Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Samuel et la stérilité d'une mère (première partie)

 

Le récit de la vie du prophète Samuel s'inscrit dans une période intermédiaire de l'histoire du peuple d'Israël, à une époque charnière entre la fin de la période des Juges et le début de la monarchie. Samuel fut à la fois le dernier des Juges et le premier d'une longue liste de prophètes (Actes 3:24 -1 Samuel 3:20). Son histoire commence à Ramathaïm Tsophim, sur le territoire de la tribu d'Ephraïm. Le nom de Ramathaïm Tsophim pourrait se traduire par "les tours jumelles". Nous verrons tout au long de cet article que la dualité joue un rôle non négligeable dans l'histoire de Samuel. Et ce, même bien avant sa naissance.

Il y avait à Ramathaïm Tsophim, un lévite appelé Elkana. Celui-ci avait deux épouses dont la première, Anne (Ha'nah de son vrai nom) était stérile. Elkana, soucieux d'engendrer une descendance et malgré l'amour qu'il portait à son épouse, au vu de la stérilité d'Anne, se résolut à en prendre une seconde. Celle-ci se prénommait Pénina (ce qui signifie "perle" ou "corail"). Chaque année, Elkana se rendait à Silo, où se trouvait le Tabernacle, la demeure de l'Eternel, pour adorer, en compagnie de ses deux épouses. Pénina, bien qu'elle lui eut donné plusieurs enfants, n'avait pas la faveur de son mari et elle entretenait, vis-à-vis d'Anne, une vive rancune. Elkana y était aussi, en partie, pour quelque chose.

Selon ce que dit l'Ecriture : "Si un homme, qui a deux femmes, aime l'une et n'aime pas l'autre. Si il en a des fils dont le premier-né soit de la femme qu'il n'aime pas, il ne pourra pas, quand il partagera son bien d'entre ses fils, reconnaître comme premier-né le fils de celle qu'il aime à la place du fils de celle qu'il n'aime pas, et qui est le premier-né. Mais il reconnaîtra comme premier-né le fils de celle qu'il n'aime pas et lui donnera sur son bien une portion double, car ce fils est les prémices de sa vigueur, le droit d'aînesse lui appartient" (Deutéronome 21:15 à 17). On ne peut pas dire qu'Elkana n'aimait pas Pénina. La situation décrite ici correspondrait mieux à la situation de Jacob avec ses deux épouses Léa et Rachel (Genèse 29:31 à 35). Or, le livre de Samuel nous dit qu'Elkana donnait à Anne, qui était stérile, une "portion double". La portion qui revenait de droit au fils aîné de Pénina. Ce geste, même s'il n'allait pas véritablement à l'encontre de ce que prescrivait la Loi de Moïse, était hautement symbolique. Son mari privilégiait Anne dans la distribution des parts lors des repas et cela n'échappait nullement à Pénina, la mère de leur fils aîné, Voyant cela, Pénina ne cessait d'irriter sa rivale, lui rappelant constamment sa stérilité. Mais celle-ci était voulue de Dieu car, comme le dit le texte, "le Seigneur avait fermé sa matrice" (1 Samuel 1:5). Elkana tentait, bien maladroitement, de la consoler de cette stérilité persistante qui la privait des joies de la maternité, mais en vain.

Humiliée, attristée, Anne se rendit au Tabernacle, "la maison de l'Eternel", pour y supplier le Seigneur de lui accorder un fils. Elle promit, si le Seigneur répondait à ses supplications, de le lui consacrer par vœu de naziréat. Elle lui dit : "Je le consacrerai à l'Eternel tous les jours de sa vie et le rasoir ne passera point sur sa tête" (1 Samuel 1:11 / Nombres 6:2, 5). Dieu répondit à ses supplications et l'année suivante, elle eut un fils. Reconnaissante, Anne, après avoir sevré l'enfant, le conduisit à la demeure de Dieu et le confia aux bons soins du grand sacrificateur Eli, alors en fonction. Il est à supposer qu'Anne fit également part à Eli de l'engagement qu'elle avait pris envers Dieu pour ce fils qui lui avait été miraculeusement accordé. Le jeune enfant servit au Tabernacle, à Silo, et sa chevelure ne cessait de croître, et lui de grandir. Le texte nous donne donc déjà ici une information importante pour la compréhension du personnage de Samuel. Avant d'être prophète, il était avant tout naziréen.

Epouses, stériles et mères

Le cas d'Anne n'est pas unique. La mère de Samson, tout comme Anne, était stérile. Ces femmes consacrèrent toutes deux leurs fils par le naziréat. Elisabeth, la mère de Jean-Baptiste était également stérile (Luc 1:36). Les fils d'Anne et d'Elisabeth furent tous deux prophètes. Samuel fut le premier d'une longue lignée qui s'acheva avec Jean le Baptiste, le dernier prophète de l'Ancienne Alliance. Il y en eut d'autres avant Samuel. Abraham l'était également (Genèse 20:7). Moïse (Deutéronome 34:10) et même Aaron (Exode 7:1). Mais le ministère prophétique, tel qu'il est conçu généralement dans les Ecritures, débuta véritablement avec Samuel (Actes 3:24, 25). On peut donc considérer que, dans l'Ancienne Alliance, il débute et s'achève avec un prophète naziréen. 

