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Les degrés d'Achaz : le soleil a-t-il reculé ?

Les degrés d'Achaz : le soleil a-t-il reculé ?

Les degrés d'Achaz

"Voici, je ferai retourner en arrière, de dix degrés, l'ombre des degrés qui est descendue sur le cadran d'Achaz par le soleil" (Esaïe 38:8, Darby).

"Et Esaïe le prophète cria à l’Éternel, et l’Éternel fit retourner l'ombre de dix degrés en arrière sur les degrés par lesquels elle était descendue sur le cadran d'Achaz" (2  Rois 20:11, Darby). 

En résumé

Alors qu'il régnait sur le royaume de Juda, Ezéchias, fils d'Achaz, tomba malade. Le prophète Esaïe se rendit à son chevet et lui annonça, de la part de Dieu, qu'il allait mourir. Ezéchias était un bon roi, fidèle à son Dieu. Il pria et répandit d'abondantes larmes devant son Seigneur. Esaïe, quant à lui, s'était déjà retiré de la présence du roi et était en train de traverser la cour royale du palais lorsque la Parole de Dieu lui fut adressée, lui enjoignant de faire demi-tour pour annoncer au roi sa guérison. Sa vie serait même prolongée de quinze années. Après s'être rendu dans la chambre du roi, Esaïe appliqua une masse de figues sur l'ulcère du roi et Ezéchias demanda au prophète par quel signe il saurait qu'il serait guéri. Esaïe fait alors mention de quelque chose que l'on a généralement identifié comme un cadran solaire ou une construction similaire à un escalier, que le texte biblique désigne par l’appellation "les degrés d'Achaz", du nom du père d’Ézéchias. Le prophète propose au roi de choisir entre deux options : l'ombre avancera-t-elle ou reculera-t-elle sur les marches (les degrés) ? Ne trouvant rien d'extraordinaire à ce que l'ombre s'avance, le roi demanda que celle-ci recule. Et c'est ce qui se produisit. Le roi se rétablit et fut guéri de sa maladie, selon la promesse que lui avait faite le Seigneur par la bouche de son serviteur, le prophète Esaïe. Ce récit est mentionné à la fois dans le chapitre vingt du deuxième livre des Rois et dans le chapitre trente-huit du livre du prophète Esaïe. Ces deux textes, relativement similaires bien que rédigés par des auteurs différents (avec le style et le mode de rédaction propres à chacun), sont complémentaires. 

Que de questions 

Ce récit est l'un des plus singuliers de toutes les Écritures. Un texte d'autant plus difficile à comprendre que certains éléments restent "dans l'ombre", si j'ose m'exprimer ainsi. Lorsqu'on lit ce texte, plusieurs questions viennent à l'esprit : pourquoi un bon roi doit-il mourir ainsi ? Pourquoi le prophète vient-t-il lui annoncer sa fin prochaine de façon aussi abrupte ? Est-il venu de sa propre initiative, ou sa démarche était-elle personnelle ? Venant d'un prophète de la pointure d'Esaïe, elle ne pouvait être que commanditée par le Seigneur lui-même. Quelle est cette médecine si particulière que d'appliquer une masse de figues sur un ulcère alors que le texte nous dit que la maladie du roi le conduisait immanquablement vers sa fin prochaine ? Et surtout, quels sont donc ces "degrés d'Achaz" sur lesquels l'ombre a reculé ? Le soleil a-t-il vraiment reculé dans le ciel ? Autant de questions qui donne à ce texte un aspect un peu hermétique. 

Une opinion toute faite

Longtemps, j'ai considéré ce texte comme manifestant l'omnipotence du Créateur, capable de faire reculer l'ombre sur un cadran solaire. Un Dieu compatissant qui entend la prière d'un homme qui lui est resté fidèle et qui, dans l'épreuve ultime, s'en remet à Lui pour lui demander guérison et vie. Quoi de plus normal ? Le figuier étant, dans la Bible, un symbole de guérison physique, il me semblait normal que le prophète ait utilisé une "masse de figues" pour symboliser l'action divine dans le corps malade du roi. Les Prophètes de Dieu ont souvent fait usage d'un objet symbolique pour illustrer le message dont ils étaient porteurs. Mais je n'avais jamais été plus loin. Néanmoins, ces "degrés d'Achaz" m'intriguaient. L'usage du cadran solaire, dans le monde antique, était déjà répandu à l'époque d’Ézéchias. Or, l'objet dont il est question dans ce texte porte le nom de son père, Achaz. J'ai donc pensé que si je voulais en savoir plus, il me fallait chercher un indice dans la vie de ce roi, au demeurant, idolâtre. Mais j'ai également pu constater, à de nombreuses reprises, que lorsqu'un texte biblique présente des difficultés de compréhension, les réponses se trouvent bien souvent dans les mots eux-mêmes, ou dans leur racine. Tout au moins dans la langue dans laquelle ils ont été rédigés par leurs auteurs. En creusant un peu, je pourrais peut-être trouver un semblant de réponses à mes questionnements.

