Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Caïn et Abel : homicide involontaire ou assassinat ?

Caïn et Abel : homicide involontaire ou assassinat ?

La mort d'Abel est-elle survenue suite à un violent accès de colère de son frère qui se serait mué en meurtre ou bien était-ce un assassinat froidement prémédité ? C'est ce que nous allons tenter de découvrir tout au long de cet article. Mais auparavant, il nous faut tout d'abord aller à la rencontre de cette famille au sein de laquelle s'est joué le drame qui priva le premier couple de l'histoire de l'humanité de son fils cadet, et qui fit de l'aîné le meurtrier de celui-ci. 

Ève enfanta Caïn

Ève (de son vrai nom "Hava" qui signifie "la vie"), est la mère de tous les vivants.  Elle va devenir à la fois celle du premier meurtrier de l'Histoire mais également celle de sa victime. En cela, elle précède toutes les mères, d'ailleurs issues de son sein, qui le seront les unes de victimes et les autres de meurtriers. Le meurtre d'Abel a quelque chose d'universel en ce qu'il est perpétré depuis l'aube de l'humanité et s'est perpétué jusqu'à nos jours. 

"Et l'homme connut Ève sa femme et elle conçut et enfanta Caïn (qaïn), et elle dit : j'ai acquis (qanah) un homme de par l’Éternel" (Gen. 4:1). Si il y a eu meurtre, il y a donc un mobile. Celui-ci se cache peut-être dans cette phrase où l'auteur joue sur la signification des mots "qaïn" et "qanah". Caïn signifiant : "possession", alors que Qanah peut se traduire par "acquérir, posséder, obtenir", mais aussi "jalousie". Mais le mot "jalousie" peut se dire également "qin'ah" . 

Caïn (acquisition) s'écrit en hébreu kof yod noun

Qanah (acquérir) s'écrit :  kof noun

Qana (jalousie) s'écrit : kof noun aleph

Qin'ah (jalousie) s'écrit : kof noun aleph hé

On trouve, dans ce mot "Qin'ah", par l'addition des lettres et alephl'acquisition d'une chose et la jalousie qu'elle provoque. "Qanah" et "qana" expriment deux idées un peu similaires mais différentes. "Qinah" associe les deux en un sentiment unique : la jalousie provoquée par la convoitise de ce que l'autre possède. Ce sentiment peut engendrer la violence et le meurtre. La convoitise d'un bien mêlée à la jalousie éprouvée envers le propriétaire de l'objet convoité peut conduire aux pires drames. Le meurtre a bien souvent été, depuis l'aube de l'humanité, la conséquence directe de cet hideux travers. Lorsque la convoitise s'ajoute au pouvoir et à la puissance, il peut engendrer de sanglants conflits entre nations. 

Caïn fut laboureur, comme son père, ainsi qu'il est écrit : "Et l’Éternel Dieu mit Adam hors du jardin d'Eden pour labourer le sol... et Caïn labourait la terre" (Gen. 3:23 - 4:2). Caïn, en bon fils aîné, a repris l'activité de son père. Comme lui, il est devenu agriculteur alors qu'Abel, le fils cadet, va, lui, élever du bétail. Mais déjà la notion d'offrande sacrificielle est présente au sein de la famille. Plus tard, l'ordre patriarcal réservera la fonction sacerdotale à l'aîné de chaque famille. Peut-être ce principe avait-il déjà été adopté par la famille d'Adam. Caïn deviendrait ainsi, par droit d’aînesse, le sacrificateur de la famille. Mais Caïn, voyant que son offrande n'avait pas été agréée par Dieu alors que celle de son frère cadet l'avait été, en conçut de l'amertume et de la jalousie (qanah). Si cette notion de sacrificature du fils aîné est exacte, on peut imaginer que Caïn vit, en son frère, une sorte de rival qui tentait de s'octroyer sa fonction sacrificielle. On pourrait donc y voir également, en germe, une situation similaire qui se produisit dans le désert du Sinaï, lorsque Qoré tenta de s'emparer de l'autorité détenue par Moïse, revendiquant un hypothétique droit d’aînesse quant à la famille dont il provenait. En effet, bien que Qoré et Moïse soient tous deux descendants de Levi, l'aïeul de Qoré aurait été l’aîné de celui de Moïse. Preuve que les prétextes à la jalousie sont souvent fondés sur une argumentation fragile et difficilement défendable. L’Épître de Jude nous dit, en parlant de rebelles à la parole de Dieu : " ils ont marché dans le chemin de Caïn... et ont péri dans la contradiction de Korê" (Jude 11, Darby). 

