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La Grande Babylone : Une cité antique ressurgit du Passé

La Grande Babylone : Une cité antique ressurgit du Passé

Introduction

Babylone la grande. Elle sombra dans l'oubli pendant des siècles. Devenue une cité de légende, elle resurgit des sables du désert au tout début du vingtième siècle. Autrefois oubliée, elle est aujourd'hui visitée comme un musée à ciel ouvert. Autrefois centre religieux de l'Orient, elle fut saccagée par des iconoclastes fanatiques. Longtemps mythifiée, elle incarnait cependant un faste luxueux et une débauche dépravée. Les bas-reliefs de ses palais ont été dispersés dans des musées. Les taureaux ailés, gardiens imposants de ses portes, sont maintenant photographiés au Musée de Pergame à Berlin ou au British Muséum de Londres. Babylone, ville autrefois somptueuse, a subi le sort qui lui avait été prédit : "Car le dessein de Dieu contre Babylone s'accomplit, il va faire du pays de Babylone un désert sans habitant.... La muraille même de Babylone est tombée... Jérémie écrivit dans un livre tous les malheurs qui devaient arriver à Babylone, toutes ces paroles qui sont écrites sur Babylone" (Jér. 51:29, 44, 60). Et pendant des siècles, les récits qui mentionnaient la cité de Babel furent considérés, par les adversaires de la Bible, comme une légende orientale. Les fouilles archéologiques, au début du vingtième siècle, permirent de faire sortir des sables les murailles et les palais de l'antique cité. Longtemps reléguée parmi les mythes de contes et légendes, Babylone entrait à nouveau dans l'Histoire par la grande porte. Cette découverte authentifiait ainsi du même coup les récits bibliques qui en faisaient mention. 

Daniel et les quatre empires

Le livre du prophète Daniel est l'un de ces récits. Daniel, jeune hébreu de sang royal exilé à Babylone, va devenir un haut dignitaire à la cour du roi Nabukadnedzar. Il va voir se succéder sur le trône pas moins de quatre monarques, d'abord Babyloniens puis Perses. Ses prophéties annoncent la venue de deux autres empires, mais elles couvrent des événements qui vont bien au delà, car le regard prophétique de Daniel plonge jusque dans les temps de la fin, dans ces temps que nous vivons aujourd'hui. Quatre cités vont, tour à tour, avoir l'hégémonie pendant une période déterminée dans l'Histoire : Babylone, Suse, Athènes et Rome. Bien que ces empires aient disparus, l'influence de ces villes est demeurée intacte car elle s'est perpétué jusqu'à nos jours, chacune pour sa part. Elles demeurent encore debout, comme quatre piliers sur lesquels reposent notre civilisation. Mais Babylone a joué un rôle prépondérant au sein de toutes les civilisations qui ont vu le jour, à quelque époque que ce soit. Ses ramifications se sont infiltrées partout et son système de croyances a survécu jusqu'à aujourd'hui (cf. "Le mystère de Babylone"). La déchristianisation du Monde Occidental a laissé la place à un nombre croissant (de lune*) de religions, de croyances en tout genre. Notre monde ultra-matérialiste n'a jamais autant été sollicité par tant de formes de spiritualités. Il n' a peut-être jamais été non plus autant en demande. Comme l'avait dit André Malraux : "le vingt-et-unième Siècle sera religieux ou ne sera pas !" Je pense qu'il ne s'était pas trompé. Le vingtième siècle a été le siècle des idéologies. Les grands courants politiques ont créé des révolutions, des guerres civiles et des émeutes. Les grands courants religieux ont amené un flot de sectes en tout genre, une vague de mysticisme et beaucoup de dérives. La déchristianisation de l'Europe a laissé le champ libre à tous les vents. L'esprit de Babylone a recommencé à souffler. Comme à Babel, les hommes cherchent à s'unir, cela leur donne des prétextes pour se diviser. 

