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Naaman et le sang de l'agneau

Naaman et  le sang de l'agneau

"Naaman, chef de l'armée du roi de Syrie... était lépreux. Il descendit et se plongea sept fois dans les eaux du Jourdain, selon la parole de l'homme de Dieu, et sa chair redevint comme celle d'un jeune enfant, et il fut pur" (2 rois 5:1, 14). 

Le thème de la guérison de Naaman est abordé dans un article précédent : "Naaman, Élisée, et la guérison de la lèpre". Il y est question de la démarche de Naaman, du processus de sa guérison, ainsi que des sept personnes qui vont participer à sa guérison. Cet article-ci aborde le même sujet, mais sous un aspect un peu différent. Celui qui lira le titre de cet article et qui connait un tant soi peu le récit de la guérison du général syrien ne pourra s'empêcher de penser : "mais il n'est nulle part fait mention d'un agneau, et encore moins de son sang, dans le récit de la guérison de Naaman !"

C'est tout à fait exact ! Et pourtant, il existe un rapport implicite entre les deux, car, en Israël, pour qu'un lépreux soit reconnu purifié et guéri, il fallait que coule le sang d'un agneau. Oui, le Sang de l'Agneau a coulé. Il a coulé pour que toute personne atteinte par la lèpre du péché puisse être guérie. Et c'est de cela dont il va être principalement question ici, en prenant l'exemple de la guérison de ce célèbre lépreux que fut Naaman. 

Récit historique

Dans ce premier article ("Naaman, Élisée, et la guérison de la lèpre"), j'avais donc abordé la guérison de Naaman par une présentation des divers personnages qui y avaient participé, chacun pour sa part. Le général syrien s'étant plongé sept fois dans les eaux du Jourdain, avait été totalement guéri et avait rendu gloire à Dieu pour sa guérison. N'étant pas du peuple d'Israël, Naaman, bien qu'il ait eu recours à l'aide d'un prophète hébreu, n'était pas tenu d'observer le protocole prévu par la Thora (la Loi de Moïse) pour une guérison de lèpre (ce mot "générique" désignant toutes infections cutanées, maladies de peau sous diverses formes, sans que cela puisse être assimilé à la lèpre telle que la "lèpre Hansen", celle que l'on reconnait généralement par une décomposition progressive des chairs)

Le Seigneur Jésus rappellera que "il y avait plusieurs lépreux en Israël du temps d’Élisée le prophète et cependant aucun d'entre eux ne fut purifié, si ce n'est Naaman le syrien" (Luc 4:27). Je tiens juste à souligner que le Seigneur Jésus lui-même atteste l'historicité de ce récit. Par ce fait relaté par l'évangéliste Luc, les personnages d’Élisée et de Naaman, ainsi que la guérison de ce dernier, sont attestés et estampillés "Historiquement authentiques" ! La parole de Jésus faisant foi. Ainsi, s'il arrivait à un contradicteur de prétendre que ce récit biblique est une fable ou un mythe, on pourra contrer cette critique en argumentant que Jésus lui-même en a attesté l'authenticité. Libre à notre interlocuteur de mettre en doute la Parole de notre Seigneur, mais cela n'engagera que lui. Jésus a dit de lui-même qu'Il est la Vérité. Aucun mensonge ne pouvant sortir de sa bouche, tout ce que le Seigneur a affirmé reste et demeure la Vérité. Ceci étant dit, je reviens au texte du Livre des Rois. 

