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Daniel : Une statue, quatre empires (chapitre 2)

Daniel : Une statue, quatre empires (chapitre 2)

Le livre de Daniel est une source inépuisable de sujets d'étude et de réflexion. Cet article est le deuxième d'une série qui lui est consacrée. La richesse et la profondeur d'un tel texte ne permet bien évidemment pas d'en couvrir tout le contenu*. Même en consacrant un article pour chaque chapitre, il ne m'était pas possible d'aborder tous les "trésors" qu'il contient. Comme pour paraphraser l'apôtre Jean, parlant des choses accomplies par le Seigneur durant son ministère, on pourrait également dire de Daniel : "si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde même pourrait contenir les livres qu'on écrirait" (Evangile de Jean 21:25). 

En résumé

Succinctement, ce chapitre 2 relate un fait qui s'est produit à la cour de Babylone, la deuxième année de règne de Nabucadnetsar. Après avoir fait un songe dont il ne se souvenait pas, le roi demanda à ses conseillers de le lui raconter et de lui en donner l'explication. Ses conseillers ne pouvant répondre à sa demande, provoquèrent la colère du roi et se virent tous condamnés à mort. Daniel, qui n'était pas présent à la cour à ce moment-là, apprit le sort qui leur était réservé, à lui et à ses compagnons. Il demanda au roi un délai afin de pouvoir apporter la réponse à cette demande. Après avoir intercédé, Daniel reçut de Dieu à la fois le songe et son explication, qu'il s'empressa de délivrer au roi. Daniel fit cependant remarquer au roi que ce songe lui était venu du Dieu Très-Haut et que Lui seul pouvait lui en donner l'explication. C'est par Sa sagesse que Daniel a été en mesure de la lui fournir. Le roi, reconnaissant cependant la sagesse de Daniel, se prosterna devant lui en présence de toute la cour et l'éleva en dignité. Daniel déclina poliment la faveur du roi et lui demanda que celle-ci fut plutôt accordée à ses trois compagnons. Celui qui n'était encore qu'un tout jeune homme fut cependant élevé à un très haut rang à la cour du puissant monarque. La suite du livre montrera cependant combien les rois peuvent être versatiles, et combien leur pouvoir est parfois supplanté par les intrigues de cour et de ses courtisans. 

Une nouvelle approche 

Lorsque l'on parle du chapitre 2 du livre de Daniel, on pense inévitablement au songe de la statue, sujet central de ce texte. Ce songe a déjà fait couler beaucoup d'encre et a suscité nombre de commentaires. La richesse des textes permet cependant d'y revenir une fois de plus. L'arrivée de Daniel au palais, la signification du songe et son interprétation ont été abordés dans un précédent article : "Daniel, le songe de la statue et les quatre bêtes". Je m'attarderai donc plus ici sur des détails du récit. Ceux-ci peuvent paraître sans importance mais c'est en réalité loin d'être le cas. Bien au contraire, ils jouent un rôle primordial dans une juste compréhension des événements relatés dans ce récit. 

Le livre de Daniel a été rédigé en deux langues, en partie en hébreu et l'autre en araméen. Cette dernière étant la langue parlée à la cour, mais elle était également la langue commune à tous les peuples qui constituaient alors l'empire babylonien. Hébreu et araméen sont très proches. Beaucoup de mots sont semblables dans les deux langues. Mais là où l'araméen permet une traduction par un mot équivalent, l'hébreu, lui, autorise une palette de sens beaucoup plus large. Passer de l'un à l'autre va donc permettre "d'élargir" le sens du texte tout en lui restant parfaitement fidèle. J'en prends pour exemple le sujet principal de ce chapitre : la statue. Le mot araméen (langue dans laquelle cette portion du récit a été écrite), mentionné dans ce texte est "tselem" qui signifie effectivement "statue", mais également "regard" (par exemple : "En tournant ses regards (tselem) contre…" Daniel 3:19). Le mot hébreu est équivalent mais son sens en est beaucoup plus large. "Tselem", en hébreu, peut désigner "une image, une idole, une ressemblance". Il est généralement traduit par "image, figure, ombre, simulacre, idole". Qu'a vu le roi ? Une image ! Nous sommes, nous aujourd'hui, dans le monde de l'image. Par l'intermédiaire des médias, de la publicité, l'image nous décrit le monde dans lequel nous vivons. Comment nous devons le voir. Comment nous devons le comprendre. Ce qui se passe au Proche-Orient ou à tout autre endroit de la planète. L'image est partout. Elle dicte sa loi et cette loi peut être implacable. "Tselem", ce peut être à la fois une statue, une image, mais aussi une idole. C'est ce que fera construire ce roi mégalomane "dans la vallée de Dura, dans la province de Babylone" (Daniel 3:1). "Le roi Nabucadnetsar fit une statue (tselem) d'or, haute de soixante coudées et large de six coudées" (Daniel 3:1). La statue était d'une telle hauteur que l'on pouvait la voir de très loin. Lorsque les instruments de musique commençaient à jouer et se faisaient entendre, la population environnante devait se prosterner dans sa direction. Un édifice d'où provient un son qui amène une certaine population à se prosterner dans une certaine direction quand elle l'entend, cela ne fait-il pas étrangement penser à quelque chose que nous connaissons aujourd'hui ?
 


Du Passé au Présent  

Le puissant roi de Babylone a fait un songe. Il a vu une statue, une image. Et celle-ci décrit, symboliquement, les empires qui vont succéder au sien et ce, jusqu'aux "temps de la fin". L'image fait place à une autre. Une énorme pierre vient détruire toute la statue. A la fin des temps, une énorme pierre viendra détruire ces empires. Quelle est cette énorme pierre ? Une météorite ? Est-ce l'une de ces pierres noires dont les légendes des peuples disent qu'elles peuvent venir des cieux, là où se trouvent la demeure des dieux ? Assurément pas ! Daniel en donne l'explication. "Dans le temps de ces rois, le Dieu des cieux suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit, et qui ne passera point sous la domination d'un autre peuple. il brisera et détruira tous ces royaumes-là et lui-même subsistera éternellement. C'est ce qu'indique la pierre que tu as vue se détacher sans le secours d'aucune main" (Daniel 2:44, 45). Quand cela doit-il se produire ? "Dans le temps de ces rois". Quels sont ces rois ? Ce sont quatre empires : Babylone, l'empire médo-perse, celui d'Alexandre le Grand, et le quatrième : Rome (sur laquelle ont régné de nombreux empereurs). Ces empires ont-ils été détruits ? Oui, ils ont tous disparu. Ont-ils été détruits par cette "pierre" symbolisant le Règne du Massiah,  "un royaume qui ne sera jamais détruit, et qui ne passera point sous la domination d'un autre peuple" ? Non. Le dernier empire (l'empire romain) vit cependant  paraître "le Royaume de Dieu ", et ce sont les légionnaires de ce quatrième empire qui crucifièrent le Massiah, le Seigneur Jésus-Christ. L'expression "le temps de ces rois" ne désigne donc pas cette époque du premier siècle de notre ère. Le "Royaume messianique" n'a donc pas été établi sur la Terre à la naissance de l'Eglise comme le prétendent certaines branches du christianisme. Tout au moins, ont-elles cherché à le faire croire. Dans le Monde Evangélique, certains prétendent que ce "royaume" sera établi par l'homme "plus que vainqueur". Comparativement, Jésus dira à Pierre : "Pierre (Petros : un caillou), tu es pierre (petros) et sur cette pierre (petra : un rocher), je construirai mon Eglise (mon Royaume)" (Matthieu 16:18). Le caillou voudrait-il être aussi grand que la montagne ? N'est-ce pas une telle attitude présomptueuse que démontrait, avec beaucoup de talent, Jean de la Fontaine contant l'histoire d'un crapaud qui se voulait aussi gros qu'un bœuf ? Le roi Nabucadnetsar ne l'était pas moins. Cette attitude, et les conséquences qui peuvent en découler, sont abordées dans l'article "l'arrogance précède la chute : un Proverbe pour les nations". Le sujet mérite réflexion… 

