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Question d'apparence

Question d'apparence

L'histoire du vêtement est aussi vieille que celle de la Chute (Genèse 3:21). Il occupe une place conséquente dans les Ecritures. Il peut même déterminer le comportement d'autrui, jusque dans l'Eglise de Christ (Jacques 2:1 à 4). Il détermine la fonction, le grade, le métier ou le statut. Il se veut sobre ou chatoyant. Il détermine, en un instant, la position dans la hiérarchie. Civil, militaire, religieux, d'apparat ou décontracté, il donne à celui qui le regarde, une information sur l'état du moment. Et si, comme le dit le proverbe, "L'habit ne fait pas le moine", l'apparence détermine grandement l'image que l'on donne de soi. Le vêtement parle pour nous. Il en dit long sur qui l'on est et ce que l'on est. C'était également le cas pour les Pharisiens, à l'époque de Jésus. Comme le disait déjà l'Ecclésiaste : "Il n'y a rien de nouveau sous le soleil" (Ecclésiaste 1:9)

Des franges à leurs vêtements

Parlant des Pharisiens qui affichaient leur religiosité de façon ostensible, Jésus fera remarquer à ses disciples qu'ils "ont de de longues franges à leurs vêtements" (Matthieu 23:5). On serait tenté de penser que c'était là une caractéristique vestimentaire propre aux Pharisiens, mais en réalité, pas du tout. Car voici ce que dit l'Ecriture : "L'Eternel dit à Moïse : Parle aux enfants d'Israël et dis leur qu'ils se fassent, de génération en génération, une frange au bord de leur vêtement, et qu'ils mettent un cordon bleu sur cette frange du bord de leur vêtement" (Nombres 15:38). Voilà qui est intéressant ! Cette pratique obéissait à un commandement divin, transmis par son serviteur Moïse. Après que ce commandement ait été transmis au peuple hébreu, tous durent porter des franges à leurs vêtements. Mais dans quel but ? La réponse se trouve dans le verset suivant. "Quand vous aurez cette frange, vous la regarderez et vous vous souviendrez de tous les commandements de l'Eternel pour les mettre en pratique, et vous ne suivrez pas les désirs de vos cœurs pour vous laisser aller à l'infidélité" (Nombres 15:39). Cette frange avait donc une fonction. Elle était un rappel constant des commandements de Dieu que les membres du peuple d'Israël étaient censés pratiquer au quotidien. Selon la tradition, cette frange comporte 613 fils, du nombre de commandements que comprend la Thora (la Loi Mosaïque). Elle avait donc pour fonction d'éviter, à ceux qui la portaient, de "suivre les penchants de leurs cœurs", lesquels pouvaient être enclins à "se laisser aller à l'infidélité". Quelle était cette infidélité ? Celle que ne cessèrent de condamner les Prophètes pendant plusieurs siècles : l'idolâtrie. 

Les Pharisiens ne faisaient donc que d'obéir à un commandement de Dieu, montrant ainsi leur dévotion à la loi divine. Le texte ne dit-il pas : "Qu'ils se fassent, de génération en génération, une frange au bord de leur vêtement" ? Ce commandement était pour tous les membres du peuple d'Israël, mais au fil des siècles, il se peut que cette pratique se perdit un peu. Ce constant rappel pouvait quelque peu irriter les consciences. La frange disparut donc progressivement du vestimentaire hébreu. Quelques groupes religieux, dont les Pharisiens, continuaient cependant à porter cet insigne. Il faut se rappeler que le mouvement Pharisien est né d'une mouvance hassidique datant de la période des Maccabées, qui se voulaient les revivalistes de la foi, à une époque où l'hellénisme avait détourné peu à peu le peuple hébreu de sa Thora. Les Pharisiens se voulaient les dignes fils spirituels de ces "Tsadiquim" (les Justes), et ce "de génération en génération". Mais eux non plus n'échappèrent pas à cette propension qu'a l'être humain à suivre "les désirs de son cœur". Car voici ce que dit Jésus : "Alors, Jésus parlant à la foule et aux disciples dit :... les scribes et les Pharisiens font toutes leurs actions pour être vus des hommes. Ainsi, ils portent de larges (platuno) phylactères et font de longues (megaluno) franges à leurs vêtements" (Matthieu 23:1, 5). 
 


