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Élie et le doux murmure du silence

Élie et le doux murmure du silence

Le Néguev, c'est le lieu du silence par excellence. Il en émane comme une force tranquille. Un lieu aride et sec, où éclatent parfois des orages sans pluie. Quelques bouquetins aux sabots sûrs évoluent sur les parois escarpées des rochers. Un aigle jette, de son nid inaccessible, un œil auquel aucun mouvement n'échappe. On peut y croiser scorpions, serpents et autres lézards. On peut s'y perdre... mais également se retrouver face à soi-même. Face à son immensité, on prend conscience de sa réelle dimension. Dans le sablier du Temps, le sable du désert s'écoule plus lentement. Dans cet espace minéral où seuls la roche et le soleil fournissent quelques repères, on peut repenser ses échelles de valeurs. C'est dans ce lieu improbable qu'Elie le prophète s'est retiré. Que cherche-t-il ? Pourquoi est-il là ? Pour le comprendre, il nous faut revenir un peu en arrière. Quelques  temps auparavant. 

Sous la menace

Au Mont Carmel, Élie avait fait mourir les quatre cent cinquante prophètes de Baal qui étaient au service du roi Achab (1 Rois 18:22, 40). Lorsque Jézabel, l'épouse du roi, apprit ce qu'avait fait Élie, elle lui jura sa perteÉlie, malgré sa stature spirituelle, ne mésestima nullement les avertissements de celle dont il connaissait, par réputation, la cruauté et la pugnacité. Il prit donc le parti de quitter la ville de Jizreel pour sauver sa vie (1 Rois 19:1 à 3 / Psaume 37:32, 39, 40). "Élie, voyant cela, se leva et s'en alla pour sauver sa vie. Il arriva à Beer-Schéba qui appartient à Juda". À l'époque d'Élie subsistent toujours les royaumes d'Israël (au Nord) et celui de Juda (au Sud). Il va donc fuir le royaume d'Israël, pour se réfugier au royaume de Juda, mais il sait qu'une frontière n'arrêtera nullement la détermination de celle qui a juré sa perte. Même de l'autre côté de la frontière, sa vie est toujours en danger. Il descend donc jusqu'à Beer-Schéba, la ville la plus au sud du royaume de Juda. Il y a, cependant, moins de deux cents kilomètres entre Megiddo et celle que l'on nomme aujourd'hui "la capitale du désert". Il sait que déjà les espions de Jézabel sont à ses trousses. Ils le traquent comme un animal aux abois. Élie n'a d'autre recours que de s'enfoncer encore plus loin. Mais après Beer-Schéba, s'étend une immense région désertique. Voyant le danger se rapprocher, et ne voulant pas exposer inutilement la vie de son serviteur, il décide de l'y laisser. Il s'enfonce alors dans cette étendue désertique et sans limites. Seul. Après une journée de marche, il n'a parcouru à peine qu'une vingtaine de kilomètres. Les sbires de Jézabel ne pourront probablement pas le retrouver là, mais il n'a aucun but, si ce n'est celui de fuir. S'asseyant sous un genêt (cet arbre aux branches basses peut fournir un abri ombragé au voyageur), Élie décide de s'arrêter là. Il ne veut ni ne peut continuer indéfiniment à fuir sans but. Sans eau, sans nourriture, il ne peut survivre dans ce désert hostile. Il prie alors et demande la mort. Il est à noter que c'est seulement à cet instant qu'Élie se met à prier. Et non pour demander de l'aide, mais pour que Dieu mette fin à sa vie. Il sait que la mort lui sera plus supportable de la main de son Dieu que de celle qui a juré de l'occire d'une façon qu'il imagine des plus cruelle. Épuisé, Élie s'endort. C'est alors qu'un ange lui apparaît (1 Rois 19:3 à 5). 
 


