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La plume de l'habile écrivain

La plume de l'habile écrivain

"Ces paroles pleines de charme bouillonnement dans mon cœur. Je dis : mon œuvre est pour le roi ! Que ma langue soit comme la plume d'un habile écrivain" (Psaume 45:2). 

Ces mots sont un cri du cœur. Celui de l'auteur de ce Psaume qui sent "bouillir" en lui l'inspiration et qui reconnait que "son œuvre est pour le Roi". Il exprime le souhait que les paroles de ce chant soient aussi belles à entendre que les mots d'un écrivain sont agréables à lire. Il est possible, aujourd'hui, d'écouter de la littérature puisqu'il existe des versions audio de divers ouvrages, notamment la Bible. Demeurant fidèle à l'esprit des "trésors cachés dans le sable", j'ai voulu, une fois encore, me mettre à l'écoute des mots. De l'un d'entre eux en particulier. Et qu'est-ce qu'un mot si ce n'est l'outil premier d'un "habile écrivain"

Un homme de métier

On considère généralement un "écrivain" comme étant une personne relativement douée pour l'écriture, qui a une propension à rédiger des textes construits, à écrire des histoires. Dans la Bible, ce genre de professionnel s'appelle "un scribe". Et c'est effectivement le mot que l'on retrouve dans cette phrase : "le showni èt sowfer makir" (la plume d'un habile écrivain). C'est probablement du "scribe" que vient le mot "scribouillard". Si le mot araméen "sawfer" vient de "sefer" (livre), il y a donc un lien étroit entre le métier de scribe et le livre (à l'époque sous forme de rouleaux) en tant que tel. Ainsi, il est écrit : "Qu'on fasse des recherches dans le livre (sefar en araméen) de mémoires de tes pères et tu trouveras, et tu verras dans ton livre (sefar) des mémoires…" (Esdras 4:15). Il est également fait mention de "faire des recherches dans la maison des archives (sefar)" (Esdras 6:1). Les scribes pouvaient également revêtir les fonctions d'archiviste, de bibliothécaire et de secrétaire, tout en gardant un lien étroit avec les Ecritures dont ils pouvaient être les interprètes comme cela est mentionné : "Il est écrit dans le livre (sefar) de Moïse" (Esdras 6:18). C'était le cas d'Esdras (de son vrai nom, Ezra) qui était "un scribe versé (mahyir) dans la Thora de Moïse" (Esdras 7:6, 8, 11). Ezra était à la fois "scribe et sacrificateur" (Néhémie 8:1, 9). Son nom, Ezra, signifie "celui qui aide, qui vient au secours de". Esdras était la forme hellénisée de son nom, provenant de la version grecque des Septante.

Cependant, lorsque l'on parle de "scribes", on pense généralement aux textes du Nouveau Testament mentionnant les scribes et Pharisiens comme s'opposant à Jésus. Le mot grec utilisé dans le Nouveau Testament pour désigner cette profession pourrait nous sembler plus familier. Il se dit "grammateus"Il est à la fois écrivain, scribe et secrétaire. Cette corporation disposait d'un certain pouvoir décisionnaire parmi les hautes instances religieuses. Un scribe était un homme instruit "dans toute la loi de Moïse". C'était également un enseignant (Matthieu 7:29, 17:10, 23:2) et  un gardien du savoir (Matthieu 2:4 - Marc 12:28, 32), chargé de transmettre, aux générations suivantes, la Thora et l'histoire de leur peuple (Joël 1:3). Il avait autorité pour débattre et légiférer sur telle ou telle situation de la vie quotidienne, celle-ci étant régie par les principes de la Thora. Le scribe avait également une fonction de rédacteur et surtout de copiste, recopiant à la main la Thora, lettre par lettre, précautionneusement, avec rigueur et dextérité, exerçant un savoir-faire qu'il avait acquis à force de travail méticuleux. Il pouvait être membre du parti des sadducéens ou des pharisiens (Actes 23:9). Certains d'entre eux entretinrent, avec Jésus, des rapports courtois (Marc 12:28, 32 - Luc 20:39), d'autres devinrent ses disciples (Matthieu 8:19). Jésus rend d'ailleurs hommage à quelques uns d'entre eux (Matthieu 13:52) qui furent même considérés comme d'authentiques serviteurs de Dieu au même titre que des Sages ou des prophètes (Matthieu 23:34). Mais d'autres étaient franchement malhonnêtes (Matthieu 23:14). L'apôtre Paul écrit, faisant référence au prophète Esaïe (Esaïe 29:14) : "Je détruirai (dit Dieu) la sagesse des sages et j'anéantirai l'intelligence des intelligents". Et il ajoute :  "Où est le sage ? Où est le scribe ? Où est le disputeur de ce siècle ? Dieu n'a-t-il pas convaincu de folie la sagesse du monde ?" (1 Corinthiens 1:19, 20). Par cela, il fait peut-être allusion à ce passage de l'Ecriture où Dieu dit, par l'intermédiaire du prophète Jérémie : "C'est bien en vain que s'est mise à l'œuvre la plume mensongère des scribes" (Jérémie 8:8). 