La définition de ces mots en dit long sur la motivation qui poussait ces religieux à s'afficher aussi ostensiblement. "Platuno" (large) signifie "rendre large, agrandir, élargir". Se dit aussi du cœur de façon figurée (2 Corinthiens 6:11, 13b). Ils font également de "longues (megaluno) franges". "Megaluno" signifie "exalter, magnifier, mettre en évidence, rendre grand, estimer hautement, vanter, louer, recevoir gloire et honneur". Leur religiosité était louée et cela, à défaut d'agrandir leur cœur, leur faisait grossir les chevilles et le cou. La motivation de ces scribes et de ces Pharisiens n'était pas d'obéir à un commandement divin, mais de se faire remarquer parmi les hommes. "Le désir de leur cœur" était d'être considérés. Ils affichaient ostensiblement une religiosité de surface. Ce qu'ils croyaient être la manifestation d'une profonde spiritualité témoignait cependant contre eux. Jésus souligne ici non pas leur profonde dévotion mais leur suffisance et leur attitude propre-juste. Le Seigneur donne ici un exemple de la façon dont l'obéissance à un commandement divin peut être détournée à des fins personnelles. Il appelle cela de l'hypocrisie. En hébreu, le mot "beged" (vêtement) a d'ailleurs pour origine le mot "bagad" qui veut dire "perfidie, tromperie". Ainsi, une attitude profondément religieuse peut dissimuler un cœur perfide et trompeur. Jacques dira que "Si quelqu'un croit être religieux… en trompant son cœur, la religion de cet homme est vaine" (Jacques 1:26). Ces "larges" phylactères sont également pris en exemple pour dénoncer la gravité de leur hypocrisie. En effet, il est écrit plus loin : "Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! Parce que vous courez la mer et la terre pour faire un prosélyte, et quand il l'est devenu, vous en faites un fils de la géhenne deux fois plus que vous" (Matthieu 23:15). Le mot "platuno" (large) a pour origine "platus" (large, grand), que l'on retrouve dans cette autre parole du Seigneur Jésus : "Entrez par la porte étroite car large (platus) est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup (dont les prosélytes des pharisiens) qui passent par là" (Matthieu 7:13). 

Image de marques

Les mots ont toujours beaucoup à dire. Surtout lorsqu'ils composent le texte biblique. Le mot "franges", dans le texte des Nombres mentionné plus haut, se dit en hébreu "Tsiytsith". C'est un "fil torsadé". Ce sont ces mêmes fils que l'on voit accrochés à la ceinture des Hassidim, ces juifs orthodoxes habillés de noir qui professent un judaïsme talmudique censé être le plus conforme aux exigences thoraïques. Mais il y a une autre sorte de franges qui peut nous permettre de mieux comprendre ce que Jésus est en train d'enseigner sur l'hypocrisie religieuse. Pour cela, il nous faut nous référer à un autre texte : "Tu mettras des franges (gedilîm) aux quatre coins des vêtements dont tu te couvriras" (Deutéronome 22:12). Si le vêtement est une forme de prolongement de soi-même, il peut également témoigner de ce que l'on aimerait être. Porter le maillot d'une équipe de football avec, dans le dos, le nom de son joueur préféré ne fait pas de celui qui le porte un joueur professionnel. Mais il témoigne peut-être d'un désir secret. Celui de le devenir. 

Le commandement du livre des Nombres, réitéré dans le Deutéronome, ne mentionne aucun commentaire supplémentaire, malgré la modification de vocabulaire. Le mot "gedilîm" (gedil au singulier) désigne non pas les fils portés au côté, mais ceux qui sont aux coins du manteau. Celui-ci avait généralement la forme d'une grande cape aux coins de laquelle devaient être attachés les "gedilîm", ou festons, sortes de glands de tissu croisé, torsadé. Salomon en fit faire en métal pour l'ornementation des colonnes du Temple (1 Rois 7:17). Le manteau en disait beaucoup sur le statut de celui qui le portait. La qualité de son tissu, son ornementation, sa couleur étaient en fonction de la prospérité de son propriétaire. La qualité des "gedilîm" qui y étaient attachés en disait également beaucoup. Ce mot "gedil" vient de "gadal" qui signifie "croître, devenir grand, important". Il peut désigner une action comme "promouvoir, rendre puissant, louer (quelqu'un), glorifier, faire de grandes choses, se glorifier soi-même". Le mot "gadal" peut être traduit par "atteindre, pouvoir, dignité, exalter, être arrogant, accomplir de grandes choses".
 