À son réveil, Élie trouve un repas à son chevet, mais il y touche à peine. L'ange insiste alors pour qu'il se sustente car une longue route l'attend (1 Rois 19:7, 8). Le récit fait mention de "la force que lui donna cette nourriture ("akiylah",1 Rois 19:8). Le mot "akiylah" est un apax. Il n'apparaît qu'une seule fois dans les Écritures*, ce qui souligne son originalité. Après s'être nourri d'un repas surnaturel et angélique, Élie reprend la route. Il s'était endormi désespéré et sans but, il se lève déterminé et ayant un objectif à atteindre (Esaïe 49:4, 5). Il sait où il doit aller. Est-ce l'ange qui lui a fourni sa feuille de route ? Probablement. Ce repas "hyper-protéiné" va lui permettre de marcher "quarante jours et quarante nuits" (1 Rois 19:8 / Deutéronome 9:18), jusqu'à la montagne de Horeb, dans le désert du Sinaï (1 Rois 19:8). C'est à Horeb que Dieu s'était révélé à Moïse lorsque celui-ci n'était encore qu'un berger du peuple de Madian (Exode 3:1, 2). Il est intéressant de noter que, lors de sa fuite devant Jézabel, Élie fuyait sans autre but que d'échapper au sort qu'elle lui avait réservé, et qu'il devait imaginer fort cruel. Pourtant, sans le savoir, il se dirigeait déjà dans la bonne direction. Il fallait cependant qu'Élie arrive à la limite de ses forces humaines pour pouvoir bénéficier du secours divin. Celui-ci devait l'armer de hardiesse, non plus pour fuir, mais pour se diriger vers un lieu de rendez-vous. 

*Ce mot rappelle le nom de l'un des amis de Paul, un certain Aquilas, un Juif de Rome, mari de Priscille (Actes 18:2, 26). 

Que fais-tu ici, Élie ?

"Il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu'à la montagne de Dieu, à Horeb. Et là, il entra dans la caverne et il y passa la nuit" (1 Rois 19:8, 9). Élie parvint à Horeb et il passa la nuit dans une grotte, une caverne. Il nous est dit qu'il demeura dans la grotte jusqu'au matin du jour suivant. "Et il y passa la nuit (luwn)" (1 Rois 19:9). Ce mot "luwn" signifie également "Murmurer, se plaindre, grommeler". Élie a passé la nuit a ressasser ce qui le troublait. Ne dit-on pas d'un homme qui s'est enfermé dans sa mauvaise humeur qu'il est "dans sa grotte" ? Dans le livre de l'Exode, il est dit que "le peuple murmura (luwn) contre Moïse" (Exode 15:24).  Et Moïse répondit au peuple : "Et au matin, vous verrez la Gloire de Dieu parce qu'il a entendu vos murmures contre l'Eternel, car que sommes-nous (Moïse et Aaron) pour que vous murmuriez (luwn) contre nous ?" (Exode 16:7).

Le texte mentionne l'expression "ha'meârah" (LA grotte). Celle-ci devait présenter une caractéristique particulière pour être désignée ainsi. Peut-être était-ce ce "creux du rocher" (Exode 33:22) dans lequel Moïse s'était tenu lorsque Dieu passa devant lui. Ces mots nous fournissent une information. Élie savait où se trouvait la montagne où Moïse avait rencontré Dieu. Le texte nous parle également de "la grotte" où s'était tenu le grand libérateur du peuple d'Israël. Le texte sous-entend qu' Élie ne s'est pas juste réfugié dans une grotte qui se serait trouvée sur son chemin. Élie n'était jamais allé dans cet endroit. Seule une directive divine pouvait l'y avoir conduit. Ce qui suscite une interrogation. Pourquoi alors Dieu demande-t-il à Élie : "Que fais-tu ici, Élie ?" (1 Rois 19:9). À première vue, cette forme interrogative pourrait avoir été dite presque sur le ton du reproche. Mais il n'en est rien. Bien au contraire. Le texte original hébreu dit : "mah lekhâ pô, Éliyahou ? Quoi ? Pour toi ici, Élie ?". On peut donc voir, dans cette question, une profonde sollicitude à l'égard de cet homme désemparé. Une question que l'on pourrait ainsi paraphraser : "Que puis-je faire pour toi, Élie ?". Ce lieu est, pour le fuyard qu'il est devenu, celui de la sécurité et du repos. Les quarante journées de marche qu'il venait de faire n'étaient plus pour fuir, mais pour aller à la rencontre de son Dieu. Ce jour-là, le désert n'était plus ce lieu aride et inhospitalier dans lequel il s'était précédemment  enfoncé. Il était devenu le lieu de rendez-vous entre un homme et son Dieu.
 


Rencontre au sommet

Au matin, Dieu dit à Élie :  "Sors (yatsa) !" (19:11). "Yatsa" signifie également "Aller de l'avant, avancer vers quelque chose, sortir de quelque chose, délivrer". Élie a passé la nuit à ruminer ses pensées, mais Dieu l'invite, au petit matin, à sortir de son introspection malsaine. "Sors et tiens-toi dans la montagne". "Se tenir" se dit "Amad", ce qui peut également se traduire par "Se tenir dans une attitude d'attente, se tenir tranquille, arrêter, cesser". Dieu dit, en substance, à Élie : "Arrête de râler ! Tiens-toi tranquille !"