Plus de cinq siècles après Daniel, un autre prophète, exilé lui aussi, va recevoir le dévoilement des événements dont son prédécesseur avait dessiné le contour (bien que le livre de Daniel contienne des mystères qui ne seront dévoilés que dans les tout derniers temps). Le livre de l'Apocalypse lève un coin du voile (le mot "apokalupsis", traduit par "Apocalypse", signifie "dévoilement") sur ce qu'avait annoncé Daniel, depuis ce palais de Babylone où il servait son Dieu auprès de ces monarques aux règnes éphémères qui reçurent cependant leur pouvoir du Dieu des cieux (Dan. 2:37). Le songe de la statue, interprété par Daniel, annonce la venue de trois autres empires après celui de Babylone. Daniel dira au roi Nabukadnedzar : "c'est toi qui est la tête d'or". Mais en hébreu, le mot tête (rosh) signifie également "le chef". Babylone gardera donc toujours une prééminence sur les empires qui vont se succéder après lui.

La tête est d'or, le buste d'argent, le bassin de bronze et les jambes de fer, et les pieds sont de fer et d'argile. Mais il est intéressant de noter que l'or, l'argent, le bronze étaient des métaux utilisés pour la fabrication des monnaies. Le fer est quant à lui une matière première utilisée entre autre pour la fabrication des armes. L'argile, quant à elle, servait à fabriquer des tablettes où étaient rédigés documents officiels, contrats et inventaires. On l'utilisait également pour la fabrication de sceaux qui authentifiaient la provenance des produits échangés, comme ils permettaient d'identifier d'un coup d’œil l'auteur d'un document. Nous avons, dans cette statue, un descriptif d'un système économique élaboré, utilisant monnaies et documents officiels. Ce système économique n'a cessé de se développer. Keynes est considéré comme le "père" du "néo-capitalisme". Mais celui-ci a fait des petits. "La tête d'or" a toujours un regard sur le déroulement de l'Histoire et l'économie du Monde. Babylone a été et elle sera. Elle est tombée et elle tombera encore. Le crash boursier de Wall Street de 1929 a eu des répercussions énormes dans le monde de la finance internationale. 2008 a également été une année critique pour l'économie. La dévaluation de la valeur de l'or ou de la monnaie-papier peut conduire une nation dans un gouffre économique. Les paroles du prophète Ézéchiel redeviennent alors d'une brûlante actualité : "ils jetteront leur argent dans les rues et leur or sera pour eux un objet d'horreur, leur argent et leur or ne pourront les sauver" (Ezéch. 7:19). Les enjeux financiers sont aujourd'hui bien plus importants qu'à l'époque de la cité chaldéenne, et les mouvements financiers d'aujourd'hui relèguent ceux de la Babylone d'autrefois à la dimension d'un jeu de Monopoly. Mais l'esprit de Babylone, quant à lui, n'en a acquis que plus de puissance et de pouvoir. 

Ruines de Babylone
Vue aérienne du site de Babylone

Elle est tombée, elle est tombée 

"Après cela, je vis descendre du ciel un autre ange qui avait une grande autorité et la terre fut éclairée de sa gloire. Il cria d'une voix forte : "elle est tombée, elle est tombée, Babylone la grande" (Apoc. 18:1, 2). 

Selon Hal Lindsey ("L'Agonie De Notre Vieille Planète"), Babylone doit tomber en deux temps. La répétition de l'expression "elle est tombée" laisse entendre une double action, une action qui se répète. De même que cette expression est répétée à deux reprises, Babylone doit tomber en deux temps, séparés l'un de l'autre par plusieurs siècles d'écart. Sa première chute a eu lieu lorsque la ville a été détruite par les armées d'Alexandre. Sa deuxième chute aura lieu à la fin des temps. La répétition de l'expression "elle est tombée" situe l'action dans un "Passé Prophétique". Celui-ci annonce un événement à venir en en parlant au Passé comme si celui-ci s'était déjà produit (c'est ce qu'on appelle le Passé Inversif), ce qui souligne l'aspect irrémédiable et certain de l'événement annoncé. La première chute a déjà eu lieu lorsque l'apôtre Jean rédige son livre. La deuxième doit encore s'accomplir. Mais comme la chose est vraie et certaine, l'Ecriture la donne comme étant déjà accomplie parce que la chose a été arrêtée et que rien ne pourra empêcher la réalisation de cet accomplissement. L'apôtre, lorsqu'il rédige le chapitre 18 de l'Apocalypse, se trouve entre deux accomplissements. Il sait que Babylone a été détruite depuis plusieurs siècles mais il sait aussi qu'une autre Babylone doit l'être encore. Est-elle déjà sortie de terre ou doit-elle encore apparaître sur la scène de l'Histoire ?

