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Ézéchiel et la vision du Temple : le retour de la Gloire (troisième partie)

Ézéchiel et la vision du Temple : le retour de la Gloire (troisième partie)

Dans le précédent article de cette série sur la vision du Temple décrite par Ézéchiel, je m'étais arrêté au pied de la façade Est de la muraille. Ézéchiel vient d'achever la visite du Sanctuaire après avoir parcouru les différents locaux du Temple. Il a méticuleusement pris note des dimensions des divers lieux avant de faire le tour du rempart extérieur avec son guide pour en mesurer la longueur. Il est à noter que la Gloire de Dieu apparaît juste après qu'Ézéchiel et son guide aient achevé la visite des lieux. Si chaque espace du Temple est mesurable, le temps imparti pour en faire la visite l'est également. La Gloire de Dieu n'a pas attendu patiemment qu'Ézéchiel et son guide aient terminé leur visite pour paraître. Bien au contraire ! A l'instant même où le prophète est ravi en esprit par l'Esprit de Dieu, un compte-à-rebours s'est mis en marche. Chaque instant compte. Son guide opère avec minutie tout en respectant scrupuleusement un timing ignoré de son accompagnateur. Si la Gloire de Dieu paraît juste après que son guide ait achevé sa dernière mesure, c'est parce que celui-ci a pleinement rempli sa mission dans les temps, à la seconde près. C'est ce qui transparaît dans ces mots : "Il me conduisit à la porte qui était du côté de l'Orient. Et voici, la Gloire du Dieu d'Israël s'avançait de l'Orient" (43:1, 2). Revenu à son point de départ, à la porte Est de la muraille, Ézéchiel voit venir, dans sa direction, la Gloire de Dieu qui, après avoir pénétré dans l'enceinte du Temple par cette même porte, va remplir le Sanctuaire de Sa Présence. Le prophète est alors saisi par l'Esprit de Dieu et emmené sur le parvis intérieur. C'est là qu'il reçoit son ordre de mission, ainsi que d'autres directives. C'est sur ce passage que je voudrais m'arrêter ici.

Un autre temps, un autre Temple

"Il mesura des quatre côtés le mur formant l'enceinte de la maison... ce mur marquait la séparation entre le saint et le profane. Il me conduisit à la porte qui était du côté de l'orient. Et voici, la gloire du Dieu d'Israël s'avançait de l'orient" (Ézéchiel 42:20 / 43:1*). Ce mur d'enceinte (qui n'est pas un mur défensif) a pour fonction de marquer "la séparation entre le saint et le profane" (42:20). Ézéchiel voit donc la Gloire de Dieu venir d'un lieu "profane" vers un lieu "saint" pour pénétrer dans le Temple par cette même porte par laquelle le prophète l'avait vue sortir, quelques années auparavant (Ézéchiel 10:3, 4, 18, 19). C'était "La sixième année, le cinquième jour du sixième mois" (Ézéchiel 8:1). Le prophète était alors dans sa maison, avec les anciens de Juda. Il décrit ce moment où il fut saisi par l'Esprit en disant : "La main du Seigneur, de l'Eternel, tomba sur moi" (Ézéchiel 8:1). Après avoir quitté son Temple durant plusieurs années, Dieu choisi de revenir dans un autre Temple dont il vient de donner la description détaillée à son prophète. Il y revient par la porte Est, celle par laquelle il en était sorti. Dieu choisit de reprendre le cours de l'Histoire là où Il l'avait laissé. Avant de poursuivre sur cette vision d'Ézéchiel, il me faut m'arrêter sur la vision précédente à laquelle le prophète fait allusion, car les deux sont étroitement liées. 

 Les visions auxquelles le prophète fait allusion sont datées du "cinquième jour du sixième mois" qui est le mois d'Ellul (Août/Septembre). La "Sixième année" est comptée d'après celle de la déportation. Près de vingt ans séparent donc ces deux visions. Le prophète en a cependant gardé un souvenir suffisamment précis pour pouvoir les comparer l'une l'autre. Ce même mois d'Ellul, quelques décennies plus tard,  également durant le "sixième mois", la parole de Dieu fut adressée à un autre prophète, Aggée. Le message qu'Aggée doit délivrer au Gouverneur Zorobabel ainsi qu'au Grand Sacrificateur Josué est : "Ainsi parle l'Eternel : mon peuple dit : le temps n'est pas venu de rebâtir la maison de l'Eternel" (Aggée 1:1, 2). Le Temple et la ville de Jérusalem seront reconstruits à l'époque de Néhémie, au mois d'Ellul, "la seconde année du roi Darius" (Aggée 1:15 à 2:9). Le Temple, tel qu'il fut rebâti à l'époque, n'avait pas la beauté du précédent. Il était de taille beaucoup plus modeste (Aggée 2:3), mais promesse est faite d'un Temple d'une splendeur bien plus grande encore que celui de Salomon (Aggée 2:6 à 9). Le Temple dont parle ici Ézéchiel devra être construit bien plus tard, mais sa construction est également une chose assurée (Ézéchiel 43:18). Et de même qu'Ezéchiel fait mention d'un mur autour du Temple dont il donne la description détaillée, Néhémie nous dit que la muraille de Jérusalem fut achevée également au mois d'Ellul, après presque deux mois de travaux (Néhémie 6:15).

