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Daniel : le dernier festin (chapitre 5)

Daniel : le dernier festin (chapitre 5)

De pères en fils 

Belshatsar (Bel Shar Utsur), petit-fils du roi Nabucadnetsar, règne alors en corégence avec son père Nabonide depuis l'an -553. Celui-ci étant parti guerroyer contre les Perses, la royauté est ainsi assurée sur le trône pendant que le monarque en titre est à la guerre. Belshatsar occupe alors la seconde place du royaume, c'est pourquoi il ne pourra offrir, à Daniel, que "la troisième place" (Daniel 5:16). Ce n'est qu'un roitelet de salon qui ne pense qu'à ripailler et festoyer. Voulant pimenter encore plus l'une de ses soirées festives, il ordonne que l'on fasse venir les vases que son grand-père Nabucadnetsar, que le texte nomme son "père", selon l'usage (verset 11), avait ramené de l'une de ses campagnes dans cette lointaine province de Judée. Comme le lui rappellera Daniel, Nabucadnetsar avait mis autrefois le comble à son orgueil par ses paroles arrogantes. Il en fut réduit à manger du fourrage comme un animal, une maladie mentale mettant brutalement fin à son impertinente insolence envers Dieu (Daniel 4:28 à 37). Il fut néanmoins rétabli dans ses fonctions après s'en être repenti. Mais l'attitude provoquante de Belshatsar l'a amené bien au delà des limites acceptables pour le Dieu des cieux. Son arrogance et sa vanité vont le conduire tout droit à sa perte. Mettant le comble à sa démesure, le roi et ses convives se mirent à invoquer leurs idoles infâmes tout en versant le vin dans les vases qui servaient autrefois au service du Dieu Saint. Cet outrage ne pouvait rester impuni. Mais le châtiment ne pouvait frapper l'outrageux sans que le verdict de sa condamnation soit préalablement proclamé. C'est par la bouche de Daniel que viendra la sentence. Le couperet devait, lui, tomber dans la nuit. Mais cela, ni l'un ni l'autre ne le savaient encore. En ce même instant, les troupes de Darius pénétraient silencieusement dans la ville endormie. Pendant que festoyait le palais, la ville tombait aux mains de ses ennemis. 

Daniel est devenu un vieil homme. Il a plus de quatre-vingts ans. Bien qu'ayant servi le roi Nabucadnetsar durant toute sa vie, il ne fait désormais plus partie des proches conseillers du roi qui a préféré s'entourer d'hommes plus jeunes, partageant son goût du plaisir et des fêtes. L'oreille du roi ne pouvant entendre les propos de droiture et d'intégrité d'un Daniel, ce dernier a donc probablement été remercié, au point d'être oublié à la cour, sauf de quelques uns… Comme de ceux qui furent autrefois proches de ce grand monarque, mort il y a plus d'une douzaine d'années. On semble avoir oublié les paroles prononcées par ce grand monarque après son abaissement. Celui-ci fit proclamer, dans tout son royaume, un édit contant les événements qui l'avaient conduit à cette prise de conscience. Il achève cette confession en disant : "Maintenant, moi, Nabucadnetsar, je loue, j'exalte et je glorifie le Roi des Cieux dont toutes les œuvres sont vraies et les voies justes, et qui peut abaisser ceux qui marchent avec orgueil" (Daniel 4:37). La crainte de l'Eternel avait été instaurée dans l'empire, à l'époque du vieux roi. Mais, selon la formule consacrée : "Le roi est mort, vive le roi !". Un fils de Nabucadnetsar monta sur le trône, mais il ne vécut que quelques mois. Un autre prit à son tour la relève, mais il fut renversé par le gendre de Nabucadnetsar, le père de Belshatsar, et le culte des idoles reprit comme auparavant. Probablement avec l'aide sournoise du clergé qui ne voyait pas du tout d'un bon œil que l'on puisse ainsi remplacer une religion établie par un Dieu inconnu, venu d'une province reculée de l'empire, et que servait ce Daniel décidément trop influent. L'idolâtrie allant généralement de pair avec l'inconduite, le roi et ses convives se livrèrent à des excès auxquels fut mêlé l'usage des ustensiles du Temple de Jérusalem. Un tel outrage au Dieu d'Israël ne pouvait rester impuni. Belshatsar ne tint pas compte des paroles de son grand-père et ne tint aucun compte du "Roi des Cieux… qui peut abaisser ceux qui marchent avec orgueil". Le comble de l'impiété ayant été atteint, un événement insolite va alors se produire. Un événement qui va tout bouleverser. 

Un événement inattendu 

Alors que les convives festoient joyeusement et que le vin coule à flot, un cri s'élève dans la salle : "Regardez !". Des voix s'élèvent. Des femmes hurlent. Le roi s'irrite. Qui ose ainsi interrompre sa fête ? "Majesté ! Majesté !" S'écrie un autre. Un tumulte monte soudain. Les regards se tournent vers un endroit précis de la salle de banquet. Que se passe-t-il ? Les doigts d'une main sont apparus et se sont mis à écrire sur la chaux du mur du palais éclairé par un candélabre. "Le roi vit cette extrémité de main qui écrivait" (Daniel 5:5). C'est un point important. Le roi n'a pas seulement vu l'inscription après que la main ait disparu. Il a vu, de ses propres yeux, ce qui était en train de se produire dans la salle de festin de son palais. "Qu'est-ce donc que ce prodige ?". "Alors le roi changea de couleur et ses pensées le troublèrent. Les jointures de ses reins se relâchèrent et ses genoux se heurtèrent l'un contre l'autre" (verset 6).
 


