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La Loi et la Grâce, une Alliance partagée

La Loi et la Grâce, une Alliance partagée

L'antique dualité entre les principes de "la Loi" et de la Grâce" a beaucoup divisé et elle le fait encore aujourd'hui. La "confusion des langues" qui eut lieu à Babel occasionne encore aujourd'hui bien des incompréhensions. On peut parler la même langue et utiliser les mêmes mots tout en n'ayant pas le même langage. Ce problème ne date pas d'hier mais de l'époque où l’Évangile a quitté la sphère strictement judéenne pour se répandre parmi les Grecs. C'est prioritairement à l'apôtre Paul que fut confié cette lourde tâche avec toutes les difficulté que cela impliquait. Rompu à la culture grecque et polyglotte, Paul possédait les compétences nécessaires pour réaliser cette mission, mais il lui fallut enseigner des concepts qui avaient été conçus et élaborés dans une langue autre que celle utilisée par ses interlocuteurs. Une difficulté majeure fut de pouvoir traduire le mot "loi". En effet, le grec ancien, le Koïnè, langue dans laquelle Paul s'adresse à la plupart de ses interlocuteurs, utilise, pour désigner une loi, le mot "nomos" et ses dérivés alors que la langue hébraïque dispose de tout au moins sept mots différents pour parler de cette même "loi". Sept mots qui expriment chacun un aspect différent de ce qui est avant tout une révélation de Dieu lui-même à un peuple qu'il s'est choisi pour en être le dépositaire principal.

Lorsque nous parlons de "la loi", cela peut avoir pour nous deux sens : la Loi de Moïse avec toutes ses prescriptions, ses exigences, souvent teintée d'une connotation fortement légaliste, ou plus largement l'Ancien Testament (qui peut ne pas être exempt de cette même connotation). Pour le peuple juif qui reçut cette révélation divine, cette notion de "loi" telle qu'on la conçoit est un peu différente. Le mot le plus usité pour désigner les cinq livres de Moïse qui contiennent la loi mosaïque est "Thora" qui signifie "enseignement". En effet, la Thora enseigne au travers de récits, de la création du Monde à l'aboutissement de la traversée du désert qui conduisit le peuple d'Israël, sorti d'Egypte, aux frontières de la Terre Promise : Canaan.

Ce que l'on appelle encore aujourd'hui "la loi" en parlant, de façon globale, de la loi de Moïse, est en réalité très restrictif. De plus, ce mot a pris une connotation plutôt négative, et on l'oppose généralement à la Grâce, considérant que cette dernière rendrait cette "loi" obsolète, dépassée, voire totalement inutile. Le but de cet article n'est absolument pas de justifier un quelconque légalisme mais seulement de chercher à démontrer que cette interprétation est peut-être fondée sur une mauvaise compréhension de ce qu'est cette "loi" et surtout une méconnaissance de la richesse que celle-ci contient car "nous savons que la loi est spirituelle" (Rom.7:14). Car la notion de "loi" est également intrinsèquement liée à celle d'Alliance". Cette loi que Dieu donne à Israël est en réalité un contrat d'alliance par laquelle les deux parties s'engagent mutuellement, l'une envers l'autre. On pourrait même parler d'un "contrat de mariage", cette notion étant présente tout au long de l'histoire d'Israël avec son Dieu. Thème que l'on retrouve dans le Nouveau Testament avec l'image de l’Épouse. Concept directement issu de l'Ancien Testament et de la relation de Dieu avec son peuple. "Annulons-nous donc la loi par la foi ? Loin de là ! Au contraire ! Nous confirmons la loi" (Rom. 3:31).

"L'Alliance qu'il a traitée avec Abraham et le serment qu'il a fait avec Isaac, il l'a érigée, pour Jacob en loi (choq 2706), pour Israël, en alliance éternelle" (Psaume 105:9,10). Le mot peut avoir plusieurs sens mais le plus usité est celui de "décret, statut, ce qui est prescrit avec l'idée de perpétuité. Lorsqu'un "choq" a été décrété, il l'est de façon perpétuelle. Cette notion est essentielle pour comprendre ce qui suit. 

