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Gédéon, juge en Israël

Gédéon, juge en Israël

Introduction 

Dans le monde évangélique, lorsque l'on parle de Gédéon, on pense généralement à l'épisode de la "toison" (Juges 6:36-40). En "patois de Canaan", "poser une toison" signifie demander une confirmation à Dieu lorsque l'on doit prendre une décision importante. Cela se fait généralement en demandant un signe particulier connu uniquement du demandeur. Cette pratique a malheureusement eu parfois pour conséquences des résultats dramatiques. Mais le récit de la vie de Gédéon dépasse de loin cet épisode. Celui-ci mérite qu'on l'aborde dans un sens plus global pour pouvoir ensuite  mieux en comprendre les singularités.

Madian, Amalek et les fils de l'Orient

Le récit de la vie de Gédéon commence par cette phrase six fois répétée dans le livre des Juges : "les enfants d'Israël firent ce qui déplaît à l’Éternel" (Jg. 6:1), ce qui ne pouvait être dénué de conséquences. "L’Éternel les livra entre les mains de Madian pendant sept ans... Quand Israël avait semé, Madian montait avec Amalek et les fils de l'Orient, et ils marchaient contre lui" (Jg. 6:1, 3). Pendant sept années, les Madianites, accompagnés d'Amalécites et d'autres tribus ennemies pillèrent les récoltes des israélites, volèrent leurs troupeaux et semèrent la terreur parmi les populations. Leur but n'était pas que le pillage. "Ils venaient dans le pays pour le ravager" (6:5). A la suite de quoi, "les enfants d'Israël crièrent à l’Éternel". Bien que les enfants d'Israël aient attendu sept années pour crier à Dieu, le Seigneur leur répondit prestement. "Lorsque les enfants d'Israël crièrent à l’Éternel au sujet de Madian, l’Éternel envoya un prophète aux enfants d'Israël" (6:8). 

Mais avant de poursuivre, voyons un peu qui étaient ces peuplades hostiles à Israël. Pour comprendre ce conflit, il nous faut remonter à l'époque d'Abraham. Après la mort de Sara, Abraham épousa une autre femme, Kétoura, dont il eut des enfants. Afin de protéger le patrimoine qui devait revenir à Isaac, Abraham envoya ses fils (ceux de son second mariage) "en Orient", loin de la terre qui devait revenir à son fils Isaac. Cette expression "les fils de l'Orient"  désigne donc, par extension, les descendants des fils de Kétoura. On peut donc facilement imaginer que ceux-ci considéraient avoir un contentieux avec les descendants d'Isaac. Ils s'appelaient Madian (dont le nom signifie "lutte, dispute, querelle), Jokschan ("celui qui piège") et Medan ("dispute") mais aussi Zimran, Jischbak et Schuach. Mais ceux-ci s'étaient également associés à un autre peuple, les Amalécites. Amalek, le père des Amalécites, était le petit-fils d' Esaü qui se fit voler son droit d’aînesse par son frère Jacob, père de la nation israélite. Ainsi, bien qu'ils soient cousins, ils ne s'en détestaient pas moins, et pour cause puisque "Abraham donna tous ses biens à Isaac" (Gen. 25:5). Amalek incarne l'ennemi juré des enfants d'Israël. Les Sages d'Israël ont dit qu'à chaque génération, un nouvel Amalek apparaît pour combattre Israël, et à chaque génération il lui faut en découvrir le visage. A l'époque d'Esther, il prendra le visage d'Haman, "l'ennemi de tous les Juifs" (Esth. 3:10). Les Sages d'Israël ont dit : "cette expression 'ennemi de tous les Juifs' signifie 'de tous les Juifs de tous les temps et de tout lieu'. Il est l'ennemi des Juifs du monde entier et de toutes les époques". Ce qui élargit considérablement la portée de ce récit car si Gédéon se lève contre Amalek, il incarne également une forme de combat qu'Israël doit mener contre son ennemi de toujours. 

