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La manne ? Qu'est-ce que c'est ?

La manne ? Qu'est-ce que c'est ?

Quarante années et onze jours

Le voyage devait durer onze jours. Il dura quarante ans. Il aurait suffit de onze jours au peuple d'Israël, sorti précipitamment de la terre de Goshen, pour atteindre les premières collines de Canaan. Mais à cause de l'incrédulité communicative de dix éclaireurs envoyés en reconnaissance, et malgré les voix de Josué et de Caleb, le peuple rechigna à s'emparer de cette Terre pourtant Promise. A cause de leur incrédulité, les portes de la Promesse se fermèrent devant eux. Le peuple s'enfonça dans le désert, toujours sous la conduite de Moïse. Mais au bout de quelques temps, la nourriture vint à manquer. Comment nourrir un peuple si nombreux ? Des mécontents élevèrent alors la voix contre leur libérateur, l'accusant de les avoir conduits au désert pour les y faire mourir. Le peuple oublia très vite l'oppression de l'esclavage pour ne plus se souvenir que des légumes d'Egypte (dont ils ne devaient pas, cependant, en tant qu'esclaves, consommer les plus beaux ni les meilleurs !). Les conditions de leur servitude furent bien vite effacées dans ces immensités arides et désertiques. Peu s'en aurait fallu qu'ils ne retournent en Egypte, oubliant que celle-ci leur avait envoyé ses chars de guerre pour les y ramener de force afin de les soumettre à nouveau à cet esclavage dont ils avaient tant souffert. Mais la Mer Rouge s'était refermée sur leurs pas, engloutissant en même temps leurs poursuivants, et les traces de leur passage avaient été, à jamais, recouvertes par les flots. Alors, bien vite, les rumeurs se firent à nouveau entendre. Elles s'élevèrent contre celui dont le nom, en langue égyptienne, se dit "méshitihou" ("sauvé des eaux"). Les Hébreux l'appelèrent "Moshè". Passé à la postérité, il sera  appelé  Moïse en Francophonie.  Dans d'autres langues, il sera désigné par des noms divers comme "Moussa" ou "Moses". 

"Vatikra shèmo moshè vatomer ki min ha maïm meshitiou", littéralement : "et elle (la fille de Pharaon) appela son nom Moshè (shèmo moshè) car hors de l'eau je l'ai tiré" (Exode 2:10).  

"Shemo moshè", ces mots se reflètent l'un dans l'autre, comme se reflétait le visage de cette princesse égyptienne dans les eaux du Nil dont elle venait d'en extraire le petit enfant. Un petit garçon Hébreu venait d'être providentiellement sauvé d'un infanticide pour être recueilli par la fille de celui qui l'avait fomenté. De fils d'esclave il devint prince d'Egypte. Libérateur de son peuple, législateur et guide spirituel, il conduira les Hébreux aux frontières de la Terre de Canaan après quarante années de pérégrinations dans un désert brûlant où moururent tous ceux qui étaient nés en Egypte, hormis Josué et Caleb. Quarante années après leur sortie d'Egypte, le peuple Hébreu franchit le Jourdain et entra en Canaan sous la conduite de Josué. Pendant ces quarante années, Dieu pourvut miraculeusement à leur nourriture. Cette nourriture providentielle disparut après que les Hébreux aient célébré pour la première fois la Pâque en terre de Canaan. Pâque (en hébreu "Pessah") signifie "passage". Le peuple hébreu venait de passer quarante années dans le désert, nourri de la manne. Sous la conduite de Josué, il passa le Jourdain et entra en Canaan. Cette terre leur fournirait désormais le pain dont ils allaient se nourrir. "A partir du lendemain de ce jour-là (où ils célébrèrent la Pâque pour la première fois en terre Promise) la manne cessa de tomber puisqu'ils pouvaient se nourrir des produits du pays. Il n'y eut plus de manne pour les israélites..." (Josué 5:10 à 12). 

