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La place de la femme dans l'Église

La place de la femme dans l'Église

La place de la femme dans l'Église. Cette phrase revêt parfois une connotation péjorative. C'est donc de façon délibérée que je l'ai utilisée pour intituler ce nouvel article. Il faut le reconnaître, au travers des siècles, la gent masculine s'est approprié le leadership dans bien des domaines, et notamment dans le domaine ecclésial. Le mot "église" n'est-il pas pourtant au Féminin ? N'en est-il pas de même pour la Bible, pour la Nouvelle Jérusalem ? On ne peut donc le nier, dans le domaine de la foi, le Féminin s'impose avec force. Le Revivalisme des dix-huit et dix-neuvième siècle a démontré combien la gent féminine avait un rôle décisif à jouer dans les projets de Dieu. Durant de nombreux siècles, la femme fut reléguée aux tâches domestiques, privée du droit à l'instruction. Volontairement écartée du pouvoir religieux, allant parfois jusqu'à s'enfermer (où être internée) dans ces "prisons pour femmes", n'ayant pour tout espace personnel que les quatre murs d'une "cellule", où leur nature profonde était volontairement occultée.

Dans cet article, j'évoquerai la vie de quelques femmes qui ont joué un rôle crucial dans l'histoire de l'Église de Christ, ainsi qu'au sein de ses mouvements de Réveil. Ceux-ci étant le produit d'une puissante action du Saint-Esprit, d'un profond mouvement de repentance et d'une redécouverte des principes fondamentaux de la foi. Des principes qui furent fondés à l'époque apostolique, époque durant laquelle les femmes, au cœur de l'Église naissante, avaient toute leur place, et où elles surent manifester tous les dons et les talents que Dieu leur avait accordés. 

Une Église, un christianisme

Si le christianisme se conjugue au Masculin, son fondateur, le Seigneur Jésus-Christ, fût conçu avec un seul ADN humain : celui de sa mère ! Des mères, il en est beaucoup question dans la Bible. Certaines ont été (très étonnamment dans une culture fondamentalement patriarcale) mentionnées dans les généalogies de Jésus. Elles réapparaissent dans la galerie des personnages de foi (Hébreux 11). Courageuses, déterminées, elles ponctuent le récit biblique de leurs actions, de leur dévouement et de la manifestation de leur engagement et de leur foi. Elles sont présentes de la Croix au tombeau. Elles sont rencontrées par des anges (la mère de Samson, Marie, celles qui se rendirent au tombeau...). Elles deviennent émissaires du Seigneur et de sa résurrection. Quelques unes d'entre elles "avaient accompagné Jésus depuis la Galilée pour le servir" (Matthieu 27:55). Elles furent également les premières à voir le Seigneur Jésus ressuscité. Dans l'Ancienne Alliance, elles furent Matriarches (Sara, Rebecca, Léa, Rachel), reines et reines-mères influentes, magistrate (Déborah) et justicière (Yaël). Déborah est d'ailleurs l'auteure d'un chant inspiré qui a sa place au même titre que les autres textes de l'Écriture Sainte. Femmes d'influence et de bons conseils, elles occupèrent des postes-clefs dans l'Histoire du peuple de Dieu. L'Eternel, par la bouche du prophète Michée, mentionne d'ailleurs le nom de Myriam, avec ceux de ses frères Moïse et Aaron, comme leader du peuple hébreu, lorsque celui-ci sortit d'Égypte (Michée 6:4). Les Écritures affirment que la femme est l'égale de l'homme dans le plan divin, mais l'homme ne voyait pas les choses de cette façon. L'enseignement apostolique allait rétablir une inégalité longtemps entretenue. 

Et un jour, une femme...

Le Nouveau Testament, loin de s'opposer à la parité, tente au contraire de la restaurer telle qu'elle avait été voulue initialement par le Créateur (Genèse 1:27). Avec son mari Aquilas, Priscille enseigna "la voie de Dieu" à Apollos, ce qui démontre chez elle une connaissance approfondie des Écritures, mais également la capacité de les enseigner (Actes 18:24 à 26). Paul rendra ainsi hommage à sa collaboratrice (Romains 16:3), ainsi qu'à Phoebé (verset 1), Marie (verset 6) et Perside (verset 12). De Phoebé, il est dit qu'elle faisait partie de l'équipe de Paul et qu'elle occupait la fonction de "diakonon" (diaconesse) dans son assemblée, à Cenchrées. Le mot "diakonos" est tantôt traduit par "ministre" (Colossiens 1:7 / 4:7), tantôt par "diacre" (1 Timothée 3:8) quand il s'agit des hommes, et par "servante" pour désigner cette sœur en Christ. Le grec ne fait cependant pas de distinction entre hommes et femmes dans la pratique de la fonction. Phoebé fut d'une grande aide (prostatis) pour beaucoup, et notamment pour Paul qui reconnaît lui en être redevable (Romains 16:2). Le mot grec "prostatis" signifie, entre autres, "être responsable des autres en ayant une certaine autorité sur ceux dont elle prend soin). Phoebé occupait donc un poste à responsabilité au sein de son assemblée, ainsi que dans l'équipe apostolique. L'historien romain Flavius Josèphe utilise ce terme de "prostatis" pour parler de l'empereur, voulant le présenter comme "quelqu'un de fort qui aide une personne plus faible". On ne peut oublier que Jésus, agonisant, prit soin de confier sa mère à l'apôtre Jean, mais il confia également à celle-ci  "le disciple que Jésus aimait" (Jean 19:25 à 27). Durant son ministère, plusieurs de celles qui suivirent Jésus l'assistaient de leurs biens (Luc 8:1 à 3). Ce sont également des femmes qui allèrent annoncer, aux disciples, la résurrection de Jésus (Luc 24:22, 24 / Jean 20:17, 18). Si le Maître lui-même leur à confié une mission d'une telle importance, comment ses serviteurs pourraient-ils rechigner à leur en confier de moindres ? 