L'histoire d'Anne et Pénina ressemble étrangement à celle de Rachel et Léa, épouses de Jacob. Deux femmes, deux épouses, deux rivales. L'une est aimée de son mari, l'autre moins. L'une est stérile, l'autre a des enfants. Mais celle qui est stérile enfantera finalement un fils qui aura la prédominance sur ses frères. Rachel enfantera Joseph sur le tard. Pour Anne, ce sera Samuel. Rachel aura un second fils, ce sera Benjamin. Anne aura ensuite "trois fils et deux filles" (1 Samuel 2:21). Ainsi, l'année suivante, après qu'Anne ait répandu son cœur devant l'Eternel, Elkana connut Anne et celle-ci enfanta un fils. Elle le sevra, et quand l'enfant fut sevré, elle le conduisit auprès du sacrificateur Eli pour qu'il serve le Seigneur, comme elle s'y était engagée (1 Samuel 1:21 à 25)"Ainsi, Anne dit à son mari : Lorsque l'enfant sera sevré, je le mènerai afin qu'il soit présenté devant l'Eternel et qu'il reste à toujours… et la femme resta et allaita son fils jusqu'à ce qu'elle le sevrât. Quand elle l'eut sevré, elle le fit monter avec elle… elle le mena dans la maison de l'Eternel à Silo, l'enfant était encore tout jeune" (1 Samuel 1:21 à 24). Cet épisode de la vie de Samuel conte un événement douloureux de la vie d'Anne. La séparation d'une mère d'avec son enfant. Ce qui n'est pas sans rappeler la façon dont Yokebed, la mère de Moïse, confia son fils au fleuve du Nil. Celui-ci sera également, tout comme Samuel, élevé par quelqu'un d'autre. Toutes deux ont agi volontairement, pour une raison précise, bien que différente. Mais la séparation d'une mère d'avec son enfant ne peut être que traumatisante, douloureuse, même si celle-ci est le produit d'un choix délibéré. Quant à Joseph dont je parlais plus haut, il sera arraché violemment à l'amour et à la tendresse de son père par une fratrie jalouse. Quel fut l'attitude des frères aînés de Samuel à son égard ? L'accueillirent-ils comme "le petit dernier", ou comme "le fils de la rivale" ? Par comparaison, la façon dont l'Ecriture relate l'affection portée par Jacob à ses fils Joseph et Benjamin est suffisamment explicite. Elle n'a rien de comparable avec, par exemple, la relation qu'il pouvait avoir avec les fils de ses servantes Zilpa et Bilah.  En a-t-il été ainsi entre Elkana et les fils de Pénina ? 

Joseph et Samuel vont naître tous deux au sein d'une fratrie issue d'une autre épouse, d'une autre femme, d'une autre mère. Devenu adulte, consacré comme prophète, Samuel sera amené à rencontrer un jeune adolescent. Oublié par son père, lui non plus n'est pas apprécié par ses frères. Il s'appelle David. Il sera appelé, lui aussi, à un destin exceptionnel (l'histoire de sa conception est racontée dans l'article "David... né dans l'iniquité"). Joseph, Moïse, Samuel, David… ces hommes connurent, dans leur petite enfance ou leur adolescence, une brisure qui laissera, dans le cœur de chacun d'entre eux, une marque indélébile. Celle du rejet et de l'abandon. Bien des siècles plus tard, un autre fils, crucifié par des légionnaires romains, élèvera la voix vers le Ciel en prononçant ces mots : "Eli, Eli, lama sabachthani", ce qui signifie : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?" (Matthieu 27:46). Il se peut que, certaines nuits, à Silo, la voix d'un enfant s'éleva parfois, mouillée de larmes. La voix d'un enfant qui appelait son père et sa mère. 

Quand l'enfant fut sevré

"Quand l'enfant sera sevré, je le mènerai afin qu'il soit présenté devant l'Eternel… Elkana, son mari, lui dit : Fais ce qui te semblera bon, attends qu'il soit sevré... Quand elle l'eut sevré, elle le fit monter avec elle… l'enfant était encore tout jeune… (1 Samuel 1:22 à 24). Lorsqu'on lit ce récit, on ne peut être que fortement interpellé. Quel âge pouvait donc avoir Samuel lorsque ses parents le laissèrent à Silo auprès du sacrificateur Eli ? Comment une mère pourrait-elle, de son plein gré, agir de la sorte après avoir tant désiré cet enfant ? On conçoit généralement qu'un enfant, même sevré, est encore trop petit pour être privé de l'affection et de la présence maternelle. De plus, comment un vieil homme comme le sacrificateur Eli pourrait-il s'en occuper ? Pour répondre à ces questions, il nous faut nous approcher du texte original. C'est lui qui nous apportera les réponses. 