Il y a bien des années de cela, un ami d'enfance m'a raconté un rêve qu'il avait fait. Dans ce rêve, il rencontrait un homme qui lui demanda : "Qui es-tu ?". Et mon ami lui répondit : "Je suis un homme". L'homme de son rêve lui demanda alors : "Que fais-tu ?". Et mon ami lui répondit : "Je fais mon métier d'homme. Je suis un homme de métier". On ne peut véritablement servir le Seigneur dans une fonction particulière, quelle qu'elle soit, sans y être pleinement impliqué humainement. Si certains scribes étaient véritablement des hypocrites, uniquement préoccupés par le fait de maintenir leurs privilèges et s'attaquant férocement à tous ceux qui étaient susceptibles de remettre ceux-ci en question, d'autres "avaient du zèle pour Dieu, mais (étaient) sans intelligence", comme le dit l'apôtre Paul, car "ne connaissant pas la justice de Dieu, et cherchant à établir leur propre justice, ils ne se sont pas soumis à la justice de Dieu, car Christ est la fin (le but, l'aboutissement) de la loi (la Thora)" (Romains 10:1 à 4). Il faut entendre ici le mot "intelligence" (épignosis) dans le sens de "connaissance précise et correcte des choses de Dieu". Pour que la Parole de Dieu soit transmise dans son intégralité, il faut que celui qui l'enseigne s'impose la même rigueur que celui qui la copie. C'est alors que ces mots du Psalmiste prennent tout leur sens : "Que ma langue soit comme la plume d'un habile écrivain"

Apprendre, enseigner, transmettre

Job déjà (le livre de Job est généralement considéré comme le plus ancien livre de la bible) exprimait le désir que soient écrits dans un livre les événements de sa vie (Job 19:23). Ce qui fut fait. Comme je l'ai dit plus haut, le travail du scribe est de rédiger pour transmettre (Joël 1:3). Son rôle est à la fois de raconter, d'écrire, de faire le récit et de publier, mais aussi de compter et de dénombrer (un copiste de la Thora compte les lettres de celle-ci afin d'être sûr de n'en avoir oublié aucune). C'est pourquoi l'apôtre Paul écrit que "toute Ecriture est utile pour enseigner, pour instruire" (2 Timothée 3:16). "Safar", c'est aussi un devoir de transmission (Exode 10:2). Ce qui s'est produit doit être écrit pour que l'on en garde la trace et que cela soit transmis à la génération suivante. Ainsi, lorsque Dieu invite Abraham à sortir de sa tente, c'est pour "compter" (safar) les étoiles, aussi nombreuses que ses futurs descendants (Genèse 15:5). Il est intéressant, lorsque l'on étudie un mot de l'Ecriture, de comparer la première et la dernière occurrence de ce mot. Le cinquième verset du quinzième chapitre du livre de la Genèses est la première occurrence où le mot "safar" apparaît. La dernière occurrence de ce mot est dans le livre du prophète Habacuc. "Regardez et soyez saisis d'étonnement car je vais faire, en vos jours, une œuvre que vous ne croiriez pas si on vous la racontait (safar)" (Habacuc 1:5). Mais Abraham a cru et a vu s'accomplir ce que Dieu lui avait promis. Ainsi, il sera écrit plus tard : "Le peuple ne peut être ni compté, ni dénombré" (1 Rois 3:8). La promesse faite à Abraham s'était accomplie. Lorsque Joseph, son arrière-petit-fils, sera devenu intendant royal en Egypte, il sera chargé de comptabiliser le grain engrangé (Genèse 41:49). Ce blé était en si grande quantité que l'on cessa même de le compter. Se pourrait-il que ces grains de blé innombrables aient pu représenter, symboliquement, cette postérité promise à Abraham, l'aïeul de Joseph ? Un tel ouvrage demandait de tenir une comptabilité. Celle-ci devait être tenue par des scribes dont nombre de statuettes égyptiennes nous sont parvenues, démontrant ainsi l'importance de cette fonction au sein de cette antique civilisation. Le scribe-écrivain occupa à la fois les fonctions de comptable et d'historien. 

En Israël, cette fonction de scribe se transmit de père en fils jusqu'à ce que l'on voit apparaître des "familles de scribes" (1 Chroniques 2:55). Ces familles allaient progressivement occuper, tout comme autrefois Joseph en Egypte, des postes d'autorité parmi le peuple. Le livre des Chroniques nous dit également que l'oncle du roi David "était un homme de savoir (sephar)" (1 Chroniques 27:32). Peut-être celui-ci appartenait-il à l'une de ces "familles de scribes" ? Ce sont probablement les descendants de ces familles qui s'opposèrent, plus tard, à Jésus, lorsqu'il exerçait son ministère sur la Terre. Quant à Joseph, dont j'ai parlé plus haut, il occupa entre autres la fonction de Grand Scribe, considérée alors, en Egypte, comme l'une des plus prestigieuses à la cour de Pharaon (voir l'article "Le nom de Joseph écrit en écriture hiéroglyphique"). D'autres scribes, en d'autres cours royales, comme par exemple celle de Perse, jouèrent un rôle important quant à la destinée du peuple hébreu comme des autres nations. 

Scribe égyptien

Livres et tablettes 

Le livre est le compte-rendu d'un savoir, d'une forme de connaissance. Il peut également narrer des événements ou faire le récit d'aventures imaginaires. Il peut être un instrument de mémoire. Il participe à la préservation d'une Histoire. Celle d'un peuple, d'événements survenus, d'accords conclus. Il faut prendre ici le mot "livre" (sefer en hébreu), non pas sous la forme de codex tel que nous le connaissons aujourd'hui sous forme reliée, mais tel qu'il apparaît à l'époque de la rédaction des Ecritures : sous forme de rouleaux de peau, ou de parchemins. Il est également intéressant de noter que le mot "sefer" (livre) et "seter" (détruire) sont très proches. On imagine facilement combien la destruction d'un livre, voire d'une bibliothèque, est significative. Ce peut être la volonté de détruire un savoir, mais également l'expression d'un refus, à un peuple ou une communauté, d'avoir accès à la connaissance. La lecture de la Bible n'a-t-elle pas été interdite par une certaine autorité religieuse pendant des siècles, sous prétexte que le peuple était incapable de la comprendre et risquait de l'interpréter de façon erronée ? Elle est aujourd'hui accessible à tous, en différentes versions et dans de nombreuses langues, en versions papier ou en version électronique.

