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Dieu punit-il le péché des pères sur les enfants ?

 

"Car moi, l’Éternel ton Dieu, je suis un Dieu jaloux qui punit l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent". Exode 20.5

"Pourquoi dites-vous ce proverbe dans le pays d'Israël : les pères ont mangé des raisins verts et les dents des enfants en ont été agacées ?" (Ezechiel 18: 2). 

Ce passage du livre de l'Exode a été, et est encore sujet à polémique. Dieu peut-Il, et veut-Il punir l'iniquité des pères sur leurs propres enfants ? Les enfants doivent-ils subir la colère de Dieu pour des péchés dont ils ne sont pas responsables ? Faut-il parler d'atavisme ou d'un quelconque héritage générationnel ? Le sujet est sensible. Les défenseurs du "pour" argumenteront en soutenant que l'autorité de l'Ecriture ne peut être mise en défaut. Les défenseurs du "contre", eux, tout en reconnaissant l'autorité plénière des Écritures, refusent cet aspect arbitraire d'une justice qui punirait l’innocent pour le coupable. D'autres encore ne verront dans ce texte qu'un aspect purement légal d'une loi de toute façon obsolète, dépassée, et remplacée par le régime de la Grâce. Mais finalement, sur quoi toutes ces argumentations sont-elles fondées ? "Mais sur la Bible", me répondrez-vous. "C'est ce que la Bible dit", allez-vous me rétorquer. Vraiment ?

Question de traduction

Le texte dont je me suis servi pour introduire cet article est tiré de la version Segond. Plusieurs autres versions le traduise de façon identique. Mais ce texte que nous avons sous les yeux est une... traduction ! Et comme le dit le vieil adage : "traduire c'est trahir".  La Bible que nous avons entre les mains est le fruit d'un travail remarquable, long et fastidieux, auquel se sont attelés des hommes désireux de rendre le texte original accessible au plus grand nombre. Car nous ne sommes pas sans ignorer que les auteurs bibliques n'on pas rédigé leurs écrits en français mais bien en hébreu (pour l'Ancien Testament), en grec (pour ce qui est du Nouveau*) et même, pour une part, en araméen (quelques portions des livres d'Esdras et de Daniel). Mais bien que les traducteurs aient pris le plus grand soin (tout au moins faut-il le souhaiter) pour rendre le texte le plus fidèlement possible, ils furent souvent confronté à des choix cornéliens lorsqu'il s'agissait de choisir un mot plutôt qu'un autre pour rendre au mieux le sens d'une expression ou d'une idée. Tous les traducteurs vous diront combien cela peut parfois être difficile. Mais un traducteur, fut-ce un traducteur de la Bible, a aussi ses propres convictions sur des sujets qui, peut-être, déjà de son temps,  divisaient les uns et les autres par des opinions opposées.  Et peut-être que, justement, ce texte de l'Ecriture nous en donne un exemple. Car finalement, le sujet du désaccord trouve principalement son origine sur le fait que Dieu puisse ou non "punir" les péchés des pères sur les enfants. Certes, la question est de taille et il est compréhensible qu'une telle question puisse diviser. Mais est-ce vraiment ce que l'auteur du texte original (ici Moïse, en l’occurrence), a voulu dire ? Prenons une autre version. La version Darby, par exemple, qui traduit : "je suis un Dieu jaloux qui visite l'iniquité des pères sur les fils". Cela veut dire tout à fait autre chose, et celle-ci est reconnue pour être une version très littérale (dont le sens est proche du texte original). La version King James donne "... visiting iniquity of the fathers". De même, la qualité de la version anglophone n'est plus à démontrer. Ces deux versions font autorité. C'est donc là encore une occasion de se mettre à la recherche des "trésors cachés dans le sable". 

