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Œil pour œil, dent pour dent

Œil pour œil, dent pour dent

"Œil pour œil, dent pour dent", ce proverbe est bien connu. On lui a même donné le nom de "Loi du Talion""Ce que tu m'as fait, je te le fais aussi". Pour certains, même, l'opportunité supplante la gravité de l'offense. "À la première occasion, je me vengerai !". Selon ce proverbe, un acte malveillant (ou même involontaire) justifie la vengeance de celui qui a été lésé. Il arrive même que la réplique soit disproportionnée par rapport à l'acte qui a provoqué le courroux de la partie adverse. C'est ainsi que ce curieux énoncé est généralement interprété. Mais d'où vient-il ? Quel est son origine ? Mais dans la Bible, bien sûr ! Et c'est là que tout se complique…!!

Une loi cruelle

En tant que chrétiens, nous ne sommes pas une génération spontanée. Nous sommes héritiers de traditions (que généralement nous peinons à reconnaître) et d'interprétations des Écritures (que nous mettons parfois sur un pied d'égalité avec celles-ci). Ainsi, pour nombre de lecteurs de la Bible, ce verset signifie que, "dans l'Ancien Testament" (selon l'expression usuelle), la victime d'un sévice pouvait faire subir un sort semblable à son agresseur. Mais seulement dans la mesure du tort subi et pas au delà. Selon cette interprétation, un borgne pourrait crever un œil à celui qui lui avait fait perdre le sien. Certains commentateurs ont été jusqu'à trouver, dans cette pratique barbare, une progression sociale par une pratique plus équitable de la justice. "Avant cela, le borgne lui aurait crevé les deux yeux. Il y avait quand même là un progrès !". C'est là, il me semble, une bien piètre considération de ce qui relève tout de même de la Loi divine. Un Dieu Créateur aimant sa créature aurait-il pu être l'auteur d'une loi aussi cruelle ? La sentence paraît tout de même moins dure pour une dent, mais tout de même…

Cette interprétation a la vie dure. Elle trouve son origine dans le fameux "Code d'Hammourabi", ce code juridique babylonien du dix-huitième siècle avant notre ère, gravé sur une stèle de pierre noire que l'on peut encore admirer aujourd'hui au Musée du Louvre, à Paris. Mais même au vu du caractère particulièrement belliqueux des Babyloniens, il est difficile d'y voir là l'expression d'une quelconque forme de justice digne de ce nom. C'est malgré tout sur la base de cette loi babylonienne que l'on a interprété cette portion de texte de la Loi mosaïque qui, contrairement à celle de cette antique civilisation, était une Loi divine, donnée par le Créateur. Cette interprétation du texte biblique a bien évidemment incité nombre de lecteurs de la Bible à considérer la loi du Pentateuque (la Thora) comme dure, cruelle, intempérante et brutale. Je dis bien "interprétation" car, en réalité, rien dans ce texte ne permet de conclure à l'application d'une justice revancharde. Mais alors, si cette interprétation est erronée, comment faut-il le comprendre ? C'est à cette question que je vais essayer de répondre ici. 

Principe de base

Avant d'aller plus loin, il me faut tout d'abord mentionner deux principes fondamentaux pour étudier sérieusement les Écritures. Le premier est que la Bible s'interprète par elle-même. Le deuxième est qu'un texte obscur doit être étudié à la lumière de textes plus clairs, dont le sens est évident et sans équivoque. Pour débuter, voyons d'abord qui a prononcé ces paroles. Qui en est l'auteur. Pour cela, il nous faut remonter un peu plus haut dans le texte. "Le Seigneur dit à Moïse… voici les règles que tu leur exposeras (aux membres du peuple d'Israël)…" (Exode 20:22 / 21:1). Ce qui suit (jusqu'au texte qui nous sert de base de réflexion et au delà) est le compte-rendu des paroles que Dieu adressa à Moïse à l'intention du peuple d'Israël. Si, comme le dit l'apôtre Paul : "Toute Écriture est inspirée de Dieu" (2 Timothée 3:16), alors ce texte l'est également. Ces paroles sont donc bien celles de Dieu. Quelle que soit la date de rédaction du livre de l'Exode, on ne peut raisonnablement concevoir que l'auteur ait pu attribuer à Dieu des bribes de lois inspirées d'un code juridique babylonien. Ce serait blasphématoire. La similarité entre les deux textes pourrait cependant être discutée, mais ce n'est pas ici le sujet. Avant de poursuivre, je voudrais encore souligner un point important. Il n'y a absolument rien, dans notre texte de base, qui affirme que l'on doive crever un œil à une autre personne ou lui casser une dent en réparation d'une perte équivalente. Le contexte montre d'ailleurs tout à fait l'inverse. En voici un exemple : 

