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Daniel : un exil programmé (Chapitre 1)

Incendie du temple et de la ville de Jérusalem

Incendie du temple et de la ville de Jérusalem

L'évocation du livre de Daniel fait généralement penser à la prédiction d'événements devant se produire dans "les temps de la fin". Pour le lecteur qui en connait un peu le contenu, des épisodes comme le songe de la statue par le roi de Babylone vient tout de suite à l'esprit. Les quatre bêtes, la confrontation des empires, la main qui écrit sur le mur du palais, la folie du roi de Babylone, la fournaise, la fosse aux lions, entre autres, sont les "temps forts" du livre. La littérature dite "apocalyptique" (à laquelle appartient le livre de Daniel) revêt généralement une sorte d'intemporalité dont elle a du mal à se départir. Au vu d'une lecture superficielle, le contenu semble se détacher de tout contexte historique, comme s'il n'appartenait pas à l'Histoire. Cependant, ses auteurs, comme le contenu de leurs ouvrages, s'inscrivent bel et bien dans un continuum historique, politique, culturel et géographique. Dans la plupart des Bibles, il est fait mention de "Babylone". Ce mot est en réalité la forme hellénisée de son véritable nom : Babel. Ce furent les Grecs qui rebaptisèrent ainsi la ville mésopotamienne lors de sa conquête par les armées d'Alexandre. L'usage du mot grec "Babylone" vient de la traduction dite "des Septante" (traduction de l'Ancien Testament de l'hébreu en grec). Le texte original du livre de Daniel mentionne cependant bien le mot "Babel", et non "Babylone". Ainsi, Babylone n'est autre que la Babel dont fait mention le livre de la Genèse (Genèse 11:9), reliant ainsi directement les deux récits de manière historique et géographique. Par commodité, j'utiliserai cependant ici le vocable de "Babylone".  

Qui l'a écrit ?

Il est un détail qui peut passer inaperçu pour celui qui n'y prend pas garde, c'est le mode narratif. En effet, le livre de Daniel est tantôt écrit à la première personne (4:8 ; 7:15 ; 8:1, 15 ; 9:2 ; 10:2, 7 ; 12:5), tantôt à la troisième (chapitre 1 ; 2:14 ; 4:19 ; 6:3 ; 7:1 ; 10:1), ce qui introduit un deuxième narrateur, outre Daniel lui-même. On constatera également que le chapitrage ne suit pas un ordre chronologique : la fin du règne de Belshatsar est racontée au chapitre cinq, alors que les première et troisième années de son règne sont contées aux chapitres 7 et 8. Ceux-ci étant précédés du chapitre six qui mentionne la première année de règne du roi Mède Darius. Le livre de Daniel est donc un assemblage composite de différents récits dont Daniel n'est pas toujours l'auteur. Il se peut fort bien que ce rédacteur ait été le secrétaire attitré de Daniel. Celui-ci occupant de hautes fonctions d'Etat, il est fort probable qu'il ait pu disposer d'un secrétaire particulier pour rédiger son courrier. Le prophète Jérémie disposait lui-même d'un secrétaire dont le texte biblique nous dépeint le dévouement : Baruch. Ainsi, il est écrit : "La quatrième année de Jojakim, roi de Juda, fils de Josias, roi de Juda, cette parole fut adressée à Jérémie de la part de l'Eternel en ces mots : Prends un livre et tu y écriras toutes les paroles que je t'ai dites… depuis le jour où je t'ai parlé jusqu'à ce jour… Jérémie appela Baruch, fils de Nérija, et Baruch écrivit dans un livre, sous la dictée de Jérémie, toutes les paroles que l'Eternel avait dites à Jérémie" (Jérémie 36:1, 2, 4, 32).

Il se peut également que, vu son grand âge, Daniel ait choisi de faire appel à un secrétaire pour rédiger, sous sa dictée, le récit des événements dont il fut témoin. C'est probablement le cas pour la dernière section (chapitre 10 à 12). L'introduction du chapitre 10 est à la troisième personne, puis le récit se poursuit à la première. Le rédacteur a donc reproduit les paroles même de Daniel en les introduisant par une note personnelle (verset 1). Il se peut également qu'une partie du livre de Daniel soit une œuvre posthume. Le rédacteur ayant rédigé le récit de certains événements après le décès de Daniel, se basant pour cela sur des écrits de sa main, comme il peut également les avoir rédigés de mémoire. Cette rédaction "à quatre mains" démontre une connivence entre Daniel et son secrétaire qui perpétue, en quelque sorte, son œuvre.

La similarité avec le duo Jérémie/Baruch montre un aspect du ministère prophétique auquel on prête généralement peu d'attention. Il est pourtant d'une importance considérable, quoique Daniel ne soit pas, à proprement parler, un "prophète" dans le sens où on l'entend généralement (la mission principale du prophète hébreu est d'inciter le peuple à se détourner de son péché et à revenir à son Dieu), mais plutôt comme un Sage d'Israël. Son livre n'est d'ailleurs pas classé, dans le Canon hébraïque, parmi les "Prophètes" (Nevi'im), mais parmi les "Ecrits" (Ketouvîm). Cette collaboration entre auteur et rédacteur démontre ainsi un aspect parfois méconnu de ce ministère qui allie l'activité scripturaire, la rédaction de l'histoire des nations et la délivrance du message divin. 