Le bon mot

Il est écrit : "anoki Adonaï eloheka el qana poqed avon", ce que la version Second traduit par : "Je suis un Dieu jaloux qui punit le péché". Et c'est ici que se pose le problème de rendre au plus juste le mot "paqad"que la version Second traduit par "punir". Un mot qui peut également, et de façon tout aussi juste, être traduit par "tenir compte, prendre en considération"ce qui donne un tout autre sens au texte. Dieu ne "punissant" plus le péché des pères sur les enfants mais qui, au contraire, prendrait en considération ce péché des pères afin de rendre une sentence plus juste et plus équitable sur celui des enfants. Ce que, juridiquement, nous appellerions aujourd'hui "des circonstances atténuantes". Ainsi, Dieu tiendrait compte du fait que les pères ont péché et ont transmis, à leur progéniture, des pratiques idolâtres (puisque c'est de cela qu'il s'agit principalement dans ce texte). La présence d'idolâtrie au milieu du peuple explique le fait que Dieu se présente à lui comme un "Dieu jaloux"  (l'idolâtrie étant considéré par l'Ecriture comme un "adultère spirituel"). L'idolâtrie ayant été pratiquée par les pères, celle-ci aurait été enseignée aux enfants. 

Aux enfants ? Mais est-ce bien de cela qu'il s'agit ? De quoi, ou de qui, parle-t-on exactement ? Pour le savoir il nous faut revenir au texte original. "Anoki Adonaï eloheka el qana poqed avon abot al banim". "Je suis un Dieu jaloux qui punit (ou qui tient compte, qui prend en considération) le péché des pères sur les fils". Car le mot "banim" se traduit par fils Les filles seraient-elles moins enclines à l'idolâtrie que les garçons ? Ou bien le texte biblique serait-il à ce point misogyne qu'il ne tiendrait pas compte de la gent féminine ? Rien de tout cela. Mais la société hébraïque de cette époque, comme la majorité des populations orientales, est principalement patriarcale et donc l'autorité est maintenue par la gent masculine. Si l'autorité lui est attribuée, il lui faut donc assurer son corollaire qu'est la responsabilité de ses choix et de ses actes. Mais ce n'est qu'un des aspects de ce que signifie cette expression. Le texte de l'Ecriture reste et demeure une source inépuisable. On peut toujours chercher, creuser, et découvrir une compréhension nouvelle, un sens plus juste d'un mot, d'une phrase, d'une expression. On pourrait également s'interroger sur le sens de ces mots "jusqu'à la troisième et la quatrième génération". Ce sujet mérite qu'on s'y attarde. 

Jusqu'à la troisième et la quatrième génération

Alors, Dieu punit-il le péché jusqu'à la troisième et la quatrième génération ? La question est de taille, et elle fait débat. Pour tenter d'y répondre, on ne peut se baser sur une opinion personnelle. Elle serait trop subjective. Il nous faut, au contraire nous fonder sur les éléments que l'Ecriture met à notre disposition. Il y a donc une action de Dieu qui s'étale sur une durée de temps relativement définie. Mais quelle est cette action ? Est-elle au bénéfice ou au détriment de ces "générations" ? Est-ce simplement une action punitive qui n'a pour seul but que de satisfaire la colère de Dieu et sa justice ? Ou, à l'inverse, cette action a-t-elle un but pédagogique, en vue de restaurer et d'instruire pour ramener le pécheur dans la voie droite ? La gravité de la sentence doit-elle s'étaler sur plusieurs générations pour satisfaire le courroux divin ou est-ce la Grâce de Dieu qui agit sur le long terme pour restaurer et contrer une iniquité devenue générationnelle ? Il n'est pas aisé de répondre à ces questions. En réalité, ces principes s'appliquent en fonction de l'iniquité que cette action divine cherche à endiguer. Pour répondre à ces questions, il nous faut également considérer attentivement la signification du mot "paqad" (punir, châtier, tenir compte, prendre en considération)Car c'est ce mot qui définit l'action de Dieu. Et c'est justement l'une des définitions de ce mot qui a donné lieu à cette polémique. Dieu punit-il le péché sur plusieurs générations ? Le prophète Jérémie (le prophète de la compassion) est l'auteur biblique qui fait le plus mention du mot "paqad" dans le sens de "punir, châtier", mais dans l'Ecriture, ce n'est pas une généralité. Sons sens le plus courant est celui de "dénombrement" (principalement dans le livre des Nombres). Un autre sens courant est celui de "responsabilité envers autrui" (comme par exemple, un chef à l'égard de ses soldats ou de ses subordonnés). Ce qui introduit la notion de "responsabilité" non seulement de nos propres actes, mais également de ceux qui sont sous notre autorité. Ce peut être un membre de la famille, une personne dépendante dont on se sent responsable. Cela implique également l'ascendance que l'on va exercer sur autrui. La façon dont Dieu "prendra en considération" (paqad) le péché d'autrui pourrait également dépendre de l'influence que nous avons exercé sur elle (par exemple les enfants ou les petits-enfants). Le "jugement" (paqad) exercé sera alors en fonction de l'influence subie. Nombres 14: 18 parle de l'idolâtrie, mais cela peut concerner une autre forme d'iniquité. 