Belshatsar convoqua immédiatement les sages et les astrologues du palais mais aucun ne put lire l'inscription et lui en donner l'explication, ce qui l'effraya d'autant plus. C'est alors que survint la mère du roi. Celle-ci, alertée par les cris qui provenaient de la salle du festin (auquel elle ne participait pas), fit son entrée. Après une formule conventionnelle adressée à son roitelet de fils, en bonne mère, elle sut trouver les mots pour le rassurer. Elle lui parla d'un homme qui fut autrefois conseiller de son grand-père Nabucadnetsar, mais également de son père Nabonide lorsque celui-ci était encore au palais, avant qu'il ne parte à la guerre. La reine-mère lui parla d'un homme qu'elle semble avoir connu et dont elle appréciait la sagesse et l'intelligence. "Aussi le roi Nabucadnetsar, ton (grand-) père, et le roi (Nabonide) ton père, l'établirent chef des magiciens, des astrologues, des chaldéens, des devins" (verset 12). Ce verset est important. Premièrement, il établit clairement que Belshatsar est bien le "petit-fils" de Nabucadnetsar. Deuxièmement, on peut ainsi apprendre que Nabonide avait établi Daniel dans les mêmes fonctions qu'il occupait sous le règne de feu son beau-père. "Aussi, le roi Nabucadnetsar, ton père, et le roi, ton père, l'établirent chef des magiciens, des astrologues, des chaldéens, des devins" (verset 11). Or, quand Daniel paraît devant le roi Belshatsar, celui-ci lui demande effrontément : "Es-tu ce Daniel, l'un des captifs de Juda, que mon père a amené de Juda ?" (verset 13). On imagine facilement le ton arrogant, les sourires entendus avec ses proches conseillers. Belshatsar ne pouvait pas ne pas avoir tout au moins entendu parler de Daniel. Celui-ci avait occupé de hautes fonctions auprès du roi, son grand-père Nabucadnetsar, mais également, comme nous le dit le texte, auprès de son père, Nabonide. Mais Nabonide est loin. Parti guerroyer contre les Perses, il ne fait plus la pluie et le beau temps au palais. Le "captif de Juda" n'a plus ses entrées à la cour depuis que c'est Belshatsar qui est sur le trône.

Le contraste est frappant entre le portrait que dresse la reine-mère de Daniel et l'image que s'en fait celui qui est assis sur le trône. La reine l'a pourtant présenté comme "un homme qui a en lui l'esprit des dieux saints, et du temps de ton père, on trouva chez lui des lumières, de l'intelligence et une sagesse semblable à la sagesse des dieux". Elle ajoute : "Nabucadnetsar ton père, et le roi, ton père l'avaient tous deux établis comme chef des Chaldéens". Elle ajoute à cela "qu'on trouva chez lui, chez Daniel, nommé par le roi Beltshatsar, un esprit supérieur, de la science et de l'intelligence, la faculté d'interpréter les songes, d'expliquer les énigmes et de résoudre les questions difficiles". La reine-mère conseilla alors à son royal fils de le faire venir. Et Daniel fut introduit auprès du roi. Mais le roitelet de salon ne voit en lui qu'un "captif de Juda" ramené d'une lointaine province de l'empire avec le butin. Il lui reconnait cependant cette sagesse et cette intelligence hors du commun, mais il omet volontairement de mentionner la position que Daniel occupait autrefois au palais. Le roi s'adresse à un haut fonctionnaire de l'Etat tombé en désuétude qui, privé désormais de ses privilèges, est redevenu ce qu'il était finalement, une "pièce rapportée". Presque une relique. Ou pire : un serviteur. Néanmoins, le roi est prêt à se "montrer bon prince". Que Daniel lui fasse lecture de l'inscription et lui en donne l'explication, et il est prêt à le réintégrer à la cour. A ses côtés. Si Daniel est en mesure de faire cela, il prouvera ainsi qu'il mérite encore d'occuper le poste qui était autrefois le sien, à la tête de cette clique de bonimenteurs qui viennent tout juste de prouver leur incompétence. Mais Daniel refuse. Daniel refuse les privilèges que le roi daignerait lui accorder dans son immense mansuétude. Néanmoins, il donnera au roi lecture et interprétation de cette inscription. Daniel qui, rappelons-le, était de descendance royale, possède toujours le vrai sens de la dignité. Mais il n'est pas non plus dépourvu de courage pour délivrer au roi le message que celui-ci doit entendre de ses oreilles. A cet instant, Daniel est également tout entier dans son rôle de prophète. Pour Belshatsar, il n'est toujours qu'un exilé judéen. Mais revenons un peu en arrière…