"Quand l'enfant sera sevré (gamal), je le mènerai". "Gamal" signifie "sevrer un enfant, l'amener à maturité, le rendre responsable, le préparer". La définition du mot nous permet de mieux comprendre le sens véritable du texte. L'enfant Samuel est, certes, encore considéré comme un enfant, mais il a grandi, mûri. Il a eu le temps de "se préparer" à ce pourquoi ses parents le destinent. Samuel ne s'est pas soumis à la volonté arbitraire de ses parents. Anne lui a raconté son histoire, sa stérilité, la réponse de Dieu. "Gamal" veut dire aussi "être responsable". D'autres textes de l'Ecriture montrent que ce mot contient la capacité de juger de ce qui est bien et de ce qui est mal, de se faire une opinion. Pour bien comprendre ce texte, il nous faut également comprendre l'attitude de ses parents. "Quand l'enfant sera sevré (gamal)". Le verbe est au mode Nifal, ce qui signifie que c'est une action méditée, réfléchie. Anne a bien pris conscience de son engagement et des mots qu'elle avait prononcés devant Dieu, dans sa prière. Par contre, l'attitude de son mari diverge légèrement. Il lui répond : "Fais ce qui te semblera bon, attends de l'avoir sevré". Le verbe est ici au radical Qal. C'est une action simple. Elkana répond, de façon spontanée, à son épouse. Il lui laisse le champ libre. On peut donc voir que la démarche d'Anne envers Samuel a été méditée sur le long terme. Elle s'est préparée longuement à ce moment de séparation. Mais elle a également attendu que son fils soit devenu suffisamment mûr pour le confier à Éli. Samuel était donc, alors, un adolescent. Lorsqu'il est parlé de Jacob et Esaü, il est dit : "ces enfants grandirent (gadal), Esaü devint un habile chasseur, un homme... mais Jacob fut un homme tranquille..." (Genèse 25:27). Ils croissaient en taille tout en développant leurs compétences respectives. Il en fut de même pour Samuel. 

"Quand elle l'eut sevré, elle le fit monter avec elle… l'enfant était encore tout jeune (na'ar)". "Na'ar" désigne "un jeune garçon, un jeune homme, un serviteur". Ce sera un autre serviteur (na'ar) qui, bien plus tard, conseillera au jeune Saül de se rendre à la ville toute proche pour y rencontrer le prophète Samuel. Samuel est donc un jeune homme en capacité de remplir le rôle de serviteur pour Eli lorsqu'il est amené à lui. On est donc loin de l'enfant en bas âge que l'on pourrait imaginer. Ismaël, par exemple, est également désigné sous le terme de "na'ar" lorsqu'il est chassé avec sa mère dans le désert. Ismaël avait treize ans lorsque Isaac est né. Il en avait tout au moins dix-sept ou dix-huit lorsqu'il quitta les tentes d'Abraham (Genèse 21:8, 20). Dix-huit ans, c'est l'âge auquel un jeune homme, ou une jeune fille, quitte la maison familiale pour l'université. On est donc loin de l'image du petit enfant de maternelle auquel une certaine lecture du texte pourrait nous faire penser de prime abord. En même temps, c'est un âge qui semble plus en adéquation avec les fonctions de serviteur que Samuel est appelé à remplir auprès du sacrificateur Eli, et dans lesquelles on le voit opérer. A l'inverse, on imagine mal le vieux sacrificateur faisant du pouponnage pendant des années jusqu'à ce que Samuel ait acquis assez d'autonomie pour être à son service. 

Anne eut d'autres enfants avec Elkana mais le texte semble nous dire que ceux-ci ne naquirent qu'après le départ de Samuel. "Eli bénit Elkana et sa femme en disant : Que l'Eternel te fasse avoir des enfants de cette femme pour remplacer celui qu'elle a prêté à l'Eternel. Anne devint enceinte et elle enfanta trois fils et deux filles. Et le jeune Samuel grandissait auprès de l'Eternel" (1 Samuel 2:20, 21). Il y eut donc un écart assez conséquent entre la naissance de Samuel et celles de ses frères et sœurs. Anne dut donc attendre encore de longues années avant de pouvoir à nouveau enfanter. Elle put donc s'occuper pleinement de son fils et profiter au maximum de sa présence à ses côtés avant de le laisser partir. Samuel absent, elle devint à nouveau enceinte. Et la maison put, tout à nouveau, se remplir des pleurs et des jeux d'enfants. Cette vie à laquelle elle avait tellement aspiré. Elle pouvait désormais en jouir pleinement. Bien des années plus tard, alors que Samuel était entré dans son ministère prophétique, il sera envoyé par Dieu dans la maison d'Ishaï. Il va poser, à Ishaï, une question qu'un visiteur non averti aurait tout aussi bien pu poser à Elkana en pénétrant chez lui : "Sont-ce là tous tes fils ?" (1 Samuel 16:11). Dans la maison d'Ishaï, il manquait "le plus jeune". Dans la maison d'Elkana, il manquait l'aîné de sa première épouse. 

Un homme de la montagne d'Ephraïm  

Le récit de la vie de Samuel débute par ces mots : "Il y avait un homme de Ramathaïm Tsophim, de la montagne d'Ephraïm" (1 Samuel 1:1). Lorsque l'on désignait une personne, au sein du peuple hébreu, on le désignait par le nom de son père (d'où le mot "patronyme"). L'exemple le plus fréquemment utilisé est "David, fils d'Ishaï" (2 Samuel 23:1). Il est donc compréhensible que, pour présenter ce grand homme que fut le prophète Samuel, l'auteur biblique débute son récit en parlant du père de celui-ci, Elkana. Comme je l'ai mentionné plus haut, Samuel est né, si j'ose dire, sous le signe de la dualité. Son père a deux épouses. Il naît à une période charnière de l'histoire d'Israël, entre théocratie et monarchie (il sera l'instigateur de la seconde). Il naît sur le territoire d'Ephraïm, celui-ci étant, à l'origine, avec Manassé, l'un des deux fils de Joseph. Le mot Ephraïm signifie, quant à lui, "doublement fécond". Ce fut le cas pour Elkana puisqu'il eut des enfants de ces deux épouses. 