Que dit Daniel au roi ? "Le grand Dieu t'a fait connaître ce qui doit arriver après cela" (Daniel 2:45), Le royaume messianique sera donc établi après que ces royaumes auront été détruits par son avènement. Si ces royaumes doivent être détruits "ensemble" (comme le démontre le songe du roi), c'est que ceux-ci subsisteront également "en même temps" lorsque surviendra le Royaume (la pierre du songe). Or, que dit Daniel : "Sur ta couche, ô roi, il t'est monté des pensées touchant ce qui sera après ce temps-ci, et celui qui révèle les secrets t'a fait connaître ce qui arrivera" (Daniel 2:29). Deux temps distincts sont évoqués ici. "Ce qui arrivera après ce temps-ci" (le règne de Nabucadnetsar et ses successeurs sur le trône de Babylone), et "ce qui arrivera" (les empires qui succéderont à celui de Babylone). L'édification d'une statue géante est probablement une réponse à ce rêve. Un refus de voir son royaume passer à un autre. Nabucadnetsar ne conçoit pas que son empire ne puisse perdurer éternellement. Cela fait étonnement penser à un autre dictateur qui viendra au pouvoir dans un pays d'Europe dans la première moitié du vingtième siècle et qui projetait d'établir un "royaume de mille ans". Ce dictateur aura, entre autres, pour emblème l'aigle de Rome, s'appropriant ainsi l'un des symboles les plus significatifs du "quatrième empire". "Quatrième empire dont il avait été dit qu'il devait renaître. N'était-ce pas déjà là les soubresauts de cette résurgence ? 

Ainsi, la destruction simultanée de ces quatre empires aura donc lieu juste avant l'avènement du Seigneur venu établir son règne sur la terre. Cela ne peut donc concerner que des temps eschatologiques. Ce que l'on nomme également "la fin des temps". Une époque de l'Histoire des peuples qui pourrait fort bien être la nôtre. Ainsi, si ces quatre "royaumes" doivent être détruits à une période de l'histoire qui correspond à celle que nous vivons aujourd'hui, cela pourrait signifier… que nous en sommes les contemporains ! Le prophète Esaïe avait écrit, en son temps : "Les tiens rebâtiront sur d'anciennes ruines. Tu relèveras des fondations antiques… ils rebâtiront sur d'anciennes ruines, ils relèveront d'antiques décombres. Ils renouvelleront des villes ravagées, dévastées depuis longtemps" (Esaïe 58:12 / 61:4). Se pourrait-il alors que ces empires soient encore présents aujourd'hui, mais sous une autre forme ? Comme bien souvent, les réponses à nos questions sont cachées dans les mots. Et parfois aussi dans ces petits détails auxquels on ne porte généralement qu'une attention furtive. Voire pas d'attention du tout ! Au risque, parfois, de se priver d'informations cruciales, nécessaires à une juste compréhension de ces textes anciens qui demeurent cependant toujours d'une brûlante actualité. Mais revenons à l'époque de Daniel…

Question de datation  

L'introduction du livre passe généralement totalement inaperçue pour la grande majorité des lecteurs. Celle-ci présente cependant un intérêt certain car elle nous donne des informations essentielles. Tout d'abord sur la date de sa rédaction, mais également sur l'état d'esprit dans lequel ce livre a été rédigé. Le premier chapitre du livre de Daniel est introduit par une datation qui permet de situer sa rédaction "la troisième année du règne de Jojakim" (Daniel 1:1). Le deuxième chapitre de ce livre est, quant à lui, daté de "la seconde année du règne de Nabucadnetsar" (Daniel 2:1). Cette différence de datation nous permet de voir l'évolution de Daniel dans la société babylonienne. La première année passée au palais est, pour Daniel et ses compagnons, une année de transition importante. Bien qu'il soit désormais confronté à un autre calendrier que celui auquel il était habitué, Daniel se situe encore par rapport à une datation qui lui est familière : celle des rois de Judée. Par contre, la datation du second chapitre, "La seconde année du règne de Nabucadnetsar", correspond également à sa seconde année de présence au palais de Babylone. Daniel s'est positionné. Il évolue désormais dans une datation qui lui est devenue plus familière. 

Autre petite subtilité : si le livre de Daniel est daté de "la troisième année du règne de Jojakim" (Daniel 1:1), le prophète Jérémie (qui est un contemporain de Daniel), lui, date le même événement "la quatrième année de Jojakim" (Jérémie 25:1). Cette différence d'une année est due au fait que l'auteur du livre de Daniel utilise la datation babylonienne qui ne tient pas compte de l'année d'intronisation, alors que Jérémie, lui, utilise le mode de datation judéen qui la comptabilise. Cela peut paraître un détail, mais il ne passe pas inaperçu à un œil exercé qui connait un tant soit peu les Ecritures. Ce genre d'anachronisme pourrait faire douter de la véracité des textes, et par là même, remettre en cause leur inspiration plénière. Les textes bibliques couvrent des périodes de plusieurs siècles, mentionnant des empires, des civilisations, des dynasties, des peuples et des nations fort différents les uns des autres. Chacun ayant ses propres modes de calculs, de datations, de mesures, etc... Ainsi, nombre de ces détails apparaissent ici ou là dans les textes sacrés, pouvant faire penser que des "erreurs" s'y seraient introduites. En réalité, il n'en est rien. Toutes ces petites différences trouvent une explication plausible lorsque l'on s'attarde un tant soit peu à mieux connaître les divers modes de fonctionnement des civilisations mentionnées dans les Ecritures. Il m'a paru judicieux de noter cela car on ne peux, je pense, aborder des textes comme le chapitre 2 du livre de Daniel en laissant planer une quelconque suspicion sur la véracité du texte et sa datation. Cette dernière a-t-elle une importance cruciale ? Oui. Elle inscrit cet événement dans l'Histoire. La mention du nom du roi nous donnerait tout au moins une indication approximative de l'époque de sa rédaction. La datation fixe l'événement de façon plus précise, sans pour cela priver le texte de toute sa portée eschatologique. Bien au contraire, elle lui fournit un socle historique. 

