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Daniel 8 : Deux empires qui s'affrontent (première partie)

Daniel 8 : Deux empires qui s'affrontent (première partie)

Le livre de Daniel s'inscrit, comme la majorité des récits bibliques, dans un contexte historique fort loin de notre Monde actuel et de ce qui constitue généralement notre quotidien. Le contenu de ce livre peut ainsi nous paraître très éloigné de la rationalité de notre siècle. Cet écart peut rendre sa lecture d'autant plus ardue que ses repères nous sont, pour la plupart, étrangers. Pourtant, le livre de Daniel fascine. Le nom même de son auteur intrigue, attire.  Cependant, même le Moyen-Orient, dont les médias nous relayent les images d'actualité, nous semble tellement éloigné de ce que nous relatent ces textes anciens. Qu'est-ce que ce livre peut bien nous apporter encore aujourd'hui ? Bien que les faits relatés par ces récits concernent prioritairement des événements s'étant produits dans une lointaine Antiquité, ils n'en demeurent pas moins les prototypes d'autres événements qui nous sont, eux, contemporains. C'est peut-être justement cela qui rend ces textes anciens si attrayants, car ils peuvent parfois, l'espace d'un instant, d'une lecture, nous apparaître d'une brûlante actualité. Encore faut-il savoir les saisir quand ils se présentent à nous. 

Un livre à quatre mains

Le huitième chapitre du livre de Daniel, dont je vais tenter de commenter le contenu dans cet article, relate principalement la vision qu'eut Daniel "la troisième année du règne du roi Belschatsar", corégent de l'immense empire de Babylone. Cette indication nous permet de dater la vision de Daniel aux environs de -547 avant notre ère. Belshatsar règne alors sur Babylone pendant que son père, Nabonide, gendre de Nabucadnetsar, guerroie contre les Perses. Cette pratique de la corégence était alors courante. Elle permettait à un monarque, parti à la guerre, d'assurer son trône pour le retrouver à son retour. Daniel est alors un homme âgé de près de soixante-dix ans et cela fait plus de cinquante ans qu'il sert à la cour. La vision qu'il reçoit cette année là a un rapport étroit avec celle qu'il avait reçue deux années auparavant (Daniel 7:1). Il écrit :"La troisième année du règne du roi Belschatsar, moi, Daniel, j'eus une vision en plus de celle que j'avais eue précédemment" (Daniel 8:1). 

Pour comprendre le livre de Daniel, il faut tout d'abord tenir compte du fait que cet ouvrage est constitué de documents compilés de façon non-chronologique. Par exemple, la fin du règne de Belshatsar (-540/-539) est relatée au chapitre 5 de ce livre alors que les chapitres 7 et 8 sont datés respectivement de "la première" et "La troisième année" de son règne. Il est à noter également que l'introduction du récit qui nous occupe ici est de la main même de Daniel : "Moi, Daniel, j'eus une vision…" (Daniel 8:1) alors que le chapitre 7 est l'ouvrage d'un auteur qui l'a rédigé pour lui : "La première année... Daniel eut un songe et des visions se présentèrent à son esprit, pendant qu'il était sur sa couche. Ensuite, il écrivit le songe et raconta les principales choses" (Daniel 7:1). L'introduction de ce rédacteur peut laisser supposer que ce qui est rapporté dans ce chapitre 7 fut rédigé préalablement par Daniel lui-même, son contenu ayant ensuite été ajouté à l'ouvrage après la mort du prophète. Le rédacteur aurait ainsi compilé divers documents écrits de la main de Daniel pour en faire un livre qui porterait le nom, non pas de son auteur, mais de son personnage principal. 

Une histoire "qui se tient"

"Et voici, un second animal était semblable à un ours, et se tenait sur un côté, il avait trois côtes dans la gueule entre les dents et on lui disait : Lève-toi et mange beaucoup de chair... Ces quatre grands animaux, ce sont quatre rois qui s'élèveront de la terre" (Daniel 7:5, 17). "Sois attentif, fils de l'homme, car la vision concerne un temps qui sera la fin" (Daniel 8:17). 