Un autre regard

Le contexte profondément misogyne dans lequel Jésus a évolué était un héritage des cultures Grecque et Romaine. En effet, Grecs et Romains ne furent pas seulement des envahisseurs pour les populations de Galilée et de Judée. Ils furent également des "influenceurs". Leurs valeurs avaient profondément imprégné les mentalités des peuples sous leurs domination. Pour le philosophe romain Plutarque, la femme doit "rester chez elle et être silencieuse" alors que pour Plaute, "les femmes mariées doivent garder leurs bavardages pour leur foyer". L'auteur de théâtre  ajoute ailleurs : "une femme gagne plus à être regardée qu'à être entendue". Le poète grec Aristophane disait que "les femmes silencieuses obéissent". Et, selon Aristote, "le silence revêt la femme de grâce". Ces quelques citations d'auteurs donnent le ton. La culture gréco-romaine n'a que peu d'estime (c'est un euphémisme) pour la gent féminine. Fortement influencés par des siècles de cultures étrangères, les Hébreux adoptèrent cette façon de penser. On peut ainsi trouver, dans le Talmud (le commentaire rabbinique des écrits de Moïse), ce genre de réflexions en parlant de la femme : "Ton silence est plus doux que des discours", ou "une femme silencieuse est un don de Dieu". Les diverses interprétations de la Loi mosaïque, et les traditions qui en sont inspirées, avaient créé une inégalité entre hommes et femmes. l'Écriture avait pourtant mis d'emblée sur un pied d'égalité ces deux êtres créés à l'image de Dieu (Genèse 1:27). Ainsi, lorsque Jésus dit qu'il "n'est pas venu pour abolir mais pour accomplir" la Thora, il parlait également de restaurer la parité entre les hommes et les femmes. Son attitude envers elles le prouve à maintes reprises.  En voici quelques exemples...

La femme adultère. Le récit biblique nous rapporte la situation d'une femme prise en flagrant délit d'adultère (Jean 8:4). Ses accusateurs, voulant prendre Jésus en défaut, mentionnèrent la peine encourue : la lapidation (Jean 8:5). Effectivement, le texte de Moïse dit : "Si un homme commet l'adultère avec une femme mariée, s'il commet un adultère avec la femme de son prochain, l'homme et la femme adultères seront punis de mort" (Lévitique 20:10). Mais si cette femme a été prise en "flagrant délit", ils devaient donc être deux ! Où était l'homme ? Pourquoi seule la femme aurait eu à subir le châtiment normalement réservé aux deux personnes impliquées ? La réponse de Jésus a confondu ses accusateurs, mais lui ne l'a pas condamnée. Il l'a conduite dans un changement de vie. Elle a entendu les mots que Jésus a dit à ses bourreaux (Jean 8:7). Se retrouvant seule avec lui, elle l'appelle "Seigneur". Elle a reconnu qui Il était, et sa foi l'a sauvée (Jean 8:11).  

La femme courbée. Alors que Jésus enseignait dans une synagogue, une femme courbée par un mauvais esprit était dans l'assistance. Jésus lui imposa les mains et la délivra de son infirmité. Il l'appela même "fille d'Abraham" (Luc 13:16). Les Hébreux se considéraient comme les "fils d'Abraham", mais à leurs yeux, cette filiation ne s'étendait pas aux femmes. Jésus dit là une chose qui allait complètement à l'encontre de la mentalité  de l'époque. En cela, il redonnait aux femmes la place qui leur revenait de droit. Allant à l'encontre de la tradition religieuse, il redonnait à l'Écriture son vrai sens, et à cette femme, sa dignité. Jésus affirmait, par cela, que la femme était cohéritière, avec l'homme, des bénédictions et des promesses faites au Patriarche. 

La femme atteinte d'une perte de sang. Alors que Jésus est pressé par la foule, une femme atteinte d'une perte de sang depuis douze ans s'approche de lui pour pouvoir toucher le bord de ses vêtements, croyant ainsi obtenir la guérison (Luc 8:43 à 48 / Marc 5:25 à 34). Ayant senti une puissance de guérison sortir de lui, Jésus chercha à identifier la personne qui l'avait touché (Luc 6:19 / Marc 5:30). Toute tremblante, la femme vint se jeter à ses pieds et reconnut son geste. Jésus la rassura et celle-ci s'en alla, désormais "guérie de son mal". Beaucoup de malades cherchaient à toucher les tsitsith (Nombres 15:38, 39) de son vêtement car tous ceux qui le faisaient étaient guéris (Matthieu 14:36 / Marc 6:56). Alors pourquoi cette femme était-elle si craintive ? de quoi pouvait-elle se sentir coupable ? Selon la loi, une femme ayant une perte de sang (menstruelle ou suite à une maladie) était considérée comme "impure" (Lévitique 15:19, 25). Elle ne pouvait, en aucun cas, entrer en contact avec qui que ce soit sous peine de rendre cette personne impure à son tour (lévitique 15:27). De plus, les personnes atteintes de ce genre de maladie étaient tenues à l'écart (Lévitique 15:31). Or, elle se trouvait au milieu de la foule, à proximité de Jésus, au milieu de gens qui se pressaient pour le toucher (Marc 5:31 / Luc 8:45). Découverte, elle craignit que Jésus ne le lui reproche vertement. Mais il n'en fut rien. La puissance de guérison a agi dans son corps malade, la parole bénissante de Jésus a guéri son âme. La vie de cette femme fut totalement restaurée. La puissance de Jésus l'a délivrée de son infirmité. Ses paroles ont restauré son âme meurtrie. Son esprit a été vivifié par sa foi, et elle qui était une proscrite, s'est vue réhabilitée au sein de sa communauté. Et lorsque Jésus l'appelle "Ma fille", il l'intègre automatiquement parmi ses disciples. Le sang de Jésus devait bientôt couler, lui aussi, afin que tous ceux qui croiraient en lui puissent bénéficier de la guérison intérieure et du Salut.

