cela, on peut donc distinguer trois formes différentes "d'impureté". Celle qui est conforme aux prescriptions lévitiques, celle qui est considérée comme telle par la tradition religieuse, et puis celle qui est purement d'origine diabolique, démoniaque, et qui pervertit le comportement. Mais qu'en est-il de la "pureté"

La notion de pureté dans le Nouveau Testament  

La pureté (hagnos), dans la pensée de l'apôtre Jacques, est comparée à la Sagesse de Dieu (rien de moins), "la sagesse d'en-haut" (Jacques 3:17), ce qui donne le niveau à atteindre, ou tout au moins, à rechercher. Paul présente cette même pureté comme celle d'une "vierge pure (hagnos)" présentée à son fiancé, comme le Seigneur lui-même (2 Corinthiens 11:2). Il prolonge cette métaphore jusque dans le mariage, la fiancée, devenue épouse, préservant sa "chasteté" (hagnos) dans le mariage (Tite 2:5), rejoint en cela par l'apôtre Pierre (1 Pierre 3:2). Mais ces recommandations sont également valables pour "les frères" (Philippiens 4:8 / 1 Timothée 5:22). L'apôtre Jean, quant à lui, souligne que cette attitude est adoptée par celles et ceux qui ont cette espérance qu'un jour leur véritable identité de filles et de fils de Dieu sera révélée (1 Jean 3:2, 3). La "pureté" (hagnos) n'est donc pas seulement une attitude de vie, elle est plus que cela. Elle manifeste l'espérance vivante de la révélation de l’Épouse de Christ. Cette "pureté" (hagnos) dont se sont parés les jeunes mariés, il leur faudra la communiquer à leur progéniture. Transmise à la génération suivante et ce, "dès le biberon". Ainsi, l'apôtre Pierre parle du "lait spirituel et pur (adolos)", donné à l'enfant afin qu'il croisse "pour le salut" (1 Pierre 2:2). De ce mot "adolos" vient "adolescent". Ce "lait spirituel et pur" dont a été nourri l'enfant "dès sa jeunesse" (Psaume 71:17 / Luc 18:21), lui permettra, une fois devenu adolescent, de préserver cette pureté que lui auront inculqué ses parents. Ceux-ci auront posé les fondements, d'autres pierres viendront ensuite s'ajouter à l'édifice pour construire l'adulte de demain (1 Corinthiens 3:10). Mais cela relève alors d'une volonté personnelle (1 Jean 3:3).  Ainsi, il est écrit : "Quiconque a cette espérance en lui se purifie (hagnizio) comme lui-même est pur (hagnos)". Celle-ci sera ainsi motivée par une "conscience pure (katharos)" (1 Timothée 1:5 / 3:9 / 2 Timothée 1:3). Cette pureté "Katharos" est celle d'un cœur entier, sincère et vrai (1 Pierre 1:22), associée à "une bonne conscience et une foi sincère dans la plénitude de la foi" (1 Timothée 1:5 / Hébreux 10:22) "conservant le mystère de la foi dans une conscience pure (katharos)" (1 Timothée 3:9 / 2 Timothée 1:3). Seuls ceux qui ont le cœur "pur" (katharos) verront Dieu (Matthieu 5:8) car Sa Parole nous purifie (katharos) (Jean 15:3). Cette notion de pureté "katharos" me permet d'en illustrer une autre : "hagnizio"

