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Naaman, Élisée, et la guérison de la lèpre


Sept personnages ont participé à la guérison de Naaman. Sept raisons de se plonger dans les eaux du Jourdain.

"Naaman, chef de l'armée du roi de Syrie, jouissait de la faveur de son maître (...) mais cet homme fort et vaillant était lépreux. Or, les Syriens étaient sortis par troupes et ils avaient emmené captive une petite fille du pays d'Israël, qui était au service de la femme de Naaman. Et elle dit à sa maîtresse : 'Oh, si mon seigneur était auprès du prophète qui est à Samarie, le prophète le guérirait de sa lèpre'. Naaman alla dire à son maître : 'La jeune fille du pays d'Israël a parlé de telle et telle manière'. Et le roi de Syrie dit : 'Va, rends-toi à Samarie, et j'enverrai une lettre au roi d'Israël'. (...) Il porta au roi d'Israël la lettre où il était dit : '(...) Je t'envoie Naaman mon serviteur pour que tu le guérisses de sa lèpre'. Lorsque Élisée, homme de dieu, (l') apprit, (...) il envoya dire au roi d'Israël : 'Laisse-le venir à moi et il saura qu'il y a un prophète en Israël'. Naaman vint avec ses chevaux et son char et il s'arrêta à la porte de la maison d’Élisée. Élisée lui fit dire par un messager : 'Va et lave-toi sept fois dans le Jourdain. Ta chair redeviendra saine* et tu seras pur'. Naaman fut irrité et il s'en alla en disant : '(...) Il sortira vers moi, il se présentera lui-même, il invoquera le nom de l’Éternel son Dieu, il agitera sa main sur la place et guérira le lépreux. Les eaux de Syrie ne valent-elles pas mieux que toutes les eaux d'Israël ? Ne pourrai-je pas m'y laver et devenir pur ?' Et (...) il partait avec fureur. Mais ses serviteurs s'approchèrent pour lui parler. '(...) Si le prophète t'avait demandé quelque chose de difficile, ne l'aurais-tu pas fait ? Combien plus dois-tu faire ce qu'il t'a dit. Lave-toi et tu seras pur'. Il descendit alors et se plongea sept fois dans le Jourdain, selon la parole de l'homme de Dieu. Sa chair redevint comme la chair d'un jeune enfant et il fut pur. Naaman retourna vers l'homme de Dieu avec toute sa suite. (...) Il se présenta devant lui et dit : 'Je reconnais qu'il n'y a pas (d'autre) Dieu sur toute la terre, si ce n'est en Israël'..." (2 Rois 5:1 à 15).

Naaman était un général syrien, un homme fort et vaillant, mais il était lépreux. Un jour, sa femme vint le trouver et lui dit que l'une de ses servantes lui avait parlé d'un prophète en Israël qui pourrait le guérir. Il en fit part au roi de Syrie qui, n'envisageant pas d'autre façon de faire que la voie diplomatique, donna à Naaman une lettre pour le roi d'Israël, l'enjoignant de guérir son général. Le roi d'Israël, ne sachant rien à l'affaire, paniqua. Mais Élisée apprit que Naaman était au palais et demanda au roi d'Israël de le faire venir vers lui. Naaman se rendit donc chez Élisée qui lui envoya un serviteur pour lui demander d'aller se plonger sept fois dans le Jourdain. Outré par l'attitude d’Élisée qui n'avait même pas daigné se déplacer pour aller à sa rencontre, Naaman s'en alla furieux mais ses serviteurs lui parlèrent sagement et surent le faire changer d'avis. Les rivières de Syrie aux eaux limpides et claires n'étaient-elles pas mieux que ces eaux ? Mais ses serviteurs argumentèrent en disant que si le prophète avait demandé quelque chose de difficile, Naaman l'aurait certainement fait. Alors, se baigner dans le Jourdain n'était pas une grande affaire, mais pouvait lui apporter la guérison pour laquelle il avait entrepris tout ce voyage (2 Rois 5:1 à 15). 

Naaman alla donc se plonger dans le Jourdain. Les eaux du Jourdain ne sont pas comme les rivières de Syrie dont les eaux sont claires et limpides. L'eau du Jourdain est, à certains endroits où l'on peut s'y baigner, trouble et un peu vaseuse. On peut comprendre la réticence de Naaman. Et là, deux possibilités sont envisageables et toutes les deux sont intéressantes. La première est que Naaman se plongea et se replongea dans les eaux du Jourdain sans qu'aucune amélioration ne soit visible. Une première fois, une seconde fois, une troisième... rien ! Puis, à la septième fois, il ressortit totalement débarrassé de sa lèpre. La deuxième possibilité est que, au fur et à mesure que  Naaman se plongeait dans le Jourdain, sa peau redevenait pure jusqu'à la septième fois où il fut complètement guéri.  