Le message du prophète

Mais revenons-en au prophète que Dieu avait envoyé au peuple d'Israël. Le message que ce prophète (dont le nom n'est même pas mentionné) leur adresse n'a rien d'encourageant. Au contraire, c'est plutôt des paroles de reproche ! Par l'intermédiaire de ce prophète, Dieu rappelle à cette génération une chose qui revient comme un leitmotiv tout au long des Écritures : "Dieu a fait sortir son peuple du pays d'Egypte". Tout au long de son histoire, Israël se souvient que Dieu a fait sortir les Hébreux du pays de Mitsraïm, "le pays du double enfermement" dont la racine du mot est "matsor" (étroitesse, oppression). Ce rappel est adressé à chaque génération, comme si chacune d'entre elles avait été témoin de cet épisode de son histoire parce que, quelle que soit l'époque, Dieu est toujours en train de délivrer son peuple de l'oppresseur. Pour les Israélites, cette sortie d'Egypte est continuellement en train de se produire parce que Mitsraïm est plus qu'un pays, c'est un combat perpétuel contre tout ce qui oppresse ou emprisonne le peuple de Dieu dans ce "double enfermement". Mais le message s'achève sur un constat irréfutable : "vous n'avez pas écouté ma voix" (Jg. 6:10), ce qui signifie : "vous m'avez désobéi". Si les choses en étaient restées là, la situation des fils d'Israël eut été déplorable, mais le texte poursuit : "puis vint l'ange de l’Éternel". Et c'est là que Gédéon entre en scène. Gédéon fut probablement de ceux qui "crièrent à l’Éternel", mais il était loin de penser qu'il allait devenir l'instrument que Dieu avait choisi pour répondre aux supplications de son peuple. 
 


Gédéon

C'est sous le térébinthe d'Ophra, dans le village natal de Gédéon, sur le territoire de Manassé, que l'ange de Dieu lui apparut, l'invitant à devenir le libérateur du peuple d'Israël. Gédéon, sceptique, fait-il allusion aux paroles du prophète lorsqu'il répond à l'ange : "où sont tous ces prodiges que nos pères nous racontent quand ils disent : l’Éternel ne nous a-t-il pas fait monter hors d'Egypte ?" 

Le  nom de Gédéon, en hébreu "guidown", signifie : "qui abat". Sa racine, "gada", signifie "tailler, abattre, briser". Ainsi, il est écrit : "Vous renverserez leurs autels, vous briserez leurs statues, vous brûlerez au feu leurs idoles, vous abattrez (gada) les images taillées de leurs dieux et vous ferez disparaître leurs noms de ces lieux-là" (Deut. 12:3). Gédéon va honorer le nom qu'il porte en renversant l'autel de Baal de son père avec le pieu sacré (asherah) qui était dessus (Jg. 6:25-32). Une initiative qui faillit lui coûter la vie mais, contre toute attente, le père de Gédéon prit sa défense contre les villageois furieux.

Pendant ce temps, "tout Madian, Amalek et les fils de l'Orient se rassemblèrent, passèrent le Jourdain et campèrent dans la vallée de Jizréel" (6:33). Ils sont tous là : Madian le querelleur; Amalek, l'ennemi juré du peuple d'Israël, et les fils de l'Orient. Nous reparlerons plus tard et plus en détails de la rencontre de Gédéon avec l'ange.

Jizréel

La vallée de Jizréel, c'est le lieu de toutes les batailles : les Assyriens, les Babyloniens, les Perses, les Égyptiens, les Grecs, les Romains s'y sont affrontés. Jusqu'aux Anglais du Général Allenby, qui reprirent la plaine aux Turcs alors que cette région du Proche-Orient n'était plus qu'une obscure province de l'Empire Ottoman sur son déclin. Mais combattre dans la plaine de Jizréel, c'est entrer dans l'Histoire avec un grand H. C'est là que Madian le querelleur, Amalek l'ennemi de tous les juifs de tous les temps et les fils de l'Orient, les "Bnéï Qédem", s'apprêtent à fondre sur le territoire de Manassé. Bien plus tard, l'apôtre Jean parlera des "rois de l'Orient" qui doivent franchir l'Euphrate "aux temps de la fin" (Apoc. 16:2). Les fils de l'Orient n'auront eu qu'à franchir le Jourdain tout proche.

Quant à Jizréel, son nom signifie "Dieu sème". Effectivement, la configuration de cette large plaine favorise l'exploitation de cultures en tous genres. Or, depuis sept années, Madian et ses acolytes volaient et pillaient les récoltes d'Israël. Le sort qui attend les pillards va se jouer justement dans cette plaine fertile où, selon la signification de son nom, le Semeur est Dieu lui-même. Peut-être le Seigneur Jésus pensait-il à la signification du nom de Jizréel lorsqu'il enseigna sa parabole du Semeur ?