"Et quand des hommes se querelleront, que l'un frappera l'autre d'une pierre ou du poing, et que celui-ci, sans mourir, tombe alité, s'il peut se lever et aller au dehors avec sa canne, celui qui aura frappé ne sera pas condamné, à condition de dédommager la victime pour son temps d'immobilisation et de payer les frais de guérison" (Exode 21:18, 19, Version Français Courant). Il est donc bien évident ici que la réparation d'un préjudice physique imposé à autrui doit être effectuée par un service équivalent ou un dédommagement en espèces, et ce tout le temps de l'immobilisation. Il n'est donc nullement question d'un quelconque acte de violence à l'encontre d'autrui. Le texte poursuit : 

"Et quand des hommes s'empoigneront et heurteront une femme enceinte, et que l'enfant naîtra sans que le malheur arrive, il faudra indemniser comme l'imposera le mari de la femme et payer par arbitrage" (Exode 21:22). Le texte fait mention ici d'une rixe entre deux hommes pendant laquelle une femme enceinte serait bousculée et accoucherait prématurément. Celui qui aura bousculé la femme enceinte et provoqué son accouchement devra dédommager le père de l'enfant selon un montant fixé. Ce qui sous-entend de porter l'affaire devant les juges (Deutéronome 19:17). C'est ce que dit la version Segond : "Qu'ils paieront devant les juges (paliyl)" (Exode 21:22). Le mot "Paliyl" signifie : "juge, estimation, imposition". La racine de ce mot (palal) est généralement traduite par : "intervenir, s'interposer, agir en médiateur, condamner". Et c'est là où nous en arrivons à notre texte de base.  

"Mais si malheur arrive, tu paieras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure" (Exode 21:24, 25). Il est important de noter la présence du mot "mais" qui place cette phrase dans la continuité de la précédente. Il s'agit donc bien ici de l'évocation d'une éventualité pouvant se produire à l'encontre de la femme enceinte et de son enfant. Il y est mentionné qu'un sévice involontaire sera dédommagé et que le montant de ce dédommagement sera fixé entre les deux parties par l'arbitrage d'un juge (Deutéronome 17:9). Ainsi, il n'est plus question ici de porter atteinte à l'intégrité physique d'une personne en réponse à une quelconque forme d'agression mais de porter l'affaire devant un juge qui statuera sur le montant compensatoire imposé. D'autre part, il est à noter que cette expression "oeil pour œil", lorsqu'elle est citée, est généralement amputée de ce qui, dans le texte, la précède : "Tu paieras (nathan)". Ce mot "nathan" signifie, entre autre : "donner, accorder, attribuer, employer, dévouer", mais aussi "payer des gages, prêter, payer en retour, fixer (un prix), assigner", etc... Il est à noter que rien, ici, ne laisse supposer un sévice corporel quelconque. Au contraire, le sens du texte va dans la continuité du précédent. Il s'agit "d'assigner" la personne ayant commis la faute à une forme de "restauration", qu'elle soit sous forme de service compensatoire ou de dédommagement pécunier. Se faisant l'écho des Saintes Écritures, Corneille (l'auteur du "Cid", pas le centurion) écrira : "Au grand jour du Seigneur, sera-ce un sûr refuge, D'avoir connu de tout, et la cause et l'effet. Et d'avoir tout compris suffira-t-il au Juge, qui ne regardera que ce que l'on aura fait*". Assurément, il viendra un temps où toutes choses et tout acte sera mis en lumière et toute faute recevra une juste rétribution. Ainsi, Dieu dit par l'intermédiaire du prophète Jérémie : "Moi l'Eternel, je sonde les cœurs pour donner à chacun ce qui lui auront valu sa conduite et les effets de ses agissements" (Jérémie 17:10). 

