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Ézéchiel et la vision du Temple : un lieu fonctionnel (deuxième partie)

Maquette du Temple d'Hérode à Jérusalem

Maquette du Temple d'Hérode à Jérusalem

Je poursuis ici la visite du Temple décrit, avec force détails, par Ézéchiel dans les chapitres 40 à 48 de son livre. Ce que l'on découvre avec lui est en réalité un aboutissement. Celui d'une révélation progressive de la Gloire de Dieu et de la façon dont Celle-ci veut demeurer au milieu de Son peuple. Progressive bien que partielle, car "nul ne peut voir Dieu et vivre" (Exode 33:20). L'apôtre Paul parle d'ailleurs du "bienheureux et seul souverain, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, qui seul possède l'immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul homme ne peut voir, à qui appartiennent l'honneur et la puissance éternelle" (1 Timothée 6:16). Si je parle de l'aboutissement d'une révélation, c'est bien évidemment de celle que reçut Ezéchiel pendant sa vie. Révélation qui débute lorsque le prophète a trente ans, âge auquel il aurait dû entrer en fonction comme sacrificateur au Temple de Jérusalem s'il n'avait été exilé à Babylone, et qui s'achève à l'âge de cinquante ans, alors qu'il doit renoncer définitivement à cette sacrificature qu'il n'a jamais pu exercer. Devenu "senior" (Nombres 8:25), Ézéchiel accède à une nouvelle forme de sacrificature. Au début de son ministère prophétique, Ézéchiel voit la Gloire de Dieu dans sa magnificence. Plus tard, il verra Celle-ci sortir de Son Temple (chapitre 10) pour ensuite revenir dans un Temple nouveau qu'Elle ne quittera plus (chapitre 43) 

Message d'espoir

Il est important, me semble-t-il, de considérer cette entrée de la Gloire de Dieu dans son Temple comme étant le point culminant de cette révélation. Sans elle, la visite de ce lieu paraîtrait austère, presque glaciale. Pour beaucoup de lecteurs, cette description minutieuse, ce "plan d'architecte" ne provoque que peu, voire pas du tout d'attrait. C'est cependant le Lieu où le Seigneur, l'Eternel, a choisi de demeurer. Sa Gloire le remplit (43:5). C'est le "lieu de Son trône" (43:7). Après que l'Esprit de Dieu ait amené Ézéchiel dans le parvis intérieur, celui-ci a pu voir cette Gloire remplir la Maison (43:5). Un homme se tient alors auprès de lui (43:6). Et du trône, à l'intérieur de la Maison, c'est la voix de l'Eternel elle-même qui se fait entendre : "Il me dit : Fils de l'homme, c'est ici le lieu de mon trône, le lieu où je poserai la plante de mes pieds, j'y habiterai éternellement au milieu des enfants d'Israël" (43:7). On ne peut détacher cette vision du cadre dans lequel elle est reçue par Ezéchiel, celui de l'exil. Celui-ci en est la toile de fond. L'exil est au Temple ce que le fleuve Kébar est au prophète Ezéchiel (1:1, 3 / 43:3), un décor dont on ne peut faire abstraction (3:23 / 10:15, 22). Ezéchiel verra la Gloire de Dieu "s'exiler" de Sa propre Maison (10:18), puis de Jérusalem (11:22, 23). Dieu demeurera cependant avec son peuple. Tout le message d'Ezéchiel, du début à la fin, est un message d'avertissement et d'espoir. Le peuple d'Israël retrouvera son pays aussi sûrement que la Gloire de Dieu réintégrera Son Temple (43:7).  