Cette forme de pureté revêt un aspect plus rituel. L'apôtre Jean nous dit que, alors que la fête de Pessah était proche, "beaucoup de Juifs montèrent à Jérusalem pour se purifier (hagnizio)" (Jean 11:55). Cette notion de "purification" avant la fête de Pessah (la Pâque) est très ancienne (2 Chroniques 30:18). Ceci permet de comprendre que le mot grec "hagnizio" correspond approximativement à l'hébreu "Taher", dont je parlerai plus loin. Il est question ici du peuple juif dans son ensemble, mais il est évident que les disciples de Jésus ne dérogeaient pas à ce rituel qui leur semblait évident. Nul n'aurait voulu se présenter à la fête sans s'être préalablement purifié. Les disciples de Jésus respectaient scrupuleusement les prescriptions mosaïques sans pour cela se plier aux exigences que la tradition religieuse voulait leur imposer. Dans ce texte, Jean énonce un fait qu'il observe sans pour cela porter un quelconque jugement de valeur. Bien au contraire, cela lui paraît comme une chose allant de soi. L'apôtre Paul, se rendant au Temple, pratiquera ce même rituel de purification "hagnizio" (Actes 21:24, 26 - Actes 24:18). On retrouve ce rite de purification, auquel se sont soumis l'apôtre Paul et ses compagnons, dans le livre des Nombres (Nombres 8:7). Par cela, Paul voulait montrer au peuple qu'il ne dérogeait en rien aux exigences rituelles de purification pour se rendre au Temple, ce dont il sera malgré tout accusé injustement. Mais cette purification a un sens plus profond. L'apôtre Jacques invite ses lecteurs à "purifier (hagnizio) leurs cœurs" (Jacques 4:8) après s'être "nettoyé les mains". L'apôtre Pierre précise que cette "purification" de l'âme se fait "en obéissant à la vérité", et ce dans le but d'avoir "un amour fraternel sincère" (1 Pierre 1:22). Mais cette purification du cœur se doit d'être pratiquée par tout disciple de Yeshoua, le Seigneur Jésus-Christ, qu'il soit de la postérité d'Abraham par la chair ou par la foi. Qu'il soit Juif ou issu des nations. Car "quiconque a cette espérance en lui se purifie (hagnizio) comme lui-même (le Seigneur) est pur (hagnos)" (1 Jean 3:3). Pour les apôtres du Seigneur, et pour ses disciples en général, ces notions de pureté avaient du sens. Elles n'étaient pas que des rites religieux. Elles symbolisaient une action qui s'opérait en profondeur. Elles touchaient à leur être tout entier, corps, âme et esprit. Elles les touchaient au plus profond de leur être. Dans leur conscience même. L'auteur de l'Epître aux Hébreux en avait bien saisi toutes les nuances. C'est pourquoi, il écrira : "Approchons-nous avec un cœur sincère, dans la plénitude de la foi, les cœurs purifiés (rhantizo) d'une mauvaise conscience, et le corps lavé d'une eau pure (katharos)" (Hébreux 10:22). L'auteur de cette épître est inconnu, mais il s'agit très probablement d'un sacrificateur devenu disciple de Yeshoua. Peut-être l'un de ceux qui formaient cette "foule de sacrificateurs" (Actes 6:7). Il met à profit sa profonde connaissance des protocoles lévitiques pour démontrer à ses lecteurs leur implication spirituelle dans un cadre néo-testamentaire. Il fait ici volontairement une distinction entre la purification du cœur et celle du corps. Le mot "rhantizo" n'est utilisé que par cet auteur. Il désigne un acte rituel d'aspersion d'eau (Hébreux 9:13) ou de sang (Hébreux 9:19, 21). Le rite de purification par "l'eau pure" est une référence à Nombres 19 où il est fait mention des cendres de la vache rousse mélangées à de l'eau. On pénètre ici dans une conception plus élaborée de la notion de "pureté". Conception qui sera développée plus loin dans la partie consacrée aux Écrits de l'Ancienne Alliance. 

Le mot "kathartos" est utilisé pour parler du vêtement dont l’Épouse de Christ est recouverte (Apocalypse 19:8). Ce même mot avait été utilisé par Matthieu pour le linceul dans lequel le corps de Jésus avait été enveloppé après avoir été détaché de la croix. Ce linceul blanc (katharos) acheté par Joseph d'Arimathée (Matthieu 27: 59). Le mot "katharos" qualifie également la texture du vêtement des anges (Apocalypse 15:6), et ce qui revêt leurs chevaux (Apocalypse 19:14), ainsi que la qualité de l'or dont est constituée la Nouvelle Jérusalem (Apocalypse 21:18, 21). Cela donne un aperçu de ce que ce mot peut signifier quant à sa qualité intrinsèque. Une pureté katharos de nature à demeurer dans le lieu le plus saint que l'on puisse imaginer, la Présence même de Dieu. 