Cadran solaire ou édifice en pierres ?

Le texte fait donc ici mention de "degrés", selon certaines traductions, ou de "marches" selon d'autres. En réalité, le mot "ma'aloth" (pluriel de "ma'alah") peut se traduire d'une façon ou d'une autre. Le mot "ma'aloth" désigne à la fois les "degrés" d'un cadran solaire, mais aussi les "marches d'un escalier" avec une idée de "montée". Le mot est d'ailleurs utilisé pour désigner une série de Psaumes appelés "Psaume des montées". Ceux-ci étaient chanté par les israélites se rendant à Jérusalem pour les fêtes. Ceux-ci "montaient" à Jérusalem (Esdras 7:9). Ne dit-on pas aussi que "Dieu est "élevé" (ma'alah), sa demeure est dans les cieux" (Amos 9:6) ?

On peut donc considérer que ce mot "ma'aloth" désigne les heures sur un cadran solaire, ou les marches d'un escalier, avec une idée de progresser ver le haut. L'historien Flavius Josèphe, ainsi que la Version des Septante, le présente plutôt comme l'un des escaliers du palais royal. La nature de cet objet n'est pas bien définie. Si le Targum (traduction araméenne de l'Ancien Testament) parle d'une "pierre d'heure", le mot "ma'aloth" pourrait également faire penser à un édifice en pierres, gradué par des marches et surmonté d'une sorte de plate-forme ou terrasse. Ces marches ayant été taillées de telle manière que la progression de l'ombre sur celles-ci permettait de "lire" l'heure. La journée diurne étant divisée en douze heures égales (Jn 11:9), la progression de l'ombre sur les "degrés" de l'édifice permettait de se situer approximativement dans le temps tout au long de la journée. Il a également été envisagé que la plate-forme de l'édifice aurait été graduée et surmontée d'une sorte "d'obélisque" faisant office d'aiguille, dont l'ombre projetée sur la plate-forme graduée aurait pu indiquer la progression du temps. Cette plate-forme graduée étant visible de la chambre du roi, lui permettait ainsi d'avoir connaissance de l'heure à tout moment de la journée. 

Alors, cadran solaire ou édifice en pierres ? Vu l'usage courant qui était fait des cadrans solaires, pourquoi aurait-on nommé celui-là de façon si particulière jusqu'à lui donner le nom d'un roi ? Cet objet devait avoir une particularité qui le distinguait des autres. Qui plus est, cette singularité avait un rapport étroit avec celui dont il portait le nom. Il y avait donc de fortes chances que la vie du roi Achaz recèle quelque indice sur la nature de cet objet mystérieux. De plus, le fait que le mot "ma'aloth" soit associé à un mouvement ascendant, avec l'idée d'une personne qui "monte", je serais fortement tenté de penser que l’appellation "degrés d'Achaz" désignerait plutôt un édifice doté de marches. Mais pourquoi le nom du père d’Ézéchias y était-il associé ?

Evénement miraculeux ou phénomène astronomique ? 

Outre la difficulté à identifier avec précision ces fameux "degrés d'Achaz", une autre difficulté se présente au lecteur désireux de mieux comprendre le sens exact de ce texte. Si l'on examine attentivement ce que nous dit le texte biblique, on se doit de constater qu'il est fait mention de l'ombre qui "descend" (en hébr. "yardah"). Le texte d'Esaïe 38:8 n'est pas facile à comprendre. Littéralement, on peut lire (c'est Dieu qui parle) : "Me voici, faisant revenir l'ombre des marches qui est descendue sur les marches d'Achaz. Au soleil en arrière de dix marches, et revint le soleil de dix marches sur les marches qu'elle avait descendue"On peut donc comprendre que l'ombre avait déjà couvert dix "marches" de cette "escalier" (si c'en est un, ou de dix degrés s'il s'agit d'un cadran solaire) et elle se mit à reculer. Le fait que l'ombre soit "descendue" ("yardah") laisse plutôt supposer qu'il s'agirait de marches d'un édifice. Le soleil recouvrant progressivement les dix marches que couvrait l'ombre précédemment. Il est à noter qu'il n'est pas fait mention ici du recul du soleil dans le ciel mais bien de sa progression sur les degrés de l'édifice en pierre. Il n'est pas non plus fait mention ici d'un phénomène astronomique (bien qu'on puisse aisément l'envisager étant donné les circonstances) mais de la constatation d'un fait qui s'est produit en un endroit bien spécifique. Cet événement aurait pu se produire de façon miraculeuse sans qu'aucune modification ne se produise dans le ciel. C'est une éventualité que l'on ne peut négliger. Cela n'enlève rien à l'aspect miraculeux et exceptionnel de l'événement en soi. Le Seigneur dit, par la bouche du prophète Amos : "Je ferai coucher le soleil" (Am. 8:9). Habacuc voit "le soleil et la lune s'arrêter dans leur demeure" (Hab. 3:11) et Job dit que Dieu "ordonne au soleil de ne pas se lever" (Job 9:7). Si donc il y a eu phénomène astronomique, cet éventualité est défendue par les écrivains bibliques comme étant tout à fait plausible. 