S'ils portent ces longues franges à leurs vêtements, ils font également "toutes leurs actions pour être vus des hommes" (Matthieu 23:5). C'est également dans ce but qu'ils "font de longues prières aux coins des rues" (Matthieu 6:5). Mais "c'est pour l'apparence" (Marc 12:40). Mais, n'y a-t-il que ces "vilains" pharisiens qui agissaient de la sorte ? A qui l'apôtre Jacques s'adresse-t-il si ce n'est aux membres d'une assemblée de disciples lorsqu'il dit : "Mes frères, que votre foi soit exempte de tout favoritisme (prosopolepsia)" (Jacques 2:1), car il n'y en a pas devant le Seigneur (Romains 2:11). Jacques donne ensuite l'exemple d'un homme riche "à l'habit magnifique" et "d'un pauvre misérablement vêtu" pour décrire ensuite l'attitude que pourraient avoir les membres de cette assemblée à l'égard de l'un et de l'autre, les taxant de pratiquer "le favoritisme (prosopolepteo)" (verset 9). Et comme je l'ai indiqué plus haut : "Si quelqu'un croit être religieux, sans tenir sa langue en bride, mais trompant son cœur, la religion de cet homme est vaine" (Jacques 1:26). Il est intéressant de noter que si Paul parle "d'agrandir son cœur" envers les autres (2 Corinthiens 6:11, 13), Jacques parle, quant à lui, de le "tromper". Pour conclure sur ce sujet, l'apôtre utilise une image forte. Il prend en effet l'exemple de Rahab, la prostituée de Jéricho, qui fut "justifiée par ses œuvres" (Jacques 2:25), alors que, généralement, les prostituées se remarquent particulièrement par la façon dont elles sont vêtues. Le portrait de Rahab est cependant accroché dans la galerie des hommes et des femmes de foi du chapitre onze de l'Epitre aux Hébreux. Au risque de choquer les "religieux" à la morale impeccable. Trouverait-elle cette même place dans une assemblée bien-pensante ? 

Eclairés par ces textes, nous pourrions nous interroger sur la façon dont nous posons notre regard sur  autrui. N'admirons-nous pas celui ou celle qui fait "de longues prières" ? Ce fut probablement le cas de ce pharisien qui "priait ainsi en lui-même : Ô Dieu, je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes... ou même comme ce publicain" (Luc 18:11). "Après moi, les mouches" ! Il était si fier de ce qui le différenciait des autres. Différent de ce publicain qu'il méprisait dans son cœur. Totalement inconscient de sa folie arrogante et de sa suffisance, il aurait pu s'entendre dire, tout comme l'église de Laodicée : "Je connais tes œuvres... parce que tu dis : je suis riche, je me suis enrichi, et je n'ai besoin de rien et parce que tu ne sais pas que tu es pauvre, aveugle et nu, je te conseille d'acheter de moi de l'or éprouvé par le feu, afin que tu deviennes riche, et des vêtements blancs afin que tu sois vêtu, et que la honte de ta nudité ne paraisse pas … aie donc du zèle et repens-toi" (Apocalypse 3:15 à 19). Quand au pauvre publicain, objet de tout le mépris religieux dont ce pharisien était capable, "il descendit dans sa maison justifié plutôt que l'autre"(Luc 18:14a). Et Jésus conclut en disant : "Car quiconque s'élève sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé" (Luc 18:14b). A ce propos, l'apôtre Pierre dit :  "Revêtez-vous d'humilité car Dieu résiste aux orgueilleux" (1 Pierre 5:5). L'apôtre Paul dira, quant à lui : "Revêtez-vous d'entrailles de miséricorde, de bonté, d'humilité, de douceur, de patience" (Colossiens 3:12). Ce pharisien avait "l'apparence (morphosis) de la piété" mais il en reniait "ce qui en fait la force" (2 Timothée 3:5). 

Je conclurai ici par ces mots de l'apôtre Paul : "Ainsi donc, comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, revêtez-vous d'entrailles de sentiments de compassion, de bonté, d'humilité, de douceur, de patience" (Colossiens 3:12). "Ce qui sera, de votre part, un culte raisonnable" (Romains 12:1). Nous serons alors "revêtus d'un vêtement de louange" (Esaïe 61:3). 

 

JiDé 

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