Après cela, le même texte nous présente une autre situation. Celle d'un maître qui aurait violenté son serviteur ou sa servante. Le ou la domestique qui aurait subi un sévice corporel de la part de son maître était en droit de quitter son service, et le maître avait l'obligation de lui rendre la liberté. Les quelques ouvrages qui relatent les conditions de vie de la domesticité au dix-neuvième siècle démontrent la précarité et l'insalubrité dans lesquelles vivait celle-ci. La loi divine, près de trois mille ans auparavant, légiférait sur les droits de la domesticité et les devoirs de leurs maîtres, protégeant les uns, obligeant les autres, ayant déjà conçu, bien avant l'heure, une sorte de chartre du travailleur avec possibilité d'indemnisation en cas d'incapacité de travail. 

Nous sommes donc ici très loin du sens usuel de ce proverbe. Il est fort déplorable que l'on continue à colporter cette mauvaise interprétation comme étant écrite dans la Bible, alors que ce texte dit tout l'inverse. La tradition rabbinique, quant à elle, a toujours soutenu la version littérale et a interprété ce texte comme un commandement visant l'indemnisation équitable de la victime en fonction de la gravité des séquelles. 

*Corneille : Extrait de ces "Poèmes religieux". 

Nul n'est censé ignorer la loi

Législative, judiciaire ou pénale, la loi est la même pour tous. Aucune nation digne de ce nom, même aussi peu civilisée soit-elle, n'en est dépourvue. Du simple larcin au meurtre avec préméditation en passant par une infraction à une quelconque règlementation, une procédure juridique adaptée devait être appliquée. Le délit requérait une application de la Loi en fonction de la gravité de celui-ci.  Le citoyen responsable adhère (plus ou moins) volontairement à cela. Pourquoi, alors, la loi divine est-elle si décriée, même au sein du peuple de Dieu ? Lorsque les Hébreux sont sortis d'Égypte, ils formaient alors un peuple, mais pas encore une nation souveraine. Les lois divines données à Moïse sur le Sinaï étaient censées être appliquées tant dans le désert que, plus tard, en terre de Canaan. Ce fut loin d'être le cas, et pour longtemps. Dans le cas qui nous occupe ici, cette loi dite "du Talion" (cette appellation n'est pas d'origine) est donc fondée sur une situation très particulière (qui se souvenait que cela concernait avant tout une femme enceinte ?). Le texte dit : "Et si c'est un accident, alors tu donneras un être à la place d'un être (nephesh t'tarat nefesh), un œil à la place d'un œil, une dent à la place d'une dent etc..." (Exode 21:23). La femme enceinte se trouvant à proximité de ces deux hommes (dont l'un est peut-être le mari), étant bousculée durant la rixe, chute, se cogne le visage contre quelque chose et se brise une dent, se blesse, se brûle… La chute brutale provoquant peut-être le "travail". Situation hautement improbable. Son évocation laisse fortement supposer que la chose s'était déjà produite auparavant et qu'il avait fallu légiférer. La décision "judiciaire" (l'affaire sera portée devant un juge) faisant jurisprudence pour de futures situations pouvant présenter des similarités. Il est cependant bien spécifié : "et si c'est un accident" (le résultat d'un acte involontaire). Pourrait-on raisonnablement envisager une loi divine imposant de casser une dent ou de crever un œil à celui qui, involontairement, aurait causé un tel préjudice à autrui ? 