Deux songes  

"Et la seconde année du règne de Nabucadnetsar Nabucadnetsar songea des songes et son esprit fut agité et son sommeil le quitta" (Daniel 2:1, version Darby). Ou, plus littéralement encore : "Et dans l'année deux du règne de Nabucadnetsar rêva Nabucadnetsar des rêves et se troubla son sommeil et son souffle, et son sommeil s'en fut à côté de lui". Il faut tout d'abord savoir que les Babyloniens attachaient une importance particulière aux rêves et à leur interprétation. Ils étaient pour eux la "parole des dieux". 

"Et la seconde année du règne de Nabucadnetsar Nabucadnetsar" (version Darby*). On est ici devant un roi très puissant, le maître d'un empire, qui doit faire face à lui-même et à son incapacité à comprendre ce rêve qui l'a effrayé. Ce monarque va donc utiliser son autorité pour exiger de ses conseillers, astrologues, astronomes, devins et autres chaldéens, de lui fournir l'explication de ce songe. Ceux-ci auraient eu tôt fait de lui fournir une explication qui lui aurait été bien évidemment favorable, qui aurait vanté ses mérites et sa gloire. Mais voilà, le roi ne se souvient plus du songe. Le rêveur effrayé est redevenu le monarque tyrannique. Il n'est pas dupe des intentions de ces Chaldéens et de leurs mensonges flatteurs (Daniel 2:8, 9). Il exige une réponse, et leur incapacité à la lui fournir est à ses yeux une incompétence proche de la trahison et mérite le même châtiment que celle-ci. La mort. Ce monarque dispose d'un pouvoir de vie et de mort sur ses sujets, mais il n'en a aucun sur sa mémoire défaillante. En réalité, ce songe est un secret. Quelque chose que le Dieu souverain a voilé à son insu pour le plus profond désarroi de ses devins-courtisans. Esaïe, déjà, avait écrit : "Tu t'es fatigué à force de consulter. Qu'ils se lèvent donc et qu'ils te sauvent ceux qui connaissent le ciel, qui observent les astres, qui annoncent de nouvelles lunes, ce qui doit t'arriver ! Voici, ils sont comme de la paille, le feu les consume, ils ne sauveront pas leurs vies des flammes… tel est le sort de ceux que tu te fatiguais à consulter… il n'y aura personne qui vienne à ton secours" (Esaïe 47:12 à 15).

Il y a fort longtemps de cela, un Pharaon eut un songe. Il se souvenait bien de celui-ci, mais ses conseillers ne purent lui en donner l'explication. Il fallut la sagesse surnaturelle de Joseph pour la lui donner (Genèse 41:8). Cette fois-ci, c'est Daniel qui va recevoir à la fois le songe et son interprétation. Daniel fait preuve de sang-froid et, alors qu'il est sur le point d'être arrêté avec les autres conseillers du roi, il interroge l'officier qui vient à lui. Daniel demande au roi un délai. Il l'obtient. Après avoir prié avec ses trois amis, il reçoit la vision du songe et son explication pendant la nuit. Daniel bénit alors "le Dieu des cieux""C'est lui qui change les temps et les circonstances," dit-il, "qui renverse et qui établit les rois, qui donne la sagesse aux sages et la science à ceux qui ont de l'intelligence. Il révèle ce qui est profond et caché" (Daniel 2:20 à 23). Dieu est le Maître souverain de l'Histoire. 

Avant de poursuivre cette réflexion sur cette statue et son "image", il me faut tout d'abord m'arrêter sur ces mots prononcés par Daniel après avoir reçu de Dieu l'interprétation du songe. "C'est lui qui change les temps et les circonstances". Faisons maintenant un saut dans le temps. Environ une cinquantaine d'années plus tard. Durant "la première année de Belschatsar, roi de Babylone" (Daniel 7:1). C'est alors le petit-fils de Nabucadnetsar qui est sur le trône. Pendant le règne de celui-ci, Daniel fait un songe. Il voit quatre animaux qui symbolisent chacun des quatre empires dont il avait précédemment annoncé la venue à son grand-père. "Ces quatre animaux sont quatre rois qui s'élèveront de la terre… le quatrième animal, c'est un quatrième royaume qui existera sur la terre, différent de tous les royaumes et qui dévorera toute la terre" (Daniel 7:17, 23). De ce "quatrième royaume" s'élèvera un roi qui "prononcera des paroles contre le Très-Haut, (qui) opprimera les saints du Très-Haut, et il espérera changer les temps et la loi" (Daniel 7:24, 25). Ce "roi" du "quatrième royaume" (l'empire romain) cherchera à prendre la place de Dieu. Au travers des siècles, les commentateurs ont vu ou cru voir dans ces textes diverses "circonstances" correspondant à des événements qui leur étaient contemporains. On y a vu, par exemple, la papauté décidant de changer la date de la fête de Pessah (la Pâque juive originelle) pour en instaurer une nouvelle, afin que l'Eglise se dissocie de cette "fête juive". Cette Eglise s'étant construite sur les ruines encore fumantes de l'empire romain (le quatrième royaume), cette interprétation me paraît judicieuse. Mais elle n'est pas la seule. 

Il s'élèvera un roi qui "prononcera des paroles contre le Très-Haut, (qui) opprimera les saints du Très-Haut, et il espérera changer les temps et la loi". Cette Eglise romaine a persécuté les authentiques disciples de Jésus-Christ (mais aussi et surtout le peuple juif). "...(qui) opprimera les saints du Très-Haut, et il espérera changer les temps et la loi". Elle a changé les dates des "fêtes de l'Eternel" (Pessah et Shevouot deviennent Pâque et Pentecôte) et en a supprimé d'autres (Soukkot, Yom Kippour…). Elle a instauré des règles religieuses qui n'étaient pas mentionnées dans les Ecritures et interdit possession, lecture et enseignement de la Bible. Mais cela s'est également produit ailleurs, en d'autres époques, en d'autres "empires" (Chine communiste, URSS…).