La Gloire de Dieu

"Considérez attentivement ce qui s'est passé jusqu'à ce jour, jusqu'au vingt-quatrième jour du neuvième mois, depuis le jour où le Temple de l'Eternel a été fondé, considérez-le attentivement !" (Aggée 2:18). Le Temple de Salomon avait été détruit par Nabucadnetsar quelques années après que la Gloire de Dieu s'en soit retirée. La vision que reçoit le prophète de la Gloire quittant le Temple (Ézéchiel 10) puis Jérusalem (Ézéchiel 11:22, 23) est bien évidemment rétrospective. C'est là, parfois, une difficulté de l'écriture prophétique. La parole prophétique peut passer du Futur au Passé et du Passé au Futur dans une même phrase. Pour le prophète, le temps prophétique semble être parfois un éternel Présent. L'intensité de la révélation peut encore accentuer ce sentiment. La pensée hébraïque, comme sa langue, favorise cette plasticité. Cette vision finale du prophète Ézéchiel (les chapitres 40 à 48 de son livre) est ainsi étroitement liée aux événements précédents de l'histoire du peuple hébreu. Le prophète ne cesse d'y faire référence, implicitement ou explicitement. On ne peut faire l'économie de ces événements si l'on veut un tant soit peu comprendre cette vision grandiose dans un lieu clairement identifié depuis le départ comme étant "Le pays d'Israël" (40:1). Notre texte dit ailleurs : "Et voici, la Gloire du Dieu d'Israël s'avançait de l'Orient" (Ézéchiel 43:2), alors que le texte l'avait laissée sur la Montagne des Oliviers, à l'Est de la ville (Ézéchiel 11:23). Le prophète voit la Gloire de Dieu s'avancer depuis la "montagne qui est à l'Est de la ville", avant d'être reconduit auprès des captifs de Chaldée (versets 24, 25). Bien des années plus tard, Ézéchiel se retrouve à nouveau, en vision, à la porte orientale de la ville (Ézéchiel 43:1). Il y retrouve "la Gloire de Dieu qui s'avançait de l'Orient" (43:2). Comme si celle-ci était demeurée sur cette montagne, attendant le moment favorable pour réintégrer Sa demeure. 

C'est là un détail qui pourrait facilement passer inaperçu mais qui a cependant son importance. Le Dieu qui s'avance, dans toute sa gloire, vers son Temple, c'est le Dieu d'Israël, et c'est par ce nom que le texte nous le révèle. La splendeur de la Gloire pourrait tenir ce fait dans l'ombre. Cependant, c'est donc bien "dans le pays d'Israël" (Ézéchiel 40:1) que le prophète a été emmené en vision par l'Esprit de Dieu. C'est d'autant plus important que le prophète nous livre un détail qui n'est pas dénué d'intérêt. 

"Ces visions étaient semblables à celle que j'avais eue près du fleuve Kébar. Et je tombai sur ma face" (Ézéchiel 43:3). Le prophète fait donc une comparaison entre la vision qu'il reçoit et celle qu'il a reçue précédemment. La mention du Kébar peut facilement passer inaperçue. Le prophète le nomme comme étant un affluent de l'Euphrate auprès duquel il habitait (Ézéchiel 1:1). C'est à proximité de ce fleuve qu'il reçut plusieurs fois des visions (1:1, 3 / 3:23). Plus tard, il fera allusion aux anges qui lui étaient apparus alors (10:15). Il en fera à nouveau mention dans cette dernière grande fresque (43:3). Ce fleuve est comme une toile de fond sur laquelle viennent se projeter les visions qu'il reçoit. Le Kébar est le théâtre de ses extases. On pourrait aisément penser que ce mot "Kébar" est un mot babylonien, mais c'est en réalité un mot hébreu, ce qui peut laisser supposer que les exilés l'ont rebaptisé ainsi. Et la signification de ce mot est, en soi, fort évocatrice. 

Le nom de Kébar signifie "ce qui est au loin", ce qui peut faire allusion à la vaste plaine dans laquelle vivent les exilés. Mais ce mot peut également se traduire par "déjà, depuis longtemps", ou même par  "ce qui a été". On ne retrouve ce mot que dans un seul livre de la Bible : celui de l'Ecclésiaste (le Qohèleth), où il est mentionné huit fois. Il dit : "S'il est une chose dont on dise : voici, ceci est nouveau ! Cette chose existait déjà (kebar) dans les siècles qui nous ont précédés" (Ecclésiaste 1:10), ou : "Ce qui a déjà (kebar) été et ce qui sera a déjà (kebar) été, et Dieu ramène ce qui est passé" (3:15), et : "ce qui existe a déjà (kebar) été appelé de son nom" (6:10). Ainsi, ce fleuve Kébar est à la fois la toile de fond sur laquelle viennent se peindre les visions, et un rappel d'un passé révolu d'avant l'Exil. C'est le lieu où Ézéchiel vit en Babylonie, mais c'est aussi un pont entre le Passé et le Futur. Entre le Temple qui a été détruit et celui qui sera construit. 