La manne ou le pain du ciel

Partis d'Elim, ils arrivèrent dans le désert de Sin, "entre Elim et le Sinaï" (Ex. 16:1). Là, ils se mirent à murmurer contre Moïse et Aaron, les accusant de les avoir conduits dans ce désert pour les y faire mourir. Mais le Seigneur entendit leur récriminations et parla à Moïse. Il lui dit : "inèni mâmtîr lakem lekhem mîn hashamaïm" ("Je vais faire pleuvoir du pain du ciel"). Il serait plus juste de dire "le pain des cieux", puisque le mot est au pluriel. Et effectivement, un matin, les Hébreux eurent la surprise de découvrir tout autour du campement, après que la rosée se soit évaporée avec les premières chaleurs, une substance blanchâtre qui recouvrait le sol (Ex. 16:4). "Au matin... il y eut une couche de rosée autour du camp. Une fois cette rosée dissipée, il y avait à la surface du désert, quelque chose de petit comme des grains, quelque chose de fin comme la gelée blanche sur la terre. Les israélites regardèrent et se dirent l'un à l'autre : qu'est-ce que c'est ? En effet, ils ne savaient pas ce que c'était. Moïse leur dit : C'est le pain que l’Éternel vous donne pour nourriture" (Exode 16:13 à 15). 

Les Hébreux se demandèrent : "Qu'est-ce que c'est ?" (en hébreu "man hou ?"). Mais cette expression "man hou" fait écho à un mot que les Hébreux ont entendu tout au long des quatre siècles de séjour en Egypte. Ce mot, c'est "mannou" qui, en langue égyptienne, signifie "nourriture". On peut donc supposer que la question sous-jacente était : "Qu'est-ce que c'est ? Est-ce comestible ?". Si la substance de la manne est nutritive, sa nature est, quant à elle, interrogative. "Man hou ?... mannou ?". "Est-ce que cela est comparable à la nourriture que nous mangions en Egypte ?". Les Hébreux, soucieux de subvenir à leurs besoins, ne pouvaient que se référer à quelque chose qu'ils connaissaient. Mais la nourriture que Dieu va leur procurer est d'une autre nature que celle de l'Egypte. C'est un "pain qui vient du ciel".

Apparaissant le matin à la surface du désert après évaporation de la rosée sous la forme d'une croûte "mince comme le givre" (Ex. 16:14), la manne était semblable à une graine de coriandre blanche et avait le goût d'une galette de miel (Ex. 16:31). L'auteur la décrit "Comme de la gelée blanche". Il cherche à décrire sa substance mais n'y arrive qu'avec difficulté, ne trouvant rien qui puisse vraiment lui correspondre, ce qui souligne son aspect insolite et unique. "Quelque chose comme des graines". Le livre des Nombres apporte quelques informations supplémentaires. Il y est dit que "la manne avait l'apparence du bdélium (en hébreu "bédolah", Nombres 11:7). Le mot "bédolah" désignant une sorte de gomme résineuse, dont l'origine du nom viendrait de "badal", qui signifie "séparer, mettre à part, faire une différence". On retrouve ici l'idée d'un peuple "mis à part" par Dieu, mais aussi que cette manne "fait la différence" entre la nourriture que convoitaient les Hébreux, celle de l'Egypte, et ce "pain du Ciel" que Dieu leur octroie. Cette manne est également comparée à "de la gelée" ou "de la givre" ("képhowr" en hébreu)Un mot qui signifie également "bassin, bol, coupe". Il y a donc comme un lien étroit entre la substance de cette manne et le récipient qui la reçoit, faisant ainsi une analogie entre la nourriture et le corps qu'elle nourrit. Le "pain du ciel" est vraiment une nourriture.  

Jésus le Pain de Vie

Le mot "képhowr" (la givre à laquelle est comparée la manne) a pour racine le mot "kaphar", qui signifie "couvrir", dans un sens propitiatoire. Lorsque Moïse reçoit les directives de Dieu pour la construction du Tabernacle, il lui est dit : "Tu te feras un propitiatoire (kaporeth) d'or pur" (Ex. 25:17). Le mot "propitiatoire" s'écrit en hébreu avec les lettres K.P.R.T. Il est dit ensuite : "ils mangeront ces choses, ce qui a fait expiation (kapar)". Le mot "expiation" s'écrit, lui, avec les lettres "K.P.R.", tout comme le mot "givre" (K.K.P.R.). La racine de ces mots souligne un lien étroit entre cette "manne" et le protocole expiatoire qui sera plus tard révélé à Moïse. 