Les fils de l'Orient

Les fils de l'Orient, le texte original les nomme "Bnéï qedem"Or, "qedem", en hébreu, désigne effectivement la direction de l'Est (l'Orient), mais ce mot a plusieurs significations car le "qedem", c'est aussi "le Passé, l'origine des choses et du Monde". Et pour comprendre le sens de ce conflit, il faut en comprendre l'origine. Et ces fils ont aussi une histoire. Une histoire qui remonte à Abraham. Lorsque celui-ci épousa Kétoura, sa seconde femme, il eut des enfants avec elle. Mais voilà, seul Isaac devait hériter de son patrimoine, c'est pourquoi le patriarche les envoya en Orient, c'est à dire très loin de la terre de Canaan, la terre de la promesse. Le mot "Ben" (fils) est le singulier de  "Bnéï" (les fils).

Ce mot signifie également "ce qui est construit". Effectivement, les fils de l'Orient se sont construits avec ce sentiment de s'être fait flouer par la descendance d'Isaac, d'où une profonde animosité à son égard. Tout cela résulte d'une vieille histoire de famille qui remonte loin dans le Passé-Qedem et qui est "à l'origine des choses". Alors, si Jizréel est le lieu où se conjuguent le Passé et l'Avenir, à l'époque de Gédéon, l'une des armées qui s'apprête à combattre vient justement de ce Passé. Elle vient de ce Qedem, de cet Orient où furent relégués les fils d'Abraham et de Kétoura. Cette armée, c'est le passé familial qui resurgit par intermittence pour combattre "les fils de Jacob/Israël". Jacob est à la fois le grand-oncle d'Amalek et le cousin de Madian. De génération en génération, de vieilles rancunes familiales se sont transmises comme un héritage. Ceux qui vont s'affronter sur cette plaine de Jizréel sont cousins, mais néanmoins ennemis jurés. Le Passé/Qedem resurgit une fois encore sur cette plaine de l'Histoire. Une fois de plus, Jizréel qui, rappelons-le, est sur le territoire de la tribu d'Issacar, va voir des armées s'affronter pour cette terre que les hommes n'ont cessé de convoiter.
 


Issacar, dont la vallée de Jizréel est sur le territoire, possède une particularité qui, dans le cas présent, a son importance : c'est la tribu qui a "la connaissance des temps pour savoir ce que devait faire Israël" (1 Chron. 12:32). Issacar possède un regard panoramique sur l'Histoire et c'est sur son terrain que se jouent les grandes batailles. Du haut de la montagne de Megguido, Issacar embrasse toute la vallée. Et c'est sur cette même plaine de Megguido, ou plaine de Jizréel, qu'aura lieu la fameuse bataille d'Harmaguédon "à la fin des temps". Ainsi, camper dans la plaine de Jizréel, c'est prendre position en vue de la grande bataille à venir. Une bataille succède à une autre et les fils du Passé se préparent pour la bataille à venir.

L'Histoire se répète, les générations passent, mais le contentieux qui les oppose, lui, demeure jusqu'à "la fin des temps". Ils sont ennemis d'hier et de demain. Madian cherche querelle, Amalek porte la haine et les fils de l'Orient ont la rancune tenace. A eux trois, ils portent la motivation, les subterfuges et les techniques de guerre. Et face à cet adversaire redoutable, il y a Gédéon le briseur d’idoles, dont il est dit qu'il fut "revêtu de l'Esprit de Dieu" (Jg. 6:34). C'est ainsi que, à la veille de la bataille, sur le sol de l'Histoire, Gédéon posa sa toison de laine (Jg. 6:36-40). 

Trois cents guerriers

"Jérubaal qui est Gédéon, et tout le peuple qui était avec lui, se levèrent de bon matin, et campèrent près de la source de Eyn Harod. Le camp de Madian était au nord de Gédéon" (Jg. 7:1). "Eyn Harod" signifie "l’œil de la terreur"Gédéon voit le camp de Madian au loin avec ses tentes et ses chameaux innombrables et le regard qu'il pose sur cette armée qu'il va lui falloir affronter le glace d'effroi. Mais le texte poursuit : "Dieu dit à Gédéon : le peuple que tu as avec toi est encore trop nombreux pour que je livre Madian entre ses mains..." (Jg. 7:2). Pour Dieu, la victoire est déjà acquise mais, cependant, il ajoute quelque chose qui a dû dérouter Gédéon plus encore : "Que celui qui est craintif et qui a peur s'en retourne et s'éloigne..."  (Jg. 7:3) et deux tiers de l'armée va se retirer.