Et enfin, un dernier mot : "katharizo" (tiré du mot "katharos"). Dans les Évangiles, ce mot désigne la purification qui suit la guérison d'un lépreux (Matthieu 8:2, 3). Ce mot est également utilisé pour désigner la purification d'une coupe par les Pharisiens. Jésus utilise cet exemple pour leur démontrer qu'ils sont eux-mêmes impurs à l'intérieur à cause de la méchanceté qui est dans leur cœur (Matthieu 23:25). Ceux-ci reprochaient, à leur tour, à Jésus de prétendre avoir la capacité de rendre pur un lépreux (Marc 1:40 à 42). Après avoir reçu la vision de la nappe, Pierre comprend que le mur de séparation entre les disciples de Yeshoua et les païens est tombé (Actes 10), Dieu ayant "purifié leurs cœur par la foi" (Actes 15:9). Paul, quant à lui, souligne, en s'adressant aux Corinthiens, que la "purification de toute souillure de la chair et de l'esprit participe à notre sanctification dans la crainte de Dieu" (2 Corinthiens 7:1). Il rappelle également aux Éphésiens que "Christ a aimé l'Eglise et s'est livré lui-même pour elle afin de la sanctifier par la parole, après l'avoir purifiée par l'eau du baptême" (Éphésiens 5:25 ou 26). L'auteur de l'Epître aux Hébreux nous dit que "le sang de Christ purifie notre conscience des œuvres mortes" (Hébreux 9:14), rappelant au passage que "presque tout, d'après la loi, est purifié par du sang et sans effusion de sang il n'y a pas de pardon" (Hébreux 9:22). "Si les images des choses qui sont dans les cieux devaient être purifiées, combien plus les choses célestes elles-mêmes devaient l'être par des sacrifices plus excellents" (Hébreux 9:22, 23). Quant à Jacques, il invite ses lecteurs à "nettoyer leurs mains" et à "purifier leur cœur" (Jacques 4:8). Une purification des mains, non pas par un rituel extérieur (Marc 7:2), mais comme symbole d'une purification du cœur qui produirait des actes de pureté. Et enfin, l'apôtre Jean nous assure que si "nous marchons dans la lumière, le sang de Jésus, le Fils de Dieu, nous purifie de tout péché" (1 Jean 1:7), à condition que nous les confessions, car "il est fidèle et juste pour nous les pardonner et pour nous purifier de toute iniquité" (1 Jean 1:9). Le terme "katharizo" est riche de sens. Il désigne l'acte de nettoyer une chose pour lui enlever ses tâches et sa saleté. Dans un sens moral, il libère de la souillure et des fautes, il purifie de la méchanceté, il libère de la culpabilité du péché, il consacre par purification et il déclare publiquement pur selon l'ordonnance lévitique. 

La notion de pureté et d'impureté dans l'Ancien Testament  

Après avoir survolé le sujet dans les Écrits des auteurs apostoliques (car je crois qu'il y aurait encore bien des choses à dire), j'aimerais maintenant l'aborder dans le Tanach, communément appelé Ancien Testament. Le sujet est ici bien plus vaste et plus complexe, empreint de subtilités qui révèlent, en fait, toute la difficulté de traiter un tel sujet. Néanmoins, le Seigneur nous fait la grâce de lever un coin du voile afin que nous puissions contempler la beauté de ce qui n'est autre, au final, que la révélation de Sa pensée, ainsi que de pouvoir appréhender ses exigences envers l'homme qu'Il souhaite voir s'approcher de Lui.  

Si les notions de "pureté et "d'impureté" sont relativement accessibles dans les Écrits apostoliques, les choses le sont moins lorsqu'on les aborde dans l'hébreu de l'Ancien Testament. Les Prophètes de l'Eternel, notamment, vont utiliser les protocoles lévitiques comme des métaphores pour invectiver le peuple d'Israël afin de lui faire prendre conscience de son état spirituel. Ces Prophètes, rompus aux exigences thoraïques, connaissaient les textes "sur le bout des doigts". Leurs lecteurs pas moins. Mais, dans leur bouche, ces textes vont devenir le socle de leur message. Leurs oracles reposent sur des fondements solides, inattaquables. La Parole redevient alors actuelle. Les textes, délaissés, prennent vie dans la bouche de ces hommes courageux qui risquent leur réputation, et même leur vie, pour rappeler au peuple ces principes, fondement de l'Alliance contractée entre Dieu et son peuple. Bien des siècles plus tard, les apôtres du Seigneur Jésus-Christ développeront ceux-ci dans leurs Écrits, destinés en partie à des païens que l'on considérait alors comme "impurs"

Si l’appellation "Ancien Testament" est plus usuelle, je lui préfère celle qu'utilisaient le Seigneur et ses apôtres : "les Ecritures". Je privilégierai donc ce vocable par la suite. Comme je l'ai dit plus haut, les Ecritures présentent les notions de "pureté et d'impureté" de façons fort subtiles. Subtilités que, malheureusement, les traductions ne peuvent parfois pas rendre explicitement. Lorsque l'on s'approche du texte, lorsque l'on écoute les mots parler, ceux-ci peuvent être déconcertants. Mais quand on leur laisse la parole, on se rend compte qu'ils ont bien plus de choses à nous dire que nous ne pourrions le penser. Il suffit parfois de les écouter attentivement pour mieux les comprendre.
 