"Sors et tiens-toi dans la montagne devant (lipnè) l'Eternel" (19:11).  Littéralement "faces à faces". En hébreu, le mot "panim" (visage) est toujours au pluriel parce qu'il désigne toutes les expressions qu'un visage peut exprimer, et par cela, toute la gamme des émotions, des sentiments qu'un homme peut éprouver. Et l'on sait combien le dialogue non-verbal occupe une grande place dans la communication. Et c'est justement par cette expression que la Bible manifeste son intérêt pour celui-ci. Cette rencontre, ce "dialogue de qualité" va se produire "dans la montagne" qui est à la fois "un lieu élevé" et "un lieu de rencontre et de sécurité". Dieu dit, en substance, à Élie : "Ici, tu es en sécurité. Maintenant, on peut parler, toi et moi !". Dans un autre contexte, on dirait : "Parler d'homme à homme". Et c'est à ce moment-là que les éléments vont se déchaîner. Après que Dieu lui ait demandé de sortir de la grotte, un vent violent se mit à souffler et un gigantesque éboulement se produisit dans la montagne, suivi d'un tremblement de terre (19:11), puis d'un feu (19:12). Le texte nous dit que Dieu n'était pas dans ces choses, bien qu'il n'y soit pas non plus totalement étranger. Ces phénomènes illustraient, dans un premier temps, le tourment dans lequel l'âme d'Élie était emprisonnée. Mais au travers de ces phénomènes naturels, Dieu voulait également lui enseigner quelque chose. Et cela se produisit dans ce "faces à faces". Mais Élie se pose en victime. "Je suis plein de zèle pour l'Eternel, mais je suis resté le dernier de tes prophètes et on veut m'ôter la vie" répond-t-il (1 Rois 19:10, 14). Sous-entendu : "Si je disparais, tu n'auras plus aucun prophète dans ce pays".

Le lieu où se tient Élie est un site géologique particulièrement agité. Le texte nous dit que "devant l'Eternel, il y eut un vent (ruah) fort et violent qui déchirait les montagnes et brisait les rochers, l'Eternel n'était pas dans le vent" (19:11). Le mot "ruah", en hébreu, est au féminin. Généralement associé au Saint-Esprit, il possède, dans le texte original, un sens beaucoup plus large. La mention du mot "ruah" pourrait laisser supposer une action de l'Esprit de Dieu, mais ici, il n'en est rien, puisque le texte nous dit que Dieu n'était pas dans ce vent. Cependant, Dieu va se servir de cela pour lui enseigner quelque chose. L'expression "Un vent fort et violent" (ruah gedolah) pourrait donc se traduire par "une violente tempête". À l'image de celle qui ébranle Élie dans son fort intérieur. Cette puissance (au Féminin) dépasse de très loin les capacités de Jézabel, dont il fuyait les foudres. Ceci permet à Élie de reconsidérer les forces en présence. Dans ce combat, le pouvoir de celle qui a juré sa perte (probablement dans les tortures les plus raffinées) ne peut se mesurer à celui de son protecteur. Au milieu de ces éléments déchaînés, Élie est sous la protection de Dieu. "Et devant l'Eternel il y eut un fort vent violent qui déchirait (paraq) les montagnes et brisait les rochers" (19:11). Le mot "paraq" veut dire "briser, arracher, détacher"mais également "se dépouiller". Il est dit que "(Dieu) nous délivrera (paraq) de nos oppresseurs" (Psaume 136:24). Et en cela, Élie était sous sa protection. Les sbires de Jézabel ne pouvaient désormais plus rien contre lui. Mais si "paraq" signifie également "se dépouiller", alors il faut peut-être voir, dans ce "fort vent violent", un "dépouillement" nécessaire. Élie laissera dans la montagne quelque chose avec lequel il était venu, quelque chose qui l'encombrait dans sa marche et le ralentissait. Ce vent fort et violent n'en laissera plus aucune trace. 

