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La nation Hittite et la sépulture de Sara

La nation Hittite et la sépulture de Sara

Jusqu'au dix-neuvième siècle, la civilisation Hittite était totalement tombée dans l'oubli. Aucun auteur antique, aucun manuscrit connu n'en faisait mention, ce qui fit dire aux détracteurs de la Bible que le peuple Hittite n'était qu'une pure invention de ses auteurs. La Parole de Dieu fut ainsi la risée de nombre de ses adversaires. Cependant, la découverte de vestiges de cette ancienne civilisation anatolienne vint confirmer, une fois de plus, la véracité des récits bibliques. C'est justement à un membre du peuple hittite qu'Abraham s'adressa lorsqu'il forma le projet d'acquérir un lieu de sépulture pour sa défunte épouse, Sara. 

Hittites ou Héthiens ?

L'empire hittite, grand rival de l'Égypte antique (dont les monuments le renseigne sous le nom de "Khiti"), domina l'Anatolie et le Nord de la Syrie de -2000 à -1200 avant notre ère. Sa désintégration progressive vit la naissance de petites principautés néo-hittites et araméennes sur tout le territoire de la Turquie actuelle et également en Syrie du Nord, avant d'être morcelé en petits états qui finirent par être intégrés au nouvel empire naissant, l'Assyrie, qui domina le Proche Orient jusqu'à la fin du septième siècle avant notre ère. L'empire hittite fera ainsi partie des "oubliés de l'Histoire". Nulle trace ne subsistera de cette civilisation jusqu'au début du dix-neuvième siècle. En 1834, Charles Texier effectua des fouilles dans le district anatolien de Bogâzköy, en Turquie. L'archéologue français découvrit alors les ruines de l'ancienne cité hittite de Hattousa. Un grand nombre de tablettes trouvées sur le site permirent ainsi aux chercheurs d'apprécier toute la richesse de cette civilisation disparue. Sa langue fut identifiée comme faisant partie de la famille indo-européenne, ce qui laissa fortement supposer les biblistes que ce peuple devait être issu de Japhet, fils de Noé (Genèse 10:2 à 5). Le texte biblique nous dit d'ailleurs que "C'est par eux (les descendants de Japhet) qu'ont été peuplées les îles des nations selon leurs terres, selon la langue de chacun, selon leurs familles, selon leurs nations" (Genèse 10:5). Ceux-ci "étendirent leurs possessions" jusqu'en Anatolie, et peut-être même jusqu'en terre de Canaan.

On retrouve le nom de Hat'ti'hitti mentionné en écriture hiéroglyphique sur le site de Tel Amarna, la cité du pharaon Akhenaton située entre Thèbes et Memphis. Le nom de ce peuple est d'ailleurs associé à celui de l'Égypte dans le deuxième livre des Rois (2 Rois 7:6). Au sommet de sa puissance, cet empire fut pour l'Égypte un rival de taille dont il convoitait à la fois le pays et les richesses. D'autre part, des textes assyriens, rédigés sur des tablettes d'argile en écriture cunéiforme, font mention de "Hitti" en Syrie et en terre de Canaan où ils portent le nom de "Héthiens" ("fils de Heth"). Certains commentateurs ne voient là qu'une simple homonymie entre les "Hittites" du pays de Canaan et ceux d'Asie Mineure. Cette mention (Genèse 23:3, 10, 16, 18, 20) ne laisse cependant aucune ambiguïté sur l'identité de cette peuplade, issue du deuxième fils de Canaan (Genèse 10:15), fils de Cham, lui-même fils de Noé (Genèse 10:1, 6). Mais contrairement aux autres peuples cananéens, les "Héthiens" s'installèrent dans les régions montagneuses du pays (Nombres 13:29). Il n'est cependant pas exclu que des populations hittites soient venues s'installer en Canaan, dans une époque plus reculée, se mêlant ainsi aux populations locales. Il est d'ailleurs fait mention de ce peuple depuis les premières générations après le Déluge jusqu'à l'époque des rois Hébreux. Ils résidaient donc bien en Canaan à l'époque d'Abraham. C'est à l'un des chefs de ce peuple cananéen que s'adressa le Patriarche, désireux d'acquérir un terrain pour y enterrer la dépouille de Sara. 