Un livre, c'est également l'expression d'une forme de pensée. Certains gouvernements dans le monde considèrent, encore aujourd'hui, que cette "pensée" véhiculée par le plus grand best-seller de tous les temps, la Bible, peut être subversive. Elle peut remettre en question l'autorité religieuse ou politique (pour ce qui est des pays où l'athéisme est prôné comme religion étatique). Il subsiste, encore de nos jours, "des scribes et des Pharisiens" qui s'opposent, avec la même virulence qu'autrefois, à cet enseignement, dispensé il y a deux mille ans de cela, par un jeune rabbi de Galilée. L'impact de cet enseignement donne pleinement la mesure de ces mots, mentionnés à son sujet dans les Evangiles : "Il enseigne comme ayant autorité" (Matthieu 7:29 / Marc 1:22). Mais cette autorité émanant de la Personne de Jésus, ainsi que de son enseignement, n'avait rien en commun avec celle que s'était arrogée les scribes et les Pharisiens auxquels il dut se confronter. Quant aux livres qui auraient pu être écrits pour rendre compte de toutes les choses qu'il fit durant son ministère terrestre, l'apôtre Jean nous dit qu'ils seraient innombrables. Il écrit, en conclusion de son livre : "C'est ce disciple qui rend témoignage de ces choses et qui les a écrites. Et nous savons que son témoignage est vrai. Jésus a fait encore beaucoup d'autres choses, si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde put contenir les livres que l'on écrirait" (Evangile de Jean 21:24, 25). Encore aujourd'hui, deux mille ans après que ces événements se soient produits, nombre de livres sont édités chaque année, commentant de diverses manières une histoire qui ne cesse de se renouveler, par ceux-là même qui se revendiquent en être à la fois les héritiers et les dépositaires. 

Trait pour trait  

Lorsque j'étais enfant, nous apprenions à écrire de façon calligraphique les lettres de l'alphabet. Les lignes imprimées sur le cahier servaient de support à ce fastidieux apprentissage. Avec le temps, pour peu que l'on en fasse un usage régulier, l'écriture devient plus personnelle, s'appropriant progressivement son identité. Elle trahit, paraît-il, la personnalité profonde. Mais de plus en plus, les claviers d'ordinateurs ou de téléphone portable prennent la place de l'écriture manuelle. Dans de nombreuses professions, l'usage de l'écrit passe par le mode informatique. Mais il est une profession pour laquelle écrire est à la fois un art, une discipline et un acte religieux. Ce métier, c'est celui de scribe. Car ce métier subsiste encore aujourd'hui. Il n'est pratiqué que par un petit nombre de personnes particulièrement qualifiées. Ce métier consiste à recopier les rouleaux de la Thora, lettre par lettre, signe par signe. Ce travail fastidieux est effectué de façon minutieuse car la moindre faute, la moindre erreur invaliderait le rouleau tout entier. Celui-ci ne peut souffrir la moindre erreur. La thora contient trois cent quatre mille huit cent cinq lettres qui composent soixante-dix-neuf mille huit cents quarante-sept mots. Il faut à peut près deux ans pour qu'un scribe exercé puisse recopier la Thora dans son entièreté. Pour cela, il utilise un stylet de roseau et une encre noire spécialement composée pour la rédaction de la Thora. Les lettres doivent être identiques et équidistantes. Un travail d'une précision millimétrée. Cette rigueur fait écho à ces paroles de Jésus : "Tant que le ciel et la terre subsisteront, il ne disparaîtra pas de la loi (la Thora) un seul iota (le iota étant l'équivalent grec de la lettre yod, la plus petite lettre de l'alphabet hébraïque), un seul trait de lettre (keraia), jusqu'à ce que tout soit arrivé" (Matthieu 5:18). Luc présente les choses de façon légèrement différente : "Il est plus facile que le ciel et la terre passent, qu'il ne l'est qu'un seul trait de lettre (keraia) de la loi (Thora) vienne à tomber" (Luc 16:17). Matthieu et Luc font tous deux un lien entre la subsistance de l'univers et celle de la Thora. Cela est significatif à plus d'un titre. Je n'en évoquerai ici qu'un seul, et non des moindres. Le mot "keraia" signifie "une petite corne, l'extrémité, le sommet, un point, un trait de lettre". Ceux-ci ponctuent le texte et en facilitent la lecture. Ce sont ces "traits de lettres" dont parlait Jésus et qui constituaient, et constituent toujours, le texte massorétique. Ce qui avait été ajouté au texte initial pour en faciliter la lecture et la compréhension. Ce mot "keraia" est probablement dérivé de "keras" qui désigne également une "corne", mais aussi "un vaillant et puissant sauveur, l'auteur d'une délivrance". On retrouve ici la référence à Ezra le scribe dont le nom signifie, je le rappelle, "celui qui vient au secours de". Ce mot peut également être attribué au Massiah, le Seigneur Jésus-Christ.