Jérusalem, Jérusalem 

Dans les Écritures, le furtif moment présent oscille toujours entre ce qui a été et ce qui sera (Ecclésiaste 1:9). Ce qui peut paraître immuable ne résiste pas toujours aux aléas du temps. Ainsi, les disciples de Jésus, impressionnés par la splendeur du Temple, s'approchèrent de leur maître pour "lui en faire remarquer les constructions" (Matthieu 24:1). La réaction de Jésus est différemment rapportée par les trois évangélistes. Marc, peut-être celui que ces "grandes constructions" (Marc 13:2) impressionnaient le plus, prête à Jésus les mêmes paroles que Matthieu : "Il ne restera pas pierre sur pierre qui ne soit renversée" (Matthieu 24:2). Matthieu met, dans la bouche de Jésus, ces mots : "Voyez-vous tout cela ?" (Matthieu 24:2), qui font écho à une parole du prophète Aggée, dont la prédication devait encourager le peuple à rebâtir un temple détruit : "Considérez attentivement ce qui s'est passé jusqu'à ce jour, avant qu'on eut mis pierre sur pierre au Temple de l'Eternel" (Aggée 2:15). La similitude entre ces textes est d'autant plus frappante que leur sujet est le même. Luc apporte une dimension temporelle supplémentaire. Il écrit : "Ils te détruiront, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre parce que tu n'as pas connu le temps où tu as été visitée" (Luc 19:44). Luc souligne la dimension humaine de ce désastre que sera la destruction, non pas seulement du Temple, mais aussi de la ville de Jérusalem, telle que l'avait également annoncé le prophète Michée (Michée 3:12). Il en donne la raison : "Parce que tu n'as pas connu le temps où tu as été visitée". Le Temple sera détruit parce que les habitants de Jérusalem n'ont pas su discerner les temps particuliers dans lesquels ils vivaient. Ces temps durant lesquels le Messie était au milieu d'eux. 

On rejoint ici le thème de la vision d'Ézéchiel. Dieu présent au milieu de son peuple. Et Matthieu poursuit : "Il ne restera pas ici pierre sur pierre qui ne soit renversée. Il s'assit sur la Montagne des Oliviers" (Matthieu 24:2, 3). Jésus sort du Temple et s'arrête sur le Mont des Oliviers, exactement comme l'avait fait la Gloire de Dieu lorsqu'elle sortit du Temple (Ézéchiel 10:18, 19 / 11:23). Ézéchiel verra ensuite la Gloire de Dieu disparaître au dessus de lui (Ézéchiel 11:24), de même que les disciples verront le Seigneur s'élever dans le Ciel depuis le Mont des Oliviers (Marc 16:19), tout comme l'avait fait, des siècles auparavant, la Gloire de Dieu, laissant la ville de Jérusalem à son sort funeste. Après sa résurrection, Jésus fut enlevé au Ciel. Ses disciples le contemplèrent ainsi, tout comme Ézéchiel put contempler la Gloire de Dieu s'élever de "la montagne qui est à l'Est de Jérusalem". Le prophète Zacharie, quant à lui, a prophétisé une modification radicale de la topographie des lieux avoisinant Jérusalem (Zacharie 14:4). Y verra-t-on apparaître une nouvelle configuration des lieux, favorable à l'édification de ce Temple dont Ézéchiel nous donne la description ? L'avenir nous le dira. 

Le sanctuaire est souillé   

Ézéchiel voit la Gloire de Dieu s'approcher et il en entend la voix, "pareille au bruit des grandes eaux" (43:2). Faut-il voir là une allusion au torrent dont il est fait mention plus loin, au chapitre 47 ? Torrent qui coule de dessous le seuil de la maison, du côté oriental, là même où se trouve le prophète lorsqu'il voit la Gloire venir vers lui ? (47:1 à 5). Zacharie y fait allusion (Zacharie 14:8), ainsi que Joël (Joël 3:18). L'apôtre Jean décrit un fleuve semblable coulant de la Nouvelle Jérusalem (Apocalypse 22:1). "Ce qui est a déjà été, et ce qui sera a déjà été, et Dieu ramène ce qui est passé" (Ecclésiaste 3:15). Cette vision grandiose qui semble hors du temps s'inscrit en réalité dans l'histoire des hommes, dans celle d'Ézéchiel et dans celle du peuple d'Israël comme l'a dit précédemment le Seigneur au prophète : "Je placerai mon sanctuaire au milieu d'eux pour toujours. Ma demeure sera parmi eux, je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Et les nations sauront que je suis l'Eternel qui sanctifie Israël lorsque mon sanctuaire sera pour toujours au milieu d'eux" (Ézéchiel 37:26 à 28). Comme l'avait annoncé prophétiquement Salomon (1 Rois 8:13). 

Et de ce lieu que la Gloire de Dieu vient d'investir (Ézéchiel 43:4, 5), sort une voix qui s'adresse au prophète : "Fils de l'homme, c'est ici le lieu de mon trône, le lieu où je poserai la plante de mes pieds, j'y habiterai éternellement au milieu des enfants d'Israël" (43:7a). Et Il ajoute : "La maison d'Israël et ses rois ne souilleront plus mon saint nom par leurs prostitutions et par les cadavres de leurs rois sur les hauts lieux" (43:7b). Le Seigneur fait ici allusion aux rois de Juda, comme à ceux de Samarie, qui étaient généralement inhumés dans leur capitale respective. Il est fréquent de lire, dans les "livres des rois" : "Il se coucha avec ses pères". La dépouille était déposée dans le caveau familial, là où reposaient ses aïeux (tout au moins pour ceux qui bénéficièrent d'une sépulture). Mais le texte d'Ézéchiel pourrait nous apporter un élément de taille pour la compréhension de ces textes. Il est ici fait mention des "cadavres de leurs rois sur les hauts lieux". Faut-il en conclure que ces mêmes rois se faisaient ensevelir auprès de ces lieux idolâtres qu'ils avaient fait bâtir ? On se souvient que Salomon fit bâtir des haut-lieux sur le Mont des Oliviers (1 Rois 11:7, 8), proche de la ville de Jérusalem et du Temple qui faisait face à la montagne. La Bible Annotée souligne l'aspect ironique de la présence de tombes royales à proximité de son Temple, en faisant remarquer que ces rois, qui s'étaient éloignés de Dieu, se faisaient inhumer à proximité. Esaïe parle de rois qui reposent dans leurs tombeaux, de ces maisons mortuaires dont ont aurait fait de véritables petits palais (Esaïe 14:18), comme s'ils cherchaient à perpétuer leur statut royal jusque dans la mort. Ce à quoi l'Eternel répondrait en disant, du lieu de Sa demeure : "Fils de l'homme, c'est ici le lieu de mon trône" (Ezéchiel 43:7). C'est ce que dit la voix qui sort de la Maison. C'est le Lieu d'où Dieu règnera. Il est Roi, et les sépultures de ces rois idolâtres n'a pas sa place à proximité de ce lieu saint (43:7 à 9).