Quelques repères 

Une visite d'un lieu comme celui qui est décrit dans les neuf derniers chapitres du livre d'Ezéchiel n'est pas chose aisée. Un géomètre ou un architecte s'y trouverait certainement plus à l'aise. Cette vision est donnée à un sacrificateur sans sacrificature (puisqu'en exil à Babylone). Celui-ci est cependant rompu à tous les codes et les références sacrificielles que l'on pouvait trouver dans le Temple de Salomon (qui fut détruit par le roi de Babylone avant qu'il ne déporte la population de Jérusalem). Si Ezéchiel n'a pu pratiquer la sacrificature, il a en contrepartie exercé le ministère prophétique durant vingt-cinq années. A l'heure où il reçoit cette vision, il en a cinquante. Cinquante, dans la symbolique biblique, c'est le nombre de la libération mais également de la révélation. Étant maintenant de la "race des seniors" (Nombres 8:25), il ne lui est plus possible d'exercer la sacrificature (si tant est qu'il ait pu retourner à Jérusalem dans un Temple reconstruit). Si j'insiste autant sur cette sacrificature avortée d'Ezéchiel, c'est parce que celle-ci joue un rôle de premier plan dans cette vision et dans la mission qui lui sera ensuite confiée. En effet, le prophète est maintenant libéré de cette fonction qu'il n'a jamais pu exercer (il a été déporté à l'âge de vingt-cinq ans : Ezéchiel 1:1, 2). Or, un lévite entre en lévirat à l'âge de vingt-cinq ans et en sacrificature à trente. Et le fait qu'il ne puisse plus exercer a autant d'importance que sa fonction même de sacrificateur, car la vision de ce Temple en introduit une "nouvelle", l'ancienne pouvant lui servir de modèle. Pour comprendre cette vision, il ne faut pas non plus perdre de vue la condition d'exilé du prophète qui contemple ce qui lui est décrit comme "la maison de Dieu". Or, le Temple de Jérusalem est détruit. Ezéchiel a vu, dans une vision, la Gloire de l'Eternel s'en retirer (Ezéchiel, chapitres 10 et 11) parce que l'idolâtrie était pratiquée jusque dans l'enceinte même de son Temple (celui de Jérusalem, Ezéchiel 8)

Si de connaître l'identité du prophète-sacrificateur est essentielle pour comprendre cette vision, la date à laquelle il la reçoit a également son importance. Celle-ci est datée de la "vingt-cinquième année de notre captivité" (40:1), soit vingt-cinq ans après qu'Ezéchiel ait été déporté à Babylone. La ville de Jérusalem a été détruite par Nabucadnetsar quatorze années auparavant. L'auteur est précis quant à la date de la vision : le dixième jour du premier mois de l'année, soit le dixième jour du mois de Nissan. C'est-à-dire le jour anniversaire de l'entrée du peuple hébreu en terre de Canaan (Josué 4:19). C'est également le jour où le peuple hébreu montait à Jérusalem pour la fête (Psaume 24:3), ainsi que celui de sa déportation à Babylone, "le jour même". Ce "jour" que Dieu a choisi pour introduire le prophète-sacrificateur dans Son Temple est donc hautement symbolique. Dans cette vision, le prophète arpente les lieux de façon systématique et ordonnée, mais c'est afin de pouvoir mieux en rendre l'harmonie générale de la dispositions des différents espaces. Ainsi, quelle que soit la nature de l'objet de cette vision, quelle soit symbolique, allégorique ou quelle doive être réalisée par des mains humaines, celle-ci s'inscrit dans l'Histoire du peuple hébreu. De par les références historiques de l'auteur lors de sa datation, on ne peut considérer cette vision que comme un événement en soi qui verra son accomplissement dans un futur proche ou lointain. Cette vision est également un message que Dieu adresse à son peuple. Un message étroitement lié à sa condition de déporté et à cet exil auquel il est contraint. Cette vision a enfin pour objectif, outre le fait que son but principal soit d'amener le peuple à une profonde repentance (43:10, 11), de ranimer l'espoir des exilés en leur assurant la présence sainte et glorieuse de leur Dieu au milieu d'eux. La description de la vision s'achève en effet par ces mots : "IHVH shamma, l'Eternel est ici" (48:35).  