Mais "keras" désigne aussi une extrémité pointue ressemblant à une corne sur la partie supérieur des lettres hébraïques de la Thora. Et enfin, ce mot désigne également "les cornes de l'autel des sacrifices". Ces différents sens se complètent et apportent, chacun pour leur part, une compréhension nouvelle du texte sacré. Ainsi, ces fioritures qui ornent les lettres de la Thora ont une raison d'être. Elles transmettent un message. Cependant, leur présence a longuement intrigué les Sages d'Israël qui ont vu en elles un "mystère divin" (sod) caché. Ainsi, ce "keraia" peut à la fois désigner un "sommet", et la Personne du Messie lui-même, celui qui est "à la tête" (rosh). L'évangéliste Luc nous dit que "Dieu nous a suscité un puissant (keras) Sauveur dans la maison de David, son serviteur" (Luc 1:69). On comprend ainsi pourquoi le Seigneur insistait pour que soit minutieusement préservé et conservé chacun de ces "points" et de ces "traits". Peut-être que ce "sod", ce "mystère divin", entrevu par les Sages d'Israël, faisait partie de ces choses que Jésus enseigna aux disciples d'Emmaüs. Il nous est seulement dit que : "Commençant par Moïse et tous les Prophètes, il leur expliqua, dans toutes les Ecritures, ce qui le concernait" (Luc 24:27). 

Ces "cornes" nous parlent d'un "puissant Sauveur", et également d'un "autel des sacrifices". Car le Salut avait un prix : celui d'un sacrifice sanglant. Mais cet autel était "surmonté" de quatre cornes. Celui-ci avait été érigé selon des directives divines (Exode 27:2). Lorsqu'Ezéchiel reçoit la vision du Temple, il décrit la présence d'un autel similaire (Ezéchiel 43:15). Ce texte est considéré comme ayant une portée eschatologique. Il n'en garde pas moins la même symbolique : le sacrifice sanglant et la présence du Massiah. Il a été demandé au prophète Ezéchiel de "mesurer" le Temple. On retrouve donc ici cette notion de rigueur, de mesure, de précision, nécessaire dans la rédaction et l'écriture du texte sacré. Ezéchiel nous dit que "quatre cornes s'élevaient (ma'al) de l'autel" (Ezéchiel 43:15). "Ma'al" désigne "la partie la plus haute, ce qui est au dessus, au sommet, à un plus haut niveau". "Ma'al" est généralement traduit par "en haut, au dessus, entouré, grandeur"mais désigne également "les cieux élevés". Cet autel nous parle ainsi de ce "puissant Sauveur" dont le sacrifice consenti s'est élevé jusque dans les lieux célestes les plus élevés. Et tout cela est contenu dans ces "cornes de lettres", dans ce "mystère divin" révélé par le Massiah, le Seigneur Jésus-Christ. Mais le péché peut rendre le cœur insensible à cette révélation. C'est ce que dit le prophète Jérémie lorsqu'il écrit : "Le péché de Juda est écrit avec un burin de fer, avec une pointe de diamant, il est gravé sur la table de leur cœur et sur les cornes de vos autels" (Jérémie 17:1). Cette "table du cœur" rappelle étrangement les deux tables de pierre sur lesquelles furent gravées les Dix Paroles (Exode 34:1, 4). Il fallait un burin de fer avec une pointe en diamant pour entamer la dureté de leur cœur endurci. Mais "les cornes de leurs autels" ne sont que de vulgaires copies de l'original. L'apôtre Paul, s'adressant aux Athéniens de l'Aéropage, dit avoir découvert un autel  "avec une inscription (épigrapho) : dédié à un dieu inconnu" (Actes 17:23). Ce mot "epigrapho" peut également revêtir un sens métaphorique comme lorsque l'auteur de l'Epitre aux Hébreux, citant les paroles du Seigneur, écrit : "Je mettrai mes lois dans leur esprit, je les écrirai (epigrapho) dans leur cœur, et je serai leur Dieu (Hébreux 8:10 / 10:16).
 

Scribe travaillant sur un rouleau de la Thora

Livres sacrés et profanes 

Les Ecritures mentionnent, à plusieurs reprises et à diverses époques, des actes rédactionnels. Certains furent même ordonnés par Dieu lui-même. Les prophètes dataient généralement leurs écrits. "Mets par écrit la date de ce jour" dit Dieu à Ezéchiel (Ezéchiel 24:2). Outre les livres des Rois et des Chroniques, auxquels sont souvent renvoyés les lecteurs, d'autres livres sont mentionnés dans les Ecritures. Ceux de Samuel le voyant, de Gad ou de Nathan le prophète (1 Chroniques 29:29), des livres du Juste, d'Hénoc ou des actes de Salomon (2 Samuel 1:18, 1 Rois 11:41), d'Ozaï (2 Chroniques 33:19) et d'autres encore (2 Chroniques 9:29, 12:15, 13:22). Ou parfois même une allusion à des livres prophétiques (2 Chroniques 26:22 / 32:32). Tous ces livres se réfèrent bien évidemment explicitement aux livres de Moïse (la Thora). Moïse, sur la Montagne, avait reçu les tables des Dix Paroles gravées sur des tables de pierre. Elles étaient écrites "du doigt de Dieu" (Exode 31:18 / Deutéronome 9:10). Elles étaient écrites "recto-verso" (Exode 32:15), littéralement "en dedans et en dehors". C'était "l'Ecriture de Dieu" (Exode 32:16). Jésus, lui, écrira "sur le sol" (Jean 8:8). Qu'a-t-il écrit ? Personne ne le sait. Qui sait ce que l'on aurait fait de ces mots s'ils nous étaient parvenus. 

L'Ecriture fait aussi mention de livres profanes, juifs ou même perses. Néhémie sera poussé à consulter un livre généalogique (Néhémie 7:5). Les Perses avaient également leurs "livres de Chroniques" (Esther 2:23, 6:2, 10:2). Leur empire était si vaste que les missives pouvaient être rédigées en plusieurs langues (Esther 1:22, 3:12, 8:9). La Bible elle-même n'est-elle pas un ensemble de livres ? Soixante-six exactement. Pas un de plus, pas un de moins. Et qui plus est, elle fut rédigée en trois langues différentes : hébreu, araméen et grec. Soixante-six livres écrits en trois langues différentes. Et si l'on se livre à l'un de ces petits jeux d'esprits dont les commentateurs rabbiniques sont friands, on remarquera que, en divisant le premier nombre par le second, on obtient le nombre de lettres de l'alphabet hébreu : 22. Vingt-deux lettres avec lesquelles ont été rédigés la grande majorité des textes qui constituent cette "bibliothèque", textes originaux du Nouveau Testament compris.   