Guéri et purifié

J'ai dit plus haut que Naaman, n'étant pas du peuple hébreu, n'était pas tenu d'observer le protocole prévu par la Loi de Moïse en cas de guérison de la lèpre. Cependant, le prophète Élisée, lui, était bien du peuple Hébreu. Qui plus est, il était prophète de Dieu. Or, toute action d'un authentique prophète de Dieu ne peut s'opérer sans que celle-ci soit en accord complet et total avec les Écritures. La guérison de ce général Syrien devait donc trouver sa source quelque part dans les textes. J'avais, dans l'article précédent, fait rapidement mention de ce chapitre 14 du livre du Lévitique, qui traite de la lèpre. Il me semblait donc tout naturel d'y trouver ce que je cherchais. Mais avant de poursuivre, je voudrais m'arrêter sur "le constat" de la guérison de Naaman : "et sa chair redevint comme la chair d'un jeune enfant et il fut pur". On conçoit généralement cette phrase comme étant un seul et même fait. Il a retrouvé une peau de bébé, il est guéri, point. Rien à rajouter. Mais en réalité, ce texte comporte deux constats. Le premier constat est celui de la guérison effective de la maladie de peau dont était atteint Naaman. Le deuxième est celui de sa purification rituelle. Constat qui ne pouvait, dans le cas d'un hébreu, être fait que par un sacrificateur après que fut accompli le protocole prévu à cet effet. Après quoi, il était déclaré "pur". Je reviendrai plus en détail sur la question de "pureté rituelle", car elle a son importance pour la compréhension de ce texte. Faut-il rappeler que nous sommes ici dans un récit qui se situe historiquement sous l'Ancienne Alliance ? Si référence est faite à la purification rituelle, ce n'est nullement parce qu'elle est applicable à nous qui nous situons dans le cadre de la Nouvelle Alliance, mais parce qu'elle correspond aux critères exigés à l'époque où cette guérison a eu lieu. C'est donc à ce contexte qu'il nous faut nous référer pour bien comprendre les événement qui sont relatés dans ce récit. 

Mais la guérison physique de Naaman a eu une autre implication. Cette guérison toucha un "organe vital" de son être : son cœur. Une autre "lèpre", bien plus "maligne" que celle qui couvrait sa peau, était en train de le ronger. Cette "lèpre", c'était son orgueil démesuré. Et là, nous touchons à un sujet qui concerne tout homme, de tout temps et en tout lieu, car comme le dit l'Ecriture : "Le cœur de l'homme est mauvais et tortueux, qui peut le connaître ?" (Jér. 17:9). Le prophète Élisée savait que si Naaman acceptait de se plier à ce qui lui était demandé, il serait guéri de sa maladie de peau. Il savait également que de se plier à cette exigence lui coûterait, mais qu'il en ressortirait guéri intérieurement. Motivé par le désir d'être délivré de cette maladie de peau, Naaman se soumit. Mais parce qu'il accepta de s'abaisser aux yeux de ses serviteurs, de ses soldats, d’Élisée et de tous ceux qui avaient participé à sa guérison, il fut purifié de la lèpre de son orgueil. "Naaman retourna vers l'homme de Dieu... lorsqu'il fut arrivé, il se présenta devant lui..." (2 Rois 5:15). Le Naaman fier et orgueilleux, juché sur son char attendant qu’Élisée vienne vers lui, était resté dans les eaux du Jourdain. Le Naaman qui s'approche du prophète est un homme transformé. Guéri de sa maladie de peau et purifié de la lèpre de son péché d'orgueil. Naaman était un "homme nouveau". Un homme transformé qui rendait gloire au Dieu qui l'avait guéri, le Dieu d'Israël. Lorsque Naaman va se rendre vers le prophète, il fait ce qu'un israélite aurait fait avec un sacrificateur. Il se rend auprès du prophète "pour faire constater sa guérison". Pas tant celle de sa peau que celle de son cœur. Lorsque Jésus guérit le lépreux qui l'avait supplié de le rendre pur, il lui dit ensuite : "va te montrer au sacrificateur et offre pour ta purification ce que Moïse a prescrit..." (Marc 1:44). Jésus avait bien spécifié qu'il "n'était pas venu pour abolir la Loi mais pour l'accomplir". Le seigneur invite donc le lépreux à suivre le protocole prévu en cas de guérison de la lèpre (ce qui ne s'était jamais produit auparavant, hormis pour Myriam, la sœur de Moïse). 

Purifié de la lèpre du péché

"Celui qui se purifie lavera ses vêtements... et se baignera dans l'eau. Il sera pur" (Lévitique 14:8).