Aussi, s'il faut envisager un phénomène astronomique, il faut tenir compte du fait que c'est la Terre qui tourne autour du soleil et non l'inverse. Il faudrait donc plutôt envisager une modification de la rotation de la Terre. Ou bien, on peut également envisager qu'une configuration particulière de l'espace et des planètes aurait créé un phénomène particulier, pouvant donner ainsi l'impression que le soleil aurait "reculé". Si on relit bien le texte original, on voit que c'est bien l'ombre qui a reculé sur les degrés, la lumière du soleil recouvrant progressivement les "degrés" dont l'ombre s'était retirée. Dans l'ordre normal des choses, l'ombre couvrait progressivement les marches, du haut jusqu'en bas, au fur et à mesure que l'on avançait dans la journée. Le texte dit bien que l'ombre "descendait" (yarda). Après que le prophète Esaïe eut prié, l'ombre recula sur les degrés et la lumière du soleil illumina progressivement les dix degrés dont cette dernière s'était retirée au fil des heures passant. Ce qui signifie que l'ombre s'est retirée de façon ascendante sur les degrés alors que le soleil recouvrait en même temps marche après marche. S'il est utile d'envisager un phénomène astronomique, on peut en déduire que Dieu ait conduit Esaïe à prier au moment même où ce phénomène devait se produire. Dieu étant maître du Ciel et de la Terre, et étant omniscient et omnipotent, il lui était aisé de conjuguer la visite du prophète au chevet du roi au jour et à l'heure même où ce phénomène devait se produire. La foi ne souffre en rien en cela. Bien au contraire, elle demeure admirative de la façon dont Dieu conduit, à leur insu parfois, l'action des hommes afin que celle-ci  corresponde à Son oeuvre souveraine. 

Un édifice en pierres 

 Poursuivant cette réflexion, tout en adoptant l'idée qu'il s'agit bien d'un édifice en pierres muni de marches graduées, on peut se demander quelle en est l'origine. S'il est ici fait mention d’Ézéchias, l'édifice dont il est question dans ce texte porte le nom du père de celui-ci : le roi Achaz. Pour tenter d'identifier ces "degrés d'Achaz", il nous faut donc aller chercher son origine dans la vie de ce dernier. Or, un événement particulier s'est produit dans la vie d'Achaz lors d'un voyage à Damas, en Syrie. Cet événement est relaté au chapitre 16 du deuxième livre des Rois. Ce voyage du roi Achaz à Damas serait-il en mesure de nous apporter quelques lumières sur ce mystérieux édifice ? Le père d’Ézéchias  s'étant rendu en Syrie pour rencontrer un puissant chef d'Etat, Tiglath Piléser, roi d'Assyrie, y vit un autel qui lui fit forte impression. "Le roi Achaz envoya au prêtre Ouriyah un modèle et un plan de l'autel, en vue d'en faire une reproduction exacte. Le prêtre Ouriyah construisit l'autel. C'est d'après toutes les indications envoyées de Damas par le roi Achaz que le prêtre Ouriyah  agit..." (2 Rois 16:10 à 13). Achaz fit donc parvenir, au grand sacrificateur Ouriyah (Urie), les plans et les mesures de l'édifice qui l'avait tant impressionné, en recommandant au grand sacrificateur d'en faire construire une copie à l'identique en suivant les indications fournies. Ce qu'Ouriyah va s'empresser de faire avant le retour de son roi à Jérusalem. A peine revenu dans sa capitale, Achaz offrit des sacrifices sur ce qui s'avérait être un autel idolâtre. Le texte ne mentionne pas le dieu à qui ces sacrifices étaient offert. On peut donc envisager, bien que le texte biblique ne le mentionne pas, que cet autel était dédié au dieu soleil (le contexte qui nous occupe ici peut le laisser supposer). Mais peu importe. Car même si ces sacrifices avaient été offerts au Seigneur, le Dieu d'Israël, le sacrificiel ne pouvait être opéré que par la sacrificature des lévites et ce, dans le Temple. Dans tous les cas, ces sacrifices étaient donc irrecevables aux yeux de Dieu.

