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Deux arbres et un serpent en Eden

Deux arbres et un serpent en Eden

Un homme et une femme, un jardin, deux arbres, un serpent, et le décor est planté ! On sait tout de suite de quoi on parle. Une histoire que l'on connaît ou que l'on croit connaître. Et pourtant, cette histoire recèle, dans sa trame, de petites subtilités qui donnent à ce récit que l'on croit parfois si bien connaître, une nouvelle dimension. Celles-ci sont connues de beaucoup, mais ignorées de bien d'autres. Elles appartiennent à ceux qui savent les chercher. 

Une tradition juive dit que lorsque Dieu a créé l'être humain (Adam), il a prit de la glaise de tous les pays du Monde pour que l'homme puisse se sentir partout chez lui. Et pour souligner encore cette origine de l'être humain, le texte nous dit que celui-ci a été tiré de terre (adama). Il est couramment admis qu'Adam est le prénom du premier homme, mais il n'en est rien. En réalité, le mot "adam" veut simplement dire "être humain". Lorsque, au verset 5 du chapitre 2 de la Genèse, il est écrit : "al  aharetz  vé adam aïn pnèi ah adama il n'y avait point d'homme pour cultiver le sol", il est dit qu'aucun être humain ne cultivait la terre. Pour reprendre le jeu de mots (la Bible en est remplie), on pourrait dire : "il n'y avait aucun terrien pour cultiver la terre".  "Pourtant", me direz-vous, "son nom figure dans les généalogies. Cela prouve bien qu'il s'appelle ainsi !"  En réalité, Adam est celui qui contient, en lui-même, toute la race humaine. Il est en quelque sorte un "prototype" de l'espèce humaine. Lorsque il est fait mention de "adam" dans le récit biblique, il s'agit du personnage ainsi nommé. Lorsque le texte parle de "l'homme" (ha adam"), il faut comprendre que le texte parle de l'être humain en général. Il est intéressant de noter également que dans le mot "adama", on trouve les mots "adam ma" - "l'homme quoi ?" ou "qu'est-ce que l'homme ?".  Ainsi, s'interroger sur l'origine de l'homme, c'est également s'interroger sur sa nature. L'homme est à la fois un être terrestre et un être spirituel de par le fait qu'il est intrinsèquement une créature de Dieu faite à Son image. 

Il est aussi généralement admis qu'Adam fut créé dans le jardin d'Eden. Mais, en réalité,  cela ne correspond pas à ce que nous dit le texte de la Genèse. Au verset 8, il est dit : "l’Éternel Dieu planta un jardin en Eden du côté de l'Orient, et il y mit l'homme qu'il avait formé". Dans notre récit, la création de l'homme précède directement la plantation du jardin d'Eden. "Il y mit l'homme qu'il avait formé".  Adam n'a donc pu être créé dans un jardin qui n'existait pas encore, c'est donc qu'Adam fut formé en un autre lieu ! Mais dans ce cas, si Adam n'a pas été créé dans le jardin d'Eden, alors où était-ce ? La réponse à cette question sera abordée plus tard, dans un article à venir.

Pour bien comprendre le sens exact du texte biblique, il faut savoir s'arrêter sur chaque mot, et en saisir la signification exacte au risque, sinon, de lire le texte de façon superficielle, voire erronée. 

Autre détail qui n'est pas dénué d'importance est que le texte nous dit que "l’Éternel Dieu planta un jardin en Eden". Il n'est pas dit que Dieu planta le jardin d'Eden, mais "un jardin en Eden" ("gad be èden"). Ce qui veut dire que l'Eden était un lieu où a été planté le jardin. Le véritable Eden n'est pas le jardin en lui-même. Il est d'ailleurs écrit : "un fleuve sortait d'Eden pour arroser le jardin" (Gen. 2:10).  Nous verrons plus loin, lors de la rencontre avec le serpent, que ce détail a toute son importance. L'homme et la femme avaient déjà quitté l'Eden lorsqu'ils furent chassés du jardin. 