On peut également s'interroger sur l'énoncé d'une loi fondée sur une circonstance très spécifique dans un cadre général comme celui du don de la Loi au Sinaï. On peut donc imaginer que lors de son tête-à-tête avec Dieu sur la montagne, le grand législateur ait eu en tête diverses situations et litiges qui lui avaient été préalablement soumis. La Loi divine ne couvrait pas toutes les situations possibles et imaginables, il se peut donc que Moïse en ait profité pour soumettre à l'Eternel celles pour lesquelles il ne lui avait pas été possible de prononcer un jugement adéquat. Si cette hypothèse est exacte, cela nous apprend quelque chose sur la façon dont s'est déroulée ce tête à tête où il fut donné au futur grand législateur la latitude de poser des questions, de soumettre des situations, de demander des éclaircissements, etc... La Thora avait donc pour but de légiférer comme de déterminer les procédures juridiques et pénales adaptées à chaque situation qui pourrait se présenter ultérieurement. Le cas cité ci plus haut est l'un d'entre eux. Bien qu'il soit doté d'une grande patience (Nombres 12:3), Moïse ne disposait pas alors de la Sagesse qui sera plus tard accordée au roi Salomon (1 Rois 4:29, 30). Cette sagesse, bien que don de Dieu, s'avérait pourtant être le produit de longues et studieuses méditations de cette Thora que Dieu avait autrefois donnée à Moïse. Cette Loi était l'expression parfaite de la Volonté de Dieu à l'égard de Son peuple. Et par ce fait, Dieu a donné à Moïse la possibilité de participer à l'élaboration de celle-ci. 
 


D'autres exemples

La tradition rabbinique stipule que le jugement compensatoire devait être équivalent au préjudice physique infligé. Si une personne se voyait amputée d'un bras et ne pouvait plus exercer sa fonction, le responsable de son amputation se devait de lui fournir un travail équivalent en guise de compensation. Le livre du Lévitique mentionne également cette formulation (Lévitique 24:19, 20). Ici, par contre, la sentence rendue équivaut au préjudice commis pour un acte volontaire. Il ne s'agit nullement d'infliger au coupable le préjudice physique que celui-ci a fait subir à sa victime, mais plutôt le châtiment prévu en fonction de la faute commise. Ce verset s'intègre entre les versets 17 (qui mentionne un homicide volontaire) et le verset 21 où il est question de meurtre. La sentence de mort du coupable présumé ne pourra cependant être prononcée qu'après déposition de deux ou trois témoins oculaires (il n'y avait pas alors de police scientifique).

Une reconstitution est possible (Deutéronome 21:2). Il faut toutefois envisager l'énoncé de la dureté de la peine comme étant "anticipative" dans le sens où la sévérité de la sanction avait avant tout pour but de décourager, afin de prémunir un éventuel coupable de subir le châtiment prescrit. Ainsi, dès l'aube de l'humanité, Dieu dira à Caïn (le premier meurtrier de l'Histoire) : "Si tu agis mal, le péché se couche à ta porte, et ses désirs se portent sur toi, mais toi, domine sur lui" (Genèse 4:7). Parce que l'homme est doté du libre-arbitre il devient, de ce fait, responsable de ses actes. Il lui est cependant fortement conseillé de veiller à réfréner colère et désir de vengeance ainsi que toute pulsion violente. Et ce, afin de lui éviter de subir une sanction punitive. 