"L’œil de la terreur" était dans le cœur de son armée bien que Dieu ait déjà déterminé l'issue du combat en leur faveur. L'Ecriture prévoyait ce cas de figure en cas de guerre, selon qu'il est écrit : "qui est l'homme qui a peur et dont le cœur faiblit ? Qu'il s'en aille et retourne dans sa maison, de peur que le cœur de ses frères ne se fonde comme le sien" (Deut. 20:8). Mais Dieu ne voulant pas donner sa gloire à un autre, il demanda à Gédéon de réduire encore ses effectifs. Ce qui devait être au départ une bataille rangée se transformait progressivement en action de guérilla. 

"L’Éternel dit à Gédéon : fais-les descendre vers l'eau et là je te les éprouverai " (Darby). "Tsaraph" est un mot qui désigne à la fois un orfèvre et l'or qu'il épure. C'est aussi le creuset dans lequel l'or est épuré. Mais ce mot est également utilisé pour parler de la pureté de la parole de Dieu dans le sens où elle est éprouvée et donc digne de confiance (Ps. 12:6), l'eau étant également synonyme de purification. Des dix mille hommes qui étaient restés avec Gédéon, il ne lui en restera bientôt plus que trois cents. Dieu donna à Gédéon des instructions précises qui devaient lui permettre de déterminer qui l'accompagnerait et qui ne l'accompagnerait pas. Les hommes qui boiraient dans leur main seraient sélectionnés et ceux qui s'agenouilleraient pour boire directement à la bouche seraient disqualifiés.

Il y a ici une finesse qui n'est compréhensible que dans le texte original hébreu car il est écrit : "vayèhi mispar hamalakekim beyadam... shèlosh mèhot ish" ("et le nombre de ceux qui lapèrent... trois cents hommes" (Jg. 7:6). Dans le mot "Hamalkekim", on retrouve la racine "amalek" ("celui qui lape")Les Amalécites se seraient-ils démarqués aux yeux des autres peuples par cette façon de boire ? Pourquoi ce choix si particulier ? Est-ce parce que ceux-ci connaissaient bien les mœurs et coutumes des Amalécites et étaient donc plus à même de les combattre ? Ou bien parce que cette position leur permettait de garder un genou à terre, prompts à se relever, et une main sur leur arme, prêts à combattre ?

Il ne restait maintenant plus que trois cents hommes avec Gédéon sur les trente-deux milles hommes qui l'accompagnaient au départ (Jg. 7:3). Quatre tribus avaient été convoquées pour cette bataille : Manassé, bien sûr, celle de Gédéon, mais aussi Aser, Zabulon et Nephtali (Jg. 6:35). Ceux-ci étaient encore avec Gédéon quand celui-ci posa la toison de laine devant Dieu, incertain quant au déroulement de la bataille. Ils n'étaient maintenant plus que trois cents, mais lorsque Gédéon regarda le camp de Madian, il vit que "le camp de Madian était au dessous de lui dans la vallée" (Jg. 7:8). Littéralement : "et le camp de Madian fut pour lui en dessous dans la vallée". Le regard de Gédéon avait changé de perspective. Si l'usage de la toison ne l'avait que modérément convaincu, la sélection drastique que Dieu avait opérée dans son armée lui avait rendu l'assurance dont il avait besoin. Il voyait le camp adverse en dessous de lui, c'est à dire qu'il le voyait déjà à sa merci. Gédéon et son armée étaient passés dans le creuset de Dieu. Ils étaient maintenant prêts à affronter leurs adversaires.
 


L'explication du songe et les cruches brisées

"L’Éternel dit à Gédéon : lève-toi et descends au camp car je l'ai livré entre tes mains. Si tu crains de descendre, descends-y avec Pura, ton serviteur..." (Jg. 7:9). Dieu dit en quelque sorte à Gédéon : "tu as peur d'y aller ? Bon, d'accord ! ... mais tu vas y aller quand même" ! Il y avait une raison à cela, c'est que Dieu voulait que Gédéon entende ce soldat raconter ce songe et cet autre en donner "l'explication". Et nous allons voir que ce mot "explication" (en hébreu "shibrow") est la clé pour comprendre la stratégie que Gédéon va utiliser à cette fin. La racine de ce mot shibrow est "sheber" qui signifie "casser, rompre, briser, mettre en pièces". L'expression "mettre en pièces" est d'ailleurs parfois utilisée pour signifier que l'armée adverse a été vaincue et massacrée, et c'est justement ce qui va bientôt se produire.