Un détail qui fait date

Pourquoi Daniel est-il à Babylone ? Quels sont les événements qui l'y ont conduit ? Et pourquoi à cette époque plutôt qu'à une autre ? Cette déportation est-elle la résultante d'événements survenus antérieurement ? Mais alors, lesquels ? Et finalement, dans quelle mesure pourrait-on transposer le parcours de Daniel et de ses compagnons à notre époque ? C'est à ces questions que je vais essayer de répondre, textes à l'appui. Car les Ecritures nous en donnent les réponses.

Pour aller à la rencontre de ce récit, il nous faut commencer par la première information que nous donne le texte, dans l'introduction du livre. "La troisième année du règne de Jojakim" (Daniel 1:1). C'est un détail sur lequel la plupart des lecteurs du livre de Daniel passent généralement. Pourtant, elle démontre, de la part de l'auteur, le désir de dater ce livre. De l'inscrire dans un cadre géopolitique et ce, de la façon la plus classique qui soit : en mentionnant le nom du roi qui régnait à cette époque sur la Judée, Jojakim. Ignorer volontairement la dimension historique du livre de Daniel, c'est se priver des repères nécessaires à sa compréhension. La présence de Daniel à Babylone s'inscrit dans une suite d'événements survenus dans l'histoire du peuple hébreu. Ce sont même ces événements qui vont déterminer le contenu de son intercession au chapitre 9. Daniel est de sang royal et lorsqu'il parlera du "péché de ses pères", il fera référence à l'idolâtrie invétérée de la maison royale de Juda. Cette même idolâtrie qui aura pour conséquence la déportation de la nation de Juda par le roi de Babylone. Le récit du livre de Daniel débute en l'an -605 avant notre ère, lors de la première déportation. Deux autres suivront. En l'an -586, Nabucadnetsar se déplacera en personne. Il fera incendier la ville de Jérusalem et son temple. Un long exil de soixante-dix années allait commencer. 

Soixante-dix ans, c'est également à peu près le temps que vécut Daniel en exil. Il a environ dix-sept ans lorsqu'il est déporté. Daniel va servir à la cour de Babylone pendant plus de soixante ans. A la cour de Nabucadnetsar, tout d'abord, et à celle de ses quatre successeurs ensuite. Le livre des Chroniques en fait rapidement mention (2 Chroniques 36:20). En l'an -539, Darius le Mède entre dans Babylone. Un basculement s'opère. C'est la fin de l'empire babylonien. Le chapitre 5 nous relate la dernière nuit de Belshatsar, le dernier roi de Babylone, à qui Daniel vient d'annoncer sa fin toute proche. Daniel a alors plus de quatre-vingt ans. Il poursuivra sa carrière de haut dignitaire d'Etat à la cour de Darius. On le retrouvera, à la fin de sa vie, à la cour du roi Cyrus de Perse. Le récit de la vie de Daniel couvre donc presque soixante-dix années de son existence, qu'il achèvera d'ailleurs en exil. Probablement à Suse, au palais de Cyrus. Les événements relatés dans son livre couvrent, eux, une période beaucoup plus longue. 

Si l'on veut aborder le livre de Daniel dans sa temporalité, on pourrait le concevoir de trois façons. La première, d'un point de vue purement contextuel qui va de "La troisième année du règne de Jojakim, roi de Juda" (Daniel 1:1) et l'arrivée de Daniel et de ses compagnons au palais du roi de Babylone, jusqu'à ce vingt-quatrième jour du mois de Nisan de "la troisième année de Cyrus, roi de Perse, le vingt-quatrième jour du premier mois" (Daniel 10:1, 4), date de réception de sa dernière vision.   
 

Roi de Babylone avec son armée

On pourrait concevoir la seconde d'un point de vue historique. Le récit débuterait lors du siège de Jérusalem par l'armée babylonienne. Daniel est encore au palais, là où il a grandi. Des remparts, il peut voir les armées ennemies encercler la ville. Jérusalem est conquise. S'ensuit la déportation des nobles et des notables à Babylone, parmi lesquels se trouvent Daniel et ses compagnons. Le récit nous rapporte l'introduction de Daniel et de ses trois amis à la cour. Leur formation et leur prise de position face à certains choix. La période intermédiaire entre Nabucadnetsar et son petit-fils Belshatsar n'est pas mentionnée dans son livre. Il n'y est fait mention que de ces deux rois. C'est l'Histoire qui nous permet de reconstituer les différentes étapes de cette période. Vient ensuite la "période Médo-Perse". Darius ayant conquis Babylone, il fait mettre à mort le roi Belshatsar, le dernier de cette dynastie, et il monte sur le trône de Babylone. Par la lecture du livre du prophète Jérémie, Daniel prend conscience qu'une période déterminée de soixante-dix ans arrive à son terme. Le temps de l'exil va bientôt prendre fin. Daniel achèvera sa vie, non pas à Babylone, mais au palais de Cyrus, aux abords du fleuve Hiddékhel . Il y fait la rencontre d'un ange qui lui délivre un message. Celui-ci lui annonce la fin prochaine de l'empire Perse. Quatre rois perses devront encore se succéder sur le trône avant de passer la main à un autre empire. A l'époque de Daniel, celui-ci n'existe pas encore. Mais Daniel sait qu'il correspond aux jambes de fer et aux pieds de fer et d'argile de la statue qu'avait vue autrefois Nabucadnetsar dans un songe.