En quelques mots  

Le premier de ceux-ci est le mot "bar"que l'on pourrait traduire par "pur, clair, propre", mais aussi par "vide" ou "préféré". Ce mot vient de "barar", dont je parlerai juste après ceci. Ainsi, le Cantique des Cantiques nous dit : "Une seule est ma colombe (c'est Salomon qui parle), ma parfaite, elle est l'unique de sa mère, la préférée (bar) de celle qui lui donna le jour" (Cantique des Cantiques 6:9). Elle est la préférée parmi toutes ses sœurs, elle est la plus "pure". Ceci n'est pas sans rappeler ce qu'écrit Paul aux Corinthiens : "Car je suis jaloux de vous d'une jalousie de Dieu parce que je vous ai fiancés à un seul époux, pour vous présenter à Christ comme une vierge pure ("hagnos" en grec)" (2 Corinthiens 11:2). L'auteur du Cantique fait mention de "la préférée de sa mère", ce qui rappelle ce que dit l'apôtre Paul aux Galates, en parlant de la Nouvelle Jérusalem : "Mais la Jérusalem d'en-haut est libre, c'est notre mère" (Galates 4:26). Cette pureté de l’Épouse se reflète dans l'or qui en pave les routes. La blancheur ("katharos" en grec) de sa robe symbolise sa pureté. Elle marchera dans ses rues pavées d'or pur (khataros). Mais sa pureté est toute intérieure car c'est une pureté du cœur (Psaume 73:1*) qui se nourrit des commandements de Dieu de la même nature (Psaume 19:8*). Ce même Salomon, fils de Bath-Scheba, écrira dans son introduction au livre des Proverbes : "Mon fils, observe la discipline (l'instruction) que t'impose ton père et ne néglige pas l'enseignement (littéralement "la thora") de ta mère" (Proverbes 1:8). Lorsque l'on observe cette métaphore de "la mère de l’Épouse", on retrouve chez cette dernière, la pureté de sa "mère", la Nouvelle Jérusalem. Cette "pureté" (bar) dont se nourrit le Psalmiste (Psaume 19:8 / 73:1) trouve sa source dans "l'instruction de son père". Ainsi, Jésus dira : "Le Fils ne peut rien faire de lui-même, il ne fait que ce qu'il voit faire au Père et tout ce que le Père fait, le Fils le fait pareillement" (Jean 5:19). Si l’Épouse est la fille préférée (bar) de sa mère, l’Époux est "le Fils bien-aimé de Son Père" (Marc 1:11). Tous deux reflètent cette pureté (bar) de la cité céleste qui doit accueillir leur union. Celle-ci est, pour un temps encore, vide (bar) car elle doit accueillir tous ceux qui, pour l'éternité, appartiendront au Seigneur. 

Dans la pensée des auteurs bibliques, la notion de pureté est également et intrinsèquement liée à la sacrificature. Si une généalogie de la tribu d'Aser réfère un certain nombre de chefs de guerre (1 Chroniques 7:40) qui étaient des hommes d'élite (barar), ce même livre des Chroniques mentionne également des lévites, choisis (barar) par le Roi David et le prophète Samuel, pour servir comme portiers du Temple (1 Chroniques 9:22) alors que d'autres le seront pour louer l'Eternel (1 Chroniques 16:41). En réalité, cette notion de "pureté" (barar) est très ancienne. Elle remonte tout au moins à l'époque des premiers Patriarches. Ainsi, Elihu, le troisième ami de Job, prétendra exprimer la vérité "pure" par ses paroles (Job 33:3). Comme je l'ai dit plus haut, le message des Prophètes, quant à lui, est imprégné de ces notions de pureté. Ces hommes se sont tenus dans la Présence de Dieu avant de délivrer leur message. Ils en sont imprégnés. "La Sainteté convient à ta maison" dira le Psalmiste (Psaume 93:5). Ceux qui y servent doivent en refléter l'éclat car ils sont "un peuple de sacrificateurs". Esaïe reconnait que Dieu a fait de lui une flèche aiguë (barar), se comparant ainsi à la pointe d'une flèche qui transperce le cœur (Esaïe 49:2). Le prophète voit là une analogie entre la "pureté" de la parole libérée et la puissance de pénétration d'une flèche de guerre. Se référant aux protocoles lévitiques, Esaïe invite le peuple saint à ne toucher à rien qui soit impur (Esaïe 52:11). Ezéchiel utilisera ce vocable particulier pour assurer le peuple que Dieu les "séparera" (barar) des rebelles (Ezéchiel 20:38). Ces "rebelles" ayant, eux, refusé de se "purifier". Daniel, qui fut un homme éprouvé, annonce que "plusieurs seront purifiés (barar), blanchis, épurés" (Daniel 12:10). On retrouve ici la notion de blancheur associée à la pureté. Il fait ici mention de "quelques hommes sages" qui "succomberont afin qu'ils soient épurés, purifiés, blanchis" (Daniel 11:35). Il est intéressant de noter que Daniel stipule que ce résultat de "purification" ne pourra être obtenu qu'après que ces "hommes sages" aient "succombé". Nous sommes ici dans une période eschatologique, puisque le texte fait mention des "temps de la fin" (Daniel 12:9), que Daniel replace dans un contexte sacrificiel (verset 11). La notion de "pureté" (barar) est ici celle d'une mise à part pour une tâche choisie. Depuis l'époque des Patriarches jusqu'aux "temps de la fin", des hommes ont été, sont et seront choisis pour atteindre ce degré de service, mais ils seront pour cela "choisis, aiguisés, épurés, purifiés, séparés". Ces "hommes d'élite" ne pourront l'être qu'à ce prix.  