Pourrait-on cependant envisager que "les degrés d'Achaz" désignent en réalité ce qui fut autrefois un autel "copié-collé", copie conforme de son original syrien ? L'aspect utilitaire de l'édifice (de pouvoir connaître l'heure du jour) lui aurait-il valu d'échapper à la destruction ? Les autels païens "extérieurs" (qui n'étaient pas dans un temple) étaient généralement construits de façon à ce que l'autel du sacrifice soit surélevé. On y accédait soit par des marches ou par une rampe. Le sommet étant généralement formé d'une plate-forme où le sacrificateur pouvait opérer. On peut imaginer que l'autel d'Achaz devait être semblable à ceux-là. Mais celui dont le roi de Juda avait fait faire une "copie conforme" était particulier. Si Achaz tenait tant à ce que l'autel, dont il avait vu le modèle à Damas, lui soit conforme dans ses dimensions et sa forme, c'est peut-être parce que celui-ci avait une particularité. On atteignait la plate-forme où étaient offerts les sacrifices par un escalier gradué de douze marches représentant les douze heures de la journée. La hauteur de chaque marche équivalait à la distance parcourue par l'ombre en une heure (un douzième de "jour" diurne). Au fur et à mesure que le soleil progressait dans sa course, l'ombre couvrait progressivement, heure après heure, les marches de l'escalier, permettant ainsi une "lecture" de l'heure. C'est la raison pour laquelle il était indispensable que l'autel soit construit à l'identique, selon les dimensions exactes, réplique parfaite de son original à Damas, en Syrie.

Un ancien autel païen 

Le  nom hébreu de cet édifice est "mizbéakh", dont la racine "zabakh" signifie "abattre, tuer, sacrifier, offrir un sacrifice". Il est donc clair que cet édifice construit selon les directives du roi Achaz était bien un autel de sacrifices dont l'origine était des plus païennes. Ezéchias, le fils d'Achaz, était quant à lui un bon roi. Il fut un réformateur. "Ezéchias, fils d'Achaz, roi de Juda, régna... Il fit disparaître les hauts lieux, brisa les statues, abattit les idoles..." (2 Rois 18:1, 4). Mais il ne détruisit pas l'autel de degrés de son père Achaz. Peut-être parce que celui-ci avait une certaine utilité. Il graduait le temps. Aucun sacrifice ne fut plus offert sur l'autel qu'avait fait construire son père par le sacrificateur Ouriyah, mais l'édifice était toujours là. Et c'est sur cet ancien autel païen, construit par le père d’Ézéchias, que l'ombre va reculer, prouvant ainsi à ce roi malade que Dieu va le guérir de sa maladie.

Si, effectivement, "les degrés d'Achaz" s'avéraient être ceux d'un ancien édifice païen, on peut envisager que Dieu se soit servi de ce "signe", proposé au roi par le prophète Esaïe, pour attirer l'attention d’Ézéchias sur le fait que cet édifice ait subsisté. C'est une probabilité. Cet édifice construit par Ouriyah pour Achaz était-il le même que celui sur lequel s'était produit cet événement prodigieux ? Dans ce cas, on peut se poser la question : y-a-t-il un rapport entre la maladie du roi Ezéchias et cet édifice païen ? La maladie du roi serait-elle étroitement liée à l'existence de cet édifice à proximité du palais royal ? Il fallait que cet édifice soit visible de la chambre du roi pour que celui-ci puisse effectivement constater que le signe qu'il avait demandé s'était bien produit. Etant malade et proche de la mort, il ne lui était pas possible de se déplacer. Ou tout au moins, pas plus loin que la fenêtre de sa chambre. Dans ce cas, et si ce raisonnement est exact, serait-il possible que la subsistance de cet ancien autel païen soit, en quelque sorte, la cause de la maladie d’Ézéchias ? Ceci expliquerait peut-être le fait que le prophète Esaïe se rende au chevet du roi une première fois pour lui annoncer sa fin prochaine. Bien que le roi ait fait détruire tous les autels païens dans le pays, il aurait laissé intact celui qu'avait fait construire son père. Sentimentalisme ? Ou bien n'y voyait-il plus qu'un simple aspect utilitaire ? Il se peut que le roi considérait désormais cet édifice comme étant totalement inoffensif (dans le sens où, sans faire de jeu de mots, il n'était plus offensant), puisqu'il était désormais dénué de toute fonction idolâtre. Mais aux yeux de Dieu, cet édifice (s'il s'agit bien de celui-là), conservait la marque indélébile de sa fonction première. 
 