Peut-être que, lorsque l'apôtre Jean rédige l'Apocalypse, avait-il sous les yeux le rouleau d'Esaïe, à un endroit que nous situons dans nos Bible au verset 9 du chapitre 21. Jean savait que Babylone avait été détruite une première fois. Déjà, le prophète Esaïe avait annoncé sa chute. Lui-même, déjà, avait utilisé cette double locution "elle est tombée, elle est tombée". Se pourrait-il que le prophète ait entrevu une double destruction ? Esaïe a-t-il pressenti que la ville chaldéenne serait détruite à deux reprises ? Ou bien avait-il déjà entrevu qu'une autre cité, semblable et différente à la fois, serait un jour érigée en un autre temps, dans un autre lieu, et que celle-ci serait détruite, tout comme la première ? La répétition de cette locution le laisse supposer. Semblable et différente à la fois. Une ville qui ressemble à une autre ville. Jean a saisi cette allusion. Il comprend qu'à son tour il lui faut réitérer cet avertissement. Il se fait l'écho de cette antique prophétie. Au carrefour des temps, alors qu'il vit à l'époque de l'empire Romain, le quatrième empire prophétisé par Daniel, Jean réactualise la prophétie d'Esaïe. Babylone était tombée, il le savait. Mais il pouvait avoir la certitude que la nouvelle Babylone, la Babylone à venir, tomberait elle aussi, en son temps. Un temps qui était encore à venir. Alors qu'il rédige son livre, l'apôtre s'est positionné sur l'une de ces Montagnes Prophétiques, si chères aux prophètes de Dieu. De là, il peut à la fois contempler le Passé et l'Avenir. D'un regard panoramique, il lui est possible de contempler la chute des deux Babylones. Celle qui est tombée et celle qui doit venir. A la lumière des textes anciens de ses prédécesseurs, Jean a entrevu le déroulement de l'Histoire.

l'Empire de Rome et le pouvoir de Babylone

Les prophéties de Daniel ont-elles quelque chose à nous dire pour notre temps ? Une partie, voire même la totalité de ce message concerne-t-il l'époque à laquelle nous vivons ? On peut très certainement l'envisager. Daniel n'est pas seulement un prophète, il est également un haut dignitaire à la cour du roi. Sa position lui permet d'appréhender la portée des événements et leurs implications futures. Le rêve de la statue (Dan. 2) démontre l'existence de quatre empires. Conquise par les Mèdes, la cité chaldéenne sera absorbée dans l'empire Médo-Perse qui lui succédera. Mais "l'esprit" de Babylone, lui, survivra à sa chute. Il demeurera présent tout au long des siècles, et l'on en perçoit encore aujourd'hui, dans nos civilisations occidentales, l'invisible présence. Le système religieux et ésotérique très élaboré de Babylone et le faste somptueux de ses palais. L'ardeur guerrière des Perses, les systèmes philosophiques et les grands courants de pensée issus de la Grèce, comme la Démocratie. La rigueur militaire et la notion de République venus de Rome. Ce sont les piliers sur lesquels s'est édifiée la civilisation du Monde Occidental. Quatre villes vont jouer un rôle prépondérant dans le déroulement de l'Histoire : Babylone, Suse (Shushan), Athènes et Rome. Il faudrait également y ajouter Alexandrie, qui va jouer un rôle prépondérant dans le Monde Antique. Tout comme Carthage, elle va rivaliser de pouvoir avec Rome. L'Egypte jettera sur "la ville aux sept collines" l'ombre de sa civilisation plusieurs fois millénaire. Alexander Hislop ("Les Deux Babylones") cite l'écrivain latin Prosperce, qui dit de Rome qu'elle est : "la haute cité bâtie sur sept collines qui gouverne le monde entier". Marcial, un autre écrivain latin, parle également de "sept montagnes qui gouvernent". Rome, telle la grande prostituée, avait assis son pouvoir sur sept montagnes qui firent sa renommée. Mais dans le conflit qui opposa les navires de l'empereur romain Octave à ceux de Marc-Antoine, général romain, allié de la très fameuse Cléopâtre, l'Egypte avait alors aussi son mot à dire sur le commerce maritime. Alexandrie avait un rôle à jouer sur l'échiquier méditerranéen. "Babylone" courtisait ses alliés tandis que ses ennemis préparaient sa chute. 