Mais Jésus n'a pas seulement guéri et sauvé, il a également enseigné des femmes, ce qui, dans le contexte de son époque, était totalement impensable. Ce fut pourtant le cas de quelques unes...

La Samaritaine. Jésus ne s'est pas contenté de s'adresser à une Samaritaine, ce qui déjà était contraire aux usages. Il n'était d'ailleurs pas non plus d'usage qu'un homme s'adresse à une femme (Jean 4:27). Suite à cette conversation "théologique" (Jean 4:20 à 26), celle-ci se transforme en évangéliste, après avoir reconnu l'identité messianique de Jésus (la forme interrogative, en Jean 4:29, est un "hébraïsme" qui tient lieu d'affirmation)

Marthe et Marie. Les sœurs de Lazare bénéficièrent également de l'enseignement de Jésus. Il est dit de Marie qu'elle était "assise aux pieds de Jésus" (Luc 10:39). Une expression qui désigne une personne recevant l'instruction d'un maître, tout comme ce fut le cas de Paul (alors Saul de Tarse) aux pieds du grand maître qu'était Gamaliel (Actes 22:3 / 5:34).

À Marthe, sa sœur, Jésus va donner un enseignement fondamental pour la foi tout en lui manifestant le plus grand respect (Jean 11:25, 26). Jésus a introduit, au cœur de son ministère, la possibilité, pour les femmes, de recevoir un enseignement religieux, chose impensable à son époque. Quelques mots en disent long sur l'attitude de Jésus à son égard. "Jésus aimait Marthe" (Jean 11:5). Il avait, pour elle, de la considération en tant que femme, et de l'affection en tant que personne. 

Paul fait également mention, dans ses salutations, de la mère de Rufus (que l'apôtre dit être également la sienne, verset 13). Il termine en mentionnant également "Julie, Nérée et sa sœur, et Olympe" (Romains16:15). Des femmes pour qui l'apôtre avait une grande considération. Une certaine Junias est également mentionnée avec son mari Andronicus qui étaient de la famille de Paul (verset 7). Selon le Dr. Gordon Fee, ainsi que pour plusieurs érudits, l'expression grecque "eisin episemoi en tois apostolois" (verset 7) désignerait Junias comme occupant elle-même la fonction d'apôtre. En cela, le Seigneur tout comme ses apôtres nous ont enseigné que dans l'Église, il n'y avait plus "ni homme, ni femme" (Galates 3:28), mais des personnes fiables à qui l'on pouvait déléguer les plus hautes responsabilités en toute confiance. Cette fiabilité se manifesta tout au long de l'histoire de l'Église de Christ. Lorsque le Saint-Esprit se mit à souffler à nouveau avec puissance au sein des assemblées de disciples de Jésus-Christ, elles furent nombreuses à se lever pour répondre à l'appel qui leur était adressé. Pour certaines, il leur fut plus ou moins aimablement intimé l'ordre de regagner les rangs d'où elles n'auraient jamais dû sortir. Certaines obtempérèrent. D'autres firent front et répondirent à l'appel du Seigneur, répliquant qu'il leur fallait "obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes" (Actes 5:29). Voici quelques unes de ces femmes...

Suzanna Wesley (1669-1742)

Au dix-huitième Siècle débuta le mouvement revivaliste. Si John Wesley est l'une des figures les plus célèbres de ces prédicateurs de la foi, il le doit à la consécration sans faille de sa mère, Suzanna Wesley, qui sut lui inculquer, à lui et à ses dix-huit frères et sœurs, la foi dynamique et la rigueur de l'âme. Qualités qui firent de John Wesley l'un des prédicateurs revivalistes les plus fervents. Selon les historiens de l'Église, lors du réveil, les femmes étaient également autorisées à prêcher. Cela cessa lorsque vint l'après Réveil et que les églises fondées commencèrent à se structurer de façon pérenne. Au dix-huitième Siècle, apparut le Mouvement Morave, principalement connu pour son engagement dans une intercession 24/7. Cependant, les femmes Moraves ont eu un rôle à jouer au sein de la communauté, et de nombreuses peintures les ont représentées en train de prêcher. Le grand évangéliste américain Dwight Moody, fondateur du Moody Bible Institute, a favorisé les femmes pour qu'elles puissent prêcher, et leur a ouvert les portes des cours pastoraux. Lorsque Dieu opère une œuvre d'envergure, les femmes sont souvent au devant de la scène. Un avis partagé par tous ceux qui ont pu constater avec quelle consécration celles-ci s'engageaient dans l'action et la prière. Le missiologue presbytérien Ralph Winter parle d'ailleurs de cette époque comme d'une "explosion d'énergie féminine".