Les deux visions (chapitres 7 et 8) sont donc étroitement liées de par leur contenu. Il est donc nécessaire de tenir compte des informations fournies dans l'une pour comprendre l'autre (je renvoie, pour ce faire, le lecteur aux articles précédents sur le chapitre 7). Je ferai également des incursions dans le chapitre 10 qui apporte un éclairage supplémentaire à ces textes et les complète. Cela montre combien le livre de Daniel forme une entité dont les différents chapitres ne cessent de se répondre l'un à l'autre. Ceci me permet d'aborder ici un principe d'exégèse biblique dont il est indispensable de tenir compte pour une bonne compréhension des Ecritures, et notamment dans le livre de Daniel : le principe de "correspondance". On retrouve ce principe illustré par l'édification du Tabernacle (Exode 36:12), où les pièces viennent s'ajuster l'une à l'autre pour former un ensemble harmonieux. Il nous est dit, par exemple, que "ces lacets correspondaient (qabal*) les uns aux autres". Et au verset 13 : "Et le Tabernacle formait un tout". Le livre de Daniel "forme un tout". Pour être correctement interprété, il doit être considéré et étudié comme tel. Le mot "qabal", quant à lui, peut être traduit par "montrer une symétrie, se correspondre l'un à l'autre". Et c'est bien ainsi qu'il faut considérer les différents chapitres de ce livre. C'est l'une des clefs pour une juste compréhension de son contenu. 

Les récits historiques occupent une place prépondérante dans le livre de Daniel. Ceux-ci ajoutent également une dimension au récit. Ainsi, il est écrit : "Darius le Mède s'empara (qabbel) du royaume (de Babylone - Daniel 5:31). Les deux mots s'écrivent tous deux avec les lettres "qoph beth lamed".  De même que les empires décrits dans ce livre sont constitués de divers peuples et nations, le livre de Daniel forme un tout en unifiant des éléments qui peuvent sembler fort disparates. Le huitième chapitre de ce livre s'intègre parfaitement dans ce puzzle historico-prophétique. Il ne peut être considéré de façon indépendante car il est intrinsèquement lié aux autres portions du livre. 

Voici donc résumé succinctement cet événement, survenu deux années après que Daniel eut reçu la première vision. 

Résumé de la vision 

Dans sa vision, Daniel se voit dans un lieu qu'il identifie comme étant la ville de Suse (Shoushan en langue perse), qui est la capitale d'hiver de l'empire. Il reconnaît le fleuve Ulaï qui passe à proximité de la ville. Daniel voit ensuite, en vision, un bélier qui se tient devant le fleuve. Il observe que ce bélier a une corne qui est plus haute que l'autre, bien que celles-ci soient malgré tout de grande taille. Il voit le bélier frapper de ses cornes dans trois directions, à l'Ouest, au Nord et au Sud, faisant preuve d'une redoutable invincibilité. Mais voici que paraît un bouc furieux. Celui-ci fonce sur le bélier et lui brise les cornes. Le bélier est jeté à terre, La puissance du bouc s'accroît mais la grande corne qu'il porte sur le front est brisée et quatre autres cornes s'élèvent à la place de celle-ci. De l'une de ces quatre cornes en sort une autre, plus petite, qui prend de l'ascendant et étend son pouvoir jusqu'en Israël (appelé ici "le plus beau des pays"). S'ensuit un combat dans les lieux célestes qui aura des incidences jusque dans la ville de Jérusalem où la petite corne mettra fin aux sacrifices pratiqués dans le Temple.

La première partie de la vision s'arrête là, laissant Daniel dubitatif. Puis, la vision se poursuit. Daniel voit l'ange Gabriel se tenir devant lui. Une voix se fait entendre du fleuve Ulaï ordonnant à cet autre ange de lui expliquer la vision. Gabriel s'approcha alors de Daniel qui, effrayé par la présence de celui-ci, se retrouve prostré sur le sol. Gabriel le relève, mais Daniel reste comme hébété. le glorieux messager donne alors à Daniel l'explication de la vision. Celle-ci concerne un conflit qui va opposer la Grèce et la Perse. La Grèce en ressortira victorieuse, mais l'initiateur de ce conflit mourra et son empire sera divisé en quatre, puis viendra un autre chef, moindre que les précédents, mais qui fera cependant beaucoup de choses contre le peuple de Dieu. Gabriel conclut en commandant à Daniel de garder ces choses secrètes car elles concernent des temps éloignés.

Suite à cette vision, Daniel en sera comme malade pendant plusieurs jours. Après s'être rétabli, Daniel gardera pour lui ces choses et tout ce qui venait de se produire, bien que son état ait provoqué quelques interrogations dans son entourage (le sens incertain de la dernière phrase peut toutefois le laisser supposer - Daniel 8:27). La fin du verset n'est pas claire. La version de la TOB rend " Et personne ne le comprenait", ce qui laisserait sous-entendre qu'il en aurait fait part à d'autres personnes (peut-être à ses compagnons avec lesquels ils semble partager beaucoup). Mais la vraisemblance laisserait plutôt supposer qu'il aurait gardé ces choses pour lui, ce qui expliquerait la défaillance provisoire de son état de santé. On peut s'interroger sur le fait que la vision d'un événement, certes de grande ampleur, ait pu rendre malade le prophète. La raison probable (que ne peut rendre la traduction) est à chercher non dans l'ampleur de l'événement lui-même, mais dans sa "nature" dont je vais parler ici, juste après. 