Une autre situation requérant une application judiciaire est le faux témoignage (Deutéronome 19:15). L'affaire sera portée devant les juges et les sacrificateurs (verset 17) qui auront pour charge de déterminer la véracité des dires du témoin et la validité de son accusation (verset 18). Si le témoin a proféré de fausses accusations contre son prochain avec l'intention de lui nuire et de lui faire infliger une peine physique pour un délit, un crime qu'il n'aurait pas commis, il subira la peine équivalente qu'il envisageait de lui faire faire subir (verset 19), et cela, à titre d'exemple (verset 20). La sanction devra être appliquée avec sévérité (verset 21) et sans atténuation de peine (verset 21). Ici encore, il faut voir avant tout, dans la sévérité de la peine, son rôle préventif. L'aspect répressif de la loi n'étant pas une fin en soi mais un moyen nécessaire. Celle-ci a, en réalité, un double but. Premièrement, la crainte du châtiment pouvait décourager les éventuels faux témoins (Deutéronome 19:19, 20). La loi étant connue par le peuple (elle devait être lue dans son intégralité devant le peuple tous les sept ans), celui qui enfreindrait cette loi et apporterait un faux témoignage contre autrui avec l'intention de lui nuire encourrait une peine dont il connaissait d'avance la sévérité. D'autre part, cette loi protégeait l'éventuelle victime innocente contre de fausses allégations (Deutéronome 25:1). Cette loi, bien qu'elle soit initialement destinée au peuple hébreu, s'appliquait également à ceux qui envisageraient de s'en prendre à celui-ci. On en a un exemple dans le livre d'Esther. Mardochée ayant refusé de se prosterner devant Haman, ce dernier projeta de faire pendre le cousin d'Esther (Esther 3:1, 2). Il fit construire une potence à cet effet. Mais, finalement, ce fut l'instigateur de cette manigance qui y fut pendu (Esther 7:9, 10). Les lois divines s'appliquent parfois aux membres des nations quand l'intégrité physique du peuple de Dieu est menacée. Pour l'apôtre Paul, elle doit influencer notre façon d'énoncer des faits. Il dit à ce propos : "C'est pourquoi, ayant ce ministère selon la miséricorde qui nous a été faite (Paul est conscient d'être un pêcheur sauvé par grâce), nous ne perdons pas courage. Nous rejetons les choses honteuses qui se font en secret, nous n'avons pas une conduite astucieuse, et nous n'altérons point la Parole de Dieu. Mais en publiant la vérité, nous nous recommandons à toute conscience d'homme devant Dieu" (2 Corinthiens 4:1, 2).  

Le livre du Deutéronome (qui est un récapitulatif des lois énoncées dans les quatre livres précédents de la Thora) semble présenter une forme plus sévère encore : "Tu ne jetteras pas un regard de pitié : œil pour œil, dent pour dent, etc..." (Deutéronome 19:21). Cependant, le lecteur est ici censé connaître ces lois précédemment mentionnées. Le contrevenant est donc en mesure de considérer le risque qu'il encourt en les transgressant. C'est tout d'abord sa conscience qui l'avertit (si celle-ci n'est pas déjà cautérisée). C'est ensuite sa connaissance de l'appareil juridique et répressif qui peut l'en dissuader. Si malgré cela, il persévère dans son mauvais projet, il sait qu'il encourt une peine dont il devra assumer seul le dommage puisqu'il n'aura pas tenu compte de ce qui tentait de l'en dissuader. Ainsi, la sévérité de la peine ne peut être légitimement contestée. Au delà de son aspect répressif, la loi énoncée avait avant tout pour but de protéger la population en lui dictant des règles de conduite. Cette sévérité dont fait mention le texte est celle d'une justice qui tend autant à protéger l'innocent d'une peine judiciaire imméritée, qu'à punir toute tentative de malversation envers autrui dans le but de lui nuire. Cependant, la méchanceté étant inhérente au cœur de l'homme, il fallait à ce peuple une réglementation à la mesure de sa propension à l'iniquité (Jérémie 17:9). Même ce grand prophète que fut Elie dut reconnaître : "Je ne suis pas meilleur que mes pères" (1 Rois 19:4). Pourrions-nous prétendre le contraire de notre vieille nature charnelle ? 