Outre l'aspect surnaturel de la manne, il y a là, pour les Hébreux, une leçon spirituelle. Leçon que rappellera le Seigneur Jésus lorsqu'il dira à ses contemporains : "l'homme ne vivra pas de pain seulement mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu". Moïse avait dit au peuple hébreu, en parlant de la manne  : "c'est le pain que l’Éternel vous donne pour nourriture", mais ce "pain du ciel" peut-il nous nourrir ? Peut-il nous permettre de subsister dans ce désert ? Peut-être quelqu'un se posera-t-il, aujourd'hui, la même question. Ce "pain du ciel" peut-il me permettre de subsister dans le désert aride de mon existence ? La réponse est "oui ! Assurément !" Jésus dira à deux reprises : "Je Suis le pain de vie" (Jean 6:35, 48). Le Seigneur dit encore : "Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel, si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement et la pain que je donnerai, c'est ma chair que je donnerai pour la vie du monde" (Jean 6:51). Et il ajoute : "Ma chair est vraiment une nourriture et mon sang un breuvage" (Jean 6:55). Celui qui affirme être le pain du ciel n'est-il pas né dans la ville de Bethléem dont le nom signifie "maison du pain" ?

Résider dans "la maison du pain", c'est être assuré de ne jamais manquer de nourriture. C'est parce que Jésus s'est incarné dans un corps de chair qu'il a pu donner sa vie pour le monde.  Afin que quiconque puisse venir à Lui, et être rassasié de la vie abondante qui est en lui. Celui qui "demeure en lui" (Jean 6:56) pourra dire avec le Psalmiste : "Je ne manquerai de rien" (Psaume 23:1). Le soir où il fut livré, "pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain, et après avoir rendu grâces il le rompit et le donna à ses disciples en disant : prenez, mangez, ceci est mon corps (Matth. 26:26)", il parlait du pain qu'il venait de rompre. Mais à travers ce pain, il parlait de lui-même. La mort de Jésus sur la croix ferait oeuvre de propitiation pour le peuple. Celui qui mangerait de ce "pain du ciel" en croyant en son oeuvre rédemptrice, en sa mort et sa résurrection, serait assuré de trouver grâce et faveur au près de Dieu.

Ceci est mon sang

Comme je l'ai dit, le mot "képhowr" peut signifier également "une coupe". Jésus, dans le Jardin, a prié pour que la coupe qu'il devait boire s'éloigne, mais il a choisi d'obéir à la volonté de son Père et l'a bue jusqu'au bout, acceptant ainsi cette mort sur la croix où son sang a coulé. Alors qu'il était attablé avec ses disciples, Jésus leva la coupe et dit : "Ceci est mon sang par lequel est scellée l'alliance. Il va être versé pour beaucoup d'hommes, afin que leurs péchés soient pardonnés" (Matth. 26:28). 

Mais alors qu'il était dans la synagogue de Capharnaüm, "Les Juifs se mirent à discuter vivement entre eux en disant : comment cet homme pourrait-il nous donner son corps à manger ? Alors Jésus leur dit : Oui, vraiment je vous l'assure, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Celui qui se nourrit de ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle et moi je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang un breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. Le Père qui m'a envoyé a la vie en lui-même et c'est lui qui me fait vivre. Ainsi, celui qui se nourrit de moi vivra lui aussi par moi. C'est ici le pain qui descend du ciel. Il n'est pas comme celui que vos ancêtres ont mangé, eux ils sont morts, mais celui qui mange ce pain-ci vivra pour toujours" (Jean 6: 52 à 58). 