Un choc de Titans 

Un point est à souligner ici. Il nous est dit que Daniel, après avoir été malade plusieurs jours, se rétablit et s'occupa "des affaires du roi" (Daniel 8:27). Or, nous lisons au chapitre 5 (qui est postérieur à cet épisode) que Daniel ne sera présenté à Belshatsar que par l'intermédiaire de la reine-mère, le soir même de la prise de Babylone par Darius le Mède (Daniel 5:10 à 13). Daniel n'exerçait donc plus ses fonctions à la cour, et ce depuis le départ de Nabonide à la guerre contre les Perses. Il avait été relégué à des tâches subalternes. Il continua cependant à assumer ses responsabilités avec probité, comme un fidèle serviteur. Il sera plus tard rétabli dans les hautes fonctions d'État sous le nouveau régime (Daniel 6:1, 2).

Mais revenons un instant à la vision. Qu'à vu Daniel ? Le conflit entre deux empires dont il sait qu'ils correspondent à ceux du songe de la statue qu'avait vue Nabucadnetsar (Daniel 2:31 à 33). Mais il a été averti que la réalisation de sa vision ne s'accomplira que dans "des temps éloignés" (Daniel 8:26). Littéralement : "Leyomîm rabîm", que l'on peut traduire par "un grand nombre de jours", ce qui laisse envisager un accomplissement éloigné dans le temps. Mais cela peut également désigner quelque chose de grand, de considérable, de puissant. Cette vision désigne donc des événements fort éloignés dans le temps, mais également d'une ampleur considérable. Les deux empires qui s'y affrontent sont explicitement nommés (Daniel 8:20, 21). Daniel a donc connaissance des acteurs principaux de cette vision. Les acteurs secondaires demeurent, eux, encore inconnus. L'identité des "cornes" et de la "Petite corne" a longtemps été dissimulée, mais l'étude de L'Histoire nous permet de les identifier comme étant les quatre généraux d'Alexandre le Grand, et la petite corne, comme étant le sinistre personnage syrien d'Antiochus Epiphane. Mais bien évidemment, le texte prophétique a également une portée eschatologique. Ce livre n'a pas fini de livrer toutes ses secrets. Mais une lecture attentive permet de lever un coin du voile. 

Un conflit à venir  

Le moins que l'on puisse dire est que cette vision, tout d'abord, et cette rencontre avec cet ange de renom ensuite, ont profondément impacté Daniel pendant plusieurs jours. On ne le serait pas moins. Il n'est plus le jeune adolescent qui donna à Nabucadnetsar l'interprétation de son songe. Daniel est un homme âgé. L'impact qu'a eu cette rencontre a été suffisamment fort pour le rendre souffrant car il dit, en conclusion : "Moi, Daniel, je fus plusieurs jours languissant et malade (chalah)" (Daniel 8:27). "Chalah" signifie "languissant, malade", mais également "implorant, priant". Ce qui peut laisser supposer que Daniel passa les jours suivants à prier afin que le sens de la vision se clarifie dans son esprit. 

Lorsque Esaïe reçoit une vision de la prise de Babylone par les Mèdes, il avoue être dans un état un peu similaire que Daniel. Il dit :"une vision terrible m'a été révélée...Monte Elam, Assiège, Médie !... c'est pourquoi mes reins sont remplis d'angoisses, des douleurs me saisissent, comme les douleurs d'une femme en travail... mon cœur est trouble, la terreur s'empare de moi, la nuit de mes plaisirs devient une nuit d'épouvante… Elle est tombée, elle est tombée Babylone…" (Esaïe 21:2 à 4, 9). Expression que reprendra, plus tard, l'apôtre Jean (Apocalypse 14:8 / 18:2). Esaïe, comme Daniel, a été visiblement terrifié par la vision qu'il a reçue de la chute de Babylone. Tout deux durent alors mesurer l'implication d'un tel événement. La ville devait effectivement tomber sous la main de Darius le Mède, mais assurément, un sort aussi terrible allait encore se produire, bien plus tard, dans l'Histoire des peuples. En effet, la répétition de la locution "Elle est tombée, elle est tombée" annonce un double accomplissement prophétique. Lorsque Esaïe l'annonce, cela ne s'est pas encore produit. 