 Phoebé Palmer (1807-1874)

Évangéliste Méthodiste et écrivaine, Phoebé Palmer a joué un rôle important aux États-Unis dans la diffusion de la doctrine de la sanctification (appelée alors "perfection chrétienne"). Phoebé et son mari se sont penchés sur les écrits du fondateur du Méthodisme, John Wesley, en particulier sur ce qui traitait de ce sujet, et en ont fait le thème principal de leurs prédications. Catherine Booth, cofondatrice de l'Armée du Salut (qui était, à l'origine, une œuvre très charismatique), reconnait avoir été fortement influencée par les écrits de Phoebé. William Booth, son mari, a promu des femmes à la prédication de l'Évangile, ainsi qu'à d'autres postes à responsabilité. Dans l'un de ses livres (The Promise of the Father), Phoebé Palmer soutient le droit des femmes à exercer dans le ministère. L'église Méthodiste de John Wesley a, pour la première fois, ordonné  une femme pasteur en 1863. 


Antoinette Brown Blackwell (1825-1921)

Alors que, en France, se produisaient les événements de l'après 1789, un grand Réveil avait lieu aux États-Unis, de 1790 à 1870. Charles Finney invitait alors les femmes à prier et à prendre la parole en public. Finney fut, plus tard, enseignant à l'Université d'Oberlin, dans l'État de l'Ohio. Cette Université avait été fondée par un chrétien fervent, grand admirateur de Finney. Elle fut la première université mixte des États-Unis, ouvrant ses portes aux jeunes filles désirant se former pour le service du Seigneur. En 1853, Antoinette Brown Blackwell, étudiante à Oberlin, fut la première femme, aux États-Unis, à être ordonnée pasteur. C'était une oratrice éloquente et une militante engagée pour l'abolition de l'esclavage et les droits des femmes. D'une intelligence peu commune, elle devient membre de sa congrégation à l'âge de neuf ans. Elle obtient une maîtrise en 1878 et un doctorat en 1908. À l'âge de 95 ans, Antoinette Brown Blackwell exercera, pour la première fois, le droit de vote pour lequel elle avait tant lutté. 


Woodworth Etter (1844 - 1924)

Après le réveil d'Azusa Street, à Los Angeles, en 1906, plusieurs femmes prédicatrices ont acquis une certaine renommée par la puissance de leurs prédications et par les miracles qui se produisaient lors de leurs réunions d'évangélisation. L'une d'elles fut Woodworth Etter. Elle organisa quelques unes des plus grandes campagnes d'évangélisation que connurent les États-Unis à cette époque, et ce, jusqu'à sa mort en 1924. De nombreuses guérisons miraculeuses eurent lieu pendant ces campagnes. 

Femmes d'influence

Bien des hommes soutinrent ces femmes de Dieu dans leur ministère. Au début du vingtième Siècle, aux États-Unis, quarante sociétés missionnaires étaient dirigées par des femmes. En Chine, où la propagation de l'Évangile est exponentielle, quarante mille des cinquante mille églises de maison sont aujourd'hui dirigées par des femmes. Dans l'ombre ou dans la lumière, elles sont nombreuses à servir le Seigneur là où le Maître de la moisson les a placées. Au cours des trois siècles qui ont précédés le nôtre, beaucoup d'entre elles devinrent missionnaires dans des régions reculées, soucieuses d'apporter l'Évangile à des populations autochtones qui n'en avaient jamais entendu parler. Ces peuples vivant parfois dans des régions difficiles d'accès où peu d'hommes avaient alors osé s'aventurer. Sophie Muller fut l'une d'entre elles...

Sophie Muller (1910 - 1995)

Sophie Muller était une jeune journaliste du New York Times lorsqu'elle devint chrétienne à la suite d'une rencontre avec un groupe d'évangélisation, dans les rues de New York. La jeune femme eut à cœur d'aller évangéliser là où personne ne s'était encore rendu auparavant. Elle choisit la jungle colombienne. Prévenu de la venue d'une femme ayant un esprit supérieur, un sorcier lui prépara un repas empoisonné. Elle aurait dû mourir en quelques instants, le poison étant des plus violents, mais la jeune évangéliste fut seulement malade pendant la nuit. Elle sortit pour vomir, et les chiens qui vinrent lécher ses vomissures moururent sur le champ. Le sorcier, reconnaissant la puissance supérieure de l'Esprit qui accompagnait cette femme blanche, se convertit. Beaucoup plus tard, le petit-fils de celui-ci devint pasteur. Durant les cinquante années qu'elle passa en Colombie, elle implanta des églises parmi les nombreuses tribus qui vivaient dans la jungle. Mais comme on lui avait appris que la femme ne pouvait pas enseigner dans l'Église, elle formait et enseignait l'Évangile à l'extérieur de la case qui servait de lieu de  réunion. Un jour, un voyageur rencontra une vieille femme blanche qui vivait dans une case, parmi les Indiens. C'était Sophie Muller. Elle est partie auprès de son Maître bien-aimé quelques mois après être revenue aux États-Unis. Elle avait 85 ans. 

Et il y en eut bien d'autres...