Sans l'ombre d'un doute 

Si toutefois il n'est pas aisé d'identifier avec certitude ces mystérieux "degrés d'Achaz", il est une chose sur laquelle ne plane aucun doute, c'est cette ombre qui, sous l'injonction divine, se voit obligée de reculer pour laisser la place aux rayons du soleil. Car, au final, c'est bien d'elle qu'il s'agit dans ce texte. L'astre solaire ne faisant que réoccuper l'espace laissé vacant par l'obscurité vaincue.  Mais pour bien comprendre le sens de ce texte, il faut appréhender tout le sens que cette ombre projette sur ce récit. Sur "les degrés d'Achaz", l'ombre se voit obligée de rétrocéder du terrain à "l'astre brillant" auquel fut, peut-être, autrefois consacré cet édifice. Cette ombre qui s'étendait doucement sur les degrés symbolisait aussi la mort, proche, imminente, du roi de Judée. Et de même que l'ombre gagnait, d'heure en heure, du terrain sur les degrés d'Achaz, la mort prenait peu à peu le dessus sur le corps malade du roi Ezéchias. 

Le mot "tsel" (ombre) comme beaucoup de mots hébreux, peut recouvrir plusieurs sens. Il peut tout aussi bien désigner l'ombre sur un cadran solaire, que la protection divine où l'on se réfugie, ou encore symboliser le sens temporaire de la vie. Il est généralement utilisé pour souligner le côté éphémère de l'existence et sa précarité. C'est pourquoi le roi David, prédécesseur d’Ézéchias sur le trône de Judée, dira : "Nos jours sont comme l'ombre sur la terre et il n'y a pas d'espérance de demeurer ici-bas" (1 Chron. 29:15). Job, déjà, avait fait un constat similaire (Job 14:2). Et alors que le roi sent ses forces décliner, il aurait pu s'avouer : "Mes jours sont comme l'ombre à son déclin" (Ps. 102:12), pendant qu'autour de lui, ses proches auraient pensé : "L'homme est semblable à un souffle, ses jours sont comme l'ombre qui passe" (Ps. 144:4). Lorsque le prophète Esaïe quitta le palais pour la seconde fois, après avoir annoncé sa guérison au roi, celui-ci  s'approcha de la fenêtre d'où il pouvait voir "les degrés" de son père Achaz tout à nouveau baignés de cette chaude lumière qui attestait de sa guérison prochaine. Il aurait pu alors se remémorer ces paroles de l'Ecclésiaste : "Car qui sait ce qui est bon pour l'homme dans la vie, tous les jours de la vie de sa vanité, qu'il passe comme une ombre ? Et qui déclarera à l'homme ce qui sera après lui sous le soleil ?" (Eccl. 6:12). 

Avancer ou reculer ? 

"La parole de Dieu fut adressée (à Esaïe) en ces termes : retourne (shuwb) et dit à Ezéchias..." (2 rois 20:4, 5). "La parole de Dieu fut adressée à Esaïe en ces mots : va (halak) et dis à Ezéchias..." (Esaïe 38:5). 

Après qu'Esaïe soit venu annoncer à son roi son funeste destin, celui-ci implora son Dieu qui lui répondit favorablement. Le prophète n'avait pas encore quitté la cour royale du palais que la voix divine se fit entendre, lui enjoignant de faire demi-tour. Il est fréquent de constater que lorsque le compte-rendu d'un événement est produit par plusieurs témoins, il comporte toujours quelques petites différences. Celles-ci sont dues à la sensibilité de chaque observateur, qui appuie sur un détail plutôt que sur un autre. Alors, Dieu a-t-il dit à Esaïe : "va (halak)", ou "retourne (shuwb)" ? En fait, les deux ! 

Cela n'aurait pas une grande importance si ce détail ne s'était retrouvé dans ce qui allait suivre. Car, après que la parole de Dieu ait été adressée à Esaïe, celui-ci s'en retourne et va à nouveau retrouver le roi. Et alors que celui-ci demande au prophète par quel signe il saura que sa guérison est certaine, Esaïe va lui poser une question : "L'ombre avancera (halak)-t-elle de dix degrés ou reculera (shuwb)-t-elle de dix degrés ?" 

Ce petit détail, qui pouvait paraître sans importance, nous donne en réalité une indication sur ce qui s'est produit dans la cour. Ces deux mots que Dieu va prononcer en s'adressant à Esaïe, dans la cour du palais, vont s'intégrer dans la question qu'il va devoir poser au roi : "Halak atsel èsèr ma'aloth îm yashouwv èsèr ma'aloth ?" (l'ombre doit-elle avancer de dix degrés ou doit-elle reculer de dix degrés ?). Il faut se rappeler que "les degrés d'Achaz" étaient visible de la fenêtre de la chambre royale. L'édifice était donc visible du palais. Il se peut donc qu'Esaïe l'ait eu sous les yeux alors qu'il traversait la cour. Il voit l'ombre sur les marches de l'édifice. C'est alors que la Parole de Dieu lui est adressée : "Va... retourne... halak... shuwv !". Déjà, il sait ! Le prophète regarde les degrés d'Achaz. Il intègre ce qu'il doit dire à Ezéchias : "L'ombre doit-elle avancer ? ... ou reculer ? ...". A ce moment-là, Esaïe comprend ce que Dieu va faire. Et alors qu'il gravit les marches de l'escalier qui le conduisent à la chambre du roi, il sait déjà ce qui va se produire. Le fait de s'en aller, de faire demi-tour, de gravir les marches de l'escalier qui conduit à la chambre du roi, toutes ces choses font partie de ce qu'Esaïe doit dire au roi. Alors que le prophète gravit une à une les "ma'aloth" qui le mènent à l'étage où se trouve la chambre du mourant, tout prend place dans son esprit. Marche après marche, il intègre son message. 
 