Le dernier festin  

En l'an -605, la troisième année du règne de Jojakim, le roi Nabucadnetsar avait assiégé Jérusalem en Judée. "Le Seigneur livra entre ses mains Jojakim, roi de Juda et une partie des ustensiles de la maison de Dieu". Des jeunes gens de familles nobles et de race royale furent emmenés à Babylone pour servir au palais. Parmi ceux-ci se trouvaient Daniel et ses compagnons. Ils y furent emmenés pour être instruits dans la sagesse et les lettres des chaldéens. Lorsque Daniel fut introduit au palais, il refusa de manger les mets qui lui était présentés. Ceux-ci provenaient pourtant de la table même du roi. Ce devaient être des mets des plus succulents. Mais les viandes ayant été préalablement présentées en offrandes aux idoles, Daniel ne pouvait se résoudre à introduire dans sa bouche une telle nourriture. Toute sa vie, Daniel se gardera de participer à ces festins de cour où le vin coule à flots et où l'orgie précède la consommation abondante de liqueurs et de vins (ceux-ci étant servis à la fin du repas). Le roi Nabucadnetsar donnera à Daniel le nom babylonien de Beltshatsar. Son petit-fils portera un jour un nom similaire au sien, Belshatsar. 

Avec ces jeunes gens, les babyloniens avaient ramenés les trésors du Temple. Beaucoup d'objets d'or et d'argent. Ces mêmes objets qui seraient utilisés par Belshatsar pour servir à son banquet. C'est ce même Daniel que l'on retrouve quelques soixante et quelques années plus tard, à la cour de Babylone, après en avoir été écarté. Daniel avait servi à la cour du roi Nabonide, le père de Belshatsar. Mais Nabonide était en campagne, parti guerroyer contre les Perses. Son fils assurait la présence royale sur le trône depuis la capitale. Belshatsar s'était entouré de ses proches tout en écartant peu à peu de la cour les plus fidèles serviteurs de son père. Le roi impie et ses convives vont donc boire dans les coupes qui servaient autrefois au Temple, et qui avaient été emmenées, lors de la déportation. Une forme de main va alors apparaître et se mettre à écrire sur le mur du palais*. La première personne qui l'a vue a dû s'écrier : "Regardez !". Tous les visages se sont alors tournés dans la direction d'où venait ce cri. Après que la main eut achevé d'écrire sur le mur, elle disparut, laissant tous les convives dans la consternation. Les inscriptions sur le murs sont là pour témoigner de la véracité de ce qui vient de se produire. La reine (la reine-mère, la mère de Belshatsar) ayant eu vent de ce qui venait de se produire, pénétra dans la salle du festin et s'adressa au roi. La reine lui parla de Daniel, que son grand-père avait autrefois élevé aux plus hautes fonctions du royaume, lui assurant que celui-ci serait en mesure de lui en donner l'interprétation. L'épouse de Nabonide (le père de Belshatsar) avait connu Daniel lorsque celui-ci était au service de son propre père, Nabucadnetsar. Elle le savait capable d'interpréter cette inscription.

Daniel avait été formé, dès son arrivée au palais, aux lettres et à la sagesse des Babyloniens. Il connaissait donc l'araméen, l'écriture cunéiforme, l'astronomie et bien d'autres choses. Il avait également été formé aux protocoles du palais. C'était un homme des plus instruit, connaissant probablement plusieurs langues. La reine-mère avait pu constater combien Daniel excellait dans la lecture et l'interprétation de textes difficiles. Il était l'homme dont son fils avait besoin. On le fit appeler. Mais Daniel, loin de voir cette opportunité de réintégrer les faveurs du pouvoir en place, va invectiver celui en qui il ne voit qu'un impie qui s'est servi des ustensiles du temple pour agrémenter son festin. Avant de donner au roi l'interprétation de l'inscription surnaturelle qui est demeurée sur le mur, Daniel rappelle à ce roitelet sans substance le sort qui échut autrefois à son grand-père quand l'orgueil lui fit perdre la raison. Il n'en perdit cependant pas la vie. La gravité de la faute de Belshatsar lui coûtera, à lui, bien plus. Daniel lui annonce que son royaume sera divisé et donné aux Mèdes et aux Perses. Belshatsar voit alors en Daniel un homme de stature spirituelle imposante. Il cherche à s'octroyer ses bonnes grâces en le couvrant d'ornements royaux. Pendant ce temps, les Mèdes sont déjà aux portes de la cité, s'introduisant dans la ville endormie, sûre de ses murailles. Darius pénétra dans le palais durant la nuit et trouva les convives du festin ivres de sommeil et de vin. "Cette nuit même, Belshatsar, roi des Chaldéens, fut tué et Darius le Mède s'empara du royaume" (Daniel 5:30, 31). Quelle fut la réaction de Darius lorsqu'il vit l'inscription sur le mur ? On peut imaginer le général mède, les poings sur les côtés, cherchant à comprendre cette étrange inscription sur le mur de ce palais désormais vidé de ceux qui, quelques heures plus tôt, festoyaient encore, insouciants de la menace qui pesaient sur eux.