"Et Dieu fit pousser du sol des arbres de toutes espèces... et l'arbre de la vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal" (Gen. 2:9).  Parmi ces arbres que Dieu fit pousser, il y en avait deux qui se différenciaient par leur spécificité : le premier, l'arbre de la vie, "ets-raïm", et l'autre, l'arbre de la connaissance, "ets ha daath". L'arbre de la vie a une particularité qui ne peut être rendue dans sa traduction. L'expression "ets-raïm" en hébreu a une singularité. On appelle cela un "état construit". Un professeur d'hébreu comparait cela à la maison d'Hansel et Gretel, les personnages du conte de Grimm. Leur maison était tout en chocolat et tout pouvait être mangé. On pourrait tout aussi bien appeler cet arbre "l'arbre-vie". De ses racines à sa cime, il est de la même nature. Tout peut être mangé. Nous verrons plus loin que le fait qu'il soit "au milieu du jardin" a aussi son importance. Nous verrons également que, aux yeux de la femme, cet arbre n'a pas toujours été au centre du jardin. De cet arbre,  l'adam pouvait en manger mais il lui était interdit de manger de l'arbre de la connaissance "ets da'ath" (Gen. 2:17). Le mot "da'ath", qui est traduit par "connaissance", est en réalité un aspect de la Sagesse de Dieu. Celle-ci se décline, selon l'Ecriture, sous sept aspects différents. Le "da'ath" est l'un de ces aspects. Le sujet est trop vaste pour s'arrêter sur ce thème mais le "da'ath" est, selon la tradition rabbinique, l'une des trois formes de la Sagesse divine (avec Hohmah et Binah) par lesquelles Dieu a fondé le Monde. 

Mais à ce stade du récit, l'homme est encore seul et sans vis-à-vis. Le Créateur décida donc qu'il n'était pas bon que l'homme soit seul et Dieu créa la femme. "Dieu fit tomber sur l'adam un profond sommeil puis il prit l'une de ses côtes et l’Éternel forma une femme de la côte qu'il avait prise à l'homme, et il l'amena vers l'homme". Ceci me permet d'introduire une petite boutade : il paraîtrait que le jardin d'Eden était au bord de la mer. Or, la femme a été tirée de la côte de l'homme. Ainsi, pour pécher (pêcher) l'homme a suivi la côte. 

Mais pour ce qui est de cette "côte" (le mot peut également être traduit par "côté"), le mot "tséla" désigne également la hanche, mais aussi les chambres latérales du Temple,voire même certains éléments du Tabernacle (1). A ce propos, il est intéressant de noter qu'il est écrit "wayyi ben IHVH Elohim èt ha selah" ("l'Éternel Dieu forma une femme de la côte"). Le verbe "banah" veut dire "construire". On retrouve donc ici l'idée de construction du Temple ou d'éléments fabriqués du Tabernacle.

Une femme, en hébreu, se dit "isha". L'homme, lui, est appelé "ish". Ainsi, Isha est tirée de Ish comme la femme fut tirée de l'homme. Nous avions vu que Adam (l'homme) avait été tiré de la terre (adama). Le Masculin fut tiré du Féminin. Pour ish et isha, nous avons le cas de figure inverse. Celle-ci, contrairement à Adam, fut formée dans le jardin. La tradition a attribué improprement à la femme le nom de "Eve". En réalité, son vrai nom est "Hava" - "la Vie" ou "la Vivante".  Et ce nom ne lui sera donné par son mari que tardivement dans le récit puisque c'est après la Chute qu'elle fut enfin nommée, juste avant que le couple ne soit chassé du Jardin.  Ainsi, il est écrit au verset 20 du chapitre 3 : "Adam donna à sa femme le nom de Hava la vivante - car elle est la mère de tous les vivants".  Et l'homme et la femme devinrent "une seule chair. L'homme et la femme étaient tous deux nus (aroumim) et ils n'en avaient pas honte".  Et c'est à ce stade du récit qu'apparaît un nouveau personnage : le serpent. 