L'ombre de la mort et la guérison du roi 

"Avant que je m'en aille pour ne plus revenir dans le pays des ténèbres et de l'ombre de la mort" (Job 10:21). 

"Le peuple qui marchait dans les ténèbres voit une grande lumière, sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre de la mort une lumière resplendit" (Esaïe 9:2). 

Lorsque le prophète entre dans la chambre du roi, celui-ci est encore alité. L'ombre de la mort recouvrait Ezéchias mais celle du Tout-Puissant recouvrit celui-ci de sa protection. Le manteau sombre de la mort dut reculer, tout comme l'ombre le ferait bientôt sur les degrés d’Achaz. Après qu'Esaïe eut prié pour le roi, ces passages de l'Ecriture auraient pu lui venir à l'esprit : "Celui qui trouve abri auprès du Très-Haut repose à l'ombre du Tout-Puissant" (Ps. 91:1), ou "L’Éternel est à ton côté comme une ombre qui te protège" (Ps. 121:5). Cette maladie dont le roi était atteint était, semble-t-il, due à un ulcère (shechin) dont souffrait le roi. Le livre de l'Exode (Ex. 9:9) parle d'un genre d'ulcère (shechin) comme se manifestant par une irruption de pustules. Il en est dont on ne pouvait guérir (Deut. 28:27). Ce même texte fait mention d'un ulcère malin inguérissable "... depuis la plante du pied jusqu'au sommet de la tête" (Deut. 28:35). Celui dont devait probablement souffrir Job (Job 2:7). Celui du roi, par contre, devait être localisé puisqu'une masse de figues suffit à le recouvrir.  

"Esaïe dit : prenez une masse de figues. On la prit et on l'appliqua sur l'ulcère et Ézéchias  guérit" (2 R. 20:7). Or, bien que la guérison de l'ulcère ait été effective après qu'on lui ait posé ce cataplasme, le roi était encore affaibli. Ses forces ne lui étaient pas encore revenues. C'est pourquoi celui-ci demande à Esaïe un signe lui confirmant sa guérison complète, et le prophète va alors lui parler des "degrés d'Achaz". L'ombre recula sur les marches de l'édifice bâti par son père Achaz et la mort se retira de ce lit sur lequel reposait son corps affaibli. Non, l'ombre de la mort ne recouvrirait pas sa dépouille.  

"Et Ezéchias guérit (chayah)" (2 R. 20:7). Lorsqu'Esaïe eut prié pour lui, le roi fut guéri. Le reste n'était plus qu'une question de convalescence. Mais la maladie l'avait atteint, autant dans son corps que dans son âme. Le mot "chayah" signifie "vivre, avoir la vie, guérir, retrouver la vie", mais aussi "sortir de la maladie, du découragement", voire même "ressusciter". Le roi retrouva à la fois la vie, la santé, mais également l'espoir et le bonheur de vivre, avec plus encore, une conscience accrue de la grandeur insondable et éternelle de son Dieu. 

L'objet en question

J'en viens à la conclusion. Pour rédiger cet article, je suis parti de l'idée que ces fameux "degrés d'Achaz" étaient à l'origine un édifice païen édifié par le roi Achaz, le père d’Ézéchias. Ce dernier fut un réformateur fidèle au Dieu d'Israël. Il fit détruire toutes les idoles et les hauts-lieux de son pays, mais il ne détruisit pas l'édifice érigé par le sacrificateur Ouriyah sur les ordres de son père Achaz, justement à cause de cette particularité qui lui donnait une fonction utilitaire.  