Une partie seulement du livre de Daniel a été rédigée de sa main (à la première personne du Singulier), mais d'autres portions, plus tardives, ont été écrites à la fin de sa vie ou après sa mort. Peut-être par son propre secrétaire particulier. Il se peut que celui-ci ait été l'un de ses proches. Il écrit : "Darius trouva bon d'établir sur le royaume cent vingt satrapes qui devaient être dans tout le royaume. Il mit à leur tête trois chefs, au nombre desquels était Daniel" (Daniel 6:1). Daniel poursuivit ainsi sa carrière d'homme d'Etat à la cour de Darius le Mède. Carrière qui devait ensuite se poursuivre à la cour du roi Cyrus (Daniel 1:21 / 6:28 / 10:1). Daniel a alors dans les quatre-vingt trois ans. Lorsque Cyrus, roi de Perse, montera sur le trône de l'empire, une année plus tard, il fera restituer tous les ustensiles du Temple aux Judéens qui retourneront à Jérusalem pour y reconstruire le Temple (Esdras 1:7 à 11 / 5:14). Ces mêmes ustensiles dans lesquels le dernier des rois babyloniens avait bu, la nuit où il perdit la vie (Daniel 5:2, 3)

*Le thème de l'inscription sur le mur du palais est développé plus en détail dans l'article "J'ôterai le chandelier de sa place"
 

Quelques uns des ustensiles du Temple


La rencontre  

La reine-mère ayant fait connaître à son fils l'existence de cet homme sage qu'est Daniel, capable de résoudre des questions difficiles, celui-ci fut donc introduit dans la salle de banquet. L'attitude dédaigneuse du roi envers Daniel, qui ne voit en lui qu'un "captif de Juda" (Daniel 5:13), rendra la parole du vieil homme encore plus aiguisée. Le roi semble s'être remis de ses émotions. La terreur qui le frappait a été atténuée par les paroles rassurantes de sa mère. La relation entre la mère et le fils laisse d'ailleurs entrevoir, derrière les atours royaux, un homme-enfant immature. Daniel va répondre au roi après avoir décliné son offre de le couvrir de pourpre et d'or, qui ne sont, pour lui, qu'oripeaux d'apparat. Daniel porte, par dessus ses vêtements de cour,  le manteau des prophètes. 

Refusant les honneurs, il ne pourra cependant empêcher le roi de n'en faire qu'à sa tête (Daniel 5:16, 29). Le vieil homme commence par rappeler au petit-fils de Nabucadnetsar ce que fut le règne du grand monarque. Il rappelle sa chute, due à son arrogance démesurée (Daniel 5:20, 21 / Daniel 4). Belshatsar connait l'histoire de son grand-père (Daniel 5:22). Mais il n'en a tiré aucune leçon pour sa propre vie, ni pour l'exercice de son règne. Daniel ne donne pas tout de suite l'interprétation de l'écriture sur le mur. Il révèle tout d'abord la raison pour laquelle cette main est apparue. "Tu n'as pas glorifié le Dieu qui a dans sa main ton souffle (de vie) et toutes tes voies. C'est pourquoi il a envoyé cette extrémité de main qui a tracé cette écriture" (Daniel 5:23, 24). Belshatsar sait maintenant qui est l'auteur de ce prodige. Le Dieu de Daniel, celui-là même que révérait autrefois son grand-père (Daniel 4:3, 37). Daniel donne ensuite, et seulement alors, l'explication de l'écriture. La voix de Daniel n'a rien perdu de son assurance, malgré son grand âge. Elle a toujours autant de poids. Les paroles de Daniel auraient pu lui valoir d'être jeté en prison après un tel discours. Daniel dit en substance, au roi qui est devant lui : "Tu n'arrives même pas à la cheville de ton grand-père. Je vais cependant te répondre car cela te concerne directement et tu as besoin de savoir cela. C'est le Dieu que craignait ton grand-père qui te parle aujourd'hui à travers ces mots!". Mais quels sont ces mots ?...

L'écriture sur le mur 

"Voici l'écriture qui a été tracée : compté, compté, pesé, divisé" (verset 25), que Daniel interprète, en langue araméenne, par les mots "Méné, méné, tekel oufarsin". Plus littéralement : "pesé, pesé, léger, divisé". Et Daniel poursuit en disant : "Et voici l'explication de ces mots. Compté : Dieu a compté ton règne et y a mis fin. Pesé. Tu as été pesé dans la balance et tu as été trouvé léger. Divisé. Ton royaume sera divisé, et donné aux Mèdes et aux Perses" (versets 25 à 28). Il faut ici rappeler que le livre de Daniel a été rédigé en deux langues : en hébreu et en araméen. Le chapitre cinq qui relate ces événements a été rédigé en araméen. Mais est-ce dans cette langue que furent écrits ces mots ? Qu'a pensé Belshatsar en entendant ces paroles ? "Ouf ! Ce n'est que ça ? C'est pour plus tard ! Dans bien longtemps ! Cela ne se produira peut-être pas de mon vivant !". En tout cas, le roi tient parole. Il fait couvrir Daniel d'or et de pourpre, malgré la réticence de celui-ci (verset 17). Belshatsar ne semble, en tout cas, pas prendre toute la mesure de ce que vient de lui annoncer Daniel. Il est vrai que l'inscription, en elle-même, est assez laconique. elle pourrait être interprétée de diverses façons. Toute la cour est là, pendue aux lèvres du roi. Il lui faut tenir son rang. Montrer qu'il maîtrise la situation. Eviter la panique aussi, s'il lui venait un instant de prêter foi aux dires de ce mauvais augure. Mais que veulent vraiment dire ces mots ? Pourquoi personne n'a pu en donner l'explication au roi ? En quelle langue ces mots ont-ils été écrits ? Bien qu'un mystère demeurera peut-être pour toujours sur cette énigmatique inscription, on peut toutefois tenter de s'en approcher pour mieux en comprendre le sens.  