Ce qu'a vu Daniel transcende les temps et les époques. Pour bien comprendre ces textes, il nous faut, encore une fois, tenir compte de la datation de ce songe. "La première année de Belschatsar, roi de Babylone". Celui-ci vient de monter sur le trône. Il sera le dernier roi babylonien à y monter. "Cette même nuit, Belschatsar, roi des Chaldéens, fut tué. Et Darius le Mède s'empara du royaume, étant âgé de soixante-deux ans" (Daniel 5:30, 31). "La tête d'or" de la statue (tselem) venait de céder la place à "la poitrine et aux bras d'argent" (Daniel 2:31, 32). Comme l'avait dit Daniel une cinquantaine d'années plus tôt, "c'est (Dieu) qui change les temps et les circonstances, qui renverse et qui établit les rois… il révèle ce qui est profond et caché" (Daniel 2:21, 22). Darius n'était alors qu'un jeune adolescent. Une cinquantaine d'années auparavant, alors que Nabucadnetsar était sur le trône, une telle chose n'était tout simplement pas envisageable. Une pénible épreuve, privant temporairement le puissant monarque de sa raison, viendra à bout de sa mégalomanie (Chapitre 4 du livre de Daniel). Après avoir été abaissé, il sera rétabli dans ses fonctions royales, mais il reconnaîtra alors la souveraineté du Dieu de Daniel sur tous les autres dieux (dont il ne niera cependant pas encore l'existence)

Un secret bien gardé  

Pour l'heure, Daniel est encore ce jeune homme à la cour d'un jeune monarque. Après que Daniel eut dit à Arjoc qu'il était en mesure de raconter le songe du roi et de lui en donner l'explication, l'officier chargé de sa garde le mena auprès du souverain, Nabucadnetsar. Aux yeux d'Arjoc, Daniel n'était qu'un "homme parmi les captifs de Juda" capable de donner "l'explication au roi". Mais l'attitude de Nabucadnetsar à l'égard de ce jeune homme, choisi pour servir à sa cour, est toute autre. Il n'est plus, aux yeux du roi, "un captif de Juda". Il est également plus que Beltschatsar, le nom babylonien qui lui a été attribué dès son arrivée au palais. En cette circonstance présente, le roi l'appelle "Daniel" (Daniel 2:26). Nabucadnetsar voit en lui celui qu'il est vraiment. Non pas celui que l'on a voulu qu'il soit. Non pas un futur courtisan portant un nom babylonien. Le roi regarde Daniel. Et il le regarde plein d'espoir. Le roi sait que si Daniel se présente devant lui, c'est qu'il est en mesure de lui fournir ce qu'il veut : la réponse à son questionnement. La suite confirme que Daniel a su être reconnu par le roi en tant qu'individu, en tant que personne. "Daniel répondit en présence du roi" (verset 27). Daniel prend même la défense de ses astrologues, sages, magiciens et devins. Il leur sauve la vie. Car ce secret (raz), ils n'auraient pu le lui révéler. Ce secret vient du Dieu des cieux "qui révèle les secrets et qui a fait connaître au roi Nabucadnetsar ce qui arrivera dans la suite des temps" (verset 28)
 


Dans les Ecritures, chaque mot compte. Aucun n'est choisi au hasard. Beltschatsar n'aurait pu répondre au roi, et il se peut que Nabucadnetsar en avait même, tout au moins, l'intuition. C'est pourquoi, le roi s'adresse "à Daniel" et non à Beltschatsar. Le fait que le nom de Daniel ait été prononcé par le roi en dit long. Il sait à qui il s'adresse. Il sait que la sagesse des chaldéens, à laquelle Daniel a été formé, ne lui serait d'aucune utilité. Ses sages et ses astrologues viennent d'en faire la démonstration par leur incompétence. Si, par crainte de la colère du roi, Daniel s'était présenté en tant que Beltschatsar, cela aurait pu faire douter le roi de sa sincérité. Celui-ci n'aurait vu, en lui, qu'un courtisan de plus qui chercherait à jouer le tout pour le tout pour sauver sa vie (Daniel 2:8). Mais Daniel est un jeune homme intègre et droit, et le roi le sait. Quelque chose le pousse à l'écouter et à lui faire confiance. Le questionnement du roi en dit long. "Le roi prit la parole et dit à Daniel, qu'on nommait Beltschatsar : Es-tu capable de me faire connaître le songe que j'ai eu et son explication ?" (Daniel 2:26). Daniel s'entend appeler par son nom : Daniel (Dieu est juge). Et c'est bien Daniel (et non Beltschatsar) qui va ouvrir la bouche devant le roi. "Daniel répondit en présence du roi et dit" (Daniel 2:27). Ce qu'il va dire va éveiller, dans le cœur et dans la mémoire du roi, un vif émoi. A tel point que, après que Daniel eut finit de donner l'interprétation du songe, "le roi Nabucadnetsar tomba sur sa face et se prosterna devant Daniel" (Daniel 2:46).

"Le roi prit la parole et dit à Daniel que l'on nommait Beltschatsar" (Daniel 2:26). A la cour, et pour les courtisans qui entourent le roi, il est Beltschatsar. Mais c'est Daniel que le roi voit s'approcher de lui. C'est à Daniel qu'il va s'adresser. Le roi ne va pas s'adresser au sage, instruit, formé dans les grandes écoles de la capitale de son empire, il va s'adresser à ce jeune homme en qui il a déjà discerné cette profonde sagesse, cette grande intelligence, de celles qui ne sont pas enseignées à Babylone. "Ce que le roi demande est un secret que les sages, les astrologues, les magiciens, les devins, ne sont pas capables de révéler au roi", dit Daniel au roi, "Mais il y a dans les cieux, un Dieu qui révèle les secrets et qui a fait connaître au roi Nabucadnetsar ce qui arrivera dans la suite des temps" (Daniel 2:27, 28). Voilà la clef. Ce rêve lui vient de Dieu, le Dieu des cieux. Et Dieu a parlé, en songe, au roi. Lors de son réveil, Nabucadnetsar se voyait comme un homme à la mémoire défaillante. Mais, à ses yeux, le roi se devait d'être au courant de ce songe. Daniel révèle à Nabucadnetsar une chose essentielle. C'était à la fois à l'homme et au roi que Dieu s'était adressé. A l'homme, parce qu'il voulait lui rappeler sa condition humaine et la faiblesse de celle-ci. Au roi, parce que les événements futurs qui lui sont révélés concerne les fonctions royales qu'il occupe. Un dernier point à souligner est que Dieu s'adresse au "roi Nabucadnetsar". Le message est nominatif. Nabucadnetsar a été souverainement choisi pour recevoir cette révélation du Dieu des Cieux. Lui et pas un autre. C'est un choix divin. Pourquoi lui et pas un autre ? Pourquoi pas son prédécesseur ou son successeur ? Peut-être tout simplement parce que Daniel se trouvait à ses côté pour lui en fournir l'explication. Ce serait donc la présence de Daniel aux côtés de ce monarque-là qui aurait déterminé le choix de Dieu, et non de quelconques qualités intrinsèques du babylonien. Mais également, et surtout, pour une autre raison que l'on va voir plus loin. 