Le prophète utilise ici un temps de conjugaison que l'on appelle "le Passé prophétique". Le prophète parle au Passé, comme si la chose s'était déjà produite. C'est une façon de dire les choses avec assurance. Il est pleinement convaincu que cela va arriver. Il en est tellement convaincu qu'il en parle comme si cela était déjà arrivé. La première réalisation surviendra sous le règne de Belshatsar. Au premier siècle de notre ère, l'apôtre Jean annonce une nouvelle fois la chute de Babylone. La prophétie doit donc se reproduire à nouveau. La ville a été rasée et elle n'est plus. Mais Jean annonce une nouvelle destruction de la cité orgueilleuse. Il reprend textuellement les mots d'Esaïe. "Elle est tombée, elle est tombée, Babylone (Apocalypse, chapitres 17 et 18).

La prophétie doit donc se réaliser une seconde fois. La cité prospère et orgueilleuse doit tomber à nouveau. La répétition de la locution par Jean ("elle est tombée, elle est tombée") n'est pas seulement motivée par le désir de rendre fidèlement le texte. elle dit bien plus que cela. Babylone est tombée une première fois, elle doit tomber une seconde fois. Ce sera la chute de Rome (la "Babylone" de l'époque de Jean. le quatrième empire prophétisé par Daniel). Mais si l'apôtre a mentionné une "double chute", c'est que celle-ci doit tomber une dernière fois dans le Futur. Car la répétition de la mention "elle est tombée, elle est tombée" entend, comme pour Esaïe en son temps, un "double accomplissement". La "première" chute de Babylone fut l'accomplissement historique de la prophétie. La chute de Rome / Babylone (la capitale du quatrième empire) réalisa la dimension "prophétique" de ce décret divin. Jean réitère cet avertissement en l'actualisant. La Babylone de son temps, capitale de l'empire qui maintient la Judée sous son joug, est prédite par "la première annonce" (Elle est tombée). Le redoublement annonce, lui, une "autre" destruction, dans un futur que le visionnaire ne peut situer dans le temps. Cet accomplissement-là est un accomplissement "eschatologique". Sa réalisation appartient "aux temps de la fin". De même, Daniel prophétise pour "des temps éloignés". La clef pour comprendre ces "temps prophétiques" pourrait bien se trouver entre les cornes du bélier.   

Prendre le bélier par les cornes

"Je levai les yeux, je regardai, et voici un bélier (ayil ehad) se tenait devant le fleuve" (Daniel 8:3). Le mot "ehad" souligne généralement quelque chose d'unique. Ce n'est pas n'importe quel bélier. Celui-là se distingue par sa spécificité. Il n'en est pas d'autre identique. Ce bélier se tenait (amad) devant le fleuve. Il y a dans ce mot l'idée de se tenir ferme, d'être debout dans l'attente de quelque chose, bien campé sur ses pattes. 

"Il avait deux cornes, ces cornes étaient hautes mais l'une était plus haute que l'autre et elle s'éleva la dernière (Acharown- Daniel 8:3). Fait étrange, la dualité de ces cornes présentent une notion de temporalité. Les cornes ne semblent pas "venir en même temps". Elles sont hautes mais celle qui est la plus haute semble venir après la plus petite. Le mot choisi pour désigner cette "dernière" corne n'est pas non plus anodin : "Acharown" désigne généralement "ce qui vient ensuite, ce qui est à venir, en dernier", mais aussi "l'Avenir, le Futur, ce qui vient de l'Occident". Ce terme est également utilisé pour parler des "choses dernières". Les deux cornes désignaient bien évidemment cet empire bicéphale des Mèdes et des Perses. L'un ayant pris de l'ascendant sur l'autre. C'est ce que signifie, dans son sens premier, cette disparité. Mais l'usage du mot "Acharown" peut laisser supposer un sens plus profond. La notion de quelque chose qui devrait venir dans le Futur, et plus particulièrement de l'Occident. Ce sera le cas du bouc représentant les armées d'Alexandre le Grand, mais on peut envisager une invasion armée venue de ce que l'on nomme aujourd'hui l'Europe, ou plus loin encore, d'une puissance occidentale. L'Angleterre étendra ses conquêtes sur tout le Proche et le Moyen-Orient jusqu'au fin fond de l'Asie. Bien plus tard, alors que l'Empire Britannique aura été démantelé, des armées coalisées viendront "de l'Occident" et envahiront ces contrées avec d'autres ambitions, pour d'autres motifs, mettant tout à nouveau à terre "le bélier". L'Afghanistan, l'Irak, le Koweït, et plus tardivement, la Syrie… Le "bouc venu de l'Occident" a mis à nouveau à terre le "bélier". La "deuxième corne" du bélier était appelée "Acharown" (la dernière, celle qui vient ensuite, celle qui est à venir, qui viendra dans le Futur, qui viendra de l'Occident"). On peut envisager cela comme une puissance occidentale ayant un fort ascendant sur le pouvoir en place. Le Shah d'Iran avait été placé au pouvoir par les Etats-Unis et entretenait d'excellentes relations avec le Monde Occidental. La  Perse n'est devenue l'Iran que tout récemment pourrait-on dire, puisque le pays ne changea de nom qu'en… 1935 ! Cette deuxième corne "occidentale" annonçait déjà des événements qui devaient se produire bien longtemps après que Daniel ait reçu ces visions. Dans des temps qui ressemblent étrangement à ceux qui nous sont contemporains.  