"Le serpent était le plus rusé (aroum) de tous les animaux" (Gen. 2:24 à 3:1). Chouraki traduit : "le plus nu de tous les animaux". Le serpent s'est présenté "nu", dénué de toute duplicité apparente. Drapé dans son apparente innocence. Proverbes 26:24 à 26 dit : "par ses lèvres, celui qui hait se déguise et il met au dedans de lui la tromperie".  Or, il y a en hébreu un jeu de mot entre "bégued" (le vêtement) et "baged" (le traître). Lorsque le serpent va s'adresser à la femme, il lui demande :"Dieu (Elohim) a t-il réellement dit...?"  Mais le texte nous dit que lorsque Dieu s'est adressé à Adam, il est écrit "Adonaï Elohim donna cet ordre à l'homme". Adonaï, c'est le Seigneur, c'est le Nom imprononçable YHVH.  Le serpent va volontairement omettre cet aspect de Dieu, celui de Sa souveraineté, pour n'utiliser que le nom "Elohim", le Dieu Créateur de Genèse 1:1. Par cela, le serpent écarte volontairement la souveraineté de Dieu pour ne plus voir en lui que le Créateur. Ah, pourquoi ont-ils accepté d'entrer dans ce dialogue avec "le plus rusé de tous les animaux" ? Ce bonheur ne pouvait-il durer ? Mais que faisait donc là ce serpent ? Il semble que l'un et l'autre se soient fort bien accommodés de sa présence. Le piège s'ouvrit par une question : "Dieu a-t-il réellement dit ?". Leur chute débuta par une faute funeste : "La femme répondit au serpent" (Gen. 3:2).

Et nous arrivons ici à une étape intéressante du récit, sur un détail qui, généralement, passe totalement inaperçu. "Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : vous n'en mangerez pas et vous n'y toucherez pas" (Gen.3:3) dit la femme. Comment connait-elle cet interdit ? Probablement parce que l'Adam le lui a enseigné. Mais est-ce vraiment ce que Dieu avait dit ? "Tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal". Mais il ne lui était pas interdit de le toucher, seulement d'en manger. Mais la tentation aidant, elle transgressa déjà un interdit en touchant le fruit. Avant même de manger du fruit, elle transgressa un commandement qu'elle s'était, elle-même, infligée. Peut-être justement parce que la tentation était déjà venue dans son cœur auparavant. La meilleure façon de ne pas manger de ce fruit qui l'attirait était de s'interdire d'y toucher. Ce qui était en soi une bonne chose. Mais cet arbre dont nous parlons, quel est-il ? Celui de la connaissance du bien et du mal. Or, qu'avait-elle répondu au serpent ? "L'arbre qui est au milieu du jardin".  or, quel est l'arbre censé être au milieu du jardin ?  l'arbre de la vie et non l'arbre de la connaissance (Gen.2:9). Mais avant que la femme ne rencontre le serpent, un changement s'était opéré. Non dans le jardin, mais dans son regard et dans son cœur. Pour elle, l'arbre de la vie n'était déjà plus au centre du jardin. Il se peut que le serpent l'avait remarqué. Lorsqu'il s'adresse à elle, il a déjà conçu une stratégie fondée sur les éléments obtenus par son observation attentive de sa future victime. Le mot traduit par "serpent" est "narash". Le mot narash a plusieurs significations. C'est à la fois un serpent, mais aussi un objet de divination avec l'idée d'observer attentivement, de deviner, d'apprendre par expérience. Le narash a observé longuement sa future victime avant de s'adresser à elle par la ruse. Le "narash", c'est un esprit de séduction, de manipulation et de contrôle. Dans cette histoire, Adam n'est pas moins coupable car il ne fera rien pour l'en empêcher, bien au contraire, il va y goûter également. Il lui avait été ordonné de garder le jardin. Son rôle aurait donc été d'intervenir et de faire taire le serpent puisque toute créature lui était assujettie. 

Après qu'ils eurent mangé du fruit de l'arbre de la connaissance, "leurs yeux s'ouvrirent et ils connurent qu'ils étaient nus (eroumim - et non plus aroumim)(Gen. 3:7) La prise de conscience de leur "nudité" a, en quelque sorte, modifié la nature de celle-ci. Nous verrons plus loin que les habits de "peau" dont Dieu les revêtira a un lien plus qu'étroit avec cette nouvelle nudité. Il est plus que probable que ce n'est pas de leur nudité physique dont ils prirent conscience après leur désobéissance, mais de quelque chose de plus subtil. La nudité d'une âme souillée par la mauvaise conscience ? Peut-être ! La culpabilité de la désobéissance ? Peut-être aussi. Rappelons que ni l'un ni l'autre n'avait conscience, auparavant, du "péché". Conscience qui, pour l'un comme pour l'autre, était totalement vierge l'instant d'avant. Elle n'avait jamais été émoussée par un péché quelconque. le serpent s'en frottait les mains, si j'ose dire. "Et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s'en firent des ceintures" (Gen. 3:7). Dans la Bible, le figuier est un symbole de guérison. Cherchant à soigner la fracture intérieure qui venait de se produire en eux, ils inventent la médecine par les plantes. 