Samuel voit le jour dans une ville qui se nomme Ramathaïm Tsophim, que l'on pourrait traduire par "hauteurs jumelles des sentinelles". Lorsqu'il fut entré dans le ministère prophétique, on l'appela "Samuel le voyant" (1 Chroniques 29:29). Le prophète n'est-il pas considéré comme une "sentinelle" (ce qui se dit "tsaphah" en hébreu, et dont le Pluriel est "Tsophim") ? Il est intéressant de noter que lorsque Joseph était en Egypte, "il donna au second (de ses fils) le nom d'Ephraïm car, dit-il, Dieu m'a rendu fécond dans le pays de mon affliction" (Genèse 41:52). Le père de Samuel était lui-même "fils de Tsuph, Ephratien" (1 Samuel 1:1). L'expression "Ephratien" peut avoir plusieurs significations. Chacune de celles-ci nous renvoie aux différents personnages que nous avons déjà croisés. Ce mot, qui signifie "fertilité", peut désigner à la fois "un descendant d'Ephraïm" comme "un habitant du village de Bethléem Ephrata". La fertilité étant ici opposée à la stérilité d'Anne, tout comme d'ailleurs celle de Rachel qui mourut sur la route de Bethléem Ephrata en mettant au monde son second fils. Si le nom d'Elkana signifie "Dieu a acquis", celui d'Anne peut se traduire par "grâce, faveur". Une grâce, une faveur a été faite à ce couple par l'Eternel en rendant Anne féconde dans le pays d'Ephraïm. Celle-ci pourra dire, tout comme son ancêtre Joseph : "Dieu m'a rendu(e) fécond(e) dans le pays de mon affliction". 

Ainsi, Samuel n'est pas seulement le fils d'une femme stérile du pays d'Ephraïm, il est également un maillon d'une longue lignée (Samuel aura, lui-même, deux fils : encore une dualité). Ses ancêtres, qui l'ont précédé dans cette généalogie et dont l'Ecriture ne fait que mentionner les noms, ont préparé chacun pour leur part la venue de cet homme de Dieu exceptionnel qui allait oindre sur Israël non pas un, mais deux rois. Il n'est qu'à voir la signification des noms de ses aïeux pour comprendre l'impact qu'ils purent avoir sur le caractère et la personnalité de Samuel (1 Samuel 1:1). "Elkana" (Dieu a acquis). Samuel a été confié à l'Eternel qui se l'est "acquis" à son service. "Yeroham (qui montre de la pitié, qui trouve miséricorde), fils de Eliyhuw (il est mon Dieu), fils de Thohuw (humble), fils de Tsuwph (rayon de miel)". Chacun de ces noms dénote un caractère doux et paisible. On peut donc facilement imaginer que le tempérament de Samuel ait été semblable à celui des ses aïeux. Une généalogie que l'on pourrait présenter ainsi : "Dieu s'est acquis (un homme) qui montre de la pitié, de la miséricorde, un homme de foi, humble et doux comme un rayon de miel". Voilà un portrait de famille plutôt attrayant. Le rayon de miel n'est-il pas, dans l'Ecriture, l'image de "paroles agréables (emer noam)" (Proverbes 16:24) ? Noam signifie "bonté, charme, gentillesse, beauté, faveur". Cet héritage générationnel n'est pas sans rappeler ce que dira plus tard l'apôtre Paul à son fils spirituel, Timothée, à propos de son aïeule : "gardant le souvenir de la foi sincère qui est en toi, qui habita d'abord dans ton aïeule Loïs, et dans ta mère Eunice et qui, j'en suis persuadé, habite aussi en toi" (2 Timothée 1:5). 
 

Site de Shiloh, où se trouvait le Grand Sacrificateur Eli et où Anne conduira Samuel


Tsuwph, l'ancêtre de Samuel, était un lévite, descendant de Kéhath. Mais Tsuwph, c'est également une ville au Nord-Ouest de Jérusalem. Et c'est là, à Tsuwph, dont le nom lui vient probablement de son fondateur, que Saül rencontra pour la première fois Samuel (1 Samuel 9:14). Partis à la recherche d'ânesses qui s'étaient égarées, Saül et son serviteur arrivent aux abords de la ville. Là, Saül pressent soudainement l'inquiétude de son père à leur égard, due à la longueur de leur absence (1 Samuel 9:5). L'atmosphère de ce pays était encore toute imprégnée du caractère de son fondateur. La bonté filiale d'un homme qui avait su transmettre, à sa postérité, le respect et l'amour de ses pères. Saül est prêt à faire demi-tour quand son serviteur l'invite à se rendre à la ville où se trouve justement le prophète Samuel. "Saül s'approcha de Samuel au milieu de la porte et dit : Indique moi, je te prie, où est la maison du voyant. Samuel répondit à Saül : C'est moi qui suis le voyant (ha ro'eh)" (1 Samuel 9:18, 19). Le mot "ro'eh" (voyant) est l'ancienne appellation du "prophète" (1 Samuel 9:9). Lorsque Saül rencontre Samuel, il ne va pas seulement vers "l'homme de Dieu" (1 Samuel 9:6 à 10), il ne rencontre pas seulement Samuel, il entre en contact avec tout l'héritage générationnel dont Samuel est le dépositaire. Toutes ces qualités qui avaient imprégné la vie des ancêtres de celui qui avait été "prêté à l'Eternel" dès sa naissance (1 Samuel 1:28). Mais avant même que Saül n'aborde Samuel, celui-ci savait déjà que le jeune homme qu'il allait rencontrer était destiné à régner sur Israël (1 Samuel 9:15 à 17).  