Ce songe était également un secret bien gardé. C'est pourquoi, aucun chaldéen ne put lui en donner l'explication. Mais Daniel n'attire pas l'attention sur lui. Il n'est que le messager, l'interprète. Celui par qui le Dieu des cieux a "fait connaître au roi ce qui arrivera". C'est au roi, et non à Daniel que Dieu s'est adressé en premier. Daniel dit au roi, en substance : "C'est une affaire entre toi et Dieu. C'est à toi, ô roi, que le Dieu des cieux a révélé ces choses. Moi, je ne suis là que pour t'en donner l'explication. C'est tout". Un autre aurait profité de la situation pour tirer son épingle du jeu, pour sauver sa vie, et pourquoi pas, par la même occasion, se débarrasser des astrologues, devins et autres charlatans et sorciers. Faire place nette. et même, tenter d'imposer le culte du Dieu unique à la cour de Babylone. Sa première réaction, lorsqu'il apprend le danger qui les menace, lui et ses amis, fut de prier afin que Dieu les garde pour qu'on "ne fasse pas périr Daniel et ses compagnons avec le reste des sages de Babylone" (Daniel 2:18). Mais alors qu'il apporte la réponse que le roi attend, il ne cherche qu'à démontrer la supériorité de la sagesse divine sur celle de ses courtisans. Et il termine en reconnaissant lui-même que cette sagesse n'est pas la sienne, mais celle de ce Dieu qui a révélé au roi ce qui devait se produire à la suite de son règne, "dans la suite des temps" et "ce qui sera après ce temps-ci" (Daniel 2:28, 29). Mais dans quel but Dieu a-t-il révélé ces choses à ce monarque qui ne fait de lui aucun cas ? Daniel va lui en donner la raison, juste avant de lui raconter le songe. "C'est afin que l'explication soit donnée au roi (par l'intermédiaire de Daniel) et que tu connaisses les pensées de ton cœur" (Daniel 2:30). Quelles sont ces "pensées de son cœur" ? Et c'est à cette question que Dieu répond par ce songe auquel Daniel donne l'interprétation. La réponse a été donnée un peu plus haut. "Il y a dans les cieux, un Dieu qui révèle les secrets et qui a fait connaître au roi Nabucadnetsar ce qui arrivera dans la suite des temps" (Daniel 2:28). Quelles étaient donc les pensées dans le cœur du roi ? Un questionnement. Qu'arrivera-t-il "dans la suite des temps" et "après ce temps-ci" ? Le roi s'interrogeait sur le devenir de son empire après sa mort. "Après toi, il s'élèvera un autre royaume, moindre que le tien" (Daniel 2:39). Car c'est bien le roi qui a eu ce songe et c'est au roi que ce songe était destiné.

J'avais souligné plus haut que le "songeur" s'était retrouvé face à une "amnésie" momentanée. L'homme ne pouvait s'en souvenir, mais le roi pouvait exiger de ses conseillers de lui en donner l'explication. Daniel apporte ici une information. "Ô roi, tu regardais et tu voyais" (Daniel 2:31). Daniel s'adresse au roi. Quoi de plus normal que de l'appeler ainsi ? Mais Daniel souligne une chose importante. C'est "le roi" qui regardait, et c'est "le roi" qui voyait. Par l'intermédiaire de l'homme, c'est à la fonction que celui-ci occupe que Dieu s'adresse. Dieu a répondu à l'homme en tant que tel, mais Il en a révélé le secret au roi. 

Aux quatre coins de la terre  

Que disait ce songe ? il parlait de quatre "royaumes", ou plutôt "quatre empires" qui devaient se succéder "dans la suite des temps". Or, que dit Daniel au roi ? "Le Dieu des cieux t'a donné l'empire (malkuw), la puissance, la force et la gloire" (Daniel 2:37). "Malkuw", c'est "la royauté, le règne", mais aussi "un royaume" (en tant que territoire) et également "un royaume établi dans un certain laps de temps". La notion de temporalité est importante dans ce chapitre. Ce songe du roi revêt bien évidemment une dimension prophétique. Tout ce qui touche au prophétique, dans la Bible, est empreint de temporalité. C'est même l'une de ses composantes essentielles. 

Le songe du roi représentait une statue (tselem, l'image) constituée de quatre parties, chacune d'elles symbolisant un empire. Quatre parties constituées de cinq éléments, cinq matières, dont quatre métaux. Dans la symbolique biblique, le chiffre quatre représente les quatre points cardinaux. Un empire est généralement expansionniste (et ceux décrits dans le songe l'étaient assurément). Lorsque l'on parle de "quatre" empires, on parle alors d'un expansionnisme aux quatre coins de la terre. Si l'on reprend le terme utilisé par le texte : "malkuw", traduit ici par "empire", l'une des définitions de ce mot est "un royaume établi dans un certain laps de temps". Nous avons donc affaire ici à une expansion à la fois géographique et temporelle. Un royaume, un empire, qui s'étend et qui dure. Rappelons, si cela est nécessaire, que les quatre empires dont il est fait mention dans le chapitre 2 (et qui correspondent aux "quatre bêtes" du chapitre 7) sont Babylone, l'empire médo-perse, la Grèce et Rome. Deux sont orientaux (continent asiatique), deux autres sont occidentaux (continent européen). Le quatrième étant appelé à disparaître puis à se reconstruire sous une autre forme. Nous avons donc quatre empires dont le nombre symbolise les quatre directions cardinales : Nord, Sud, Est, Ouest. On peut aisément orienter ces quatre empires sur une horizontale Est / Ouest. Ce positionnement a, lui aussi, des choses à nous dire.

Nous avons généralement, nous Occidentaux, l'habitude de nous orienter en nous positionnant selon le Nord Magnétique. Toutes les cartes sont orientées dans ce sens. Le Nord en haut de la carte. Le Sud en bas. L'Ouest à gauche de la carte et l'Est à sa droite. Cette orientation permet de la "lire" plus aisément. C'est une convention qui permet à tout un chacun de pouvoir s'orienter aisément avec celle-ci. Maintenant, revenons à l'époque biblique. Il n'en est pas du tout de même. Un oriental, citoyen lambda de l'un de ces pays bibliques dans lesquels se déroulent la plupart des récits relatés dans les Ecritures, ne s'oriente pas par rapport au Nord, mais par rapport à l'Est, au soleil levant. On appelle celui-ci, en hébreu, le "qedem". J'en ai déjà fait mention à de nombreuses reprises dans d'autres articles, mais il constitue un élément important, pour la compréhension de la temporalité dans les textes bibliques. Le mot "qedem" signifie "l'Est, l'Orient, Oriental, le Passé, le commencement, les temps anciens, ce qui était autrefois", mais également "ce qui est devant". A l'inverse, "Acharown" désigne "le Futur, l'Ouest, ce qui vient à la suite". Il est généralement traduit par "Futur, à venir, plus tard". Celui qui regarde à l'Est regarde "au commencement des choses, à leur origine". Ce n'est pas un regard nostalgique vers le Passé mais une quête de sens qui permet de comprendre l'orientation des choses et des événements. Mais si cet observateur fixe les regards vers l'Est, il a donc l'Ouest derrière lui. Il ne peut donc connaître le Futur et l'Avenir puisqu'il leur tourne le dos. Ceux-ci le rejoindront cependant plus tard, sans qu'il ait pu les voir venir. Mais "l'homme de la Bible" ne cherche pas à "connaître l'Avenir". Il tente de comprendre le déroulement des temps. Les "temps anciens" et ceux dont il est le contemporain. Si l'on regarde un pommier en hiver, on peut croire qu'au printemps, il produira des pommes. On ne lui prédit pas un avenir, on en reconnait l'essence et la nature. On peut alors en déduire avec certitude ce qu'il adviendra de lui dans un Futur proche. Mais si un avis de construction est affiché sur le terrain où se trouve ce pommier, on peut également en déduire qu'il sera bientôt arraché. Ceci pour illustrer cette parole de Daniel : "C'est lui (l'Eternel) qui change les temps et les circonstances, qui renverse et qui établit les rois" (Daniel 2:21).
 