Mais moi je vous dis

Si la loi mosaïque traite de ce sujet, le Nouveau Testament l'aborde également. Jésus en fait mention dans l'un de ses enseignements. Ce sujet ne pourrait, en effet, être complet si le commentaire du Seigneur sur ce passage n'était mentionné. Si je reprends l'exemple du faux témoignage mentionné plus haut (Deutéronome 19:15), on constate que Jésus applique ce principe à la résolution d'un simple litige (Matthieu 18:16 / Jean 8:17). Un détail, Jésus dit : "Il est écrit dans votre loi :..." (Jean 8:17). Cette formulation a pu laisser supposer que le Seigneur se désolidarisait de la loi mosaïque. Il n'en est rien. La Judée était alors sous domination romaine et donc sous la juridiction de l'envahisseur. Par cette formulation, Jésus spécifie seulement que c'est ce que prescrit la loi mosaïque. Une autre interprétation possible est que Jésus fait allusion à la tradition des religieux de son époque qui avait été érigée en loi, et dont il se désolidariserait. Ailleurs, Jésus s'adressant à ses disciples leur dit : "Vous avez appris qu'il a été dit : œil pour œil, dent pour dent, mais moi je vous dit de ne pas résister au méchant…" (Matthieu 5:38). Une fois de plus, la tradition fondée sur une mauvaise interprétation de l'Écriture a considérablement faussé le message que le Seigneur voulait transmettre à ses disciples. Beaucoup considèrent que, par ces mots, Jésus aurait rendu caduque cette parole de l'Écriture. En réalité, il n'en est rien. Il faut se souvenir, à cet effet, de cette autre parole de Jésus, précédemment adressée à ce même public : "Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les Prophètes. Je suis venu non pour abolir mais pour accomplir" (Matthieu 5:17). Ce sont bien les paroles mêmes de Jésus : "Ne le croyez pas…". Mais dans l'esprit de beaucoup, ce verset devient le contraire de ce qu'il dit, et ils entendent : "Ne croyez pas que je sois venu pour accomplir la loi mais pour l'abolir". Mais alors, que voulait dire le Seigneur ? Pour paraphraser, on pourrait dire : "Vous avez appris ce que dit l'Écriture et comment il faut l'appliquer conformément à l'enseignement de Moïse, et c'est une très bonne chose, mais il faut aller encore plus loin". Contrairement à la façon dont on interprète généralement ses paroles, Jésus ne remet pas en cause ce que dit l'Écriture ("je ne suis pas venu pour abolir") mais il la commente pour lui donner son véritable sens ("mais pour l'accomplir"). Jusque-là, seul l'aspect juridique, disciplinaire, transparaissait dans ce texte. Jésus en révèle la véritable nature. Celle d'une profonde justice. Celle qui invite la victime à pardonner à celui qui lui a porté préjudice. Et si la "loi" paraît, à beaucoup, une sorte de carcan dont il faut à tout prix se départir, la pratique du pardon s'avère parfois toute aussi rédhibitoire. 

La tradition a la vie dure et, face à elle, les paroles de Jésus peuvent parfois perdre de leur autorité. L'apôtre Paul, lorsqu'il s'adresse aux Romains, soutient le même point de vue : "Anéantissons-nous donc la loi par la foi ? Loin de là ! Au contraire, nous confirmons la loi" (Romains 3:31). Dans la pensée de l'apôtre des païens, il n'est nullement question de dépouiller la loi de son efficacité ou de son autorité. Pour Paul, elle demeure en vigueur. Pour les Juifs, néanmoins, pas pour les chrétiens issus du paganisme. Cependant, Dieu dit par l'intermédiaire du prophète Esaïe : "Ma nation, prête l'oreille ! Car la Loi sortira de moi et j'établirai ma loi pour être la lumière des peuples (des nations)" (Esaïe 51:4). Si la Thora émane de la Personne même de Dieu, le Seigneur l'a donnée à Israël pour qu'elle soit "la lumière des nations" (aujourd'hui, la majorité des croyants qui ne sont pas de la descendance du peuple d'Israël). Cette Thora demeure la base, le fondement sur lequel repose tout l'édifice de l'enseignement apostolique. Il ne s'agit nullement ici de "judaïser" ou de manifester une quelconque forme de "légalisme", mais seulement de remettre "l'église au milieu du village", de rendre à la Thora sa véritable fonction, dépouillée de tous les oripeaux dont on l'a affublée. 