Toujours en considérant que cette hypothèse est exacte, on peut en retirer une leçon qui, en soi, peut être lourde de conséquences. Et si nous aussi, tout comme Ézéchias, nous avions conservé quelque chose, un objet qui aurait appartenu à un proche, un membre de notre famille. Quelque chose "d'utile", un "souvenir" qui eut autrefois une fonction première dont on doit honnêtement reconnaître qu'elle n'est pas à la gloire de Dieu. Ce n'est peut-être, effectivement, qu'un "souvenir", et rien d'autre. Mais pour la personne à qui cet objet a appartenu, cela avait une toute autre signification. Il se peut que cet objet avait une fonction spécifique, liée à un culte religieux, quel qu'il soit. Cet objet, ce pourrait être un masque en bois, rapporté d'un séjour par un oncle missionnaire. Un objet, au demeurant, inoffensif, sauf que ces masques étaient peut-être utilisés autrefois par leurs propriétaires pour "invoquer les ancêtres". On peut considérer cet objet comme purement décoratif, sauf que sa fonction première était profondément occulte. Mais ce pourrait être également un objet "bien de chez nous". Chacun pourrait avoir chez soi ses "degrés d'Achaz". Décoratifs, utilitaires ou sentimentaux, ceux-ci n'en demeurent pas moins ce qu'ils sont, c'est à dire ce pour quoi ils ont été fabriqués au départ. Ce pourrait être également des objets-souvenirs ramenés de voyages. De statuettes en amulettes, de "pierres magnétiques" ou autres objets prétendument "neutres" alors qu'ils sont tout sauf cela. 

Mais qu'est-il devenu ?

Si je reprends le récit, Ezéchias fut malade à la mort, et le prophète Esaïe se servit de cet "objet", cet édifice, pour lui signifier l'assurance de sa guérison. L'histoire ne nous dit rien de ce qu'il en advint après. Par contre, il est une question qui me semble pertinente. Qu'est-il advenu de cet autel que le roi Achaz avait fait bâtir ? Était-il toujours debout ou bien le roi réformateur l'avait-il fait détruire comme il l'avait fait pour tout les autres autels païens ? L'aurait-il laissé debout parce que c'était son père qui l'avait fait faire et qu'il y tenait beaucoup ? Ézéchias fut confronté, à un moment ou un autre, à ce choix. Sachant l'attachement que son père portait à cet édifice, il lui a fallu prendre une décision. Se pourrait-il que son aspect "utilitaire" ait réussi à le convaincre de le laisser subsister ? Peut-être même a-t-il été conseillé dans ce sens. Pourtant, à cause de sa fonction première, celle de recevoir des sacrifices païens, cet autel aurait dû être totalement détruit. On ne peut accuser sans preuve, comme on ne peut douter de l'intégrité du roi Ézéchias et du fait qu'il ait été jusqu'au bout de la tâche qui lui incombait. Mais toujours en partant de l'hypothèse que ces "degrés d'Achaz" étaient bel et bien la copie de cet autel syrien qu'Achaz avait vu à Damas lors de son voyage en Syrie, et qu'il avait fait reproduire par Ouriyah, on peut s'interroger sur la raison de sa présence aux abords du palais. 

Et si nous possédions un objet ayant appartenu à un proche et que nous ayons, pour une raison ou pour une autre, conservé cet objet tout en sachant quelle avait été sa fonction, en l’occurrence rendre un culte, quel qu’il soit, à une divinité, quelle qu'elle soit ? Le Seigneur n'a-t-il pas dit que désormais ceux qui lui rendront un culte le feront "en esprit et en vérité" (Jn 4:23, 24) ? Si tel est le cas, peut-être faut-il se poser la question : cet objet a-t-il sa place dans ce lieu où j'adore le Seigneur "en esprit et en vérité" ? Dans le cas où la réponse serait négative, vient alors le choix difficile de la décision. Qu'en faire ? Pour cela, la Bible nous donne la réponse : ce que firent les rois réformateurs qui obéirent à l’Éternel.

Ézéchias fut un roi réformateur. Mais j'en reviens ici à une question posée au début de cet article : pourquoi un bon roi comme Ézéchias devait-il mourir ainsi ? Sans l'intervention divine, la maladie dont il était atteint aurait eu raison de lui. On peut alors se demander : y avait-il un lien entre la maladie du roi et ces fameux "degrés d'Achaz" ? Et si ces mystérieux "degrés"  étaient bel et bien l'autel idolâtre qu'avait fait ériger son père, se pourrait-il que sa maladie soit en lien direct avec le fait qu'il ne l'ait pas pas fait détruire ? Cette maladie aurait-elle été un moyen par lequel Dieu attirait son attention sur quelque chose qui n'avait plus lieu d'être ? Cela reste une hypothèse puisque rien ne prouve que l'autel érigé par Achaz et les "degrés" qui portent son nom soit un seul et même objet. Mais en admettant que cela soit le cas, on peut s'interroger sur la raison qui aurait justifié qu'un autel idolâtre soit toujours debout, et qui plus est, à proximité du palais. Je ne peux m'empêcher de penser à cette parole de l'apôtre Paul qui écrit aux Corinthiens : "c'est pourquoi il y a parmi vous beaucoup d'infirmes et de malades et qu'un grand nombre sont morts" (1 Cor. 11:30). 