Le prix du champ

Sara, l'épouse d'Abraham, décéda dans la ville de Kirjath-Arba (Hébron, aujourd'hui Naplouse). Elle était âgée cent vingt-sept ans (Genèse 23:1). Sara est la seule femme de la Bible dont l'âge soit mentionné, ce qui démontre la singularité du personnage. Abraham et Sara habitaient en ce temps-là dans les montagnes de ce qui allait devenir le territoire de Juda. Le pays était alors propriété d'une peuplade cananéenne d'origine hittite (versets 2, 3). Désireux d'acquérir un terrain pour y enterrer sa défunte épouse, Abraham se rendit à la porte de la ville, où siégeaient les notables de la cité (verset 4). À l'inverse d'aujourd'hui où toute transaction immobilière se fait dans l'intimité feutrée d'une étude de notaire, à l'époque d'Abraham, toute démarche administrative était publique. Le Patriarche s'adressa respectueusement aux notables et leur exposa sa requête. Abraham semble avoir été fort bien considéré par les habitants du pays bien qu'il ne soit pas de leur peuple, car les Hittites lui proposèrent immédiatement d'enterrer la dépouille de son épouse dans un de leurs caveaux, lui laissant même la possibilité de le choisir à son gré (versets 5, 6). Mais Abraham tint à être propriétaire du lieu de sépulture, ayant déjà en vue le terrain idéal, un champ à proximité d'une zone rocheuse dotée d'une anfractuosité naturelle. Ce champ appartenait à un notable de la ville. Et lorsque Abraham se rendit à la porte de celle-ci, Ephron, comme à son habitude, siégeait parmi ceux-ci (verset 10). 

Abraham, ne connaissant que le nom du propriétaire du champ, s'adressa donc à tous les notables réunis, leur présentant respectueusement sa requête, comme il devait être d'usage pour tous les habitants du pays. Après qu'Abraham eut fait sa demande, le propriétaire du champ s'adressa à lui sur un ton qui se voulait amical et familier. Ephron, grand seigneur, proposa à Abraham de lui céder gratuitement le champ et la caverne (verset 11), mais Abraham tenait à une transaction en bonne et due forme (verset 12,13). Ephron feignit alors le désintéressement (versets 14, 15) tout en mentionnant le prix qu'il en attendait. "Abraham comprit Ephron" (verset 16) et paya le prix du champ "en présence des fils de Heth" (verset 16), tenant à ce que le paiement soit fait devant témoins. Le contrat de vente mentionnait : "Le champ d'Ephron à Macpéla, vis-à-vis de Mamré, le champ et la caverne qui y est, et tous les arbres qui sont dans le champ et dans ses limites alentour", soit bien plus que ce que désirait Abraham au départ. Le détail de cette propriété foncière peut ne susciter que peu d'intérêt. Pourtant, il nous fournit de précieuses informations sur les coutumes hittites. Et non seulement cela, mais il vient également confirmer la véracité du récit biblique. Jusqu'à ce que l'on redécouvre cette civilisation perdue, ce texte demeurait le seul témoin valide de ses us et coutumes. 