En quelle langue l'inscription sur le mur a-t-elle été écrite ? Bien que le texte biblique nous donne un vocabulaire araméen (méné teckel oufarsin), cette inscription n'a pu être rédigée dans cette langue. Si tel avait été le cas, les convives comme le roi n'auraient éprouvé aucune difficulté à la lire. Or, ils n'ont pas pu le faire. L'écriture a pu être rédigée en hébreu ou dans une autre langue. Si le texte était en hébreu, le roi et les sages l'ignoraient, sinon le roi n'aurait pas dit à cet "exilé de Juda" : "si tu peux lire l'écriture". Si, au contraire, le texte était rédigé dans une autre langue, la question du roi serait plus plausible. Mais le texte biblique ne donne aucune indication à ce sujet. Ce "silence" du texte fait pencher la balance en faveur d'une inscription en hébreu. L'auteur du livre de Daniel n'ayant pas jugé nécessaire de le préciser. Daniel a donc lu l'inscription, l'a traduite en araméen (langue parlée à la cour) et en a donné ensuite l'interprétation. Mais le roi stipule que les sages "n'ont pas pu donner l'explication des mots" (verset 15). Ce qui pourrait malgré tout laisser sous-entendre qu'ils ont pu la lire dans la langue où elle était rédigée sans pour autant en donner la signification. Mais cette hypothèse ne tient pas car si le roi avait été informé que l'écriture était en hébreu, il n'aurait pas demandé à Daniel, cet exilé juif, si celui-ci était en mesure de la lire. Cela lui aurait paru évident. Une étude attentive du texte laisse cependant planer un doute sur la langue et le mode d'écriture de cette inscription murale. Même si l'hébreu semble le plus probable, on ne peut l'affirmer de façon catégorique. Dans l'hypothèse où cette inscription aurait été rédigée dans une autre langue que l'hébreu, il faudrait envisager que celle-ci ait été écrite dans une langue que Daniel pouvait connaitre mais qui aurait été inconnue des sages de la cour. Il se peut que cette inscription ait été rédigée soit en vieux sumérien ou encore en akkadien, langues qui, étant encore d'usage à l'époque de Nabucadnetsar pour la lecture d'anciens documents, n'étaient plus ni étudiées ni pratiquées à l'époque de Belshatsar et ne pouvaient être comprises des sages de la cour. Mais cela reste une pure hypothèse. Un mystère demeure sur cette inscription. Tout comme ce fut le cas autrefois pour les convives du palais. 

Daniel va donc donner l'interprétation au roi. "Je lirai néanmoins l'écriture au roi, et je lui en donnerai l'explication". Daniel dit au roi : "Voici l'écriture qui a été tracée… et voici l'explication de ces mots" (versets 25, 26). Une question s'impose maintenant. Pourquoi l'écriture aurait-elle été rédigée dans une langue que personne, à part Daniel, ne pouvait comprendre et encore moins interpréter ? Peut-être, justement, pour que celui-ci soit réintroduit au palais pour délivrer le message que Dieu voulait donner au roi. Personne, dans l'entourage du roi, n'aurait osé s'adresser à lui comme Daniel l'a fait. Personne n'aurait osé lui rappeler l'épisode de la maladie de son grand-père, et encore moins en lien avec cette inscription. Personne n'aurait osé dire au roi que son règne allait prendre fin et que son royaume passerait aux mains des Mèdes et des Perses. Le seul qui pouvait avoir le courage de cela, c'était Daniel. Ce qui permet de s'interroger sur la raison de la présence de cette main, de cette écriture sur le mur du palais. Tout cela ne s'est-il pas produit pour que Daniel puisse être à nouveau admis en présence du roi afin de lui délivrer un message qu'il était le seul à pouvoir lui apporter ? Cela semble fort probable.

Mais quelle peut bien être la signification de cette écriture ?