La troisième approche serait, elle, prophétique et eschatologique. Celle-ci est plus fragmentée mais elle comporte quelques unes des pièces maîtresses du puzzle que constituent les différents éléments du livre de Daniel. On en trouve une première partie dans le songe du chapitre 2 (Daniel 2:34, 35). La chute de la pierre qui détruit la statue et qui symbolise l'établissement du Royaume de Dieu sur la Terre. La deuxième partie se trouve au chapitre 7 (Daniel 7:9 à 14) qui se conclut également par l'établissement du règne du Messie (verset 14). Dans le chapitre 2, cela se concluait par la destruction des empires humains. Dans le chapitre 7, la scène se produit dans les lieux célestes. Il s'agit plutôt d'une intronisation. A la fin du chapitre 11, on assiste à une scène qui pourrait se dérouler autant d'un point de vue historique qu'eschatologique (les deux pouvant d'ailleurs se superposer - Daniel 11:21 à 45). Le personnage principal pouvant être identifié comme étant à la fois le grec Antiochus Epiphane, mais également l'Antéchrist (dont le premier était d'ailleurs l'archétype).

Le texte de Daniel fait également mention de la résurrection des morts aux temps de la fin (Daniel 12:2, 3), ainsi que des récompenses qui seront attribuées pour le service effectué sur la Terre (Daniel 12:3, 13). C'est alors que sera définitivement tranché le sort éternel de tout homme ayant vécu ici-bas (Daniel 12:2). Le chapitre 12 ne cesse de transiter d'une époque à l'autre. Celles-ci se recouvrant comme par tranches superposées, passant de l'époque de la destruction du Temple de Jérusalem (versets 1, 11) à l'époque où sévira l'antéchrist (versets 7 à 12). Le chapitre 11 décrit la transition entre l'empire grec durant la période intertestamentaire et l'empire romain, mais le récit de l'ange pourrait tout aussi bien correspondre à la description d'événements qui nous sont aujourd'hui contemporains. Jusqu'à ce jour, pas tellement éloigné, du 21 Mars 1935, l'Iran portait encore le nom de "Perse". L'influence de ce pays sur l'échiquier mondial actuel peut laisser penser que le livre de Daniel est encore aujourd'hui d'une brûlante actualité. 

Un saut dans le temps  

Les nombres mentionnés dans ces textes (Daniel 12:11, 12) nous font faire un saut dans le temps jusqu'à la venue du Massiah, jusqu'au temps de l'incarnation du Seigneur Jésus-Christ, et probablement beaucoup plus loin encore. J'ai mentionné plus haut le fait que le livre de Daniel commence par citer le nom de celui qui régnait alors à Jérusalem, le roi Jojakim. Mais pour comprendre le déroulement des événement qui vont suivre, il nous faut remonter le temps jusqu'au règne de l'un des plus idolâtres, des plus cruels de tous les rois de Judée, Manassé. Car celui-ci est en réalité à l'origine du siège que subit, ce jour-là, Jérusalem.  Lorsque les armées de Nabucadnetsar commencent le siège de la cité sainte, Daniel est un jeune adolescent et, en tant que prince de sang royal, il vit au palais. A-t-il craint pour sa vie lorsqu'il a vu les troupes ennemies se poster tout autour de la ville ? Il a entendu parler de la cruauté des Babyloniens, de leurs façons de traiter les prisonniers (quand ils en font).

Malgré son jeune âge, Daniel a développé une foi véritable, mais également un caractère entier ainsi qu'une profonde intégrité morale. Il ne se départira jamais de celles-ci malgré les circonstances dont il sera bientôt victime. Mais ce ne sont pas là ses seules qualités. Le texte nous dit que Daniel et ses compagnons étaient "de sang royal et de familles nobles, jeunes garçons sans défaut corporel, beaux de figure, doués de sagesse, d'intelligence, d'instruction, capables de servir dans le palais du roi" (Daniel 1:3, 4). "Sans défaut corporel". De telles exigences quant à l'aspect physique tout au moins, étaient également de mise pour le service du Tabernacle (Lévitique 21:17 à 21). Absalom, le fils du roi David, aurait très bien convenu aux exigences du roi de Babylone (2 Samuel 14:25). Leur statut, ainsi que ces qualités, qui furent remarquées par "Aschpenaz, le chef des eunuques (sarisîm)", permirent à Daniel et à ses compagnons de bénéficier d'un régime de faveur, en comparaison d'autres déportés qui ne connurent pas les mêmes avantages. 