"Alors ils entendirent la voix de l’Éternel Dieu (YHVH Elohim) qui parcourait le jardin vers le soir..." (Gen. 3:8). Littéralement, "lerouah ayom" (au souffle du jour). "Rouah", c'est "l'Esprit de Dieu". Dieu parcourait le jardin par Son Esprit. L'homme et la femme prennent peur. Ils tentent de se cacher. Alors qu'il y a peu, ils vivaient avec leur Dieu dans une douce intimité, ils cherchent maintenant à fuir Sa présence. "Mais l’Éternel Dieu appela l'homme et lui dit : où es-tu ? ("vayièrah"  : "où en es-tu ?)" (Gen. 3:9). La formulation de cette question, en hébreu,  a un sens moral. Dieu sait où se cache l'homme. Mais cette question a pour but d'amener l'homme à s'interroger sur son attitude morale. "Qu'as-tu fait ? As-tu réellement conscience de ce que tu as fait ?" Voilà la vraie question. Où est-il ? Mais dans le jardin. Dans le jardin, certes, mais plus dans le jardin d'Eden ! Durant tout le temps que dure le dialogue entre la femme et le serpent, il n'est jamais fait mention du jardin d'Eden. Il n'en est plus fait mention avant que Dieu ne prononce la sentence d'expulsion du couple du jardin d'Eden (Gen. 3:23). L'Eden n'est pas un jardin, c'est une atmosphère. C'est la dimension spirituelle dans laquelle Dieu avait planté le jardin. Ayant choisi de désobéir, l'homme et la femme s'étaient eux-mêmes exclus de cette atmosphère spirituelle. Il ne restait plus qu'un jardin. 

Cette question d'ordre moral que Dieu pose à Adam va amener celui-ci à avouer la motivation qui l'a poussé à se cacher : "J'ai eu peur". C'est la première mention, dans la Bible, d'une émotion. Il va même ajouter : "j'ai eu peur parce que je suis nu (eyrom)".  Le mot utilisé ici n'est plus "arom" qui désignait sa nudité physique dont il n'avait pas honte, mais "eyrom", ce qui laisse supposer une différence dans la nature de cette "nudité". Face à cette affirmation d'Adam, le Seigneur pose alors une autre question : "qui t'as dit que tu es nu (eyrom)?". Il est sous-entendu que l'homme n'a pu découvrir cela par lui-même. Il faut que quelqu'un le lui ai dit ou bien qu'il en ait pris conscience par un moyen ou un autre. "Si tu as pris conscience de cette nudité-là, c'est que tu as mangé de l'Arbre de la connaissance, sinon comment le saurais-tu ? Tu étais nu (arom) et tu n'en avais pas honte" (ce qui sous-entend qu'Adam, avant la chute, avait conscience de sa nudité physique). Le fait d'avoir mangé de l'Arbre de la connaissance lui a donné conscience d'une autre forme de nudité. Ce n'est plus une nudité physique mais une nudité d'une autre nature que l'on peut imaginer morale ou spirituelle. Une nudité de l'être intérieur. Celle dont il a pris conscience par sa désobéissance a changé quelque chose dans son rapport avec son Créateur. Désormais, il le craint. 

Pour se disculper, l'homme va reporter la faute sur la femme qui, à son tour, va reporter la faute sur le serpent. Mais elle reconnait avoir été séduite, trompée. Alors que Dieu donne à l'un et l'autre l'opportunité de se justifier, d'expliquer la raison de leur acte, le serpent, lui, n'en aura pas l'occasion. La sentence tombe, sans appel : "tu mangeras la poussière", ce à quoi se réfèrent  les prophètes EsaÏe et Michée par ces mots : "la poussière sera la nourriture du serpent" (Esaïe 65:25, Darby) et, "elles lécheront la poussière comme le serpent" (Michée 7:17). L'homme retournera à cette poussière dont devra désormais se nourrir le serpent. 