Des livres dans le Ciel  

Y-a-t-il des livres dans le ciel ? Assurément oui ! La Bible nous le dit. Quels sont-ils ? Quel est leur contenu ? Par qui ont-ils été écrits ? A qui sont-ils destinés ? Pour répondre à ces questions, nous ne pouvons nous appuyer que sur la Bible elle-même car celle-ci nous fournit toutes les informations nécessaires à son interprétation. Elle nous dit que "Des livres furent ouverts" (Daniel 7:10 - Apocalypse 20:12). Ces deux livres, de genre apocalyptique, que sont les livres de Daniel et l'Apocalypse de Jean, mentionnent tous deux l'existence de livres dans les Cieux. Ces livres contiennent des informations qui ne sont pas accessibles au commun des mortels. Mais si ces livres existent, c'est qu'ils ont été préalablement rédigés. Par qui ? Pourquoi ? Probablement par des anges pour que soit préservée la mémoire de choses qui ne devaient être révélées qu'en leurs temps respectifs. Le livre d'Ézéchiel fait mention de l'un de ces anges portant un écritoire à la ceinture (Ézéchiel 9:2, 3, 11). Se pourrait-il que celui-ci soit une sorte d'ange-copiste ? Serait-il l'un de ceux qui rédigea ces livres ? Ceci permettrait de faire un rapprochement avec la fonction de scribe-écrivain. Mais une lecture attentive de ces textes apporte un complément d'informations. Il est dit de cet ange qu'il portait son écritoire "à la ceinture", littéralement "sur ses reins" (les reins étant, dans la symbolique biblique, image de détermination et de volonté - Nahum 2:1). La position de cet écritoire "sur les reins" de l'ange-scribe révèle quelque chose. Celui qui porte cet écritoire est déterminé à accomplir ce qui y est (ou ce qui y sera) écrit. Comme le dit Yul Brynner dans le film "Les Dix Commandements" (l'acteur y joue le rôle du Pharaon Ramsès) : "Que cela soit écrit et accompli". Ces livres ont été rédigés dans un but. Et qui plus est, ils font autorité en la matière. Leur contenu doit être révélé en son temps et pour une raison précise. Le livre de Daniel, par exemple, relate sa rencontre avec un ange des Cieux et celui-ci dit au prophète : "Je te ferai connaître ce qui est écrit (rasham) dans le livre de la vérité" (Daniel 10:21).

Dans ce contexte, un ange apparaît à Daniel dans une vision. "La troisième année du roi Cyrus, roi de Perse, une parole fut révélée à Daniel. Cette parole, qui est véritable, annonce une grande calamité" (Daniel 10:1). Daniel situe et date cet événement de façon précise. "Le vingt-quatrième jour du premier mois (de Nissan), j'étais au bord du grand fleuve qui est Hiddékel" (Daniel 10:4). C'est également un élément essentiel de la rédaction d'un ouvrage, d'un livre, d'un décret ou d'une vision prophétique. Ce qui est acté est daté. Daniel fait ici mention de deux datations différentes. L'une concerne l'année, et celle-ci se réfère (comme il était de coutume) aux années de règne du monarque au pouvoir à ce moment là. L'autre situe l'action dans un temps qui n'obéit pas aux fluctuations monarchiques mais à un calendrier propre au peuple hébreu. Il y a donc là à la fois une datation perse et une autre hébraïque. L'une relève des nations, l'autre est propre au peuple de Dieu. Pourtant, ce qui est relaté ensuite relève d'une révélation angélique d'événements se produisant dans les lieux célestes. Dans la Bible, la révélation s'inscrit toujours dans un contexte à la fois historique et prophétique. Elle concerne le temps dans lequel vit celui qui la reçoit, mais généralement, elle concerne également des temps éloignés. 

L'ange dit à Daniel : "Je te ferai connaître". La révélation concerne un conflit qui se joue dans les lieux célestes entre ce que l'apôtre Paul appellera plus tard "les dominations, les autorités, les princes de ce monde de ténèbres dans les lieux célestes" (Ephésiens 6:12). De quoi s'agit-il ? D'un conflit qui oppose les armées angéliques et "le prince (sar) de Perse". Le mot "sar" vient de "sarar" qui signifie "gouverner, régner, lutter, avoir le pouvoir"Or, l'ange fait mention d'un "livre de la vérité". Ce livre (dont il n'est fait mention qu'une seule fois dans toutes les Ecritures) est ce que l'on pourrait qualifier de "céleste". Daniel n'en connait pas le contenu (il est même fort probable qu'il n'en connaissait pas d'avantage l'existence), mais celui-ci va lui être révélé. Il concerne des événements, des conflits qui ont lieu dans les lieux célestes. Pourquoi ce livre se nomme-t-il "de la vérité" ? Ne vient-il pas d'un ange de Dieu ? C'est le "livre de la vérité" parce qu'il révèle "le dessous des cartes" et décrit à la fois les événements politiques du temps de Daniel (le royaume de Perse) ainsi que les temps à venir (la victoire des Grecs sur les Perses). L'ange lui parle d'un conflit l'opposant au "prince de Perse" (la domination spirituelle régnant véritablement sur le royaume de Perse) et la venue certaine et arrêtée du royaume de Yavan (la Grèce d'Alexandre le Grand). L'un devant détrôner l'autre. Le livre de la vérité, auquel l'ange fait allusion en s'adressant au prophète Daniel, contient et révèle les mouvements géopolitiques de notre Monde. Celui-ci, qu'il ait été "Antique" ou qu'il soit "Moderne", est gouverné par des forces qui échappent à la compréhension humaine. "L'esprit de la prophétie" (Apocalypse 19:10) en révèle les rouages mystérieux et cachés. 