Une notion familière  

Le sujet suivant aborde le thème de la pureté (zakah) de la nature humaine. Pécheur de par sa nature, l'être adamique ne peut prétendre à la pureté de son âme devant Dieu. C'est pourquoi il a besoin de s'identifier à la mort et à la résurrection du Seigneur Jésus. Eliphaz de Theman, ami de Job, lui pose la question : "Qu'est-ce que l'homme mortel pour qu'il soit pur (zakah) ? Celui qui est né de la femme peut-il être juste ?" (Job 15:14). La question est posée. Eliphaz associe ici la pureté avec le fait d'être "juste" aux yeux de Dieu. Aucun homme ne peut se prétendre "juste" aux yeux de Dieu par ses propres moyens, quels qu'ils soient. Dans ce cas, il ne peut pas non plus atteindre ce niveau de pureté (zakah) dont il est fait mention ici. Cette forme de "pureté" lui est donc inatteignable. Un autre ami de Job, Bildad de Schouah, pose la question autrement : "Comment l'homme serait-il juste devant Dieu ? Comment celui qui est né de la femme serait-il pur (zakah) ?" (Job 25:4). Comment ? Une fois encore, la seule réponse qui puisse être validée dans les cieux est par le sacrifice de Christ. Lui seul était en mesure de nous rendre "pur". Il est intéressant de noter que le nom de Bildad signifie "fils de la consternation", et "Schouah" : "dépression, couler, s'enfoncer". Le constat que fait l'homme de ne pouvoir atteindre, par lui-même, cet état de pureté auquel il tente de s'astreindre ne peut que le réduire au désespoir. "Sans moi vous ne pouvez rien faire" dira Jésus (Jean 15:5). Le psalmiste fait alors ce constat : "C'est en vain que j'ai purifié (zakah) mon cœur et lavé mes mains dans l'innocence" (Psaume 73:13). Toute tentative pour se purifier le cœur n'est pas vaine en soi. Mais celui-ci ne pourra être parfaitement purifié de toute iniquité que par l'action souveraine de Dieu dans un cœur repentant. Sinon, il n'atteindra jamais le niveau de pureté exigé pour être accepté. Car "qui dira : j'ai purifié (zakah) mon cœur, je suis net (taher : pur) de tout péché ?" (Proverbes 20:9). Seul un cœur aveuglé par l'orgueil pourrait prétendre cela. Ainsi, l'apôtre Jean écrit : "Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, mais si nous disons que nous n'avons pas péché nous le faisons menteur et sa parole n'est pas en nous" (1 Jean 1:9, 10).

Séparer le saint du profane  

Ainsi, la notion de "pureté" peut recouvrir plusieurs sens. L'un d'eux est celui de "séparation" (aphorizo en grec, tahowr en hébreu). Jésus reprend cette idée lorsqu'il dit : "Je séparerai (aphorizo) les brebis d'avec les boucs" (Matthieu 25:32, 33). Ce mot signifie "exclure ce qui est déshonorant". Dans un sens positif, ce même mot désigne quelque chose ou quelqu'un qui est "désigné, mis à part pour un but" (comme l'apôtre Paul : Galates 1:15 / Actes 13:2). Celui-ci prendra les disciples à part pour les enseigner à l'écart de la foule (Actes 19:9). A Corinthe, il les incitera à se séparer et à ne rien toucher d'impur (2 Corinthiens 6:14 à 17). Cette notion de "pureté par la séparation" était parfaitement intégrée pour les disciples de Yeshoua. Elle trouvait son origine dans des temps reculés. A l'époque de Noé, cette notion était déjà connue (Genèse 7:1, 2, 8). Dieu parle à Noé comme si celui-ci était déjà en mesure de faire cette différence entre animaux purs et impurs. Lui a-t-elle été enseignée auparavant ? Était-elle déjà connue des générations précédentes ? Très probablement. Tout au moins, par la descendance de Seth (Genèse 5:1 à 32). Sinon, de qui les aurait-il apprises ?

Moïse reprendra ces notions et les développera. "Vous observerez la distinction entre les animaux purs (tahowr) et impurs… afin de ne pas rendre vos personnes abominables par des animaux… que je vous ai appris à distinguer comme impurs" (Lévitique 20:25). Ce que ne faisaient pas les nations alentour (Lévitique 20:26). En cela, le peuple était ainsi appelé à se séparer des autres nations. Cette notion de "pureté par la séparation" détermine donc "ce qui se mange de ce qui ne se mange pas" (Lévitique 11:47). Les prescriptions alimentaires de la Thora de Moïse étaient un prolongement d'une tradition séculaire, déjà pratiquée par les aïeux de Noé. Cette notion de séparation entre ce qui est pur et impur va également nous permettre de découvrir quelque chose sur la fabrication du Tabernacle et sur ses éléments constituants. 