Elle enfanta aussi Abel

"Et elle enfanta encore son frère Abel" (Gen. 4:2).

Le nom de Abel (en hébreu "Evel) signifie "fumée, vapeur". On retrouve son nom en introduction du livre de l'Ecclésiaste : "Evel vè evel...", que l'on traduit généralement par "Vanité des vanités..." (Ecclésiaste 1:1). La notion de "fumée" rappelle les sacrifices consumés par le feu  dont la fumée s'élevait vers le ciel. Or, le sacrifice qu'Abel offre à Dieu est un "sacrifice sanglant" auquel fait écho tout le système sacrificiel instauré par Moïse dans le Tabernacle et qui sera ensuite transposé dans le Temple. Mais cette notion de "vapeur" et de "fumée" rappelle également combien la vie d'Abel fut courte, comme une vapeur qui s'élève un moment dans le ciel.

Les offrandes de Caïn et Abel

Il est intéressant, pour mieux comprendre le drame qui va bientôt se jouer, de s'arrêter un instant sur les offrandes qui ont été offertes par chacun des deux frères. Celles-ci contiennent également des clefs pour la compréhension de ce qui va suivre. 

"Et il arriva, au bout de quelques temps, que Caïn apporta, du fruit du sol, une offrande à l’Éternel...". "Au bout de quelques temps", littéralement : "vayehi mikets yamim" (Gen. 4:3) que l'on peut également traduire : "à la fin des jours"Nous reviendrons sur cette expression plus en détail.

"Caïn fit une offrande (minhah) des fruits (periy) de la terre (adama)" (Gen.4:3). Le mot "periy" signifie "fruit", mais également "postérité, descendance". "Periy", ce peut être le "fruit" de la terre, du bétail ou de la matrice. Il est intéressant de noter que l'offrande de Caïn ne sera pas agréée par Dieu, quant à sa postérité, elle disparaîtra à jamais sous les eaux du déluge. On peut donc en conclure que sa postérité ne trouva pas plus d'accueil favorable auprès de Dieu que n'en reçut son offrande de fruit. Quant à la "postérité" d'Abel, elle ne pourra voir le jour, la brièveté de sa vie ne lui ayant pas donné la possibilité de laisser une "descendance".

Il est dit ensuite que "Abel fit venir les premiers nés (békowrah) de son troupeau et de leur graisse (haleb)" (Gen.4:4). Il est intéressant de noter l'aspect allégorique de ce texte puisque Caïn, l'aîné, va offrir "sa postérité, sa descendance", alors qu'Abel, le cadet, va lui offrir "les aînés" de ses troupeaux. Or, "békowrah" signifie également "droit d'aînesse". Et donc, toujours dans cette optique allégorique, on pourrait dire qu'Abel offre en quelque sorte "un droit d'aînesse". Or, des deux frères, celui qui possède le droit d’aînesse, c'est Caïn ! A de nombreuses reprises dans la Bible, le cadet va prendre le dessus sur l'aîné. Isaac sur Ismaël, Jacob sur Esaü, Joseph sur Ruben, Ephraïm sur Manassé. Dieu va poser un regard favorable sur l'offrande d'Abel mais pas sur celle de Caïn qui va en éprouver une forte irritation et probablement de la jalousie (qin'ah) dont nous avons parlé plus haut. Mais pourquoi Dieu pose-t-il un regard défavorable sur l'offrande de Caïn ? La réponse, c'est l'apôtre Jean qui nous la donne : "parce que les œuvres de Caïn étaient mauvaises et que celles de son frère Abel étaient justes" (1 jean 3:12). La raison ne résulte donc pas, comme certains l'ont prétendu, de la nature de l'offrande (un "sacrifice sanglant" préfigurant le sacrifice de Christ), mais de la disposition de cœur de Caïn et de ses œuvres, de son comportement. 