À la lecture du vingt-troisième chapitre du livre de la Genèse, on ne retient généralement que le fait qu'Abraham acheta à Ephron le Hittite un champ et une caverne pour y enterrer son épouse défunte (Genèse 23:1 à 20). Ce que l'on ignore généralement, c'est que la description détaillée du bien cédé correspond à un contrat type hittite rédigé à cet effet "en bonne et due forme". Plusieurs tablettes cunéiformes retrouvées à Hattousa, la capitale de l'empire hittite, mentionnent une loi stipulant que lors de la vente d'un terrain, le nombre d'arbres sur celui-ci devait être mentionné sur le contrat. Or, le texte  de la Genèse mentionne : "Le champ d'Ephron à Macpéla, vis-à-vis de Mamré, le champ et la caverne qui y est, et tous les arbres qui sont dans le champ, et dans toutes ses limites alentour devinrent ainsi la propriété d'Abraham aux yeux des fils de Heth et de tous ceux qui entraient par la porte de la ville" (Genèse 23:17, 18). Mais il y a là autre chose encore. Un édit royal hittite stipulait qu'un impôt foncier devait être prélevé annuellement sur chaque terrain appartenant à un particulier, mais que si une portion seulement de ce terrain était cédée à un tiers, l'acheteur n'avait pas à payer d'impôt sur cette portion. Par contre, le propriétaire cédant continuerait, lui, à payer l'intégralité de l'impôt foncier sur la totalité du terrain initial. Or, que s'est-il produit ? Abraham demanda qu'on lui cède : "La caverne de Macpéla qui lui appartient (à Ephron), à l'extrémité de son champ, de me la céder contre sa valeur en argent, afin qu'elle me serve de possession sépulcrale au milieu de vous" (Genèse 23:9). Abraham ne désire rien d'autre que la caverne et le terrain alentour pour en faire un lieu de sépulture. Ephron, grand seigneur, lui propose de la lui offrir gratuitement. Mais dans ce cas, la caverne demeurerait officiellement sa propriété. Il garderait ainsi le droit de jouissance de son bien, y compris de la caverne en question, et l'usage qu'il voudrait en faire. Mais Abraham veut s'assurer que le lieu où reposera Sara demeurera un lieu de sépulture. Il envisage d'ailleurs d'y reposer lui-même après sa mort. Ephron a-t-il cherché à "briller en public" lorsqu'il proclama à qui voulait l'entendre : "Ephron le Hittite répondit à Abraham, en présence des fils de Heth et de tous ceux qui entraient par la porte de sa ville : (...) je te donne le champ, je te donne la caverne qui y est. Je te les donne aux yeux des fils de mon peuple : enterre ton mort" (Genèse 23:10, 11). Il est à noter qu'Ephron omet de mentionner les arbres de la propriété. Avait-il l'intention de les faire enlever à son profit avant la clôture de la transaction ? Il aurait pu ainsi vendre la totalité du terrain, s'affranchir de l'impôt foncier, et récupérer le bois. Ce qui se serait avéré être une affaire bien menée.

Abraham s'adresse à un notable éminent, et qui plus est, celui-ci est le propriétaire du terrain qu'il aimerait acquérir. La partie est serrée. Abraham s'adresse donc une fois de plus à Ephron avec révérence, mais "en présence du peuple du pays" (verset 13). Abraham comprend qui il a en face de lui. Il s'assure que ses paroles soient bien entendues des habitants du pays afin qu'ils puissent être témoins de ce qui est dit entre les deux parties. Abraham, tout en évitant de froisser la susceptibilité de son interlocuteur, refuse de devenir propriétaire du champ sans le payer (verset 13). Ephron, feignant la générosité, simulant une quelconque intimité entre lui et son interlocuteur, donne un prix qu'il présente comme "un prix d'ami"Mon seigneur, écoute-moi ! Une terre de quatre cent sicles d'argent, qu'est-ce que cela entre moi et toi ?" (verset 15). Ephron ne tient pas à se départir d'une portion seulement de son terrain comme le demandait initialement Abraham (verset 9). S'il le faisait, il lui faudrait continuer à payer l'impôt foncier pour la totalité de la superficie du terrain, y compris la portion acquise par Abraham. Selon la loi hittite en vigueur, cet impôt relevant d'un édit royal (qui va donc grossir la caissette du roi), Ephron ne peut s'en départir, malgré son éminente position sociale. La transaction ne pourra donc se faire que par l'achat du champ dans sa totalité. C'est "À prendre ou à laisser". Il est dit que "Abraham comprit Ephron" (verset 16).

Abraham n'est pas seulement un homme de foi, c'est aussi un homme intelligent qui a su faire preuve d'humilité devant les autorités de la ville. Il a également pu assister à une manœuvre politique en bonne et due forme. A-t-il eu connaissance, par après, des lois foncières en vigueur chez les Hittites ? Le texte ne semble pas le révéler. On peut également imaginer, au vu du caractère quelque peu roublard d'Ephron, que le prix énoncé devait être sensiblement plus élevé que sa véritable valeur marchande. Cela aussi est entendu dans ces mots : "Abraham comprit Ephron". Mais qu'importe ! Abraham est riche et la caverne devient officiellement sa propriété avec le champ attenant. "Le champ d'Ephron à Macpéla, vis à vis de Mamré, le champ et la caverne qui y est, et tous les arbres qui sont dans le champ et dans toutes ses limites alentour devinrent ainsi la propriété d'Abraham, aux yeux des fils de Heth et de tous ceux qui entraient par la porte de la ville. Après cela, Abraham enterra Sara, sa femme, dans la caverne du champ de Macpéla, vis à vis de Mamré, qui est est Hébron, dans le pays de Canaan" (Genèse 23:17 à 19). Une fois de plus, le texte est rédigé comme un acte notarié. Comme pour signifier qu'Abraham a bien enterré Sara dans cette caverne-là, sur ce champ qu'il avait acquis dans ce but, à l'endroit qui avait été renseigné à cette fin. Une fois cette formalité administrative effectuée, personne ne pourrait lui contester la légitimité de sa propriété. Sara pouvait "reposer en paix". Abraham avait fait tout ce qu'il fallait pour cela. 