Actuellement, un cimetière s'étend sur la face Ouest du Mont des Oliviers, face à Jérusalem. Faut-il en conclure que ce futur Temple ne sera pas bâti à Jérusalem ? Il est vrai que la topographie des lieux ne se prête guère à accueillir un édifice d'une telle superficie. Certains commentateurs ont privilégié l'hypothèse d'un lieu à proximité de la Mer Morte (47: 8) ou proche d'Ein Guédi, plus au Nord. On peut cependant envisager que de futurs travaux de terrassements soient effectués pour y recevoir l'imposant édifice. Un aménagement préalable par un nivelage du terrain sera, de toute manière, indispensable. Une telle entreprise fut déjà mise en œuvre à l'époque d'Hérode, lorsque celui-ci fit bâtir le Temple. Celui-là même dont Jésus prédit qu'il n'en resterait pas "pierre sur pierre". C'était pourtant un édifice d'une réelle splendeur. À tel point que l'on disait à Jérusalem : "Celui qui n'a pas vu le Temple de Jérusalem n'a jamais vu quelque chose de beau".
 

Vue aérienne du Mont du Temple

 

Cimetière du Mont des Oliviers


La ville de Jérusalem enjambait autrefois les territoires de Juda et de Benjamin. La redistribution des territoires, décrite au chapitre 48 (48:1 à 10) attribue, à cet édifice, ainsi qu'aux Tsadokites, un espace saint et consacré entre le territoire de Juda (au Nord) et celui de Benjamin (au Sud). Le nouveau territoire de Juda sera sur l'ancien territoire de Manassé, alors que celui occupé par les Tsadokites (avec le Temple en son centre) sera, lui, là où se trouvaient autrefois les tribus d'Ephraïm et de Dan. Jérusalem, quant à elle, serait située sur le territoire de Benjamin. 

"La maison d'Israël et ses rois" ont souillé le Nom saint de Dieu par leurs prostitutions dans l'enceinte même du Temple bâti par Salomon. "À l'entrée de la porte intérieure (qui sépare le parvis extérieur du parvis intérieur) se trouvait une idole de la jalousie, au Nord de la la porte de l'autel" (Ézéchiel 8:3). Elle y avait été posée afin "d'exciter la jalousie de l'Eternel" et de pousser la Gloire de Dieu à quitter le Temple (8:6). Le but recherché par la présence de cette idole semble avoir été de chasser le Seigneur de sa propre maison. Le Seigneur quittera effectivement cette demeure, mais celle-ci subira sa colère et sera totalement détruite.

Après s'être introduit dans les chambres du Temple (celui de Salomon) par une ouverture improvisée, le prophète découvre "soixante-dix hommes des anciens d'Israël" dans un lieu dont les murs sont couverts de représentations de divinités païennes (8:7 à 13). Telle "une lèpre de maison" (Lévitique 14:34, 44, 45), l'idolâtrie s'est propagée dans l'enceinte du Temple. "Dans le parvis de la maison de l'Eternel, à l'entrée du Temple, entre le portique et l'autel" des hommes se prosternaient devant le soleil (Ézéchiel 8:16). C'est pourquoi Dieu dit à Ézéchiel : "Ils mettaient leur seuil près de mon seuil, leurs poteaux près de mes poteaux, et il n'y avait qu'un mur entre moi et eux, et ils ont ainsi souillé mon saint nom par leurs abominations qu'ils ont commises, c'est pourquoi je les ai consumés dans ma colère (43:8). Cette expression : "il n'y avait qu'un mur entre moi et eux", fait étonnement écho à ce mur extérieur qui sépare "le sacré du profane" (42:20). Mais après une profonde restauration des mentalités, Dieu promet : "J'habiterai éternellement au milieu d'eux" (43:9). Dieu est, certes, le "Dieu d'Israël", mais par cette expression, le Seigneur se révèle être le Dieu d'un peuple idolâtre, rebelle et profondément corrompu. L'Eternel n'hésite cependant pas à se revendiquer comme son Dieu, malgré toutes ses imperfections, sa rébellion et son infidélité. Désormais, le périmètre intérieur, délimité par le mur, sépare "le sacré du profane". Un large espace consacré tout autour de l'enceinte également (Ézéchiel 45:1 à 8). Il ne sera donc plus possible qu'une telle situation puisse se reproduire. 