"Il avait deux cornes, ces cornes étaient hautes (gaboahh) mais l'une était plus haute que l'autre et elle s'éleva la dernière". Ici encore, le texte hébreu nous en dit un plus plus sur ces cornes. "Gaboahh" signifie "haut, exalté, orgueilleux, hautain". Ces cornes manifestaient le caractère orgueilleux et hautain de cet empire Médo-Perse. Mais l'orgueil et l'ambition de la Perse semblaient bien plus grands que ceux des Mèdes. La Grande corne finira par englober la petite dans son empire. D'alliée, la Médie deviendra vassale. La Perse devint ainsi souveraine. Les deux peuples se fondirent en un seul. De nos jours, on appelle cela une "annexion".

Vainqueur et vaincu 

Daniel a encore en mémoire, malgré les années, l'interprétation du songe du roi Nabucadnetsar (Daniel 2). Ce songe annonçait que l'empire babylonien passerait à un autre. Il eut ensuite la vision de quatre "bêtes" qu'il identifia comme étant le pendant des quatre empires du dit songe (Daniel 7). Ici, au chapitre 8, les choses se précisent. La vision qu'il a reçue concerne les deuxième et le troisième empires dont il était question précédemment. L'interprétation de la vision va lui être donnée par l'ange Gabriel. Car Daniel ne sait que penser de ce qu'il vient de voir. "Tandis que moi, Daniel, j'avais cette vision, et que je cherchais à la comprendre, voici, quelqu'un ayant l'apparence d'un homme se tenait devant moi. Et j'entendis la voix d'un homme au milieu de l'Ulaï. Il cria et dit : Gabriel, explique-lui la vision". Littéralement : "qets hachazon, la fin, l'aboutissement de la vision" (Daniel 8:15, 16). Le texte ne parle-t-il que de "la fin de la vision", ou sous-entend-t-il "la vision de la fin" ? Ces mots pourraient donc avoir un double sens. Ils désigneraient tout d'abord la fin de la vision proprement dite et son accomplissement historique, mais ils pourraient également avoir une perspective "eschatologique" qui serait sous-entendue par l'expression "la vision de la fin". Cette "fin" serait celle des "temps des nations", concept abordé par d'autres prophètes mais également par le Seigneur Jésus lui-même (Ézéchiel 30:3 ; Daniel 12:1 ; Luc 21:24). L'interprétation du songe de la statue ainsi que celle du songe qu'il avait reçu lui-même l'avaient terriblement effrayé (Daniel 7:15). Ici, la vision va proprement le rendre malade (Daniel 8:27). Mais reprenons depuis le début.  

"La troisième année du règne du roi Belshatsar, moi Daniel j'eus une vision... lorsque j'eus cette vision, il me sembla que j'étais à Suse, la capitale, dans la province d'Elam, et pendant ma vision, je me trouvais près du fleuve Ulaï..." (Daniel 8:1, 2). Daniel mentionne la ville de Suse comme "la capitale". Or, Suse ne deviendra une capitale que sous le règne de Cyrus le Perse. À l'époque du roi Belshatsar, celle-ci ne dispose pas encore de ce statut. Le bélier qui se présente ensuite dans la vision représente donc l'empire qui aura pour capitale la ville de Suse. Daniel ignore encore qu'il sera un jour appelé à se tenir à la cour du roi de Perse (aujourd'hui l'Iran) dont il voit ici, en vision, une manifestation de la puissance. Suse deviendra l'une des trois capitales du futur Empire Perse avec Ecbatane et Babylone. Il est intéressant de noter au passage que Suse fut, au début de l'Empire, le palais d'hiver des rois Perses. Or, c'est en hiver de l'an -331 qu'Alexandre prit possession de la ville. Ce qui vient corroborer la vision de Daniel au chapitre huit. Pour comprendre ce qui suit, il faut savoir que l'Empire Perse, comme son prédécesseur Babylonien, était particulièrement expansionniste. A son apogée, il couvrait un territoire qui allait des frontières de l'Inde jusqu'aux rives occidentales de la Mer Noire, et de la Mer Egée à la Lybie. Les trois côtes dans la bouche de l'ours (Daniel 7:5) symbolisent peut-être les trois continents sur lesquels la Perse avait étendu ses conquêtes, mais peut-être également ses trois côtes (dans le sens maritime du terme), celles de la Mer Caspienne, de la Mer Egée et de la Méditerranée.