Mais cet "acte notarié" revêt un aspect bien plus important que le simple compte-rendu de l'achat d'un terrain sépulcral. En effet, cette caverne acquise à l'un des notables de la ville d'Hébron sera également la dernière demeure d'Abraham qui y sera enseveli par ses deux fils, Isaac et Ishmaël, réunis pour la circonstance (Genèse 25:9). Plus tard, il y sera ajouté la dépouille d'Isaac, fils d'Abraham et de Sara (Genèse 35:27 à 29). Puis, se sera le tour de Jacob dont le corps sera rapatrié d'Égypte dans un sarcophage par ses douze fils Genèse 49:29 à 33 / 50:13). Il ira rejoindre sa défunte épouse Léa qui y reposait déjà (Genèse 49:31). À chaque fois que ce lieu de sépulture est mentionné, le nom de l'ancien propriétaire du lieu l'est également. La vente en bonne et due forme assurait ainsi à la famille d'Abraham une propriété "à vie" que nul ne pouvait lui contester.

La sépulture de la princesse Sara 

Il y a cependant une phrase qui peut paraître anodine si l'on n'y prête pas attention. "Abraham expira et mourut après une heureuse vieillesse, âgé et rassasié de jours, et il fut recueilli auprès de son peuple" (Genèse 25:8). Cette formulation est généralement utilisée pour parler d'une personne qui décède et qui est enterrée auprès de ses proches qui l'ont précédé. Or, qui de son peuple pourrait être enterré dans cette "terre étrangère" ? Abraham avait quitté Ur, en Chaldée, dans sa jeunesse. Son père était enterré à Haran (dans l'actuelle Syrie). Quel est donc ce peuple auquel Abraham pouvait être ainsi réuni ? Faut-il y voir une préfiguration ? La terre de Canaan étant promise au Patriarche, le corps de Sara serait ainsi comme les prémices de ce peuple nombreux, issu de ses reins, qui était appelé à vivre et à mourir sur cette terre, point d'ancrage de sa descendance. Selon Scofield, cette expression ferait allusion à la vie après la mort et non à la sépulture. Ce verset serait donc une allusion implicite à l'espoir dans la résurrection (Hébreux 11:9 à 19). Résurrection à laquelle croyait fermement Abraham (verset 19). Une espérance que nous partageons avec lui, "notre père à tous" (Romains 4:16). Et si l'apôtre Paul nous dit que nous sommes de sa postérité par la foi, nous n'en sommes pas moins, nous occidentaux, comme l'étaient ces Hittites qui lui fournirent une sépulture, de "la postérité de Japhet" (Genèse 10:1 à 5). Ainsi, nous pouvons donc, tout comme "notre père Abraham", espérer qu'un jour nous serons nous aussi réunis à nos bien-aimés, mais cette fois, par la résurrection des morts (Marc 12:26, 27). Tout comme "notre père Abraham", nous sommes, nous aussi, étrangers et voyageurs sur la terre" (Hébreux 11:13), et tout comme lui nous attendons notre "dernière demeure", la Cité Céleste (Hébreux 11:16).  