Des murs qui nous séparent

Notre monde occidental est aujourd'hui familiarisé avec la parité, mais il est de nombreuses régions dans le monde où celle-ci n'est pas d'usage. La femme y est dévalorisée, humiliée, rabaissée, il leur est même parfois interdit de fréquenter l'école. L'attitude de Jésus, à leur égard, se démarquait de la façon de faire de son époque. Il accordait de la place aux femmes, il les considérait avec bienveillance et avec respect, ce qui, dans le contexte de son époque imprégnée de cultures grecque et romaine, était une véritable révolution. Nous sommes, nous Européens, les héritiers de ces deux cultures. Le fait que Jésus ne fasse aucune discrimination entre hommes et femmes, et qu'il donne à ces dernières la possibilité de suivre son enseignement, était également une petite révolution. Cela le rendait fortement impopulaire aux regards des pouvoirs religieux. Cette mentalité discriminatoire était tellement imprégnée dans les esprits que cela influença même l'architecture hérodienne. En effet, le Temple que fit construire le roi Hérode comprenait une cour spéciale pour les femmes, non qu'il ait voulu leur faire une faveur, mais il tenait à respecter les coutumes de séparation entre les deux sexes. Ni le Temple de Salomon, ni celui qui fut reconstruit après le retour de l'Exode Perse ne comprenait de lieu réservé aux femmes. Mais les siècles qui les en séparaient avaient dressés des murs entre les deux pôles de l'humanité. Certains justifièrent cette disparité en évoquant le fait que Ève ait mangé du fruit de l'arbre, dans le jardin d'Eden, et qu'elle ait été séduite la première. Pour rétablir la vérité, Paul dira que c'est par Adam que le péché est entré dans le monde (Romains 5:12). À cause de quoi, "tous meurent en Adam" (1 Corinthiens 15:22). Pour ce grand enseignant qu'était l'apôtre Paul, celui qui porte la responsabilité de ce désastre planétaire, c'est bien le mari et non la femme, car c'est à lui qu'avait été confié le bon ordre des choses dans le Jardin. Cette argumentation qui fait porter la responsabilité à la femme est donc caduque, n'en déplaise à ceux qui l'utilisent encore aujourd'hui. Tout comme pour la "femme adultère", certains aimeraient ne faire "porter le chapeau" qu'à la femme (quand ils ne lui reprochent pas aussi de "porter la culotte"). Le Satan, lui, connaissait cette notion de parité homme / femme. Lorsqu'il s'adresse à Ève, il lui dit : "Vous serez comme Dieu" (Genèse 3:5). Sa stratégie tenait compte de l'équité que Dieu avait initialement instaurée dans le couple. Il sut, ensuite, répandre la zizanie entre les hommes et les femmes. La réponse déplacée et irrévérencieuse qu'Adam fit pour se disculper y est peut-être pour quelque chose (Genèse 3:12). 

Le vêtement et le voile

Nous ne sommes pas une génération spontanée. L'Église est née il y a plus de deux mille ans, et nombre de traditions, habitudes et autres interprétations des Écritures, parvenues jusqu'à nous, influencent encore et toujours le déroulé de nos cultes. La diversité de celles-ci fait que les textes bibliques ne sont pas toujours compris de la même manière. Toutes se réfèrent à ce qu'elles pensent être une juste compréhension des textes, conforme à l'enseignement apostolique. Mais qu'en est-il exactement ? 

Une exégèse sérieuse ne peut négliger de tenir compte du contexte dans lequel un texte (biblique ou non) a été rédigé. Tout enseignant sérieux reconnait ce principe. Le contenu de l'épître aux Corinthiens, par exemple, répond à des questions qui avait été posées à l'apôtre. Dans sa lettre, Paul aborde, entre autres, le sujet des coiffes et des coiffures que les hommes et les femmes doivent porter ou non. Longtemps, les dames venaient à l'église coiffées d'un chapeau. Les hommes, par contre, étaient priés de retirer leur "couvre-chef" en pénétrant dans un bâtiment religieux. Le port du voile (et donc d'une coiffe féminine) a longtemps fait débat (1 Corinthiens 11:2 à 16). Après avoir fait couler beaucoup d'encre et de salive, celui-ci n'a plus vraiment lieu de nos jours. Deux écoles s'affrontaient sur ce sujet. Celle qui était pour une interprétation "circonstancielle" et l'autre pour une interprétation "absolue". Pour les uns, il fallait tenir compte du contexte spécifique à Corinthe, pour les autres, le texte devait être pris au pied de la lettre et le port du voile était une directive à laquelle toutes les assemblées devaient se soumettre et appliquer cette pratique telle qu'elle est mentionnée dans les Écritures.

Dans son épître aux Corinthiens, l'apôtre répond à une question qui lui a été posée à propos d'un sujet qui créait débat, celui de la coiffe féminine (versets 5 à 15). Il ne s'agit pas ici d'un enseignement général sur le fonctionnement des églises. Les commentateurs qui ont étudié le texte grec en profondeur, démontrent que la pensée de Paul est riche et complexe, et la construction de ses phrases révèle certains éléments dont il est indispensable de tenir compte pour une juste compréhension de celles-ci. La coiffure des femmes grecques, comme les modes d'aujourd'hui, pouvait varier souvent. Mais surtout, elle révélait le rang social de la femme qui la portait. L'église de Corinthe avait en son sein une multiplicité de personnes issues de milieux très divers. Des aristocrates y côtoyaient d'anciennes prostituées, et leurs vêtures révélaient leurs extractions sociales respectives. Paul demande que les femmes chrétiennes de Corinthe soient coiffées de manière qui soit conforme à la bienséance. Les prostituées étant généralement tête nue dans la pratique de leur métier, il leur est donc demandé de se couvrir pour ne laisser aucune ambiguïté sur leur présence au sein de l'assemblée, mais également afin de manifester leur renoncement à leur activité antérieure. Une authentique conversion nécessitant, bien évidemment, de renoncer au commerce de leur corps. Quant aux aristocrates, il leur était demandé de ne pas afficher leur statut social de façon ostentatoire, par égard pour les personnes d'origine plus modeste.