Le bélier Perse (Daniel 8:3) correspond à l'ours du chapitre 7 (le deuxième animal). Pour nous qui sommes arrivés aux "temps de la fin", l'ours vient des steppes de Russie. Dans un entretien avec de hauts dignitaires, Vladimir Poutine avait parlé de son pays comme de "l'ours de la Taïga". La marine russe dispose d'un accès à la Méditerranée par la Mer de Marmara, mais elle a également implanté une base militaire à Tartous, sur la côte syrienne, en Méditerranée.  Quant à la base militaire russe de Qamichli, elle  se trouve sur ce qui était autrefois un territoire frontalier de l'empire Perse (Daniel 7:5). 

Dans sa vision du chapitre 8, Daniel voit tout d'abord un bélier ayant deux grandes cornes mais dont l'une est plus grande que l'autre. Ce bélier, c'est l'alliance Médo-Perse. C'est ce que dit l'ange Gabriel à Daniel : "le bélier que tu as vu et qui avait des cornes, ce sont les rois des Mèdes et des perses" (Daniel 8:20). L'empire Perse et celui des Mèdes étaient alors associés, mais la Perse présentait une puissance beaucoup plus considérable que celle des Mèdes dont l'empire finit d'ailleurs par être absorbé par le premier. Après que Cyrus eut vaincu Astyage, roi des Mèdes, il s'empara d'Ecbatane, sa capitale. L'extension de cet empire s'étendit jusqu'en Grèce, qui n'était alors qu'un groupe disparate de cités-Etats. Le texte nous dit que le bélier médo-perse frappait de ses cornes à l'Occident, au Nord et au Sud, ce qui correspond aux frontières de cet empire. La Grèce fut donc en partie conquise par la Perse. Mais voici que paraît un bouc furieux "venu de l'Occident" (Daniel 8:5). Celui-ci symbolise "le roi de Javan", la Grèce (Daniel 8:21). Historiquement, Javan était l'un des fils de Japhet lui-même fils de Noé. Ses frères étaient "Gomer, Magog, Madaï, Tubal, Mèschec et Tiras" (Genèse 10:2). Ceux-ci furent un temps ses alliés. Pourquoi ce "bouc" est-il furieux ? Parce qu'il veut libérer son pays de la domination perse (l'Iran). En entamant sa campagne, il projette de redistribuer les cartes de l'Orient en s'appropriant les territoires acquis par l'envahisseur. "Rien de nouveau sous le soleil"  a dit l'Ecclésiaste. Voyons maintenant qui sont les "frères" de Javan. 

Gomer serait à l'origine des peuples celtes qui peuplèrent ce que l'on appelle aujourd'hui l'Europe de l'Ouest (mais peut-être faut-il étendre sa postérité au Monde Occidental (Royaume-Uni, États-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande, etc...)

Madaï, l'ancêtre des Mèdes. Aujourd'hui le Nord de la Turquie, la Géorgie, l'Azerbaïdjan, l'Iran

Magog. L'ancêtre des Scythes, selon l'historien romain Flavius Josèphe. Aujourd'hui, les peuples au Nord de la Mer Noire : Moldavie, Ukraine. Si c'est bien le cas, les mots "Gog, au pays de Magog" pourraient prendre un sens nouveau. Gog étant "le pays du Nord" (la Russie). Gog est appelé "Prince de Rosch" (Ézéchiel 39:1). "Rosch", c'est à la fois "le chef" et "ce qui est au dessus, le plus haut" (sur une carte, ce ne peut être que la Russie). Rosch c'est également un "officier supérieur" (le chef du Kremlin a été colonel dans l'armée, et chef du KGB)

Tubal : Certains commentateurs voient une similitude entre le nom de "Tubal" et la ville de Tobolsk, capitale de la Sibérie, en Russie. Ainsi, Meschek pourrait être à l'origine de la ville de Minsk, dans le Sud de la Russie, au Nord de la frontière du Kazakhstan. Dans le contexte géopolitique actuel, ces vieux noms, prennent ainsi un sens nouveau. L'Histoire Moderne était déjà inscrite, en germe, dans la généalogie de Noé. 