Cet extrait du Psaume 105 illustre bien, à mon sens, cette double notion de Loi divine et de celle de la Grâce abordée plus haut, ainsi que la difficulté d'appréhender le sens profond de cette "apparente" dualité. "Car je prend plaisir à la loi de Dieu selon l'homme intérieur" (Rom.7:22). Et pour tenter d'approfondir cette notion, il m'a semblé intéressant de le faire au travers de personnages bibliques antérieurs à la loi mosaïque. Car ce texte parle en fait de trois personnes et de quatre personnages. Il y est tout d'abord fait mention d'une filiation : Abraham, Isaac et Jacob. "Les promesses ont été faites à Abraham et à sa descendance, il n'est pas dit aux descendances comme s'il s'agissait de plusieurs, mais comme il s'agit d'une seule c'est à dire Christ" (Gal. 3:16). Le quatrième personnage étant le Messie lui-même, lui que l'on retrouve sous la forme de l'Ange de l’Éternel, se battant avec Jacob. Il y est ensuite fait allusion à une transformation : celle de Jacob en Israël. Jacob fut l'exemple type d'un homme transformé. Après sa rencontre avec l'ange, Jacob devint Israël (le vainqueur de Dieu ou celui qui lutte avec Dieu). Jacob et Israël, la même personne, mais d'un autre homme, car c'est un homme transformé qui sort de ce combat. Il y a donc là deux lectures possibles. La première est que l'auteur nous parle du changement réalisé en la personne de Jacob après sa rencontre et son combat avec l'ange de l’Éternel où il reçoit non seulement un nouveau nom mais aussi une nouvelle "nature", une nouvelle identité. La deuxième est que, au travers de Jacob devenu Israël, c'est tout le peuple d'Israël qui est impliqué. A ce peuple d'Israël présent en germe dans les reins de Jacob. Une fois encore le texte biblique nous offre un texte nécessitant plusieurs niveaux de lecture pour pouvoir en appréhender tout le sens. On pourrait donc lire également : "il l'a érigée pour Jacob (le patriarche) en loi, pour (le peuple d') Israël, en alliance éternelle". Ce qui était pour Abraham une alliance fut pour Isaac un serment. Et cette alliance traitée avec Abraham, et promise à Isaac fut érigée en loi pour Jacob. Mais lorsque Jacob devient Israël, celui-ci en retrouve le sens premier, celui d'une alliance. Mais au travers de Jacob devenu Israël, c'est toute sa postérité qui va pouvoir bénéficier de cette alliance contractée prioritairement avec Abraham. 

Son nom, Jacob, symbolise sa vieille nature charnelle, et pour lui, l'Alliance contractée entre Dieu et Abraham se transforme en loi (choq 2706). Son nom d'Israël symbolise sa nouvelle nature spirituelle. La loi à laquelle devait être soumise sa vieille nature charnelle se transforme en une alliance éternelle ou perpétuelle, selon le point de vue que l'on adopte. En effet, elle est éternelle aux yeux de Dieu et c'est ainsi qu'Il l'a conçue au départ. Elle est éternelle parce que issue de la Nature même de Dieu. Elle est éternelle parce que Dieu lui-même s'est impliqué dans cette Alliance. Elle est également devenue perpétuelle parce que, comme il est écrit : "Dieu n'est pas homme pour mentir ni fils d'homme pour se repentir" (Nombres 23:19). Elle est perpétuelle, parce que contractée avec un homme et liée à sa descendance.
 