Dans le premier cas, Naaman aurait pu penser que cela était totalement inutile. On s'était joué de lui. Et il serait sorti de l'eau, furieux, et serait reparti non guéri. La deuxième possibilité (moins probable mais envisageable) est que la guérison étant progressive, il aurait pu interrompre le processus et s'arrêter à la cinquième ou sixième fois en se disant que le résultat était assez satisfaisant et qu'il s'en contenterait bien. Et il serait reparti en n'étant que partiellement guéri. Mais quelle que soit la bonne interprétation, Naaman alla jusqu'au bout et il fut totalement guéri.

Naaman reconnut alors que "il n'y a pas de Dieu en toute la terre sinon en Israël" (2 R. 5:15). Naaman voulut combler son bienfaiteur de cadeaux mais celui-ci refusa. Naaman avait été guéri de sa lèpre, mais il avait également été guéri de son orgueil. Mais si Naaman a été guéri, c'est parce qu'une petite fille, servante de sa femme, connaissait le prophète Élisée. Et c'est de cette petite servante que tout a commencé. 
 


"Une petite fille (en hébreu "na'arah qatana") du pays d'Israël qui était au service de la femme de Naaman" (2 R. 5:2). "Na'arah" signifie "une jeune fille, une servante". "Qatan" veut dire "petit, jeune, insignifiant, sans importance". Aux yeux du grand général syrien, ce n'était qu'une petite servante sans importance. Or nous allons voir que si Naaman a été guéri de sa lèpre, c'est parce que sept personnages ont participé à sa guérison. Sept personnages sans lesquels Naaman n'aurait pas été guéri. Ces sept personnages sont sept raisons que Naaman avait de se plonger dans les eaux du Jourdain. Il en a même une huitième, le roi de Syrie, mais j'en parlerai à la fin.

Le premier personnage qui contribua à sa guérison fut la petite israélite, emmenée captive lors d'un raid des troupes syriennes en Israël. Cette petite "na'arah qatana", cette "servante insignifiante". Elle fut, cependant, l'élément déclencheur de cette expédition. Par cette petite servante, le général Naaman dût se plonger dans les eaux du Jourdain. On peut imaginer la présence du prophète Élisée au bord du Jourdain disant : "Pour la petite servante insignifiante,  Naaman, plonge-toi dans le Jourdain".

Le deuxième personnage, c'est la femme de Naaman. C'est auprès d'elle qu'était la petite servante. Elle sut l'écouter et tenir compte de son avis. Mais lorsque Naaman fait rapport au roi de Syrie de ce qu'a dit la petite servante, il occulte complètement le rôle de son épouse. "Pour ton épouse qui n'a été pour toi qu'une intermédiaire sans importance mais sans qui tu n'aurais pas entendu cette petite servante, Naaman, plonge-toi dans le Jourdain".

Le troisième personnage, c'est le roi d'Israël à qui l'on envoie un général syrien lépreux, lui demandant de le guérir. Ce que le pauvre roi est totalement incapable de faire. Mais Élisée apprend ce qui se passe au palais et fait dire au roi de lui envoyer Naaman. Celui-ci est très certainement furieux envers ce roi qui se soumet aux directives de ce prophète. Peut-être même l'a-t-il méprisé. "Pour le roi que tu as méprisé et qui n'était pour rien dans cette affaire, Naaman, plonge-toi dans le Jourdain".

Le quatrième personnage, c'est Elisée qui ne daigne pas se déplacer. Naaman arrête son char devant la maison du prophète. Il attend que celui-ci vienne vers lui. Il n'a déjà pas voulu aller jusqu'au palais, il pourra au moins aller vers Naaman. Or non seulement le prophète ne sort pas à sa rencontre, mais il envoie un serviteur pour faire la commission. Alors là, c'est trop ! Naaman est ulcéré. Il est furieux. "Pour la colère que tu as éprouvée envers le prophète de Dieu qui t'a dit comment être guéri, Naaman, plonge-toi dans le Jourdain".