D'Orient et d'Occident

"Les rois de la terre se sont livrés avec elle à l'impudicité et que les marchands de la terre se sont enrichis par la puissance de son luxe" (Apoc. 18:3). "Puis, un des sept anges... m'adressa la parole en disant : viens, je te montrerai le jugement de la grande prostituée qui est assise sur les grandes eaux... et je vis une femme assise sur une bête écarlate pleine de noms de blasphème, ... cette femme état vêtue de pourpre et d'écarlate et parée d'or, de pierres précieuses et de perles... sur son front était écrit un nom, un mystère : Babylone la grande, la mère des impudiques et des abominations de la terre " (Apoc. 17:1, 3 à 5). 

L'empire Romain va s'étendre à la fois sur les continents Européen et Asiatique. Cet empire, prophétisé par Daniel, va effectivement se diviser en deux. L'empire d'Occident et celui d'Orient vont se partager ces vastes territoires où les aigles de Rome avaient imposé leur loi. Un territoire qui s'étend depuis ce qui est aujourd'hui l'Angleterre (appelée alors "Bretagne") jusqu'à la Jordanie (autrefois pays des Nabatéens). Ce vaste empire  sera victime de ses luttes intestines pour le pouvoir, mais aussi des révoltes permanentes de ces peuples conquis, vaincus mais non soumis. Aux premiers siècles de notre ère, un nouveau danger menace l'empire. L'étendue exponentielle d'une nouvelle croyance venue de cette petite province de Judée, en Orient. Son influence touche toutes les populations de l'Empire et prône le culte d'un seul Dieu. Cette croyance s'appelle "le christianisme". Les chrétiens refusant de reconnaître l'empereur comme un dieu, Rome sent venir le danger. Les fondements de l'empire risquent d'être ébranlés. La persécution commence. Mais plus les chrétiens sont persécutés, plus ils deviennent nombreux. Rome décide de modifier sa stratégie. Ce que l'on ne peut détruire, on peut l'assimiler. Constantin va faire de cette nouvelle religion une religion d'Etat, mais sous le contrôle de Rome. A la chute de l'empire, cette église qui s'est bâtie et s'est édifiée jusque dans les hautes structures de l'Etat Romain va garder ses avantages et ses privilèges. L'Empire n'est plus, mais l'Eglise est restée.

Daniel l'avait prophétisé  : "tu es la tête d'or". Tu es "la tête" (rosh : le chef). "L'esprit" de Babylone était toujours à l'oeuvre. Il le demeurera. Déjà, les apôtres Pierre et Jean feront mention de Babylone comme d'une ville en activité (1 Pierre 5:13). Babylone incarnait, pour les Judéens qui souffraient sous le joug de Rome, le despotisme dont leur pays était victime. "Babylone" était alors un mot codé pour désigner l'envahisseur haï. Rome, le dernier empire a apparaître dans le récit de l'Histoire biblique. Rome la "ville aux sept collines" (Apoc.17:9). Beaucoup de commentateurs ont vu, avec raison, dans cette cité millénaire, la Babylone de l'Apocalypse. Mais la Babylone que l'apôtre Jean décrit dans le livre de l'Apocalypse est une ville portuaire, ce qui n'est pas le cas de la cité impériale dont les légions occupent alors la Judée (Apoc. 18:16 à 19). Dans l'hébreu de la Bible, le mot ville se dit "iyr". Mais ce petit mot signifie également "agitation, angoisse, terreur". N'est-ce pas là justement ce qu'a imposé Rome dans cette petite province de son empire qu'est la Judée ? Dans cette même Judée (appelée par les Romains "Palestine" en référence au peuple Philistin qui occupait une partie de ses côtes) où est né ce christianisme qu'il redoutait tant et dont il fit une religion d'Etat, dans le seul but d'endiguer et de contrôler son extension. Mais si les apôtres Pierre et Jean ont donné ce surnom de "Babylone" à la cité impériale, une autre Babylone devait paraître dans des temps éloignés. Une première Babylone en Orient, une autre en Occident. Une autre encore, annoncée pour des temps éloignés. Mais où devait-elle être érigée, cette cité orgueilleuse au destin funeste ?