Si l'ange dit à Daniel : "Je te ferai connaître ce qui est écrit (rasham) dans le livre de la vérité", il est à noter que le mot "rasham" est un hapax. Il n'apparaît qu'une seule fois dans les Ecritures, ce qui souligne son originalité. Il est donc question ici d'un livre dont il n'est fait mention nulle part ailleurs dans les Ecritures, et dont le contenu est tout aussi unique. Son contenu, et peut-être également la façon dont celui-ci est rédigé. La révélation qui est faite à Daniel est pour le moins des plus originales. Elle apporte une lumière nouvelle sur la manière dont se joue la destinée d'un peuple, d'une nation, d'un empire. Une victoire militaire n'est désormais plus le fruit d'une stratégie savamment élaborée, mais elle est déterminée par des enjeux qui se situent à des degrés beaucoup plus élevés que ceux d'un simple champ de bataille. La vraie victoire se joue dans les cieux. C'est véritablement en cela que ce livre est "un livre de vérité". Ils révèlent qui sont les acteurs invisibles ainsi que les lieux où se décident véritablement la victoire des uns et la défaite des autres. 

Rasham est un mot hébreu, mais il a son équivalent en langue araméenne, langue parlée à la cour du roi de Perse. En effet, le mot "resham" (très semblable à son équivalent hébraïque) apparaît à sept reprises dans les Ecritures, et plus précisément dans les cinquième et sixième chapitres du livre de Daniel (partie du livre rédigée en langue araméenne). Le chapitre 5 du livre de Daniel relate l'étrange phénomène qui se produisit à la cour du roi babylonien Belschatsar. Une main apparut dans la salle du palais et traça une inscription sur le mur. Cette écriture, en hébreu, fut lue et interprétée par Daniel comme étant un décret mettant fin au règne du monarque. Cette même nuit, les Perses pénétraient dans la cité et prirent le pouvoir (Daniel 5:25 à 28). Belschatsar mourut cette nuit-là. Il est dit que c'est Dieu lui-même qui envoya cette "extrémité de main qui a tracé (resham) cette écriture" (Daniel 5:24). Daniel en donna l'interprétation : "Méné, méné, tekel, oufarsin" (compté, compté, pesé, divisé). Si les premières tables de pierre gravées "du doigt de Dieu" furent données à Israël par l'intermédiaire de Moïse, une "extrémité de main" écrivit le destin d'un monarque profanateur. Des livres ont été écrits dans les Cieux, mais le surnaturel peut également s'écrire sur la Terre. 
 


Après que les Mèdes et les Perses eurent pris le pouvoir à Babylone, ils installèrent leur capitale à Suse. Daniel suivit la cour où il continua à exercer ses fonctions. Jusqu'au jour où les proches du roi Darius le jalousèrent et complotèrent pour le faire prendre en faute. Connaissant son intégrité, ils savaient que celui-ci ne dérogerait pas à ses habitudes comme à la manifestation de sa foi. Ils firent rédiger un décret à cette fin. "Maintenant, ô roi, écris le décret…  le roi écrivit le décret… lorsque Daniel sut que le décret était écrit". Bien que rétrospectivement, le roi regretta de l'avoir rédigé, il fut tenu de l'appliquer (Daniel 6:8 à 13). Outre le fait que l'on trouve ici un exemple de ce que pouvait être le rôle d'un scribe-écrivain, à savoir rédiger des arrêtés royaux, on y décèle quelque chose de plus. Quelque chose qui dépasse de loin l'expression du pouvoir d'un monarque. Le fait qu'un puissant monarque puisse être lié par les décrets qu'il a lui-même promulgués. Mais plus encore. Par delà les lois et décrets promulgués par le roi Darius, un autre décret avait été signifié dans les Cieux. Son règne devra passer à une autre puissance, celle des Grecs. Mais cela, il l'ignorait encore. Ce décret là était un décret divin auquel il lui faudrait se plier, démontrant ainsi qu'au dessus des "têtes couronnées", il y a une autorité supérieure à laquelle tout homme est forcé de se soumettre. En conclusion, on pourrait dire que le mot araméen permet de comprendre ce qui se trame sur la terre alors que le mot hébreu équivalent permet, lui, de comprendre ce qui se décide, en réalité, dans les cieux. 

Choses cachées et paroles révélées

Le titre de ce paragraphe fait référence à un article de ce blog intitulé ainsi et se référant à un Proverbe qui dit : "La gloire de Dieu c'est de cacher les choses, la gloire des rois c'est de sonder les choses" (Proverbes 25:2). Ce n'est pas seulement la gloire des rois, mais également celle des Prophètes selon qu'il est écrit : "Les prophètes qui ont prophétisé… ont fait de ce salut l'objet de leurs recherches et de leurs investigations, ils voulaient sonder l'époque et les circonstances marquées par l'Esprit de Christ qui était en eux" (1 Pierre 1:10, 11). Bien que le style très littéraire d'Esaïe soit aux antipodes d'un Michée ou d'un Amos, ils furent tous "d'habiles écrivains" car tous écrivirent leurs livres sous l'inspiration de l'Esprit de Dieu. Mais tout au long de ses lectures, les textes inspirés ne cessent de surprendre le lecteur. Le déstabiliser. L'interroger. C'est également là l'œuvre de "l'habile écrivain". En voici un exemple :