Une autre signification du mot "sheber" est "le blé", ou "un grain de céréale". Or, ce soldat, lorsqu'il raconte son songe, parle d'une galette de pain qui a roulé dans le camp et a renversé une tente. Il y a donc ici un jeu de mots entre "sheber" (la céréale symbolisée par la galette de pain) et "sheber" (la destruction, en l’occurrence celle la tente qui, elle, symbolise le camp de l'armée). D'ailleurs, le mot "shibarown" (Jér. 17:18), qui a également pour racine le mot "sheber", signifie "l'écroulement" (ici, en l'occurrence, celle de la tente). Peut-être les prophètes Esaïe et Jérémie avaient-ils cet épisode à la pensée lorsqu'ils ont écrit : "Il le brisera comme on brise un vase de potier, qu'on casse sans ménagement, et dans ses fragments on ne trouvera pas un tesson pour prendre du feu au foyer" (Esaïe 30:14, Darby). Et Jérémie : "Ruine sur ruine se fait entendre car tout le pays est dévasté, soudain mes tentes sont dévastées... jusqu'à quand entendrais-je le son de la trompette ?" (Jér. 4:20, 21, Darby). 

Lorsque Gédéon entend le récit du songe et son explicationil comprend alors qu'elle devra être la stratégie qui lui donnera la victoire. Revenu à son camp, Gédéon donne ses instructions. Il fait distribuer torches, cruches et trompettes (en l'occurrence des shofarot). Le shofar est une corne de bélier dont le son est particulièrement rauque, et cet instrument était utilisé pour rassembler les troupes mais également pour annoncer un danger. On peut imaginer trois cents shofarot qui se font entendre dans le silence de la nuit autour d'un camp militaire, à la veille d'une bataille. On peut imaginer ces guerriers, sortant brusquement de leurs tentes, à moitié nus, une épée à la main, ne sachant qui est ami et qui est ennemi. Gédéon fait ensuite briser les cruches dans lesquelles sont dissimulées la flamme des torches. Le bruit des vases brisés ajouté à l'apparition soudaine de flammes dans la nuit a dû ajouter encore au désarroi des armées de Madian. Pris par surprise, ils s’entretuèrent sous les yeux de Gédéon et de sa petite troupe. Le stratagème que lui avait inspiré le rêve de ce soldat et son interprétation (shibrow) fournirent à Gédéon et sa troupe la victoire que le deuxième soldat avait annoncée. La parole que l'ange de Dieu avait donnée à Gédéon en disant : "je serai avec toi et tu battras Madian comme un seul homme" (Jg. 6:16) venait de s'accomplir. 

Gédéon n'avait utilisé d'autres armes que des torches, des cruches vides et des trompettes (shofarot). Or, si la stratégie qui devait les conduire à la victoire, lui et ses hommes, lui était venue alors qu'il était dissimulé aux abords du camp madianite, celle-ci avait peut-être déjà pris naissance lors de sa rencontre avec l'ange. 
 


La rencontre de l'ange et la naissance d'une stratégie

Lorsque l'on se penche sur ces cruches "vides", on se rend compte que le mot hébreu "rek" signifie effectivement "vide", mais aussi : "misérable, sans importance, gens de rien". Or, n'est-ce pas ainsi que se considérait Gédéon ? "Je suis le plus petit dans la maison de mon père" réplique-t-il à l'ange (Jg. 6:15) lorsque celui-ci lui eut dit : "va avec la force que tu as" (Jg. 6:14). 

 Nous avons vu que le mot "sheber" pouvait signifier à la fois "céréales" et "destruction". Or, c'est justement là le sort que subissait Israël sous le joug de Madian, la destruction de ses récoltes. Récoltes qui, lorsqu'elles n'étaient pas volées ou détruites par les incursions de Madian, étaient entreposées dans de grandes jarres. Et de ces jarres, les cruches vides de Gédéon en étaient, en quelque sorte, le symbole. Une cruche vide comme celle qui avait contenu le jus de cuisson du chevreau qu'il offrit en sacrifice à l'ange de Dieu (Jg. 6:19, 20). Dans la pensée hébraïque, le vase est symbole de l'être humain. Ces cruches vides, "ces gens de rien", représentaient ce peuple dont on avait volé les récoltes. "Le feu" de la colère brûlait en eux comme la flamme de leurs torches. La faim leur brûlait le ventre, aussi vide que leurs cruches dans lesquelles ne subsistaient plus aucune trace de ces récoltes dont ils avaient été dépossédés. 