Les eunuques  

Avant de poursuivre, il me faut m'arrêter quelques instants sur l'identité de ces fameux "eunuques (sarisîm)",  car la présence de ceux-ci peut susciter une interrogation tout à fait légitime. On trouve ces sarisîm autant à la cour de Babylone qu'à celle de Perse (Esther 1:10), et même de Judée (2 Rois 25:19) ou d'Egypte comme "Potiphar, le chef des gardes" (Genèse 37:36). Le titre de "saris" ne désigne pas forcément un eunuque dans le sens où on l'entend généralement (une personne émasculée) mais plutôt un officier supérieur ayant "sous son commandement des hommes de guerre" (2 Rois 25:19 / Jérémie 52:25). Certains, comme Hégé ou Schaaschaz, l'étaient véritablement (Esther 2:3, 14). D'autres, comme Potiphar, avaient femme et enfants, comme le sous-entend la mention de "maison" (Genèse 39:1 à 7). Le terme "d'eunuque" ne doit donc pas être pris au sens usuel mais plutôt comme la désignation d'un titre, d'un grade élevé désignant une position de haute autorité. C'est le cas d'Aschpenaz, détaché au service de Daniel et de ses compagnons. Je ferme ici la parenthèse.

Revenons à Daniel. Celui-ci, des fenêtres du palais à Jérusalem, peut voir les armées babyloniennes installer leurs tentes tout autour de la ville. Peut-être a-t-il pensé à ces paroles prononcées autrefois par le prophète Esaïe à son aïeul Ezéchias : "Ecoute la parole de l'Eternel des armées ! Voici, les temps viendront où l'on emportera à Babylone tout ce qui est dans ta maison et ce que tes pères ont amassé jusqu'à ce jour, il n'en restera rien, dit l'Eternel. Et l'on prendra de tes fils, qui seront sortis de toi, et que tu auras engendrés, pour en faire des eunuques dans le palais du roi de Babylone" (Esaïe 39:7 / 2 Rois 20:18). Ezéchias, qui dut trouver que cette sentence ne le concernait pas directement, répondit à Esaïe : "La parole de l'Eternel que tu as prononcée est bonne car, ajouta-t-il, il y aura paix et sécurité pendant ma vie" (Esaïe 39:8). Ezéchias mourut de sa belle mort. "Ezéchias se coucha avec ses pères, et Manassé son fils, régna à sa place" (2 Rois 20:21).

De réformes en jugement  

Manassé fut à la fois le roi le plus abominable et le plus idolâtre que Juda ait jamais connu. Son règne fut également le plus long puisqu'il régna cinquante-cinq ans à Jérusalem (2 Rois 21:1). Le fait que le nom de sa mère, Hephtsiba, soit mentionné, peut laisser supposer qu'elle joua un rôle certain dans la gouvernance du pays, peut-être au travers d'une corégence, et de par l'influence qu'elle dût exercer sur son fils. Influence néfaste d'une mère dominatrice sur un enfant à peine pubère. Son nom signifie "Mon plaisir en elle". La couronne pesait bien lourd sur la tête de ce tout jeune enfant. Sa mère se fit certainement un plaisir de le soulager de ce poids, ainsi que de celui de la gouvernance du pays qui se remplit ainsi de pratiques idolâtres et de violence. Hephtsiba (mon plaisir en elle). Ce nom sera donné à la ville de Jérusalem par le prophète Esaïe (Esaïe 62:4). Si la mère du roi Manassé avait joué de son influence pour remplir la capitale de la Judée de toutes sortes d'idolâtries et de violence, Dieu prendra encore plaisir dans la ville qu'il a choisie pour y faire résider Son Nom.  
 

Manassé, emmené en captivité par les Assyriens


Le règne de Manassé dura donc plus d'un demi-siècle. Un demi-siècle pendant lequel il multiplia les abominations aux yeux de l'Eternel. Fait prisonnier par les Assyriens, il fut conduit à Babylone où il vécut, dans sa prison, une profonde repentance (2 Chroniques 33:11 à 13). Revenu à Jérusalem, il entama une grande réforme (2 Chroniques 33:13 à 16). Il mourut paisiblement et son fils Amon devint roi à son tour (2 Chroniques 33:21). Amon réinstaura l'idolâtrie dans le pays mais fut assassiné par des conspirateurs deux ans plus tard (2 Chroniques 33:22 à 24). Son fils Josias monta alors sur le trône de Juda. "Josias avait huit ans quand il devint roi et régna trente et un ans à Jérusalem" (2 Chroniques 34:1). Si Josias avait huit ans lorsqu'il est monté sur le trône, son père Amon en avait vingt-quatre lorsqu'il est mort (2 Chroniques 33:24). Amon avait donc seize ans à la naissance de son fils. Il est donc possible que Josias était "un enfant naturel**" et non le fruit d'un mariage royal. Il est intéressant, à ce propos, de le comparer au roi David (Un article de ce blog est consacré à ce grand roi qui fut probablement, lui aussi, un enfant naturel : "David, né dans l'iniquité"). Cela peut ne paraître qu'un détail, mais qui nous informe sur la conception de la légitimité à l'accession au trône d'un fils de roi. 