Les choses profondes et cachées  

"Il révèle ce qui est profond et caché" (Daniel 2:22). Littéralement : "amiqata oumesat'tera tâ", "les choses profondes et les choses cachées" ou, selon la traduction de Darby, "les choses profondes et secrètes". La langue française, contrairement à l'hébreu, s'incommode des répétitions. Les traducteurs ont donc fait ici une contraction entre "les choses profondes" et "les choses cachées" comme si elles étaient semblables. Mais, en réalité, l'auteur de ce texte fait une distinction entre les deux. Et celle-ci est de taille. Le premier mot, "amiq", est un apax. Ce mot n'apparaît qu'une seule fois dans toutes les Ecritures. En l'occurrence, dans ce verset, il signifie "choses profondes, mystères". Il faut rappeler ici que la religion babylonienne est une "religion à mystères". Le fait que Daniel utilise cette expression montre combien la démarche initiale (révéler un mystère par un songe) est étroitement liée à la façon de penser des Chaldéens. Dieu va utiliser les référentiels babyloniens afin de faire entendre au roi ce qu'il a à lui dire. 

Le second mot, "cethar", signifie, quant à lui, "cacher, dissimuler à la vue", mais également et assez étonnement, "détruire". Ce mot n'est présent que dans deux versets. Celui qui nous occupe ici, et en Esdras 5:12 où il est écrit : "Après que nos pères eurent irrités le Dieu des cieux (on retrouve ici cette appellation divine) il les livra entre les mains de Nabucadnetsar, roi de Babylone, le chaldéen, qui détruisit cette maison (le Temple de Jérusalem) et emmena le peuple captif à Babylone". Ce texte ne sera rédigé que bien plus tardivement, en Judée, à l'époque d'Esdras. Cependant, le contexte dans lequel ce mot apparaît est plus que significatif pour la compréhension de notre texte de Daniel. Rappelons que c'est "la première année de Cyrus, roi de Perse" (Esdras 1:1), deuxième empire présent dans le songe, qu'eut lieu le Retour des Juifs en Judée. Il est également fait mention de "détruire" (cethar), en l'occurrence le Temple de Jérusalem. Cela ne se produira que bien plus tardivement, lors de la troisième campagne babylonienne en Judée. Mais cela est encore "caché à la vue". Tout comme le sera le Temple lorsqu'il sera détruit puisqu'il n'en restera plus "pierre sur pierre" (Aggée 2:15 / Matthieu 24:2). Luc précise ici la pensée de Jésus (l'auteur de ces mots) en ajoutant : "Parce que tu n'as pas connu le temps où tu as été visitée" (Luc 19:44). La notion prophétique de temporalité apparait ici bien clairement. Il est intéressant de noter combien ces "choses profondes" et ces "choses cachées" sont étroitement liées au règne de Nabucadnetsar et au peuple qu'il "emmena captif". Captifs parmi lesquels se trouvait justement Daniel et ses compagnons. Daniel 2:22 confirme donc bien, comme cela a été évoqué plus haut, que la présence de Daniel auprès de ce roi avait été divinement "programmée" (référence au titre de l'article sur le chapitre 1).  

Ainsi, s'il est nécessaire d'établir un distinguo entre "les choses profondes" et "les choses cachées", c'est afin de mieux comprendre ce que les textes ont à nous dire. Il y a des choses qui sont profondes mais qui ne sont pas forcément cachées. Elles sont enfouies. Il faut du temps, de la recherche et du travail pour les trouver. Cela nécessite une étude attentive des textes bibliques, mais elles peuvent être découvertes par celui qui se donne la peine de chercher. On n'en connait pas toujours forcément l'existence avant de les découvrir. Cela peut arriver alors que l'on cherche autre chose ou que l'on est en train de sonder un autre texte. Dieu a permis que ces choses profondes soient malgré tout accessibles, mais il n'en est pas de même pour les choses cachées. Celles-ci l'ont été de par la volonté souveraine de Dieu. Elles ne sont accessibles que par révélation. Elles sont totalement inaccessibles à tout un chacun, fut-ce à un chercheur émérite. Ce sont des paroles scellées.

Ces choses cachées sont parfois apparentes, parfois enfouies peu profondément, mais on pourrait passer à côté sans les voir. Toutefois, il se peut que ces choses cachées soient aussi des choses profondes. Dans ce cas, leur révélation ne pourra s'effectuer que par ceux qui ont fait des recherches dans les Ecritures. La révélation divine viendra alors sur eux pour leur révéler ce qui était caché et n'aurait pu être découvert autrement. Les seuls efforts humains ne pourraient suffire. Comme l'avait dit très justement l'un des auteurs des proverbes : "La gloire de Dieu c'est de cacher les choses (devarim), la gloire des rois c'est de sonder les choses (devarim)" (Proverbes 25:2). "Devarim" peut être traduit par "choses" ou "paroles". Il y aurait donc ainsi des "choses" ou des "paroles" dont le sens n'aurait pas encore été révélé. C'est pourquoi il sera dit plus tard à Daniel à propos d'un rouleau de livre : "Toi Daniel, tiens secrètes ces paroles et scelle le livre jusqu'au temps de la fin. Plusieurs le liront et la connaissance augmentera" (Daniel 12:4). Paul écrira à Tite que "Dieu a manifesté sa Parole en son temps par la prédication" qui lui avait été confiée, faisant mention de "l'espérance de la vie éternelle promise dès les plus anciens temps" (Tite 1:2). L'Evangile étant demeuré jusque là un "mystère" (Ephésiens 6:19), "caché pendant des siècles" (Romains 16:25).
 