Le meurtre d'Abel par Caïn

"Et l’Éternel dit à Caïn : pourquoi es-tu irrité et pourquoi ton visage (paniym) est-il abattu (naphal) ?..." (Gen.4:5). Traduit littéralement, on pourrait dire "ses faces sont tombées" car, en hébreu, le mot "visage" est toujours au pluriel parce que celui-ci n'est pas figé mais il exprime toute une gamme de sentiments et d'émotions. Le mot "naphal", quant à lui, signifie : "tomber, être couché, tomber mort, tomber dans les mains de quelqu'un, jeter à terre". Étrangement, ce qui définit l'abattement de Caïn décrit également le sort de son frère Abel. Comme si Caïn avait voulu faire subir physiquement à son frère ce qu'il éprouvait lui-même moralement. 

"Et l’Éternel dit à Caïn : pourquoi es-tu irrité et pourquoi ton visage est-il abattu ?... si tu agis mal, le péché (hattah) se couche à ta porte et ses désirs se portent vers toi…" (Gen.4:6, 7). Le mot "hattah" signifie à la fois "péché" et "sacrifice pour le péché", mais aussi "crime, châtiment"Dans le livre du Lévitique, "hattah", c'est une offrande pour le péché involontaire. On peut donc lire : "Attention ! L'offrande pour le péché involontaire 'couche à ta porte'", ce qui sous entend que Dieu met Caïn en garde car il pourrait, sans le vouloir, en se mettant en colère contre son frère, commettre un péché involontaire, en l’occurrence commettre un crime contre son frère, ce qui peut laisser supposer que le meurtre d'Abel pourrait être un accident et qu'au départ Caïn n'avait pas l'intention de le tuer. Le fait que hattah soit un sacrifice pour le péché involontaire pourrait signifier que ce que Dieu dit à Caïn, c'est : "attention ta colère pourrait provoquer quelque chose dont tu aurais à te repentir et qui pourrait avoir de graves conséquences même si tu ne l'as pas voulu". L'apôtre Paul dira : "si vous vous mettez en colère, ne péchez pas", ce qui sous-entend que la colère n'est pas un péché en soi mais que celui-ci en est la conséquence directe. Mais le texte n'a pas dit son dernier mot. Delphine Horvilleur, dans son livre "Comment les rabbins font des enfants", souligne l'une de ces "anomalies" que l'on trouve parfois dans les Ecritures. Son analyse est très judicieuse. En voici un petit résumé. 

"Le péché couche à ta porte mais toi domine sur lui" (Genèse 4:7). C'est ainsi que ce texte est généralement traduit. Dans le texte hébreu, le mot "hat'tât" (le péché, la faute) est un mot Féminin. Le mot "hat'tat" étant au Féminin le mot "faute" me semble donc plus approprié. Par contre, le mot "rovetz" (couche) est au Masculin. Ce qui pourrait signifier que "le péché" n'est pas le Sujet du Verbe. Ce ne serait donc pas "le péché" qui serait couché à la porte. Dans ce cas, il faudrait chercher ailleurs le véritable Sujet. "Le péché couche à ta porte mais toi domine sur lui". Le mot "pethah" (la porte, l'ouverture) est également, tout comme le Verbe, au Masculin. "Pethah" (la porte) serait donc le véritable Sujet du Verbe. 

Et le texte poursuit : "... et toi (Caïn), domine sur lui (bow)". "Bow" est au Masculin. Il ne peut donc être "la faute, le péché" (hat'tât) qui est au Féminin. En lisant la traduction, on est tenté de penser que Dieu dit à Caïn de dominer sur le péché, mais ce ne peut être le cas. Ce serait donc "la porte, l'ouverture" qui serait tapie dans l'ombre et non la faute, le péché. Et Delphine Horvilleur de conclure : "et c'est dans ce passage, ce refoulé du texte, que pourrait se glisser la faute dans une ouverture bouchée, obstruée, qui menace Caïn. De quelle ouverture est-il question ? (se demande t-elle) Pour les commentateurs, toute ouverture, toute porte renvoie toujours à la première d'entre elles, c'est à dire la matrice*…". 

Mais alors, n'y aurait-il pas contradiction entre la première lecture du texte et la seconde ? Nullement. Car c'est là le profond génie de l'Ecriture qui arrive à intégrer une double vérité dans une courte phrase. Le récit est riche d'un double sens. Mais si le texte est éloquent, le silence de Caïn contraste durement avec celui-ci. 