Sept jours plus tard, "il se rasera le corps, il lavera sa chair dans l'eau et sera pur" (Lév. 14:9). 

"Car en ce jour, on fera l'expiation pour vous afin de vous purifier. Vous serez purifiés de tous vos péchés devant l’Éternel" (Lév. 16:30).

Semblables et différents à la fois, ces passages révèlent une double réalité. La purification de la lèpre est une chose, la purification du corps qui fut lépreux en est une autre. Lorsque Naaman s'immergea dans l'eau du Jourdain, il fut purifié de la lèpre qui couvrait son corps. Mais cette septuple immersion purifia également son cœur parce qu'il accepta de s'humilier. Il fut guéri de sa lèpre de peau mais aussi de cette lèpre d'orgueil qui lui dévorait le cœur.

En Israël, le lépreux, une fois guéri, pouvait à la fois réintégrer la vie sociale et recouvrer sa dignité d'homme. Mais une fois guéri, il devait se procurer un certain nombre de choses pour que le sacrifice lié à sa guérison puisse être opéré. Malheureusement, la maladie dépouillait souvent le malade de l'usage de tous ses biens, celui-ci étant mis à l'écart de la société, il ne lui était plus possible de vivre au sein de la communauté. Il dépendait donc d'une aide extérieure. Il en est de même pour chacun. Personne ne possède le pouvoir de se guérir de la lèpre du péché par ses propres efforts ou par ses propres moyens. Il lui est nécessaire de recevoir une "aide extérieure". Cette "aide" provient justement de Celui qui en a dévoilé toute l'étendue et la profondeur, toute la laideur et la gravité. 

Le sacrifice de l'agneau

"Telle est la loi pour la purification de celui qui a une plaie de lèpre et dont les ressources sont insuffisantes" (Lév. 14:32). 

La Grâce de Dieu consiste à fournir à l'homme qui se purifie les éléments nécessaires à sa purification. Pour la purification du lépreux, deux oiseaux vivants étaient nécessaires. Le premier était immolé au dessus d'un bassin d'eau vive (de l'eau de la rivière). L'autre oiseau était plongé dans le bassin d'eau mêlée de sang, puis relâché. L'eau symbolisant la purification, mais aussi la Parole de Dieu. L'eau et le sang sont aspergés sur le malade de la lèpre à sept reprises, sept étant l'image de quelque chose qui est à la fois accompli et achevé. Ainsi, les directives du prophète à Naaman n'étaient pas juste une quelconque directive prophétique, elles avaient un sens lié aux prescriptions de la Thora. Ainsi, l'apôtre Jean écrira : "C'est lui, Jésus-Christ, qui est venu avec de l'eau et du sang, non avec l'eau seulement mais avec l'eau et le sang" (1 Jean. 5:6). 

Mais Naaman n'était pas un pauvre lépreux. Il demeurait, malgré sa maladie, un général d'armée respecté et craint. Il disposait, de plus, d'une grande richesse. "Il (Naaman) partit, prenant avec lui dix talents d'argent, six mille sicles d'or, et dix vêtements de rechange" (2 Rois 5:5). Naaman avait, financièrement, largement de quoi rétribuer Élisée pour la guérison espérée, mais Élisée refusa ses présents. son ministère n'était pas monnayable, le miracle de Dieu non plus. Aucune somme d'or ou d'argent n'aurait pu rétribuer ce qui venait de se produire pour Naaman. Néanmoins, ni Naaman, ni aucun homme, aussi riche soit-il, ne pourrait jamais payer le prix de la guérison divine.

"S'il est pauvre et que ses ressources soient insuffisantes, il prendra un seul agneau qui sera offert en sacrifice de culpabilité... et avec lequel on fera l'expiation" (Lév. 14:21). Tout l'or du monde ne pourrait racheter un homme de son péché. Ni le pauvre ni le riche ne pourrait payer le prix de la purification du péché. Un seul a pu racheter l'homme de son péché, Celui qui fut sans péché. Lorsque Jean le Baptiste vit Jésus venir à lui, il dit : "Voici l'Agneau qui ôte le péché du Monde". Il est Celui qui nous lave et nous purifie de la lèpre de notre péché. 
 