Compté, compté, pesé, divisé  

A la vue de cette inscription, la réaction du roi est d'offrir une forte récompense à qui sera en mesure de lui en donner l'explication. De quoi rameuter, dans la salle du palais, tout ce que celui-ci contient d'astrologues, de chaldéens et de toutes sortes de devins en tous genres. Cependant, on imagine mal Daniel en bon opportuniste, se précipitant en disant : "Moi j'en suis capable !". La perspective de retrouver ses fonctions et sa place au Conseil royal ne le fera pas bouger d'un pouce. N'était-ce déjà pas, pour celui qui l'en avait peut-être évincé, une douleur amère que de devoir s'en remettre à lui ? Mais le roi a promis de revêtir de pourpre et d'or celui qui lui donnera l'explication de cette étrange inscription qui fait maintenant l'objet de la curiosité générale. Bien que son attitude à l'égard de Daniel soit proche de la condescendance, il lui faudra cependant honorer l'engagement qu'il a pris devant sa cour et ce, malgré la réticence du principal intéressé. Et Daniel dit au roi : "Je lirai néanmoins l'écriture au roi, et je lui en donnerai l'explication" (Daniel 5:7, 16, 17)

"Voici l'écriture qui a été tracée : Compté, compté, pesé et divisé. Et voici l'explication de ces mots" (versets 25, 26)"Voici l'écriture qui a été tracée (resham en araméen)". "Resham" est un mot qui n'est utilisé que dans le livre de Daniel. Il signifie "écrire, graver une inscription (dans la pierre)" mais il désigne également le fait de "promulguer un décret" (Daniel 6:9, 10, 12). Ici, en l'occurrence, la destitution du pouvoir royal. Ce que confirme le mot précédent. 

"Voici l'écriture (kethab) qui a été tracée…". "Kethab", c'est "une écriture, un écrit, une inscription". Ce peut être également "un décret irrévocable"Ainsi, l'interprétation que va donner Daniel équivaut à un "décret divin" qui ne pourra être ni reculé, ni révoqué. C'est un "arrêté". Mais que dit-il ?

"Compté, compté (mene mene) : Dieu a compté ton règne et y a mis fin" (verset 26). "Mene" désigne une mesure de poids (la mine), l'équivalent de cinquante sicles. "Mene" vient de cet autre mot araméen "mena"qui signifie "compter, désigner, nommer". Le roi a été "nommé et désigné par décret divin". Il est généralement utilisé pour désigner le fait "d'établir ou de destituer une autorité" (Esdras 7:25, Daniel 2:24, 49 / 3:12). Daniel dit au roi : "Dieu a compté ton règne et y a mis fin" (Daniel 5:26). On peut comprendre cela de deux façons. La première est que le règne de Belshatsar devait durer un certain temps, et ce temps est arrivé à son terme. Les "temps arrêtés" de Dieu sont généralement comptés "au jour près". D'où la finalité : "cette même nuit, Belshatsar, roi des Chaldéens, fut tué" (verset 30). La seconde interprétation (qui est développée dans le mot suivant) est que ce règne fut trouvé "léger". Comme l'on dit d'une personne superficielle, sans consistance. A l'inverse, on parlera d'un "argument de poids" pour désigner par exemple une argumentation solide. On retrouve cette notion de "mesure de poids". Le mot est répété : "compté, compté". En langage courant on dirait "compté et recompté". Le règne de ce monarque de chiffon a été soupesé, estimé, évalué. Le bilan est pauvre, décevant. Les dispositions à prendre doivent être radicales. Il doit être destitué. Il aurait put ne connaître que la destitution, mais il s'était rendu coupable d'un crime de lèse-majesté. Car il a offensé le Roi des rois dont il n'était finalement que le sujet. Pour avoir été un mauvais intendant du royaume qui lui avait été confié, il sera destitué. Pour avoir commis un crime de lèse-majesté, il subira la peine capitale de la main même de celui qui le remplacera sur le trône. Cette dernière sentence ne faisait cependant pas partie du projet divin. Elle n'est que la conséquence de sa destitution. Cependant, il se peut qu'une attitude révérencieuse à l'égard du Dieu Tout-Puissant, tout au moins une repentance sincère suite aux paroles de Daniel, lui aurait certainement  épargné une fin si tragique. Mais il conserva, jusqu'à la fin, son attitude arrogante. Comme le dira bien plus tard l'apôtre Paul, parlant de "faux ministres du culte" : "leur fin sera selon leurs œuvres' (2 Corinthiens 11:15).   

"Pesé" (teqel). "Teqal" signifie "peser, être pesé" et équivaut également à une unité de poids : le sicle, l'équivalent d'une douzaine de grammes. Ce mot est l'équivalent de "shaqal*" : "peser, soupeser, payer, évaluer le prix d'une chose ou d'une personne**". La valeur d'une chose était estimée par rapport au poids du métal utilisé pour la transaction (Esdras 8:25). L'argent ou l'or était alors "pesé". Le fait que le poids d'une personne puisse être estimé en fonction de sa valeur morale est déjà présent du temps des Patriarches. Job dira : "Que Dieu me pèse (shaqal) dans des balances justes et il reconnaîtra mon intégrité" (Job 31:6). Pour le roi de Babylone, l'examen a tourné à sa défaveur, et aura des conséquences dramatiques. Il n'avait d'ailleurs pas su apprécier Daniel à sa juste valeur lorsqu'il le considéra tout au plus comme un "captif de Juda", sachant pertinemment qui il était et les fonctions qu'il avait occupées au palais. Son dédain était à la mesure de sa fatuité. "Pesé : tu as été pesé dans la balance et tu as été trouvé léger" (Daniel 5:27).