Montre ce Temple 

Juste après ce récapitulatif du péché du peuple d'Israël, le Seigneur va confier au prophète une mission. Ce court passage (43:10, 11) est central dans la vision. "Toi, fils de l'homme, montre ce temple à la maison d'Israël, qu'ils en mesurent le plan et qu'ils rougissent de leurs iniquités" (43:10). Cette expression "fils de l'homme" est utilisée quatre-vingt dix-huit fois dans le livre d'Ézéchiel. Il est demandé au prophète de montrer le Temple à "la maison d'Israël". Il y a ici un jeu de mots entre "la maison" (de l'Eternel) et "la maison" d'Israël dans le but d'accentuer la comparaison. Après avoir affirmé vouloir régner sur ce peuple, après avoir condamné son idolâtrie, Dieu réaffirme son désir de demeurer au milieu de son peuple. Pour ce faire, Il leur demande de comparer leurs demeures avec la sainteté de sa maison. Ézéchiel comprend alors pourquoi il lui a fallu mesurer, avec autant de précision, tous les espaces de ce Temple qu'il vient de visiter. A l'instant où le prophète reçoit cette directive, la Gloire de Dieu a pénétré dans le Temple et il n'est bien évidement pas question, pour Ezéchiel, d'en faire faire une visite guidée aux membres du peuple. Les dimensions qu'il a notées et ce qu'il a vu de ses yeux suffiront à le décrire. Cette description, mesures à l'appui, a pour but d'amener le peuple à "rougir de ses iniquités".

La voix sortant du Temple poursuit en disant : "s'ils rougissent de leurs iniquités, fais-leur connaître... (montre leur)" (43:11). La révélation complète de ses infrastructures est conditionnelle. La deuxième partie ne peut être révélée que si un mouvement de repentance est amorcé. Ézéchiel est alors chargé de leur montrer en détail "la forme de cette maison, sa disposition, ses issues, ses entrées, tous ses dessins et toutes ses lois" (43:11). La totalité des informations concernant ce Temple ne devait être révélée que si le peuple "rougissait de ses iniquités" et si un mouvement national de repentance, par la prière et le jeûne, "en prenant le sac et la cendre", était amorcé. Il faut croire que le prophète sut être persuasif, car si ces textes nous sont parvenus c'est bien parce que le peuple d'Israël en a pris connaissance avant nous. Une troisième étape, qui n'a pas encore été accomplie mais qui le sera bientôt, est l'édification de ce Temple selon ses mesures. 

En quelques mots

"Montre ce Temple à la maison d'Israël et qu'ils rougissent de leurs iniquité. S'ils rougissent de leurs iniquités, tu leur montreras…". Il semble que le peuple hébreu se soit effectivement repenti puisque la description complète de ce Temple est parvenue jusqu'à nous. Les détails de cette description ne devant être révélés qu'après que le peuple se soit véritablement humilié devant Dieu. Ezéchiel a donc pleinement réussi sa mission. Effectivement, on remarque que plus aucune remontrance n'est faite au peuple d'Israël au sujet de l'idolâtrie. D'autres choses lui seront cependant reprochées mais, tout au moins, cette "lèpre" de l'idolâtrie semble avoir disparu. En quoi cette description pouvait-elle avoir un tel impact sur le peuple ? Cela tient en partie dans le contenu du message, mais également dans la symbolique de la description elle-même. Cette vision apporte, aux exilés, un message d'espoir. Celui d'un retour possible. De la réinstauration d'un culte à l'Eternel. Celui du retour du peuple dans sa terre. Mais surtout, que Dieu résidera encore au sein de Son peuple. Ce descriptif contient cependant une série de messages codés. Ces codes demeuraient "lisibles" pour les membres de cette nation dont l'hébreu était resté la langue usuelle. C'est cette langue qui constitue la "grille de lecture" de ces codes. C'est donc dans le vocabulaire utilisé par Ezéchiel que l'on peut découvrir le message introduit au cœur du texte, non pas à l'encre sympathique**, mais en lettres hébraïques.   

Ainsi, il est écrit : "Montre ce Temple à la maison d'Israël" (haggêd èt bèt  Yisraël èt ha baït). Un jeu de mots apparaît entre "bèt" (la maison d'Israël) et "baït" (le Temple) qui s'écrivent tous deux avec les lettres "beth yod tav". Par cela, l'auteur veut souligner la proximité de la "Maison de Dieu" qui est bâtie au milieu de son peuple.

"Qu'ils en mesurent le plan (toknith)". Ce mot n'apparaît que deux fois dans les Écritures. Dans ce passage et au chapitre 28. "Tu mettais le sceau à la perfection (toknith), tu étais plein de sagesse et parfait en beauté" (Ézéchiel 28:12). Cette parole est adressée "au roi de Tyr", mais on comprend aisément que cette description est celle de l'archange Lucifer avant sa chute. Cette comparaison est essentielle car elle permet de constater l'absolue perfection de ce "plan du Temple" que le prophète doit montrer à "la maison d'Israël".

"Toknith" exprime donc l'idée d'une perfection absolue, d'une beauté parfaite, de l'expression d'une profonde sagesse. Ce Temple est parfait dans sa forme, ses dispositions, ses dimensions, son apparence. C'est peut-être justement cette perfection absolue qui poussera la "maison d'Israël" à se repentir en profondeur. C'est la contemplation de cette absolue perfection qui les convaincra. Mais cette allusion à Lucifer d'avant sa chute renvoie également le peuple à son propre péché, à son iniquité et à la gravité de son idolâtrie et de sa rébellion contre son Dieu. La beauté du lieu n'est pas soulignée au début de la visite. Tout à sa mission, Ézéchiel prend connaissance des différents espaces. L'âme du sacrificateur ne réagit qu'à ce qui évoque le fonctionnel et le service. Ézéchiel n'est pas sensible à la beauté architecturale du Temple. Il y voit l'aspect purement pratique. En professionnel du sacrificiel, il entrevoit déjà les allées et venues du personnel du Temple. Ce n'est que lorsque le Seigneur lui-même lui demande de transmettre les informations qu'il a reçues qu'il lui faut envisager de donner à cette description un sens plus esthétique, une dimension plus accessible à un peuple qui n'est pas, comme lui, familier de ces procédures sacrificielles. Il reconnaît cependant que ce Temple ne revêt véritablement toute sa beauté que lorsque la Gloire de Dieu a commencé à y demeurer, de même qu'un bel écrin est mis en valeur par le bijou qu'il contient. 