Par ses recommandations, Paul ne cherche pas à imposer un mode vestimentaire. Il désire seulement gommer les particularismes. Chaque femme pouvant ainsi se voir comme étant membre d'une même communauté, se reconnaissant mutuellement comme faisant partie d'un même peuple, celui du Dieu unique qui ne fait aucune acception de personne. Ainsi, il est écrit : "Maintenant, que la crainte (respectueuse) de l'Eternel soit sur vous. Veillez sur vos actes, car il n'y a, chez l'Eternel, notre Dieu, ni iniquité, ni égard pour l'apparence des personnes, ni acceptation de présents" (2 Chroniques 19:7). Le sceptre du Seigneur, symbole de Sa royauté et de Son autorité, est un "sceptre d'équité" (Psaume 45:7 / Hébreux 1:8). Équité entre hommes et femmes, entre riches et pauvres, entre Juifs et non-Juifs, entre tous ceux qui professent une foi commune dans la Personne de Celui qui les a aimés du même amour. De cet Amour qui est l'expression même de ce qu'Il est, de Son Etre, de Sa nature profonde. 

Que les femmes se taisent  

"Que les femmes se taisent dans les assemblées car il ne leur est pas permis d'y parler" (1 Corinthiens 14:34). Il est bien évident que l'apôtre n'interdit pas ici, formellement, aux femmes de prendre la parole, sinon pourquoi leur donnerait-il ailleurs des instructions lorsque celles-ci prient ou prophétisent ? Il tenait simplement à éviter les bavardages pendant les cultes. Car, comment Paul aurait-il ordonné aux femmes de se taire, et en même temps, leur donner des recommandations sur la façon de prier ou de prophétiser ? Beaucoup de Corinthiennes fréquentaient les temples païens avant leur conversion, et il était courant d'y converser, ou de s'exprimer à haute voix. Le hululement des femmes orientales (le fameux "you-you"), était déjà pratiqué dans l'Antiquité, et notamment dans les temples païens lors des cérémonies. La "liberté d'expression" dont disposait les femmes dans ces temples était pratique courante dans les cultes des Corinthiens. Le silence que Paul semble vouloir leur imposer n'est seulement lié qu'à la pratique exubérante de ce hululement, ainsi que de celui de s'exprimer bruyamment, de parler ou de commenter sans retenue. Contrairement au déroulé des cultes idolâtres, Paul tenait à ce que les réunions de l'église se passent dans le calme et l'ordre. Mais loin de lui la pensée d'imposer le mutisme à celles qu'il considérait comme égales aux hommes. Comme je l'ai démontré plus haut, l'Écriture prévoyait d'ailleurs déjà la parité au sein des communautés. 


Je ne permets pas à la femme d'enseigner  

"Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair, vos fils et vos filles prophétiseront" (Joël 2:28). Cette prophétie de Joël est citée par l'apôtre Pierre à la Pentecôte, lors de son discours devant la foule (Actes 2:17). Conformément à ces paroles, certaines églises autorisent les femmes à prophétiser lors des temps de réunion, mais paradoxalement, il leur est bien souvent interdit d'enseigner, si ce n'est à l'école du dimanche. À l'inverse, le Mouvement Protestant Libéral ordonne des femmes pasteurs, mais n'encourage pas la pratique de la prophétie. L'apôtre Paul nous dit pourtant, dans son épître aux Corinthiens, que "celui qui prophétise... parle aux hommes, les édifie, les exhorte, les console... celui qui prophétise édifie l'Église" (1 Corinthiens 14:3, 4). Pour les responsables qui autorisent les femmes à prophétiser mais leur interdisent d'enseigner, il y a donc un distinguo entre "édifier, exhorter, consoler" et "instruire". Il faut tout de même reconnaître que la différence entre les deux est ténue. La parité est pourtant bien présente dans l'esprit de Paul en ce qui concerne la prière et la prophétie en public. "Tout homme... toute femme qui prie ou prophétise..." (1 Corinthiens 14:3, 4). La pratique de ces deux ministères publics est bien reconnue par l'apôtre pour les hommes comme pour les femmes. Le sujet fait cependant toujours débat. 

Dans l'une de ses Épîtres, Paul dit à Timothée : "Je ne permets pas à la femme d'enseigner, ni de prendre autorité sur l'homme, mais elle doit rester dans le silence" (1 Timothée 2:12). C'est sur la base de ce verset que, dans la plupart des assemblées, il n'est pas permis aux femmes d'enseigner. Certaines le font cependant au sein de groupes de dames ou à l'école du dimanche. Mais, de façon générale, le ministère d'enseignement, lors des cultes, est l'apanage de la gent masculine. C'est un débat qui divise depuis le début du Revivalisme, au dix-septième Siècle. Alors, qu'en est-il ? La femme peut-elle enseigner dans l'Église ou doit-elle s'en abstenir ? Faut-il l'en empêcher ? 