Josias fut un vrai réformateur, un authentique homme de Dieu. Il réinstaura la fête de Pessah (la Pâque) qui n'était probablement plus pratiquée depuis plus d'un demi-siècle. Le sacrificateur Hilkija redécouvrit la Thora de Moïse dans le trésor du Temple (2 Chroniques 34:14 à 18). Sa lecture fit l'effet d'une bombe (2 Chroniques 34:19). Hilkija alla alors consulter une prophétesse, épouse d'un lévite qui servait au vestiaire du Temple (2 Chroniques 34:22). Celle-ci ne mâcha pas ses mots. C'était une pure parole de l'Eternel. "Ainsi parle l'Eternel : Je vais vais faire venir des malheurs sur ce lieu et sur ses habitants, toutes les malédictions écrites dans le livre qu'on a lu devant le roi de Juda…." (2 Chronique 34:22 à 28). Il y avait cependant une parole d'encouragement. La réalisation de cette parole était différée, Dieu tenant compte de l'attitude du roi (2 Chronique 34:29 à 33). Différée mais non annulée. Le décret divin allait s'accomplir malgré les réformes de Manassé et de Josias. La colère de Dieu n'était pas sur le point de s'éteindre (2 Chroniques 34:25). On serait en droit (sans pour cela remettre en cause l'application de la justice divine) de s'interroger sur la raison d'une telle sévérité. En réalité, si le culte de l'Eternel avait été rétabli dans tout le pays, si l'idolâtrie était désormais proscrite et les pratiquants de celle-ci, poursuivis, elle n'en avait pas pour autant disparu du pays. Les réformes successives ne purent en arracher complètement les racines. L'idolâtrie continuait probablement à être pratiquée en secret. Josias commit cependant une grave erreur. Il s'opposa au Pharaon d'Egypte alors que celui-ci montait à "Karkemish sur l'Euphrate" pour y livrer une célèbre bataille (2 Chroniques 35:20 à 24). Josias mourut à Megiddo en combattant le Pharaon Néco. Il n'écouta pas la parole de Dieu dans la bouche du Pharaon (2 Chroniques 35:22). 

Après la mort de Josias, Joachaz, son fils, monta sur le trône. Trois mois plus tard, Joachaz fut destitué par le Pharaon qui mit Eliakim, son frère, sur le trône. Pharaon changea le nom de celui-ci en Jojakim (2 Chroniques 36:1 à 4). Ce même Jojakim qui régnait à Jérusalem lorsqu'elle fut assiégée par les armées de Nabucadnetsar (Daniel 1:1). Mais pourquoi Nabucadnetsar vint-il assiéger Jérusalem ? Lors du conflit entre l'Egypte et Babylone, Juda était neutre. Mais Josias s'était opposé au Pharaon Néco qui montait en guerre contre Babylone. Juda fut vaincu et de ce fait, se trouva soumis à l'Egypte. Cette folle initiative de Josias lui coûta la vie, mais elle coûta également à Juda de se retrouver inféodé à l'Egypte, ennemie de Babylone. Daniel connaissait cette histoire. En contemplant les collines environnantes couvertes des soldats de Nabucadnetsar, il pouvait voir, de ses propres yeux, la réalisation de cette parole que Hulda, la prophétesse, avait dite à Hilkija le sacrificateur. "Ainsi parle l'Eternel : Voici, je vais faire venir des malheurs sur ce lieu et sur ses habitants, toutes les malédictions écrites dans ce livre que l'on a lu devant le roi de Juda… ma colère s'est étendue sur ce lieu et ne s'éteindra pas" (2 Chroniques 34:22 à 25). L'Eternel avait promis à Josias qu'il ne verrait pas ces choses, cependant, leur réalisation n'en avait été que différée (2 chroniques 34:28). 

A cause de Manassé  

"La troisième année du règne de Jojakim, roi de Juda, Nabucadnetsar, roi de Babylone, marcha contre Jérusalem et l'assiégea" (Daniel 1:1). Nous sommes en Judée, en l'an 605 avant notre ère. La Judée est alors vassale de Babylone. Jojakim, roi de Juda, s'est révolté et refuse de payer le tribut annuel. Nabucadnetsar envoya alors des troupes pour le détruire et cela arriva de par la volonté de Dieu parce que Dieu voulait détruire Juda à cause de son péché (2 rois 24:1 à 4). Chose étonnante, le texte nous dit que cela arriva "à cause de tous les péchés commis par Manassé, et à cause du sang innocent qu'avait répandu Manassé et dont il avait rempli Jérusalem. Aussi, l'Eternel ne voulut point pardonner" (2 Rois 24:3, 4). Manassé fut donc à l'origine des événements qui se produisirent alors (2 Rois 21:9 à 15). Et Dieu parla ainsi : "Parce que Manassé, roi de Juda, a commis ces abominations… je vais faire venir sur Jérusalem et sur Juda des malheurs qui étourdiront les oreilles de qui en entendra parler" (2 Rois 21:10 à 12). Pourtant, l'Ecriture nous relate également sa profonde repentance et les transformations radicales que cela impliqua dans le pays (2 Chroniques 33:1 à 20). Mais le péché commis lors du règne de Manassé eut des répercussions irréparables (2 Rois 21:16, 17). Amon, son successeur, retourna à l'idolâtrie. "Il (Amon) fit ce qui est mal aux yeux de l'Eternel, comme avait fait Manassé, son père" (2 Rois 21:20). Une fois de plus, le nom de la reine-mère est mentionné (2 Rois 21:19). Meschullémeth avait été l'épouse de Manassé. On peut supposer qu'elle dut partager, avec son mari, des valeurs communes. Ou plutôt l'absence de celles-ci. L'influence du père d'Amon est également très marquée (2 Rois 21:20 à 22). On retrouve le même schéma en Samarie avec l'influence d'Omri, père d'Achab. La fille d'Achab et de Jézabel ayant épousé un roi de Juda, l'ombre d'Omri hantera longtemps les couloirs des palais non seulement de Samarie, mais aussi de Juda.  