De l'usage que l'on en fait

Ainsi, le fait que le proverbe "œil pour œil, dent pour dent" soit "Dans la Bible" suffisait pour jeter le discrédit sur la loi mosaïque, occultant de ce fait notre foi en une Parole de Dieu totalement inspirée par le Saint-Esprit. C'est tout au moins ce qu'enseignaient les apôtres de Christ, mais en est-on encore pleinement convaincu aujourd'hui ? Dieu dira, par la bouche de son prophète Ézéchiel : "Ce que je désire, est-ce que le méchant meure ? Dit le Seigneur, l'Eternel. N'est-ce pas qu'il change de conduite et qu'il vive ?" (Ézéchiel 18:23). Beaucoup portent un jugement critique sur cette "loi" dont ils ne connaissent finalement que peu de choses. L'apôtre Paul dit pourtant à son fils spirituel, Timothée, que : "Nous n'ignorons pas que la loi est bonne pourvu qu'on en fasse un usage légitime (1 Timothée 1:8). Il réitérera d'ailleurs cette affirmation dans son Épitre aux Romains (Romains 7:16). Les destinataires de sa lettre reconnaissant d'ailleurs avec l'apôtre que "la loi est spirituelle" (Romains 7:14). Adoptons-nous encore la même attitude à son égard ? Si pas, nous nous érigeons contre un enseignement apostolique. L'apôtre Paul ira jusqu'à dire qu'il "prend plaisir à la loi selon l'homme intérieur" (Romains 7:22). Ne demande-t-il pas aux Corinthiens d'être ses "imitateurs comme il l'est lui-même de Christ" (1 Corinthiens 11:1) ? Il s'agit pourtant là de l'Évangile dans son essence. L'apôtre reconnaît cependant que "la loi n'est pas faite pour le juste" mais pour ceux qui la transgressent (1 Timothée 1:9, 10). Cependant, cet "usage légitime" est "conformément à l'Évangile de la gloire du Dieu bienheureux" (1 Timothée 1:11)

 Mais pour cela, encore faut-il savoir de quoi parlent ces textes auxquels on se réfère, parfois sans en comprendre ni le sens ni le contenu. L'évangéliste Marc, rapportant les paroles de Jésus, écrit : "N'êtes-vous pas dans l'erreur parce que vous ne comprenez ni les Écritures, ni la puissance de Dieu ?" (Marc 12:24). Le psalmiste, quant à lui, nous dit que "La loi de l'Eternel est parfaite, elle restaure l'âme" (Psaume 19:8). Cette Thora, loin d'être une règlementation rigide, austère et inhumaine, est un véritable "mode d'emploi" pour exercer, sur cette Terre, une justice équitable. C'est pourquoi l'apôtre Jacques pouvait affirmer : "Celui qui aura plongé les regards dans la loi parfaite, la loi de la liberté, et qui aura persévéré… celui-là sera heureux dans son activité" (Jacques 1:25). Mais la voix des apôtres du Seigneur arrive-t-elle encore à percer au travers du brouhaha de nos interprétations erronées ? Car celle mentionnée ci plus haut n'en est qu'un exemple parmi d'autres. Oui, je crois fermement à ces paroles de l'apôtres Paul : "Nous n'ignorons pas que la loi est bonne pourvu qu'on en fasse un usage légitime". 