Une telle explication n'est certes pas dénuée d'intérêt, mais la clé est ailleurs. C'est le récit de la mort de Jacob qui nous la donne. Parlant du patriarche, le texte nous dit : "Il expira et fut recueilli auprès de son peuple" (Genèse 49:33). Il ne sera cependant enseveli dans la caverne de Macpéla qu'après plus de soixante dix jours (Genèse 50:3). On peut donc dire que cette expression mystérieuse signifierait : "rejoindre ses ancêtres dans le monde d'en bas". Une question demeure cependant. Pour quelle raison Abraham s'est-il adressé aux Hittites pour acquérir un lieu de sépulture ? Ceux-ci lui offrirent spontanément de choisir l'une des leurs pour y ensevelir son mort. Qu'est-ce qui aurait pu motiver une telle générosité ? Nous savons qu'Abraham était originaire d'Ur, en Chaldée (en Babylonie, sur les bords de l'Euphrate, Genèse 11:27, 28). Son frère, Nachor, et lui prirent tout deux des épouses (Genèse 11:29). Le texte nous dit qui était Milca, l'épouse de Nachor, frère d'Abraham, mais rien sur Sara. Pourquoi ? Un verset du livre du prophète Ézéchiel pourrait être susceptible de nous apporter un élément de réponse. Parlant de Jérusalem, Ézéchiel dit : "Ton père était un Amoréen, et ta mère une Hittite (Héthienne, Ézéchiel 16:3, 45)". On ne peut associer cette peuplade cananéenne aux Patriarches, par contre, on constate ici une alliance matrimoniale entre une hittite et un membre d'un autre peuple. Se pourrait-il que Saraï fut d'origine hittite ? La future Sara, épouse d'Abraham, portait ainsi autrefois le joli nom de "princesse", selon la signification de son nom. Le mot "Sar" désigne un haut dignitaire, un haut gradé. Il se peut donc que Saraï était une princesse, issue de l'aristocratie Hittite. Le père d'Abram était, lui-même, un homme riche et influent dans la cité chaldéenne. Un tel mariage demeure plausible. La rencontre peut avoir eu lieu lors d'échanges commerciaux entre les deux peuples. Cette hypothèse permettrait de mieux comprendre le chaleureux accueil que firent les Hittites à Abraham lorsque celui-ci sollicita un lieu de sépulture pour Sara. Accueillir parmi eux une princesse de haut rang issue de leur peuple était pour eux un honneur. Abraham reconnaît ne pas être membre de leur peuple : "Je suis un étranger parmi vous" (Genèse 23:4). S'il sollicite une faveur, ce n'est pas pour lui-même, mais pour celle qui ne peut avoir meilleure sépulture que parmi ceux de son propre peuple. En s'adressant aux Hittites pour l'acquisition d'une sépulture, Abraham le nomade s'assurait ainsi de sa préservation dans un cadre protégé (Genèse 23:2 à 6). Cependant, le fait que la famille de Milca, épouse de Nachor, soit mentionnée, et pas celle de Sara, laisse subsister un doute. Cette union aurait-elle été désapprouvée ? Cela expliquerait le silence du rédacteur qui n'a pas jugé utile de mentionner son origine. Cependant, par recoupement, il se peut que l'on ait ainsi pu reconstituer une partie de son histoire. 

Abraham était un Chaldéen (Genèse 11:31) et Sara était donc probablement d'origine Hittite. Joseph a épousé une égyptienne, Asnath (probablement d'origine libyenne selon la signification de son nom, Genèse 41:45). Ruth était une Moabite (Ruth 2:21) et Rahab était une cananéenne (probablement d'origine égyptienne, d'après l'origine de son nom, Psaume 87:4*). Ainsi, bien des peuples sont venus enrichir l'ADN de la postérité du Patriarche. La véritable identité des personnages bibliques est parfois cachée au cœur des mots. Ce sont peut-être, là encore, des "trésors cachés dans le sable" dont on retrouve, ici et là, la trace. 

*"Je proclame l'Égypte (littéralement "rahab") et Babylone..." (Psaume 87:4). 

Les Hittites : un empire éclaté  

Ces Hittites, à qui s'adressa  Abraham, faisaient  partie de ces sept peuplades cananéennes (Genèse 15:18 à 21) qui pratiquaient toutes ces unions illicites décrites dans le dix-huitième chapitre du livre du Lévitique (lévitique 18:1 à 30). Plus tard, Dieu promit aux Hébreux de chasser devant eux ces peuplades, dont la première mentionnée est celle-là même à qui Abraham avait acheté la caverne de Macpéla (Deutéronome 7:1). Les Hittites faisaient partie des sept nations vouées à la destruction en raison de leurs pratiques obscènes et idolâtres, ainsi que des sacrifice d'enfants (Deutéronome 12:29 à 31). Ces derniers étaient jetés vivants dans la bouche béante et chauffée à blanc de la statue monumentale du dieu Moloch. Pratique reprise, bien plus tard, par le roi Achaz de Juda (2 Rois 16:3). 