"Paqad" peut, dans certains cas, prendre le sens de "se souvenir". Dieu dit : "je me souviens (paqad) de ce que Amalek (l'ennemi juré d'Israël) fit à Israël" (1 Samuel 15: 2). Dans ce cas-ci, Dieu prend en compte le mal qui a été fait à Israël par son ennemi (l'ennemi de tous temps). Dans son jugement, Dieu tiendra donc en compte le mal qui a été fait à Israël. Cet élément est "ajouté au dossier". Le juste jugement de Dieu s'exerce en tenant compte de tous les paramètres et aucun n'est oublié. Aucun détail n'est laissé au hasard. Tout est pris en compte, en positif comme en négatif. Lorsque le jugement s'exerce, la faute est rappelée. A l'inverse, la repentance va influer positivement sur la gravité de la sentence. Ezechiel dira : "tu t'es souvenue (paqad) des crimes de ta jeunesse" (Ezechiel 23: 21). Dans un tribunal, le fait de reconnaître un crime peut permettre à l'accusé de bénéficier d'une atténuation de la peine.Il sera de même tenu compte d'éventuelles circonstances atténuantes. 

La notion de "générations" peut être également envisagée de deux façons. La première est de considérer que la progéniture d'un couple représente une génération. Les enfants de ceux-ci formeront la deuxième génération, et ainsi de suite. Ce sont des "générations individuelles". La deuxième façon de concevoir le mot "générations", est de prendre en considération tous ceux qui étaient en vie à une époque donnée. Ce qui peut inclure le père fondateur de la famille, ses enfants, ses petits-enfants et ses arrière-petits-enfants. On peut mieux en appréhender le sens en lisant ce qui est dit de la postérité de Joseph : "Joseph vit les fils d'Ephraïm (son propre fils) jusqu'à la troisième génération, et les fils de Makir, fils de Manassé, naquirent sur ses genoux" (Genèse 50: 23). Joseph pu ainsi transmettre sa bénédiction à ses arrière-petits-enfants. 