Comme je l'ai dit plus haut, il nous faut, pour répondre à ces questions, tenir compte du fait que, sur ce sujet, l'exégèse biblique se divise en deux tendances opposées. La première considère que la Bible contient un message universel et que les principes qui y sont énoncés doivent être considérés de manière absolue et inconditionnelle. Ce qu'elle dit est applicable en tous temps, en tous lieux et pour toutes les nations, quelle que soit sa culture. La seconde reconnaît également l'universalité des principes bibliques comme principes divins, mais évoque cependant, dans les Épîtres, un aspect circonstancié dont il faut tenir compte. Paul, lorsqu'il s'adresse à un public, le fait dans des circonstances spécifiques. Il est donc nécessaire de tenir compte de celles-ci.

Pour appliquer ce qu'ils pensent être une juste interprétation de ce principe, certains leaders ont recours à des subterfuges plus ou moins cocasses. En Chine, par exemple, des pasteurs, désireux de respecter ce qu'ils pensaient être une interdiction, se cachaient derrière un rideau pour écouter discrètement l'enseignement d'une femme qui conduisait un groupe de dames. Ayant reconnu la qualité de son enseignement, et sa culture biblique, ces messieurs prenaient des notes et allaient ensuite enseigner, à leur tour, à leurs assemblées. Une étude approfondie des textes grecs a démontré pourtant clairement que l'apôtre Paul était pour une parité totale entre les deux sexes, et que non seulement il autorisait les femmes à enseigner, mais il les y encourageait. Fort heureusement, bien des leaders dans l'Église de Christ l'ont compris ainsi et ont encouragé celles que "le Saint-Esprit avait mises à part" pour ce ministère. Mais alors, comment faut-il comprendre cette phrase ?...

Il faudrait plutôt traduire : "Je ne permets pas à une femme d'enseigner". L'apôtre parle d'une personne qui enseignait dans l'église d'Éphèse dont Timothée était le pasteur. Après avoir parlé de la conduite des femmes dans l'église, Paul centre son attention sur une femme en particulier. Il ne mentionne pas son nom, mais celui-ci est connu de Paul comme de Timothée. L'épître est un courrier personnel, pas une circulaire. L'affaire ne relève encore que du leadership de l'église (2 Corinthiens 13:1). Elle n'a pas encore été portée devant l'assemblée des croyants (Matthieu 18:16, 17). Ce qui laisse à cette dame la possibilité de se repentir et de changer d'attitude avant que la situation ne soit rendue publique. Mais sur la base de ce texte, on a appliqué à l'Église une directive qui ne relevait, à l'origine, que d'un cas particulier, et l'on en a fait une règle générale. Paul s'adressait à Timothée pour lui parler d'une femme qui enseignait. Principe contre lequel l'apôtre n'était pas opposé. Mais il se fait que cette femme enseignait des hérésies, ce contre quoi l'apôtre s'insurgeait. Il demande donc à Timothée, pasteur de l'assemblée où enseigne cette femme, de lui interdire de prendre la parole. Nullement motivée par un désir de tromper son auditoire, ses propos n'étaient faussés que par son ignorance. Il fallait donc que Timothée mette un terme à la propagation de cet enseignement erroné. Paul prend ensuite l'exemple du jardin d'Eden. Il souligne qu'Adam n'a pas été trompé, c'est la femme qui a été trompée par le serpent. Lorsque Adam a mangé du fruit de la connaissance, il l'a fait en sachant pertinemment qu'il transgressait un commandement qu'il avait reçu directement de Dieu. La femme, quant à elle, n'avait eu connaissance de cet interdit que par l'intermédiaire d'Adam. La référence à cet épisode ne sert nullement à soutenir une quelconque prééminence de l'homme sur la femme, mais à souligner le degré de responsabilité de l'un et de l'autre. 

Dans son exposé, Paul n'interdit donc pas, aux femmes, l'accès à la fonction d'enseignante. Il s'oppose ici au contenu de l'enseignement de l'une d'entre elles. C'est pourquoi, Paul recommande : "Que la femme (en question) apprenne en silence, en toute soumission, mais je ne permets pas à (cette) femme (dont il parle à Timothée) d'enseigner" (1 Timothée 2:12). C'est pourquoi, Paul lui recommande "d'écouter l'instruction en silence avec une entière soumission" (1 Timothée 2:11). Il m'était demandé la même chose lorsque j'étais enfant, sur les bancs de l'école. Une écoute attentive était attendue, comme marque de respect à l'égard du maître qui enseignait. Cette façon de faire était déjà d'application dans l'Antiquité. Un disciple qui savait écouter en silence était fort considéré par son maître enseignant. Plusieurs écrits antiques font l'éloge d'une telle attitude : silencieuse, attentive et respectueuse. Ce qui est demandé par Paul n'est rien d'autre que la manifestation de cette même attitude. Et cela vaut pour l'homme comme pour la femme (Habakuk 2:20). Ainsi, on peut voir, dans l'attitude de Paul, une dimension pédagogique à l'égard de cette personne. L'enseignement de celle-ci manifestait une méconnaissance de la matière qu'elle prétendait transmettre. L'apôtre lui recommande donc de redevenir une étudiante auprès d'une personne reconnue pour la justesse de son enseignement. Ce qui lui permettra de parfaire sa formation, de compléter ses lacunes, de consolider ses connaissances, soumise comme il se doit à ceux dont c'est le ministère de "dispenser droitement la vérité" (2 Timothée 2:15). 