Le cinquième personnage, c'est le serviteur d’Élisée. Il a dû devenir tout pâle lorsqu'il a vu ce guerrier se mettre en colère. Les éclats de la voix tonitruante de Naaman ont dû parvenir jusqu'aux oreilles du prophète. "Pour ce serviteur qui t'a transmis le moyen de ta guérison, Naaman, plonge-toi dans le Jourdain".

Le sixième personnage, ce sont les serviteurs de Naaman. Ils ont eu la sagesse et le tact pour parler à leur maître et lui faire entendre raison. "Pour les serviteurs qui ont su te convaincre de faire ce que te demandait le prophète, Naaman, plonge-toi dans le Jourdain". 

Le septième personnage n'en est pas vraiment un. C'est le Jourdain. C'est le moyen que Dieu a choisi pour donner la guérison à Naaman. Car, derrière tout cela, il y avait la volonté effective de Dieu de le guérir. Sans cela, Naaman n'aurait pas été guéri. Après sa guérison, Naaman reconnaîtra "qu'il n'y a pas d'autre Dieu que le Dieu qui est en Israël" (2 R. 5:15). "Pour ce moyen que Dieu a choisi pour te guérir et parce que c'était la volonté de Dieu de te guérir,  pour ce moyen que Dieu a choisi pour ta guérison, Naaman, plonge-toi dans le Jourdain".  
 


Il y a, dans cette histoire, un huitième personnage, le roi de Syrie, mais nous ne le compterons pas car Naaman avait pour lui de la considération, l'appelant "son maître". Il ne remplissait donc pas les critères nécessaires pour que "Naaman se plonge dans les eaux du Jourdain". 

Dans le livre du Lévitique, un chapitre entier est consacré à la guérison du lépreux (Lév. 14). Il y est écrit, entre autres choses, que "celui qui se purifie se baignera dans l'eau et il sera ensuite pur pour rentrer dans le camp" (Lév. 14:8). Ici, en l’occurrence pour Naaman, pour rentrer chez lui. "mais il restera sept jours hors de sa tente" (combien de temps Naaman est-il resté loin de chez lui ?) Ce qui est intéressant à propos de ce chapitre concernant la guérison de la lèpre, c'est que ces prescriptions ne furent jamais appliquées et pour cause, personne ne fut jamais guéri de la lèpre jusqu'à ce que Jésus vienne et commence à guérir des lépreux. A l'un d'eux, il dira : "Va te montrer au sacrificateur" (Matt. 8:4 - Mc 1:44 - Lc 5:14), ce que celui-ci ne fit pas. 

La petite servante de la femme de Naaman parla à sa maîtresse du prophète Élisée. L'épouse transmit l'information à son mari. Le roi d'Israël envoya Naaman chez Élisée qui lui fit savoir par l'intermédiaire d'un serviteur ce qu'il fallait faire pour être guéri. Les serviteurs de Naaman surent lui parler pour que celui-ci ne passe pas à côté de sa guérison. Les eaux de ce Jourdain qu'il lui fallait traverser pour rentrer cher lui furent l'instrument de sa guérison. Sept étapes, sept intermédiaires  furent nécessaires à la guérison de la lèpre de Naaman. 

Nous pouvons, nous aussi, chacun pour notre part, être un instrument de la guérison de quelqu'un. Nous ne serons peut-être qu'un intermédiaire, une étape sur son parcours. Sans la petite servante, Naaman n'aurait pas eu connaissance de cette possibilité. Elle a joué un rôle essentiel dans cette guérison. Sans elle, les eaux du Jourdain n'auraient jamais purifié Naaman. Ne méprisons pas les petits commencements. Nous ne serons peut-être qu'une étape dans la vie et dans le parcours d'une personne que nous connaissons à peine, que nous ne croiserons peut-être qu'une seule fois dans notre vie, mais nous aurons un rôle à jouer. 

Mais à l'inverse, nous pouvons, nous aussi, être au bénéfice de cette guérison. Il y aura, sur notre parcours, dans la recherche de notre guérison, des personnes qui auront un rôle à jouer. Il se pourrait que nous n'ayons pas de considération pour ces personnes parce qu'elles ne correspondent pas à nos critères de sélection. Il se peut même que nous ne puissions pas envisager qu'elles puissent jouer un rôle quelconque, pourtant elles font partie de notre parcours. Il nous faut aller jusqu'au bout du processus que Dieu a mis devant nous. Il nous faut accepter que ce que dit celui ou celle que nous n'aurions pas envie d'écouter est vrai. Pour le Général  Naaman, trois de ces intermédiaires n'étaient que des serviteurs. Mais ils ont joué un rôle essentiel.