Les livres de l'Exode et du Lévitique (rédigés par Moïse) donnent nombre de détails sur la fabrication du Tabernacle, sur ses ustensiles et les matières dans lesquelles ils devaient être faits (Exode 25:29). Beaucoup d'objets devaient être en or "pur" (tahowr). Nombre de versets (dans les chapitres 37 et 39) insistent sur ce faitLa ménorah (le chandelier) devait être d'une pièce et en or pur (tahowr)ainsi que tous ses ustensiles (Exode 31:8). Il devait brûler continuellement devant Dieu (Lévitique 24:4). Ils devaient être "tahowr" (séparés). De même pour le Temple (1 Chroniques 28:17). Si les textes insistent ainsi sur la qualité de l'or utilisé pour la fabrication des ustensiles du Tabernacle, ce n'est pas tant pour la qualité de l'or en elle-même, pour ce que l'on pourrait quantifier aujourd'hui en carats, que pour ce que représente cette "pureté". Ce que les textes de la Nouvelle Alliance appellent "la sanctification". Cet or était pur parce qu'il avait été mis à part, séparé, pour être utilisé dans un but précis. Tout ce qui touche à la Présence de Dieu doit avoir été, préalablement, "mis à part, séparé""Afin que vous puissiez distinguer ce qui est saint de ce qui est profane, ce qui est impur de ce qui est pur (tahowr)" (Lévitique 10:10). Le prophète Ezéchiel reprochera plus tard aux sacrificateurs de ne plus être capables de faire cette distinction, ou tout au moins de l'avoir négligée (Ezéchiel 22:26). Les sacrificateurs ayant entre-temps, après leur retour d'exil, saisi l'importance de se purifier (tahowr) (Esdras 6:20). La table des pains et les ustensiles seront également "purifiés" (taher)Cette petite nuance de vocable (2 Chroniques 29:15, 16, 18) montre en réalité la différence entre une purification par mise à part (tahowr), et une purification de ce qui a été souillé (taher). Ce qui est "purifié" (taher) a été préalablement "choisi et mis à part" (tahowr). Durant le règne messianique, "les sacrificateurs, fils de Tsadok, enseigneront à mon peuple à distinguer ce qui est sain de ce qui est profane, et ils lui feront connaître la différence entre ce qui est impur et ce qui est pur (tahowr)" (Ezéchiel 44:23). Cette notion sera donc encore en vigueur dans le Royaume messianique à venir. Loin d'être abrogée, elle trouvera son plein accomplissement dans les temps à venir (Zacharie 13:2). L'expression "en ce jour-là" désignant toujours des temps eschatologiques.  
 


Un trône d'or pur  

Le livre des Chroniques nous dit également que le trône de Salomon était d'or pur (tahowr). Une lecture superficielle pourrait laisser supposer que le roi Salomon aimait le faste et l'ostentation mais le choix de ce vocable n'est pas anodin. Malgré le fait qu'à la fin de sa vie il sombra dans l'idolâtrie, il fut cependant un grand roi et un homme dont la sagesse dépassait celle de tous ses contemporains. Lorsqu'il rendait la justice, il le faisait en siégeant sur son trône. Il séparait le saint du profane, le pur de l'impur. Il rendait une justice équitable (1 Rois 3:16 à 28). La pureté de l'or qui recouvrait son trône témoignait de sa probité comme de sa capacité à trancher dans des affaires difficiles (1 Rois 3:27), à séparer le juste de l'injuste. Le livre des Proverbes dit d'ailleurs que "la pureté du cœur s'attire l'amitié du roi" (Proverbes 22:11). Mais le livre des Rois apporte encore un détail supplémentaire. Il y est écrit que "le roi (Salomon) fit un grand trône d'ivoire et le couvrit d'or pur (pazaz)" (1 Rois 10:18). L'or qui recouvrait ce trône était à la fois "tahowr" et "pazaz". A la fois "pur" et "raffiné". "Pazaz" est un hapax. Ce mot n'apparaît qu'une seule fois dans l'Ecriture. Ce qui signifie que l'or dont était recouvert le trône de Salomon était raffiné au plus haut point. Toutes scories, toute impureté en avait été ôtée. Cela donne également une idée de la pureté du Trône céleste de notre Roi et de la façon dont il rend la justice (Psaume 89:15). Ses verdicts sont toujours le produit de la plus pure équité. Il sépare, par l'épée de Sa Parole, ce qui est pur de ce qui est impur (Hébreux 4:12). Si le glaive de la justice de Salomon pouvait ordonner que l'on coupe un enfant en deux pour révéler la véritable identité de sa mère, la Parole de Dieu est, quant à elle, capable de "séparer jointures et moelle"