"S'ils rougissent de toute leur conduite, fais-leur connaître (yada) la forme de cette maison" (43:11). Le mot "yada" apparaît pour la première fois dans les Écritures dans le livre de la Genèse (Genèse 3:5) où il est associé à la connaissance du bien et du mal. La révélation que doit délivrer le prophète est conditionnelle. La honte que doit produire la prise de conscience de leurs iniquités rendra leur cœur disposé à entendre et à apprécier la suite. 

"S'ils rougissent de toute leur conduite, fais-leur connaître la forme (tsuwrah) de cette maison, sa disposition, ses issues et ses entrées, tous ses dessins et toutes ses ordonnances, tous ses dessins et toutes ses lois. Mets-en la description sous leurs yeux afin qu'ils gardent tous ses dessins et toutes ses ordonnances" (43:11). Ce mot "tsuwrah" n'apparaît que dans ce passage et nulle part ailleurs, mais il y est mentionné quatre fois. C'est dire sa particularité. Par la description détaillée de sa vision, le prophète dresse un plan d'architecte (Hébreux 11:10). Il avait d'ailleurs déjà fabriqué une "maquette" de la ville de Jérusalem pour en annoncer le siège (4:1 à 3). Ce modèle réduit devait être "un signe pour la maison d'Israël" (verset 3). Les sages d'Israël soulignent, à ce propos, la similarité entre les mots "tsouwr" (une forme) et "tsiouwr" (un dessin), ainsi qu'entre les mots "tsiouwr" (un dessin) et "maatsowr" (une contrainte). Le Rabbin et conférencier Zamir Cohen souligne toute la leçon que de telles similitudes peuvent transmettre. Si l'on veut faire une œuvre d'art, on est obligé de faire un dessin (tsiouwr) qui obéisse à des "règles" (maatsowr). Si l'on veut faire un scribouillage, nul besoin de technique, mais cela ne sera jamais un ouvrage fini, encore moins une œuvre d'art. Dans sa description, Ézéchiel donne une description de la "forme" (tsouwr) du Temple. Celui-ci est entouré (matsowr) d'un mur d'enceinte à l'intérieur duquel les servants obéissent à des "contraintes" (maatsowr). Le texte joue sur les mots "règles" et "entouré". Tout ce qui se fera à l'intérieur de l'enceinte sera soumis à une stricte observance des règles de fonctionnement. Sans nous en rendre compte, nous obéissons à des règles de vie (des "lois"). Le code de la route en est une. Les règles de savoir-vivre permettent d'entretenir les relations sociales. Se déplacer dans une usine nécessite de respecter scrupuleusement certaines "règles" de sécurité. Dans certaines d'entre elles, un protocole vestimentaire est indispensable, sans lequel on ne peut s'y déplacer. Nous nous y plions sans rechigner et de bonne grâce. Étonnement, l'évocation de "règles" (lois) émanant de la Parole de Dieu provoque, quant à elle, une certaine réticence, un dédain, voire un rejet, alors que les auteurs bibliques ne cessent d'en clamer le bien-fondé et la valeur. 

Ezéchiel achève sa visite en mesurant les quatre murs qui forment l'enceinte extérieure. Quatre est également le nombre de côtés du Temple.  Il est ainsi souligné que la totalité de la surface occupée par l'édifice est présente sur ses dessins. La racine du mot "tsuwrah" (tsuwr) signifie "un rocher".  Un mot qui désigne également le Massiah, comme le dit l'apôtre Paul : "Ce rocher c'était Christ" (1 Corinthiens 10:4). Ce rocher est à la fois un Lieu près de Dieu (Exode 33:21, 22) et Dieu Lui-même (Deutéronome 32:4). En Deutéronome 32:15, il est même dit qu'Israël "a méprisé le rocher de son salut" (tsuwr yeshouatow). On retrouve, dans ce mot, le véritable nom du Seigneur : Yeshoua (Jésus). La Gloire de Dieu resplendit sur son Fils bien aimé (Jean 1:14). Et "Lorsque le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, il s'assiéra sur le trône de sa gloire" (Matthieu 25:31). 

"S'ils rougissent de toute leur conduite (asah)… qu'ils s'y conforment dans l'exécution (asah)" (Ezéchiel 43:11). Ce verset débute et s'achève par ce même mot (asah) qui désigne à la fois l'objet de cette prise de conscience et l'action qui en résulte. Le processus de "renouvellement de l'intelligence" (Romains 12:2), que propose le prophète aux exilés, passe par une prise de conscience, une repentance, et finalement la réalisation de la volonté de Dieu. Ce par quoi s'achève le verset 11 : "Mets en la description sous leurs yeux afin qu'ils gardent touts ses dessins et toutes ses ordonnances et qu'ils s'y conforment dans l'exécution"