De telles paroles, même dans la bouche de Jésus, peuvent surprendre. Elles pourraient même choquer certains, tout comme elles choquèrent les Juifs qui les entendirent. Boire son sang ? Manger sa chair ? L'Ecriture ne dit-elle pas : "Garde-toi de manger le sang, car le sang c'est l'âme et tu ne mangeras pas l'âme avec la chair" (Deut. 12:23). Mais, en disant ces choses, Jésus ne fait que commenter, expliciter ce que dit déjà l'Ecriture. Mais que dit-elle à ce propos ? "Car l'âme de toute chair, c'est son sang qui est en elle" (Lév. 17:14) et "l'âme de la chair est dans le sang" (Lév. 17:12). L'auteur de l’Épître aux Hébreux, qui a écrit plus en détail sur cela, dit  : "Presque tout, d'après la Thora, est purifié par le sang, et sans le sang il n'y a pas de pardon" (Héb. 9:22).  Jésus est venu, "il est apparu une seule fois pour abolir le péché par son sacrifice" (Héb. 9:26). 

Le lieu de la compassion

Cet enseignement de Jésus a été donné dans la synagogue de Capharnaüm. Mais le véritable nom de ce village est "Kphar Nahoum" (le village de la compassion). Et ce n'est probablement pas un hasard si Jésus a enseigné ces choses à cet endroit plutôt qu'un autre. Jésus parlait de "donner sa vie en rançon pour plusieurs" (Matth. 20:28). Il manifestait ainsi son amour et sa compassion pour cette humanité déchue. Il mettra le comble à son amour en donnant sa vie en sacrifice.

Kphar Nahoum, le village de la compassion. Le mot "kphar" s'écrit dans le texte avec les lettres K.P.R., tout comme le mot "expiation (kaphar)", dont j'ai parlé plus haut. Le mot "kaphar" signifiant également "couvrir" dans un sens propitiatoire. On se rapproche ici très fort du message que Jésus délivre dans la synagogue de Kphar Nahoum, appelée plus tard Capharnaüm. Dans son discours, Jésus parle du "pain du ciel" (la manne) qu'il associe à son propre corps. La manne n'a pu donner aux Hébreux la vie éternelle puisque "eux ils sont morts". Ce "pain" dont Jésus parle "n'est pas comme celui que vos ancêtres ont mangé". Mais Lorsque Jésus dit :  "Celui qui mange ce pain-ci vivra pour toujours", il parle de son propre corps qui est le véritable pain du ciel. 

Lorsque Moïse reçoit les directives de Dieu pour la construction du Tabernacle, il lui est dit : "Tu te feras un propitiatoire (kaporeth) d'or pur" (Ex. 25:17). Le mot "propitiatoire" s'écrit en hébreu avec les lettres K.P.R.T. Il est dit ensuite : "ils mangeront ces choses, ce qui a fait expiation (kapar)". Le mot "expiation" s'écrit, lui, avec les lettres K.P.R., tout comme le mot "givre" (K.K.P.R.). La racine de ces mots souligne un lien étroit entre cette "manne" et le protocole expiatoire qui sera plus tard révélé à Moïse. Cette "manne" qu'ont mangé les Hébreux, était comparée à de la givre (képhowr), un mot dont la racine (kaphar) signifie "expiation". Si Jésus s'identifie à la manne en tant que pain du ciel, c'est parce que son sacrifice sur la croix est un sacrifice expiatoire et que quiconque croit en lui peut recevoir la vie éternelle. 

La rosée

"Au matin... il y eut une couche de rosée autour du camp. Une fois cette rosée dissipée, il y avait..." (Ex.16:4). Si l'on s'approche attentivement du texte biblique, on ne peut manquer de s'arrêter sur ces petits détails qui échappent très souvent à une lecture superficielle. Focalisé sur la manne, nous pourrions passer sur quelque chose qui a pourtant son importance (comme chaque petit détail du texte). Il nous est parlé d'une "couche de rosée" tout autour du camp. C'est après que cette couche de rosée se soit évaporée que les Hébreux purent voir cette étrange substance qui recouvrait le sol : la manne. Or, dans la pensée biblique, la rosée a une signification symbolique forte. Elle est synonyme de bénédictions. Cette rosée (tal) était considérée par les Patriarches comme un signe de bénédiction. Isaac, bénissant son fils Jacob, dira : "Que Dieu te donne de la rosée du ciel et de la graisse de la terre" (Gen. 27:28). Jacob, bénissant à son tour son propre fils Joseph, dit : "Son pays recevra de l’Éternel en signe de bénédiction, le meilleur don du ciel, la rosée, les meilleures eaux qui sont en bas" (Deut. 33:13). 