L'Histoire se répète 

Les choses et les événements sont appelés à se répéter. "Et dans l'année deux du règne de Nabucadnetsar rêva Nabucadnetsar des rêves". Je mentionne ici une traduction plus proche du texte original pour souligner la construction syntaxique de la phrase. En hébreu, celle-ci comporte sept mots, ce qui traduit sa complétude. Elle contient, en elle-même, de quoi s'auto-interpréter. le nom du roi y est nommé à deux reprises, de même que le mot "rêve", mais ce dernier sous deux formes différentes. C'est donc, encore une fois, au cœur des mots qu'il nous faut chercher le véritable sens. 

Le texte fait donc mention de la "deuxième année" tout en mentionnant deux fois le nom du roi. La répétition est un mode syntaxique courant en hébreu, il n'y a là rien d'étonnant, sauf que… Ce songe annonce la venue de quatre empires qui doivent subsister jusqu'à l'avénement du Seigneur. Nous avons donc une double interprétation du songe. A la fois "historique" et "eschatologique". Il nous faut donc envisager cette "année deux" sous ce double aspect. Considérons que cette "année deux" soit, en quelque sorte, une "répétition". Dans une perspective prophétique, la "première année" du roi correspondrait effectivement au règne du roi Nabucadnetsar. La "deuxième" ferait, elle, allusion à des "temps futurs", à sa dimension eschatologique. A un empire qui présenterait des caractéristiques semblables au royaume babylonien. Une sorte de Babylone des temps moderne. Daniel dira : "Dieu de nos pères… de ce que tu m'as fait connaître… de ce que tu nous a révélé le secret du roi… il y a dans les cieux un Dieu qui révèle les secrets et qui a fait connaître au roi Nabucadnetsar ce qui arrivera dans la suite des temps. Voici ton songe et les visions que tu as eues sur ta couche… des pensées touchant ce qui sera après ce temps-ci, et celui qui révèle les secrets t'a fait connaître ce qui arrivera" (Daniel 2:23 à 29)

Ces antiques empires ont aujourd'hui disparu, mais ils ont laissé leur empreinte sur la terre des hommes. D'autres rois ont marché dans leurs pas, élevant d'autres empires, économiques, financiers, ou commerciaux. L'ombre de leurs prédécesseurs plane cependant sur ces édifices ultra-modernes, sur ces "tours de Babel" de notre temps qui s'élèvent vers le ciel comme un doigt accusateur. Sera-ce ces royaumes-là qui seront détruits par "la pierre qui se détache sans le secours d'aucune main" 

La pierre qui se détache  

"Tu regardais, lorsqu'une pierre se détacha sans le secours d'aucune main… la pierre qui avait frappé la statue devint une grande et haute montagne, et remplit toute la terre" (Daniel 2:34, 35). Celle-ci est donc clairement identifiée comme étant le royaume de Dieu venu détruire les royaumes de la terre. Jusque-là, pas de problème ! Par contre, cela se complique quand on regarde les mots utilisés dans le texte original. Il y a là, manifestement, des "choses cachées". Ainsi, il est écrit : "Tu regardais, lorsqu'une pierre se détacha sans le secours d'aucune main" (Daniel 2:34). "Une pierre se détacha (gezar)". "Gezar" est un mot araméen qui signifie "couper, déterminer, être séparé". C'est ce que dit Daniel lorsqu'il donne l'interprétation du songe au roi : "C'est ce qu'indique la pierre que tu as vue se détacher" (gezar - Daniel 2:45). Mais, et c'est là où c'est étrange, c'est que ce mot désigne également un "devin" (gezar). L'un de ces conseillers qui se trouvaient à la cour du roi de Babylone (Daniel 4:7). En effet, ce mot araméen, "gezar", apparait six fois dans les Ecritures. Deux fois pour désigner le fait que la pierre se soit "détachée" et quatre fois pour désigner un "prédicateur d'avenir". Daniel dira lui-même que cela fait partie d'un "secret" (raz). "Daniel répondit : Ce que le roi demande est un secret (raz) que les sages, les astrologues, les magiciens et les devins (gezar) ne sont pas capables de découvrir au roi" (Daniel 2:27).

Bien plus tard, la mère du roi Belschatsar (la fille de Nabucadnetsar) rappellera au roi, son fils, que Daniel (qui est alors devenu un vieillard) fut autrefois "chef des magiciens, des astrologues, des chaldéens et des devins (gezar)" lorsque Nabucadnetsar était sur le trône (Daniel 5:11). Autre chose étrange : comment Daniel, qui était demeuré un homme intègre, droit, craignant son Dieu, avait-il pu occuper de telles fonctions ? Si les textes araméens ne peuvent nous en donner l'explication, alors peut-être faut-il se tourner vers son équivalent hébreu "gazar". La première mention de ce mot apparait dans le récit dit du "jugement de Salomon" (1 Rois 3:25)"Et le roi (Salomon) dit : Coupez en deux l'enfant". Il faut noter ici que l'ordre de Salomon avait pour but véritable de pousser la vraie mère de l'enfant à se manifester, révélant ainsi la profonde sagesse dont Dieu l'avait doté (1 Rois 4:30 / 5:12 / 11:41). Cette profonde sagesse de Salomon peut être mise en parallèle avec celle de Daniel, à une époque ultérieure. 

"Gazar" peut s'avérer être également un décret royal. L'empereur de Perse regretta amèrement "la décision qui avait été prise (gazar) à son sujet" (celui de répudier son épouse Vashti pour avoir refusé de se présenter devant lui et ses convives dans le plus simple appareil, lors d'une soirée trop arrosée - Esther 2:1). Le roi ayant édicté le décret "selon la loi des Mèdes et des Perses", il ne lui était plus possible de revenir en arrière (Esther 1:19). Mais qu'en est-il de "la pierre qui se détache" ? Ce qui ressort de ceci, c'est que cela relève d'un "décret royal", d'une "autorité suprême". Voire, d'une autorité divine, comme pour "couper" (gazar) la Mer Rouge en deux (Psaume 136:13). 

Les devins (gezar) et les prédicateurs d'avenir (gezar) ne purent donner au roi l'explication de cette "pierre qui se détache (gezar)". Celle-ci révélait ainsi au roi la totale incompétence des devins et de tous ces bonimenteurs (bon-i-menteurs) à lui faire connaître sa signification. Mais alors, qu'en est-il de Daniel qui occupait ces fonctions à la cour ? Daniel était un homme d'une intégrité et d'une probité à toute épreuve, d'une parfaite loyauté à son Dieu. Bien que cette fonction lui ait été attribuée contre son gré, il ne la remplit pas moins avec cette rigueur qui le caractérisait. Il était prévu, dans le plan divin, qu'il soit aux côtés du roi de Babylone pour lui donner l'explication du songe. Pour que le roi l'écoute, il lui fallait avoir toute sa confiance, mais également la position, la fonction adéquate sans laquelle il n'aurait pu se tenir aux côtés du roi. Il ne s'en tenait pas moins "séparé, détaché" (gezar) de ces chaldéens et de ces "prédicateurs d'avenir" dont il ne partageait ni les valeurs ni les croyances. C'est le côté "araméen" de la définition. En tant qu'Hébreu, Daniel était "résolu" (gazar) à ne pas se souiller, comme lorsqu'il n'était encore qu'un jeune adolescent (Daniel 1:8). Daniel fut probablement "exclu" (gazar) des conciliabules de ces chaldéens sur lesquels il exerçait, malgré tout, son autorité. Mais comme l'avait dit un jour à Job l'un de ses amis : "à tes résolutions (gazar) répondra le succès" (Job 22:28). Cela s'avéra également exact pour Daniel. 