Le cœur a des raisons que la raison ignore

Il y a un proverbe populaire qui dit : "Choisir c'est renoncer". Notre vie avec le Seigneur nous amène parfois à faire des choix difficiles, ceux-ci engagent notre responsabilité. Il se peut qu'il y ait à proximité de notre "palais" des choses qui nous ont été transmises par "le père Achaz" et dont il nous faut nous départir. Il est écrit : "Tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée" (Matt. 22:37). Mais si notre conscience nous dicte un acte que notre raison dénigre en lui trouvant de bons arguments pour faire le contraire, nous ne pouvons honnêtement prétendre que nous aimons Dieu "de toute notre pensée". Alfred Kuen parle d'une coutume répandue parmi les premiers chrétiens qui était de collectionner les statuettes des faux dieux. Notre monde moderne n'en est pas non plus dépourvu. Combien de "dragons, elfes, fées, figures aussi monstrueuses que mythiques" ne trouve-t-on pas dans les vitrines de magasins "spécialisés". Autant "d'autels d'Achaz" qui fascinent et dont on s'approprie la "reproduction", tout comme l'avait fait le père d’Ézéchias. 

De nos jours

Lorsque Ezéchias monta sur le trône, il fit détruire tous les autels païens dédiés à des faux dieux. Le Seigneur avait déjà avertit son peuple : "Je détruirai vos haut-lieux et vos statues consacrées au soleil" (Lév. 26:30). Le roi Asa de Judée "fit disparaître les autels des divinités étrangères et les hauts-lieux, il brisa les stèles sacrées et abattit les poteaux d'Achéra (statue consacrée au soleil)" (2 Chroniques 14:1, 2). On pourrait rapprocher les "poteaux d'Achéra" de ce que l'on appelle aujourd'hui "obélisques". La forme d'une obélisque (celle-ci ayant au départ une fonction religieuse dans l'Egypte ancienne) n'est pas sans rappeler celle de l'élément central d'un cadran solaire dont l'ombre indique l'heure sur le cadran gradué. 

Le roi Josias fit de même et "on renversa devant lui les autels de Baal, et il abattit les statues consacrées au soleil qui étaient dessus. Il brisa les idoles, les images taillées et les images en fonte... il abattit les statues consacrées au soleil" (2 Chron. 34:4, 7). Ces rois iconoclastes agirent avec l'assentiment du Seigneur et lui furent agréables dans leurs actions. Posons-nous honnêtement la question : comment verrions-nous les choses si cela se produisait de nos jours ? Aurions-nous, sur ces actions, le même regard que le Seigneur ou serions-nous indignés que l'on porte atteinte aux insignes cultuels de religions qui peuvent, au demeurant, nous être familières (sans que cela n'enlève rien à leurs fonctions idolâtres) ? La réponse que nous apporterons à cette question sera révélatrice de biens des choses. Si nous professons croire en l'autorité plénière de la parole de Dieu, il nous faut également nous positionner quant à ce phénomène qu'est l'idolâtrie aujourd'hui. On ne peut honnêtement se voiler la face. Celle-ci subsiste encore aujourd'hui. Ou bien aurons-nous la naïveté de croire que la modernisation de la société aurait définitivement éradiqué ce phénomène ancestral ? Qu'en est-il réellement ? Et comment nous positionnons-nous vis-à-vis de ce que le Seigneur condamne ouvertement et avec vigueur ? Que ferons-nous de "l'héritage" du "père Achaz" ou de celui de "l'Oncle Tom" ? Aaah les degrés d'Achaz de l'Oncle Tom !...

Il y eut plusieurs rois qui furent réformateurs : Asa, Ezéchias et Josias. Mais Ezéchias ne fut pas comme Josias. Car il est dit de ce dernier : "Avant Josias, il n'y eut pas de roi  qui, comme lui, revint à l’Éternel de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa force, selon toute la Loi de Moïse. Et après lui, il n'en est pas paru de semblable" (2 Rois 23:25). Non, Ezéchias ne fut pas comme Josias. Son cœur ne fut pas "entier pour l’Éternel". Il subsistait, en lui, des zones d'ombre. Des zones d'ombre dans lesquelles auraient pu se dissimuler des choses comme la compromission. L'Ecclésiaste a dit très justement : "Les voies de Dieu sont droites mais l'homme a cherché beaucoup de détours". Darby traduit : "beaucoup de raisonnements". La tentation peut être forte de se trouver de bons arguments pour se détourner de ce qui nous dérange. De bons arguments, oui, mais fondés sur de mauvais "raisonnements". Lequel de ces deux rois prendrons-nous pour exemple ? Pour répondre à cette question il est bon de se rappeler ces mots du prophète Daniel : "Ceux qui connaîtront leur Dieu agiront avec fermeté" (Dan. 11:32). 

JiDé

Les degrés d'Achaz : le soleil a-t-il reculé ?
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