Cette alliance a donc à la fois une nature divine et une nature humaine. Mais Dieu ne pouvant contracter une alliance avec la nature déchue de l'homme, celle-ci ne pouvait revêtir sa dimension éternelle qu'avec un homme dont la nature était régénérée. Il fallait donc que celui avec qui cette alliance devait prendre sa dimension éternelle soit régénéré en une nouvelle nature qui soit spirituelle. C'est pourquoi, c'est avec Israël (c'est à dire Jacob ayant revêtu sa nouvelle nature spirituelle) que Dieu donne à cette alliance sa dimension éternelle. Comme le dit l'Ecriture : "l'homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité, se renouvelle dans la connaissance de celui qui l'a créé" (Colossiens 3:10 / Éphésiens 4:24 ).

Tant que l'Alliance n'avait pas revêtu sa dimension éternelle, elle demeurait, par Abraham, une alliance perpétuelle ayant une destinée éternelle non encore accomplie. Mais il était prévu une étape intermédiaire, incontournable, il y avait une clause dans le contrat qui se devait d'être honorée : la Loi ! "Il l'a érigée pour Jacob en Loi" (Ps. 105:10). C'est pour Jacob, avec qui cette alliance devait être contractée à nouveau, qu'elle fut "érigée en loi". Or, la Loi conduit à la mort car elle manifeste l'incapacité de l'homme à remplir les exigences de Dieu dans sa sainteté et Sa perfection. "Reste-t-il une raison de se vanter ? Aucune ! Et comment toute raison de s'enorgueillir a-t-elle disparu ? Par le régime de la loi qui exige de l'homme des efforts et des œuvres ? Non ! Seul le régime de la foi exclut toute gloire humaine parce que nous accédons à la vie nouvelle non par nos mérites mais en nous appuyant uniquement sur ce que Christ à fait pour nous" (Rom. 3 : 27).  

Ce que Dieu fait ne peut être que parfait, et une alliance qu'il contracte ne peut être autrement que parfaite. Car pour que cette alliance puisse prendre sa dimension éternelle, il fallait que la nature charnelle de Jacob soit en quelque sorte mise à mort. Cette alliance fut donc érigée en loi par Dieu lui-même car il est l'instigateur initial de cette alliance. C'est Lui qui en a pris l'initiative et qui en définit les termes.

"Israël qui cherchait une loi de justice n'est pas parvenu à cette loi. Pourquoi ? Parce qu'Israël l'a cherchée, (...) la loi a été remise aux mains d'un  médiateur (Moïse). Or, quand il est question d'un médiateur, c'est que deux parties sont en présence. Dans un testament, par contre, un médiateur n'a aucun rôle à jouer. Mais en donnant sa promesse, Dieu était seul à agir. Il s'est engagé lui seul, sans aucun intermédiaire " (Gal.3:19, 20).

Abraham, avec qui fut conclue cette alliance, fut tout d'abord Abram. Abraham ne pouvait, lui non plus dans sa nature humaine, remplir les saintes conditions de Dieu pour une alliance, mais Dieu désirant conclure cette alliance avec lui, se suffit de sa foi pour que le contrat de cette alliance soit valable. Ici, nul loi, mais le principe de la foi qui suffit pour avoir la grâce. Par le principe de la foi, Abraham put avoir accès à une alliance que Dieu désirait contracter avec lui, la Sainteté de Dieu et Sa perfection étaient satisfaites dans le cadre de l'alliance.
 


Ainsi, le combat que mena Jacob contre l'ange de l’Éternel introduisit sa nouvelle identité. Il devint Israël, un homme nouveau. Ayant revêtu sa nouvelle nature, il put devenir l'héritier d'une alliance qui se voulait éternelle. Pour cela, il fallait que sa vieille nature soit mise à mort par la loi afin que sa nouvelle nature puisse jouir de la Grâce. La vieille nature (le vieil homme) cherche à demeurer dans l'alliance par les œuvres, alors que la nouvelle nature (l'homme nouveau) demeure dans l'alliance par la foi. 