Cette même Parole de Dieu sera adressée à Daniel pour interpréter le songe du roi de Babylone. Il dit au roi : "la tête de cette statue était d'or pur" (dehav tav - Daniel 2:32). "Tav", c'est ce qui est de bonne qualité, ce qui est plaisant. Voila la pureté de l'or dont était constituée la tête de la statue du songe du roi. On peut aisément comparer les deux règnes. Mais après avoir été humilié, Nabucadnetsar rendit gloire à Dieu (Daniel 4:1 à 3, 36). Les Ecritures démontrent que cet homme fut "mis à part pour un but", pour une tâche particulière. Et ce fut effectivement le cas. Cependant, l'or dont était constituée la tête (l'empire de Babylone) est loin d'atteindre la pureté exigée pour le service de Dieu. Cet or pouvait paraître d'une valeur supérieure au vu des autres matières constituant la statue, mais au regard des exigences de Dieu, il était de bien moindre qualité et impropre à son service.  

Créé ou séparé  

La notion de "tahowr" renvoie toujours à l'idée de "mise à l'écart pour un but, une cause, particulière". Cette "séparation" touchait également les personnes atteintes d'une certaine forme de lèpre. Dans certains cas, ils pouvaient cependant être déclarés purs par un sacrificateur (Lévitique 13:12, 17, 37, 39). C'est ce que fera Jésus (Matthieu 8:3). Cela lui sera reproché par les Pharisiens, car Jésus n'était pas sacrificateur. Mais la similitude des faits nous permet de comprendre que la pureté dont parle Jésus est ce "tahowr", cette "mise à part"Les lépreux étaient mis à l'écart de par leur maladie. En le guérissant, le lépreux devenait "mis à l'écart" par Jésus. Non plus à cause de sa maladie, mais parce que celui-ci avait cru en Lui et devenait donc, par ce fait, son disciple. Le péché nous éloigne de Dieu. Sa Grâce nous met à part pour Le servir.

Le livre des Nombres aborde le "tahowr" sur deux sujets : la pureté requise pour participer à la fête de Pessah (la Pâque - Nombres 18:11), et le mystérieux "homme pur" attaché au service de la non moins mystérieuse "vache rousse" (Nombres 19:9, 18, 19). Ce dernier sujet a été abordé et développé dans un article de ce blog : "La vache rousse". Quant à la participation à la Pâque, la notion de "tahowr" est compréhensible. Lorsque la mort frappa les nouveau-nés en Egypte, une marque apposée sur les linteaux et le fronton des maisons des Hébreux les épargna de ce terrible fléau. Ils avaient été "séparés" par le sang de l'agneau qui avait été sacrifié. A l'époque du roi Ezéchias, une réforme permit la restauration de la fête de Pâque qui avait été abrogée par ses prédécesseurs. Beaucoup d'Hébreux s'y rendirent (2 Chroniques 30:18) sans s'être préalablement "purifiés" (taher). Les Hébreux n'étaient pas purifiés (tahowr) dans le sens où ils n'avaient pas accompli les rituels de purification, mais qui plus est, ils ne s'étaient pas purifiés (taher) des éventuelles "souillures" dont ils pouvaient être entachés. 

Si, lorsqu'il est fait mention de la ménorah (le chandelier), son or est qualifié de "tahowr", l'huile qui alimente ses flammes est, elle, qualifiée à son tour de "zak". Sa "pureté" est encore d'une autre nature. Le chandelier symbolise donc la mise à l'écart pour un but. L'huile qu'il contient symbolise, quant à elle, la pureté du cœur qui se consume devant Dieu. Celui qui présente son adoration le fait parce qu'il a été préalablement "mis à part, séparé". Il est donc, en quelque sorte, "purifié" par cette mise à l'écart. Mais son adoration (symbolisée par l'huile pure), est, elle, d'une autre forme de pureté. Ce n'est pas quelque chose qui aurait été, préalablement, purifié. On ne peut véritablement adorer Dieu avec un "produit dérivé". L'adoration qui lui est offerte est pure de nature et d'origine. Elle est intrinsèquement pure. Elle n'a pas été "mise à part" dans ce but. Elle existe parce qu'elle est destinée à cela. 