Les raisins verts

Un autre aspect du mot "paqad" est justement "l'absence" de quelqu'un. "On remarquera ton absence (paqad) car ta chaise sera vide (paqad) (1 Samuel 20: 18). L'absence d'un père ou d'une mère peut avoir des conséquences dramatiques dans la vie d'un enfant. Cette absence "paqad" peut fortement influencer la construction de sa personnalité. Cela peut également avoir des incidences sur l'éducation que cette personne, devenue adulte, répercutera sur ses propres enfants. Mais le "paqad" peut également s'exercer du parent sur l'enfant. Un éducation trop rigide, trop stricte, ou à l'inverse, trop permissive, aura des répercussions sur l'avenir et la façon dont l'enfant construira ses propres valeurs. J'en reviens ici au deuxième passage de l'Ecriture cité en introduction de cet article. "Pourquoi dites-vous ce proverbe dans le pays d'Israël : les pères ont mangé des raisins verts et les dents des enfants en ont été agacées ?" (Ezechiel 18: 2). La forme interrogative de cette phrase laisse entendre que Dieu n'adhère pas à cette maxime. Effectivement, le prophète Jérémie, dont j'ai parlé plus haut, dit : En ces jours-là, on ne dira plus : les pères ont mangé des raisins verts et les dents des enfants ont été agacées. Mais chacun mourra pour sa propre iniquité, tout homme qui mangera des raisins verts, ses dents en seront agacées" (Jérémie 31: 29, 30). Le texte de Jérémie éclaire celui d'Ezechiel. L'homme porte la responsabilité de son propre péché, par contre, celui-ci peut influencer, entraîner dans sa suite d'autres personnes par l'influence ou l'autorité qu'il exerce. Un désastre peut survenir sur une région, sur une nation par le simple fait d'une erreur commise, ou par un acte délibéré commis par un seul homme. La mauvaise gestion de l'économie d'un pays peut provoquer un appauvrissement de la population. Appauvrissement dont sera également victime la génération suivante. Le texte d'Exode 20 fait mention spécifiquement de l'idolâtrie, et celle-ci a effectivement des conséquences spirituelles sur l'état général d'une nation. 

Lorsque Dieu se révèle à Moïse à Horeb, il se présente à lui comme suit : "l'Eternel, l'Eternel, Dieu miséricordieux et compatissant, lent à la colère et riche en bonté et en fidélité, qui conserve son amour jusqu'à mille générations, qui pardonne l'iniquité, la rébellion, le péché, mais qui ne tient pas le coupable pour innocent, qui punit l'iniquité des pères sur les enfants des enfants jusqu'à la troisième et la quatrième génération" (Exode 34: 6, 7). Un tel Dieu pourrait-il manifester une quelconque injustice ou tout autre forme de "rancune générationnelle" ? Certainement pas ! Alors, d'où peut bien venir ce principe ? Pour Maïmonide, grand rabbin du douzième siècle, le péché d'un homme ne pouvant être expié en une vie, celui-ci serait alors graduellement réparti sur les générations suivantes. Un seul a pourtant payé pour les péchés de plusieurs. Par contre, des hommes ont prié pour implorer le pardon de Dieu pour les péchés de leurs pères, conscients que ceux-ci l'avaient offensé. Néhémie prie en confessant les péchés de son peuple ainsi que ceux de "la maison de son père" (Néhémie 1: 6, 7). Daniel, de même, s'identifiera à son peuple et à ceux qui l'ont précédé et qui ont péché contre Dieu (Daniel 9 : 4 à 20). Il confessera les iniquités de ses pères (verset 16). 

Le châtiment est tombé sur le Fils

Je terminerai sur les derniers mots de ce verset 5 du chapitre 20 : "jusqu'à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent". De qui Dieu parle-t-Il ?  De ceux-là même qui, non contents de pratiquer l'idolâtrie, la transmettent à leurs fils. Pourtant, ce Dieu jaloux est aussi un Dieu d'amour qui prend en considération, qui tient compte du péché des pères lorsque Il  doit Lui-même sévir sur leurs fils. Dieu est également un Père qui, à cause du péché, a envoyé Son Fils, Jésus-Christ, afin que le Monde ne périsse pas mais qu'il ait la vie éternelle. Lorsque Jésus était sur la croix, Il a prononcé ces mots pour ces hommes qui Lui avaient crié leur haine, pour ces Romains qui L'avaient crucifié : "Père, pardonne-leur car ils ne savent ce qu'ils font !"  (Luc 23 : 34)

Oui, Dieu hait le péché mais Il aime le pécheur, c'est pourquoi le châtiment qui nous incombait est retombé sur Son Fils (Romains 15: 3). 

Une grande partie du Nouveau Testament a été initialement écrite en hébreu pour être ensuite traduite en grec. Il se peut que seuls l'Evangile de Luc (destiné initialement à des non-juifs) ainsi que les lettres de l'apôtre Paul, aient été rédigés directement en grec. 

JiDé 

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