Le lieu de rencontre entre ces deux hommes (la porte de la ville) peut paraître anodin. Or, il ne l'est pas. Le mot "porte" dont il est question ici se dit en hébreu "hâsh'sha'âr". Dans la pensée hébraïque biblique, "la porte" symbolise le passage d'un état vers un autre. Il peut également symboliser une naissance. Mais une porte fermée ou qui se referme sur quelqu'un (par exemple pour l'enfermer) se dit "sagar". Or, ce mot "sagar" est également utilisé pour parler de la stérilité d'Anne, la mère de Samuel : "ve IHVH Adonaï sagar rahmah" (et le Seigneur avait fermé sa  matrice - 1 Samuel 1:5). Cette rencontre ne va donc pas seulement favoriser Saül. Elle va également permettre, à Samuel, de "sortir" de quelque chose. La stérilité d'Anne a contribué à la consécration de Samuel. Cette consécration au service l'a préparé au ministère de prophète. Et c'est ce statut de prophète qui lui prodigue l'autorité nécessaire, reconnue par tout Israël, pour oindre Saül comme roi. Quelque chose vient de s'achever. Le moment est solennel. On passe là de la théocratie à la monarchie. Mais pour Samuel, une partie de son histoire s'achève aussi. Elle trouve là un aboutissement. Une page se tourne. Lui qui fut "le dernier des Juges" passe la main au premier des rois d'Israël. Dans son histoire personnelle, c'est aussi un achèvement. Il a atteint le point ultime de sa consécration : introduire la royauté en Israël. Cette consécration l'avait amené, tout jeune, à devoir quitter père et mère pour vivre au côté d'un vieil homme et de ses deux fils pervers. Ce jour-là, il rencontre, à la porte de la ville, un jeune homme qui est là pour avoir obéi à la demande son père (1 Samuel 9:1 à 3). Initialement, la royauté était une demande du peuple et non l'expression de la volonté divine. Mais par delà Saül, un autre roi se profile déjà à l'horizon : David, un homme selon le cœur de Dieu. Et plus loin encore, le Roi des rois. Le Massiah, le Roi qui vient (Luc 19:38)

Rivalité

L'enfant que Dieu avait accordé à Anne avait été confié à l'Eternel, comme elle s'y était engagée. Après cela, la mère de Samuel, vidant son cœur devant le Seigneur, fit une prière inspirée qui débute par ces mots : "Mon cœur se réjouit en Dieu, ma force a été relevée par l'Eternel. Ma bouche s'est ouverte contre mes ennemis car je me réjouis de ton secours (Yeshoua, le nom de Jésus en hébreu)" (1 Samuel 2:1). Anne s'est réjouie de pouvoir accomplir ce à quoi elle s'était engagée envers Dieu, mais elle a également pu, en quelque sorte, fermer la bouche de sa rivale Pénina et de tous ceux qui l'avaient jugée à cause de sa stérilité. "Ma bouche s'est ouverte contre mes ennemis", s'exclame-t-elle. Et elle poursuit plus loin : "Ne parlez plus avec tant de hauteur. Que l'arrogance ne sorte plus de votre bouche…". Ceux qui la critiquaient lui parlaient avec condescendance et avec mépris. Ils s'adressaient à elle de façon arrogante, moqueuse, de façon à la rabaisser. Cette prière d'Anne en dit long sur ses états d'âme et sur ce qu'elle a dû endurer pendant toutes ces années durant lesquelles elle demeurait stérile. Elle poursuit en disant : "Même la stérile enfante sept fois, et celle qui avait beaucoup d'enfants est flétrie (amal)" (verset 5). On peut facilement deviner qu'Anne fait ici allusion à Pénina, celle qui fut également l'épouse de son mari et la mère des enfants de celui-ci. L'âge venant, Pénina connut la flétrissure, telle une fleur qui s'étiole et qui perd peu à peu de son attrait, de sa fraîcheur et de sa beauté. "Amal" signifie aussi "faiblesse" et peut être traduit par "flétrir, languir, être désolée, abattue, desséchée, ruine". Pénina était devenue faible et languissante. Sa méchanceté avait ruiné sa vie. Il se peut qu'après qu'Anne eut donné des fils à son mari, celui-ci n'eut plus, pour Pénina, l'intérêt qu'il lui portait autrefois.  