Une huile pure et un cœur brûlant  

Le prophète Michée pose une question concernant le "commerce équitable" : "Est-on pur (zakah) avec des balances fausses, et avec des poids faux dans son sac ?" (Michée 6:11). Mais ne pratiquons-nous pas parfois le "deux poids, deux mesures" selon la personne à qui on a à faire (affaire) ? Notre cœur n'est-il pas enclin à privilégier ou, au contraire, à discréditer (priver de crédit) l'autre personne. C'est pourquoi Esaïe invective son auditoire en disant : "purifiez-vous (zakah)…" (Esaïe 1:16). Si le niveau de perfection requis ne peut être atteint par ses propres moyens, l'être adamique peut cependant tout faire pour tenter de s'en approcher au mieux. Par certains côtés, Job incarne cette attitude propre-juste que l'on arbore parfois fièrement devant Dieu. "Ma manière de voir est juste (zak) et je suis pur (bar) à tes yeux", dira-t-il pour sa défense (Job 11:4). Job associe sa façon de voir à la lumière, à la pureté (zak) de la flamme de la Ménorah. Le livre des Proverbes dit que "les voies de l'homme paraissent pures (zak) à ses yeux mais Dieu pèse les esprits" (Proverbes 16:2). L'être humain peut se référer aux barèmes de son âme pour prétendre être juste devant Dieu, mais son esprit contredit ses prétentions. Cependant, "l'innocent (zak) agit avec droiture" (Proverbes 21:8). Cette pureté se traduit par ses actes, et sa conduite en démontre la qualité. Mais cette forme de "pureté" touche également à des protocoles lévitiques. L'huile qui devait alimenter la flamme de la ménorah (chandelier) du Tabernacle devait être "pure" (zak - Exode 27:20, Lévitique 24:2), ainsi que l'encens qui entrait dans sa composition (Exode 30:34, Lévitique 24:7). L'usage d'un tel vocable par les amis de Job (à l'époque des Patriarches), par Moïse (rédacteur des livres cités) et par Salomon, est significatif. Ces différents auteurs parlent de la même chose. Ils décrivent une même forme de pureté. Un lien étroit relie donc ces textes entre eux. On y retrouve les notions d'innocence et de non-culpabilité. En quoi ces choses entrent-elles dans la composition de l'huile sainte destinée à la Ménorah ? Cette forme de "pureté" entre dans la composition du combustible qui permet à la flamme de brûler et d'éclairer le Tabernacle dans un premier temps, et le Temple bien plus tard. Mais la composition demeurait identiquement la même et devait être fidèlement reproduite. Ces notions de pureté n'étaient en rien étrangères aux contemporains de Jésus. La Thora (le Pentateuque rédigé par Moïse) était lu chaque semaine dans les synagogues (Actes 15:21). Les apôtres de Christ entendaient donc lire ces textes chaque année depuis leur plus tendre enfance. Ils les ont entendus commentés (Actes 13:15). Depuis Néhémie, la lecture complète de la Thora était une institution. L'attention portée aux textes sacrés demeuraient intacte, ainsi qu'il est écrit : "Tout le peuple fut attentif à la lecture du livre de la loi" (Néhémie 8:3). Ces notions de pureté et d'impureté étaient loin de leur être étrangères. Elles étaient au contraire d'une grande importance. Leur assiduité au Temple (Actes 2:46 - 5:42) démontre combien les apôtres considéraient ces choses avec le plus grand sérieux. Et cela, même après qu'eut lieu leur baptême dans le Saint-Esprit à la Pentecôte. Ils étaient alors "remplis de l'Esprit" (Actes 2:4)

La flamme qui provient du chandelier est produite par une huile pure. De même, une flamme brûle dans un cœur purifié. Le cœur d'un homme mis à part pour Lui appartenir. L'apôtre Pierre précise que cette "purification" de l'âme se fait en "obéissant à la vérité pour avoir un amour fraternel sincère" (1 Pierre 1:22). "Quiconque a cette espérance en lui se purifie (en grec : hagnos) comme lui-même est pur" (1 Jean 3:3). Mais seul Dieu peut créer, en l'homme, un cœur pur (tahowr - Psaume 51:10). Les paroles de Dieu sont pures (Tahowr - Psaume 12:7), ainsi que la crainte de Son Nom (Psaume 19:9). Mais l'homme peut également s'abuser gravement lui-même. Certains peuples se croient "purs" (tahowr - Proverbes 30:12). Cette croyance donna naissance à l'arianisme et à toutes ses monstrueuses dérives. Mais l'Ecclésiaste dit que toutes choses arrivent à tout homme, qu'il soit "pur" ou pas (Ecclésiaste 9:2). Le Nom de l'Eternel est sanctifié parmi les nations du Monde, comme le dit le prophète Malachie : "Car grand est mon Nom parmi les nations et l'on présente des offrandes pures (tahowr)" (Malachie 1:11). Depuis que l'Evangile a atteint "les extrémités de la Terre", de toutes les nations, en toutes langues, des mains pures se lèvent pour l'adorer. 

Notes

* Psaumes 73:1 et 19:8 : le mot "pur" est "bar" pour les deux versets. 

 

JiDé

Pur et impur (première partie)
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