La Parole de Dieu était donc arrêtée. Le jugement allait venir (2 Rois 21:12, 13). Et il vint sous le règne de Jojakim, alors que Daniel, prince de sang royal, grandissait au palais. Daniel est un jeune homme intègre et droit qui aime Dieu et ne souffre aucun compromis (il le prouvera à maintes reprises). Il est, en quelque sorte, le fils spirituel de Josias et de Jérémie. Daniel a hérité de la noblesse de sang, mais également de la noblesse d'âme. Malgré son jeune âge, il fait déjà preuve d'une grande maturité. Il l'a démontrée en demandant à Arjoc "de façon prudente et sensée", le motif de son incarcération (Daniel 2:14). Daniel n'a, en rien, mérité cette déportation, loin du palais où il a grandi, loin de ses proches dont il fut probablement séparé. Loin de son vieux serviteur fidèle que l'on imagine veillant sur lui depuis sa plus tendre enfance. Loin de sa nourrice (s'il en eut une) qu'il devait chérir comme une mère. Loin du Temple de Jérusalem, aussi, où il allait se recueillir et prier avec ses compagnons. On peut imaginer combien il lui fut difficile de franchir les portes de ce palais babylonien qui n'était alors pour lui qu'une prison dorée. Daniel avait lu les Ecritures. Il savait que sa présence dans ces lieux était la résultante du péché de Juda que ni la profonde repentance de Manassé, ni la réforme draconienne de Josias n'avaient pu éradiquer. Quelques années plus tard, un jeune lévite de vingt cinq ans, qui n'avait pas encore revêtu son manteau prophétique, allait le rejoindre en exil. Non pas à Babylone, mais sur un affluent de l'Euphrate, le fleuve Kébar. Il s'appelait Ezéchiel (Ezéchiel 1:1, 2). 

Un proverbe avait court à cette époque. Ezéchiel et Jérémie, tous deux contemporains de Daniel, en firent mention dans leurs Ecrits. Ce proverbe disait ceci : "Les pères ont mangé des raisins verts et les dents des enfants ont été agacées" (Ezéchiel 18:2 / Jérémie 31:29). Cela s'appliquait parfaitement à sa situation. Si Daniel avait hérité de la foi de son ancêtre Josias, il avait également hérité des conséquences dramatiques du péché de ses pères, les rois idolâtres de Juda (voir, à ce propos, l'article "Dieu punit-il le péché des pères sur les enfants ?"). Daniel vécut toute sa vie à Babylone. Il connut pas moins de cinq monarques babyloniens, puis la ville tomba aux mains des Perses et Daniel servit à la cour du roi de Perse. Mais, alors que Daniel est à Babylone, il prend connaissance d'une autre prophétie. Celle des soixante-dix années. "La première année de son règne (Darius le Mède), moi Daniel, je vis par les livres qu'il devait s'accomplir soixante-dix ans pour les ruines de Jérusalem, d'après le nombre d'années dont l'Eternel avait parlé à Jérémie le prophète" (Daniel 9:2). Le temps d'une nouvelle réalisation approchait. Un nouveau cycle prophétique était sur le point de commencer. 

Une brillante carrière  

Au début de cet article, je m'étais posé quelques jalons de réflexions et j'ai tenté, comme je me l'étais promis, d'y répondre en me fondant sur les Ecritures. La dernière question étant : "comment peut-on transposer le parcours de Daniel et de ses compagnons à notre époque ?". Bien évidemment, étant donné le contexte, cela m'était beaucoup plus aisé. Cela me laissant le champ libre à la fois à l'imagination mais également à l'extrapolation tout en cherchant à rester fidèle "à l'esprit" du livre de Daniel. 

Imaginons maintenant quatre jeunes gens ayant fait leurs études dans de grandes écoles et s'étant expatriés dans l'une de ces mégapoles, villes cosmopolites où se croisent tous les grands esprits de ce siècle. Ces quatre jeunes gens incarneraient alors une jeune génération montante. Une jeunesse dotée d'un potentiel énorme et qui sait le mettre à profit. Ils sont pleins de talents et de capacités. Ils sont intelligents, doués, ingénieux, et ils réussissent tout ce qu'ils entreprennent. Ils vont développer des compétences dans des domaines de pointe. Ils sont brillants et permettent à leurs contemporains d'accéder à une connaissance supérieure, et à leur hiérarchie de faire de ces pays dans lesquels ils évoluent, des nations modernes à la pointe du progrès. Ils sont le fer de lance de leur génération. Ils apprennent de nouvelles langues, occupent des postes-clefs, assument de hautes responsabilités, tout cela en gardant et préservant leur intégrité et leur foi en Dieu. Ils provoquent de la jalousie aussi, parmi leurs collègues, mais également de la part de l'oligarchie. La vieille garde qui est en place depuis bien plus longtemps et qui tient à conserver ses prérogatives, son statut, et surtout son pouvoir. Daniel incarne une jeunesse qui fait preuve d'une étonnante capacité d'adaptation dans un contexte qui lui est originellement hostile. Et si Daniel vivait aujourd'hui, parmi nous ? 
 