Deux femmes, deux rivales qui s'opposent. Un mari qui aime celle qui est stérile plus que celle qui enfante. Cela rappelle un scénario similaire. Celui d'Abram, d'Agar et de Saraï (Genèse 16:1, 2). Cela fait également écho à une parabole de Jésus (mais dans un autre contexte) : "L'une sera prise, l'autre laissée" (Luc 17:34, 35). Comme l'Ecriture revêt aussi une dimension prophétique, ces deux femmes, Sara et Agar, représentent également, allégoriquement, deux villes (Galates 4:22 à 31). Ainsi, il est écrit : "Réjouis-toi stérile, toi qui n'enfantes point, éclate et pousse des cris de joie, toi qui n'a pas éprouvé les douleurs de l'enfantement, car les enfants de la délaissée seront plus nombreux que les enfants de celle qui était mariée" (verset 27). L'Ecriture ne nous dit pas si les enfants d'Anne furent finalement plus nombreux que ceux de Pénina. "Et par lui (l'Eternel) sont pesées toutes les actions" (1 Samuel 2:3). Celles d'Anne et celles de Pénina. "Il gardera les pas de ses bien-aimés mais les méchants seront anéantis dans les ténèbres" (verset 9). La première partie parle d'Anne, la seconde de Pénina. Pour Anne, Dieu a défendu son bon droit. Mais, il y a, dans ce passage, une phrase qui étonne, qui surprend. Non par ce qu'elle affirme, mais par sa présence au milieu de ce texte. "A l'Eternel sont les colonnes de la Terre et c'est sur elles qu'il a posé le Monde" (verset 8). Que vient faire cette phrase dans la prière d'Anne ? En quoi cette affirmation a-t-elle sa place dans ce contexte ? Elle est, certes, d'une grande beauté et mériterait que l'on s'y attarde longuement car elle affirme des choses sur la cosmologie qui sont fondamentales, mais elle paraît totalement hors contexte. Néanmoins, la prière d'Anne est une prière prophétique et ce qu'elle affirme a sa place à cet endroit. Que dit-elle, en substance ? Que Dieu est le Créateur de l'Univers et que sa Sagesse dépasse infiniment, et de très loin, les circonstances de nos vies et la compréhension que l'on peut en avoir. Ainsi, son histoire et celle de son fils Samuel dépassent largement le cadre historique dans lequel se déroule ce récit. Cela va beaucoup plus loin et Anne en a reçu la révélation dans son esprit. A ce propos, Anne dit dans sa prière : "Ma force (keren) a été relevée" (1 Samuel 2:1). Le mot "keren" peut se traduire par "force" mais peut, dans certains cas, désigner le trait lumineux d'un éclair. Quelque chose de très rapide, de lumineux et rempli d'énergie. Comme une fulgurance. Quelque chose que l'on pourrait comparer à une "révélation dans l'esprit". Au cœur de sa prière, il y a ce trait particulier, profondément inspiré qui, l'espace d'un court instant, vient s'ajouter à celle-ci. Chaque récit biblique est le paradigme d'une situation universelle qui peut se produire et se décliner à n'importe quelle époque, en n'importe quelle région du Monde. Mais quels que soient ce lieu et ce temps, "les colonnes de la Terre" appartiennent à l'Eternel, et c'est sur ces appuis solides et sûrs que repose le Monde qui est le nôtre, comme il fut le leur. "A l'Eternel sont les colonnes de la Terre et c'est sur elles qu'il a posé le Monde" (verset 8). Pour mieux comprendre cette affirmation, il faut revenir au verset 1 cité plus haut : "Mon cœur se réjouit en Dieu, ma force a été relevée par l'Eternel… car je me réjouis de ton secours (Yeshouwa" (1 Samuel 2:1). Le mot "yeshouwa" est également le véritable nom de Jésus. Or, il est écrit : "Dieu nous parlé par le Fils par lequel il a créé le Monde et qui était le reflet de sa gloire et l'empreinte de sa personne, et soutenant toutes choses par sa parole puissante" (Hébreux 1:3). Il est également écrit : "Il (Yeshouwa) est avant toutes choses et toutes choses subsistent en lui" (Colossiens 1:17). La prière d'Anne est une véritable proclamation prophétique et messianique. Saturée de sens, elle rend hommage au Créateur mais également au Maître de la vie qui, un jour, allait, lui aussi, donner Son Fils. 

"Car à l'Eternel sont les colonnes (matsuwq) de la terre…". Ce mot vient de "tsuwq" qui signifie "contraindre, opprimer, réduire, tourmenter, oppresser". Le texte nous dit que "Sa rivale (Pénina) lui prodiguait des mortifications pour la porter à s'irriter… Pénina la mortifiait, alors elle (Anne) pleurait…" (1 Samuel 1:6, 7). Ce que Pénina faisait subir à sa rivale était lourd et écrasant mais Anne sait que, malgré cela, Dieu demeure souverain du Monde et des circonstances. 