"S'ils rougissent de toute leur conduite, fais-leur connaître la forme de cette maison, sa disposition (tekouwnah)...". Le mot "tékouwnah" désigne "la préparation d'un lieu déterminé". Ce lieu a été "disposé" pour l'usage auquel il est destiné. Le mot "tekouwnah" vient de la racine "takan" qui veut dire : "mesurer, égaliser, dimension, être ajusté à un modèle". La description que le prophète est chargé de révéler au peuple doit être conforme à son modèle. Il doit lui être fidèle. Cela s'entend d'autant plus que le peuple devra ensuite "s'y conformer dans l'exécution". Il est donc impératif que la démonstration soit fidèle au modèle d'origine. De même que "l'exécution" (asah), selon les plans fournis, devra être à la mesure de la repentance initiale. Le mot "tekouwnah" n'apparaît que dans deux versets, l'autre se trouvant dans le livre du prophète Nahum (Nahum 2:10). Il y est dit : "Il y a des trésors sans fin" (littéralement : "tekouwnah kavowd"). "Kavowd", est un mot qui est souvent utilisé pour parler de la Gloire de Dieu (Exode 16:10 / 24:17) ou la parure du Grand Sacrificateur Aaron (Exode 28:2). Le Temple est un lieu qui a été "préparé" spécialement pour recevoir la "Kavowd" (la Gloire) de Dieu, tout comme l'on fabriquerait un écrin spécifiquement adapté pour un objet de grande valeur et de dimension particulière. Le Temple que voit Ézéchiel est "fabriqué sur mesure", à la "dimension" de la Gloire de Dieu. Quant à la référence au "Grand Sacrificateur" (Cohen Gadol), elle s'applique, encore une fois, à la Personne du Seigneur Jésus, notre "Grand Sacrificateur". Comme le dit l'auteur de l'Épître aux Hébreux : "Christ est venu comme Souverain Sacrificateur des biens à venir. Il a traversé le Tabernacle plus grand et plus parfait qui n'est pas construit de mains d'homme, c'est à dire qui n'est pas de cette création" (Hébreux 9:11). Il nous dit également : "Ainsi, puisque nous avons un Grand Sacrificateur qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu, demeurons fermes dans la foi que nous professons" (Hébreux 4:14). Nous nous conformerons ainsi à toutes les directives enseignées par les apôtres du Seigneur, tout comme le firent autrefois les auditeurs du prophète Ézéchiel. Comme le dit l'apôtre Paul : "Conformément à l'Évangile de la Gloire du Dieu bienheureux, Évangile qui m'a été confié" (1 Timothée 1:11). "Si du moins vous l'avez entendu et si, conformément à la vérité qui est en Jésus, c'est en lui que vous avez été instruits" (Éphésiens 4:21). On retrouve ici, dans l'enseignement de Paul, ce schéma présenté par Ézéchiel : entendre, être instruit, se conformer aux instructions

"S'ils rougissent de toute leur conduite, fais-leur connaître la forme de cette maison, sa disposition, ses issues (mowtsa) et ses entrées (mowba)". "Mowtsa" désigne "l'action de sortir d'un lieu, la sortie (en tant que lieu)", mais également "le soleil levant" ou encore "une source d'eau" (Ézéchiel 47:1). Ceci n'est pas sans rappeler le départ de la Gloire de Dieu quittant le Temple par la porte orientale. C'est également du côté oriental que le prophète voit cette même gloire revenir vers son Temple pour s'y réinstaller. Dieu dira au Psalmiste : "Je ne changerai pas ce qui est sorti Mowtsa) de mes lèvres" (Psaume 89:35), comme le dit également le prophète Jérémie (Jérémie 17:16). "Mowtsa" désigne aussi les issues du Temple (Ézéchiel 42:11 / 44:5). Pour Daniel, ce mot désigne la période intermédiaire entre la reconstruction de la ville de Jérusalem et la Venue du Massiah (Daniel 9:25), Venue assurée et confirmée par le prophète Osée pour qui "sa Venue (mowtsa) est aussi certaine que l'aurore" (Osée 6:3). Dans la pensée de ces prophètes, la Venue du Massiah est associée aux issues du Temple. Jésus est Celui qui conduit au Père ("Nul ne vient au Père que par moi" - Jean 14:6). Ainsi, si le Psalmiste affirme que ce qui est sorti de la bouche de l'Eternel est immuable, Daniel et Amos annoncent le Retour du Massiah dans Sa ville où Sa Parole sera proclamée. Quelques siècles plus tard, "une voix dans le désert" devait proclamer : "Repentez-vous car le royaume de Dieu est proche !" (Marc 1:3, 15 / Jean 1:23). Cet appel de Jean-Baptiste faisant ainsi écho à la mission du prophète Ézéchiel (Ézéchiel 43:10, 11). 

"S'ils rougissent de toute leur conduite, fais-leur connaître la forme  de cette maison, sa disposition, ses issues et ses entrées (mowba)". Ce mot a pour racine "mabow" qui désigne le fait "d'entrer, de venir", mais désigne également "le soleil couchant, l'Ouest, l'Occident". La première constatation que l'on peut faire est que, avec ces deux mots, nous avons "la sortie" (mowtsa) et "l'entrée" (mowba). De même que nous avons "l'Orient" et "l'Occident". Ce texte nous donne donc une orientation du Temple Est / Ouest. L'entrée du Lieu Saint étant effectivement orientée vers l'Est, vers le soleil levant (mowtsa). Si l'on transpose cette orientation dans une perspective prophétique, nous avons à la fois le Passé (l'Est, l'Orient) et l'Avenir (l'Ouest, l'Occident). La vision d'Ézéchiel est celle d'un Temple qui devra être construit, mais on ne peut détacher la perspective de celui-ci des deux temples précédents (de Salomon et de Néhémie). Une ligne continue est ainsi tracée entre les différents temples, et la Venue du Massiah s'inscrit dans cette continuité. Jésus s'identifiera d'ailleurs au Temple (celui d'Hérode) en disant : "Détruisez ce Temple... mais il parlait du Temple de son corps"  (Jean 2:19, 20). Il dit encore de lui-même : "Je suis le chemin" (Jean 14:6). Ézéchiel, quant à lui, parle du "prince" qui "entrera par le chemin du vestibule de la porte extérieure" (Ézéchiel 46:2). J'aborderai l'identité de ce "prince" dans un article ultérieur. Je reviens au chapitre 43. 