Babylone, ville portuaire, ville de commerce

"Tous les pilotes, tous ceux qui naviguent vers ce lieu, les marins, et toux ceux qui exploitent la mer, se tenaient éloignés... ils criaient et disaient : la grande ville où se sont enrichis par son opulence tous ceux qui ont des navires sur la mer (les armateurs), en une seule heure, elle est détruite" (Apoc. 18:17 à 19). 

"Les villes des nations tombèrent et Dieu se souvint de Babylone la grande pour lui donner la coupe du vin de son ardente colère" (Apoc. 16:19).

Babylone la grande ville. Babylone, cité aux multiples visages. A son apogée, la population de la cité chaldéenne devait être d'environ cent mille habitants, voir quelques centaines de milliers. La ville couvrait une superficie de près de mille hectares, le plus vaste ensemble de ruines de l'Antiquité. Babylone fut, certes, la première mégapole de l'Histoire, mais elle ne sera pas la dernière. La Babylone de l'Apocalypse est une ville portuaire au commerce florissant. Les versets 9 à 19 décrivent le commerce du luxe et son activité marchande.

Dans le livre qui porte son nom, Ézéchiel décrit une cité portuaire phénicienne appelée Tyr (les Phéniciens étaient réputés pour être d'excellents marins et de très bons commerçants). La parole que Dieu adresse à cette cité opulente, au travers de son prophète, fait étrangement écho à celle qui est adressée à Babylone dans le livre de l'Apocalypse. 

"Tu diras à Tyr : ô toi qui est assise au bord de la mer et qui trafique avec les peuples d'un grand nombre d'îles... ton territoire est au cœur des mers, ceux qui t'ont bâtie t'ont rendue parfaite en beauté... les plus experts au milieu de toi étaient tes pilotes... tous les navires de la mer et leurs marins étaient chez toi pour faire l'échange de tes marchandises..." (Ez. 27:1 à 12). Les plus grands armateurs ont des navires dans ses ports. Mais qu'est-ce qu'une grande ville ? Shangaï, en Chine, est probablement le plus grand port au Monde avec six cent cinquante millions de tonnes de tonnage de fret annuel. Sa population dépasse aujourd'hui les vingt-six millions d'habitants. A peine plus peuplée que New York avec ses vingt-quatre millions. Toutes deux largement dépassées par les quarante-trois millions d'habitants de Tokyo au Japon, la ville la plus peuplée au monde. En Europe, Rotterdam et Anvers occupent une place importante parmi les plus grands ports mondiaux. Aujourd'hui, les urbanistes comme les économistes s'intéressent de plus en plus aux villes portuaires. Ils appellent "l’interconnexion entre ces grandes villes portuaires, un réseau de nœuds performants"

Port de Shangaï
Porte-conteneurs, port de Hambourg

Le prophète fait l'inventaire des produits échangés dans la ville de Tyr, tout une liste de choses dont on fait encore le commerce aujourd'hui : 

- les métaux précieux et matières premières pour la sidérurgie industrielle : "d'argent, de fer, d'étain, de plomb"(Ez. 27 vs.12).

- les "esclaves" (main d'oeuvre bon marché et exploitation de populations en situation de précarité) et des "ustensiles de bronze" (bibelots, objets utilitaires). Il faut noter que dans ce texte, ces "esclaves" sont associés à des "objets utilitaires", ce qui relève encore l'aspect abject de l'esclavage (antique ou moderne). On retrouve cette notion d'esclavage dans le commerce de Babylone lorsqu'il est fait mention "d'âmes d'hommes" (Apoc. 18:13)

- "de chevaux, de cavaliers, de mulets" (Ez. 27:14). Les chevaux de course peuvent atteindre des valeurs phénoménales, quant aux "cavaliers", on peut également les associer à tous les "hommes rapides", sportifs de haut niveau, footballeurs, et autres que les nations s'échangent contre des sommes faramineuses (ce qui contraste fortement avec les "esclaves" mentionnés plus haut). "Chevaux et mulets" (rapidité et capacité de transport) pourraient être l'équivalent aujourd'hui de voitures de luxe comme de gros transporteurs.