"L'ange de l’Éternel avança l’extrémité d'un bâton qu'il avait à la main et toucha la chair et les pains sans levain. Alors il s'éleva du rocher un feu qui consuma la chair et les pains sans levain" (Jg. 6:21). Il y a, dans ce texte, les éléments primordiaux pour la confection de cette originale, mais néanmoins redoutable, arme de guerre qui va donner la victoire à Gédéon et à ses hommes. Mais "Dieu ne donne pas sa gloire à un autre" (Esaïe 42:8 et 48:11). Dans cet épisode de la rencontre de l'ange avec Gédéon, on y retrouve ces éléments : l'extrémité d'un bâton qui va enflammer le pain et la viande (ce qui peut faire penser à la torche). La cruche vide qui a contenu le jus de la viande, versé sur l'offrande, et le pain, que l'on retrouve dans le rêve du soldat madianite. L'interlocuteur de Gédéon ayant soudainement disparu après avoir mis le feu au sacrifice, Gédéon prend soudain conscience de la véritable identité de celui-ci. Gédéon est consterné. Ses adversaires madianites ne le seront certainement pas moins lorsqu'ils verront soudain trois cents torches enflammées autour de leur campement après avoir entendu le bruit d'autant de cruches se briser violemment. 

Lorsque "tout Madian, Amalek et les fils de l'Orient... passèrent le Jourdain et campèrent dans la vallée de Jizréel, Gédéon fut rempli de l'Esprit de Dieu" (Jg. 6:33, 34). Dieu ne voulait pas que les armées d'Israël puissent se targuer de leur victoire sur Madian et ses complices. Mais néanmoins, ce fut par un homme rempli de l'Esprit de Dieu que la victoire fut acquise. L'armée de Madian s'enfuit en direction du Jourdain. "Et Madian fut humilié devant les fils d'Israël et il ne leva plus la tête. Et le pays fut en repos quarante ans, aux jours de Gédéon" (Jg. 8:28, Darby).
 


Gédéon vécut une heureuse vieillesse. Il fut enterré à Ophra, dans son village natal, auprès de son père, dans le caveau familial. "Et quand l’Éternel leur suscitait des juges, l’Éternel était avec le juge et les délivrait de la main de leurs ennemis pendant tous les jours du juge à cause de leurs gémissements devant ceux qui les opprimaient et qui les accablaient. Et il arrivait que lorsque le juge mourait, ils retournaient à se corrompre plus que leurs pères..." (Jg. 2:18, 19). C'est ce qui, malheureusement, se produisit à la mort de Gédéon. Le même scénario se reproduisit une fois de plus. 

Gédéon avait refusé de régner sur les fils d'Israël car il considérait que seul l’Éternel était le roi d'Israël. Mais Abimélec, le fils qu'il eut avec sa concubine de Sichem, ne voyait pas les choses ainsi. Convoitant une couronne éphémère, il fit assassiner pour cela les soixante-neuf fils de Gédéon, ses demi-frères. Un seul en réchappa. Abimélec signifie "mon père est roi". Pourquoi Gédéon avait-il appelé ainsi son fils ? A-t-il, sur le tard, regretté la proposition qui lui avait été faite de régner sur Israël ? Toujours est-il qu'Abimélec, lui, chercha à obtenir ce à quoi son père avait volontairement renoncé, pour lui-même et pour ses fils. 

La période des Juges se prolongea encore et d'autres hommes furent appelés par Dieu pour délivrer le peuple de ses oppresseurs. Le dernier des Juges ne fut pas de la tribu de Manassé mais d'Ephraïm, le frère de celui-ci. Samuel, conduit par l’Éternel, allait donner au peuple ce roi qui devait régner quarante ans sur Israël, Saül. La période des Juges fut une période troublée où "chacun faisait ce qui lui semblait bon". Mais, au loin, se profilait une nouvelle ère, celle de celui qui deviendrait la figure emblématique de la royauté en Israël : David, préfigurant Le Massiah, le Oint, le Roi qui vient. Lorsque le Messie sera venu, il établira un royaume d'équité et de justice sur la terre. Mais aujourd'hui, nous vivons dans un monde qui ressemble étrangement à la période des Juges où "chacun fait ce qui lui semble bon".

Jidé 

Gédéon, juge en Israël
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