"Et après ce vent, il y eut un tremblement de terre (ra'ash), l'Eternel n'était pas dans ce tremblement de terre" (1 Rois 19:11)."Ra'ash", ce peut être le bruit d'une mêlée lors d'une bataille, le bruit des roues de char, un grand tumulte. Lorsque Ézéchiel prophétisa sur la vallée des ossements desséchés, il est dit qu'il se fit "un mouvement (ra'ash)" (Ézéchiel 37:7). Zacharie associe même ce mot à un événement eschatologique (Zacharie 14:5). Loin de n'être qu'un simple "tremblement de terre", ce phénomène annonce à Élie des événements qui doivent se produire par la suite, dans des temps éloignés. Ce "Ra'ash" donne à Élie une nouvelle perspective de l'Histoire. Il ne s'agit plus là de sa fuite devant une reine dont le sort est déjà fixé d'avance (2 Rois 9:35 à 37), mais d'une perspective prophétique qu'il lui faut acquérir avant de poursuivre son ministère. 

"Et après le tremblement de terre, un feu. L'Eternel n'était pas dans le feu" (1 Rois 19:12). Élie est parfois appelé "le prophète du feu". Il est vrai qu'il fit descendre le feu du ciel sur l'autel qu'il avait bâtit pour confondre les prophètes de Baal au service du roi Achab (1 Rois 18:36 à 40). Plus tard, et à deux reprises, le feu descendra à nouveau du ciel à sa demande pour consumer sur place une troupe de cinquante hommes venus l'arrêter (2 Rois 1:10 à 12). Élie porte donc, à juste titre, cette réputation. Mais dans le cas présent, "L'Eternel n'était pas dans le feu".
 


Le doux murmure du silence

Après que ces phénomènes naturels aient eu lieu, Dieu réitéra sa question : "Que fais-tu ici, Élie ?". Ou, formulé autrement : "Pourquoi es-tu ici, Élie ?" (1 Rois 19:13, 14). On pourrait également paraphraser en disant : "Que cherches-tu ? Que cherches-tu vraiment ?". Mais Élie est toujours dans la même disposition d'esprit que précédemment (1 Rois 19:10, 14). Il ressasse  les mêmes pensées que celles qui l'ont accompagnées, durant la nuit, dans la caverne. "Et il y passa la nuit (luwn)" à  "murmurer, se plaindre, grommeler" (1 Rois 19:9). Après ce déchaînement des éléments, vint un "kôl demâmâ dâq'qâh". Segond l'a traduit par : "Un vent doux et léger", Darby, par : "Une voix douce et subtile", et la TOB par : "Une voix de fin silence". Pierre David Thobois (le fils de Jean-Marc) considère ce passage comme une "contradiction intentionnelle qui veut attirer l'attention du lecteur vers une réalité particulière", et parle des traductions comme "passages indispensables... qui cependant privent le lecteur d'une abondance de nuances, de variantes, de jeux de mots". Il reconnaît que très souvent "les traductions buttent sur des structures linguistiques intraduisibles en français, ou en tout cas, nécessitent un remodelage de la syntaxe qui éloigne du sens original du texte" (revue Nitzana Juillet 2013). Il utilise, pour sa part, cette jolie expression, qui est également l'intitulé de ce paragraphe : "Le doux murmure du silence". Ce silence si particulier au désert devient ainsi le cadre de ce dialogue, de cet échange. À deux reprises, Dieu pose une question à Élie. À deux reprises, Élie répond par une complainte. Comme s'il ressassait en boucle une réflexion dont il ne pouvait sortir. C'est peut-être là la raison de cette répétition. Dieu réitère sa question afin d'amener Élie à sortir de cette malsaine introspection. En effet, ce ne sont pas les éléments déchaînés qui vont sortir le prophète de son isolement intérieur, mais ce "doux murmure du silence", comme une voix qui lui parle avec douceur, susurrant à son âme : "Que puis-je faire pour toi, Élie ?". On peut imaginer que, dans ce "doux murmure du silence", des choses essentielles se sont dites. 

Va pour toi

Il y a, dans la question que Dieu pose à Élie, un mot qui peut avoir quelque chose à nous dire. "Mah lekhâ pô, Éliyahou ? Quoi ? Pour toi ici, Élie ?". Car les questions de Dieu sont toujours riches de sens. Ce "Lekhâ" rappelle cette parole que Dieu adressa autrefois à Abraham, son ancêtre : "Lekh lekha", que l'on peut traduire indifféremment par "Va vers toi" ou "Va pour toi" et que Rachi, le célèbre commentateur talmudique, interprète comme :"Va vers ce qu'il y a de mieux pour toi". Ainsi, ce que Dieu dit à Élie, à travers la question qu'il lui pose est : "La meilleure chose que je puisse faire pour toi, Élie, c'est de te renvoyer là d'où tu viens, chargé d'une nouvelle mission !". Si Dieu a amené Élie à cet endroit, c'est pour pouvoir lui parler. Lui parler de quelque chose qu'il soit en mesure d'entendre. Dans le silence du désert, Élie a pu faire taire ses voix intérieures qui couvraient celle de Dieu. Dans ce "doux murmure du silence", il entend enfin Sa voix.  