Mais "la rosée" peut également être désignée par un autre mot : "nataph". "Nataph", c'est quelque chose qui est distillé comme un parfum suave, quelque chose qui coule doucement, ce peut être aussi une parole douce et apaisante, voire une prophétie. Cette "rosée" peut être comparée à la douce voix de Dieu, apaisante, rassurante, dite à propos mais avec autorité. Cette "Parole" devient alors une véritable "nourriture". Cette "Parole" que l'apôtre Jean identifie comme étant le Seigneur lui-même. "Au commencement était la Parole... et la Parole était Dieu" (Jean 1:1). Mais ceux qui s'obstineraient à se contenter des "légumes d'Egypte", pourraient s'entendre dire ce que le prophète Aggée dit à Israël qui négligeait Sa maison : "Vous mangez et vous n'êtes pas rassasiés" (Aggée 1:6). Non, en effet, "l'homme ne vivra pas de pain seulement mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu".

Le pain de ce jour

"Donne-nous chaque jour notre pain quotidien" (Luc 11:3). 

Mais j'en reviens aux Hébreux dans le désert. 

"Quand ils sortirent du pays d'Egypte, et ils maugréèrent... et ils dirent : Ah si nous étions morts au pays d'Egypte quand nous étions assis près du chaudron de viande, quand nous mangions du pain à satiété..." (Exode 16:3). Ils avaient vite oublié qu'en Egypte, ils étaient astreints aux travaux forcés. Ils bâtirent les cités de "Pithom et Ramsès" (Ex. 1:11) qui furent les greniers à grains de l'Egypte. Peut-être avaient-ils tout de même gardé en mémoire les sept années de famine qu'avait connue l'Egypte à l'époque de Joseph. Mais avec la manne, il ne leur sera pas possible d'en garder ne fut-ce qu'une partie pour le lendemain. Ceux qui cherchaient à en garder pour le lendemain voyaient cette manne pourrir dans les pots. Ceux-ci portaient une date de péremption indépassable : "aujourd'hui !"

Dans le désert, il ne leur fut pas permis de se construire des "greniers à grains". La manne ne pouvait être engrangée dans toutes les "Pithom" et toutes les "Ramsès" que les hébreux avaient pu emporter d'Egypte avec eux. Ces "Pithom" et ces "Ramsès" étaient comme des fonctionnements ataviques hérités de l'Egypte où ils étaient nés, où étaient nés leurs pères et les pères de leurs pères. Si Pithom et Ramsès ont été les greniers à grains de l'Egypte (et tout ce que celle-ci génère), Bethléem (la maison du pain), petite bourgade de Judée, allait donner au Monde celui qui serait le Pain de vie. Mais c'est à Kphar Nahoum que Jésus donnera cet enseignement magistral sur le véritable pain qui donne la vie. 

Le pain de demain 

Lorsque, en l'an 382, Jérôme de Stridon entreprend la traduction de la Bible en latin (la Vulgate), il est alors confronté à un texte de l’Évangile de Matthieu comportant un mot inusité dans le grec classique : "epiousios", que l'on retrouve dans cette phrase de la prière appelée "Notre Père" : "Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien". Soucieux de rendre au plus près le sens exact des mots, Jérôme va utiliser la racine du mot : "epiousa", ce qui signifie "venir, suivant, lendemain". En 385, Jérôme se rend à Bethléem en Judée dans le but de traduire l'Ancien Testament. Il y apprend l'Hébreu et, afin de parfaire sa connaissance de la langue, rencontre des savants juifs, spécialistes du texte biblique. Son désir est d'aller au plus près du texte original. Il a alors le privilège de consulter une copie en hébreu de l’Évangile de Matthieu, aujourd'hui disparue (celui-ci ayant été rédigé par l’Évangéliste dans cette langue et non en grec). Il peut alors y lire ces mots : "halehem shal mahach", ce qui peut se traduire par "le pain de demain". "Donne-nous aujourd'hui le pain de demain". Son intuition était juste. La traduction grecque "epiousios" faisait bien référence à un temps futur. Mais lequel ?