La femme d'abord, l'homme ensuite, vont prendre connaissance des conséquences respectives pour l'un et l'autre, suite à leur désobéissance. "Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre sa postérité et ta postérité. Celle-ci t'écrasera la tête et tu lui blesseras le talon" (Gen. 3:15). Les Sages d'Israël ont fait remarquer que le texte hébreu contient une petite "anomalie" puisqu'il est écrit en réalité "IL t'écrasera la tête" et non "elle". Et ils ont ajouté : "CELUI qui écrasera la tête du serpent, c'est le Massiah (le Messie)".  C'est la première prophétie messianique de la Bible. 

Il est intéressant de s'arrêter un instant sur le mot "talon (aquev)". Ce mot, "aquev", est la racine du nom de Yaacov (Jacob). Il y a ici une allusion au fait que le narash (le serpent) ne cessera jamais, au travers de sa postérité, de poursuivre la postérité de Jacob (le peuple d'Israël), ce qui explique la souffrance du peuple juif, tout au long des siècles. Pourquoi le peuple juif est-il toujours l'objet de persécutions en tout genre ? Parce que la postérité du serpent ne cesse de vouloir lui blesser le talon (aquev-Yaacov). 

Ainsi, l’Éternel Dieu dit à la femme : "j'augmenterai les souffrances de tes grossesses, tu enfanteras dans la douleur" (Gen. 3:16). En réalité, il est écrit : "be ètsèv tèlèdi banim" ce qui se traduit par "avec peine tu enfanteras des fils". Effectivement, celle que son mari va nommer "Hava - la mère de tous les vivants" va enfanter deux fils : Caïn et Abel. L'un va devenir le meurtrier de l'autre. Hava sera à la fois la mère de la victime et celle du meurtrier. Hava qui donne la vie va devenir, par son premier enfantement, la mère du meurtrier de son fils. Et depuis l'aube de l'humanité, des femmes sont devenues les mères de meurtriers et celles de leurs victimes. Certaines, comme Hava, vont devenir les deux. Mais il est une autre douleur pour Hava. Ses fils ne connaîtront jamais la douce quiétude innocente du Gan Eden, le jardin des délices. Du sein de Hava, de ses entrailles est issue toute l'humanité, de l'aube de celle-ci jusqu'à nos jours. Deux branches vont porter l'humanité : celle de Caïn et celle de Seth, le troisième fils d'Adam et Hava. 

Plus tard, l’Éternel Dieu dira à Caïn : "le sang de ton frères crie vers moi " (Gen. 4:10).  En réalité, le mot "sang" est pluriel. Il est écrit "les sangs de ton frère". Les Sages d'Israël ont fait remarquer que lorsqu'il est parlé de "sangs" au pluriel, cela était toujours lié à un meurtre violent ou à un massacre. Ce qui laisse supposer qu'Abel a été assassiné par son frère de façon particulièrement violente et brutale. Mais cette expression "les sangs" peut également avoir une autre signification. "Les sangs", ce sont également toutes les générations qui auraient dû naître d'Abel. Il est intéressant de noter à ce propos que l'expression "ets haïm" pourrait également se traduire par "arbre des vivants" ou "arbre des vies" étant donné que le mot "haïm" est un pluriel. Et comme le dit le livre du Lévitique : "la vie est dans le sang" (Lévitique 17:11). Ainsi, en assassinant Abel, Caïn a fermé l'accès à la vie à toutes les générations qui auraient dû naître des reins d'Abel. Par extension, un meurtre est toujours un génocide en puissance. A l'inverse, comme le dit un proverbe hébreu : "celui qui sauve une vie sauve le monde entier".

Ainsi, après qu'Adam eut donné un nom à sa femme, l’Éternel Dieu leur fit des habits de peau et les en revêtit (Gen. 3:20,21). Il est généralement admis que l’Éternel Dieu aurait tué un animal, l'aurait dépecé et aurait revêtu le couple de sa peau pour cacher leur nudité. Il est également couramment dit que ce "sacrifice" animal préfigurerait les sacrifices d'animaux prescrits par la loi de Moïse, et par extension, le sacrifice ultime de Jésus sur la croix. Mais est-ce vraiment de cela qu'il s'agit ? En réalité, pour valider cette théorie, un problème se pose, et un problème de taille. Ce problème c'est que l'Ecriture ne mentionne nullement un quelconque sacrifice animal dans le jardin d'Eden. Or, un tel fait méritait tout au moins d'être mentionné. Aurait-il été omis volontairement ?  Peut-on même envisager que le sang ait coulé dans ce jardin de délices ? Et de quel animal s'agissait-il ? Ce qui n'était qu'une hypothèse s'est muée en vérité établie, puis en "type" du sacrifice de Christ sans que cela ne soit soutenu par un fondement scripturaire. 