Riche et pauvre à la fois

Le prophète Esaïe dira plus tard : "Vous tous qui avez soif, venez aux eaux. Même celui qui n'a pas d'argent" (Esaïe 55:1). Quelle que soit notre condition, riche ou modeste, il nous faut reconnaître notre pauvreté, car "tu es pauvre, aveugle et nu" (Apoc. 3:7). Mais comment un "riche" peut-il reconnaître sa "pauvreté" ? Par le processus de la "nouvelle naissance", qui inclut d'être "renouvelé dans son intelligence" (Rom. 12:2). Et ce "renouvellement de l'intelligence" est le fruit d'un "esprit brisé et contrit" (Ps. 51:19). Jésus s'attribuera ces paroles du prophète Esaïe : "L'Esprit du Seigneur est sur moi... il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé" (Luc 4:18). Un cœur brisé par la souffrance, par une vie passée loin de Dieu. Mais le cœur peut être également "brisé" par la conviction de péché. Brisé par le constat d'une vie "pauvre, aveugle et nue", une vie misérable, sans Dieu. 

Mais la Bonne Nouvelle de l’Évangile a été annoncée. Jésus est vivant. Il était mort, mais maintenant il vit ! Aux disciples de jean-Baptiste envoyés vers lui pour s'enquérir de son identité, Jésus répondra : "Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent... la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres" (Luc 7:22). A ceux qui ont reconnu leur pauvreté spirituelle et qui sont prêts à recevoir ce cadeau hors de prix qu'est le Sacrifice de l'Agneau, à ceux qui ont été brisés par le péché mais qui ont reconnu la "lèpre" de leur cœur, à ceux-là est promise la guérison. 

Naaman personnifie tous ceux qui voudraient venir à Lui "sur leur char", c'est à dire campés sur le piédestal de la haute opinion qu'ils ont d'eux-mêmes. Tous ceux qui, drapés dans leur dignité, pensent pouvoir se payer le Salut, que ce soit par des œuvres, par la contrition, par de bonnes actions, par toutes choses qu'ils pensent pouvoir apporter pour être lavés de la lèpre de leur péché. "Il partit, prenant avec lui dix talents d'argent et mille sicles d'or et dix vêtements de rechange" (2 Rois 5:5). Peut-être Naaman s'est-il-dit : "Je lui offrirai d'abord l'argent, si cela ne suffit pas, je lui offrirai de l'or, beaucoup d'or. Pour mille sicles d'or, il acceptera bien de me guérir !" Parce que, pour Naaman, rien n'est gratuit, tout se paie. Alors, il prévoie. Mais la transaction prévue ne se passe pas comme il voulait. Il est hors de question pour lui de "descendre" du char de sa dignité hautaine. Naaman veut seulement être débarrassé de la lèpre de sa peau. Il n' a pas conscience de celle qui ronge son cœur. Mais Dieu veut faire pour lui bien plus qu'il n'attend. Le Naaman orgueilleux, suffisant, hautain, est mort dans les eaux du Jourdain. Le Naaman qui s'approche d’Élisée est un homme transformé. "Il se présenta devant lui et dit : ... et maintenant, accepte, je te prie, un présent de la part de ton serviteur (le ton a bien changé !). Élisée répondit : ... je n'accepterai pas. Naaman le pressa d'accepter, mais il refusa" (2 rois 5:15, 16). "...Venez aux eaux, même celui qui n'a pas d'argent" (Es. 55:1). La guérison divine ne s'achète pas. Même avec des "petits cadeaux". Élisée ne veut rien. Dieu est son Pourvoyeur. 