Elèves d'Eton


C'est l'histoire de quatre jeunes de bonnes familles, bourrés de talents, qui partent se former dans les écoles les plus prestigieuses de la ville la plus en vue de leur époque. C'est comme, par exemple, si la Couronne d'Angleterre donnait l'opportunité à quatre jeunes indiens, fils de Maharadjas, d'aller à Eton, Cambridge ou Oxford pour y faire leurs études, tous frais payés. Eton accueille les fils de sang royal, les familles les plus fortunées du Royaume-Uni. Mais également les fils des plus grosses fortunes mondiales. A Babylone, Daniel va croiser le gratin babylonien, la haute bourgeoisie, la jeunesse dorée (il est lui-même de sang royal). On trouvait à Babylone ce que l'on peut retrouver aujourd'hui, et depuis toujours, dans les cités estudiantines. Des lieux pour faire la fête. Mais aussi des Clubs très fermés dans lesquels on ne rentre que sur invitation. Des Maisons, des Confréries, des Fraternités. Chacune d'entre elles ayant ses propres codes d'accès, son vocabulaire, ses valeurs, ses rites initiatiques. Toutes ces choses tirent leurs origines de la nuit des temps. Mais Daniel est un croyant pratiquant. Il ne bois pas "le vin du roi" (le "champagne" de l'époque). Il est fort probable que Daniel et ses compagnons se soient tenus à l'écart de chacune de ces choses. Ils vont cependant brillamment réussir leurs études. Daniel est doté d'une profonde intelligence ainsi que d'une phénoménale capacité d'adaptation. Son intelligence se révèle plus vive, plus rapide que celle de sa promotion. Il en sort "Major". Il va rapidement monter les échelons et gravir les marches du pouvoir. Daniel sortirait aujourd'hui de Science-Po ou de l'ENA. Il aurait fait Polytechnique. Trois années de formation avec des matières qui ont dû bien souvent choquer sa foi. Des cours de langues aussi. L'araméen, langue parlée dans tout l'empire. De nouvelles formes d'écriture comme l'écriture cunéiforme. Daniel apprend le fonctionnement de la cour, la politique extérieure et intérieure, les protocoles. Trois années qui doivent le préparer à entrer au service du roi. Mais les choses vont se précipiter. La seconde année de son règne, le roi va faire un songe qui va propulser Daniel et ses compagnons à la cour, dans le cercle rapproché du monarque le plus puissant, le plus prestigieux de son époque. Qu'en est-il de la formation initiale ? Il est probable que Daniel ait continué à se former tout en exerçant ses fonctions à la cour. 

Pourtant, ce monarque auprès duquel il vient de rentrer en service est à peine plus âgé que lui. Peut-être tout au plus d'une dizaine d'années. Ils sont jeunes. Et Nabucadnetsar n'en est qu'à sa deuxième année de règne. Il a besoin de collaborateurs compétents. Monté sur le trône à la suite de son père, il a hérité d'un empire immense et le poids de ses responsabilités pèse lourdement sur ses épaules. Les deux hommes s'estiment mutuellement, mais autant Daniel est un jeune homme posé, réfléchi, qui agit avec circonspection (on le voit à sa façon d'interroger l'officier venu l'arrêter : Daniel 2:14), autant le roi est versatile, colérique, exigent et tyrannique. Daniel va rester à son service jusqu'à la fin de la vie du monarque. Il verra monter, sur le trône de Babylone, ses quatre successeurs. A Belshatsar, petit-fils de Nabucadnetsar, il manifestera tout le dédain qu'il a à son égard. C'est sous le règne de celui-ci que le pouvoir passera aux Mèdes et aux Perses. De nos jours, il aurait fréquenté le Kremlin ou la Maison-Blanche.  

Nabucadnetsar était alors à la tête d'un empire. Il est aujourd'hui d'autres empires. Financiers, commerciaux. Ceux qui sont à leur tête, on ne les appelle plus des rois mais des Présidents, des patrons, des "capitaines d'industries", des business men, des P.D.G., qui peuvent eux aussi, tout comme le fut autrefois le roi de Babel, être "versatiles, colériques, exigeants et tyranniques". Tout comme les rois d'autrefois, ils héritent parfois de ces empires par naissance. Les affaires, ils sont tombés dedans quand ils étaient petits. S'ils ne règnent pas (officiellement) sur des nations, ils en influencent souvent l'économie et même la politique, faisant et défaisant parfois des gouvernements au gré de leurs intérêts commerciaux. Tout comme l'étaient les rois des nations de l'empire de Babylone, les gouvernements sont leurs vassaux. Ces nations sont comme les "provinces" de l'Empire de Babylone (Daniel 3:2, 3). Nabucadnetsar avait été lui-même formé dans ces écoles que fréquenta Daniel. Le roi a été son mécène. Il lui a financé ses études, à lui et à ses trois amis. Mais cette proximité entre les deux hommes déplait, crée des jalousies. On cherche à le disqualifier, le prendre en faute. Mais rien n'y fait. L'intégrité de Daniel, sa fidélité au roi et la qualité de son service le rendent inattaquable. Le seul aspect de sa personnalité sur lequel on puisse l'attaquer, c'est sa foi. Tel le coureur des "Chariots de Feu" qui refusa de participer à une compétition un dimanche parce que c'était "le Jour du Seigneur", Daniel ne peut se plier à un ordre royal intimant de se prosterner devant une statue à l'effigie du roi de Babylone.