"Et c'est sur elles (les colonnes de la Terre) qu'il a posé le Monde (tebel)". Le mot "tebel" vient du mot "yabal" qui signifie "apporter, amener, conduire, mener, présenter". Anne laissa aller son fils vers le sacrificateur Eli, conformément à l'engagement qu'elle avait pris. L'Eternel lui avait donné un fils. Elle le lui avait consacré dès avant sa naissance. Son cœur lui semblait alors "porter le poids du Monde". Elle poursuit sa prière en disant : "l'Eternel jugera les extrémités de la Terre" (1 Samuel 2:10). Anne a pu constater que Dieu lui a fait finalement justice. Mais elle en retire une leçon de vie. Dieu agit ainsi en tout lieu, en tout temps, et en toute circonstance. Dieu EST Dieu. Il a été juge dans les circonstances de sa vie, mais il l'est également pour tout homme, pour toute femme qui met sa confiance en Lui. Il est le Dieu d'Israël mais il règne également sur les nations. J'en reviens ici à l'exemple utilisé par l'apôtre Paul, ainsi qu'à celui utilisé par l'auteur du récit de la vie d'Agar et de Sara. A chaque époque de l'Histoire de l'humanité, chaque génération pouvait, et peut encore, y trouver un parallèle avec ces textes inspirés. Le récit de la vie de Samuel nous parle de séparation, de consécration, mais aussi de bénédictions et d'accomplissement. Tout cela manifeste la souveraineté de Dieu sur nos vies. 

Un lieu très pur

"Dieu l'avait rendue stérile" (1 Samuel 1:5). Littéralement : "IHVH Adonaï avait fermé sa matrice". Le texte biblique nous dit donc que la stérilité d'Anne était voulue de Dieu. Il en était l'auteur. Le verset 5 dit : "sagar rahemah", mais au verset suivant (verset 6), il est dit : "sagar IHVH Adonaï behad rahemah" (avait fermé Adonaï pour sa matrice). La chose est répétée, mais de deux façons différentes. Sauf que, au verset 6, le texte semble nous en donner la raison. Que peut vouloir dire l'expression "pour sa matrice" ? Anne aurait-elle souffert, sans le savoir, d'un problème obstétrique ? Dans ce cas, sa stérilité, loin d'être le produit d'une volonté divine arbitraire, l'aurait préservée d'une grossesse à risque. Cette stérilité l'aurait, peut-être même, gardée en vie. Les éléments fournis par le texte ne permettent pas de définir clairement la raison pour laquelle la matrice d'Anne avait été "fermée". Je reviens sur le mot "sagar" (fermer) cité plus haut. Ce mot est généralement utilisé pour parler d'une "porte close" (d'une maison, d'une ville) avec l'idée d'enfermer ou de s'enfermer. Job, maudissant la nuit qui l'a vu naître, dira : "Elle n'a pas fermé (sagar) le sein qui me conçut" (Job 3:10). Mais ce mot peut également revêtir un autre sens. Il désigne aussi la "pureté (sagar)" de l'or qui revêtait les parois du Lieu très Saint, dans le Temple (1 Rois 6:19, 20), ainsi que ses ustensiles en or fin. Rappelons que Samuel dormait à côté de l'Arche (1 Samuel 3:3), elle-même couverte d'or fin (sagar). Les textes semblent souligner un parallèle entre l'utérus et le Lieu très Saint. Un réceptacle de la vie dans lequel Dieu manifeste Sa Présence et Son action. Esaïe souligne bien cette action divine lorsqu'il écrit : "Quand il ouvrira, nul ne fermera. Quand il fermera, nul n'ouvrira" (Esaïe 22:22). A la lumière de ces textes, on peut, peut-être, mieux comprendre ces mots : "avait fermé IHVH Adonaï pour sa matrice". Il fallait que le lieu, le réceptacle soit préalablement clos pour que Dieu puisse l'ouvrir. Mais cet état de stérilité fut, pour Anne, un sujet de grande tristesse et de beaucoup de souffrances. Celles-ci lui étant, de plus, infligées par sa rivale, Pénina. Pénina signifie "perle" ou "corail". Son nom vient du mot "paniyn" qui signifie "objet précieux". Nous avons donc, métaphoriquement, d'une part "un utérus couvert d'or fin" et de l'autre, une "perle", un "objet précieux". La notion de dualité, liée étroitement à l'enfance de Samuel, apparaît ici de façon plus claire. On est face à une échelle de valeurs. Le livre des Proverbes dit : "Il y a de l'or et beaucoup de perles (paniyn) mais les lèvres savantes sont un objet précieux" (Proverbes 20:15). Mais aussi : "Qui peut trouver une femme vertueuse ? Elle a beaucoup plus de valeur que les perles (paniyn)" (Proverbes 31:10)