Un lieu de vie 

Après avoir pris connaissance de la disposition globale des lieux, Ezéchiel décrit les tables (40:39 à 41) qui serviront à la préparation des animaux destinés aux holocaustes (la consumation complète de l'animal sacrifié). Il y ajoute la description de tables plus petites où seront posés les instruments nécessaires à la découpe des viandes (40:42, 43). La suite de la visite présente les chambres des choristes (chantres), preuve que, dans l'économie de ce Temple, des fonctions très différentes peuvent cohabiter. Gardiens de la maison et de l'autel se côtoient (40:44 à 46). Cependant, tous, lévites et sacrificateurs selon leurs fonctions, sont de la descendance de Tsadok (40:46). L'apôtre Paul souligne également que, dans l'Eglise, les ministères et les dons sont accordés par "le même Esprit" et que "à chacun la manifestation de l'Esprit est donnée pour l'utilité commune" (1 Corinthiens 12:4 à 7). Le Roi réside dans un lieu de vie qui présente des similarités avec la demeure de ses sujets. La décoration, quant à elle, reprend les motifs du Tabernacle (Exode 36:8, 35), comme du Temple de Salomon (1 Rois 6:29 / Ezéchiel 40:16). Dieu demeure au milieu de Son peuple, mais son intérieur se démarque par son originalité. 

Après être passé par l'espace de service, le guide d'Ezéchiel reprend ses mesures. Ce passage par les locaux du personnel ne le détourne pas de sa mission initiale. L'apôtre Jean sera chargé d'une mission identique (Apocalypse 11:1). La visite se poursuit dans le sanctuaire (41:1 à 4). Cette visite ne peut se faire qu'avant que la Gloire de Dieu ne vienne le remplir (1 Rois 8:11 / Ezéchiel 43:4, 5). Ses dimensions demeurent les mêmes que celles du Temple de Salomon (sauf la hauteur qui n'est pas mentionnée). Le lieu est toujours composé de trois pièces, identiques au modèle initial : le vestibule, le lieu saint et le lieu très-saint. Deux colonnes ornent l'entrée, rappelant celles de Yakin et Boaz du temple de Salomon (1 Rois 7:21). À l'extérieur, contigu au sanctuaire, trente réduits répartis sur trois étages auxquels ont accède par un escalier. Leur profondeur (deux mètres environ) laisse deviner qu'ils seront utilisés comme dépôts. Cette proximité avec le sanctuaire en laisse supposer un usage sacré. 

Tout l'intérieur du Sanctuaire est recouvert de boiseries (Ezéchiel 41:16), lambrissé et sculpté de chérubins et de palmiers, sans que l'essence du bois ne soit mentionnée. On peut encore, pour cela, se référer au Temple édifié par Salomon. Après que Dieu lui ait assuré Sa Présence au milieu du peuple d'Israël (1 Rois 6:11 à 13), le roi-bâtisseur fit recouvrir l'intérieur de bois de cèdre et de cyprès (versets 15, 16) comportant des gravures décoratives (verset 18), ce qui conférait au lieu une atmosphère d'intimité. Le Lieu Très Saint n'a aucune fenêtre, non que Dieu veuille "demeurer dans l'obscurité" (1 Rois 8:12), mais parce que lui-même éclaire ce lieu de Sa présence (Apocalypse 22:5). Ezéchiel trouve, dans ce lieu, un grand dépouillement dans le mobilier. De celui du Temple précédent, seul subsiste un autel en bois. "La 'table' (ha schul'han) qui est devant l'Eternel" (Ezéchiel 41:22). Tidiman souligne le fait que "la taille modeste du meuble impressionne dans une salle pratiquement vide*". Cet autel ("ha mizbê'ah", c'est ainsi qu'Ezéchiel le voit) n'est pas pas revêtu d'or comme ceux du Tabernacle ou du précédent Temple. Faut-il voir dans cette sobriété une forme de dépouillement significative ? Le fait qu'il s'agisse d'une "table" (c'est ainsi que la définit son guide) peut signifier, comme le souligne toujours Tidiman, que "L'expiation a été réalisée. Entre Dieu et le sacrificateur, les rapports seront désormais ceux de la communion symbolisée par cette table". Cela serait d'autant plus significatif si l'on voit dans ce seul mobilier la table des pains de proposition dont on trouve un modèle dans le livre de l'Exode (Exode 25:23). La table (ha mizbê'ah) sur laquelle étaient posés les "pains de proposition" nous inviterait alors à y voir une préfiguration de la table du Seigneur (1 Corinthiens 10:18 / 11:23, 24). Une fois encore, si l'essence de bois n'est pas spécifiée, on peut se référer à celui du Temple de Salomon qui était en bois de cèdre (1 Rois 6:20), ou celui du Tabernacle, en acacia (Exode 25:23). La noblesse de ces bois confère au lieu une atmosphère chaude. Ce qui contraste fortement avec la sobriété du mobilier d'un endroit qui se veut un lieu d'habitation. Comme le rappelle aux Athéniens l'apôtre Paul : "Le Dieu qui a fait le Monde et tout ce qui s'y trouve, étant le Seigneur du Ciel et de la Terre, n'habite pas dans des temples** faits de mains d'hommes" (Actes 17:24).  