Ainsi, si les rédacteurs du Nouveau Testament cautionnaient la validité des lois mentionnées dans "l'Ancien", il le faisaient en conformité avec leur sens initial et la compréhension que pouvaient en avoir les apôtres de Christ, non avec l'interprétation que nous en avons faite. Vingt siècles nous séparent de l'époque apostolique. Vingt siècles qui se sont nourris de traditions diverses et autres interprétations infondées. Pourtant, la Parole de Dieu demeure immuable et éternelle. Si elle demeure inchangée, notre compréhension des Écritures a, quant à elle, beaucoup souffert du passage du temps. "Toute Écriture (même les textes qui nous dérangent) est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, convaincre, instruire et corriger" (2 Timothée 3:16). Dans la pensée de l'apôtre Paul, ces textes ont leur utilité, au même titre que n'importe quel autre texte de l'Écriture. Se revendiquer de l'enseignement apostolique, c'est aussi oser se frotter à des textes difficiles, rébarbatifs, voire choquants pour certains. Il nous faut pourtant les aborder le plus objectivement possible tout en ayant bien conscience qu'une part de subjectivité réussira toujours à se glisser au sein de notre réflexion. Il nous faut peut-être aussi nous interroger sur notre réactivité à l'égard de certains textes susceptibles de provoquer, en nous, une profonde indignation. Car ce qui nous dérange profondément, ce n'est pas tant ce que la Bible dit que la façon dont on la comprend. Certains passages de l'Écriture ont cependant la désagréable capacité de nous confronter à nos convictions les plus profondes. Et dans ce cas, qui fait autorité ? Mes convictions personnelles ou la Parole de Dieu ? Peut-on croire à l'inspiration des Écritures tout en rejetant une partie de son contenu ? Peut-on brandir fièrement la Bible d'une main et en cacher un passage de l'autre ? Alors, quelle conclusion tirer d'un tel constat ? Que faut-il en penser ? À chacun d'en tirer la sienne propre. Notre compréhension de ce "œil pour œil, dent pour dent" est donc bien loin de son sens initial. Mais on ne peut raisonnablement "plaquer" une interprétation sur un texte de l'Écriture et prétendre ensuite que "c'est ce que dit la Bible". C'est malheureusement chose usuelle dans nos milieux. Cette parole que Jésus adresse aux Pharisiens pourrait bien s'avérer d'actualité lorsqu'il dit : "Annulant ainsi la Parole de Dieu par votre tradition que vous avez établie, et vous faites beaucoup d'autres choses semblables" (Marc 7:13). Une mauvaise interprétation ne peut qu'en dénaturer le sens. À l'inverse, une étude attentive et objective lui rendra tout sa valeur. Au risque, peut-être de déranger une tradition bien établie. Mais notre désir ne devrait-il pas être avant tout de connaître la vérité (Jean 8:32)

Conclusion

Finalement, que faut-il conclure de tout cela ? Qu'est-ce que ces textes auraient encore à nous dire aujourd'hui ? Que se soit en obéissant volontairement à une loi morale inscrite dans le cœur ou par crainte de la répression, il nous incombe cependant, "en notre âme et conscience", de veiller sur cet "autre" que la Bible appelle "mon prochain" (Matthieu 19:19). D'autre part, la loi thoraïque préconise d'établir "des juges et des magistrats dans toutes les villes que l'Eternel ton Dieu te donne, et ils jugeront le peuple avec justice" (Deutéronome 16:18). Cette fonction fut exercée, exceptionnellement semble-t-il, par une femme (Juges 4:4). L'exercice de la magistrature devait être exercée avec probité "selon la vérité et en vue de la paix" (Zacharie 8:16). 

Faudrait-il aussi considérer cela comme du légalisme alors que les nations ont jugé bon de faire de même, et cela sans se référer le moins du monde à la loi mosaïque ? Paul reconnaît que "ce n'est pas pour une bonne action mais pour une mauvaise que les magistrats sont à redouter. Veux tu ne pas craindre l'autorité ? Fais le bien et tu auras son approbation" (Romains 13:3 à 5). Car, comme il le dit plus loin : "Les magistrats sont des ministres de Dieu entièrement appliqués à cette fonction" (Romains 13:6). C'est pourquoi il demandera à Tite de recommander à son auditoire "d'être soumis aux magistrats et aux autorités et d'y obéir" (Tite 3:1). Paul nous dit encore que "c'est Lui (le Seigneur) qui nous a rendu capables d'être les serviteurs d'une Nouvelle Alliance (Jérémie 31:31) qui ne dépend pas de la loi (la Thora) avec ses commandements écrits, mais de l'Esprit (de Christ). Car la loi, avec ses commandements écrits, inflige la mort (spirituelle). L'Esprit, lui, communique la vie (éternelle)" (2 Corinthiens 3:6, version Semeur). "En effet, la loi de l'esprit de vie en Jésus-Christ m'a affranchi de la loi du péché et de la mort" (Romains 8:2). Ainsi, une juste compréhension de la loi divine et de celle des hommes nous prémunira de transgresser l'une et l'autre. 
 

JiDé

Œil pour œil, dent pour dent
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