- "On te payait avec des cornes d'ivoire et de l'ébène" (vs.15). Ivoire et ébène étaient importés du Continent Africain. Mais il faut tenir compte du fait que l'expression "bois d'ébène" fut autrefois utilisée par les négriers pour désigner la population africaine emmenée en esclavage. On peut donc imaginer que le mot "ivoire", quant à lui, put être utilisé pour désigner des esclaves de race blanche. Le mot "corne" peut faire allusion, entre autres, à la force physique. Nous retrouvons, ici encore, cette référence à l'esclavage et les "âmes d'hommes" (Apoc. 18:13). Une population d'esclaves dont on ferait le commerce pour sa force physique. 

- "d'escarboucles, de pourpre, de broderies, de byssus, de corail et de rubis" (Ez. 27:16). Sans transition, on passe du trafic d'esclaves aux produits de luxe : vestimentaire de la mode et accessoires, bijoux précieux et non précieux (parfois fabriqués par la "main d'oeuvre bon marché" dont il est fait mention plus haut).

- "le froment, pâtisserie, miel, huile et baume" (Ez .27: 17). Tout ce qui est alimentaire, vins, liqueurs, produits "naturels". Produits de consommation de luxe, les cosmétiques (baumes).

- "le vin et la laine blanche" (vs. 18). Les grands vins et les tissus de grands prix. 

- "le fer forgé, la casse et le roseau aromatique" (vs. 19). Les objets d'art, la parfumerie.

- "des couvertures pour s'asseoir à cheval" (vs. 20), toute l'industrie automobile et ses accessoires.

- "Agneaux, béliers, boucs" (vs. 21), toute l'industrie alimentaire. 

- "Les meilleures aromates, pierres précieuses de toutes espèces et d'or" (vs. 22), parfumerie, joaillerie, bijoux précieux. 

- "Manteaux teints, broderie, riches étoffes contenues dans des coffres", manteaux de fourrure, tissus précieux, haute-couture, vêtements sur mesure. L'expression "contenues dans des coffres" laisse supposer des précautions particulières pour qu'elles ne puissent pas être volées. On peut donc supposer qu'elles devaient être d'un prix très élevé.

Et Ézéchiel poursuit : "le commerce de beaucoup d'îles passait par tes mains... la Syrie trafiquait avec toi à cause du grand nombre de tes produits... elle pourvoyait tes marchés... en échange de tes marchandises, Damas trafiquait avec toi, à cause du grand nombre de tes produits, à cause de tous les biens que tu avais en abondance... l'Arabie et tous les princes de Kédar trafiquaient avec toi et faisaient le commerce en agneaux" (à ce jour, les Emirats Arabes importent la viande ovine de Nouvelle-Zélande et d'Australie en très grande quantité). 

"Les navires de Tarsis (la Phénicie, selon l'écrivain romain Flavius Josèphe) naviguaient pour ton commerce, tu étais au comble de la richesse et de la gloire, au cœur des mers..." (Ézéchiel 27:1 à 25).  

Aujourd'hui, un dixième de la population mondiale vit dans les trente plus grandes villes du Monde. Se pourrait-il alors que la Babylone dont parle Jean ne soit pas UNE ville, mais plusieurs villes reliées entre elles ? Plusieurs mégapoles interconnectées.

"l'orgueilleuse chancellera et tombera, et personne ne la relèvera; je mettrai le feu à ses villes, et il dévorera tous les alentours" (Jérémie 50:32).

On peut facilement imaginer l'impact que pourrait avoir la destruction d'une cité comme Tokyo, Shanghai ou... On ne peut s'empêcher de penser à un certain jour de Septembre, à New York. L'onde de choc avait atteint le monde entier. Quel sera alors celle provoquée par la destruction de toute une ville ? Mais si Babylone n'était pas qu'une ville mais un réseau de grandes cités interconnectées... "Les villes des nations tombèrent et Dieu se souvint de Babylone la grande pour lui donner la coupe du vin de son ardente colère" (Apoc. 16:19). "Iyr", ce petit mot hébreu dans un livre ancien que l'on nomme la Bible et qui signifie "ville", mais aussi "agitation, angoisse, terreur", pourrait bien prendre tout son sens. "Elle est tombée, elle est tombée, Babylone". Le prophète Esaïe l'avait déjà annoncé en son temps. Jean avait réactualisé l'antique prophétie. Babylone est tombée. Elle ne se relèvera plus. "Les générations à venir seront étonnées de sa ruine et la génération présente sera remplie d'effroi" (Job 18:20). 