Ezéchiel est alors invité à se tourner vers la sortie. "Le Temple et le sanctuaire avaient deux portes. Il y avait aux portes deux battants, qui tous deux tournaient sur les portes… des chérubins et des palmiers étaient sculptés sur les portes du Temple, comme sur les murs" (41:23 à 25). Tidiman souligne le fait que les portes remplacent ici le Voile, présent à la fois dans le Tabernacle comme dans le Temple de Salomon, facilitant ainsi le passage du Grand Sacrificateur. Il ajoute : "Ezéchiel assiste au déchirement du voile dès avant sa crucifixion" (celle du Seigneur). Après avoir constaté que l'autel avait été remplacé par une simple table, symbolisant le plein accomplissement du sacrifice ultime, et ouvrant ainsi la voie à une pleine communion qui préfigure la Sainte Cène, le visiteur peut maintenant observer l'absence de voile. Celui-ci n'est pas encore déchiré. Il le sera dans un autre temple (Matthieu 27:51). Il a tout simplement disparu pour être remplacé par des portes qui n'empêchent nullement l'accès mais délimitent un espace qui se démarque tout en demeurant accessible. Ézéchiel constate, en sortant, que des palmiers et des anges sculptés ornent les murs et les portes du Temple. La présence de cet arbre est-il un rappel de l'une des fêtes de l'Eternel les plus importantes, celle de Succoth, dite "fête des Tabernacles" (Lévitique 23:39 à 42), qui jouera un rôle essentiel pour les nations durant le Millenium ? Fête pendant laquelle il était recommandé de prendre des "branches de palmiers" (Lévitique 23:40) parmi d'autres essences. C'est également lors de cette fête que Jésus se rendit à Jérusalem et fut acclamé par une foule brandissant des feuilles de palmiers (Jean 12:12, 13). Il est intéressant de souligner ici le contraste entre l'élément central de la fête de Succoth, "la cabane" et ce Temple, décrit avec force de détails, demeure sainte dont l'accès est rigoureusement codifié. Cette fête commémore le séjour du peuple dans le désert, et la cabane, la précarité de ce qui lui servait d'abri. Ainsi, le Tabernacle fut également une "demeure provisoire" au milieu du peuple hébreu. Celle-ci avait cependant été fabriquée selon des directives très strictes dans ses mesures, ses dimensions, ses matières. Avec également tout un protocole allant du profane au sacré, de l'intérieur de l'enceinte de toile jusqu'au Lieu très saint. Et sur ce Tabernacle, reposait la Shekhinah, la Gloire de Dieu, qui guidait le peuple. Dieu se veut présent au milieu de son peuple, tout en maintenant cependant certaines distances, nécessaires à la cohabitation. Le peuple avait ainsi l'assurance de Sa rassurante présence en son sein. Il pouvait donc dire, comme le fera Ezéchiel, en conclusion de son livre : "l'Éternel est ici"

*Tidiman : Ezéchiel tome 2

**Cette référence au "bois" pourrait être considérée comme une préfiguration de la Croix (1 Corinthiens 6:19, 20. 
 


Les Chérubins

Avant de poursuivre cette visite guidée, il me semble nécessaire de m'arrêter un instant sur ces "chérubins" dont parle le prophète. Ceux-ci n'ont absolument rien à voir avec l'image d'Epinal que l'on se fait généralement de cette classe d'anges. Bien au contraire. La représentation d'angelots aux petites ailes dans le dos et au visage poupin ne correspond en rien avec la description que nous en donnent les Ecritures. Gardiens de l'entrée du Jardin d'Eden et armés d'une épée (Genèse 3:24), ils avaient été représentés, brodés sur les tapis du Tabernacle (Exode 36:8) ainsi que sur le Voile qui séparait le lieu saint du lieu très saint (Exode 36:35). Une représentation en or avait été placée de chaque côté du Tabernacle, et leurs ailes couvraient le propitiatoire (Exode 25:18). Dans le Temple de Salomon (1 Rois 6:23), deux chérubins de cinq mètres de haut (1 Rois 6:26), en bois d'olivier sculpté et recouvert d'or (1 Rois 6:28), recouvraient l'arche de leurs ailes (1 Rois 8:6). Déployées, leurs ailes faisaient plus de dix mètres d'envergure (2 Chroniques 3:11). Et la Gloire de Dieu reposait entre les deux chérubins (2 Samuel 6:2) dont le modèle avait été révélé par l'Esprit de Dieu (1 Chroniques 28:12, 18, 19).   