D'accord, me direz-vous, mais alors si ce n'était pas une peau de bête, qu'est-ce que c'était ? Pour répondre à cette question, il nous faut à nouveau nous pencher sur le texte original qui recèle bien des finesses inaccessibles à la traduction.  En hébreu, le mot "peau" se dit "owr" et s'écrit avec les lettres hébraïques "ayin, vav, resh". Mais le mot "owr" signifie également "lumière". Celui-ci s'écrit avec les lettres "aleph, vav, resh". Les Sages d'Israël ont fait remarquer qu'il y a là un jeu de mots entre "owr" (la peau) et "owr" (la lumière). Un  vêtement de lumière ?  On pourrait donc lire aussi  : "Il leur fit des vêtements de lumière".

Il a été couramment dit que, après la chute, l'homme et la femme eurent honte de leur nudité, c'est pourquoi l'homme s'est vêtu. On en veut pour preuve la pudeur naturelle. Il est un fait que la chute a provoqué un changement dans la conception naturelle de la nudité. Mais est-ce bien cette nudité là que cette "peau" était censée couvrir ? Pour mieux comprendre tout cela, il nous faut nous rappeler que la "nudité" que cette "peau" est censée dissimuler est une nudité "eyrom" et non "arom", c'est à dire une nudité de l'âme plutôt que du corps.  Cette "nudité" pourrait-elle avoir un tout autre sens que son sens purement littéral ? Lorsqu'il est parlé de vêtements de peau, cela couvrirait-il également un sens plus étendu que la simple notion d'épiderme ou de peau animale ? Pour mieux comprendre cette notion, il nous faut aller dans le livre de l'Exode. "Les enfants d'Israël regardaient le visage de Moïse et voyaient que la peau de son visage rayonnait" (Exode 34:35). Littéralement, il est écrit : "pnéi Moshè ki karan owr pnéi Moshè" (la face de Moïse que rayonnait la face de Moïse). Le visage de Moïse rayonnait après être sorti de la présence de Dieu, la peau de son visage émettait une forte luminosité. L'homme ayant été créé à l'image de Dieu, il se peut qu'il ait été créé ainsi. Ne dit-on pas de quelqu'un qu'il rayonne ? Ne parle t-on pas d'une personne lumineuse ? A l'inverse, on peut parler de quelqu'un de sombre lorsque celui-ci est dénué de toute forme de joie ou d'épanouissement. A combien plus forte raison peut-on imaginer que, vivant dans l'intimité de Dieu, l'être humain possédait, avant la chute, un rayonnement intérieur bien plus intense encore que celui qui émanait du visage de Moïse. Il se peut que, après la chute, ce rayonnement se soit atténué jusqu'à disparaître définitivement. L'homme et la femme se retrouvèrent alors nus (eyroumim). Cette nudité étant celle de deux êtres ayant perdu cette lumière intérieure qui les rendaient si semblables à leur Créateur, comme si des ténèbres venaient soudain de les recouvrir. Mais Dieu, dans sa bonté, les revêtit de vêtements de lumière. 

Malgré cela, le processus était enclenché. Le séjour de l'homme dans le jardin d'Eden touchait à sa fin. Il va en être chassé. Il faut noter que l'expression "jardin d'Eden" ne réapparaît qu'à cet endroit. Durant tout le temps de l'échange entre Hava et le serpent, il n'est fait mention que du jardin. Mais si il est à nouveau fait mention du "jardin d'Eden" , c'est tout d'abord parce que la Présence de Dieu lui redonne toute sa dimension, mais aussi peut-être pour que l'homme et sa femme puissent prendre conscience de ce qu'ils ont perdus. L'homme et la femme vont devoir quitter ce jardin d'Eden. Mais dans quelles conditions s'est déroulé ce départ ? Comment s'est passée cette expulsion ? Là encore, le texte original vient à notre aide pour en comprendre le déroulement. Il est écrit : "et l’Éternel Dieu le chassa du jardin d'Eden... c'est ainsi qu'il chassa Adam et il mit à l'Orient du jardin d'Eden les chérubins qui agitaient une épée flamboyante pour garder le chemin de l'Arbre de la vie" (Gen. 3:23,24). Il faut noter que la raison pour laquelle l'homme fut chassé du jardin d'Eden n'est pas d'avoir mangé du fruit de l'Arbre de la Connaissance, mais pour qu'il ne puisse pas manger de l'Arbre de la vie. Pourquoi cela ? Parce qu'Adam et Hava avaient péché et ils venaient de perdre ce statut d'innocence qu'ils possédaient naturellement. S'ils avaient mangé de l'Arbre de la vie, ils auraient vécu éternellement, mais éternellement en état de pécheurs. C'est ce que Dieu voulait leur éviter. L'éviction du jardin permettait à Dieu de mettre en place le plan du Salut en Christ.