Ézéchiel poursuit sa complainte sur la glorieuse cité de Tyr : 

"... Un vent d'Orient t'a brisée au cœur des mers, tes richesses, tes marchés, tes marchandises, tes marins, tes pilotes... et ceux qui s'occupaient de ton commerce... tomberont au cœur des mers, au jour de ta chute. Aux cris de tes pilotes, les plages d'alentour trembleront... quand tes produits sortaient des mers, tu rassasiais un grand nombre de peuples (bateaux-cargo et chalutiers) par l'abondance de tes biens et de tes marchandises, tu enrichissais les rois de la terre. Et quand tu as été brisée par les mers, quand tu as disparu dans la profondeur des eaux, tes marchandises et toute ta multitude sont tombés avec toi, ... tu es réduite à rien, tu ne seras plus jamais" (Ez. 27:26 à 36). 

Tyr la ville marchande, Tyr, cité orgueilleuse, elle s'est effondrée dans les flots emportant avec elle tout son commerce et les profits de ses marchands. "Elle est tombée, elle est tombée Babylone..."


Deux Jérusalem ?

Mais si l'apôtre Jean fait le constat du sort inéluctable de Babylone, il évoque également Jérusalem. Quoi d'étonnant ? Trois fois millénaire, la Jérusalem terrestre s'élève parmi les montagnes de Judée. Ville de paix et centre de tant de conflits. Mais une autre ville se profile soudain à l'horizon du lieu d'exil de l'apôtre, sur l'île de Patmos, une autre Jérusalem. Une Jérusalem céleste. Par la méditation des textes de l'Ecriture, la révélation est venue se poser sur sa réflexion, lors de son étude. Yéroushalaïm, dont le nom signifie "fondements de paix", est un mot Pluriel. C'est même un mot "duel", car la terminaison en "aïm" désigne ce qui va par deux (les bras, les jambes, les yeux, les oreilles...). Il y a deux Jérusalem, celle d'en-haut et celle d'en-bas. Mais elle sera bientôt "une" (ehad) dans un Royaume restauré où la Paix habitera enfin. 

"Nos pieds s'arrêtent dans dans tes portes, Jérusalem ! Jérusalem, tu es bâtie comme une ville dont les parties sont liées ensemble. C'est là que montent les tribus, les tribus de Dieu selon la loi d'Israël, pour louer le Nom de l’Éternel. Demandez la paix de Jérusalem, que ceux qui t'aiment jouissent du repos. Que la paix soit dans tes murs et la tranquillité dans tes palais. A cause de mes frères et de mes amis, je désire la paix dans ton sein. A cause de la maison de l’Éternel, notre Dieu, je fais des vœux pour ton bonheur" (Psaume 122:2 à 9). 

"Tu es bâtie comme une ville dont les parties sont liées ensemble". Les traducteurs se sont essayés à rendre au mieux le sens de ce verset sans vraiment réussir. Littéralement : "comme une ville qui est liée pour elle ensemble". Une ville plurielle. Une ville aux fondements de paix. Un ville qui, en 1967, fut enfin réunifiée lorsque les parachutistes entrèrent dans la partie Est de Jérusalem, et arrivèrent au Kotel, appelé également "Mur des Lamentations". Suite à l'agression militaire par ses voisins frontaliers, Israël reconquit Jérusalem Est. 

"Tu es bâtie comme une ville dont les parties sont liées ensemble". Jérusalem enfin réunifiée, l'Ecriture venait de s'accomplir. La ville sainte n'était plus divisée. Elle redevenait ce qu'elle avait toujours été : la capitale d'Eretz Israël. Si Babylone est une ville plurielle, Jérusalem est unie dans sa dualité.

Notes : *Le croissant de lune : Il y a ici un jeu de mots entre le mot "croissant" dans le sens de croissance et la religion qu'il symbolise.

JiDé

La Grande Babylone : Une cité antique ressurgit du Passé
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