 Le meurtre de Caïn 

Paradoxalement, le texte biblique reste silencieux sur le motif pour lequel Caïn tua son frère. Le Midrash (commentaire rabbinique) dit que par ce silence, la Thora englobe dans son acte tout moyen et toute forme d'ôter la vie. A ce propos, il est intéressant de noter que, en hébreu, le mot "violence" (alimout) et le mot "mutisme" (ilmout) s'écrivent identiquement pareil à une lettre près. La violence agit souvent quand les mots viennent à manquer, mais on peut également tuer avec la langue et les paroles peuvent être tout aussi meurtrières.

1 Jean 3:12 laisse supposer que Caïn  a tout de même tué son frère intentionnellement puisque le mot grec "sphazo" signifie "tuer bestialement, égorger".​​​​ Étonnamment, la mansuétude de Dieu à l'égard de Caïn après le meurtre pourrait laisser supposer, au regard de l'avertissement qui lui avait été donné précédemment, que le meurtre d'Abel n'était pas le froid assassinat que l'on pourrait supposer. Pourtant, l'apôtre Jean nous dit que "Caïn appartenait au diable" et que s'il a égorgé son frère, "c'est parce que ses œuvres étaient mauvaises alors que celles de son frère étaient justes" (1 Jean 3:12). En Matthieu 23:35, Jésus fait allusion à la mort d'Abel en disant qu'il fut assassiné comme tous les serviteurs et prophètes que Dieu avait envoyé à son peuple. Abel est d'ailleurs cité en exemple dans le magnifique chapitre onze de l’Épître aux Hébreux (11:4). Il y est fait mention d'Abel qui, "par la foi, a offert un sacrifice meilleur que celui de Caïn". C'est effectivement la foi et non les œuvres qui nous permet de trouver grâce aux yeux de Dieu, qui plus est, celles de Caïn "étaient mauvaises", raison pour laquelle son offrande ne pouvait être agrée. 

La responsabilité de Caïn

Après que le meurtre fratricide ait été perpétré, "l’Éternel dit à Caïn : est Abel ton frère ?". Cette question fait étrangement écho à une autre que Dieu posa à son père Adam dans le jardin d'Eden : "où es-tu ?" (voir l'article sur le jardin d'Eden où ce sujet est développé). Il existe, en hébreu, deux mots que l'on peut traduire par "où". Le premier est "eïfo", qui désigne toujours un lieu géographique. Le deuxième est "eï", qui possède plutôt un sens moral : "Où en es-tu ?". C'est également dans ce sens que la question avait été posée à Adam lorsqu'il s'était caché de la face de Dieu. Lorsque Dieu interroge Caïn, tout comme il l'a fait précédemment pour son père, il l'interroge sur sa condition morale, sur l'état de sa conscience après le meurtre de son frère. "Et Dieu dit : Qu'as-tu fait ? La voix des sangs (dam : le sang) de ton frère crie de la terre (adama) jusqu'à moi" (Gen.4:10). L'homme (ha adam) est tiré de la terre (adama) et sa vie est dans son sang (dam). Or, cette terre "a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main les sangs de ton frère" (Gen. 4:11). Littéralement, il est dit "les sangs (demeï)" au pluriel. Cette expression plurielle est utilisée lorsque le texte biblique mentionne un meurtre sanglant particulièrement brutal, un carnage, une boucherie. Selon Haïm Ouizemann, cette expression plurielle fait référence à la descendance potentielle d'Abel disparue à tout jamais. En effet, par ce meurtre, c'est toute la postérité à venir d'Abel qui se voit désormais anéantie. Il en est de même pour toute personne potentiellement capable d'engendrer. Pour chaque être humain assassiné, c'est toute sa lignée à venir qui disparaît avec lui, d'où l'expression "les sangs" puisqu'il s'agit de plusieurs. Ce texte inspira Victor Hugo qui conclut son poème "La Conscience" par ces mots : "l’œil était dans la tombe et regardait Caïn". 

Fort heureusement, la Bible fait une différence entre meurtre volontaire et involontaire. La loi prévoyait même des "villes de refuge" (Nombres 35: 9 à 12, 22 à 24) pour ceux avaient commis un meurtre sans avoir l'intention de donner la mort. Par contre, un assassinat devait être puni de mort (Nmb. 16 à 21). Le sang qui avait coulé devait être lavé par le sang de celui qui l'avait fait couler. Pour Caïn, Dieu lui promet de mettre sur lui une marque, un sceau pour le prémunir de toute tentative de meurtre sur sa personne, ce qui pourrait laisser supposer que son acte était donc un homicide involontaire. Mais son attitude, lorsque Dieu l'interroge sur son frère, est plutôt étrange. Il semble se déresponsabiliser complètement. 