Les dernières poches de résistance de l'empire Hittite d'Anatolie disparurent complètement au septième siècle avant notre ère, englobées par l'empire assyrien naissant. Les derniers vestiges de son passé disparurent ainsi à la vue des hommes jusqu'à ce que, en 1911, un archéologue et orientaliste allemand du nom de Max Freihen Von Oppenheim entreprit des fouilles archéologiques sur le site de Tell Halaf, en Turquie. Il mit à jour la ville hittite de Guzana, ainsi que de nombreuses pièces sculptées en bois et en basalte. Désireux de faire découvrir ces trésors archéologiques, le Baron Von Oppenheim les fit entreposer dans le bâtiment d'une ancienne fonderie de Berlin qui fit office de musée. L'exposition n'attira cependant que peu de visiteurs. Durant la Deuxième Guerre Mondiale, Berlin fut bombardée, et le bâtiment d'usine qui servait de dépôt à ces sculptures fut incendié par une bombe au phosphore. Le choc thermique provoqué par les lances à eau du service d'incendie fit éclater les sculptures de basalte en centaines de morceaux épars, tandis que les pièces en bois étaient parties en fumée dans l'incendie provoqué par l'explosion de la bombe. Après le bombardement, les équipes venues évaluer les dégâts durent constater que les pièces exposées ne formaient plus qu'un puzzle de roche, éparpillé sur le sol parmi les décombres. Les débris furent patiemment récupérées et entreposées au Musée de Pergame à Berlin où ils furent, par la suite, réassemblés.

Leçon d'Histoire  

Lorsque les hébreux s'apprêtèrent à entrer en Canaan, Dieu fit savoir à son peuple, par l'intermédiaire de Moïse, qu'il lui faudrait prendre garde aux pratiques idolâtres des nations autochtones. Il lui fallait "renverser leurs autels, briser leurs statues, abattre leurs idoles et brûler au feu leurs images taillées" (Deutéronome 7:5, 6). Par une extraordinaire coïncidence, c'est exactement ce qui se produisit dans ce dépôt de Berlin lorsqu'une bombe au phosphore tomba sur l'ancienne fonderie. Comme une ironie du sort, c'est en effet dans une ancienne fonderie que se déclara l'incendie, comme si ces objets avaient été entassés là en vue d'être "détruits par le feu". Quant aux effigies en bois, elles partirent toutes en fumée. Se pourrait-il que ce pilote de bombardier allié ait, sans le savoir, accompli ce commandement vieux de plus de trois mille ans ? Ces statues cananéennes en basalte et en pierre, destinées par décret divin à être détruites, furent néanmoins reconstituées. Où ? Au Pergamon Museum de Berlin, là-même où furent reconstitués la Porte d'Ishtar de Babylone et cet autre monumental édifice qu'est "L'Autel de Pergame", que l'apôtre Jean qualifia de "Trône de Satan... là où Satan a sa demeure" (Apocalypse 2:13). 

Toute trace de cet antique empire Hittite avait depuis longtemps disparu, mais il en demeurait un témoignage de son existence dans les récits bibliques. Récits dont la véracité fut longtemps contestée par ses détracteurs, en partie parce qu'ils mentionnaient le nom d'un peuple totalement inconnu alors. La découverte de ces anciens vestiges et de ces tablettes vint ainsi confirmer la rigoureuse authenticité de ces récits bibliques si décriés. Ce texte de la Genèse, relatant l'achat d'une sépulture pour Sara, recélait en son sein la preuve de son authenticité par la précision de ses détails. Ironie de l'Histoire, c'est en Allemagne que la Critique Biblique se fit la plus virulente contre le Livre Saint et la véracité de ses récits. Celui qui n'apprend pas des erreurs de l'Histoire est amené à les répéter.   

 

JiDé

 


Hittites de Canaan

Esaü épousa des femmes Hittites, ce qui fut un sujet d'amertume pour ses parents (Genèse 26:34, 35 / 27:46).

Comparer Genèse 15:18 à 21 et Josué 9:1, 2.

 

Baron Max Von Oppenheim

 

Une des statues détruites lors du bombardement de Berlin

 

Ruines de Hattusa, ancienne capitale de l'Empire Hittite

 

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