"L'Eternel dit à Moïse : écris cela dans le livre pour que le souvenir s'en conserve et déclare à Josué que j'effacerai la mémoire d'Amalek de dessous les cieux" (Exode 17:14). Par ce texte un peu particulier, on aborde un autre aspect de la fonction de scribe-écrivain qui consiste à rédiger le récit d'un événement ou d'une parole afin qu'ils se conservent ad memoriam. Mais on est ici confronté à une contradiction apparente. Dieu demande à Moïse de dire à Josué qu'il effacera la mémoire d'Amalek, l'ennemi juré du peuple hébreu. Cela devra être rédigé par écrit. Or, comment la mémoire d'Amalek pourrait-elle être effacée si un texte est rédigé "pour que le souvenir s'en conserve" ? Le peuple amalécite a effectivement complètement disparu depuis des siècles, par contre "l'esprit" d'Amalek, lui, est toujours présent et bien actif. Cet "esprit" s'appelle antisémitisme ou, plus récemment, antisionisme. Et donc, la mémoire de ce peuple amalécite a effectivement disparu mais son influence est toujours aussi menaçante. C'est la raison pour laquelle cela devait être rédigé, afin que le peuple hébreu sache qu'Amalek demeure "l'ennemi de tous les Juifs" (tsorer kol hayehoudim), 

Les Sages d'Israël ont commenté ce passage du livre d'Esther en disant que cela signifiait "ennemi de tous les Juifs, de tous lieux, de tous temps, à toutes les époques de l'Histoire". C'est également là un des rôles de "l'habile écrivain". Sous sa plume, les mots prennent sens. Ils révèlent des réalités cachées. Ils font pénétrer la lumière dans les zones obscures de l'Histoire. Le rédacteur des textes bibliques écrivait sous l'inspiration de Dieu. Et par cela, il était amené à intégrer, dans la trame de son récit, un "sod" (un mystère). "L'habile écrivain" est aussi un écrivain inspiré, et s'il est vrai que "toute Ecriture est inspirée de Dieu", alors leur rédacteur l'est tout autant. Mais il se peut que l'auteur ait pu avoir conscience d'introduire, dans le texte qu'il était en train de rédiger, une "particularité" sans qu'il sache, pour cela, ce que celle-ci pouvait signifier. Le texte original peut ainsi présenter diverses "anomalies" : une lettre plus petite que les autres, ou plus grande, la présence d'une lettre qui ne devrait pas s'y trouver, et autres choses semblables. Les textes bibliques comportent ainsi des singularités que l'on pourrait qualifier, par une lecture superficielle, de "fautes" (de liaison, de conjugaison, d'orthographe ou autres). Cependant, les scribes, conscients que ceux-ci étaient pleinement inspirés à la lettre près, les ont recopiés tels quels sans aucunement en modifier quoi que ce soit. Siècle après siècle, ces manuscrits ont été scrupuleusement recopiés à l'identique… avec leurs "fautes" apparentes.

Bien longtemps après que ces textes aient été rédigés, Jésus dira : "Lorsque vous verrez l'abomination de la désolation dont a parlé le prophète Daniel établie en Lieu Saint, que celui qui lit fasse attention" (Matthieu 24:15). Ou, comme le dit aussi Marc, dans son Evangile : "Lorsque vous verrez l'abomination de la désolation établie là où elle ne doit pas être, que celui qui lit fasse attention" (Marc 13:14). Tous deux font référence à une expression hébraïque spécifique : "shikouts shomem", que l'on pourrait traduire par "une chose hideuse, répugnante, abominable, repoussante". Un dysphémisme* que d'autres textes, comme par exemple le septième chapitre du livre de Daniel, nomme "hêvâh" (une bête). Quelque chose de monstrueux et de maléfique à la fois. Cette expression "shikouts shomem" apparaît à trois reprises, dans le livre de Daniel, avec chaque fois une "anomalie", une "faute". Les Sages d'Israël ont dit qu'il devait y avoir un sod (un mystère) caché derrière celles-ci. Lorsque Jésus dit : "que celui qui lit fasse attention", il attire l'attention du lecteur sur la particularité que contient le texte. Mais Jésus associe cela à un événement historique précis. C'est véritablement au moment où se produit cet événement que le lecteur du livre de Daniel devra être particulièrement attentif à ce que ce "sod" peut contenir. Cet événement historique, ce fut la profanation du Saint des Saints dans le Temple de Jérusalem. Une première fois par Antiochus Epiphane, la seconde par les légions de Rome lors de la destruction du Temple en l'an 70 (voir pour plus de détails sur ce sujet l'article "L'abomination de la désolation dont a parlé le prophète Daniel"). La première profanation se produisit environ deux siècles avant la venue de Jésus, la seconde, quelques trente et quelques années plus tard.

Jésus, connaissant parfaitement le sens de ces particularismes dans le texte, attire l'attention de ces lecteurs sur l'analogie entre ce mystère et la répétition de cet événement. Ainsi, l'ouvrage de "l'habile écrivain" révèle à ses lecteurs un "sod" qu'il a introduit dans les textes, rédigés sous l'inspiration de l'Esprit de Dieu. Jésus annonce cela dans un temps que l'on situe aisément entre la première et la seconde réalisation. On entre ainsi dans ce que l'on pourrait qualifier de "temps prophétique". Voici ce que dit Dieu par la bouche de son serviteur, le prophète Esaïe : "Voici, les premières choses se sont accomplies, je vous en annonce de nouvelles. Avant qu'elles arrivent, je vous les prédis" (Esaïe 42:9). Et ailleurs : "Dans ce même temps, le Seigneur étendra une seconde fois sa main" (Esaïe 11:11). L'expression "dans ce même temps" est importante dans ce contexte car, que ce soit la destruction du Temple par les Babyloniens en l'an -586, ou par les Romains en l'an 70, les deux destructions ont eu lieu le neuvième jour du mois d'Av. Par contre, les deux événements que sont l'abomination de la désolation et la destruction du Temple sont, eux, à la fois distants et concomitants. A l'époque reculée des Patriarches, Job disait déjà : "Voilà ce que fait Dieu, deux fois, trois fois, avec l'homme" (Job 33:29). 