Le Psalmiste décrit l'Eternel comme "assis sur les chérubins" (Psaume 80:2). Une image qui est associée à sa prédominance sur tous les peuples de la Terre (Psaume 99:1, 2) dont Il est également le Créateur (Esaïe 37:16). Dans une vision préalable de la manifestation de la Gloire de Dieu (Ezéchiel 10), ils sont présents lorsque Celle-ci remplit le Temple (Ezéchiel 10:3, 4) et "le bruit de leurs ailes est semblable à la voix du Dieu Tout-Puissant quand il parle" (10:5). Cette idée de toute-puissance ayant déjà été soulignée par le Psalmiste (Psaume 99:1). Ezéchiel les décrit comme ayant "une sorte de mains sous leurs ailes" (10:8) et dotés d'une vue circulaire qui leur donne une acuité hors du commun (10:12) comme celle d'un aigle (10:14d). Ils semblent dotés de quatre attributs étroitement liés à la Nature divine (10:14). Le premier avait "une face de chérubin" (10:14a) car ils sont conformes à leur propre nature. Le deuxième avait "une face d'homme" (10:14b) qui peut rappeler l'humanité du Seigneur Jésus et la soumission des anges à son autorité. Le troisième avait "une face de lion" (10:14c) pouvant rappeler la royauté du Seigneur, et donc sa pleine autorité sur toute la création. Les anges étant à son service pour veiller sur celle-ci. La quatrième face, celle de l'aigle dont je viens de parler précédemment (10:14d), qui leur assure une pleine connaissance de tout ce qui se produit partout et en tout lieu et dont ils peuvent rendre compte à Celui qui maintient tout "par le pouvoir qu'il a de s'assujettir toutes choses" (Philippiens 3:21). Enfin, ils accompagnent la Merkaba, le char de la Gloire divine (10:9, 10, 16, 19) et c'est sur eux que repose la Gloire de Dieu quand Il se déplace (11:22). Ce sont ces mêmes chérubins qui sont représentés, gravés sur la muraille du Temple (41:20), sur ses portes (41:25) comme à l'intérieur, sur ses boiseries (41:16 à 19) où l'on y retrouve les représentations de "faces d'homme" (10:14b) et "de lion" (10:14c / 41:19), personnages à doubles faces qu'Ezéchiel identifie comme celles des Chérubins qu'il avait décrit dans de précédentes visions (10:20 à 22). L'alternance de palmiers et d'anges ayant une face de lion et une autre d'homme (41:19) donne à ces illustrations un aspect symétrique qui s'intègre dans l'ensemble de la structure aux dimensions codifiées, que rappellent "les poteaux carrés du temple et la face du sanctuaire" (41:21). Ces gravures témoignent de la présence permanente de ces serviteurs auprès de Dieu dans ses déplacements comme dans les lieux où réside la Gloire de Dieu (Exode 25:18 / Psaume 80:2). 

Salles et jardins  

La visite d'un château d'époque procure à l'âme un profond sentiment de sérénité, en particulier lorsque, par les fenêtres de ses nombreux salons, on peut en admirer les jardins. Une promenade en leur sein permet de contempler l'édifice visité sous un autre angle. Celui d'une demeure que l'on va bientôt quitter, presqu'à regret, après n'avoir pu s'imprégner de l'atmosphère du lieu qu'un bref instant, aussi furtif qu'évocateur. 