Naaman est riche, mais il est lépreux. Les plaies d'un lépreux suppurent et la route est toujours longue quand on est malade. "Celui qui se purifie lavera ses vêtements... et se baignera dans l'eau. Il sera pur" (Lévitique 14:8). Sept jours plus tard, "il se rasera le corps, il lavera sa chair dans l'eau et sera pur" (Lév. 14:9). A celle qui est déclarée "pauvre, aveugle et nue", le Seigneur lui conseille d'acheter de lui "un vêtement blanc", un vêtement qui n' a pas été souillé par les plaies suppurantes du péché. La guérison du péché nécessite tout d'abord de s'immerger dans la Grâce de Dieu. Ensuite, vient le temps de "laver sa chair".

Pour que la guérison soit effective, pour "être lavé" de la lèpre qui "nous colle à la peau", il nous faudra "nous dévêtir", nous départir de ces "vêtements souillés". De tout ce dont on se couvre pour cacher les plaies purulentes d'une vie non purifiée par l'eau de Sa Parole. Le prophète Zacharie verra, en vision, le Souverain Sacrificateur Josué "couvert de vêtements sales" (Zach. 3:1 à 4). Ordre est donné aux anges de le dévêtir de ces vêtement sales puis, s'adressant à Josué, un ange lui dit : vois, je t'enlève ton iniquité et je te revêts d'habits de fête". Ses vêtements représentaient la souillure de l'iniquité. Ceux-ci lui furent ôtés et des vêtements de fête lui furent remis. 

Jésus guérit un lépreux

Je terminerai par le compte-rendu d'un événement relaté à la fois par Matthieu, Marc et Luc. Tous trois ont un regard un peu différent, et le récit qu'ils en font est le reflet de ce qui les a marqués, chacun individuellement. Cet événement, c'est la guérison d'un lépreux par Jésus. Voici tout d'abord le témoignage de Matthieu : "Et voici, un lépreux s'étant approché, se prosterna devant lui (devant Jésus) et dit : Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur. Jésus étendit sa main, le toucha et dit : je le veux, sois pur. Aussitôt il fut guéri de sa lèpre" (Matth. 8:2).

Voici maintenant le témoignage de Marc (Mc. 1:40) : "Un lépreux vint à lui et, se jetant à genoux, il lui dit d'un ton suppliant : si tu le veux, tu peux me rendre pur. Jésus, ému de compassion, étendit sa main, le toucha et dit : je le veux. sois pur. Aussitôt la lèpre le quitta et il fut purifié".

Et enfin, le témoignage de Luc : "Jésus était dans l'une de ces ville et voici, un homme couvert de lèpre, l'ayant vu, tomba sur sa face, et lui fit cette prière : Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur. Jésus étendit la main, le toucha et dit : je le veux, sois pur. Et la lèpre le quitta" (Luc 5:12). 

Il y a, dans ces trois récits, à la fois des similitudes et des divergences. Les trois textes mentionnent qu'un lépreux s'approcha de Jésus et lui demanda de le purifier. Jésus étendit la main, toucha le lépreux et lui signifia sa volonté de le purifier. Et le lépreux fut guéri de sa lèpre. Les paroles du lépreux, comme celles de Jésus, sont identiques dans les trois textes. Les trois évangélistes ont entendu identiquement la même chose et ont reproduit par écrit ce qu'ils ont entendu. Ce qu'ils ont entendu, oui ! Mais pas ce qu'ils ont vu. Ils ont vu la même scène mais ils ne l'ont pas perçue de la même manière. J'expliquerai après pourquoi je prends le temps de "décortiquer" cet événement. Il est directement lié à la façon d'être guéri et à la guérison elle-même.