Aujourd'hui, les dictateurs aiment que leur portrait soit affichés partout, dans les rues et dans les maisons. Et gare à celui qui refuserait de lui prêter allégeance. Mais dans un sens plus allégorique, cette statue d'or, ce pourrait être les objectifs de l'entreprise, sa "philosophie", sa "ligne directrice". Des objectifs, des projets d'expansion (et les moyens mis en œuvre pour les atteindre). Daniel est compétent, mais il est intègre. Il ne peut aller à l'encontre de ses valeurs (Daniel 1:8). Il ne peut adhérer complètement à celles de cette nation qui lui a pourtant fourni une telle opportunité. Pour Daniel, ses valeurs, sa foi, ses principes de vie ne peuvent, en aucun cas, être remis en question au profit d'une quelconque réussite. Il ne souffrira aucun compromis. Dût-il le payer de sa vie. Mais pour comprendre le récit de la vie de cet homme, il nous a fallu remonter dans le temps, retourner dans cette Judée où il est né. Dans ce petit royaume enclavé entre deux empires que sont l'Egypte et Babylone. 

Lorsque Daniel et ses trois amis arrivèrent au palais, il leur fut immédiatement attribué un autre nom que le leur (Daniel 1:6, 7). Manœuvre de dépersonnalisation ? Programme d'intégration intensif ? Il semblerait que l'ont ait voulu les dépouiller de tout ce qui pouvait constituer leur identité. Ou tout au moins, favoriser activement leur assimilation. Daniel et ses compagnons surent s'adapter dans cette société nouvelle tout en préservant cette identité qui était la leur, fondée sur la foi en Dieu, la langue hébraïque (dans laquelle une partie du livre de Daniel a été rédigée), et leur attachement à la loi de leurs pères. C'est parce que Daniel sut préserver son identité propre qu'il put un jour amener le roi de Babylone à reconnaître la souveraineté du Dieu d'Israël (Daniel 4:37).  

La tête d'or et les bras d'argent

Le premier chapitre du livre de Daniel débute par ces mots : "La troisième année du règne de Jojakim, roi de Juda", et s'achève par : "Ainsi fut Daniel jusqu'à la première année du roi Cyrus" (Daniel 1:1, 21). L'auteur du récit inclut donc ici une longue période allant de l'année de la déportation du jeune adolescent à la première année de règne du roi perse auprès de qui il se tint à la fin de sa vie. Cette première partie du livre détaille la relation de confiance instaurée entre le roi de Babylone et le jeune judéen. Celle-ci perdura durant tout le règne du roi Nabucadnetsar. L'auteur conclut en brossant, en une phrase, le reste de l'existence de Daniel. Le jeune adolescent est devenu un vieil homme. Daniel aura vu, de ses propres yeux, une partie de la réalisation du songe dont il eut a donner l'interprétation au roi. Il put voir "la poitrine et les bras d'argent" succéder à "la tête d'or". L'accomplissement de la parole qu'il avait donnée au roi concernant le royaume de celui-ci. La "tête d'or" fit place à "la poitrine d'argent" (Daniel 2:32, 38, 39). Un décret de Cyrus, roi de Perse (l'un des "bras" de la statue***), va permettre aux Juifs de retourner dans leur patrie. Daniel est alors trop âgé pour entamer un tel voyage. Des hommes comme Néhémie, le Gouverneur, Esdras ou Zacharie, vont entamer ce long et périlleux voyage. Soixante-dix ans se sont écoulés selon ce qu'avait prophétisé Jérémie (Daniel 9:2, 24 / Jérémie 25:11). Le temps était venu de reconstruire Jérusalem. Une nouvelle aventure allait commencer (Esdras 1:1). Mais pour l'heure, Daniel est encore un jeune adolescent qui prend progressivement possession de ce nouvel espace dans lequel il va évoluer pendant les quelques soixante-dix prochaines années de sa vie. Ce jeune adolescent va jouer un rôle déterminant dans l'histoire des nations, mais ça, il ne le sait pas encore. 

Notes

"Le quatrième empire prophétisé par Daniel". "Daniel le songe de la statue et les quatre bêtes". "La folie de Nabuchodonosor, roi de Babylone". 

** Voir à ce propos l'article "David... né dans l'iniquité"

*** Dans le songe, la poitrine et les bras symbolisent l'empire Médo-Perse. Les bras symbolisent les deux puissances Mède et Perse. 

 

JiDé

Daniel : un exil programmé (Chapitre 1)
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