À l'issue de cet entretien, Dieu dit à Élie : "Va, reprends ton chemin en direction du désert de Damas" (1 Rois 19:15). Un revirement s'est opéré. Élie est renvoyé en mission. Que s'est-il donc produit, dans la vie d'Élie, pour qu'un tel changement survienne ? La réponse se trouve, peut-être, dans ces "éléments déchaînés" qui s'étaient manifestés un peu avant. Ceux-ci l'ont fait sortir de son introspection, et lui ont donné une nouvelle perspective. Le désert n'a désormais plus le même visage. Élie a expérimenté quelque chose que l'apôtre Paul appellera, plus tard, le "renouvellement de l'intelligence" (Romains 12:2). Cet ordre de mission ("Va, reprends ton chemin en direction du désert de Damas") correspond à ce "Lekh lekha", ce "Va vers ce qu'il y a de mieux pour toi". Et Élie va "reprendre son chemin", celui de sa fonction prophétique. Il va donc repartir "en direction du désert de Damas". Élie, dans sa fuite, s'était rendu à un rendez-vous divin. C'est en "chargé de mission" qu'il reprend la route en sens inverse. Il lui faut oindre Jéhu "comme roi d'Israël" (1 Rois 19:16 / 2 Rois 9:6 à 10). Jézabel, qui avait juré sa perte, mourra défenestrée par ses propres serviteurs, sur l'ordre de ce même Jéhu (2 Rois 9:30 à 37). La fin tragique de cette reine, assassinée par ceux qui lui étaient probablement durement asservis, montre que, malgré toute sa méchanceté, elle demeurait malgré tout fort vulnérable. Elle avait réussi à plonger le prophète Élie dans un profond désarroi, que certains associent même à de la dépression. Élie croyait être demeuré le seul fidèle à l'Eternel parmi les enfants d'Israël (le royaume du Nord), mais Dieu lui dit : "Je laisserai en Israël (dans ce même royaume) sept mille hommes, tous ceux qui n'ont pas fléchi le genoux devant Baal, et dont la bouche ne l'a pas embrassé" (1 Rois 19:18). Subjugué par l'ombre menaçante de Jézabel, Élie s'était cru seul au monde. Mais nombreux étaient ceux qui avaient refusé de se plier à son diktat idolâtre. Élisée était de ceux-là.

Il sera également ordonné à Élie de "oindre Hazaël pour roi de Syrie" et "Élisée pour prophète à ta place" (1 Rois 19:15, 16). Élie entrera ainsi dans une dimension du ministère prophétique qui est souvent occultée : celle de la transmission. Élisée devint, par ce fait, le serviteur d'Élie avant de devenir son successeur. Élisée demeura attaché aux pas de son maître jusqu'à ce que celui-ci soit emmené aux cieux par un tourbillon sous les yeux ébahis de son fidèle serviteur et successeur (2 Rois 2:11). "Et après le feu, un doux murmure du silence" (1 Rois 19:12). On peut aisément imaginer Élisée demeurer un moment dans le silence après avoir vu son maître s'en aller ainsi. Puis il prit le manteau d'Élie et le mit sur ses épaules. Une page venait de se tourner dans le grand livre de l'Histoire du Prophétique. Une nouvelle histoire allait s'écrire. Celle-ci serait rédigée dans la continuité de la précédente. 

La transmission qui s'est opérée entre les deux hommes est résumée en quelques mots : "Elie partit de là et il trouva Élisée... Élie s'approcha de lui et jeta sur lui son manteau" (1 Rois 19:19). Le retour d'Élie en terre d'Israël (le royaume du Nord) était maintenant chargée de sens. Élie était parti en fugitif, il revient, assuré du secours divin. Élie se croyait seul, il sera secondé. Il se croyait démuni, il revient victorieux. Il fuyait sans but. Il revient avec une mission à accomplir. Il avait demandé la mort, à l'ombre d'un genêt. Il partira, enlevé par un tourbillon (Basârâh). Un char de feu vint, les séparant l'un de l'autre (2 Rois 2:11). Et "Élie monta dans le tourbillon". Mais la transmission ayant été assurée, un nouveau prophète allait exercer son ministère en Israël, revêtu du manteau d'Élie. 

 

JiDé

Élie et le doux murmure du silence
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