Le Temple fut détruit une première fois par les Babyloniens. Puis vinrent les Perses, puis les Grecs. C'est sous la domination grecque qu'eut lieu la première "abomination de la désolation", lorsqu'Antiochus Epiphane fit égorger un porc sur l'autel et qu'il fit également ériger une statue d'un dieu grec à son effigie personnelle dans le Temple. La deuxième "abomination" eut lieu le jour de la deuxième destruction du Temple, cette fois-ci par les Romains. Ceux-ci plantèrent les bannières de leurs légions à l'endroit même où se trouvait autrefois le Lieu-très-Saint. Ces bannières romaines portaient les insignes de leurs divinités. Ceux qui devaient assister à cela sauraient ainsi que la deuxième partie de la prophétie de Daniel venait de s'accomplir. Mais cette prophétie doit avoir un troisième accomplissement. Celui dont parle l'apôtre Paul lorsqu'il écrit :  "l'adversaire (l'impie) qui s'élève au dessus de tout ce que l'on appelle dieu ou de tout ce que l'on adore, jusqu'à s'asseoir dans le Temple de Dieu, se proclamant lui-même dieu" (2 Thessaloniciens 2:4). Le "temps de l'accomplissement" était fixé d'avance selon qu'il est écrit : "Moi, l'Eternel, je hâterai ces choses en leur temps" (Esaïe 60:22). 

Le troisième Acte est proche de se réaliser. Ezéchiel dit d'ailleurs, à propos de la réalisation hâtive des événements prédits : "Les jours approchent et toutes les visions s'accompliront" (Ezéchiel 12:23). Le prophète Habacuc précise d'ailleurs que "c'est une prophétie dont le temps est déjà fixé" (Habacuc 2:3). Le Seigneur revient bientôt ! Pourtant, aujourd'hui encore, malgré la précipitation des événements, certains disent encore avec ironie : "Où est la promesse de son avènement ?" (2 Pierre 3:4). Pourtant, Jésus a prévenu ses disciples : "Quand ces choses commenceront à arriver, redressez-vous et levez vos têtes parce que votre délivrance est proche" (Luc 21:28). Le Retour du Seigneur est proche, très proche ! 

Conclusion

Si l'apôtre Paul dit que "toute Ecriture est inspirée de Dieu" (2 Timothée 3:16), il entend ce que l'on appelle aujourd'hui communément l'Ancien Testament. Quarante-neuf livres forment ce que l'on nomme plus justement le "Tanach". Vingt-sept livres sont venus s'ajouter à celui-ci pour former le Nouveau Testament. Soixante-six livres constituent ainsi le Codex. On parle alors du "Canon biblique", l'ensemble des livres qui constituent la Bible, hormis les livres dits "Apocryphes" qui ne sont donc pas reconnus comme "inspirés". Ceux-ci, pour certains comme les livres de Maccabées, peuvent présenter un certain intérêt historique. Ce mot "canon" n'a aucune connotation militaire. Il vient, à l'origine, d'un mot hébreu désignant le roseau utilisé autrefois comme instrument de mesure de longueur : la canne. Le "Canon biblique" est donc "la mesure" de ce qui entre dans la série des textes inspirés et reconnus comme tels. De même, la Thora doit être impérativement recopiée à la main avec un roseau appelé calame (Kalamos en grec). Ce roseau servait à la fois à mesurer et à écrire les lettres du rouleau de cette Thora, d'où cette similitude entre le fait d'écrire et de mesurer. Ainsi, lorsque le texte introductif de cet article parle de la "plume d'un habile écrivain", on peut y voir à la fois le talent littéraire inimitable d'un Esaïe, mais également l'habileté d'un scribe recopiant, lettre par lettre, le texte sacré de la Thora. Ainsi, ce texte est fixé par ce qui l'écrit (le calame), outil de rédaction, et la ligne directrice d'une vie conforme à ce que requiert l'Ecriture. L'auteur des Proverbes dira : "N'ai-je pas déjà pour toi mis par écrit des conseils et des réflexions ?..." (Proverbes 22:20). Si Ezéchiel reçoit la vision d'un rouleau écrit "en dedans et en dehors", si Moïse a reçu les tables de pierre sur lesquelles étaient inscrites les Dix Paroles, le prophète Jérémie n'a-t-il pas écrit que "le péché de Juda est écrit avec un burin de fer, avec une pointe de diamant. Il est gravé sur la table de leur cœur" (Jérémie 17:1). L'apôtre Paul apporte une compréhension nouvelle à cette révélation progressive. Il écrit aux Corinthiens : "Vous êtes manifestement une lettre de Christ... (écrite) non avec de l'encre mais avec l'Esprit de Christ, non sur des tables de pierre mais sur des tables de chair, sur les cœurs" (2 Corinthiens 3:3). C'est également là aussi l'œuvre d'un "habile écrivain"

 

JiDé
 

*Dysphémisme : durcissement, exagération, accentuation des faits négatifs d'une chose ou d'une idée. 

La plume de l'habile écrivain
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