Après avoir traité ce sujet particulier, Paul reprend la forme plurielle, s'adressant ensuite aux femmes en général pour d'autres recommandations. Le contexte général de l'épître concerne les faux enseignements et non une quelconque discrimination entre les hommes et les femmes. Paul écrit, dans une lettre précédente à Timothée : "Si quelqu'un (homme ou femme) enseigne de fausses doctrines" (1 Timothée 6:3). La recommandation de Paul à celui qui a été son disciple est la même pour tous. Il fait également mention de "quelques uns (qui), s'étant détournés de ces choses (la saine doctrine), se sont égarés dans de vains discours" (1 Timothée 1:6). Paul demande à Timothée de "recommander à certaines personnes (hommes ou femmes) de ne pas enseigner de fausses doctrines" (1 Timothée 1:3). Car celui qui "enseigne de fausses doctrines... ne s'attache pas au saintes paroles de notre Seigneur Jésus-Christ et à la doctrine selon la piété" (1 Timothée 6:3).  

Enseignées et enseignantes

Il me faut encore souligner un point qui me semble essentiel pour une juste compréhension de ce sujet. Pour cela, il nous faut nous replonger dans le contexte gréco-romain de l'époque. Un contexte sociétal où la femme n'a pas du tout accès à l'enseignement, qu'il soit religieux ou autre. Il faut se rappeler que, en France, l'enseignement supérieur ne sera accessible aux femmes qu'à partir de 1861, et la formation universitaire, qu'à partir de 1880. Fort heureusement, beaucoup de chemin a été parcouru depuis lors.

L'Évangile a provoqué une petite révolution dans les milieux conservateurs de l'époque de Jésus. L'Église a, dès le début, redonné sa place à la femme. Celle que Dieu lui avait attribuée dès le "Commencement". Partant du principe que, "En Christ, il n'y a plus ni homme, ni femme" (Galates 3:28), toute discrimination devait être abolie. Pour les mêmes droits, les mêmes devoirs. Mais également, les mêmes responsabilités et les mêmes obligations. Si les privilèges étaient équivalents, les sanctions éventuelles se devaient de l'être aussi. 

Mais ce que révèle finalement ce texte, c'est que, dès la fondation de l'Église, les femmes ont été considérées comme égales des hommes. Et cela devait être pratiqué dans toutes les communautés de disciples. Et non seulement cela, mais la femme gagnait également le droit d'enseigner et d'être enseignée. Dans une culture profondément misogyne, c'était une innovation. Mais il est à déplorer qu'une mauvaise interprétation des paroles de l'apôtre Paul ait réinstauré une ségrégation au sein du peuple de Dieu. Fort heureusement, des hommes et des femmes ont répondu à l'appel que leur adressait le Seigneur, bravant une ordonnance qui n'était en réalité qu'une "tradition d'hommes" (Marc 7:8, 9, 13).  

Le mot de la fin

Je conclurai par une citation de l'écrivain Henri Beyle (plus connu sous le nom de Stendhal). Celui-ci écrit : "L'admission de la femme à l'égalité parfaite sera la marque la plus sûre de la civilisation. Elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain, et ses chances de bonheur". Une idée presque "révolutionnaire" pour un début de dix-neuvième siècle qui annonce déjà les prémices de notre Monde Moderne ! Parmi bien des peuples, sur cette Terre, le nom de Stendhal est totalement inconnu. Celui de Jésus-Christ, par contre, l'est aujourd'hui de toutes les nations. Tout au long de son ministère, Jésus n'a cessé de rétablir la parité entre les deux pôles de l'humanité. Mais cet aspect de son enseignement a bien souvent été passé sous silence. Lui qui a dit : "Je ne suis pas venu pour abolir la Thora, mais pour l'accomplir" nous ramène à ce texte fondateur : "Puis, Dieu dit : Faisons un homme* (adâm) à notre image, selon notre ressemblance, et qu'ils commandent (weiyrdou, au Pluriel)... Dieu créa l'être humain (ha'adâm) à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme" (Genèse 1:26, 27). Tous deux semblables et différents à la fois. 

*La locution "ha'adâm" (l'adam) est un nom commun qui désigne "l'être humain, l'humanité". "adâm", sans article défini, désigne le personnage du récit. L'hébreu n'ayant pas de majuscule, c'est l'article (ou l'absence de celui-ci) qui détermine s'il s'agit du nom commun ou du nom propre. 

Pour conclure

À toutes celles et ceux qui désireraient approfondir ce sujet, je recommande la lecture du livre de Loren Cunningham et David Hamilton dont je me suis largement inspiré pour la rédaction de cet article : "Et pourquoi pas les femmes" (Éditions Jeunesse en Mission).

La gent féminine représente, encore aujourd'hui, une grande majorité des personnes assistant à nos cultes dominicaux. Beaucoup d'entre elles ne peuvent cependant exercer les dons que Dieu leur a confiés, ni remplir les ministères auxquels le Seigneur les a appelées. Certains leaders l'ont compris et les laissent exercer les multiples talents par lesquels "se manifeste la Sagesse infiniment variée de Dieu" (Éphésiens 3:10). L'Église ne peut que se trouver enrichie par cet immense potentiel détenu par une large part de ses membres. L'attitude du Seigneur Jésus à leur égard devrait nous servir d'exemple. Nous n'en ressembleront que plus à notre Maître à tous. 

 

JiDé

La place de la femme dans l'Église
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