A ce moment de sa visite, Ezéchiel ne sait encore rien de ce qu'il va découvrir à la fin de sa vision. Cependant, pour le lecteur de son récit, une pré-visite permet de mieux en apprécier la description détaillée. C'est pourquoi, un tel texte ne peut se révéler en une première lecture. Aussi ardue qu'elle puisse être, elle mérite cependant qu'on y revienne. Si un regard contemplatif pouvait se substituer au regard scrutateur du lecteur attentif, l'édifice, si harmonieux en ses formes et ses dimensions, paraîtrait autre car vu dans son ensemble. Toutes ses dimensions, dont l'énumération peut paraître si rébarbative, donnent à l'édifice sa grandeur et son harmonie. Et ce sont celles-ci qui élèvent l'âme lorsqu'on le contemple dans son écrin, avec ce torrent qui coule de son sein, ces arbres fruitiers, cette mer foisonnant de poissons. Cela, le prophète ne pouvait le voir lorsque, du haut de sa montagne, il croyait voir "une ville construite". La lecture "vierge" du texte rappellerait plutôt celle d'un livre comptable. Des chiffres, des nombres, des mesures, des restrictions, des exigences. La visite ne commence-t-elle pas au pied d'un mur ? Ezéchiel lui-même se voit, dès le départ, informé de la gravité de sa mission. Rien de commun avec la visite d'un château dont l'accès se fait par un espace boisé savamment entretenu. Il faut, de plus, montrer patte-blanche pour y pénétrer. Ce ne sont pas des laquais en livrée qui y feront le service mais les "fils de Tsadok" en tenue de lin. Service qui sera effectué par ceux-ci avec une rigueur et un professionnalisme non moindre que celui qu'auraient pu fournir les majordomes les plus recherchés. Mais comme certaines fonctions aristocratiques n'étaient autrefois accessibles que par la "naissance", il en sera de même pour le service de ce Temple puisque seuls les fils de Tsadok seront habilités à y opérer. 

Nombre de ces magnifiques édifices que sont ces trésors du patrimoine des hommes ont été édifiés sur l'idée d'un thème. La chasse, la guerre, la marine, la musique… Le propriétaire des lieux donnait généralement le ton. Ce thème initial définissait le mode de décoration des salles. En poursuivant cette féodale analogie, on constate, dans la visite de ce Temple, la représentation d'arbres et d'anges. De branches de palmiers et de quelques autres fioritures. Le choix du palmier est significatif. Il rappelle une prophétie antérieure où il était question des arbres du "Jardin de Dieu", tous plus grands et plus beaux les uns que les autres (Ezéchiel 31:8, 9). Plus tardivement dans sa visite, le prophète passera aux jardins où il pourra contempler une essence d'arbre à nulle autre pareille (47:7, 12), qu'il décrit après s'être enquis d'une Mer que l'on dit aujourd'hui "Morte", mais qui sera alors remplie de poissons de toutes sortes (47:8, 9). Ici encore, cette mer poissonneuse est à l'échelle du Temple, comme les bassins le sont aux jardins d'agréments de notre château de plaisance. La majesté du lieu sert autant à impressionner le visiteur qu'à satisfaire l'agrément du propriétaire des lieux. 

Parcours fléché

Pour le prophète, la visite guidée se poursuit. Il se déplace, allant d'un lieu à un autre, mais ne peut emprunter le même chemin qu'à l'aller. Un prophète reçut un jour cette même directive, mais dans un contexte tout autre (1 Rois 13:10, 17). Il lui fallait emprunter un chemin différent au retour qu'à l'aller, et cela, après s'être rendu... à Bethel (la Maison de Dieu). Cette même directive fut également donnée en songe aux mages d'Orient venus adorer Jésus enfant (Matthieu 2:12). Une telle directive, donnée dans des contextes forts éloignés l'un de l'autre, montre qu'un principe divin peut s'appliquer à des situations fort diverses pour des raisons fort différentes. Cela n'en demeure pas moins une directive divine qui se doit d'être appliquée sans détour. 