Il semblerait, selon ce que nous dit le texte original, que cette éviction s'est faite en deux temps. Au verset 23 du chapitre 3, il est dit que Dieu le "chassa" du jardin d'Eden. Le mot hébreu est "shalash", qui désigne un geste fait avec la main. C'est le même mot qui est utilisé lorsqu'il est dit que Noé "lâcha" la colombe hors de l'arche (Gen. 8:12). Ce mot veut dire : "envoyer au loin, renvoyer, congédier". Mais au verset 24, c'est un autre mot, différent mais assez semblable, qui est utilisé. C'est le mot "garash". Ce terme est plus violent, il signifie : "chasser, expulser, jeter dehors", voir même "divorcer".  A ce propos, il est intéressant de noter que, lorsque la femme dit : "le serpent m'a séduite", elle utilise le mot "nasha", que certains dictionnaires ont traduit par "épouser". "Le serpent m'a épousée - ha narash ishi ani" (Gen. 3:13). Or, le terme "garash" est utilisé pour parler, entre autres, d'un homme qui répudie sa femme pour cause d'adultère (lévitique 21:7). Au travers de son histoire, l’Éternel Dieu va souvent reprocher à son peuple, le peuple d'Israël, d'être adultérin. Ce fut la raison de ses exils.

Mais que s'est-il donc passé entre les versets 23 et 24 ? Adam a résisté. Il ne veut pas quitter le jardin. A la désobéissance, il ajoute maintenant la rébellion. On peut imaginer que Dieu, dans un premier temps, les ait invité à s'en aller. En reprenant cette idée du "Shalash", on peut imaginer l’Éternel Dieu, tel Noé avec la colombe, leur posant doucement la main dans le dos en leur disant : "venez, je vous raccompagne vers la sortie". Mais le verset 24 laisse supposer une réaction négative de la part d'Adam obligeant le Créateur a agir avec plus de fermeté. Ils ne sont plus invités à s'en aller. Maintenant, les voilà chassés, expulsés, répudiés. Et pour dissuader définitivement l'homme de s'approcher ou de tenter de rentrer dans le jardin, l’Éternel Dieu va mettre des anges protecteurs devant l'entrée afin de leur en barrer l'accès. "Et il mit à l'Orient du jardin d'Eden, les chérubins". Il faut s'arrêter un instant sur un détail qui passe généralement inaperçu et qui pourtant à son importance. "Mikédem ve gan Eden". A l'Est du jardin d'Eden. Moïse (qui a rédigé le livre de la Genèse), comme  ses contemporains, est un oriental. A la différence de nous, occidentaux, qui nous orientons par rapport au Nord, l'oriental se réfère à l'Est comme point cardinal. Il a donc l'Ouest dans le dos, le Nord à sa gauche et le Sud à sa droite. Mais cette façon de s'orienter a également un rapport avec sa conception du temps. Le quédem représente le Passé, ce qui est révolu, mais également et surtout, l’origine des choses. A l'inverse, l'Ouest (l'Occident) représente le Futur. Puisque le Futur est dans le dos, on ne peut ni le voir ni le connaître. Pour Adam et Hava, le Quédem représente tout ce qu'ils ont perdu, tout ce qu'ils ont dû laisser derrière eux, le lieu d'où ils sont sortis, tout leur jeune passé. Pour eux, le Quédem, c'est le lieu de la nostalgie d'un passé désormais révolu et inaccessible. Ce Quédem c'est, dans tous les sens du terme, celui du jardin d'Eden.  Pour Adam et Hava une nouvelle histoire va commencer. Une histoire teintée de la nostalgie d'un passé désormais révolu. 

JiDé

 

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