La fin des temps

Je reviens ici à cette expression que l'on trouve au début de notre récit : "au bout de quelques temps, Caïn..." (Gen.4:3). Littéralement : "veyehi mikets yamim qaïn" (à la fin des jours)Cette expression désigne la fin d'un temps mais pourrait tout aussi bien signifier la fin "des temps", adoptant ainsi une dimension eschatologique.

Le Livre de la Genèse est le livres des Commencements et de ce fait, il porte en germe tout ce qui va se produire par la suite et qui sera développé tout au long des récits mentionnés dans les Écritures. "Mikets yamim", c'est la fin d'une période de temps, c'est une époque qui s'achève, mais c'est aussi une transition entre deux saisons. Une expression lui est semblable, "mikets ayom" (la fin du jour), le mot "yom" (jour) désignant "une période de temps" qui prendrait fin. Cette "période de temps" plus ou moins longue pourrait correspondre à notre époque (1Tim.4:1, 1 Pierre 1:5, Hébr. 1:2). L'expression "dans les derniers jours" trouve, elle aussi un écho dans le N.T. (2 tim. 3:1, 2 Pi. 3:3, Jacques 5:3). Ce pourrait-il alors que le récit de Caïn et Abel ait quelque chose à nous dire, à nous qui sommes arrivés à la fin des temps ? C'est ainsi que l’Épître aux Hébreux nous dit d'Abel : "il parle encore quoique mort" (Héb. 11:4). L'esprit de Caïn, lui, a traversé le Déluge et il agit encore aujourd'hui. Dans ces temps où nous vivons, l'homme a, plus que jamais, la possibilité de porter atteinte à la vie d'autrui, et ce, à grande échelle. 

Avant de conclure, j'aimerais terminer en mentionnant un fait qui me semble bien illustrer ce dont nous avons parlé ici. En Juillet 1863, à Gettysburg, en Pennsylavanie (U.S.A.), eut lieu une des batailles les plus sanglantes de la Guerre de Sécession qui opposa les troupes confédérées aux armées de l'Union. Cette bataille opposa Américains du Sud contre Américains du Nord, frères contre frères. Certains officiers, de la même fratrie, se retrouvèrent face à face dans ce conflit sanglant. Après que l'on eut ramassé les dépouilles des soldats, on tenta de rendre à ces lieux leur aspect d'avant la bataille et d'en effacer toute trace. On découvrit alors un rocher sur lequel le sang d'un homme avait coulé. Toute tentative pour effacer les traces de sang sur ce rocher furent infructueuses. Ce rocher resterait, à jamais, le témoin silencieux du conflit meurtrier qui avait opposé ces deux armées. A ma connaissance, ce rocher subsiste  encore et est montré en exemple comme mémorial de cette bataille sanglante. Quant au sang qui avait rougi le sol, on ne pouvait dire qu'elle en était la couleur de l'uniforme. C'était le sang d'un homme, tué par son propre frère. 

Les chapitres dix-neuf et vingt du livre de l'Apocalypse font tous deux mention de conflits qui se dérouleront à la fin des temps. Ces deux conflits sont séparés par une longue période de temps mais seront, de par l'importance des forces engagées, particulièrement meurtriers. Le récit biblique, bien qu'inscrit dans un contexte bien défini, a en lui quelque chose d'intemporel. Il est le reflet de l'histoire de l'humanité, et par cela, concerne tout homme dans son époque. Le livre de l'Apocalypse fait également mention de ce qui semble être des disciples de Jésus ayant été assassinés à cause de leur foi et qui demandent que justice leur soit rendue : "... jusqu'à quand, Maître saint et véritable, tardes-tu à tirer vengeance de notre sang...?" (Apoc. 6:9, 10). Un jour viendra où tout homme aura à rendre compte de ses actes et du sang qu'il a fait couler. Alors, à lui aussi sera fait ce reproche : "le sang de ton frère (en humanité, puisque issu du même homme Adam) crie vers moi". Alors, tout meurtre impuni aura sa juste rétribution. 

 

Delphine horvilleur : "comment les rabbins font des enfants" pages 78,79. 

JiDé

Caïn et Abel : homicide involontaire ou assassinat ?
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article