Il faut donc, au prophète, sortir par une autre porte que celle par laquelle il est entré. Il suit, en quelque sorte, une forme de parcours fléché. Preuve que celui des servants du Temple a également été prévu et fait partie intégrante des ordonnances de service. Tidiman y voit "un itinéraire harmonieux". Ces hommes sont appelés à se tenir dans la Présence de Dieu pour retourner ensuite vers le peuple, dans le parvis extérieur, après s'être préalablement changés entièrement (Ézéchiel 44:17, 18). Ils sont chargés d'introduire les offrandes du peuple dans le parvis intérieur pour s'en retourner ensuite vers le peuple et réitérer l'opération en passant, à chaque fois, par la case "vestiaire". Ézéchiel ne juge pas utile de décrire la nature de ces offrandes (42:13) correspondant probablement à celles décrites dans le livre du Lévitique (2:1 à 10), ce qui fournit, en même temps, la subsistance de ces mêmes sacrificateurs (Ezéchiel 44:29, 30). 

Ce passage du "saint" au "profane" (44:23a) ne peut se faire que de façon codifiée (42:13, 14). Il est intéressant de noter ici que la distinction entre les deux n'est pas innée mais doit être "enseignée" (44:23a). Les notions de "saint" et de "profane" étant mises ici en parallèle avec ce qui est "impur" et ce qui "pur" (Lévitique 10:10 / Ézéchiel 44:23a). Des notions qui sont généralement étrangères aux bénéficiaires de la Nouvelle Alliance mais qui revêtent une importance considérable pour une juste compréhension de ce qui touche aux demeures de Dieu dans l'Ancienne Alliance, que se soit le Tabernacle ou les différents Temples (Salomon, Néhémie, Ézéchiel). Ces directives concernant les allées et venues ont peut-être pour but d'éviter que ne se croisent les servants allant du parvis extérieur au parvis intérieur ainsi que l'inverse. "La sainteté sied à ma maison" est le leitmotiv que chacun d'entre eux se doit de garder à l'esprit. Sacré et profane doivent être tenus séparés. Les directives gouvernementales dues à la crise sanitaire nous ont familiarisés avec ces déplacements à sens unique, ainsi que la pratique de certains gestes codifiés. Les lévites qui passent du parvis extérieur au parvis intérieur doivent changer de vêtements pour se rendre à leur service, tout comme le faisait autrefois Aaron (Lévitique 16:23). Une fois ce service terminé, il leur faut se changer à nouveau afin que leurs vêtements consacrés ne sanctifient pas ceux qui sont dans le parvis extérieur (42:14). Pour illustrer cela, je me référerai aux règles imposées dans l'agro-alimentaire où le port de charlotte, de couvre-pieds, de survêtements de toile sont obligatoires pour pénétrer dans l'espace de traitement. Ceux-ci devant être ôtés à la sortie. Toute ces codifications lévitiques peuvent paraître rébarbatives, voire incompréhensibles lorsque l'on bénéficie du statut privilégié prodigué par l'appartenance à Jésus-Christ, mais il nous faut nous souvenir que si "nous avons, au moyen du sang de Jésus, une libre entrée dans le sanctuaire" (Hébreux 10:19), il n'en était pas de même pour les servants du Temple. 