"S'ils rougissent de toute leur conduite, fais-leur connaître la forme (tsuwrah) de cette maison, sa disposition, ses issues et ses entrées, tous ses dessins (tsuwrah)". Il faut souligner ici la similitude entre ces deux termes dans le texte original. On y retrouve cette notion de plan architectural dont le prophète doit donner à la fois les dimensions et la vision globale. 

"S'ils rougissent de toute leur conduite, fais-leur connaître la forme de cette maison, sa disposition, ses issues et ses entrées, tous ses dessins et toutes ses ordonnances". Chacun des mots de cette phrase est conditionnel. Ces choses ne peuvent être révélées que si le peuple vit une véritable et authentique repentance. Ces espaces, qui sont ainsi décrits par le prophète, ne peuvent être approchés que par un esprit contrit. La disposition de cœur est fondamentale pour pouvoir apprécier, à sa juste valeur, cette révélation de la Demeure de Dieu. Il est donc question ici de "chuqqah" (statut, limite, loi promulguée). Ezéchiel fait de nombreuses fois mention de ce mot dans son livre. Bien que le mot "loi" fasse immédiatement penser à la loi mosaïque, celle-ci lui est antérieure puisqu'il en est déjà fait mention pour Abraham (Genèse 26:5). Une particularité de celle-ci, c'est son immuabilité. Aucune loi divine, quelle qu'elle soit, ne peut être abolie, mais la "chuqqah" possède un caractère véritablement immuable. Seule une repentance sincère peut permettre de comprendre la nature de cette "loi". Les fêtes des "Pains sans levain" et de "Pessah" (la Pâque), selon l'Écriture, sont également des chuqqot. La chuqqah peut même prendre une dimension universelle (Jérémie 31:35 / 33:25, 26). Ainsi, si Abraham a été le premier à se soumettre à ce type de loi divine, le prophète souligne le fait que celle-ci est étroitement liée à l'obéissance de son peuple. Jérémie annonçait déjà la Nouvelle Alliance (Jérémie 31:33). Nouvelle Alliance contractée "en Abraham, notre père" (Actes 3:25). Car "ce sont ceux qui ont la foi qui sont fils d'Abraham" (Galates 3:7). 

"S'ils rougissent de toute leur conduite, fais-leur connaître la forme de cette maison, sa disposition, ses issues et ses entrées, tous ses dessins et toutes ses ordonnances, tous ses dessins et toutes ses lois (towrah)". Le mot "towrotaï" ("towrah" au pluriel) est ici du plus grand intérêt dans la multiplicité de ses possibles traductions. Ce mot désigne généralement la loi mosaïque. Mais il peut revêtir divers sens. Il apparaît pour la première fois dans le livre de la Genèse pour parler de l'obéissance d'Abraham (Genèse 26:4, 5). Et contrairement à la façon dont on le traduit usuellement, il ne désigne pas "la loi" à proprement parler, mais un "enseignement, une instruction", et même "une façon d'instruire". Il peut également désigner plus spécifiquement "l'instruction fournie aux sacrificateurs". La towrah, ce peut être aussi "l'enseignement des choses qui concernent l'ère messianique". La notion de towrah comprend également une idée de transmission. La towrah est à la fois une manière de faire et une façon de vivre. Elle permet d'évoluer dans un espace social en conformité avec les "us et coutumes" de la communauté. Le fait que cet "enseignement" soit transmis par l'éducation, celui-ci devient un mode de vie conforme aux exigences de la communauté. 

"S'ils rougissent de toute leur conduite, fais-leur connaître la forme de cette maison, sa disposition, ses issues et ses entrées, tous ses dessins et toutes ses ordonnances, tous ses dessins et toutes ses lois, mets-en la description sous leurs yeux". Ce n'est pas seulement un plan détaillé que le prophète Ézéchiel met sous leurs yeux, c'est toute une symbolique. C'est un véritable "mode d'emploi" d'une vie sanctifiée. 

Thème central : l'ordre de mission

Si je me suis arrêté aussi longuement sur ce court texte, c'est parce qu'il constitue, à mon sens, le message central de cette vision. Il méritait d'être détaillé car il constitue la pièce maîtresse de cette partie du livre d'Ézéchiel. Et cet ordre de mission ne lui est pas remis dans n'importe quelle condition. Il lui est enseigné par l'Esprit de Dieu, après que la Gloire de l'Eternel ait rempli le Temple de Sa Présence. Mais il me faut maintenant continuer la visite des lieux. Dans un prochain article, j'aborderai le thème du "nouveau culte". Celui-là même qui sera adressé à l'Eternel selon ses propres directives. 

La suite de cette "visite guidée" se poursuit dans l'article "Ézéchiel et la vision du Temple : Le nouveau culte" (quatrième partie). 

Notes

*Le chapitrage des textes est d'une datation tardive (treizième siècle de notre ère). Il est donc parfois nécessaire de passer outre un découpage, certes fort utile, mais totalement étranger au texte original, pour reconstituer le texte dans sa globalité afin d'en retrouver le sens exact. 

** L'encre sympathique n'est visible que par transparence devant une source de lumière. 

JiDé 

 

Ézéchiel et la vision du Temple : le retour de la Gloire (troisième partie)
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