Esaïe dira à son tour : "Ton cœur se souviendra de la terreur. Où est le secrétaire ? Où est le trésorier (shaqal) ?" (Esaïe 33:18). La "terreur" avait frappé le roi lorsqu'il vit la main écrire sur le mur (Daniel 5:6, 9). Le roi s'est trouvé lui aussi, bien qu'à son insu, dans la balance. Ce n'est, une fois de plus, qu'une hypothèse, mais peut-on envisager que l'utilisation de faux poids était d'usage au palais ? La loi divine condamnait, en effet, cet usage (Deutéronome 25:13 à 16). Même si le roi de Babylone n'était pas censé se soumettre à cette loi en tant que souverain d'empire "païen", il était tenu cependant de la pratiquer en tant que sujet du Roi des rois (Michée 4:2). La loi divine interdisait "l'acception de personne", le favoritisme et la pratique frauduleuse de l'illégalité (Lévitique 19:15). Allant jusqu'à "vendre le pauvre pour de l'argent" (Amos 8:5, 6)"Y a-t-il, dans la maison du méchant, des trésors iniques, et un épha (unité de mesure de volume) trop petit, objet de malédiction ? Est-on pur avec des balances fausses ? Et avec de faux poids dans le sac ? Ses riches sont pleins de violence, ses habitants profèrent le mensonge. C'est pourquoi je te frapperai par la souffrance, je te ravagerai à cause de tes péchés" (Michée 6:10 à 13). Le roi et sa cour s'étaient-ils rendus coupables de tels méfaits ? On les en croit facilement capables. Dans ce cas, le message qui lui est adressé serait de circonstance. Si tel est le cas, le manteau de pourpre et le collier d'or pourraient même être interprétés comme une manœuvre de séduction ou même une tentative de corruption afin de s'acheter les bonnes grâces de celui qui mettait en lumière ces pratiques frauduleuses. C'était bien mal connaître Daniel.  

Cette notion de "peser" la valeur morale d'un individu se retrouve également dans la mythologie égyptienne. Le dieu Anubis étant chargé de peser l'âme du défunt pour déterminer sa destinée éternelle. Sa gestion désastreuse du royaume vaut à Belshatsar la destitution. Les conséquences de celle-ci lui coûteront la vie. Pour le Dieu des cieux, les âmes des hommes sont pesées, d'ores et déjà, de leur vivant. Comme dit Job : "Eh quoi ! L'impie est d'un poids léger sur la face des eaux, il n'a, sur la terre, qu'une part maudite" (Job 24:18). Le prophète Nahum, s'adressant à Ninive, dira quelque chose qui pourrait également s'appliquer au roi de Babylone : "Voici ce qu'a ordonné sur toi l'Eternel : tu n'auras plus de descendants qui portent ton nom, je préparerai ton sépulcre car tu es trop léger" (Nahum 1:14). Belshatsar sera effectivement le dernier roi babylonien à régner avant que le pouvoir ne passe aux Mèdes.  

 "Et divisé" (oufarsin). Le mot "peras" (Daniel 5:25, 28), l'équivalent de "paras", signifie "coupé en deux parties". C'est également une mesure de poids équivalent à une demi mine. Le sens en est donné par Daniel : "Ton royaume sera divisé et donné aux Mèdes et aux Perses" (verset 28). Le mot "peras" s'écrit, en hébreu, avec les lettres pé resh samech (P R S). Mot très semblable à celui de "Parsi" (Perse) qui s'écrit, lui, pé resh samech iod (P R S I). Ce qui forme visiblement un jeu de mots. Chose intéressante, le royaume de Babylone sera divisé en deux, partagé entre les Mèdes et les Perses. Par après, le royaume de Médie sera absorbé par l'empire Perse qui sera ainsi totalement unifié. Or, dans ce jeu de mots, seul le mot "Perse" est mentionné. Celui qui demeurera au final. Comme si le texte allait au delà de la division du royaume de Babylone, jetant un regard sur un avenir plus lointain où seul l'empire Perse subsistera. 
 

Gypaète Barbu


Autre chose : le mot initial "peras" désigne également, en hébreu, un oiseau de la famille des vautours dont l'apparence est plutôt semblable à celle de l'aigle, le gypaète barbu. Il fait en effet partie de ce type de vautour dont aucune partie du corps n'est dénudée, ce qui le fait ressembler fortement à un aigle. Cette race de volatile est particulièrement présente en Asie centrale, région alors en partie couverte par l'empire Perse. Le mot "vautour" ("orfraie", mentionné en Lévitique 11:13 et Deutéronome 14:12, 13) se dit d'ailleurs "peres" (et s'écrit P R S). Le vautour se nourrit de carcasses d'animaux morts. Par cette référence au monde animal, l'auteur souligne par un subtil jeu de mots, le fait que les Mèdes et les Perses se soient partagé un empire à l'agonie. Sa ressemblance avec l'aigle souligne le fait que ce dernier fond sur sa proie. Mais le caractère allusif ne s'arrête pas là.  