"Ce n'est pas par la loi que l'héritage du monde a été promis à Abraham ou à sa postérité, c'est par la justice de la foi. Car si les héritiers le sont par la loi, la foi est vaine et la promesse est annulée. C'est pourquoi, les héritiers le sont par la foi, pour que ce soit par grâce, afin que la promesse soit assurée à toute la postérité, non seulement à celle qui est sous la loi, mais aussi à celle qui a la foi d'Abraham" (Rom.4:13 à 16).

Le fait que Dieu l'ait "érigée pour Jacob en loi, et pour Israël en alliance éternelle" montre que cette alliance éternelle était déjà conclue, en germe, avec Israël au travers de Jacob, car lorsque Dieu a érigé cette alliance en loi pour Jacob, c'était afin qu'Israël hérite de l'alliance éternelle. Pour que cette alliance, que Dieu voulait éternelle dès le commencement, prenne cette dimension, il fallait que la loi entre en jeu (car la loi, c'est la mort spirituelle, conséquence de la condamnation à cause du péché. Péché qui est révélé par la loi). Par là, devait être introduit le Principe de résurrection. Il faut que la graine, plantée en terre, meure pour porter du fruit et apporter la vie. "Pourquoi donc la loi ? Elle a été donnée ensuite à cause des transgressions, jusqu'à ce que vienne la descendance (Jésus-Christ) à qui la promesse avait été faite" (Gal.3:19).

Ainsi, l'alliance que Dieu a contractée avec Abraham selon la promesse a été confirmée par le serment fait à Isaac. Mais cette alliance devait passer par la Loi afin que soit introduite la Grâce. Bien que l'alliance d'Abraham contienne, en germe, l'alliance éternelle de la Grâce, il fallait que celle-ci meure, en quelque sorte, à elle-même en passant par la loi pour que la vieille nature de Jacob (l'homme non régénéré) donne vie à sa nouvelle nature, Israël (l'homme régénéré). C'est ce qu'a accompli Christ venu en chair, en accomplissant parfaitement les exigences de la loi et en mourant sur la croix. "Sachant que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fut détruit pour que nous ne soyons plus esclaves du péché" (Rom. 6:6). 

Bien que la loi soit promulguée par Moïse, elle est de nature éternelle car elle manifeste les exigences de Dieu. Il n'est donc pas étonnant que Jacob y ait été soumis. Car bien que la loi n'ait pas encore été révélée de façon écrite, elle n'en demeure pas moins la parfaite expression des exigences de Dieu quant à l'homme qui désire s'approcher de Lui. Seul Jésus peut répondre à ces exigences parfaites et c'est en regard de Son oeuvre future et de Sa Personne que l'on doit regarder la loi dont il est fait mention ici. Bien que la loi n'ait pas encore été révélée, et bien que Dieu n'ait pas encore révélé à l'homme, sous sa forme mosaïque, l'expression parfaite de ses exigences exprimées dans cette loi, l'homme trouvait sa justice en la foi, en ce qu'il est écrit : "mon juste vivra par la foi". Le but de la loi n'étant pas de donner à l'homme les moyens de plaire à Dieu en la pratiquant, mais de lui révéler son insuffisance à Lui plaire, et à se tenir dans Sa présence. "C'est pourquoi les héritiers le sont par la foi, pour que ce soit par grâce, afin que la promesse soit assurée à toute la postérité, non seulement à celle qui est sous la loi, mais aussi à celle qui a la foi d'Abraham... il est notre père devant Celui en qui il a cru, Dieu, qui donne la vie aux morts..." (Rom.4:16,17).

C'est pourquoi, comme le dit la tradition rabbinique : "la loi est résumée en ces mots du prophète Habakuk : le juste vivra par la foi". L'apôtre Paul reprend cette affirmation en précisant bien que la justice de Dieu, manifestée par les exigences de la loi, est pleinement accomplie par le Messie, Jésus-Christ, "parce qu'en lui est révélée la justice de Dieu par la foi et pour la foi, selon qu'il est écrit : le juste vivra par la foi" (Rom. 1:7). 
 
JiDé
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