Quelles sont maintenant les divergences ? Luc nous dit que cet événement s'est produit dans une ville dont il ne se souvient probablement plus le nom. Ce qui laisse supposer que Jésus a guéri des lépreux dans un grand nombre de villes et villages. Pour Matthieu, le lépreux "s'est approché", alors que pour Marc "il vint à lui". Luc, quant à lui, voit le contexte plus général et ne constate la présence du lépreux que lorsqu'il est devant Jésus. On peut donc supposer que ce lépreux s'est approché de Jésus, peut-être avec une certaine réticence, mais dans le but de lui parler et de recevoir la guérison de ses mains. Matthieu le voit se prosterner alors que Marc le voit se jeter à genoux. Luc, qui semble toujours s'arrêter sur la "dernière image", dit qu'il "tomba sur sa face". On a donc la séquence en quatre images : le lépreux s'approche, il tombe à genoux, se prosterne et tombe sur sa face. Matthieu relate ses paroles mais Marc y ajoute que le lépreux le fit d'un ton suppliant. Pour Luc, le lépreux s'adresse à Jésus sur le ton d'une prière, une supplication. Marc, qui est semble-t-il un homme plus sensible, constate que Jésus est ému de compassion pour ce lépreux, détail que ne mentionnent ni Matthieu, ni Luc. Le dialogue qui s'instaure entre le lépreux et Jésus est rendu identiquement pareil par les trois évangélistes. Le geste de Jésus également. Matthieu et Marc sont d'accord pour dire que la guérison fut immédiate, instantanée : "Aussitôt". Marc et Luc sont également d'accord pour dire que "la lèpre le quitta", alors que Matthieu préfère souligner le fait que "le lépreux fut guéri de sa lèpre". Marc ajoute cependant un détail : "et il fut purifié". Or, le texte de Lévitique 14, qui traite de la guérison de la lèpre, stipule qu'un lépreux ne sera déclaré pur qu'après qu'ait été effectué le protocole adéquat pour chaque cas individuel. Et la conclusion est, après que le sacrificateur eut opéré le sacrifice adéquat : "et il sera pur". Ce qui sous-entend qu'avant d'être déclaré "pur" par le sacrificateur, le lépreux ne l'est pas. Or, Marc nous dit que lorsque le lépreux fut guéri, "il fut purifié". Et c'est là que l’Évangile et le témoignage des trois évangélistes rejoignent le texte relatant l'histoire de Naaman, puisqu'il est dit du lépreux syrien : "et sa chair redevint comme la chair d'un jeune enfant et il fut pur". Naaman ne s'était pas présenté devant un sacrificateur pour faire constater sa guérison, il n'en avait pas besoin, il n'était pas israélite. Par contre, Élisée, lui, n'était pas sacrificateur. Il n'était donc pas, "juridiquement habilité" à déclarer pur un lépreux. Mais, au regard de sa fonction de prophète, il lui fallait avoir une autorité pour guérir officiellement un lépreux. On se souvient de la vision de la nappe par l'apôtre Pierre à qui Dieu dit : "ce que Dieu a déclaré pur, ne le regarde pas comme souillé" (Act. 10:15). 

Il est écrit : "Il descendit alors et se plongea sept fois dans le Jourdain selon la parole de l'homme de Dieu et sa chair redevint comme la chair d'un jeune enfant et il fut pur" (2 Rois 5:14), comme il est également écrit d'un autre lépreux : "Jésus étendit la main, le toucha et dit : je le veux, sois pur. Aussitôt, il fut guéri de sa lèpre" (Matth. 8:3). La guérison divine est le produit de l'action souveraine du Seigneur, mais celle-ci ne déploie pleinement toute son efficacité que dans un cœur repentant et obéissant, comme le dit Jérémie : "Purifie ton cœur du mal, Jérusalem, afin que tu sois sauvée" (Jér. 4:14). Car "qui dira : j'ai purifié mon cœur, je suis net de tout péché ?" (Prov. 20:9). Cette "purification" provient d'un cœur sincère, motivé par une foi éprouvée et l'amour de la vérité, ainsi qu'il est écrit : "ayant purifié vos âmes en obéissant à la vérité... ayant purifié vos cœurs par la foi" (1 Pierre 1:22 - Actes 15:9). Alors nous pourrons répondre à l'invitation du Seigneur rédigée par l'auteur de l’Épître aux Hébreux : "Approchons-nous avec un cœur sincère, dans la plénitude de la foi, les cœurs purifiés d'une mauvaise conscience et le corps lavé d'une eau pure" (Héb. 10:22).

JiDé


 

 

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