Le roi de Grèce

Le roi de Javan "parcourait toute la terre à sa surface, sans la toucher". Pour comprendre cette phrase, il faut la comparer avec la description de l'Empire Grec dans le chapitre 7 de Daniel. Javan y est, en effet, représenté par un léopard ailé (Daniel 7:6). Et il est dit que "la domination lui fut donnée". La symbolique en est claire. Le léopard était considéré comme le plus rapide des animaux, ce qui fait référence à la vitesse avec laquelle Alexandre le Grand, ('la grande corne entre les yeux du bélier' et dont le texte nous dit qu'il est "le premier roi" Daniel 8:21) a conquis les territoires. Sa progression était si rapide qu'il semblait les survoler sans y poser le pied, ce que symbolisent "les quatre ailes" dont il est affublé. Mais le texte contient une autre précision sur la progression des armées d'Alexandre. Il est dit qu'il "parcourait la terre sans la toucher (naga)", or le mot "naga" signifie ici qu'il ne fut pas vaincu. Personne ne put lui opposer une résistance victorieuse. Ce qui vient confirmer cette progression invincible des Phalanges macédoniennes. De nos jours, le "Léopard" est un char de combat particulièrement performant. 

"Il parcourait (paniym)  la terre". Le mot "paniym" (le visage, aller de l'avant) sous-tend l'idée qu'il marchait droit devant lui, déterminé à progresser coûte que coûte. Ce mot peut également désigner la surface du sol. Le regard d'Alexandre portait loin. Toujours plus loin. Ses yeux étaient fixés sur l'horizon. "Paniym" vient de "panah" qui signifie "se retourner, se détourner, retourner d'où l'on vient". Le Général Macédonien était déterminé à ne pas faire demi-tour. C'est peut-être également cela qui a effrayé Daniel. 

D'autre part, lorsque le texte dit que "ce bouc avait une grande corne entre les yeux" (Daniel 8:5), il souligne l'appétit de conquête, la détermination à vaincre ce qu'il voit, ce qu'il regarde, ce sur quoi il pose les yeux. La symbolique de "la corne" désigne l'arrogance, la puissance politique et militaire et l'usage de la force. Ce bestiaire peut surprendre le lecteur non averti, mais la représentation d'animaux hybrides était chose courante dans l'empire babylonien. La porte d'Ishtar, à Babylone, était couverte de ces représentations moitié animales, moitié mythologiques. Hautement symboliques, elles transmettaient également une idée forte. Le bouc qui vient de l'Occident n'est autre que ce jeune général macédonien, décidé à rompre le joug perse et à prendre sa revanche en conquérant son empire.  Ce que l'on a appelé les "Guerres médiques" étaient en réalité une révolte des cités grecques contre le pouvoir qu'exerçait sur elles l'hégémonie Perse. c'est pourquoi le texte nous dit que le bouc "courut sur lui (le bélier perse) de toute sa fureur" (Daniel 8:6). Et Daniel ajoute : "je le vis qui s'approchait du bélier et s'irritait contre lui. Il frappa le bélier et lui brisa les deux cornes sans que le bélier eut la force de lui résister. Il le jeta par terre et le foula et il n'y eut personne pour délivrer le bélier" (Daniel 8:7). Alexandre s'est donc attaqué à cet empire bicéphale et l'a vaincu, mais principalement dans le but de délivrer la Grèce d'un pouvoir asservissant. Bien des armées occidentales ont, depuis, posé le pied sur le continent asiatique avec des intentions belliqueuses. 

Le texte poursuit : "le bouc devint très puissant, mais lorsqu'il fut puissant sa grande corne se brisa" (Daniel 8:8a). Alexandre mourut à l'âge de trente-trois ans alors qu'il avait atteint les frontières de l'Inde. S'il l'avait pu, il aurait continué sa progression, mais cela ne lui fut pas permis. Ainsi, son empire s'étendit sur ce qui est aujourd'hui l'Egypte, la Syrie, l'Iran, jusqu'à cette région de l'Inde qui allait devenir, plus de deux mille trois cent ans plus tard, le Pakistan. Ce thème du conflit gréco-perse sera à nouveau abordé dans le chapitre dix du livre de Daniel, mais cette fois, en l'an -537, "la troisième année de Cyrus, roi de Perse", trois ans après que Darius se soit emparé de la ville de Babylone où régnait alors Belschatsar. Dans ce chapitre dix, il est fait mention d'un autre rencontre de Daniel avec un ange qui lui dit : "Maintenant, je m'en retourne combattre le chef de Perse, et quand je partirai, voici, le chef de Javan viendra" (Daniel 10:20). Chronologiquement, Cette rencontre entre Daniel et l'ange se passe environ une dizaine d'années après que Daniel eut reçu la vision du chapitre 8. La première se passe "la troisième année du règne de Belschatsar" (Daniel 8:1) et la seconde, "la troisième année de Cyrus, roi de Perse… le vingt-quatrième jour du premier mois" (Daniel 10:1, 4). Le chapitre 8 mentionne l'attaque du royaume de Perse par la Grèce. Le chapitre 10 annonce un conflit qui se déroulera dans les lieux célestes et qui va, par sa victoire certaine et assurée d'avance de l'ange, permettre au royaume de Javan d'attaquer la Perse et de la vaincre (Daniel 10:13, 20). J'y reviendrai plus en détail dans l'article consacré à ce chapitre, mais ceci permet de voir la parfaite cohésion qui sous-tend le livre de Daniel malgré une apparente disparité des thèmes et des sujets traités. Même la répartition non chronologique des différents récits a un sens et un but qui n'apparaissent pas de prime abord, mais elle a une raison que la Sagesse divine a jugé bon d'inclure dans la rédaction de ce livre hors du commun. 