Autorité et souveraineté

Dans un autre contexte, le prophète Zacharie assiste, en vision, à une scène où il voit l'ange de l'Eternel qui parle à Josué, le Souverain Sacrificateur, et lui dit : "Ainsi parle l'Eternel des armées, si tu marches dans mes voies et si tu observes mes ordres, tu jugeras ma maison et tu garderas mes parvis (intérieur et extérieur) et je te donnerai accès parmi ceux-ci" (Zacharie 3:6, 7). Nous sommes ici dans le contexte de la restauration du Temple après le Retour de l'exil, à l'époque de Néhémie. Il est donc dit clairement à celui qui occupe la fonction la plus élevée dans la hiérarchie sacrificielle : "Si... je te donnerai accès". L'accès aux parvis, intérieur et extérieur, est donc conditionnel. On retrouve plus loin ce même conditionnel au chapitre 43 (verset 11) du livre d'Ézéchiel. Ce qui implique un acte volontaire de la part de celui à qui cette directive est donnée. "Si tu marches dans mes voies (on retrouve ici le "parcours fléché") et si tu observes mes ordres, je te donnerai accès". Autrement dit : "si tu ne marches pas dans mes voies et si tu n'obéis pas à mes ordres, je t'en interdirai l'accès". C'est bien au Grand Sacrificateur que Dieu parle. La plus haute instance en Israël en matière religieuse. "Mes voies... Mes ordres…". Ceux de Dieu et non ceux des hommes, fussent-ils de "hautes autorités spirituelles", quelles qu'elles soient ! Mis en accusation devant le Sanhédrin, Paul, s'indignant de la maltraitance qu'on lui fait subir, répond à Ananias de façon virulente, ignorant qu'il s'adresse en réalité au Grand Sacrificateur. Paul s'excuse ensuite de sa méprise (Actes 23:1 à 5), craignant d'avoir offensé une haute autorité religieuse. Mais Dieu n'est pas tenu à une telle déférence. Aucune directive religieuse ne peut donner accès aux lieux saints (qui sont déterminés comme tels par Dieu lui-même). Aucune liturgie, aussi sophistiquée soit-elle, ne peut donner accès à la Sainte Présence de Dieu. Celle-ci n'a pour seul but que de "glorifier selon la chair" (2 Corinthiens 11:18). Aucune "noblesse religieuse" ne peut s'octroyer le droit de pénétrer dans la Sainte Présence de Dieu selon ses propres critères. Le roi Ozias se permit d'offrir un sacrifice à l'Eternel, et cela malgré l'opposition sévère que lui opposèrent quatre-vingt sacrificateurs. Il persista dans sa folie orgueilleuse et fut frappé de lèpre jusqu'à sa mort à cause de son péché (2 Chroniques 26:16 à 21). "Ne vous y trompez pas. On ne se moque pas de Dieu !" (Galates 6:7). De même que personne ne peut s'octroyer le droit de décider qui sera sauvé et qui ne le sera pas. Qui sera condamné et qui ne le sera pas. Personne ne peut rendre l'accès plus facile ou plus difficile. Aucune pénitence, aucun rite, aucune messe ne peut sauver qui que se soit. Le Salut est en un seul homme : Jésus-Christ, notre Grand Sacrificateur (Hébreux 4:14 / 9:11), et ses "commandements ne sont pas pénibles" (1 Jean 5:3).  

Le mur d'enceinte

Au terme de cette longue inspection, le prophète suit son guide à l'extérieur du mur d'enceinte pour en prendre les mesures (42:15). Au début de sa visite, Ezéchiel en a noté la hauteur et la profondeur. Il prend maintenant connaissance de sa longueur. Celle-ci est impressionnante. Chaque côté du mur d'enceinte est long de cinq cents cannes (42:15 à 20), ce qui nous fait un carré de mille cinq cents mètres de côté. On comprend qu'Ézéchiel ait cru voir "une ville construite" (40:2). Comparativement, la superficie du Musée du Louvre est de 210 000 mètres carré. La propriété de Vaux le Vicomte, de Nicolas Fouquet, surintendant des finances de Louis XIV, a une superficie de cinq cents hectares avec une enceinte de treize kilomètres de côté. Ainsi, même si ces dimensions peuvent paraître imposantes pour un temple, elles demeurent cependant à l'échelle d'autres édifices renommés.  

Le prophète, suivant son guide, est sorti par la porte orientale (42:15). Celle par laquelle la Gloire de Dieu entrera dans l'édifice pour y demeurer. Ce fait est hautement symbolique. L'étendue du lieu est à la mesure du Dieu qui en prendra possession. La forme carrée a également une importance considérable. Chaque côté de l'enceinte est tourné dans une direction cardinale et présente donc, aux nations des "quatre coins du Monde", une égale dimension. Le mur d'enceinte marque une séparation entre le sacré de la résidence divine d'avec les nations profanes, tout en gardant une équité dans la distanciation. 

Ézéchiel avait eu la vision de la gloire de Dieu qui quittait le Temple de Jérusalem par la porte orientale (11:22, 23). Le fait qu'il soit sorti de l'enceinte par ce même côté est significatif. Cela exprime également son désir de voir la Gloire de Dieu y revenir. Ce qui va se produire au chapitre suivant (43:1 à 4). Ce sujet sera abordé dans le prochain article de cette série.

 

JiDé

 

Notes

*Brian Tidiman : "Le livre d'Ezéchiel, tome 2". 

Ézéchiel et la vision du Temple : un lieu fonctionnel (deuxième partie)
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