Une vision effrayante  

Mais revenons à ce songe. "Ô roi, tu regardais et tu voyais une grande statue, cette statue était immense et d'une splendeur extraordinaire. elle était debout devant toi et son aspect était terrible (de'hal)". Nabucadnetsar connaîtra encore cette même "frayeur" (de'hal) en faisant un autre songe (Daniel 4:5). C'est cette même frayeur qu'éprouvaient les peuples de son empire envers leur monarque. "Les peuples tremblaient (de'hal) devant lui" (Daniel 5:19). Daniel connut également cette frayeur-là lorsqu'il reçut une vision nocturne de la "quatrième bête" (Daniel 7:7, 19) qui correspond au quatrième empire de la statue. Le quatrième animal de la vision de Daniel était "terrible, épouvantable et terriblement fort" (Daniel 7:7). Le mot "épouvantable" (êm'tani - les reins) aurait, lui, un lien avec ce verset qui parle d'un "roi à qui personne ne résiste" (Proverbes 30:31). "Le bouc et le roi à la tête de son armée" (Proverbes 30:31, TOB). La mention du "bouc" pourrait faire penser au troisième empire, la Grèce (Daniel 8:5 / 2:39b). "Le troisième royaume qui sera de bronze (d'airain) et qui dominera toute la terre" (Daniel 2:39b). Une autre version fait plutôt mention d'un "coq" ce qui, symboliquement, nous rapprocherait plutôt des nations celtes, et par extension, le Monde Occidental. 

Cette "quatrième bête" (l'équivalent du quatrième royaume de la statue) que voit Daniel dans son songe était "terrible, épouvantable et extraordinairement (yattiyr) fort" (Daniel 7:7). En comparaison, la statue qu'a vue le roi "était immense et d'une splendeur extraordinaire (yattiyr)" (Daniel 2:31). Il émanait donc de cette statue quelque chose qui inspirait la force ainsi qu'une puissance hors du commun. Cette "bête" aurait donc des caractéristiques similaires à la troisième, ce qui est tout à fait plausible puisque ailleurs il est dit que celle-ci cumule des éléments des trois précédentes. L'apôtre Jean décrit la vision d'une "bête" comme suit :  "La bête que je vis était semblable à un léopard, ses pieds étaient comme ceux d'un ours et sa gueule comme la gueule d'un lion. Le dragon lui donna sa puissance, son trône et une grande autorité" (Apocalypse 13:2). L'apôtre Jean est contemporain de l'empire romain (la quatrième bête). Si celui-là est "Extraordinairement fort, puissant (taqqiyph)", l'empire romain reconstitué (les orteils de la statue) sera, lui, "en partie fort (taqqiyph) en partie fragile" (Daniel 2:42). Contrairement au "quatrième empire" (l'empire romain du début de notre ère) qui lui sera "fort (taqqiyph) comme du fer" (Daniel 2:40). 

Ce principe de quelque chose qui disparaît puis réapparaît est-il un principe biblique ? En trouve-t-on traces quelque part ailleurs dans les Ecritures ? Assurément ! C'est l'Ecclésiaste qui nous en fournit la clef. Voici ce qu'il dit : "Ce qui a été, c'est ce qui sera, et ce qui s'est fait, c'est ce qui se fera". La suite est beaucoup plus connue : "Il n'y a rien de nouveau sous le soleil" (Ecclésiaste 1:9). Mais l'Ecclésiaste nous apporte également un élément nouveau. Voici ce qu'il dit : "Ce qui existe a déjà été appelé par son nom, et l'on sait que celui qui est homme ne peut contester avec un plus fort (taqqiyph) que lui" (Ecclésiaste 6:10). Cela ressemble à un rébus. "Ce qui existe a déjà été appelé par son nom". A l'époque où le roi reçoit le songe, l'empire romain n'existe pas encore. Il ne peut donc être nommé. Cet empire a aujourd'hui disparu. Nous pouvons cependant l'identifier et le nommer. Mais les textes nous disent que cet empire romain devait réapparaître un jour. Un Nouvel Empire Romain. Pouvons-nous, à nouveau, l'identifier et le nommer ? Certains voient dans celui-ci l'Eglise Romaine. Elle s'est, effectivement, construite sur les ruines de l'empire en adoptant beaucoup de ses principes de fonctionnement, de ses titres et, faut-il le dire ? De son idolâtrie. Constitue-t-elle pour cela, à elle seule, ce nouvel empire ? Certainement pas ! Bien que les similitudes soient flagrantes, elle ne cumule pas, à elle seule, toute les caractéristiques nécessaires pour pouvoir l'identifier comme ce "Nouvel Empire". Ce sujet est développé dans l'article "le quatrième empire prophétisé par Daniel"

"Et l'on sait que celui qui est homme ne peut contester avec un plus fort (taqqiyph) que lui". Mais les textes nous disent que ce "nouvel empire romain" est "en partie fort, en partie fragile". Il sera, lui aussi, détruit par "la pierre qui se détache sans le secours d'aucune main" lorsque le Massiah, le Seigneur Jésus-Christ, viendra établir son règne de mille ans sur la terre. Il y aurait encore bien des choses à dire, mais cela dépasserait largement le cadre de cet article. Un texte comme le deuxième chapitre du livre de Daniel est une source abondante de réflexion et d'études. Si ce texte présente historiquement les quatre grands empires de Babylone, de Perse, de Grèce et de Rome, il a également, prophétiquement, des choses à nous dire pour  notre temps. Vers la fin de son livre, Daniel, relatant les paroles qui lui ont été dites, écrit : "Toi, Daniel, tiens secrètes ces paroles et scelle le livre jusqu'au temps de la fin. Plusieurs le liront et la connaissance augmentera" (Daniel 12:4). Les temps sont proches. Les éléments se mettent en place. Les choses se précipitent. Le Roi vient bientôt ! 

 

JiDé

 

Notes

* La traduction de Darby est l'une des versions les plus littérales du texte biblique. D'un abord pas toujours aisé, elle demeure cependant une version de référence quant au texte de base. 
 

Daniel : Une statue, quatre empires (chapitre 2)
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