Et puis, il y a le Jourdain. Ce moyen-là que Dieu a choisi pour nous et pas un autre. Ce "Jourdain" dans lequel il va falloir se "plonger jusqu'au cou", plus encore, s'immerger. Oh, ce n'est pas le moyen que nous aurions choisi. Ce ne sont pas "les fleuves aux eaux limpides" dans lesquels nous aurions préféré nous baigner. Et il va falloir s'y plonger non pas une fois, non pas deux fois, mais sept fois. Sept, le chiffre de la perfection. Mais pour atteindre cette perfection, il faut y retourner et y retourner encore. Que cette guérison soit progressive ou qu'elle survienne subitement à l'issue du parcours, il nous faut aller jusqu'au bout, jusqu'à ce que la guérison soit complète. 

Dans le cas de Naaman, ce fut la guérison de la lèpre. Mais dans la Bible, la lèpre symbolise aussi le péché. Pour Naaman, sa "lèpre", c'était aussi son orgueil. Quelle est la "lèpre" qui s'attache à notre cœur ? Pour guérir Naaman, Dieu a utilisé l'humiliation. L'orgueil de Naaman a été fortement mis à mal, mais finalement il fut guéri et rendit gloire à Dieu.

Pour chaque "lèpre" de notre cœur, Dieu a prévu un processus de guérison. Que nous soyons appelés à être des intermédiaires dans la guérison de quelqu'un ou que nous ayons besoin de guérir nous-mêmes, puissions-nous être attentifs à ce que Dieu veut faire au travers de nous ou pour nous. Et qui sait, peut-être que d'être participants à la guérison d'autrui nous fera entrer dans le processus de notre propre guérison.

Appendice

* "Ta chair redeviendra saine (shuwb)" (2 Rois 5: 10). Le mot hébreu "Schuwb" peut avoir plusieurs significations. On retrouve, dans ce mot, tout le processus de transformation de cet orgueilleux syrien. Je donne ici globalement, tous les sens qu'il peut recouvrir, quelque soit sa forme, et par lesquelles il est traduit : "Retourner, revenir, donner en paiement, se détourner (de choses vaines), rapporter, ramener, rafraîchir, réparer. Conduire au loin, prendre un tournant, apostasier, montrer un revirement. Etre restauré, permettre de revenir, redonner, abandonner". "Et sa chair redevint (schuwb) comme la chair d'un jeune enfant et il fut pur" (2 Rois 5: 14). La peau de Naaman a été "rafraîchie" "comme celle d'un petite enfant" (verset 14), après avoir été guéri de sa maladie de peau, il est "retourné" vers Élisée "Naaman retourna (schuwb) vers l'homme de Dieu" (verset 15). Il a voulu lui faire "des présents en remerciements", mais Élisée refusa. Lorsque Naaman écouta ses serviteurs, il accepta de "se détourner" de sa route pour se diriger vers le Jourdain. (versets 13 et 14) Naaman avait été "conduit au loin" , il venait de Syrie et il y retourna (verset 5).

"Schuwb" signifie également "prendre un tournant". Après avoir été guéri, il a "prit un tournant" dans sa vie. Naaman a fait le choix de se "détourner" des idoles. Il a ainsi fait preuve d'un "revirement". "Ton serviteur ne veut plus offrir, à d'autres dieux, des holocaustes et des sacrifices" (verset 17). Il a, en quelque sorte, "apostasié" ses anciennes croyances. Il crut dans le Dieu d’Élisée (verset 15). Ainsi, lorsque Élisée dit à Naaman : "ta chair redeviendra saine", c'est tout ce processus de transformation du coeur et de la pensée qui va être le sien qu'il lui annonce. Cela montre la puissance de cette parole. On retrouvera cette même puissance dans la bouche du Seigneur Jésus lorsque, par exemple, il dira à un autre lépreux : "je le veux, sois pur !". Matthieu nous dit que "Jésus étendit sa main, le toucha et il dit : je le veux. Sois pur. Aussitôt, il fut purifié de sa lèpre" (Matthieu 8: 3). Luc apporte une petite nuance à ce récit en spécifiant que "aussitôt, la lèpre le quitta" (Luc 5: 13). Ce qui fait dire à Luc : "il y avait plusieurs lépreux en Israël, du temps d’Élisée le prophète, et cependant, aucun d'eux ne fut purifié, si ce n'est Naaman le syrien" (Luc 4: 27). 

 

JiDé
 

 

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