Les clefs de l'Histoire

Daniel achèvera sa vie sous le règne de Cyrus mais ne connaîtra pas ces événements de son vivant. Il n'en verra donc pas l'accomplissement. Pourquoi, alors, lui ont-ils été révélés ? Pour que ce qu'il a vu soit rédigé avant que ceux-ci ne se produisent, parce que, comme je l'ai dit plus haut, ces événements n'ont pas seulement une portée historique, mais également une dimension eschatologique. Mais il y a plus encore. 

Bien évidemment, celui qui s'intéresse à l'Histoire Antique aura connaissance de ces choses. Celui qui s'intéresse un tant soit peu à l'Histoire biblique et à ses récits y verra l'annonce prophétique de ces événements. Mais pourquoi des événements historiques dont on peut avoir connaissance par d'autres sources sont-ils relatés dans la Bible sous forme de prophétie ? En quoi cela pourrait-il être bénéfique au lecteur des Écritures, à part pour quelques férus d'exégèse. Pourquoi la Bible fait-elle mention de récits historiques  somme toute assez secondaires qui ne concernent qu'une petite partie de l'Histoire Antique impliquant des peuples aujourd'hui disparus ? Il n'empêche que le livre de Daniel suscite encore aujourd'hui un fervent engouement. Quelle peut bien en être la raison ?

En réalité Daniel présente, dans son livre, des clefs qui nous permettent de comprendre les secrets de l'Histoire. Il nous livre les codes nécessaires à une juste compréhension du déroulement apparemment chaotique des événements passés, mais également à venir. En effet, la présence des anges dans ces songes et dans ces visions nous introduit dans une dimension supérieure. Ils nous en révèlent le secret ultime. Derrière ces guerres et ces conflits, des enjeux spirituels en déterminent la finalité. Des combats ont lieu dans les Lieux célestes. Tout se joue dans les cieux avant de se réaliser sur la Terre (Ephésiens 6:12/Daniel 10:20, 21). Comme le dit le prophète Esaïe : "Voici, les premières choses se sont accomplies, et je vous en annonce de nouvelles, avant qu'elles n'arrivent, je vous les prédis" (Esaïe 42:9). A chaque génération, de nouveaux regards se sont plongés dans ces textes sacrés pour tenter d'en desceller les secrets. A chacune de ces générations, Dieu avait quelque chose à dire au travers de ces textes. Quel est le message qu'il nous adresse aujourd'hui, à nous qui sommes arrivés "à la fin des temps" ? C'est peut-être pour le découvrir que Daniel, après avoir reçu cette vision et son explication, "fut plusieurs jours chalach (implorant et priant)" (Daniel 8:27). L'Histoire est en marche. Elle se déroule telle qu'elle a été écrite. 

Le mot de la fin

Le Macédonien du songe de Paul incarnait à lui seul les peuples d'Occident qui constitueraient plus tard l'Europe (Actes 16:9). Aujourd'hui, celle-ci cherche à s'allier militairement avec les anciens pays satellites de l'ex-empire soviétique. Ce qui fait grogner "l'ours russe". Aujourd'hui encore, le "bouc" de l'Occident se rapproche dangereusement des frontières de l'empire du Nord. Est-on à l'aube d'un nouveau conflit entre deux empires ? On parle aujourd'hui de "grandes puissances", mais si les termes ont changé, les ambitions demeurent les mêmes. L'expansionnisme reste une nécessité pour perdurer. Les empires ne cessent de s'affronter. Quelle sera l'étendue du prochain conflit ? Gagnera-t-il nos frontières ? Celles d'une Europe de l'Ouest qui n'a plus connu de conflits armés sur son territoire depuis plus de cinquante ans. Si l'Histoire est inscrite au cœur du récit biblique, celle-ci s'achemine lentement vers sa fin. 

 

JiDé 

Mosaïque représantant Alexandre le Grand et Darius face à face, lors de la bataille d'Issos

Mosaïque représantant Alexandre le Grand et Darius face à face, lors de la bataille d'Issos

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