"Donne-nous aujourd'hui le pain de demain". Ces mots du Seigneur font très probablement allusion à la manne qui était dispensée chaque jour dans le désert pour les Hébreux sortis d'Egypte. Chaque jour, une portion suffisante leur était accordée, mais le vendredi matin, les Hébreux se devaient d'en récolter le double. La portion supplémentaire devant être consommée le lendemain, qui était shabbat. C'était "le pain du lendemain". Il est donc fort probable que ce "pain du lendemain" dont fait mention Matthieu dans son Évangile, était une allusion directe à cette double portion de la manne. Mais ce mot "lendemain" auquel Matthieu fait allusion pourrait revêtir un autre sens, plus profond. Mais alors, à quel "lendemain" fait-il allusion ? Pour le comprendre, il faut se rendre un vendredi soir dans une famille juive pratiquante. Sur la "table de shabbat", il y a deux pains. Et si l'on demande au maître de maison pourquoi y-a-t-il deux pains sur la table, il répondra : "il y a le pain de ce jour et le pain de demain". Ce qui permet de penser que cette tradition remonte très loin dans le temps, tout au moins jusqu'à l'époque du Seigneur Jésus lui-même. Et le maître de maison ajoutera : "il y a le pain de ce monde et le pain du monde à venir. Il y a le pain qui nous nourrit et le pain du Massiah (le Messie)". Ce "pain du lendemain" revêt ainsi un sens à la fois prophétique et messianique. 

Deux pains

A la lumière de cela, on peut mieux comprendre le texte de Matthieu. Il y a en réalité "deux pains" comme il y avait, le vendredi matin, deux mesures de manne pour chaque hébreu. Mais si Matthieu rapporte les paroles du Seigneur par : "donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien (de demain)", l’Évangéliste Luc, lui, apporte une petite variante. Il écrit : "donne-nous chaque jour notre pain quotidien (de demain)" (Luc 11:3). Qu'est-ce à dire ? Dans les deux cas, la demande formulée exprime le désir de recevoir ce "pain de demain" qui est "le pain du Messie", mais qui est aussi, comme le disait le maître de maison,  "le Pain du Ciel". Matthieu et Luc apportent chacun une dimension à la fois différente et similaire. Jour après jour, pendant quarante années, les Hébreux durent compter sur le fait que la manne serait encore là le lendemain matin. Mais le "aujourd'hui" de Matthieu préfigure la venue du grand Jour, le Jour du Messie où "il sera pleinement tout en tous" (Eph. 1:23). Le "chaque jour" de Luc souligne la dépendance quotidienne à la bonté de Dieu qui accordait "chaque jour" la nourriture nécessaire pour une journée. Cette dépendance à la fidélité de Dieu devait se renouveler chaque matin, tout comme la manne. 

Pour conclure, j'en reviens à ces paroles du Seigneur, suffisamment explicites : "Alors Jésus leur dit : Oui, vraiment je vous l'assure, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Celui qui se nourrit de ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle et moi je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang un breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. Le Père qui m'a envoyé a la vie en lui-même et c'est lui qui me fait vivre. Ainsi, celui qui se nourrit de moi vivra lui aussi par moi. C'est ici le pain qui descend du ciel. Il n'est pas comme celui que vos ancêtres ont mangé, eux ils sont morts, mais celui qui mange ce pain-ci vivra pour toujours" (Jean 6:52 à 58). 

"Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Eglises : à celui qui vaincra je donnerai de la manne cachée" (Apoc. 2:17).

Qui vaincra, si ce n'est celui qui saura attendre patiemment de recevoir de ce "pain du ciel" qui donne la vie ? Ce pain du ciel nourrira tous ceux qui reconnaîtront dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus, l'oeuvre parfaite accomplie pour notre salut
 

JiDé

La manne ? Qu'est-ce que c'est ?
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