D'autre part, la signification du nom de Pénina (perle, corail) peut faire référence au milieu marin. On peut donc penser tout naturellement à une huître perlière. La perle est produite par l'huître en réaction à un corps étranger (par exemple un grain de sable irritant). L'huître se met alors à sécréter une substance qui englobe le corps étranger et qui va le transformer, au final, en une belle perle. Et là encore, la métaphore est parlante car une grossesse non désirée peut être considérée comme la présence d'un "corps étranger", bien qu'un enfant puisse être comparé, symboliquement, à un "objet précieux". Dans le cas d'Anne, c'est au contraire l'absence de ce "corps" qui la fait souffrir. Mais elle porte malgré tout cette absence dans ses entrailles. La "perle", produite par la souffrance d'Anne, ce sera l'enfant Samuel, l'écoute de Dieu ("Shemou'el" signifie "Dieu écoute*")"Sagar IHVH Adonaï behad rahemah" (avait fermé Adonaï pour sa matrice). Il est intéressant de souligner ici que le Nom de IHVH Adonaï désigne le Dieu matriciel. C'est le Dieu matriciel qui a fermé, pour un temps, la matrice d'Anne. C'est dans ce "lieu clos" (sagar) que va naître Shemou'El "l'écoute de Dieu". Lorsque naît Samuel, Pénina a déjà plusieurs enfants. Le mot utilisé désigne des adolescents ou des jeunes gens. De même, à la naissance d'Isaac, Ismaël, le fils d'Agar, a déjà treize ans. Une fois encore, le fils de l'épouse stérile aura la prééminence sur les fils de la rivale. Anne, devenue mère, ne peut plus être l'objet des railleries de Pénina. Au contraire. Mais il se peut également que le fait que cet enfant ait été élevé loin de la maison familiale l'ait préservé de bien des tourments. Et peut-être pire… L'épisode relaté au chapitre 21 de la Genèse aurait pu se reproduire dans des conditions plus dramatique. Il est dit que "Sara vit rire le fils qu'Agar l'Egyptienne avait enfanté à Abraham" (Genèse 21:9). Un commentaire rabbinique dit qu'Ishmaël se moquait d'Isaac. Il riait de lui. Ce qui déplut fortement à Sara. Joseph dut subir, lui, un sort bien plus cruel de la part de ses propres frères. Il faillit y perdre la vie. Quel aurait été la vie de Samuel s'il avait vécu avec ses parents ? 

Alors qu'Anne subissait à la fois sa stérilité et les railleries de Pénina, son mari tentait, tant bien que mal, de la consoler en lui donnant "une portion double", lors des repas. Ce qui ne faisait que renforcer l'animosité de Pénina à l'égard d'Anne. Comme je l'ai dit plus haut, la "portion double" était normalement prévue pour le fils aîné. En l'occurrence, celui de Pénina. En Français, une négation, dans une phrase, nécessite de mettre l'Objet au Singulier. Le texte nous dit donc que "Anne n'avait pas d'enfant", mais le texte original est plus précis. Il est écrit : "lip'ninah yeladim oulehannah ein yeladim" (Pénina avait des enfants mais Anne n'avait pas d'enfants". Une négation présentant une absence ne peut être au pluriel. Or, le texte hébreu stipule que "Anne n'avait pas (plusieurs) enfants". On peut donc supposer qu'Anne désirait en avoir plus d'un. Désir qui sera d'ailleurs exaucé. Mais la présence de ce pluriel peut dire beaucoup plus de choses qu'il n'y paraît. Car cette portion double peut avoir un autre sens. Comme je l'ai dit plus haut, l'enfance de Samuel se déroule sous le signe de la dualité. Il se peut que cette "portion double", qu'Elkana donnait à Anne, manifestait un désir de sa part. Un secret espoir. Celui d'avoir, d'Anne, plusieurs enfants. Peut-être même, comme ce fut le cas pour Rebecca, d'avoir des jumeaux. Cette gémellité pourrait bien faire écho à la signification du nom de son lieu d'habitation. Ramathaïm Tsophim (les tours jumelles de guetteurs). On peut également considérer que le texte annonce, de façon prophétique, qu'Anne enfantera encore d'autres enfants après Samuel. Dans ce cas, la consécration d'un premier-né, au service du Tabernacle, peut être considéré comme une "offrande des prémices" (Psaume 105:36). Le pays d'Ephraïm n'est-il pas "doublement fécond" ? Lorsqu'une femme, rendue stérile, enfante, la vie de son enfant devient un signe pour toutes les générations. Combien de générations de femmes souffrant de stérilité n'ont-elles pas trouvé un profond encouragement dans la vie d'Anne ? Combien d'entre elles n'ont-elles pas nommé ce fils Samuel ? 

*Le nom de Shemou'El (le véritable nom de Samuel) peut se traduire à la fois par "Dieu écoute" mais aussi par "Écoute Dieu" parce que 'l'écoute' est la base du dialogue. Pour pouvoir 'répondre' à un appel, il faut d'abord l'avoir 'entendu'. On retrouve encore ici cette notion de 'dualité' dans l'échange verbal.

L'homme et l'enfant

Dans cette première partie, il était question de la stérilité d'Anne et du conflit larvé qui l'oppose à sa rivale Pénina, de la naissance de son fils et de sa consécration. Dans la deuxième partie de cet article (à paraître prochainement), il sera question du service de Samuel auprès du sacrificateur Éli et de son ministère prophétique. Mais la vie de Samuel, pour être pleinement comprise, doit être vue à la lumière de ces événements qui ont entouré sa naissance, son enfance et son entrée dans l'âge adulte. Ce récit nous rappelle que tous les grands hommes de Dieu dont la Bible nous relate l'histoire ont tous été un jour des enfants. Tous, à un moment de leur existence, ont entendu cet appel à "écouter Dieu". En tout homme sommeille l'enfant qu'il a été. 


JiDé

Samuel et la stérilité d'une mère (première partie)
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article