Le vautour est considéré comme un animal impur. Il fait partie des oiseaux dont la consommation est impropre à l'homme. Tout comme le sont les reptiles et d'autres animaux. Pour qu'un animal puisse être comestible selon la loi thoraïque, il fallait qu'il soit ruminant, qu'il ait "le pied fourchu et le sabot fendu (Lévitique 11:2, 3). Or, l'expression "sabot fendu" se dit "mapreset parsah", ce qui s'écrit : mêm pé resh samech tav (P R S T) pé resh samech hé (P R S H)" Quel est le message que sous-tend cette allusion ? Tout simplement que le peuple de Daniel ne serait nullement impliqué dans ce "coup d'Etat", mais également que celui-ci n'en retirerait aucune part. Il n'y sera pas impliqué et il n'en tirera ni gain, ni avantage, ni bénéfice. Même si Daniel avait donné au roi Nabucadnetsar l'explication du songe (Daniel 2), ni lui ni aucun membre de son peuple n'y serait en quoi que ce soit, impliqué. Le peuple juif a souvent été accusé, au travers des siècles, de conspirations en tous genres. Mais les affaires des nations sont gérées par les nations et supervisées par le Dieu Très-Haut. 

* Pour faire un jeu de mots facile, il n'y a que dans cette langue que le poids d'un teckel peut être considéré comme l'équivalent de celui d'un chacal. 

** Un document ancien (Lévitique 27:1 à 8) mentionne la valeur d'un individu, de l'âge d'un mois à celui de soixante ans et plus. Un garçon de cinq ans vaut cinq sicles. Au même âge, la fille en vaut trois. De cinq à vingt ans, l'homme vaut vingt sicles. De vingt à soixante, l'homme vaut cinquante sicles. Au delà de soixante, sa valeur diminue à quinze sicles (André Chouraqui, "La vie quotidienne des hommes de la Bible", p. 25). A la lecture de ce tableau, on comprend que le "poids" attribué à Belshatsar ait été trouvé "léger". 

Une fin peu glorieuse  

"Maintenant, je livre tous ces pays entre les mains de Nabucadnetsar, roi de Babylone, mon serviteur… toutes les nations lui seront soumises, à lui, à son fils, et au fils de son fils jusqu'à ce que le temps de son pays arrive, et que des nations puissantes et de grands rois l'asservissent" (Jérémie 27:7).

Daniel avait promis de donner au roi l'explication, non sans lui avoir préalablement conté le récit d'un épisode particulier de la vie de son grand-père (Daniel 5:18 à 21). Ce qui l'amena à reprocher au roi Belshatsar de n'avoir pas fait ce que fit celui-ci : s'humilier devant Dieu (verset 22, 23). Et c'est seulement après avoir dit cela que Daniel allait enfin donner l'interprétation de l'écriture, pour conclure : "ton royaume sera divisé et donné aux Mèdes et aux Perses" (verset 28). Un tel discours a dû jeter un grand froid dans la salle. tout le monde devait s'attendre à ce que le roi entre dans une colère noire et condamne sur le champ Daniel aux pires supplices. Mais quelque chose de particulier se produisit. Belshatsar ne s'en offusqua pas. Pourrait-on dire qu'il fut rassuré, soulagé ? La cour respira à nouveau. Daniel se laissa couvrir du manteau et de l'or. Il regarda le roi et se dit : "Il n'a rien compris !". Il se peut également que Daniel, sachant ce qu'il avait à dire au roi, a pu croire sa dernière heure venue. Ou tout au moins, pouvait-il l'envisager lorsque s'accomplirait ce qu'il lui avait prédit. Daniel savait que la réalisation était imminente. Les premières rumeurs se firent alors entendre dans les couloirs du palais. Les portes s'ouvrirent brutalement, laissant pénétrer les soldats Mèdes au grand désarroi des convives assemblés, de la cour et du roi. Cette nuit là, une prophétie de Jérémie devait aboutir à son terme. "Toutes les nations lui seront soumises à lui (Nabucadnetsar), à son fils (Nabonide) et au fils de son fils (Belshatsar) jusqu'à ce que le temps de son pays arrive (la nuit où la main se mit à écrire sur le mur du palais), et que des nations puissantes (les Mèdes et les Perses) et de grands rois (Darius et Cyrus) l'asservissent" (Jérémie 27:7). 

Né pour régner

"Et Darius le Mède s'empara du royaume, étant âgé de soixante-deux ans" (Daniel 5:31). Cette petite phrase qui clôture cet épisode du livre de Daniel contient une information. Darius avait soixante-deux ans lorsqu'il prit le pouvoir à Babylone, en l'an 539 avant notre ère. Nabucadnetsar avait déjà fait ériger la statue d'or dans la plaine de Duwra pour pérenniser son règne lorsque naquit Darius, quelque part dans une lointaine province de son empire, quelques années après que le jeune Daniel ait été déporté à Babylone. L'accomplissement de la parole prophétique était en marche. Nabucadnetsar en avait été averti à l'avance. Rien ne pourrait la contrer. "Cette même nuit, Belshatsar, roi des Chaldéens, fut tué. Et Darius le Mède s'empara du royaume" (Daniel 5:30, 31). Cette nuit-là, la tête d'or" venait de tomber. Un empire succédait à un autre. Il n'était déjà plus qu'un buste aux bras d'argent. 
 

JiDé

Daniel : le dernier festin (chapitre 5)
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